Voici le récit que sa sœur aînée, mère Agnès de Jésus, a fait de ces derniers instants :
« Vers 5 heures, j’étais seule près d’elle. Son visage changea tout à coup, je compris que c’était la dernière agonie.
Lorsque la communauté entra dans l’infirmerie, elle accueillit toutes les sœurs avec un doux sourire. Elle tenait son Crucifix et le regardait constamment. Pendant plus de deux heures, un râle terrible déchira sa poitrine. Son visage était congestionné, ses mains violacées, elle avait les pieds glacés et tremblait de tous ses membres. Une sueur abondante perlait en gouttes énormes sur son front et ruisselait sur ses joues…
A un moment, elle semblait avoir la bouche si desséchée que sœur Geneviève, pensant la soulager, lui mit sur les lèvres un petit morceau de glace. Elle l’accepta en lui faisant un sourire que je n’oublierai jamais. C’était comme un suprême adieu.
A 6 heures, quand l’Angélus sonna, elle regarda longuement la statue de la Sainte Vierge.
Enfin, à 7 heures et quelques minutes, notre Mère ayant congédié la communauté, elle soupira : « - Ma Mère ! N’est-ce pas encore l’agonie ?... Ne vais-je pas mourir ? …
- Oui, ma pauvre petite, c’est l’agonie, mais le Bon Dieu veut peut-être la prolonger de quelques heures.
Elle reprit avec courage :
- Eh bien ! allons !…allons ! …Oh je ne voudrais pas moins longtemps souffrir…
Et regardant son Crucifix :
- Oh ! Je l’aime !...
- Mon Dieu, je vous aime…
Tout à coup, après avoir prononcé ces paroles, elle tomba doucement en arrière, la tête penchée à droite. Notre Mère fit sonner bien vite la cloche de l’infirmerie pour rappeler la communauté. – Ouvrez toutes les portes, disait-elle en même temps.
Cette parole avait quelque chose de solennel et me fit penser qu’au Ciel le Bon Dieu la disait aussi à ses anges.
Les sœurs eurent le temps de s’agenouiller autour du lit et furent témoins de l’extase de la sainte petite mourante. Son visage avait repris le teint de lys qu’il avait en pleine santé, ses yeux étaient fixés en haut et brillants de paix et de joie.
Cette extase dura à peu près l’espace d’un Credo, et elle rendit le dernier soupir. »
