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Fin de vie
2025

16 mai 2025 – Discours de Léon XIV aux membres du Corps Diplomatiques accrédités près le Saint-Siège
Il incombe à ceux qui ont des responsabilités gouvernementales de s’efforcer à construire des sociétés civiles harmonieuses et pacifiées. Cela peut être accompli avant tout en misant sur la famille fondée sur l’union stable entre un homme et une femme, « une société très petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile » [2]. En outre, personne ne peut se dispenser de promouvoir des contextes où la dignité de chaque personne soit protégée, en particulier celle des plus fragiles et des plus vulnérables, du nouveau-né à la personne âgée, du malade au chômeur, que celui-ci soit citoyen ou immigrant.
… L’Église ne peut jamais se soustraire à son devoir de dire la vérité sur l’homme et sur le monde, en recourant si nécessaire à un langage franc qui peut au début susciter une certaine incompréhension. Mais la vérité n’est jamais séparée de la charité qui, à la racine, a toujours le souci de la vie et du bien de tout homme et de toute femme. D’ailleurs, dans la perspective chrétienne, la vérité n’est pas l’affirmation de principes abstraits et désincarnés, mais la rencontre avec la personne même du Christ qui vit dans la communauté des croyants.
28 mai 2025 – Résumé en langue française de l’enseignement du Pape Léon lors de l’Audience Générale
Frères et sœurs, nous poursuivons notre méditation sur quelques paraboles de l’Évangile qui sont une occasion pour changer de perspective et nous ouvrir à l’espérance. Il est question aujourd’hui d’un docteur de la Loi qui est concentré sur lui-même et ne remarque pas les autres. Il veut connaître la signification du terme “prochain”. La parabole du bon Samaritain est un cheminement qui nous fait passer de la question qui m’aime ? à celle de qui a aimé ? La vie est faite de rencontres où nous sommes face à l’autre, face à sa fragilité et à sa faiblesse que je peux soigner ou faire comme si de rien n’était. La compassion est une question d’humanité. Avant d’être croyants, nous sommes appelés à être humains. Le Samaritain s’arrête car il est un homme devant un autre homme qui a besoin d’aide. La compassion s’exprime par des gestes concrets. Cet homme blessé sur la route représente chacun de nous. Le souvenir de toutes les fois où Jésus s’est arrêté pour prendre soin de nous, nous rendra plus capables de compassion.
4 juin 2025 – Paroles du Pape Léon XIV, aux pèlerins francophones venus à l’Audience Générale.
Notre monde peine à trouver une valeur à la vie humaine, même en sa dernière heure : que l’Esprit du Seigneur éclaire nos intelligences, pour que nous sachions défendre la dignité intrinsèque de toute personne humaine.
13 août 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous poursuivons notre chemin à l’école de l’Evangile, sur les traces de Jésus dans les derniers jours de sa vie. Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur une scène intime, dramatique et pourtant profondément vraie : le moment, pendant la Cène pascale, où Jésus révèle que l’un des Douze est sur le point de le trahir : «En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera, un qui mange avec moi» (Mc 14, 18).
Des paroles fortes. Jésus ne les prononce pas pour condamner, mais pour montrer que l’amour, lorsqu’il est vrai, ne peut ignorer la vérité. La pièce à l’étage, où tout avait été soigneusement préparé quelques instants auparavant, s’emplit soudain d’une douleur silencieuse, faite de questions, de soupçons et de vulnérabilité. C’est une douleur que nous connaissons bien nous aussi, lorsque l’ombre de la trahison s’insinue dans les relations les plus chères.
Pourtant, la manière dont Jésus parle de ce qui est sur le point d’arriver est surprenante. Il n’élève pas la voix, ne pointe pas du doigt, ne prononce pas le nom de Judas. Il parle de telle manière que chacun peut s’interroger. Et c’est précisément ce qui se passe. Saint Marc nous dit : «Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l’un après l’autre : “Serait-ce moi ?”» (Mc 14, 19).
Chers amis, cette question — «Serait-ce moi ?» — est peut-être l’une des plus sincères que nous puissions nous poser. Ce n’est pas la question de l’innocent, mais celle du disciple qui se découvre fragile. Ce n’est pas le cri du coupable, mais le murmure de celui qui, tout en voulant aimer, sait qu’il peut blesser. C’est dans cette prise de conscience que commence le chemin du salut.
Jésus ne dénonce pas pour humilier. Il dit la vérité parce qu’il veut sauver. Et pour être sauvés, il faut sentir : sentir que l’on est impliqué, comprendre qu’on est aimé malgré tout, sentir que le mal est réel mais n’a pas le dernier mot. Seul celui qui a connu la vérité d’un amour profond peut aussi accepter la blessure de la trahison.
La réaction des disciples n’est pas la colère, mais la tristesse. Ils ne s’indignent pas, ils sont tristes. C’est une douleur qui naît de la possibilité réelle d’être impliqués. Cette tristesse, précisément, si elle est accueillie sincèrement, devient un lieu de conversion. L’Evangile ne nous enseigne pas à nier le mal, mais à le reconnaître comme une opportunité douloureuse pour renaître.
Jésus ajoute ensuite une phrase qui nous inquiète et nous fait réfléchir : «Malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître!» (Mc 14, 21). Ce sont des paroles dures, certes, mais il faut bien les comprendre : il ne s’agit pas d’une malédiction, mais d’un cri de douleur. En grec, ce «malheur» sonne comme une lamentation, un «hélas», une exclamation de compassion sincère et profonde
Nous sommes habitués à juger. Dieu, lui, accepte la souffrance. Lorsqu’il voit le mal, il ne se venge pas, mais s’afflige. Et ce «mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître» n’est pas une condamnation infligée a priori, mais une vérité que chacun de nous peut reconnaître : si nous renions l’amour qui nous a engendrés, si, en trahissant, nous devenons infidèles à nous-mêmes, alors nous perdons véritablement le sens de notre venue au monde et nous nous excluons nous-mêmes du salut.
Pourtant, précisément là, à l’endroit le plus sombre, la lumière ne s’éteint pas. Au contraire, elle commence à briller. Car si nous reconnaissons nos limites, si nous nous laissons toucher par la douleur du Christ, alors nous pouvons enfin naître de nouveau. La foi ne nous épargne pas la possibilité du péché, mais nous offre toujours une issue: celle de la miséricorde.
Jésus ne se scandalise pas face à notre fragilité. Il sait bien qu’aucune amitié n’est à l’abri du risque de trahison. Mais Jésus continue à se fier. Il continue à s’asseoir à table avec les siens. Il ne renonce pas à rompre le pain, même avec celui qui le trahira. Telle est la force silencieuse de Dieu: il n’abandonne jamais la table de l’amour, pas même lorsqu’il sait qu’il sera laissé seul.
Chers frères et sœurs, nous aussi nous pouvons nous demander aujourd’hui, sincèrement : «Serait-ce moi ?». Non pas pour nous sentir accusés, mais pour ouvrir un espace à la vérité dans nos cœurs. Le salut commence ici: par la conscience que nous pourrions être ceux qui trahissent la confiance en Dieu, mais aussi ceux qui la recueillent, la protègent et la renouvellent.
Au fond, c’est cela l’espérance : savoir que, même si nous pouvons échouer, Dieu ne nous laisse jamais. Même si nous pouvons trahir, il ne cesse jamais de nous aimer. Et si nous nous laissons toucher par cet amour — humbles, blessés, mais toujours fidèles — alors nous pouvons véritablement renaître. Et commencer à vivre non plus comme des traîtres, mais comme des enfants toujours aimés.
15 août 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de l’Assomption
Aujourd'hui n'est pas dimanche, mais nous célébrons d'une manière différente la Pâque de Jésus qui change l'histoire. En Marie de Nazareth, il y a notre histoire, l'histoire de l'Église plongée dans notre humanité commune. En s'incarnant en elle, le Dieu de la vie, le Dieu de la liberté a vaincu la mort. Oui, aujourd'hui, nous contemplons comment Dieu vainc la mort : jamais sans nous. À lui appartient le règne, mais à nous appartient le “oui” à son amour qui peut tout changer. Sur la croix, Jésus a librement prononcé le “oui” qui devait vider de son pouvoir la mort, cette mort qui sévit encore lorsque nos mains crucifient et que nos cœurs sont prisonniers de la peur, de la méfiance. Sur la croix, la confiance a vaincu, l'amour qui voit ce qui n'est pas encore a vaincu, le pardon a vaincu.
Et Marie était là : elle était là, unie à son Fils. Nous pouvons aujourd'hui deviner que Marie, c'est nous quand nous ne fuyons pas, c'est nous quand nous répondons par notre “oui” à son “oui”. Dans les martyrs de notre temps, dans les témoins de la foi et de la justice, de la douceur et de la paix, ce “oui” vit encore et continue de lutter contre la mort. Ainsi, ce jour de joie est un jour qui nous engage à choisir comment et pour qui vivre.
La liturgie de cette Fête de l’Assomption nous propose le passage évangélique de la Visitation. Saint Luc rapporte le souvenir d'un moment crucial dans la vocation de Marie. Il est beau de revenir à ce moment, en ce jour où nous célébrons l'aboutissement de son existence. Toute histoire sur terre est brève et a une fin, même celle de la Mère de Dieu. Mais rien ne se perd. Ainsi, lorsqu'une vie s'achève, son caractère unique resplendit plus clairement. Le Magnificat, que l'Évangile met sur les lèvres de la jeune Marie, rayonne désormais de la lumière de toutes ses journées. Une seule journée, celle de la rencontre avec sa cousine Élisabeth, renferme le secret de toutes les autres journées, de toutes les autres saisons. Et les mots ne suffisent pas : il faut un chant qui continue d'être chanté dans l'Église, “de génération en génération” (Lc 1, 50), au soir de chaque journée. La fécondité surprenante d'Élisabeth, qui était stérile, confirme Marie dans sa confiance : elle anticipe la fécondité de son “oui”, qui se prolonge dans la fécondité de l'Église et de toute l'humanité, lorsque la Parole renouvelante de Dieu est accueillie. Ce jour-là, deux femmes se sont rencontrées dans la foi, puis elles sont restées trois mois ensemble pour se soutenir mutuellement, non seulement dans les choses pratiques, mais aussi dans une nouvelle façon de lire l'histoire.
Ainsi, frères et sœurs, la Résurrection entre encore aujourd'hui dans notre monde. Les paroles et les choix de mort semblent prévaloir, mais la vie de Dieu interrompt le désespoir par des expériences concrètes de fraternité, par de nouveaux gestes de solidarité. Avant d'être notre destin ultime, en effet, la Résurrection modifie – corps et âme – notre façon d'habiter la terre. Le chant de Marie, son Magnificat, renforce dans l'espérance les humbles, les affamés, les serviteurs zélés de Dieu. Ce sont les femmes et les hommes des Béatitudes qui, même dans la tribulation, voient déjà l'invisible : les puissants renversés de leurs trônes, les riches les mains vides, les promesses de Dieu réalisées. Ce sont des expériences que, dans chaque communauté chrétienne, nous devons tous pouvoir dire avoir vécues. Elles semblent impossibles, mais la Parole de Dieu continue de se manifester. Lorsque naissent les liens par lesquels nous opposons le bien au mal, la vie à la mort, alors nous voyons que rien n'est impossible avec Dieu (cf. Lc 1, 37).
Parfois, malheureusement, là où prévalent les sécurités humaines, un certain bien-être matériel et cette insouciance qui endort les consciences, cette foi peut vieillir. Alors survient la mort, sous forme de résignation et de lamentations, de nostalgie et d'insécurité. Au lieu de voir le monde ancien toucher à sa fin, on en cherche encore le secours : le secours des riches, des puissants, qui s'accompagne généralement du mépris des pauvres et des humbles. Mais l'Église vit dans ses membres fragiles, elle rajeunit grâce à leur Magnificat. Aujourd'hui encore, dans les communautés chrétiennes pauvres et persécutées, les témoins de la tendresse et du pardon dans les lieux de conflit, les artisans de paix et les bâtisseurs de ponts dans un monde en morceaux sont la joie de l'Église, ils sont sa fécondité permanente, les prémices du Royaume qui vient. Beaucoup d'entre eux sont des femmes, comme la vieille Élisabeth et la jeune Marie : des femmes pascales, apôtres de la Résurrection. Laissons-nous convertir par leur témoignage !
Frères et sœurs, lorsque dans cette vie “nous choisissons la vie” (cf. Dt 30, 19), alors en Marie, montée au Ciel, nous avons raison de voir notre destin. Elle nous est donnée comme le signe que la résurrection de Jésus n'a pas été un fait isolé, une exception. Tous, dans le Christ, nous pouvons engloutir la mort (cf. 1 Co 15, 54). Certes, c'est l'œuvre de Dieu, pas la nôtre. Cependant, Marie est cette entrelacement de grâce et de liberté qui pousse chacun de nous à la confiance, au courage, à l'engagement dans la vie d'un peuple. « Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 49) : puissions-nous chacun faire l'expérience de cette joie et en témoigner par un chant nouveau. N'ayons pas peur de choisir la vie ! Cela peut sembler dangereux, imprudent. Combien de voix nous murmurent sans cesse : “Pourquoi fais-tu cela ? Laisse tomber ! Pense à tes intérêts”. Ce sont des voix de mort. Nous, en revanche, nous sommes disciples du Christ. C'est son amour qui nous pousse, corps et âme, dans notre temps. Comme individus et comme Église, nous ne vivons plus pour nous-mêmes. C'est précisément cela – et cela seul – qui répand la vie, qui fait prévaloir la vie. Notre victoire sur la mort commence dès maintenant.
3 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV au IIème Congrès International de la Pastorale des Personnes âgées.
Le thème du congrès — « Vos anciens auront des songes ! » (Jl 3, 1) — rappelle les paroles du prophète Joël si chères au Pape François, qui a souvent parlé de la nécessité d’une alliance entre les jeunes et les personnes âgées, inspirée par les «rêves» de ceux qui ont vécu longtemps et fécondée par les «visions» de ceux qui commencent la grande aventure de la vie [1]. Dans le passage cité, le prophète annonce l’effusion universelle de l’Esprit Saint, qui crée une unité entre les générations et distribue à chacun des dons différents.
A notre époque, malheureusement, les relations entre les générations sont souvent marquées par des fractures et des oppositions, qui opposent les uns aux autres. Par exemple, il est reproché aux personnes âgées de ne pas laisser de place aux jeunes dans le monde du travail, ou alors d’absorber trop de ressources économiques et sociales aux dépens des autres générations, comme si la longévité était une faute.
Il s’agit de façons de penser qui révèlent des visions très pessimistes et conflictuelles de l’existence. Les personnes âgées sont un don, une bénédiction à accueillir, et l’allongement de la vie est une chose positive, c’est même l’un des signes d’espérance de notre époque, partout dans le monde. Il s’agit certainement d’un défi, car le nombre croissant de personnes âgées est un phénomène historique inédit, qui nous appelle à un nouvel exercice de discernement et de compréhension.
La vieillesse est avant tout un rappel bénéfique à la dynamique universelle de la vie. La mentalité qui prévaut aujourd’hui tend à donner une valeur à l’existence si elle produit de la richesse ou du succès, si elle exerce du pouvoir ou de l’autorité, en oubliant que l’être humain est une créature toujours limitée et nécessiteuse. La fragilité qui apparaît chez les personnes âgées nous rappelle cette évidence commune : c’est pourquoi elle est cachée ou éloignée de ceux qui cultivent des illusions mondaines, pour ne pas avoir devant les yeux l’image de ce que nous serons, inévitablement. Il est au contraire salutaire de se rendre compte que le vieillissement fait « partie de la merveille que nous sommes » [2]. Cette fragilité, «si nous avons le courage de la reconnaître », de l’embrasser et d’en prendre soin, est « un pont vers le ciel » [3]. Au lieu d’avoir honte de la faiblesse humaine, nous serons amenés en effet à demander de l’aide à nos frères et à Dieu, qui veille comme Père sur toutes les créatures. Les personnes âgées nous enseignent que le «salut ne réside pas dans l’autonomie, mais consiste à reconnaître humblement son propre besoin et à savoir l’exprimer librement», si bien que «la mesure de notre humanité n’est pas donnée par ce que nous pouvons conquérir, mais par notre capacité à nous laisser aimer et, quand cela est nécessaire, aussi aider» [4].
Aussi étrange que cela puisse paraître, la vieillesse devient malheureusement toujours plus souvent quelque chose qui arrive soudainement et qui nous prend au dépourvu. En puisant dans les Ecritures, dans la sagesse des Pères et dans l’expérience des saints, l’Eglise est appelée à offrir des moments et des instruments pour la déchiffrer, afin de la vivre de façon chrétienne, sans prétendre rester toujours jeunes, sans se laisser gagner par le découragement. Dans ce sens, les catéchèses que le Pape François a consacrées à ce thème en 2022, développant une véritable spiritualité des personnes âgées, sont précieuses : on peut s’en servir pour réaliser un travail pastoral utile.
De nos jours, de nombreuses personnes, une fois leur carrière professionnelle terminée, ont la possibilité de vivre une période toujours plus longue de bonne santé, de bien-être économique et de temps libre accru. On les appelle « les jeunes du troisième âge »: ce sont souvent eux qui témoignent d’une fréquence assidue à la liturgie et qui conduisent des activités paroissiales, comme le catéchisme et différentes formes de service pastoral. Il est important de définir pour eux un langage et des propositions adéquats, en les impliquant non pas comme des destinataires passifs de l’évangélisation, mais comme des sujets actifs, et pour répondre ensemble, et non à leur place, aux questions que la vie et l’Evangile nous posent.
Les situations que l’on peut rencontrer sont variées : certaines personnes reçoivent à un âge avancé la première annonce de la foi ; d’autres ont fait l’expérience de Dieu et de l’Eglise dans leur jeunesse mais s’en sont par la suite éloignées ; d’autres encore ont persévéré dans la vie chrétienne. Pour tous, la pastorale des personnes âgées doit être évangélisatrice et missionnaire, car l’Eglise est toujours appelée à annoncer Jésus, le Christ sauveur, à chaque homme et chaque femme, à tout âge et toute période de la vie.
Là où les personnes âgées sont seules et rejetées, cela signifiera leur apporter l’annonce joyeuse de la tendresse du Seigneur, pour vaincre, avec elles, les ténèbres de la solitude, grand ennemi de la vie des personnes âgées. Que personne ne soit abandonné ! Que personne ne se sente inutile ! Même une simple prière, récitée avec foi à la maison, contribue au bien du Peuple de Dieu et nous unit dans la communion spirituelle. Ce devoir missionnaire nous interpelle tous, nos paroisses et en particulier les jeunes, qui peuvent devenir des témoins de proximité et d’écoute, d’écoute réciproque avec ceux qui sont plus âgés.
Dans d’autres cas, l’évangélisation missionnaire aidera les personnes âgées à rencontrer le Seigneur et sa Parole. En effet, avec l’âge, la question du sens de la vie refait surface chez beaucoup, créant l’occasion de rechercher une relation authentique avec Dieu et d’approfondir leur vocation à la sainteté.
Rappelons-nous toujours que l’annonce de l’Evangile est l’engagement premier de notre pastorale : en impliquant les personnes âgées dans cette dynamique missionnaire, elles aussi seront des témoins d’espérance, notamment par leur sagesse, leur dévouement et leur expérience. Je prie pour cela, en invoquant l’intercession maternelle de la Vierge Marie, et je vous accompagne de ma bénédiction. Merci !
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[1] Cf. François , La saggezza del tempo, Rome 2018, 9.
[2]Homélie lors de la Messe pour le Jubilé des jeunes (3 août 2025)
[3]Catéchèse sur Jésus-Christ notre espérance. III. La Pâque de Jésus. 5. La crucifixion. «J’ai soif» (Jn 19, 28) (3 septembre 2025).
[4]Ibid.
14 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa Visite d’Etat au Palais Présidentiel Italien, le Quirinal
Au cours des dernières décennies, nous assistons en Europe, comme nous le savons, à un phénomène de baisse considérable de la natalité. Cela exige un engagement à promouvoir des choix à différents niveaux en faveur de la famille, en soutenant ses efforts, en promouvant ses valeurs, en protégeant ses besoins et ses droits. « Père », « mère », « fils », « fille », « grand-père », « grand-mère » sont, dans la tradition italienne, des mots qui expriment et suscitent naturellement des sentiments d’amour, de respect et de dévouement, parfois héroïque, pour le bien de la communauté domestique et donc de toute la société. Je tiens en particulier à souligner l’importance de garantir à toutes les familles le soutien indispensable d’un travail décent, dans des conditions équitables et en tenant compte des besoins liés à la maternité et à la paternité.
Nous faisons tout notre possible pour donner confiance aux familles, en particulier aux jeunes familles, afin qu’elles puissent envisager l’avenir avec sérénité et grandir dans l’harmonie.
Je souhaite que cette sensibilité continue à se développer, notamment en ce qui concerne l’accessibilité aux soins médicaux et aux médicaments, en fonction des besoins de chacun.
Je souligne combien il est précieux, pour chacun, d’aimer et de communiquer sa propre histoire et sa propre culture, avec ses signes et ses expressions : plus on reconnaît et aime sereinement ce que l’on est, plus il est facile de rencontrer et d’intégrer l’autre sans crainte et avec un cœur ouvert. À cet égard, on observe actuellement une certaine tendance à ne pas suffisamment apprécier, à différents niveaux, les modèles et les valeurs acquis au fil des siècles qui marquent notre identité culturelle, allant parfois jusqu’à prétendre effacer leur importance historique et humaine. Ne méprisons pas ce que nos pères ont vécu et ce qu’ils nous ont transmis, même au prix de grands sacrifices. Ne nous laissons pas séduire par des modèles uniformisants et fluides, qui ne font que promouvoir une apparence de liberté, pour ensuite rendre les gens dépendants de formes de contrôle telles que les modes du moment, les stratégies commerciales ou autres (cf. Card. Joseph Ratzinger, Homélie lors de la messe pro eligendo Romano Pontifice, 18 avril 2005). Il est important de garder à cœur la mémoire de ceux qui nous ont précédés, de chérir les traditions qui ont fait de nous ce que nous sommes, afin de regarder le présent et l’avenir avec conscience, sérénité, responsabilité et sens de la perspective.
Le Christ Ressuscité est à la fois notre guide et notre compagnon de route. Il nous conduit à la Maison du Père où nous sommes attendus, aimés, sauvés et où le désir qui nous habite sera comblé.
23 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre des mouvements populaires
Je ne voudrais pas passer sous silence la « nouveauté » de l'industrie pharmaceutique, qui représente certes à certains égards un grand progrès, mais qui n'est pas sans ambiguïté ; dans la culture actuelle, avec l'aide de certaines campagnes publicitaires, on propage une sorte de culte du bien-être physique, presque une idolâtrie du corps, et dans cette vision, le mystère de la douleur est interprété de manière réductrice ; cela peut également conduire à une dépendance aux analgésiques, dont la vente augmente évidemment les bénéfices des fabricants. Cela a également conduit à la dépendance aux opiacés, qui ravage en particulier les États-Unis ; pensons par exemple au fentanyl, la drogue de la mort, deuxième cause de décès parmi les pauvres dans ce pays. La prolifération de nouvelles drogues synthétiques, de plus en plus mortelles, n'est pas seulement un crime des trafiquants de drogue, mais une réalité liée à la production de médicaments et à ses profits, dépourvus de toute éthique globale.
2 novembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe au cimetière du Verano, à Rome
Nous sommes réunis en ce lieu pour célébrer la commémoration de tous les fidèles défunts, en particulier de ceux qui sont enterrés ici et, avec une affection particulière, de nos proches. Le jour de leur mort, ils nous ont quittés, mais nous les portons toujours dans notre cœur. Et chaque jour, dans tout ce que nous vivons, ce souvenir est vivant. Souvent, quelque chose nous renvoie à eux, des images qui nous ramènent à ce que nous avons vécu avec eux. De nombreux lieux, même les parfums de nos maisons, nous parlent de ceux que nous avons aimés et qui nous ont quittés, et gardent leur souvenir vivant en nous.
Aujourd’hui, cependant, nous ne sommes pas seulement ici pour commémorer ceux qui ont quitté ce monde. La foi chrétienne, fondée sur la Pâque du Christ, nous aide en effet à vivre la mémoire non seulement comme un souvenir du passé, mais aussi et surtout comme une espérance future. Il ne s’agit pas tant de se tourner vers le passé que de regarder vers l’avenir, vers le but de notre cheminement, vers le port sûr que Dieu nous a promis, vers la fête sans fin qui nous attend. Là, autour du Seigneur Ressuscité et de nos proches, nous goûterons la joie du banquet éternel : « En ce jour-là - a-t-on entendu dans la lecture du prophète Isaïe - le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses […] Il fera disparaître la mort pour toujours. » (Is 25, 6.8).
Cette “espérance future” anime notre souvenir et notre prière en ce jour. Ce n’est pas une illusion qui sert à apaiser la douleur de la séparation d’avec les personnes aimées, ni un simple optimisme humain. C’est l’espérance fondée sur la résurrection de Jésus, qui a vaincu la mort et nous a ouvert le passage vers la plénitude de la vie. Il est, comme je l’ai rappelé dans une récente catéchèse, « le point d’arrivée de notre marche. Sans son amour, le voyage de la vie deviendrait une errance sans but, une erreur tragique sans destination. [...] Le Ressuscité nous garantit un abri sûr, il nous ramène à la maison, où nous sommes attendus, aimés, sauvés » (Audience générale, 15 octobre 2025).
Et cette destination finale, le banquet autour duquel le Seigneur nous réunira, sera une rencontre d’amour. Dieu nous a créés par amour, dans l’amour de son Fils, il nous sauve de la mort, dans la joie de l’amour avec Lui et avec nos proches, il veut nous faire vivre pour toujours. C’est précisément pour cette raison que nous marchons vers le but et que nous l’anticipons, dans un lien invincible avec ceux qui nous ont précédés, uniquement lorsque nous vivons dans l’amour et que nous pratiquons l’amour les uns envers les autres, en particulier envers les plus fragiles et les plus pauvres. Jésus nous y invite en effet par ces mots : « j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! » (Mt 25, 35-36).
La charité triomphe de la mort. Dans la charité, Dieu nous réunira avec nos proches. Et si nous cheminons dans la charité, notre vie devient une prière qui s’élève et nous unit aux défunts, nous rapproche d’eux, dans l’attente de les retrouver dans la joie de l’éternité.
Chers frères et sœurs, alors que la douleur de l’absence de ceux qui ne sont plus parmi nous reste gravée dans nos cœurs, confions-nous à l’espérance qui ne déçoit pas (Cf. Rm 5, 5) ; regardons le Christ ressuscité et pensons à nos chers défunts comme enveloppés de sa lumière ; laissons résonner en nous la promesse de la vie éternelle que le Seigneur nous adresse. Il éliminera la mort pour toujours. Il l’a vaincue à jamais en ouvrant un passage vers la vie éternelle – c’est-à-dire en célébrant Pâques – dans le tunnel de la mort, afin que, unis à Lui, nous puissions y entrer et le traverser.
Il nous attend et, lorsque nous le rencontrerons, à la fin de cette vie terrestre, nous nous réjouirons avec Lui et avec nos proches qui nous ont précédés. Que cette promesse nous soutienne, sèche nos larmes, tourne notre regard vers l’avenir, vers cette espérance future qui ne faillit pas.
8 novembre 2025 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins de langue allemande, au terme de l’Audience Jubilaire
Le bienheureux Isidore porta le scapulaire jusqu’à la fin de sa vie, en signe de sa dévotion filiale à la Mère de Dieu. Confions-nous nous aussi à elle, Mère de l’espérance, afin qu’elle nous aide à accomplir la volonté du Père qui est aux cieux.
17 novembre 2025 - Aux participants au « Seminario de Ética en el Gerenciamiento de la Salud »
Si, en tant que personnes et en tant que société, nous sommes appelés à défendre activement la dignité incontestable de chaque être humain, à toutes les étapes et dans toutes les facettes de son existence, cela ne correspond malheureusement pas toujours à la réalité. Des outils aussi efficaces que l'intelligence artificielle peuvent être manipulés, entraînés, orientés de manière à générer, pour des raisons d'opportunité ou d'intérêt, qu'ils soient économiques, politiques ou autres, un préjugé parfois imperceptible dans l'information, dans la gestion et dans la manière dont nous nous présentons ou nous approchons de l'autre.
Les personnes entreront ainsi dans une manipulation perverse qui les classera en fonction des traitements nécessaires et de leur coût, de la nature de leurs maladies, les transformant en objets, en données, en statistiques. Je pense que le moyen d'éviter cela consiste à changer notre regard, à percevoir la valeur du bien avec une vision large, à regarder, si vous me le permettez, comme Dieu regarde, afin de ne pas nous concentrer sur le profit immédiat, mais sur ce qui sera le mieux pour tous, en sachant être patients, généreux et solidaires, en créant des liens et en construisant des ponts, pour travailler en réseau, pour optimiser les ressources, afin que tous puissent se sentir protagonistes et bénéficiaires du travail commun.
En même temps, Dieu nous enseigne que cette vision large ne doit jamais être séparée de la relation humaine, de la caresse, de la reconnaissance de la personne concrète, dans sa fragilité et sa dignité. C'est une vision profonde, une vision qui touche le cœur de l'autre et élargit le nôtre. Ces deux visions seront le meilleur antidote pour que nos structures de gestion ne perdent pas de vue l'essentiel : le bien que nous sommes appelés à préserver
10 décembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le mystère de la mort a toujours suscité de profondes interrogations chez les êtres humains. En effet, il semble être l’événement le plus naturel et en même temps le plus contre nature qui soit. Il est naturel, car tout être vivant sur terre meurt. Il est contre nature, car le désir de vie et d’éternité que nous ressentons tous pour nous-mêmes et pour les personnes que nous aimons nous fait voir la mort comme une condamnation, comme une « contradiction » .
De nombreux peuples anciens ont développé des rites et des coutumes liés au culte des morts, pour accompagner et se souvenir de ceux qui ont voyagé vers le mystère suprême. Aujourd’hui, cependant, nous observons une tendance différente. La mort semble être une sorte de tabou, un événement à tenir à distance, dont il faut parler à voix basse, pour ne pas troubler notre sensibilité et notre tranquillité. C’est souvent pour cette raison que nous évitons de nous rendre dans les cimetières, où ceux qui nous ont quittés reposent en attendant la résurrection.
Alors, qu’est-ce que la mort ? Est-elle vraiment le dernier mot sur nos vies ? Seuls les êtres humains se posent cette question, car eux seuls savent qu’ils doivent mourir. Mais cette conscience ne les sauve pas de la mort ; au contraire, dans un certain sens, elle les « accable » par rapport aux autres créatures vivantes. Les animaux souffrent, bien sûr, et ils se rendent compte que la mort est proche, mais ils ne savent pas que la mort fait partie de leur destin. Ils ne s’interrogent pas sur le sens, le but et l’issue de la vie.
Compte tenu de cet aspect, on pourrait alors penser que nous sommes des créatures paradoxales et malheureuses, non seulement parce que nous mourons, mais aussi parce que nous sommes certains que cet événement se produira, même si nous ne savons ni comment ni quand. Nous nous trouvons conscients et en même temps impuissants. C’est probablement là que trouvent leur origine les fréquentes répressions et fuites existentielles face à la question de la mort.
Saint Alphonse Marie de Liguori, dans son célèbre ouvrage Apparecchio alla morte (Préparation à la mort), réfléchit à la valeur pédagogique de la mort, soulignant qu’elle peut être un grand maître de vie. Savoir qu’elle existe, et surtout y réfléchir, nous apprend à choisir ce que nous voulons vraiment faire de notre existence. Prier, afin de comprendre ce qui est bénéfique en vue du royaume des cieux, et abandonner le superflu qui nous lie aux choses éphémères, est le secret pour vivre authentiquement, dans la conscience que notre passage sur terre nous prépare à l’éternité.
Pourtant, de nombreuses visions anthropologiques actuelles promettent l’immortalité immanente, théorisent le prolongement de la vie terrestre grâce à la technologie. C’est le scénario transhumaniste, qui fait son chemin dans l’horizon des défis de notre temps. La mort pourrait-elle vraiment être vaincue par la science ? Mais alors, la science elle-même pourrait-elle nous garantir qu’une vie sans mort est aussi une vie heureuse ?
L’événement de la résurrection du Christ nous révèle que la mort n’est pas opposée à la vie, mais qu’elle en est plutôt une partie constitutive, comme le passage à la vie éternelle. La Pâque de Jésus nous donne un avant-goût, en ce temps encore plein de souffrances et d’épreuves, de la plénitude de ce qui se passera après la mort.
L’évangéliste Luc semble saisir ce signe avant-coureur de lumière dans l’obscurité lorsqu’il écrit, à la fin de cet après-midi où les ténèbres avaient envahi le Calvaire : « C’était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait » (Lc 23, 54). Cette lumière, qui anticipe le matin de Pâques, brille déjà dans l’obscurité du ciel, qui semble encore couvert et muet. Les lumières du sabbat, pour la première et unique fois, annoncent l’aube du jour après le sabbat : la lumière nouvelle de la Résurrection. Seul cet événement est capable d’éclairer pleinement le mystère de la mort. Dans cette lumière, et seulement dans celle-ci, ce que notre cœur désire et espère devient réalité : que la mort n’est pas la fin, mais le passage vers la pleine lumière, vers une éternité heureuse.
Le Ressuscité nous a précédés dans la grande épreuve de la mort, en sortant victorieux grâce à la puissance de l’Amour divin. Ainsi, il nous a préparé le lieu du repos éternel, la maison où nous sommes attendus ; il nous a donné la plénitude de la vie où il n’y a plus d’ombres ni de contradictions.
Grâce à Lui, qui est mort et ressuscité par amour, nous pouvons, avec saint François, appeler la mort notre « sœur ». L’attendre avec l’espérance certaine de la Résurrection nous préserve de la peur de disparaître pour toujours et nous prépare à la joie d’une vie sans fin.
17 décembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
La vie humaine est caractérisée par un mouvement constant qui nous pousse à faire, à agir. Aujourd'hui, la rapidité est requise partout pour l’obtention de résultats optimaux dans les domaines les plus divers. De quelle manière la résurrection de Jésus éclaire-t-elle cet aspect de notre expérience ? Quand nous participerons à sa victoire sur la mort, trouverons-nous le repos ? La foi nous dit : oui, nous trouverons le repos. Nous ne serons pas inactifs, mais nous entrerons dans le repos de Dieu, qui est paix et joie. Alors, devons-nous simplement attendre, ou cela peut-il nous transformer dès maintenant ?
Nous sommes absorbés par tant d'activités qui ne nous apportent pas toujours satisfaction. Nombre de nos actions concernent des choses pratiques et concrètes. Nous devons assumer de nombreux engagements, résoudre des problèmes, affronter des difficultés. Jésus, lui aussi, s'est impliqué auprès des autres et dans la vie, sans s’épargner, se donnant jusqu'au bout. Pourtant, nous percevons souvent que trop en faire, loin de nous épanouir, devient un tourbillon étourdissant qui nous prive de sérénité et nous empêche de vivre pleinement ce qui compte vraiment dans nos vies. Nous nous sentons alors fatigués, insatisfaits : le temps semble se disperser en mille choses pratiques qui, pourtant, ne percent pas le sens ultime de notre existence. Parfois, au terme de journées chargées, nous ressentons un vide. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des machines, nous avons un cœur – ou plutôt, pouvons-nous dire, nous sommes un cœur.
Le cœur est le symbole de notre humanité tout entière , une synthèse de pensées, de sentiments et de désirs, le centre invisible de notre personne. L’évangéliste Matthieu nous invite à méditer sur l’importance du cœur, en citant cette belle phrase de Jésus : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » ( Mt 6,21).
C’est donc dans le cœur que l’on conserve le véritable trésor, non dans les coffres-forts de la terre, ni dans de grands investissements financiers qui n’ont jamais été autant affolés qu’aujourd’hui, et sont injustement concentrés, idolâtrés au prix sanglant de millions de vies humaines et de la dévastation de la création de Dieu.
Il est important de réfléchir à ces aspects, car dans les nombreux engagements auxquels nous sommes constamment confrontés, le risque de dispersion, parfois de désespoir, de perte de sens, affleure de plus en plus, même chez des personnes ayant apparemment réussi. Au contraire, lire la vie à la lumière de Pâques, la regarder avec le Christ ressuscité, c'est accéder à l'essence de la personne humaine, à notre cœur : cœur « Inquietum ». Par cet adjectif, « inquiet », saint Augustin nous aide à comprendre l’élan de l’être humain vers son plein accomplissement. La phrase intégrale renvoie au début des Confessions, où Augustin écrit : « Seigneur, tu nous as faits pour toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. » (I, 1, 1).
L'inquiétude est le signe que notre cœur ne se meut pas au hasard, sans but ni raison, mais qu'il est orienté vers sa destination ultime, du « retour à la maison ». Et le véritable amarrage du cœur ne consiste pas à posséder des biens matériels, mais à atteindre ce qui peut le combler pleinement ; c’est-à-dire l'amour de Dieu, ou mieux encore, Dieu Amour. Ce trésor, cependant, ne se trouve qu'en aimant le prochain que nous rencontrons sur notre chemin : nos frères et sœurs en chair et en os, dont la présence interpelle et questionne notre cœur, l'invitant à s'ouvrir et à se donner. Notre prochain nous demande de ralentir, de le regarder dans les yeux, parfois de revoir nos plans, voire de changer de direction.
Très chers, voici le secret du mouvement du cœur humain : retourner à la source de son être, goûter à la joie intarissable, qui ne manque jamais. Nul ne peut vivre sans un sens qui aille outre le contingent, outre ce qui passe. Le cœur humain ne peut vivre sans espérer, sans savoir d’être fait pour la plénitude, non pour le manque.
Jésus-Christ, par son Incarnation, sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, a posé un fondement solide à cette espérance. Le cœur inquiet ne sera pas déçu s'il s'engage dans la dynamique d'amour pour laquelle il a été créé. L’amarrage est certain, la vie a triomphé et en Christ, elle continuera de triompher dans toutes les morts du quotidien. Telle est l'espérance chrétienne : bénissons et remercions sans cesse le Seigneur qui nous l'a donnée !
23 décembre 2025 – Paroles du Pape Léon XIV en réponse à une question posée par la presse, à Castelgandolfo
« J’ai parlé très clairement avec le gouverneur Pritzker à ce moment-là, alors que le projet de loi était déjà sur son bureau. Je suis certain que le cardinal Cupich l’a également fait, mais nous avons été très clairs sur la nécessité de respecter le caractère sacré du texte du début à la fin, et malheureusement, pour diverses raisons, il [Pritzker] a décidé de signer ce projet de loi. J’en suis très déçu. J’invite chacun, particulièrement en cette période de fêtes de Noël, à réfléchir à la nature et à la beauté de la vie humaine. Dieu s’est fait homme comme nous pour nous montrer le véritable sens de l’existence humaine, et je souhaite ardemment que le respect de la vie renaisse à chaque instant, de la conception à la mort naturelle. »
2026
De nos jours, le sens des mots est de plus en plus flou et les concepts qu’ils représentent de plus en plus ambigus. Le langage n’est plus le moyen privilégié de la nature humaine pour connaître et rencontrer, mais, dans les replis de l’ambiguïté sémantique, il devient de plus en plus une arme pour tromper ou frapper et offenser ses adversaires. Nous avons besoin que les mots recommencent à exprimer sans équivoque des réalités certaines. C’est seulement ainsi qu’un dialogue authentique et sans malentendus pourra reprendre. Cela doit se produire dans nos foyers et sur nos places, en politique, dans les moyens de communication et sur les réseaux sociaux, ainsi que dans le contexte des relations internationales et du multilatéralisme, afin que ce dernier puisse retrouver la force nécessaire pour jouer son rôle de rencontre et de médiation, indispensable pour prévenir les conflits, et que personne ne soit tenté de dominer l’autre par la logique de la force, qu’elle soit verbale, physique ou militaire.
Il convient également de noter que le paradoxe de cet affaiblissement de la parole est souvent revendiqué au nom de la liberté d’expression elle-même. Mais à y regarder de plus près, c’est le contraire qui est vrai : la liberté de parole et d’expression est garantie précisément par la certitude du langage et par le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater, en revanche, que, surtout en Occident, les espaces de véritable liberté d’expression se réduisent de plus en plus, tandis que se développe un nouveau langage à la saveur orwellienne qui, dans sa tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent.
Malheureusement, cette dérive en entraîne d’autres qui finissent par restreindre les droits fondamentaux de la personne, à commencer par la liberté de conscience. Dans ce contexte, l’objection de conscience autorise l’individu à refuser des obligations légales ou professionnelles qui sont en contradiction avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans sa sphère personnelle : qu’il s’agisse du refus du service militaire au nom de la non-violence ou du refus de pratiques telles que l’avortement ou l’euthanasie pour des médecins et des professionnels de santé. L’objection de conscience n’est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même. En ce moment particulier de l’histoire, la liberté de conscience semble faire l’objet d’une remise en question accrue de la part des États, y compris ceux qui se déclarent fondés sur la démocratie et les droits de l’homme. Cette liberté établit au contraire un équilibre entre l’intérêt collectif et la dignité individuelle, soulignant qu’une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social.
La vocation à l’amour et à la vie, qui se manifeste de manière éminente dans l’union exclusive et indissoluble entre la femme et l’homme, impose un impératif éthique fondamental : mettre les familles en mesure d’accueillir et de prendre pleinement soin de la vie naissante. Cela est plus que jamais prioritaire, en particulier dans les pays qui connaissent une baisse dramatique du taux de natalité. La vie est en effet un don inestimable qui se développe dans le cadre d’un projet relationnel fondé sur la réciprocité et le service.
C’est à la lumière de cette vision profonde de la vie comme un don à protéger et de la famille comme sa gardienne responsable qu’il faut rejeter catégoriquement les pratiques qui nient ou instrumentalisent l’origine de la vie et son développement. Parmi celles-ci, il y a l’avortement, qui interrompt une vie naissante et refuse d’accueillir le don de la vie. À cet égard, le Saint-Siège exprime sa profonde préoccupation face aux projets visant à financer la mobilité transfrontalière visant à accéder au soi-disant « droit à l’avortement sûr » et estime déplorable que des ressources publiques soient consacrées à la suppression de la vie, au lieu d’être investies dans le soutien aux mères et aux familles. L’objectif premier doit rester la protection de chaque enfant à naître et le soutien effectif et concret de chaque femme afin qu’elle puisse accueillir la vie.
De même, la maternité de substitution, qui transforme la gestation en un service négociable, viole la dignité tant de l’enfant, réduit à un “produit”, que de la mère, en instrumentalisant son corps et le processus de génération et en altérant le projet relationnel originel de la famille.
De semblables considérations peuvent être étendues aux malades et aux personnes âgées et seules, qui ont parfois du mal à trouver une raison de continuer à vivre. Il incombe également à la société civile et aux États de répondre concrètement aux situations de fragilité, en proposant des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs, et en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que d’encourager des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie.
Une réflexion similaire peut être faite à propos de beaucoup de jeunes confrontés à de nombreuses difficultés, parmi lesquelles la dépendance aux drogues. Un effort conjoint de tous est nécessaire pour éradiquer ce fléau de l'humanité et le trafic de drogue qui l'alimente, afin d'éviter que des millions de jeunes à travers le monde ne finissent victimes de la consommation de drogues. Conjointement à cet effort, il devra y avoir des politiques adéquates de désintoxication et des investissements plus importants dans la promotion humaine, l'éducation et la création d'emplois.
À la lumière de ces défis, il faut réaffirmer avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain. Une société n'est saine et avancée que lorsqu'elle protège le caractère sacré de la vie humaine et s'efforce activement de la promouvoir.
Il ne faut toutefois pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’égard des chrétiens qui se répand également dans des pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique, où ils voient parfois leur possibilité d’annoncer les vérités évangéliques limitée pour des raisons politiques ou idéologiques, en particulier lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille.
Dans le contexte actuel, on assiste à un véritable “court-circuit” des droits humains. Le droit à la liberté d’expression, à la liberté de conscience, à la liberté religieuse et même à la vie subissent des restrictions au nom d’autres droits dits nouveaux, avec pour conséquence que tout le système des droits humains perd de sa vigueur, laissant place à la force et à l’oppression. Cela se produit lorsque chaque droit devient autoréférentiel et surtout lorsqu’il perd son lien avec la réalité des choses, leur nature et la vérité.
11 janvier 2026 – homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe dans la Chapelle Sixtine en la fête du Baptême de Jésus. Le Pape y célébrant des Baptêmes
Les enfants que vous tenez maintenant dans vos bras sont transformés en créatures nouvelles. Tout comme ils ont reçu la vie de vous, leurs parents, ils reçoivent maintenant le sens de cette vie : la foi. Lorsque nous savons qu’un bien est essentiel, nous le recherchons immédiatement pour ceux que nous aimons. Qui d’entre nous, en effet, laisserait les nouveau-nés sans vêtements ni nourriture, en attendant qu’ils choisissent eux-mêmes, une fois grands, comment s’habiller et quoi manger ? Très chers amis, si la nourriture et les vêtements sont nécessaires pour vivre, la foi est plus que nécessaire, car avec Dieu, la vie trouve le salut.
Son amour providentiel se manifeste sur terre à travers vous, mères et pères qui demandez la foi pour vos enfants. Bien sûr, le jour viendra où ils deviendront trop lourds à porter dans vos bras ; et le jour viendra aussi où ce sera eux qui vous soutiendront. Que le baptême, qui nous unit dans l’unique famille de l’Église, sanctifie à tout moment toutes vos familles, en donnant force et constance à l’affection qui vous unit.
17 janvier 2026 - Message du Pape Léon XIV aux participants à la ‘‘Marche pour la vie’’ de Washington D.C. le 23 janvier 2026. Message publié sur le site du Vatican, le 22 janvier 2026
J’adresse de cordiales salutations à tous ceux d’entre vous qui participent à la March for Life 2026. J’exprime également ma profonde reconnaissance et je vous assure de ma proximité spirituelle tandis que vous vous rassemblez pour ce témoignage public éloquent, afin d’affirmer que « la protection du droit à la vie constitue le fondement indispensable de tout autre droit humain » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 9 janvier 2026).
En effet, « une société est saine et progresse seulement lorsqu’elle protège la sacralité de la vie humaine et s’emploie activement à la promouvoir » (ibid.). À ce propos, je voudrais vous encourager, en particulier vous les jeunes, à continuer de veiller à ce que la vie soit respectée à toutes ses étapes, par des efforts appropriés à chaque niveau de la société, y compris par le dialogue avec les responsables civils et politiques.
Que Jésus, qui a promis d’être avec nous toujours (cf. Mt 28,20), vous accompagne aujourd’hui tandis que vous marchez avec courage et pacifiquement au nom des enfants à naître. En les défendant, sachez que vous accomplissez le commandement du Seigneur de le servir dans les plus petits de nos frères et de nos sœurs (cf. Mt 25,31-46).
Dans ces sentiments, je vous confie tous, ainsi que ceux qui vous soutiennent par leurs prières et leurs sacrifices, à l’intercession de Marie Immaculée, Patronne des États-Unis d’Amérique, et je vous accorde bien volontiers ma Bénédiction apostolique, en gage d’abondantes grâces célestes.
Du Vatican, le 17 janvier 2026
Léon PP. XIV
19 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la Délégation Œcuménique Finlandaise à l’occasion de la fête de Saint Henri
Je sais que les évêques d’Helsinki, dans une déclaration trilatérale orthodoxe-luthérienne-catholique, cherchent à promouvoir une «culture de l’espérance, de la dignité et de la compassion» et ont conjointement affirmé que «le développement des soins palliatifs et de l’accompagnement en fin de vie doivent continuer».
2 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Présentation de Jésus au Temple
Aujourd’hui encore, par la profession des conseils évangéliques et les multiples services de charité que vous offrez, vous êtes appelés à témoigner que Dieu est présent dans l’histoire comme salut pour tous les peuples (cf. Lc 2, 30-31), et cela dans une société où la foi et la vie semblent s’éloigner de plus en plus l’une de l’autre, au nom d’une conception fausse et réductrice de la personne. Vous êtes appelés à témoigner que le jeune, le vieillard, le pauvre, le malade, le prisonnier occupent d’abord une place sacrée sur son Autel et dans son Cœur, et qu’en même temps chacun d’eux est un sanctuaire inviolable de sa présence, devant lequel il convient de s’agenouiller pour le rencontrer, l’adorer et le glorifier.
En témoignent les nombreux “avant-postes de l’Évangile” que beaucoup de vos communautés maintiennent dans les contextes les plus divers et les plus difficiles, même au milieu des conflits. Elles ne partent pas, elles ne fuient pas. Elles restent, dépouillées de tout, pour être un rappel, plus éloquent que mille paroles, du caractère sacré et inviolable de la vie dans sa plus pure essence, se faisant l’écho, par leur présence – même là où grondent les armes et où semblent prévaloir l’arrogance, l’intérêt et la violence – des paroles de Jésus : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car […] leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18, 10).
Et je voudrais m’arrêter, à ce propos, sur la prière du vieillard Siméon que nous récitons tous chaque jour : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut » (Lc 2, 29-30). La vie religieuse, en effet, avec son détachement serein de tout ce qui passe, enseigne l’indissociabilité entre le souci le plus authentique des réalités terrestres et l’espérance aimante des réalités éternelles, choisies déjà dans cette vie comme fin ultime et exclusive, capable d’illuminer tout le reste. Siméon a vu en Jésus le salut et il est libre face à la vie et à la mort. « Homme juste et religieux » (Lc 2, 25), avec Anne qui « ne s’éloignait pas du Temple » (ibid. v. 37), il garde les yeux fixés sur les biens à venir.
Le Concile Vatican II nous rappelle que « l’Église [...] n’aura que dans la gloire céleste sa consommation, lorsque viendra le temps où [...] avec le genre humain, tout l’univers [...] trouvera dans le Christ sa définitive perfection » (Conc. Ecum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 48). Cette prophétie vous est également confiée, à vous, hommes et femmes aux pieds bien plantés sur terre mais en même temps « constamment tournés vers les biens éternels » (Missel romain, Collecte de la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie). Le Christ est mort et ressuscité pour « rendre libre […] ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2, 15). Et vous, engagés à le suivre de plus près en participant à son “anéantissement” pour vivre dans son Esprit (cf. Conc. œcum. Vat. II, Décret Perfectae caritatis, 28 octobre 1965, n. 5), vous pouvez montrer au monde, avec la liberté de ceux qui aiment et pardonnent sans mesure, le chemin pour surmonter les conflits et semer la fraternité.
18 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe des Cendres célébrée en la Basilique Sainte Sabine, en l’Aventin (extraits)
« Où donc est leur Dieu ? », se demandent les peuples. Oui, très chers amis, l’histoire nous le demande, et avant cela, notre conscience : appeler la mort par son nom, en porter les signes, mais témoigner de la résurrection. Reconnaître nos péchés pour nous convertir est déjà un présage et un témoignage de résurrection : cela signifie en effet ne pas s’arrêter dans les cendres, mais se relever et reconstruire.
19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome
Quatrième question
Il faut se préparer, d’une certaine manière, à accepter, le moment venu, l’âge, la vieillesse, la maladie et la solitude. Cependant, si l’on a toujours vécu dans un esprit de dialogue, d’amitié, de partage et de fraternité, on peut trouver des réponses plus concrètes à l’expérience de la solitude et de la maladie, par exemple. Il y a des gens – et nous le disons avec une certaine franchise – qui, même jeunes, abordent la vie avec une certaine amertume ; ils n’ont jamais connu l’amitié, la fraternité ni le partage. Ainsi, depuis leur jeunesse ou leur âge mûr, ils vivent avec cette amertume, jamais satisfaits et toujours empreints d’un certain pessimisme.
Si l’on vit sa vie comme un cheminement qui nous porte en avant, malgré le poids des années, et souvent – jeune ou vieux – avec la maladie et les difficultés, on aura la capacité, avec la grâce de Dieu, d’accepter la croix, les souffrances qui en découlent, car on le fera avec le même esprit de prière et de sacrifice que celui qu’on a manifesté le jour de son ordination sacerdotale, lorsqu’on a dit au Seigneur : « Oui, Seigneur, je veux te suivre en toutes choses et accepter ce que la vie me donne comme faisant partie de ta volonté. » Alors, une spiritualité profonde est nécessaire, qu’il faut cultiver, dès le séminaire et tout au long de sa vie. Je ne peux pas dire à un jeune de 22 ans : « Prépare-toi pour tes 80 ans », mais tout est cheminement, tout est une manière d’entrer dans la vie avec un certain esprit de gratitude. Je n’en ai pas encore parlé, mais commençons par la gratitude d’avoir été appelés au sacerdoce. Nous oublions souvent combien notre vocation est grande et combien elle est importante pour la vie de l’Église. Non par cléricalisme – « Me voici » – mais parce que le Seigneur nous a appelés à être ses amis, ses disciples, ses serviteurs, et c’est là la plus belle des choses ! Ainsi, vivre dans un esprit de gratitude dès le premier jour de mon sacerdoce m’aidera à vivre, même âgé, même malade, à dire : « Merci, Seigneur, pour la vie, pour le don que tu me fais. »
Vous savez pertinemment que dans de nombreux pays – en Europe, en Italie… Au Canada, c’est déjà légal – l’euthanasie est un sujet largement débattu : la question de la fin de vie, les personnes qui ne trouvent plus de sens à leur existence, qui portent le fardeau de la maladie et qui disent : « Je ne veux plus le porter, je préfère mettre fin à mes jours. » Si nous sommes si négatifs envers notre propre vie, et parfois avec moins de souffrance que beaucoup d’autres, comment pouvons-nous leur dire : « Non, vous ne pouvez pas mettre fin à vos jours, vous devez l’accepter… » ? Mais alors, nous agissons nous-mêmes de la même manière, avec une vision très négative de tout. Autrement dit, nous devons être les premiers à témoigner de la grande valeur de la vie. Et la gratitude tout au long de la vie est essentielle.
L’humilité aussi. L’humilité : cette attitude qui consiste à reconnaître que ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui m’a donné la vie, qui nous accompagne et nous porte dans ses bras, même dans nos moments de plus grande faiblesse. Le Seigneur est là, avec nous. Et vivre avec cet esprit donne vie et espérance.
À cela s’ajoute la proximité. Et j’aimerais ici inviter chacun à réfléchir : nous connaissons tous, sans aucun doute, une personne âgée, un malade, un prêtre, un laïc, une religieuse… qui traverse une période très difficile. Appelons-les, allons les voir. Efforçons-nous d’aider ces personnes qui souffrent.
Les prêtres âgés ont eux aussi un service à rendre. Même alités, s’ils ont véritablement vécu une vie de service et de sacrifice, ils savent pertinemment que leur prière peut être un grand service, un don précieux. Leur vie continue d’avoir un sens profond. Et ils peuvent encore se souvenir et accompagner de nombreuses personnes, situations et communautés qui ont besoin de leur offrande.
26 Mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV au centre national pour la transplantation d’organes
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous.
Excellence, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, bienvenue et merci pour votre patience!
Je suis content de vous accueillir à l’occasion des États généraux du Réseau italien de greffes, et je remercie l’Académie pontificale pour la vie, qui suit cet important secteur. Votre présence témoigne de l’engagement de nombreux soignants, professionnels et bénévoles, qui, avec compétence et dévouement, sont au service de la vie humaine dans les moments de plus grande fragilité.
Vous commémorez un anniversaire important: en effet, il y a 70 ans avait lieu le premier don italien, lorsque le bienheureux don Carlo Gnocchi demanda que ses cornées furent prélevées après sa mort et greffées sur deux jeunes, assistés par sa Congrégation, qui purent recouvrer la vue. Ce geste, accompli dans un contexte où il n’existait pas encore de législation spécifique, suscita une grande réflexion au sein de la société italienne et contribua à entreprendre un processus de définition législative.
C’est précisément quelques semaines après le geste de don Gnocchi que le Pape Pie XII proposa une première orientation morale sur ces thèmes, reconnaissant la licéité du prélèvement à des fins thérapeutiques, dans le respect de la dignité du corps humain et des droits des personnes impliquées [1]. Depuis le début donc, la réflexion de l’Église a accompagné le développement de la médecine des greffes, en reconnaissant sa valeur et en définissant, parallèlement, les critères éthiques nécessaires.
Depuis lors, un riche développement de recherches scientifiques et de dévouement humain a conduit le Réseau de greffes italien à d’importants résultats, reconnus à l’échelle internationale. Derrière ces résultats se trouvent un patrimoine de compétences et aussi une culture de la responsabilité et de la confiance qui nécessite d’être protégée et soutenue.
Saint Jean-Paul II, dans l’Encyclique Evangelium vitae, a rappelé que parmi les gestes qui alimentent la culture de la vie «il faut particulièrement apprécier le don d’organes, accompli sous une forme éthiquement acceptable» (n. 86). Il s’agit en effet d’une action qui unit la générosité du don à la responsabilité morale qui l’accompagne. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme à son tour que «la donation d’organes après la mort est un acte noble et méritoire et doit être encouragée comme une manifestation de généreuse solidarité» (n. 2296), rappelant dans le même temps la nécessité du consentement et le respect de la dignité de la personne. Il faut toujours veiller à éviter toute forme de marchandisation du corps humain et garantir aux greffes des critères justes et transparents [2].
La médecine des greffes nous rappelle que la relation de soin, de confiance et de responsabilité réciproque constitue une condition indispensable pour que la greffe puisse avoir lieu. La possibilité même de sauver des vies à travers les greffes dépend en effet de la générosité des donneurs [3].
Le Pape François a souligné que le don ne se limite pas à son utilité sociale, aussi importante soit-elle, mais qu’il se présente comme une expression de la fraternité universelle. Il a réaffirmé en outre qu’il doit rester un acte gratuit, en mesure de témoigner d’une culture de l’aide, du don, de l’espérance et de la vie [4]. C’est un rappel précieux à une époque où chaque chose risque d’être évaluée selon la logique du prix, de l’efficacité et de l’intérêt.
Je profite de cette occasion pour encourager la recherche scientifique, qui continue d’ouvrir de nouvelles perspectives importantes pour la médecine des greffes. Elle est appelée à développer des solutions toujours plus efficaces pour répondre au besoin d’organes et aux nécessités des patients, dans un contexte où la demande dépasse de loin la disponibilité. Il est nécessaire que cet engagement se fasse toujours avec une réflexion responsable, afin que le progrès scientifique reste orienté vers le bien intégral de la personne et le respect de sa dignité.
Je vous exprime à tous ma gratitude. Votre travail est un travail exigeant et souvent caché, qui requiert des compétences et de la rigueur et, dans le même temps, une conscience, un équilibre et un vif sens de l’humanité. À cela s’ajoutent les responsabilités cliniques, les choix délicats et les relations qui touchent la vie des personnes dans les moments les plus difficiles. Continuez à exercer votre travail avec fidélité et dévouement, en ayant toujours comme priorité le bien du patient.
Enfin, j’encourage les institutions et le monde du bénévolat à poursuivre leurs actions d’information et de sensibilisation, afin que puisse se développer une culture du don toujours plus informée, libre et partagée, capable de reconnaître dans ce geste un signe de solidarité, de fraternité et d’espérance.
Je vous souhaite tout le succès possible dans votre action associative et j’invoque sur vous et vos proches la bénédiction du Seigneur. Merci.
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[1] Pie XII, Discours à l’Association des donneurs de cornées et l’Union italienne des personnes aveugles (14 mai 1956).
[2] Cf. Saint Jean-Paul II, Discours au 18e Congrès international sur la transplantation d’organes (29 août 2000).
[3] Benoît XVI, Discours aux participants au Congrès international sur le thème du don d’organes organisé par l’Académie pontificale pour la vie (7 novembre 2008).
[4] Cf. François, Discours à l’Association italienne pour le don d’organes, de tissus et de cellules (13 avril 2019).
27 mars 2026 – Message du Pape Léon XIV à la Commission biblique pontificale à l'occasion de son Assemblée plénière [13-17 avril 2026]
Monsieur le Cardinal Président, chers membres de la Commission pontificale biblique,
Je suis heureux de m’adresser à vous à travers ce message, au début de votre Assemblée plénière annuelle. Vous êtes réunis pour approfondir le thème de la souffrance et de la maladie: une expérience qui concerne tous, chaque être humain, marqué par la fragilité, par la maladie et par la mort. En effet, notre nature blessée porte inscrite en elle la réalité de la limite et de la finitude.
Pourquoi la maladie ? Pourquoi la souffrance ? Pourquoi la mort ? Face à ces questions, même les croyants vacillent parfois, allant jusqu’à éprouver un sentiment de désarroi, même de désespoir et de rébellion contre Dieu.
À la lumière de la foi, nous savons en revanche que la douleur et la maladie peuvent rendre la personne plus sage et plus mûre, en aidant à discerner dans leur vie ce qui n’est pas essentiel pour s’adresser ou revenir au Seigneur. Nous puisons cette vision de foi de l’Écriture Sainte et de la Tradition de l’Église : à ce propos, je vous encourage à unir, dans votre travail exégétique, la recherche scientifique et l’attention aux expériences communes de la vie, afin d’en éclairer aussi les aspects les plus difficiles par la sagesse de la Parole inspirée.
L’évangéliste Marc rapporte qu’un jour Jésus, voyant les foules égarées et souffrantes, fut saisi de compassion pour elles, parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger (cf. Mc 6, 34). Cette compassion de Jésus envers les nécessiteux et les malades revient souvent dans les pages de l’Évangile: le Seigneur a compassion d’un lépreux qui lui demande d’être guéri (cf. Mc 1, 40-41); il a compassion des foules affamées et épuisées et intervient en leur faveur (cf. Mc 8, 2); il a compassion de deux aveugles qui lui demandent de recouvrer la vue et les guérit (cf. Mt 20, 34); il est saisi d’une «grande compassion» pour une mère veuve qui accompagne son fils unique au tombeau, et il le ressuscite (cf. Lc 7, 13). La compassion du Christ envers tous ceux qui souffrent est si profonde qu’il s’identifie à eux: «J’étais malade et vous m’avez visité» (Mt 25, 36).
Le même Jésus, qui a parcouru le monde en faisant le bien partout et en guérissant toute sorte de maladie et d’infirmité, a ordonné à ses disciples de prendre soin des malades, de leur imposer les mains et de les bénir en son nom (cf. Mt 10, 8; Lc 10, 9). À travers l’expérience de la fragilité et de la maladie, nous aussi, nous pouvons et devons apprendre à marcher ensemble, dans la solidarité humaine et chrétienne, selon le style de Dieu, qui est compassion, proximité, tendresse et solidarité.
Fortifiés par la foi dans le Christ, nous pouvons alors vaincre la peur de la maladie et de la mort, précisément en prenant davantage conscience de notre fragilité à la lumière de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. En effet, dans le Christ, la souffrance et la maladie ne sont plus le destin cruel devant lequel se soumettre sans comprendre. Avec Jésus, la douleur se transforme en amour, en rédemption et en aide fraternelle. Accueillons donc le Christ dans notre vie: Il est le seul médecin qui peut guérir pour toujours les maladies de l’âme.
Je vous invite à considérer, au-delà de la maladie, de la douleur physique et de la mort, également les souffrances des pauvres, des migrants, des derniers de la société, qui sont présentes dans de nombreuses pages de l’Écriture Sainte.
Contemplons en particulier la Vierge Marie souffrante avec Jésus, au pied de la Croix: en tant que Mère, elle endure sur le Calvaire les souffrances de son Fils et y participe avec un cœur rempli de foi, en offrant sa souffrance déchirante pour le bien de tous. De cette façon, son intercession acquiert pour nous une valeur unique.
L’exemple de la Mère invite en effet chaque croyant, non seulement à prier pour ses frères, mais aussi à imiter l’offrande humble de ses propres douleurs en union avec le sacrifice du Christ. En ce sens, chacun peut dire avec Marie: «Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église» (Col 1, 24). Cet accomplissement est réel en nous, même sans rien ajouter à l’œuvre salvifique de l’unique Rédempteur, qui est parfaite, universelle et surabondante: «La souffrance du Christ a créé le bien de la Rédemption du monde. Ce bien en lui-même est inépuisable et infini. Aucun homme ne peut lui ajouter quoi que ce soit» [1]. Cet accomplissement signifie plutôt que chaque personne souffrante devient participante de cette œuvre, s’y engage et l’exprime avec les caractéristiques uniques issues de sa propre histoire. En effet, le Christ «a ouvert sa souffrance à l’homme, parce que Lui-même, dans sa souffrance rédemptrice, a participé en un sens à toutes les souffrances humaines» [2].
Le Cardinal Président m’a informé que la Commission biblique analyse différentes figures de personnages bibliques souffrants. Leur ensemble deviendra certainement un beau symbole d’espérance pour toute personne qui unit ses souffrances au Christ crucifié, renouvelant ainsi la manifestation de son visage d’amour.
Très chers Membres de la Commission pontificale biblique, je vous exprime à tous ma reconnaissance personnelle et mes encouragements. En vous souhaitant une poursuite fructueuse de vos travaux, j’invoque la lumière de l’Esprit Saint et je vous accorde à tous la bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 27 mars 2026
Léon PP. XIV
___________________
Saint Jean-Paul II, Lett. ap. Salvifici doloris (11 février 1984), n. 24.
Ibid., n. 20.
28 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la prière du bréviaire, en la Cathédrale de l’Immaculée Conception, à Monaco
Annoncez l’Évangile de la vie, de l’espérance et de l’amour ; apportez à tout le monde la lumière de l’Évangile afin que la vie de chaque homme et de chaque femme soit défendue et promue, de sa conception à sa fin naturelle ; offrez de nouveaux repères capables d’endiguer ces poussées de sécularisme qui risquent de réduire l’homme à l’individualisme et de fonder la vie sociale sur la production de richesses.
28 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à Monaco au stade Louis II. (extraits)
Si les hommes oublient la Loi qui commande de ne pas tuer, Dieu n’oublie pas la promesse qui prépare le monde au salut.
De même qu’au commencement des temps Dieu donna la vie à l’être à partir du néant, de même, à la plénitude des temps, Il rachètera toute vie de la mort qui ruine la création.
La joie de la foi et la force de notre témoignage découlent de cette rédemption, en tout lieu et en tout temps. L’histoire de Jésus résume en effet le destin de chacun de nous, à commencer par les plus petits et les opprimés. Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! Cependant face à l’insistance du mal la justice éternelle de Dieu se dresse, qui sans cesse nous délivre de nos tombeaux, comme pour Lazare, et nous donne une vie nouvelle. Il convertit la dureté du cœur en transformant le pouvoir en service, en manifestant le véritable nom de sa toute-puissance : miséricorde. C’est la miséricorde qui sauve le monde : elle prend soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu’au moment où elle se flétrit, et dans toute ses fragilités.
La voix des prophètes, témoigne de la manière dont Dieu accomplit son dessein de salut. Ézéchiel annonce que l’œuvre divine commence par une libération (Ez 37,23) et s’accomplit par la sanctification du peuple (cf. v. 28) : un chemin de conversion. Il ne s’agit pas d’une initiative privée ou individuelle, mais d’une initiative qui nous engage tous, qui transforme nos relations avec Dieu et avec notre prochain.
La libération prend avant tout la forme d’une purification des « idoles immondes » (v. 23). Que sont-elles ? Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l’achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c’est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l’esprit de l’homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leur yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s’en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse. L’affranchissement des idoles libére d’un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité.
Dieu ne nous abandonne pas dans ces tentations. Il vient au secours de l’homme, faible et triste, qui croit que les idoles du monde lui sauveront la vie. Comme l’enseigne saint Augustin, « l’homme se libère de leur emprise lorsqu’il croit en Celui qui, pour le relever, a donné un exemple d’humilité » (De civitate Dei, VII, 33). Cet exemple, c’est la vie même de Jésus, Dieu fait homme pour notre salut. Au lieu de nous punir, Il détruit le mal par son amour, accomplissant ainsi une promesse solennelle : « Je les purifierai. Alors ils seront mon peuple et moi Je serai leur Dieu » (Ez 37, 23). Le Seigneur change l’histoire du monde en nous appelant de l’idolâtrie à la vraie foi, de la mort à la vie.
Chaque vie brisée est une blessure infligée au Corps du Christ. Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! La paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre.
Rendez heureux beaucoup de personnes par votre foi en manifestant la joie authentique, celle qui ne se gagne pas par un pari, mais qui se partage par la charité. La source de cette joie est l’amour de Dieu : amour pour la vie naissante et indigente, à accueillir et à soigner sans cesse ; amour pour la vie jeune et âgée, à encourager dans les épreuves de chaque âge ; amour pour la vie, en bonne santé comme malade, parfois solitaire, qui a toujours besoin d’être accompagnée avec attention.
Donner la vie de Dieu. Une tâche sublime et impossible sans donner notre vie au prochain. Une tâche passionnante et féconde, lorsque l’Évangile éclaire nos pas.
23 avril 2026 – Conférence de Presse du Pape Léon XIV dans l’avion de retour vers Rome
Anneliese Taggart, Newsmax TV
Saint-Père, merci beaucoup. Au cours de ce voyage, vous avez évoqué à quel point les gens ont soif et faim de justice. Ce matin même, on a appris que l’Iran avait exécuté un autre membre de l’opposition, alors que le régime aurait également pendu publiquement de nombreuses autres personnes, en plus d’avoir tué des milliers de ses propres citoyens. Condamnez-vous ces actes et avez-vous un message à adresser au régime iranien ?
Pape Léon XIV
Je condamne toute action injuste. Je condamne le meurtre d’autres personnes. Je condamne la peine capitale. Je crois que la vie humaine doit être respectée et que la vie de chaque personne – de la conception à la mort naturelle – doit être respectée et protégée. Par conséquent, lorsqu’un régime, lorsqu’un pays prend des décisions qui ôtent injustement la vie à d’autres personnes, il est évident que cela doit être condamné.
15 juin 2026 - Message du Pape Léon XIV à l'occasion de la VIe Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, 2026: Je ne t'oublierai jamais (Is 49, 15)
Je ne t'oublierai jamais (Is 49, 15)
Chers frère et sœurs,
par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur promet qu’Il n’oubliera jamais aucun d’entre nous. Il nous assure qu’Il a gravé nos visages dans la paume de ses mains (cf. Is 49, 16) et que son amour est plus grand que celui d’une mère pour son enfant (cf. Is 49, 15). Le prophète nous laisse entrevoir un dialogue intime et intense dans lequel Dieu s’adresse à chacun et au peuple lui-même en utilisant le “tu”. Aujourd’hui encore, nous pouvons lire ces paroles comme s’adressant à chacun de nous, et chacun peut entendre ce « Je ne t’oublierai jamais » qui lui est destiné.
Ce sont des paroles qui remplissent de consolation et de confiance. Elles sont la réponse à un sentiment angoissant qui agite le cœur : « Le Seigneur m’a abandonné, le Seigneur m’a oublié » (Is 49,14). Combien de fois, dans les Saintes Écritures, en particulier dans les Psaumes, la prière naît-elle du désarroi de ceux qui ont l’impression que leur vie n’intéresse personne et qu’elle est négligée ! La douloureuse sensation d’être oublié est malheureusement commune à beaucoup de personnes, et parmi elles, nombreuses sont les personnes âgées.
L’amour de Dieu, qui n’oublie personne, se propose comme un acte de justice et une réponse à l’anonymat dans lequel la vie humaine finit trop souvent par se perdre. Un voile semble recouvrir la vie de nombre de personnes âgées, effaçant les traits de leurs visages et les enveloppant d’oubli. C’est ce qui se passe dans les foyers où règne la solitude, ainsi que dans ces lieux de soin où la singularité de chaque personne risque d’être réduite au numéro de son lit ou à sa pathologie.
La célébration de la Journée Mondiale des Grands-parents et des Personnes âgées est l’occasion de redécouvrir que l’Église est appelée à être la mère de tous et qu’à tout âge, il est toujours possible de se découvrir fils et filles de Dieu. Que cette Journée soit donc un encouragement pour tous, en particulier pour les plus jeunes, à reprendre la belle habitude de rendre visite à leurs grands-parents, aux personnes âgées de la famille, ainsi qu’à ceux qui ne reçoivent aucune visite. Apportez-leur, par ce message et par votre présence, la proximité et l’affection du Pape. Faites en sorte que les paroles du prophète « Moi, je ne t’oublierai jamais » prennent la forme d’une rencontre tendre et affectueuse. « À une époque qui tend à tout accélérer et à tout fragmenter, la chair humaine continue de demander à être soignée et reconnue par des mains capables de tendresse, par des esprits attentifs et par de bonnes paroles. La culture numérique multiplie les connexions et offre de nouvelles possibilités de rencontre ; pourtant, le cœur humain conserve un besoin irremplaçable de proximité » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n. 239).
L’Église connaît la souffrance de ses enfants les plus âgés ; elle sait bien qu’on les regarde trop souvent avec des préjugés et qu’on les considère comme un fardeau ; elle est consciente qu’une économie axée sur le profit affaiblit les liens familiaux ; elle sait que de nombreuses personnes âgées sont abandonnées par leurs enfants, contraints d’émigrer ou, dans certains cas, de partir à la guerre. Pour chacune de ces raisons, elle se réjouit d’annoncer la promesse du Seigneur : « Moi, je ne t’oublierai jamais ! ».
Il est doux, à tout âge, mais surtout quand on n’est plus tout jeune, de découvrir, comme l’a dit le Bienheureux Jean-Paul Ier, que « nous sommes de la part de Dieu objet d'un amour sans faille. Nous le savons : Il a toujours les yeux ouverts sur nous même lorsqu'il nous semble qu'il fait nuit. Il est père ; plus encore Il est mère » (Angelus, 10 septembre 1978).
Même si cela ne vient pas spontanément à l’esprit, la vérité est que, même dans la vieillesse, on ne cesse pas d’être fils et fille, et c’est pourquoi l’invitation à retourner dans les bras de Dieu, dont l’amour est à la fois paternel et maternel, reste valable chaque jour.
Pour beaucoup, la découverte de la tendresse de Dieu se fait au cours de l’existence, parfois même dans la dernière phase de la vie. En effet, contrairement au passé, il est de plus en plus fréquent de vieillir sans avoir eu une véritable expérience de la foi. Dans ce cas, l’âge avancé, à partir des questions que l’on se pose avec plus d’urgence à cette période de la vie, peut devenir le moment opportun pour commencer ou reprendre une vie spirituelle. Sur ce nouveau chemin, on peut reconnaître que Dieu, comme le dit saint Augustin, « est mère parce qu’il réchauffe, parce qu’il nourrit, parce qu’il allaite, parce qu’il protège » (Commentaire sur le Psaume 26, II, 18). C’est une prise de conscience qui aide à ne pas avoir honte de la fragilité qui se manifeste et aussi à comprendre que nous avons tous, toujours, besoin les uns des autres et que nous sommes tous en quête d’attention et de soins. À Dieu, qui se fait proche et que nous apprenons à reconnaître dans sa tendresse, nous pouvons désormais nous adresser avec une confiance filiale dans la prière. Il n’est jamais trop tard pour commencer à s’adresser à Lui. Cela peut être un grand don pour chacun.
Chers aînés, le Pape François parlait de vous comme d’un « peuple nouveau » (Catéchèse, 23 février 2022), car le nombre de personnes âgées n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de l’humanité. Il est donc plus important que jamais de réfléchir avec vous, « nouveau peuple », à ce que peut être notre vocation lorsque la fragilité, compagne de l’homme depuis sa naissance, semble prendre le dessus. Je voudrais vous dire : n’ayez pas peur de la fragilité ! Cette faiblesse cache en elle-même un nouveau potentiel qui éclaire également les autres âges de la vie. En effet, lorsqu’elle est acceptée et reconnue, la fragilité « ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir : la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable » (Rencontre avec la communauté algérienne, Basilique Notre-Dame d’Afrique, Alger, 13 avril 2026).
C’est ainsi que nous pouvons vivre, en tant que chrétiens, le temps de la vieillesse : “fragiles” mais en même temps “appelés”. Un homme et une femme peuvent, en effet, renaître dans leur vieillesse (cf. Jn 3, 4-6) et s’écrier, avec le prophète : « Par la conversion et le calme, vous serez sauvés ; dans la tranquillité, dans la confiance sera votre force » (Is 30, 15). Une force qui peut devenir une invitation à ne pas recourir aux voies de l’arrogance et de la puissance pour garantir la coexistence humaine, mais aux voies de la réconciliation et de la paix véritable. En cette époque, si durement marquée par la violence guerrière et sociale, beaucoup s’interrogent sur ce que sera le monde dans lequel grandiront leurs petits-enfants. Je vous exhorte, bien-aimés, à vous joindre à moi pour prier avec insistance afin que la paix vienne bientôt dans le monde entier.
Chères sœurs et chers frères âgés, je vous remercie de me soutenir chaque jour par vos prières, en particulier lorsque vous récitez le Saint Rosaire. Je vous le rends de tout cœur et je vous laisse ce vœu : que le Seigneur nous renouvelle toujours dans la foi, l’espérance et la charité, Lui qui ne nous oublie jamais !
Du Vatican, le 15 juin 2026
LÉON PP. XIV
22 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV, aux membres de la Fondation Jérôme Lejeune
La valeur de la personne ne dépend pas de ce qu’elle réalise ou produit. C’est pourquoi, jamais un médecin ne devrait se permettre, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée !
25 juin 2026 - Lettre du Pape Léon XIV à l'occasion du 250e anniversaire de la fondation des États-Unis d' Amérique. Publiée sur le site du Vatican le 4 juillet 2026
Parmi les principes qui ont guidé le développement des Etats Unis figure la dignité, donnée par Dieu, de toute vie humaine, chaque personne étant dotée d’une valeur intrinsèque qui exige le respect, la protection et le soin. Dans cet esprit, une pleine compréhension de cette dignité conduit à reconnaître l’importance de protéger la vie humaine de son commencement, à la conception, jusqu’à sa mort naturelle, et d’édifier une société dans laquelle les personnes vulnérables, celles qui souffrent et celles qui sont oubliées soient toujours traitées compassion, solidarité et amour.
3 juillet 2026 - Discours du Saint-Père à l’occasion de l’acceptation de la Médaille
de la Liberté du Centre national de la Constitution
Je m'unis à vous pour demander à Dieu de bénir l'avenir de l'Amérique, afin que les nobles idéaux inscrits dès les premières lignes de la Déclaration d'Indépendance continuent de guider l'épanouissement de la nation dans l'unité, la justice et la paix.
Dès notre jeunesse, la plupart d'entre nous ont admiré l'éloquence de ces paroles, avec leur appel puissant à la loi naturelle et au Dieu de la nature comme fondement de cette affirmation selon laquelle tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux et dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels figurent le droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.
Bien que formulée dans le langage des Lumières, cette affirmation trouve en définitive son fondement dans une compréhension de la personne humaine inspirée par la grande vision biblique de l'homme et de la femme créés à l'image de Dieu. C'est précisément là que nous découvrons le fondement de la dignité humaine ; une dignité qui précède l'établissement de tout État et dont la protection constitue la raison même de son existence….
… Le premier droit inscrit par les fondateurs de la nation fut le droit à la vie, car nul, privé de la vie, ne peut jouir de la liberté ni poursuivre le bonheur. La vitalité d'un pays est profondément liée à la valeur qu'il accorde à la vie humaine sous toutes ses formes et dans toutes ses conditions, en reconnaissant la dignité conférée à toute personne humaine du seul fait de son existence.
La valeur intrinsèque de chaque vie humaine a conduit le cœur généreux de générations entières à louer les merveilles du Créateur (cf. Ps 139, 14) et à se tenir avec respect devant un don si précieux. C'est précisément ce respect que nous devons continuer à cultiver : un respect qui touche le cœur des personnes et inspire des lois reconnaissant et protégeant le don de la vie depuis le moment de la conception jusqu'à la mort naturelle.
Ce respect nous aide également à découvrir que nous sommes les gardiens et les intendants de ceux qui nous sont confiés. À cet égard, la grandeur morale d'une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à soutenir, protéger et chérir la vie de tous, en particulier celle des plus vulnérables et de ceux dont la valeur est remise en question.
22 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux autorités et à la société civile, lors de sa Visite pastorale en République de Saint-Marin.
C’est pourquoi la République de Saint-Marin peut être un « laboratoire » de bonne politique, où, sans déroger à la laïcité de l’État, il est possible de puiser aux principes de la doctrine sociale catholique :
Une communauté comme la vôtre, à la fois riche de valeurs traditionnelles et en phase avec son époque sur le plan technologique, peut en effet poursuivre efficacement cet objectif, à travers une attention qui se traduit par la protection de toute vie, à chacune de ses étapes, de la conception à la mort naturelle.
« La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la puissance de ses moyens, mais au soin qu’elle sait offrir, à sa capacité de reconnaître l’autre comme un visage et non comme une fonction. La capacité de savoir prendre soin les uns des autres est une dimension importante de notre humanité. […] La technologie peut également soutenir le soin réciproque entre les personnes, par exemple lorsqu’elle offre des instruments permettant d’aider à prévoir et à organiser, mais sans priver l’être humain de sa liberté et de son jugement, lui qui est le sujet des relations et le responsable des décisions » (Magnifica humanitas, 114).
20 mai 2026 - Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).
En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).
Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.
Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).
Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».
Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).
Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).
Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.
27 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l'Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s'y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer.
La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
3 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
En poursuivant notre catéchèse sur la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC), nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée, tels que le rite, le signe et le symbole.
Le Concile Vatican II, s’inspirant du précieux travail du Mouvement liturgique, nous a aidés à redécouvrir une vérité très vive dans la conscience de l’Église primitive et dans l’enseignement des Pères. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un revêtement extérieur du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation ecclésiale par laquelle nous parvient le don divin. C’est précisément pour cette raison que le Concile invite à comprendre le Mysterium fidei qui se réalise dans la liturgie à travers les rites et les prières (cf. SC, 48).
Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, suscitant en nous une sensibilité spirituelle qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. Naturellement, cela se produit si nous ne restons pas des spectateurs étrangers ou muets (cf. ibid.) face à la liturgie, mais si nous y participons de tout notre être – corps, esprit et cœur –, en obéissance au commandement du Seigneur. À travers le rite sacré, nous sommes ainsi formés à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’action de grâce et à l’adoration, au partage fraternel et à la communion ecclésiale. Nous découvrons que nous sommes une assemblée aux multiples visages, réunie par la même foi.
Le rite nous plonge dans une séquence bien définie de gestes et de prières, qui peut parfois contrarier notre tendance individuelle à la spontanéité. Sa logique, cependant, n’est pas d’enfermer la liberté dans des schémas. Au contraire, par la sobriété solennelle de ses rythmes, le rite interrompt les activités frénétiques nous ramenant à l’essentiel. Nous découvrons ainsi une autre dimension de l’agir, qui n’est pas guidée par des calculs de rendement, et une autre expérience du temps et de l’espace. Dans le rite, nous faisons l’expérience d’une logique de gratuité, nous trouvons une pause qui régénère le cœur, nous reconnaissons que nous sommes précédés de la grâce divine, nous apprenons à vivre dans un rythme habité par l’Esprit Saint.
La grammaire du rite est tissée des signes et des symboles propres à la liturgie. En elle, comme l’affirme le Concile, « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux » (SC, 7). Le Catéchisme de l’Église Catholique approfondit la valeur de ces signes, en rappelant que « leur signification s’enracine dans l’œuvre de la création et dans la culture humaine, se précise dans les événements de l’Ancienne Alliance et se révèle pleinement dans la personne et l’œuvre du Christ » (n° 1145). Emblématique est le signe de l’eau : depuis les origines de la création jusqu’au déluge, depuis la traversée de la mer Rouge jusqu’au Jourdain, jusqu’à l’eau qui jaillit du côté du Christ et devient signe sacramentel de l’immersion dans sa mort et résurrection.
“Signe” et “symbole” sont des termes souvent utilisés comme synonymes. En réalité, un signe est symbolique lorsqu’il est capable de renvoyer non seulement à une idée, mais à tout un système de significations et de valeurs. Ainsi, par exemple, lorsque nous sommes aspergés avec l’eau bénite, cela ravive en nous la conscience du don reçu lors du baptême et notre adhésion à la vie nouvelle en Christ. Deuxièmement, les symboles ont essentiellement un caractère pratique, étant avant tout des actions : les plus simples et courantes, comme s’agenouiller et se donner la paix, ou les plus exigeantes, comme les actes constitutifs de chaque sacrement. Surtout, les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, tant envers les éléments matériels qui les composent qu’envers ceux qui entrent en contact avec eux, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales.
Dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi, le pape François, faisant sienne une affirmation de Romano Guardini, identifiait « la première tâche du travail de formation liturgique : l’homme doit retrouver sa capacité symbolique » (n° 44). Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse, accompagnée d’une catéchèse mystagogique appropriée, est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui, dans la logique de l’Incarnation, ne peut avoir lieu qu’en impliquant tout l’homme : esprit, âme et corps (cf. 1Th 5, 23).
24 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II, en particulier sur la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), sur la liturgie.
Lorsque saint Augustin veut expliquer aux nouveaux baptisés le mystère du Corps du Christ, il reprend le passage de saint Paul que nous venons d’entendre : « Vous êtes le corps du Christ et, chacun selon sa part, ses membres » (1 Co 12, 27). Et il ajoute : « C’est votre mystère que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : “Le corps du Christ”, et vous répondez : “Amen”. Soyez donc des membres du corps du Christ, afin que votre “Amen” soit vrai. […] Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes » (Sermon 272, PL 38, 1247).
Immédiatement après avoir évoqué la Cène de Jésus, la Constitution sur la Liturgie parle de l’Eucharistie en ces termes d’inspiration augustinienne. Pour les chrétiens, prendre part à la table du Seigneur signifie en effet « être formés par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, rendre grâce à Dieu » (SC, 48). C’est en le recevant dans sa Parole et dans l’Eucharistie que nous devenons ce que nous recevons. Nous devenons le Corps dont le Chef est le Christ ressuscité, assis à la droite du Père (cf. Col 1, 18), qui nous prépare une place dans les cieux (cf. Jn 14, 3) : l’Eucharistie est ainsi le sacrement du Royaume à venir. C’est le Pain de la route, qui nous conduit vers la Patrie céleste, jusqu’au jour béni où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).
L’assemblée liturgique offre le Sacrifice « non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui » (SC, 48). Dans cette perspective, l’Eucharistie est la forme du sacrifice spirituel des chrétiens (cf. He 13, 16 ; Rm 12, 1), en tant que voie d’union avec Dieu et d’union réciproque. En y participant, ils apprennent « à s’offrir eux-mêmes et, jour après jour, à être consumés, par le Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux » (ibid.). Ainsi, en nous unissant au Christ, l’Eucharistie nous enseigne à adopter le mode de vie du Seigneur Jésus lui-même, marqué par le don gratuit de soi. Ce don nous fait donc entrer dans la dynamique de l’unité, qui offre un puissant antidote aux germes de division qui minent notre monde, nos communautés, nos familles, notre cœur (cf. SC, 47).
Très chers, lorsque nous participons à l’Eucharistie, nous sommes invités à écouter la Parole de Dieu et à nous nourrir à la table du Seigneur, où Lui-même s’offre au Père. Ces deux parties de la Messe, la Liturgie de la Parole et la Liturgie eucharistique, « sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte » (SC, 56).
En ce qui concerne la Parole, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas seulement d’acquérir une connaissance intellectuelle des Écritures, mais de recevoir la Parole « vivante et efficace » (He 4, 12), adressée par Dieu à tous et en même temps à chacun, Parole qui nourrit et alimente ensemble avec le Pain eucharistique, et nous fait passer de la décadence du péché à la vie nouvelle en Christ. « L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 55).
Le Concile œcuménique Vatican II a demandé « d’ouvrir plus largement les trésors de la Bible, afin que la table de la Parole de Dieu soit offerte aux fidèles avec une plus grande abondance » (SC, 51). La réforme liturgique a traduit cette demande par ce trésor qu’est le Lectionnaire, c’est-à-dire le livre qui rassemble toutes les Lectures bibliques destinées aux célébrations liturgiques. Cette richesse a été puisée à la source la plus pure de la Tradition vivante, qui allie la « fidélité à la tradition » à l’« ouverture à un progrès légitime » (SC, 23).
Le début du chapitre II de la Constitution sur la Liturgie est tissé de références au grand fleuve de la Tradition, qui s’étend des Pères de l’Église jusqu’à nous. Je cite : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné » (SC, 47).
Chers frères et sœurs, puisons avec foi à cette source de vie divine et laissons-nous transformer par le mystère que nous célébrons.
5 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.
Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).
À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.
La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).
Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).
C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).
Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.
Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.
Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXV: PL 37, 1081).
Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.
12 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.
Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).
Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple [...] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a lui-même commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.
C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !
Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini(31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.
Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-à-dire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).
À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).
L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.
19 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Chers frères et sœurs,
Le sixième chapitre de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du Concile Vatican II est consacré à la musique sacrée. Il affirme : « La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle » (SC, 112). Il précise également : « La musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus agréable, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels » (ibid.).
Nous trouvons ici le cœur de l’enseignement conciliaire, qui confirme et approfondit la fonction ministérielle de la musique dans la liturgie, déjà soulignée par saint Pie X dans le Motu Proprio Inter sollicitudines(22 novembre 1903). La musique, en réalité, fait partie intégrante de l'action liturgique et n'est pas un simple ornement de la célébration. Dans la liturgie, chanter et jouer de la musique signifie prier, accorder son cœur à celui de ses frères et sœurs et avec Dieu, en participant activement au mystère célébré. La musique, en particulier, exprime la dimension affective de la prière, comme le dit saint Augustin : « Cantare amantis est », c'est-à-dire « le chant est l’expression de l’amour » (Sermon 336, 1). Ceci est très important, car cela aide à ouvrir le cœur à l'action de Dieu dans la grâce et à se laisser transformer par elle.
Le chant, en outre, favorise la communion. Par la symphonie des voix, il contribue à l'union des âmes, transcendant les différences entre les personnes et unissant tous les fidèles dans la louange de Dieu. Ainsi, il devient une épiphanie de l'Église, une manifestation tangible de la communion qui est inhérente à sa nature même.
La profonde signification théologique du chant sacré, partie intégrante de l’action liturgique, engendre certaines exigences. La première est que, au-delà des modes ou des sensibilités particulières des auteurs, il doit répondre à tous les niveaux à ce qui convient le mieux au moment de la célébration. La forme, notamment sur le plan mélodique, doit être à la fois noble et simple, d’une grande qualité musicale et facile à exécuter, surtout lorsqu’elle est destiné à être chantée par toute l’assemblée (cf. SC, 121).
Pour la même raison, le Concile recommande que les textes soient également appropriés, profonds et, en même temps, facilement compréhensibles, inspirés principalement de l’Écriture sainte, des livres liturgiques et de la Tradition spirituelle de l’Église. Sur ce point, il est nécessaire d’être vigilant afin que soit maintenue et renforcée la dynamique exprimée par l’ancien principe « lex orandi lex credendi », c’est-à-dire, la loi de la prière est aussi la loi de la foi .
Sacrosanctum Concilium consacre une large place au thème de la participation active des fidèles (cf. n° 114). Elle doit être « comprise […] à partir d'une plus grande conscience du mystère qui est célébré et de sa relation avec l'existence quotidienne » (Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis, 52), dans un « esprit de constante conversion qui doit caractériser la vie de tous les fidèles » (ibid., 55). Quant à la manière concrète d’y parvenir par le rôle spécifique de la musique sacrée, la Constitution apporte une réponse claire : « On favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques» et « un silence sacré » (SC, 30). Elle exhorte chaque ministre ou laïc à accomplir « seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC, 28), dans un équilibre harmonieux entre les différents ministères, les diverses interventions et les moments de silence.
Le Concile accorde ainsi une grande importance au chant grégorien, sans pour autant exclure de la célébration d’autres genres de musique sacrée. Une attention particulière est également portée à l’orgue (voir SC, 120), tandis que l’usage d’autres instruments est permis « selon qu’ils sont ou peuvent devenir adaptés à un usage sacré, qu’ils s’accordent à la dignité du temple et qu’ils favorisent véritablement l’édification des fidèles. » (SC, 120).
Un thème cher à la réforme conciliaire est celui de l’inculturation, notamment dans le domaine de la musique sacrée. On souligne en particulier, en ce qui concerne les traditions musicales des différentes cultures, l'importance de les prendre sérieusement en considération comme faisant partie intégrante de la vie religieuse et sociale des peuples. Il est donc recommandé, d’une part, de dispenser à tous une formation « de leur sens religieux » (SC 119) et, d’autre part, « dans la mesure du possible, […] de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à l’école que dans les actions sacrées » (ibid.).
Dans le contexte liturgique, un rôle particulier est reconnu à la schola cantorum, instrument pastoral dont la promotion est recommandée, avec pour tâche « d'assurer la juste exécution des parties qui lui sont propres, selon les divers genres de chant, et d'aider la participation active des fidèles dans le chant.» (Sacrée Congrégation Des Rites, Instr. Musicam sacram, 19).
À cette fin, le compositeur de musique sacrée est appelé à connaître et à préserver le patrimoine musical de l’Église, s’en laissant inspirer pour créer de nouvelles compositions au service de la liturgie, dans le respect des sensibilités contemporaines et des diverses traditions culturelles, afin de « purifier le culte d'erreurs de style, de formes d'expression médiocres, de musiques et de textes plats, peu adaptés à la grandeur de l'acte que l'on célèbre, pour assurer la dignité et la beauté des formes de la musique liturgique » (Saint Jean-Paul II, Chirographe sur la musique sacrée, 22 novembre 2003, 3).
Pour toutes ces raisons, les Pères conciliaires recommandent de promouvoir la formation et la pratique de la musique sacrée « dans les séminaires, les noviciats de religieux des deux sexes et leurs maisons d’études, et aussi dans les autres institutions et écoles catholiques » (SC, 115), et de veiller à ce que les musiciens et les chanteurs reçoivent une solide formation liturgique (cf. ibid.).
Chers frères et sœurs, les Pères de l’Église tenaient le chant liturgique en haute estime, symbole de communion ecclésiale. C’est pourquoi nous pouvons conclure par ces belles paroles de saint Ignace d’Antioche : « Que chacun de vous aussi, vous deveniez un chœur, afin que, dans l'harmonie de votre accord, prenant le ton de Dieu dans l'unité, vous chantiez d'une seule voix par Jésus-Christ au Père, afin qu'il vous écoute et qu'il vous reconnaisse, par vos bonnes œuvres, comme les membres de son Fils » (Lettre aux Éphésiens 4, 2).
26 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Dans cette dernière catéchèse sur la Constitution Sacrosanctum Concilium, je voudrais m’arrêter sur les raisons pour lesquelles les Pères conciliaires ont voulu promouvoir une réforme de la liturgie. À cet égard, la troisième Lettre du Concile que le cardinal Giovanni Battista Montini, alors archevêque de Milan, a adressée le 28 octobre 1962 aux fidèles de son Église est très éclairante. La liturgie – écrivait-il – « est l’expression sincère tant du divin que de l’humain. C’est un langage. C’est, d’une part, un vecteur d’enseignement divin, et, d’autre part, la voix d’un dialogue avec Dieu. Il est clair qu’elle ne peut renoncer à sa fonction didactique, et qu’elle ne peut manquer d’offrir à la foi et à la piété la possibilité de s’exprimer avec une intelligibilité spontanée » [1] . Animé par ces convictions, le futur pape saint Paul VI affirmait que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester muets et passifs. Leur présence matérielle ne peut s’accorder avec leur absence spirituelle ». [2]
La concordance entre ces déclarations et celles qui figureront au n°48 de la Constitution conciliaire est évidente : « l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu ; qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux ». On perçoit dans ces paroles une prise de conscience renouvelée de la valeur de la liturgie. À travers les actions rituelles de l’Église, tandis que s’accomplit le mémorial de l’œuvre du salut, la possibilité est donnée de vivre la véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Puisque les gestes, les paroles de la sainte liturgie sont décisifs pour réaliser cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive.
La réforme conciliaire, en mettant au centre ce qui constitue le cœur de l’expérience ecclésiale, a voulu faire resplendir la liturgie comme « la source première de cet échange divin par lequel la vie de Dieu nous est communiquée » [3] . De cette conviction est née la nécessité de rendre la richesse des textes bibliques et des prières, plus accessible à tous les fidèles, et de simplifier l’ordre de la célébration par rapport à celui prévu dans les livres liturgiques alors en vigueur.
La liturgie, en effet, étant une réalité vivante, a toujours été soumise, au fil des siècles, à des évolutions et à des changements. Le Magistère en a adapté les formes aux exigences des différentes époques. Il n’est donc pas surprenant que le Concile Vatican II, dans le plus grand respect du patrimoine de la tradition, et précisément afin de le rendre plus accessible, ait jugé nécessaire une révision des livres liturgiques.
L’objectif qui tenait à cœur aux Pères est énoncé au n° 21 de la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère l’Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire. » C’est à l’encyclique Mediator Dei du pape Pie XII que remonte la distinction, dans la liturgie, entre les éléments divins, immuables, et les éléments humains, qui, eux, « peuvent subir diverses modifications, approuvées par la sainte Hiérarchie assistée par le Saint-Esprit, selon les exigences des temps, des choses et des âmes » (Acta Apostolicae Sedis 39, 1947, 541-542).
D’ailleurs, le désir d’une « réforme générale » n’était pas né du jour au lendemain, mais s’était manifesté dans l’action des papes qui s’étaient succédé depuis le début du XXe siècle, en accord avec les revendications du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « comme des étrangers ou des spectateurs muets » avait déjà été reprise par la Constitution apostolique Divini Cultus de Pie XI. On peut en outre rappeler les interventions de Pie XII sur l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a replacés aux heures correspondant aux événements pascaux, après qu’ils avaient été avancés pendant des siècles aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire une simplification des rubriques du Bréviaire et du Missel, qu’il a approuvée par le Motu proprio Rubricarum instructum, du 25 juillet 1960, dans lequel il renvoyait au Concile œcuménique annoncé la proposition des principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.
La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II s’inscrit donc dans le sillage de la tradition vivante de l’Église. Sa juste compréhension permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore parfois aujourd’hui, en absolutisant ou en interprétant de manière erronée certains des principes qui étaient à la base de la réforme elle-même.
À cet égard, il convient de rappeler que la Constitution conciliaire affirme que « les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint rassemblé et ordonné sous la conduite des évêques. C’est pourquoi ces actions appartiennent à l’ensemble du corps de l’Église, elles le manifestent et l’impliquent » (Sacrosanctum Concilium, n° 26).
Il incombe donc en premier lieu aux pasteurs, aux évêques, mais aussi à chaque prêtre, de préserver et de promouvoir une liturgie qui, dans le respect des normes liturgiques, resplendisse par sa noble simplicité (cf. n° 34) et manifeste ainsi l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Une telle liturgie sera également un vecteur fondamental d’évangélisation, l’instrument de grâce par lequel, comme l’enseigne le Concile, nous pourrons apprendre à nous offrir nous-mêmes et, par la médiation du Christ, nous serons consommés dans l’unité avec Dieu et entre nous (cf. n° 48).
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[1] G. B. Montini, «Terza lettera dal Concilio», Rivista Diocesana Milanese 51 (1962) 921-923: 922.
[2]Ibid.
[3] Solenne Chiusura della II Sessione del Concilio, Allocuzione del Santo Padre Paolo VI (4 dicembre 1963).
Mercredi 2 septembre 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous entamons aujourd’hui une réflexion sur la Constitution pastorale Gaudium et spes, par laquelle le Concile Vatican II a souhaité approfondir un thème fondamental, à savoir la relation de l’Église avec le monde contemporain. Saint Jean XXIII, dès son discours inaugural du 11 octobre 1962, avait tenu à se démarquer des « prophètes de malheur » qui, « bien qu’animés d’un zèle religieux […] ne cessent de répéter que notre époque, comparée aux siècles passés, est bien pire ; et vont jusqu’à se comporter comme s’ils n’avaient rien à apprendre de l’histoire » (Discours Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, 4.2). D’où la tâche confiée aux Pères conciliaires : « Dans l’état actuel des événements humains, où l’humanité semble entrer dans un nouvel ordre des choses, il faut plutôt y voir les desseins mystérieux de la Divine Providence, qui se réalisent au fil du temps par l’œuvre des hommes, et souvent au-delà de leurs attentes, et qui, dans sa sagesse, dispose de tout, même des événements humains défavorables, pour le bien de l’Église » (Gaudet Mater Ecclesia, 4.4).
Trois ans plus tard, la promulgation de Gaudium et spes reconnaissait dans ce discernement un élément essentiel de la nature de l’Église, décrivant son caractère pastoral comme constitutif : d’où la définition de “Constitution pastorale”. Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf, mais d’une fidélité renouvelée au Mystère du Christ qui, en s’incarnant, choisit de partager notre vie : il s’est rendu « en tout semblable à ses frères » (Hé 2, 17 ; cf. 4, 15) et a pris sur lui les conséquences du péché, mourant « en rançon pour tous » (1Tm 2, 6). Ce partage avec l’humanité est la voie que le Christ demande à l’Église ; c’est pourquoi la Constitution conciliaire Gaudium et Spes s’ouvre en déclarant que l’Église fait siennes « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (GS 1).
C’est un partage qui nous appelle à sortir de toute passivité et indifférence face aux événements qui se produisent, à l’histoire et à la vie des personnes, surtout face au changement rapide et profond que nous vivons aujourd’hui. Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés ; il faut au contraire écouter avec le cœur, se laisser interpeller, s’impliquer. Avec le Christ et soutenus par la force de son Esprit, les croyants sont appelés à prendre en charge les difficultés de leurs frères et sœurs, en particulier celles et ceux qui sont écrasés par l’injustice, la discrimination et la violence. En effet, ce n’est que par le partage et l’engagement qu’il est possible de parvenir à des réponses adéquates, toujours soutenues par la certitude « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous »(Rm 8, 18).
En ce sens, la proximité avec l’humanité ouvre la voie à une lecture plus profonde des événements et de la Révélation elle-même ; dans cette même perspective, Gaudium et Spes rappelle le « devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (GS 4). Cette constitution conciliaire a donc appelé l’Église à un engagement permanent de conversion, afin de témoigner qu’elle n’est mue par « aucune ambition terrestre », mais qu’elle « ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3). Il ne s’agit pas, en effet, d’une disposition purement morale. Le pape François nous a rappelé que, pour l’Église, « l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, 198).
Le partage chrétien nous engage à prendre en charge la réalité et aussi à mettre à nu les contradictions qui caractérisent la vie personnelle et sociale du monde contemporain : par exemple, un progrès scientifique et technologique qui offre sans cesse de nouvelles possibilités, mais uniquement à certains, et que l’être humain ne parvient pas toujours à mettre « à son service » ; ou une connaissance plus claire des « lois de la vie sociale », accompagnée toutefois d’incertitudes « quant à la direction à lui donner » ; ou encore, une plus grande disponibilité de « richesses, de possibilités et de puissance économique », qui, malheureusement, aujourd’hui comme à l’époque du Concile, laisse « une grande partie des habitants de la planète […] encore en proie à la faim et à la misère » (GS 4) ; ou encore, une prise de conscience partagée que l’avenir de la planète est en jeu et, en même temps, l’incapacité à renoncer à la consommation égoïste et à l’illusion selon laquelle la guerre serait un moyen efficace de construire la paix.
À une époque marquée par de profonds changements, d’où découlent des déséquilibres préoccupants, l’Église est appelée à servir l’être humain, en écoutant et en accueillant les interrogations les plus profondes de son cœur et les aspirations qui l’habitent, en désignant en Christ « la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine » (GS 10). C’est pourquoi, dans l’Église, à tous les niveaux et à toutes les époques, doit se réaliser la kénose miséricordieuse du Christ qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, […] devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8).
9 septembre 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
La Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), qui consacre son premier chapitre à la dignité de la personne humaine, souligne que celle-ci est le fondement et la condition de ces « valeurs qui sont aujourd’hui les plus estimées », mais qu’il est nécessaire qu’elles ne perdent pas le lien avec « leur source divine », afin d’échapper aux éventuelles déformations dues à la « corruption du cœur humain » (GS, 11).
Le chemin qui a permis de mettre en lumière les traits et les droits fondamentaux de la dignité de la personne représente certainement l’une des pages les plus significatives de l’histoire humaine. Cependant, le parcours à accomplir n’est pas terminé et doit faire face aux contradictions, anciennes et nouvelles, qui empêchent sa pleine mise en œuvre.
L’Église apporte clairement sa contribution, en rappelant que la dignité humaine découle de l’être même de la personne. J’ai eu l’occasion de le réaffirmer également dans la récente encyclique Magnifica humanitas: « chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. » (n° 50).
La dignité infinie de l’être humain trouve donc son fondement dans son identité de créature faite « “à l’image de Dieu”, capable de connaître et d’aimer son Créateur », projet et don d’amour qui transcende les autres réalités créées, lesquelles sont confiées à ses soins « pour qu’il les gouverne et s’en serve à la gloire de Dieu » (GS, 12).
C’est dans la foi que nous pouvons comprendre le fondement ultime de la dignité de la personne, car le Fils, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n° 22).
La personne implique toujours une relation, une communion, une participation vis-à-vis de Dieu et des autres ; il s’agit donc d’une relation filiale avec Dieu le Père et d’une relation fraternelle avec le Christ et avec tous les hommes. Elle exclut tout repli sur soi. Être une personne, c’est se percevoir comme un don à partager, en grandissant et en mûrissant dans l’accueil, la réciprocité et le service.
Cette dignité relève de la responsabilité de chacun : en même temps, elle exige aussi de la solidarité et une attention mutuelle, en surmontant les nombreuses falsifications et manipulations qui en déforment encore aujourd’hui la perception et en entravent la réalisation. En effet, en raison des choix contraires à sa dignité opérés au cours de l’histoire, aujourd’hui encore « l’homme se trouve divisé en lui-même » et « toute la vie humaine, tant individuelle que collective, présente les traits d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres ». Cette condition fragile et limitée peut toutefois être envisagée avec espérance, car « le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors “le prince de ce monde” (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché » (GS, 13).
La constitution Gaudium et spes affirme en outre que la dignité humaine concerne la personne dans sa totalité et qu’il faut donc dépasser les visions dualistes : l’être humain est « une unité de l’âme et du corps ». La réduction du corps à un “objet” dont on peut disposer arbitrairement constitue toujours une négation de la dignité de la personne : « il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle […] », et il faut « il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour », en veillant « sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur » (GS, 14), puisque nous sommes tous marqués par le péché.
Enfin, Gaudium et spes évoque trois expressions particulièrement significatives de la dignité de la personne : l’intelligence, qui fait de l’être humain un chercheur insatiable de vérité (n° 15) ; la conscience, grâce à laquelle il donne unité et sens à sa vie (n° 16) ; la liberté, qui fait de lui l’acteur responsable de ses propres décisions (n° 17). Ces dimensions sont étroitement liées entre elles : c’est dans la conscience que la vérité est reconnue comme telle et que la liberté peut la vivre comme son fondement et sa possibilité. Le Saint-Esprit, qui donne vie en Christ, nous rend libres et nous assure sans cesse de notre dignité d’enfants de Dieu, en nous libérant de la peur et en nous guidant vers le but ultime, cette vie en plénitude au-delà de la mort que le Christ nous a promise : c’est en Lui seul que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière, c’est de Lui que nous recevons la lumière sur l’énigme de la douleur et de la mort, et c’est avec Lui que nous allons à la rencontre de la résurrection.
Chers frères et sœurs, créés à l’image de Dieu, par le Christ et en vue de Lui, nous avons reçu une dignité unique et indélébile. Engageons-nous à la promouvoir et à la défendre toujours, à la lumière et avec la force de l’Évangile.