Evangelium Vitae 2026

Publié le 2026-01-14

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1er janvier 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Solennité de Marie Mère de Dieu. Basilique Saint-Pierre

     Aujourd’hui, en cette solennité de Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, qui marque le début de la nouvelle année civile, la liturgie nous offre le texte d’une très belle bénédiction : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’Il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’Il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26).

     Dans le livre des Nombres, elle fait suite aux indications concernant la consécration des nazirs, soulignant la dimension sacrée et féconde du don dans la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. L’homme offre au Créateur tout ce qu’il a reçu et Celui-ci répond en tournant vers lui son regard bienveillant, comme au commencement du monde (cf. Gn 1, 31).

     Le peuple d’Israël, à qui cette bénédiction s’adressait, était un peuple de libérés, d’hommes et de femmes nés de nouveau après un long esclavage, grâce à l’intervention de Dieu et à la réponse généreuse de son serviteur Moïse. En Égypte, ce peuple jouissait de certaines sécurités — la nourriture ne manquait pas, tout comme un toit et une certaine stabilité —, mais cela au prix de la servitude, de l’oppression d’une tyrannie qui réclamait toujours plus en donnant toujours moins (cf. Ex 5, 6-7). À présent, dans le désert, beaucoup de ces certitudes du passé ont disparu, mais il y a en échange la liberté qui se concrétise par une voie ouverte vers l’avenir, par le don d’une loi de sagesse et la promesse d’une terre où vivre et grandir sans plus de chaînes ni de fers : en somme, une nouvelle naissance.

      Ainsi, la liturgie nous rappelle, en ce début de nouvelle année, que chaque jour peut devenir, pour chacun, le début d’une vie nouvelle grâce à l’amour généreux de Dieu, à sa miséricorde et à la réponse de notre liberté. Il est beau de penser l’année qui commence comme un chemin ouvert à découvrir et où nous aventurer, libres par grâce et porteurs de liberté, pardonnés et dispensateurs de pardon, confiants dans la proximité et la bonté du Seigneur qui nous accompagne toujours.

     Nous gardons tout cela à l’esprit alors que nous célébrons le mystère de la Maternité Divine de Marie qui, par son “oui”, a contribué à donner un visage humain à la Source de toute miséricorde et de toute bienveillance : le visage de Jésus dont l’amour du Père nous touche et nous transforme, par ses yeux d’enfant, puis de jeune homme.

     En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté.

     Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.

     Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties - comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.

     Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.

 

 

 

1er janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

     Le Sauveur vient dans le monde en naissant d’une femme : arrêtons-nous pour adorer cet événement qui resplendit en Marie Très Sainte et se reflète dans chaque enfant à naître, révélant l’image divine qui est imprimée dans notre corps.

 

 

4 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus

     Envers l'homme, notre engagement doit être cohérent. Si Dieu est devenu l'un de nous, chaque créature humaine est son reflet, porte en elle son image, garde une étincelle de sa lumière. Et cela nous appelle à reconnaître en toute personne sa dignité inviolable et à nous exercer à l'amour mutuel les uns envers les autres.

 

 

 

 

 

9 janvier 2026 – Discours du pape Léon XIV aux membres du Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège à l’occasion des vœux de la nouvelle année

        De nos jours, le sens des mots est de plus en plus flou et les concepts qu’ils représentent de plus en plus ambigus. Le langage n’est plus le moyen privilégié de la nature humaine pour connaître et rencontrer, mais, dans les replis de l’ambiguïté sémantique, il devient de plus en plus une arme pour tromper ou frapper et offenser ses adversaires. Nous avons besoin que les mots recommencent à exprimer sans équivoque des réalités certaines. C’est seulement ainsi qu’un dialogue authentique et sans malentendus pourra reprendre. Cela doit se produire dans nos foyers et sur nos places, en politique, dans les moyens de communication et sur les réseaux sociaux, ainsi que dans le contexte des relations internationales et du multilatéralisme, afin que ce dernier puisse retrouver la force nécessaire pour jouer son rôle de rencontre et de médiation, indispensable pour prévenir les conflits, et que personne ne soit tenté de dominer l’autre par la logique de la force, qu’elle soit verbale, physique ou militaire.

     Il convient également de noter que le paradoxe de cet affaiblissement de la parole est souvent revendiqué au nom de la liberté d’expression elle-même. Mais à y regarder de plus près, c’est le contraire qui est vrai : la liberté de parole et d’expression est garantie précisément par la certitude du langage et par le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater, en revanche, que, surtout en Occident, les espaces de véritable liberté d’expression se réduisent de plus en plus, tandis que se développe un nouveau langage à la saveur orwellienne qui, dans sa tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent.

     Malheureusement, cette dérive en entraîne d’autres qui finissent par restreindre les droits fondamentaux de la personne, à commencer par la liberté de conscience. Dans ce contexte, l’objection de conscience autorise l’individu à refuser des obligations légales ou professionnelles qui sont en contradiction avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans sa sphère personnelle : qu’il s’agisse du refus du service militaire au nom de la non-violence ou du refus de pratiques telles que l’avortement ou l’euthanasie pour des médecins et des professionnels de santé. L’objection de conscience n’est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même. En ce moment particulier de l’histoire, la liberté de conscience semble faire l’objet d’une remise en question accrue de la part des États, y compris ceux qui se déclarent fondés sur la démocratie et les droits de l’homme. Cette liberté établit au contraire un équilibre entre l’intérêt collectif et la dignité individuelle, soulignant qu’une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social.

    

     La vocation à l’amour et à la vie, qui se manifeste de manière éminente dans l’union exclusive et indissoluble entre la femme et l’homme, impose un impératif éthique fondamental : mettre les familles en mesure d’accueillir et de prendre pleinement soin de la vie naissante. Cela est plus que jamais prioritaire, en particulier dans les pays qui connaissent une baisse dramatique du taux de natalité. La vie est en effet un don inestimable qui se développe dans le cadre d’un projet relationnel fondé sur la réciprocité et le service.

     C’est à la lumière de cette vision profonde de la vie comme un don à protéger et de la famille comme sa gardienne responsable qu’il faut rejeter catégoriquement les pratiques qui nient ou instrumentalisent l’origine de la vie et son développement. Parmi celles-ci, il y a l’avortement, qui interrompt une vie naissante et refuse d’accueillir le don de la vie. À cet égard, le Saint-Siège exprime sa profonde préoccupation face aux projets visant à financer la mobilité transfrontalière visant à accéder au soi-disant « droit à l’avortement sûr » et estime déplorable que des ressources publiques soient consacrées à la suppression de la vie, au lieu d’être investies dans le soutien aux mères et aux familles. L’objectif premier doit rester la protection de chaque enfant à naître et le soutien effectif et concret de chaque femme afin qu’elle puisse accueillir la vie.

     De même, la maternité de substitution, qui transforme la gestation en un service négociable, viole la dignité tant de l’enfant, réduit à un “produit”, que de la mère, en instrumentalisant son corps et le processus de génération et en altérant le projet relationnel originel de la famille.

     De semblables considérations peuvent être étendues aux malades et aux personnes âgées et seules, qui ont parfois du mal à trouver une raison de continuer à vivre. Il incombe également à la société civile et aux États de répondre concrètement aux situations de fragilité, en proposant des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs, et en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que d’encourager des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie.

     Une réflexion similaire peut être faite à propos de beaucoup de jeunes confrontés à de nombreuses difficultés, parmi lesquelles la dépendance aux drogues. Un effort conjoint de tous est nécessaire pour éradiquer ce fléau de l'humanité et le trafic de drogue qui l'alimente, afin d'éviter que des millions de jeunes à travers le monde ne finissent victimes de la consommation de drogues. Conjointement à cet effort, il devra y avoir des politiques adéquates de désintoxication et des investissements plus importants dans la promotion humaine, l'éducation et la création d'emplois.

     À la lumière de ces défis, il faut réaffirmer avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain. Une société n'est saine et avancée que lorsqu'elle protège le caractère sacré de la vie humaine et s'efforce activement de la promouvoir.

          Il ne faut pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’égard des chrétiens qui se répand également dans des pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique, où ils voient parfois leur possibilité d’annoncer les vérités évangéliques limitée pour des raisons politiques ou idéologiques, en particulier lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille.

           Dans le contexte actuel, on assiste à un véritable “court-circuit” des droits humains. Le droit à la liberté d’expression, à la liberté de conscience, à la liberté religieuse et même à la vie subissent des restrictions au nom d’autres droits dits nouveaux, avec pour conséquence que tout le système des droits humains perd de sa vigueur, laissant place à la force et à l’oppression. Cela se produit lorsque chaque droit devient autoréférentiel et surtout lorsqu’il perd son lien avec la réalité des choses, leur nature et la vérité.

11 janvier 2026 – homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe dans la Chapelle Sixtine en la fête du Baptême de Jésus. Le Pape y célébrant des Baptêmes

     (Mt 3, 14). Comme une lumière dans les ténèbres, le Seigneur se trouve là où nous ne l’attendons pas : il est le Saint parmi les pécheurs, qui veut habiter parmi nous sans garder ses distances, mais en assumant pleinement tout ce qui est humain. « Laisse faire », répond Jésus à Jean, « car il convient que nous accomplissions toute justice » (v. 15). Quelle justice ? Celle de Dieu, qui dans le baptême de Jésus opère notre justification : dans son infinie miséricorde, le Père nous rend justes par son Christ, l’unique Sauveur de tous. Comment cela se produit-il ? Celui qui est baptisé par Jean dans le Jourdain fait de ce geste un signe nouveau de mort et de Résurrection, de pardon et de communion.

     Les enfants que vous tenez maintenant dans vos bras sont transformés en créatures nouvelles. Tout comme ils ont reçu la vie de vous, leurs parents, ils reçoivent maintenant le sens de cette vie : la foi. Lorsque nous savons qu’un bien est essentiel, nous le recherchons immédiatement pour ceux que nous aimons. Qui d’entre nous, en effet, laisserait les nouveau-nés sans vêtements ni nourriture, en attendant qu’ils choisissent eux-mêmes, une fois grands, comment s’habiller et quoi manger ? Très chers amis, si la nourriture et les vêtements sont nécessaires pour vivre, la foi est plus que nécessaire, car avec Dieu, la vie trouve le salut.

     Son amour providentiel se manifeste sur terre à travers vous, mères et pères qui demandez la foi pour vos enfants. Bien sûr, le jour viendra où ils deviendront trop lourds à porter dans vos bras ; et le jour viendra aussi où ce sera eux qui vous soutiendront. Que le baptême, qui nous unit dans l’unique famille de l’Église, sanctifie à tout moment toutes vos familles, en donnant force et constance à l’affection qui vous unit.

       Les gestes que nous allons accomplir dans un instant en sont de magnifiques témoignages : l’eau du baptistère est le lavage dans l’Esprit, qui purifie de tout péché ; la robe blanche est le vêtement neuf que Dieu le Père nous donne pour la fête éternelle de son Royaume ; le cierge allumé à la flamme pascale est la lumière du Christ ressuscité, qui illumine notre chemin. Je vous souhaite de le poursuivre avec joie tout au long de l’année qui vient de commencer et tout au long de votre vie, certain que le Seigneur accompagnera toujours vos pas.

 

 

 

 

 

 

15 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux familles des jeunes décédés à Crans-Montana (Suisse) :

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Que la paix soit avec vous.

Bonjour à tous, bienvenue.

     Je vous avoue très sincèrement que je suis très ému de vous rencontrer. Quand j’ai appris que certains d’entre vous avaient demandé cette audience, j’ai immédiatement répondu : « Oui, nous trouverons le temps ». Je voulais au moins avoir l’occasion de partager un moment qui, pour vous, au milieu de tant de douleur et de souffrance, est vraiment une mise à l’épreuve de notre foi, une mise à l’épreuve de ce en quoi nous croyons. On se demande souvent : « Pourquoi, Seigneur ? ». Quelqu’un m’a rappelé un moment similaire, précisément lors de la messe des funérailles où, au lieu de faire un sermon, le prêtre parlait comme dans un dialogue entre la personne et Dieu lui-même, avec cette question qui nous accompagne toujours : « Pourquoi, Seigneur, pourquoi ? ».

     Ce sont des moments de grande peine et de grande souffrance. L’un de vos êtres le plus aimé, le plus cher, a perdu la vie dans une catastrophe d’une extrême violence, ou bien se trouve pour longtemps hospitalisé, le corps défiguré des conséquences d’un terrible incendie qui a frappé l’imagination du monde entier. Et cela au moment le plus imprévu, en un jour où tout le monde se réjouissait et faisait la fête pour s’échanger des vœux de joie et de bonheur.

Que dire en pareille circonstance ? Quel sens donner à de tels événements ? Où trouver une consolation à la hauteur de ce que vous éprouvez ?... une consolation qui ne soit pas de vaines paroles superficielles mais qui touche en profondeur et ranime l’espérance ? Il n’y a qu’une parole, frères et sœurs, qui convienne : celle du Fils de Dieu sur la Croix – dont vous êtes si proches aujourd’hui – et qui, du profond de son abandon et de sa peine cria vers le Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46).

      La réponse du Père à la supplique de son Fils se fait attendre trois jours, dans le silence. Mais quelle réponse ! Jésus ressuscite glorieux, vivant pour toujours dans la joie et la lumière éternelle de Pâques.

     Je ne peux pas vous expliquer, frères et sœurs, pourquoi il vous est demandé, à vos proches comme à vous-mêmes, de traverser une telle épreuve. L’affection et les paroles humaines de compassion que je vous adresse aujourd’hui paraissent bien limitées et impuissantes.  En revanche, le Successeur de Pierre que vous êtes venus rencontrer aujourd’hui vous l’affirme avec force et conviction : votre espérance n’est pas vaine car le Christ est vraiment ressuscité ! La Sainte Église en est témoin et l’annonce avec certitude.   Saint Paul, qui l’avait vu vivant, le disait au chrétiens de Corinthe : « Si nous avons mis notre espérance dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 19.20).

     Chers frères et sœurs, rien ne pourra jamais vous séparer de l’amour du Christ (cf. Rm 8, 35), de même vos proches qui souffrent ou que vous avez perdu. La foi qui nous habite éclaire les moments les plus sombres et les plus douloureux de nos vies d’une lumière irremplaçable, qui nous aide à continuer courageusement la route vers le but. Jésus nous précède sur ce chemin de mort et de résurrection qui demande patience et persévérance. Soyez assurés de sa proximité et de sa tendresse, Il n’est pas loin de ce que vous vivez, au contraire, Il le partage et le porte avec vous. De même l’Église tout entière le porte avec vous. Soyez assurés de sa prière – et de ma prière personnelle – pour le repos de vos défunts, pour le soulagement de ceux que vous aimez et qui souffrent, et pour vous-mêmes qui les accompagnez de votre tendresse et de votre amour.

     Votre cœur est aujourd’hui transpercé, comme le fut celui de Marie au pied de la Croix, Marie qui voyait son Fils. Notre Dame des Douleurs est toute proche de vous en ces jours, et c’est à elle que je vous confie. Adressez-lui sans retenue vos larmes et cherchez auprès d’elle le réconfort maternel qu’elle pourra vous donner. Comme Marie, vous saurez attendre avec patience, dans la nuit de la souffrance mais la certitude de la foi, que se lève un jour nouveau ; et vous retrouverez la joie.

     En signe de réconfort, je vous donne à chacun, ainsi qu’à tous vos proches qui souffrent, la Bénédiction Apostolique.

 

Prions ensemble : Notre Père

Et à Notre Mère, Notre Dame des Douleurs, disons : Je vous salue Marie…

Que la paix et la consolation de la foi vous accompagnent toujours. Amen.

 

 

 

17 janvier 2026 - Message du Pape Léon XIV aux participants à la ‘‘Marche pour la vie’’ de Washington D.C. le 23 janvier 2026. Message publié sur le site du Vatican, le 22 janvier 2026

      J’adresse de cordiales salutations à tous ceux d’entre vous qui participent à la March for Life 2026. J’exprime également ma profonde reconnaissance et je vous assure de ma proximité spirituelle tandis que vous vous rassemblez pour ce témoignage public éloquent, afin d’affirmer que « la protection du droit à la vie constitue le fondement indispensable de tout autre droit humain » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 9 janvier 2026).
     En effet, « une société est saine et progresse seulement lorsqu’elle protège la sacralité de la vie humaine et s’emploie activement à la promouvoir » (ibid.). À ce propos, je voudrais vous encourager, en particulier vous les jeunes, à continuer de veiller à ce que la vie soit respectée à toutes ses étapes, par des efforts appropriés à chaque niveau de la société, y compris par le dialogue avec les responsables civils et politiques.
     Que Jésus, qui a promis d’être avec nous toujours (cf. Mt 28,20), vous accompagne aujourd’hui tandis que vous marchez avec courage et pacifiquement au nom des enfants à naître. En les défendant, sachez que vous accomplissez le commandement du Seigneur de le servir dans les plus petits de nos frères et de nos sœurs (cf. Mt 25,31-46).
     Dans ces sentiments, je vous confie tous, ainsi que ceux qui vous soutiennent par leurs prières et leurs sacrifices, à l’intercession de Marie Immaculée, Patronne des États-Unis d’Amérique, et je vous accorde bien volontiers ma Bénédiction apostolique, en gage d’abondantes grâces célestes.

Du Vatican, le 17 janvier 2026

Léon PP. XIV

 

 

 

 

18 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus

     (cf. Jn 1, 29-34)

     Jean-Baptiste reconnaît en Jésus le Sauveur, proclame sa divinité et sa mission au peuple d’Israël, puis se retire, sa tâche accomplie, comme en témoignent ses paroles : « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était » (v. 30).

     Le Baptiste est un homme très aimé des foules, au point d’être craint par les autorités de Jérusalem (cf. Jn 1, 19). Il lui aurait été facile d’exploiter cette renommée, mais il ne cède en rien à la tentation du succès et de la popularité. Devant Jésus, il reconnaît sa petitesse et fait place à la grandeur de celui-ci. Il sait qu’il a été envoyé pour préparer la voie au Seigneur (Mc 1, 3 ; cf. Is 40, 3), et lorsque le Seigneur vient, c’est avec joie et humilité qu’il reconnaît sa présence et se retire de la scène.

     Combien son témoignage est important pour nous aujourd’hui ! En effet, l’approbation, le consensus et la visibilité revêtent souvent une importance excessive, au point d’influencer les idées, les comportements et les états d’esprit des personnes, de causer des souffrances et des divisions, de produire des modes de vie et des relations éphémères, décevants et emprisonnants. En réalité, nous n’avons pas besoin de ces “succédanés de bonheur”. Notre joie et notre grandeur ne reposent pas sur des illusions passagères de succès et de popularité, mais sur le fait de nous savoir aimés et désirés par notre Père qui est aux cieux.

C’est l’amour dont nous parle Jésus : celui d’un Dieu qui, aujourd’hui encore, vient parmi nous non pas pour nous émerveiller avec des effets spéciaux, mais pour partager nos peines et prendre sur lui nos fardeaux, nous révélant qui nous sommes vraiment et ce que nous valons à ses yeux.

     Que le Seigneur ne nous trouve pas distraits à son passage. Ne gaspillons pas notre temps et notre énergie à courir après ce qui n’est qu’apparence. Apprenons de Jean le Baptiste à garder l’esprit vigilant, à aimer les choses simples et les paroles sincères, à vivre avec sobriété et profondeur d’esprit et de cœur, à nous contenter du nécessaire et à trouver possiblement chaque jour un moment privilégié, où nous pouvons nous arrêter en silence pour prier, réfléchir, écouter, en somme pour “faire le désert” afin de rencontrer le Seigneur et rester avec Lui

     Que la Vierge Marie, modèle de simplicité, de sagesse et d’humilité, vienne à notre aide.

 

 

 

19 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la Délégation Œcuménique Finlandaise à l’occasion de la fête de Saint Henri

     Je sais que les évêques d’Helsinki, dans une déclaration trilatérale orthodoxe-luthérienne-catholique, cherchent à promouvoir une «culture de l’espérance, de la dignité et de la compassion» et ont conjointement affirmé que «le développement des soins palliatifs et de l’accompagnement en fin de vie doivent continuer».

24 Janvier 2026 - Message du Pape Léon XIV pour la 60e Journée Mondiale des Communications Sociales 2026
Garder les voix et les visages humains
Chers frères et sœurs !
     Le visage et la voix sont des traits uniques, distinctifs, de chaque personne ; ils manifestent son identité irréductible et constituent l’élément fondamental de toute rencontre. Les anciens le savaient bien. Ainsi, pour définir la personne humaine, les anciens Grecs ont utilisé le mot « visage » (prósōpon), qui, étymologiquement, indique ce qui se tient devant le regard, le lieu de la présence et de la relation. Le terme latin persona (de per-sonare) inclut, quant à lui, le son : non pas n’importe quel son, mais la voix inimitable de quelqu’un.
     Le visage et la voix sont sacrés. Ils nous ont été donnés par Dieu, qui nous a créés à son image et à sa ressemblance, nous appelant à la vie par la Parole qu’Il nous a adressée ; Parole qui a d’abord résonné à travers les siècles dans les voix des prophètes, puis qui s’est faite chair dans la plénitude des temps. Cette Parole – cette communication que Dieu fait de Lui-même – nous avons aussi pu l’entendre et la voir directement (cf. 1 Jn 1,1-3), car elle s’est manifestée dans la voix et dans le Visage de Jésus, Fils de Dieu.
     Dès le moment de la création, Dieu a voulu l’homme comme son interlocuteur et, comme le dit saint Grégoire de Nysse, il a imprimé sur son visage un reflet de l’amour divin, afin qu’il puisse vivre pleinement son humanité par l’amour. Garder les visages et les voix humaines signifie donc garder ce sceau, ce reflet indélébile de l’amour de Dieu. Nous ne sommes pas une espèce faite d’algorithmes biochimiques définis à l’avance. Chacun de nous a une vocation irremplaçable et inimitable, qui émerge de la vie et se manifeste précisément dans la communication avec les autres.
     La technologie numérique, si nous manquons à cette garde, risque au contraire de modifier radicalement certains des piliers fondamentaux de la civilisation humaine, que nous tenons parfois pour acquis. En simulant des voix et des visages humains, la sagesse et la connaissance, la conscience et la responsabilité, l’empathie et l’amitié, les systèmes connus sous le nom d’intelligence artificielle n’interfèrent pas seulement dans les écosystèmes de l’information, mais envahissent aussi le niveau le plus profond de la communication, celui de la relation entre personnes humaines.
     Le défi n’est donc pas technologique, mais anthropologique. Garder les visages et les voix signifie, en dernière analyse, nous garder nous-mêmes. Accueillir avec courage, détermination et discernement les opportunités offertes par la technologie numérique et l’intelligence artificielle ne signifie pas nous cacher les points critiques, les zones d’ombre, les risques.

Ne pas renoncer à sa propre pensée
     Depuis longtemps, de multiples preuves montrent que des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement sur les réseaux sociaux – profitable pour les plateformes – favorisent les émotions rapides et pénalisent, au contraire, les expressions humaines qui demandent plus de temps, comme l’effort de compréhension et la réflexion. En enfermant des groupes de personnes dans des bulles de consensus facile et d’indignation facile, ces algorithmes affaiblissent la capacité d’écoute et de pensée critique et augmentent la polarisation sociale.
     À cela s’est ajoutée une confiance naïve et acritique dans l’intelligence artificielle comme « amie » omnisciente, dispensatrice de toute information, archive de toute mémoire, « oracle » de tout conseil. Tout cela peut éroder davantage notre capacité de penser de manière analytique et créative, de comprendre les significations, de distinguer entre syntaxe et sémantique.
     Bien que l’IA puisse fournir un soutien et une assistance dans la gestion de tâches communicatives, se soustraire à l’effort de sa propre pensée, en se contentant d’une compilation statistique artificielle, risque à long terme d’affaiblir nos capacités cognitives, émotionnelles et communicatives.
     Ces dernières années, les systèmes d’intelligence artificielle assument de plus en plus aussi le contrôle de la production de textes, de musique et de vidéos. Une grande partie de l’industrie créative humaine risque ainsi d’être démantelée et remplacée par l’étiquette « Powered by AI », transformant les personnes en simples consommateurs passifs de pensées non pensées, de produits anonymes, sans paternité, sans amour, tandis que les chefs-d’œuvre du génie humain dans les domaines de la musique, de l’art et de la littérature sont réduits à un simple champ d’entraînement pour les machines.
     La question qui nous importe, cependant, n’est pas ce que la machine peut ou pourra faire, mais ce que nous pouvons et pourrons faire, en grandissant en humanité et en connaissance, grâce à un usage sage d’outils aussi puissants à notre service. Depuis toujours, l’homme est tenté de s’approprier le fruit de la connaissance sans la fatigue de l’engagement, de la recherche et de la responsabilité personnelle. Renoncer au processus créatif et céder aux machines ses propres fonctions mentales et son imagination signifie pourtant ensevelir les talents que nous avons reçus afin de grandir comme personnes en relation avec Dieu et avec les autres. Cela signifie cacher notre visage et réduire notre voix au silence.

Être ou feindre : simulation des relations et de la réalité
     Lorsque nous parcourons nos flux d’informations (feeds), il devient de plus en plus difficile de comprendre si nous interagissons avec d’autres êtres humains ou avec des « bots » ou des « influenceurs virtuels ». Les interventions non transparentes de ces agents automatisés influencent les débats publics et les choix des personnes. En particulier, les chatbots fondés sur de grands modèles linguistiques (LLM) se révèlent étonnamment efficaces dans la persuasion occulte, grâce à une optimisation continue de l’interaction personnalisée. La structure dialogique, adaptative et mimétique de ces modèles linguistiques est capable d’imiter les sentiments humains et de simuler ainsi une relation. Cette anthropomorphisation, qui peut même paraître amusante, est en même temps trompeuse, surtout pour les personnes les plus vulnérables. Car les chatbots rendus excessivement « affectueux », en plus d’être toujours présents et disponibles, peuvent devenir les architectes cachés de nos états émotionnels et envahir ainsi la sphère de l’intimité des personnes.
     La technologie qui exploite notre besoin de relation peut non seulement avoir des conséquences douloureuses sur le destin des individus, mais aussi porter atteinte au tissu social, culturel et politique des sociétés. Cela se produit lorsque nous substituons aux relations avec les autres celles avec des IA entraînées à cataloguer nos pensées et à construire autour de nous un monde de miroirs, où tout est fait « à notre image et à notre ressemblance ». De cette manière, nous nous laissons voler la possibilité de rencontrer l’autre, toujours différent de nous, avec lequel nous pouvons et devons apprendre à dialoguer. Sans l’accueil de l’altérité, il ne peut y avoir ni relation ni amitié.
     Un autre grand défi posé par ces systèmes émergents est celui de la distorsion (bias), qui conduit à acquérir et à transmettre une perception altérée de la réalité. Les modèles d’IA sont façonnés par la vision du monde de ceux qui les construisent et peuvent à leur tour imposer des modes de pensée en reproduisant les stéréotypes et les préjugés présents dans les données auxquelles ils puisent. Le manque de transparence dans la conception des algorithmes, joint à une représentation sociale insuffisante des données, tend à nous maintenir prisonniers de réseaux qui manipulent nos pensées et perpétuent, voire approfondissent, les inégalités et les injustices sociales existantes.
     Le risque est grand. Le pouvoir de la simulation est tel que l’IA peut aussi nous illusionner en fabriquant des « réalités » parallèles, en s’appropriant nos visages et nos voix. Nous sommes plongés dans une multidimensionnalité où il devient de plus en plus difficile de distinguer la réalité de la fiction.
     À cela s’ajoute le problème de l’inexactitude. Des systèmes qui présentent une probabilité statistique comme une connaissance nous offrent en réalité, au mieux, des approximations de la vérité, qui sont parfois de véritables « hallucinations ». L’absence de vérification des sources, conjuguée à la crise du journalisme de terrain, qui exige un travail continu de collecte et de vérification des informations sur les lieux mêmes où se produisent les événements, peut favoriser un terrain encore plus fertile pour la désinformation, provoquant un sentiment croissant de méfiance, de désorientation et d’insécurité.

Une alliance possible
     Derrière cette immense force invisible qui nous concerne tous, il n’y a qu’une poignée d’entreprises, celles dont les fondateurs ont récemment été présentés comme les créateurs de la « personnalité de l’année 2025 », c’est-à-dire les architectes de l’intelligence artificielle. Cela suscite une inquiétude importante concernant le contrôle oligopolistique des systèmes algorithmiques et d’intelligence artificielle capables d’orienter subtilement les comportements, et même de réécrire l’histoire humaine – y compris l’histoire de l’Église – souvent sans que l’on puisse réellement s’en rendre compte.
     Le défi qui nous attend ne consiste pas à arrêter l’innovation numérique, mais à la guider, en étant conscients de son caractère ambivalent. Il appartient à chacun de nous d’élever la voix en défense des personnes humaines, afin que ces outils puissent réellement être intégrés par nous comme des alliés.
     Cette alliance est possible, mais elle doit se fonder sur trois piliers : la responsabilité, la coopération et l’éducation.
     D’abord la responsabilité. Celle-ci peut se décliner, selon les rôles, en honnêteté, transparence, courage, capacité de vision, devoir de partager la connaissance, droit à l’information. Mais, de manière générale, personne ne peut se soustraire à sa propre responsabilité face à l’avenir que nous construisons.
     Pour ceux qui sont à la tête des plateformes en ligne, cela signifie veiller à ce que leurs stratégies d’entreprise ne soient pas guidées par le seul critère de la maximisation du profit, mais aussi par une vision à long terme qui tienne compte du bien commun, de la même manière que chacun d’eux a à cœur le bien de ses propres enfants.
     Aux créateurs et aux développeurs de modèles d’IA sont demandées transparence et responsabilité sociale quant aux principes de conception et aux systèmes de modération qui sous-tendent leurs algorithmes et les modèles développés, afin de favoriser un consentement éclairé de la part des utilisateurs.
     La même responsabilité est demandée aux législateurs nationaux et aux régulateurs supranationaux, auxquels il revient de veiller au respect de la dignité humaine. Une réglementation adéquate peut protéger les personnes d’un lien émotionnel avec les chatbots et contenir la diffusion de contenus faux, manipulatoires ou trompeurs, en préservant l’intégrité de l’information face à sa simulation mensongère.
     Les entreprises de médias et de communication ne peuvent à leur tour permettre que des algorithmes orientés vers la conquête à tout prix de quelques secondes d’attention supplémentaires l’emportent sur la fidélité à leurs valeurs professionnelles, orientées vers la recherche de la vérité. La confiance du public se conquiert par la précision et la transparence, non par la course à un engagement quelconque. Les contenus générés ou manipulés par l’IA doivent être signalés et clairement distingués des contenus créés par les personnes. Il faut protéger la paternité et la propriété souveraine du travail des journalistes et des autres créateurs de contenu. L’information est un bien public. Un service public constructif et significatif ne se fonde pas sur l’opacité, mais sur la transparence des sources, l’inclusion des sujets concernés et un niveau élevé de qualité.
     Nous sommes tous appelés à coopérer. Aucun secteur ne peut affronter seul le défi de guider l’innovation numérique et la gouvernance de l’IA. Il est donc nécessaire de créer des mécanismes de sauvegarde. Toutes les parties prenantes – de l’industrie technologique aux législateurs, des entreprises créatives au monde académique, des artistes aux journalistes, aux éducateurs – doivent être impliquées dans la construction et la mise en œuvre d’une citoyenneté numérique consciente et responsable.
     C’est précisément à cela que vise l’éducation : accroître nos capacités personnelles de réflexion critique, évaluer la fiabilité des sources et les intérêts possibles qui se cachent derrière la sélection des informations qui nous parviennent, comprendre les mécanismes psychologiques qu’elles activent, permettre à nos familles, communautés et associations d’élaborer des critères pratiques pour une culture de la communication plus saine et plus responsable.
     C’est pourquoi il est de plus en plus urgent d’introduire dans les systèmes éducatifs à tous les niveaux une alphabétisation aux médias, à l’information et à l’IA, que certaines institutions civiles promeuvent déjà. Comme catholiques, nous pouvons et devons apporter notre contribution, afin que les personnes – surtout les jeunes – acquièrent une capacité de pensée critique et grandissent dans la liberté de l’esprit. Cette alphabétisation devrait en outre être intégrée dans des initiatives plus larges d’éducation permanente, atteignant également les personnes âgées et les membres marginalisés de la société, qui se sentent souvent exclus et impuissants face aux rapides changements technologiques.
     L’alphabétisation aux médias, à l’information et à l’IA aidera tous à ne pas se conformer à la dérive anthropomorphisante de ces systèmes, mais à les traiter comme des instruments, à utiliser toujours une validation externe des sources – qui pourraient être imprécises ou erronées – fournies par les systèmes d’IA, à protéger leur vie privée et leurs données en connaissant les paramètres de sécurité et les options de contestation. Il est important d’éduquer et de s’éduquer à utiliser l’IA de manière intentionnelle et, dans ce contexte, de protéger sa propre image (photos et audio), son visage et sa voix, afin d’éviter qu’ils soient utilisés dans la création de contenus et de comportements nuisibles, tels que les fraudes numériques, le cyberharcèlement, les deepfakes qui violent la vie privée et l’intimité des personnes sans leur consentement. De même que la révolution industrielle exigeait une alphabétisation de base pour permettre aux personnes de réagir à la nouveauté, la révolution numérique exige aussi une alphabétisation digitale (avec une formation humaniste et culturelle) pour comprendre comment les algorithmes modèlent notre perception de la réalité, comment fonctionnent les biais de l’IA, quels sont les mécanismes qui déterminent l’apparition de certains contenus dans nos flux d’informations (feeds), quels sont et comment peuvent évoluer les présupposés et les modèles économiques de l’économie de l’IA.
     Nous avons besoin que le visage et la voix redeviennent l’expression de la personne. Nous avons besoin de préserver le don de la communication comme la vérité la plus profonde de l’homme, vers laquelle doit s’orienter toute innovation technologique.
     En proposant ces réflexions, je remercie ceux qui œuvrent pour les objectifs ici envisagés et je bénis de tout cœur tous ceux qui travaillent pour le bien commun à travers les moyens de communication.

Du Vatican, le 24 janvier 2026, mémoire de saint François de Sales.

LÉON PP. XIV

[1] « Être créé à l’image de Dieu signifie que, dès le moment de sa création, l’homme a reçu un caractère royal […]. Dieu est amour et source d’amour : le divin Créateur a également inscrit ce trait sur notre visage, afin que, par l’amour – reflet de l’amour divin –, l’être humain reconnaisse et manifeste la dignité de sa nature et la ressemblance avec son Créateur » (cf. saint Grégoire de Nysse, La création de l’homme : PG 44, 137).

 

28 janvier 2026 – Message du Pape Léon XIV à l’occasion de la Messe pour les victimes de l’incendie à Crans-Montana. Message publié le 1er février 2026

      C’est avec émotion que je m’adresse à vous tous qui êtes réunis dans la peine et la douleur, un mois après le tragique incendie de Crans-Montana qui a causé de nombreuses victimes. Vous avez perdu un être cher, ou bien l’un de vos proches souffre encore – peut-être pour longtemps – de ses blessures qui le marqueront pour la vie.

     Je désire simplement vous manifester ma proximité et ma tendresse, avec celles de toute l’Église qui, par sa présence maternelle désire – autant qu’il est possible – porter avec vous le fardeau, et qui prie le Seigneur Jésus de soutenir votre foi dans l’épreuve. Je forme le vœu que vous trouviez auprès de vos prêtres et de vos Communautés chrétiennes les secours fraternels et spirituels que vous cherchez pour surmonter la peine et garder courage.

     En ces heures où vos âmes sont traversées, non seulement par la souffrance, mais aussi par l’incompréhension et le sentiment d’abandon, je ne peux que vous confiez à la Vierge Marie, Notre-Dame-des-Douleurs, qui vous serre sur son cœur et vous invite à regarder avec elle la Croix, sur laquelle son Jésus bien-aimé a souffert Lui aussi, et a donné sa vie. Sur la Croix, le Fils de Dieu – Dieu en personne – a voulu partager ce que vous vivez aujourd’hui. Il partagera aussi avec vous sa glorieuse et bienheureuse résurrection. Car Jésus est vraiment ressuscité ! Telle est la douce certitude que la Sainte Église annonce avec assurance et sérénité, et sur laquelle est fondée notre immense espérance. L’espérance de revoir un jour ceux que vous avez perdus, l’espérance aussi que, dès ici-bas, se lèvera pour vous un jour nouveau, et que la joie reviendra dans vos cœurs.

     Soyez-en absolument certains, comme l’affirme saint Paul : ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir, ni les épreuves, ni la séparation, ni la souffrance… rien ne pourra, vous et vos êtres chers, vous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ (cf.  Rm 8, 38). Et rien de ce que vous avez vécu de beau et d’heureux avec eux n’est perdu pour toujours ; rien n’est fini !

     C’est pourquoi, si Marie vous invite, en ces jours tristes et sombres, à regarder la Croix, elle vous invite aussi à regarder le Ciel, toujours lumineux. En saisissant fermement l’ancre de l’espérance qui s’y trouve solidement fixée et que Jésus vous tend (cf. He 6, 19), vous recevrez la force et le courage de persévérer, et de continuer votre route.

     Portant cette intention dans ma prière, et demandant au Seigneur le repos de vos défunts et le soulagement de ceux que vous aimez, je vous donne de grand cœur une affectueuse Bénédiction Apostolique.

Du Vatican, le 28 janvier 2026

LÉON XIV

28 janvier 2026 - Lettre du Pape Léon XIV au presbyterium de l’archidiocèse de Madrid à l’occasion de l’Assemblée presbytérale « Convivium ». Publiée sur le site du Vatican le 9 février 2026

      Le temps que vit l’Église nous invite à nous arrêter ensemble pour une réflexion sereine et honnête. Non pas tant pour nous en tenir à des diagnostics immédiats ou à la gestion des urgences, mais pour apprendre à lire en profondeur le moment que nous vivons, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et aussi les possibilités que le Seigneur ouvre devant nous. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire d’éduquer notre regard et de nous exercer au discernement, afin de pouvoir percevoir plus clairement ce que Dieu est déjà en train d’accomplir, souvent de manière silencieuse et discrète, au milieu de nous et de nos communautés.

     Cette lecture du présent ne peut faire abstraction du cadre culturel et social dans lequel la foi est aujourd’hui vécue et exprimée. Dans de nombreux milieux, nous constatons des processus avancés de sécularisation, une polarisation croissante du discours public et une tendance à réduire la complexité de la personne humaine, en l’interprétant à partir d’idéologies ou de catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d’être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang de l’insignifiant, tandis que s’affirment des formes de coexistence qui font abstraction de toute référence transcendante.
     À cela s’ajoute un changement culturel profond qui ne peut être ignoré : la disparition progressive des références communes. Pendant longtemps, la graine chrétienne a trouvé un terrain largement préparé, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd’hui, ce substrat commun s’est considérablement affaibli. Bon nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien, ne sont plus évidents et, dans bien des cas, ne sont même plus compréhensibles. L’Évangile ne se heurte pas seulement à l’indifférence, mais aussi à un horizon culturel différent, où les mots n’ont plus le même sens et où la première annonce ne peut être considérée comme acquise.
     Cependant, cette description n’épuise pas ce qui se passe réellement. Je suis convaincu – et je sais que beaucoup d’entre vous le perçoivent dans l’exercice quotidien de votre ministère – qu’au cœur de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’ouvre aujourd’hui une nouvelle inquiétude. L’absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté ; une liberté détachée de la vérité n’a pas généré la plénitude promise ; et le progrès matériel, à lui seul, n’a pas réussi à combler le désir profond du cœur humain.
     En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines lectures herméneutiques et philosophiques qui ont voulu interpréter la destinée de l’homme, loin d’offrir une réponse suffisante, ont souvent laissé un sentiment accru de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que nous constatons que de nombreuses personnes commencent à s’ouvrir à une recherche plus honnête et plus authentique, une recherche qui, accompagnée de patience et de respect, les conduit à nouveau à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que pour le prêtre, ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même ou de se résigner, mais d’être fidèle et généreusement disponible. Tout cela naît de la reconnaissance que l’initiative vient toujours du Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.

31 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la Rencontre « Political Innovation Hackathon: one humanity, one planet »

     Je vous invite à réfléchir au fait qu’il n’y aura pas de paix sans mettre fin à la guerre que l’humanité se fait à elle-même lorsqu’elle écarte les plus faibles, lorsqu’elle exclut les pauvres, lorsqu’elle demeure indifférente face au réfugié et à l’opprimé. Seul celui qui prend soin des plus petits peut accomplir des choses vraiment grandes. Mère Teresa de Calcutta, sainte des derniers et prix Nobel de la paix, affirmait à ce sujet que « le plus grand destructeur de la paix est l’avortement » (cf. Discours au National Prayer Breakfast, 3 février 1994). Sa voix demeure prophétique : aucune politique ne peut en effet se mettre au service des peuples si elle exclut de la vie ceux qui sont sur le point de venir au monde, si elle ne secourt pas ceux qui sont dans la misère matérielle et spirituelle.

2 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Présentation de Jésus au Temple

       Aujourd’hui encore, par la profession des conseils évangéliques et les multiples services de charité que vous offrez, vous êtes appelés à témoigner que Dieu est présent dans l’histoire comme salut pour tous les peuples (cf. Lc 2, 30-31), et cela dans une société où la foi et la vie semblent s’éloigner de plus en plus l’une de l’autre, au nom d’une conception fausse et réductrice de la personne. Vous êtes appelés à témoigner que le jeune, le vieillard, le pauvre, le malade, le prisonnier occupent d’abord une place sacrée sur son Autel et dans son Cœur, et qu’en même temps chacun d’eux est un sanctuaire inviolable de sa présence, devant lequel il convient de s’agenouiller pour le rencontrer, l’adorer et le glorifier.

     En témoignent les nombreux “avant-postes de l’Évangile” que beaucoup de vos communautés maintiennent dans les contextes les plus divers et les plus difficiles, même au milieu des conflits. Elles ne partent pas, elles ne fuient pas. Elles restent, dépouillées de tout, pour être un rappel, plus éloquent que mille paroles, du caractère sacré et inviolable de la vie dans sa plus pure essence, se faisant l’écho, par leur présence – même là où grondent les armes et où semblent prévaloir l’arrogance, l’intérêt et la violence – des paroles de Jésus : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car […] leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18, 10).

     Et je voudrais m’arrêter, à ce propos, sur la prière du vieillard Siméon que nous récitons tous chaque jour : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut » (Lc 2, 29-30). La vie religieuse, en effet, avec son détachement serein de tout ce qui passe, enseigne l’indissociabilité entre le souci le plus authentique des réalités terrestres et l’espérance aimante des réalités éternelles, choisies déjà dans cette vie comme fin ultime et exclusive, capable d’illuminer tout le reste. Siméon a vu en Jésus le salut et il est libre face à la vie et à la mort. « Homme juste et religieux » (Lc 2, 25), avec Anne qui « ne s’éloignait pas du Temple » (ibid. v. 37), il garde les yeux fixés sur les biens à venir.

 

 

5 Février 2026 – Discours du Pape Léon XIV au Comité de direction de l'Organisation
« From Crisis to Care: Catholic Action for Children »

     Alors que vous vous réunissez pour poursuivre les engagements issus du Sommet international sur les droits de l’enfant, convoqué par mon prédécesseur, le pape François, en cette même période l’an dernier, je vous adresse à tous un accueil cordial. Soyez assurés de mes prières tandis que vous cherchez à discerner la volonté du Seigneur et à lire les « signes des temps » concernant l’impact des crises mondiales sur les « plus petits » de Dieu.  
     Il est en effet tragique que les enfants et les jeunes de notre monde, ceux que Jésus voulait voir venir à lui, soient si souvent privés de soins et de l’accès aux biens de première nécessité. De plus, ils disposent souvent de peu d’occasions pour réaliser le potentiel que Dieu leur a donné. Malheureusement, je constate que la situation actuelle des enfants ne s’est pas améliorée au cours de l’année écoulée, et il est en outre profondément préoccupant de constater l’absence de progrès dans la protection des enfants contre les dangers. On en vient à se demander si les engagements mondiaux en faveur du développement durable n’ont pas été relégués au second plan lorsque l’on voit que, dans notre famille humaine mondiale, tant d’enfants vivent encore dans l’extrême pauvreté, subissent des abus et sont déplacés de force, sans parler du fait qu’ils n’ont pas accès à une éducation adéquate et qu’ils sont isolés ou séparés de leurs familles.
     Cela rappelle avec force l’accent mis par le pape François sur le « droit [de chaque enfant] à recevoir l’amour d’une mère et d’un père, tous deux nécessaires à son développement intégral et harmonieux » (Amoris laetitia, n. 172). Affirmons et défendons toujours la « vision profonde de la vie comme un don à accueillir et de la famille comme sa gardienne », en considérant comme « déplorable que des ressources publiques soient destinées à la suppression de la vie, au lieu d’être investies dans le soutien aux mères et aux familles » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 9 janvier 2026).
     À cet égard, j’apprécie votre engagement à élaborer des moyens efficaces pour répondre aux préoccupations soulevées lors du Sommet sur les droits de l’enfant. Dans l’accomplissement de cette tâche, je souhaiterais mentionner deux points importants. Tout d’abord, vous parlez au nom de ceux qui n’ont pas de voix. C’est une mission véritablement noble. Souvenez-vous-en lorsque survient la tentation de vous décourager à cause d’initiatives qui n’ont pas abouti, de l’apparente absence d’intérêt de la part d’autrui ou du sentiment que la situation ne s’améliore pas. Que le bien que vous savez accomplir vous pousse à aller de l’avant.
     Le second point concerne la nécessité de se concentrer sur les besoins transversaux des enfants, qui peuvent facilement être négligés lorsque l’aide se limite à un seul domaine ou à un besoin particulier. À ce propos, je suis conscient que la manière spécifique dont chacun de vous répond aux besoins des enfants correspond à vos charismes propres et à vos spécialisations au sein de vos structures ecclésiales locales, de vos congrégations religieuses et de vos organisations d’inspiration catholique. Je vous exhorte cependant à trouver des moyens de travailler ensemble avec une plus grande harmonie, afin que les enfants reçoivent une assistance équilibrée, tenant compte de leur bien-être physique, psychologique et spirituel. Le Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, ainsi que l’Académie pontificale pour la Vie, l’Union des Supérieurs Généraux et l’Union Internationale des Supérieures Générales vous accompagnent dans cet effort, et j’encourage chacun de vous à élaborer des démarches concrètes et des plans d’action pour répondre aux besoins transversaux des enfants.
     Le pape François nous a souvent rappelé la nécessité d’écouter les enfants et s’est montré un maître exemplaire à cet égard. Je souhaiterais donc conclure en citant la lettre que les enfants lui ont présentée lors du Sommet de l’an dernier. Ils ont écrit : « Avec toi, nous voulons nettoyer le monde des choses mauvaises, le colorer d’amitié et de respect et t’aider à construire un avenir merveilleux pour tous ! ». En implorant l’intercession de Marie, Mère de l’Église, je prie pour que Dieu vous bénisse tous et vous donne force et courage tandis que vous aidez les enfants à transformer ces rêves en réalité.
     Merci.
     Demandons la bénédiction du Seigneur sur vous tous et souvenons-nous dans la prière, de manière particulière, des enfants, spécialement de ceux qui souffrent et qui manquent des biens essentiels pour vivre. Et prions : « Notre Père… ».

 

 

6 février 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie

     De même que la vie humaine se transmet grâce à l’amour d’un homme et d’une femme, la vie chrétienne se transmet à travers l’amour d’une communauté. Ce n’est pas le prêtre seul, ni le catéchiste, ni le leader charismatique qui engendre la foi, mais l’Église (cf. François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2012, 111), l’Église unie et vivante, composée de familles, de jeunes, de célibataires, de personnes consacrées, inspirée par la charité et donc désireuse d’être féconde, de transmettre à tous et surtout aux nouvelles générations la joie et la plénitude de sens qu’elle vit et expérimente. Le désir des parents de donner la vie à leurs enfants ne naît pas du besoin d’avoir quelque chose, mais du désir de donner, de partager la surabondance d’amour et de joie qui habite en eux, et c’est là que toute œuvre de formation trouve également ses racines.

13 février Aux Carabiniers de la Compagnie Rome–Saint-Pierre

     Vous êtes militaires et vous savez bien ce que signifient hiérarchie, commandement, obéissance. Nous utilisons aussi ces mots dans l’Église, transformés par la nouveauté de l’Évangile. De même, au fil des siècles, l’Évangile a imprégné les structures, les critères, les modes d’agir et de penser des civilisations où il est entré ; il l’a fait non par une révolution violente, mais par une transformation pacifique, de l’intérieur, à travers les consciences et la conversion des cœurs. Ainsi l’Évangile a porté partout le sens de Dieu et de l’homme : le respect absolu de la vie et de la personne humaine, uni à l’adoration de Dieu, et de Lui seul.
 

15 février 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus

     Aujourd’hui encore, nous entendons dans l’Évangile une partie du « Discours sur la montagne » (cf. Mt 5, 17-37). Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus nous invite à entrer dans la nouveauté du Royaume de Dieu et, pour nous guider dans ce cheminement, il révèle la véritable signification des préceptes de la Loi de Moïse. Ceux-ci ne servent pas à satisfaire un besoin religieux extérieur pour se sentir en règle devant Dieu, mais à nous faire entrer dans une relation d’amour avec Lui et avec nos frères. C’est pourquoi Jésus dit qu’Il n’est pas venu pour abolir la Loi, « mais pour l’accomplir » (v. 17).

     L’accomplissement de la Loi, c’est précisément l’amour qui en réalise le sens profond et le but ultime. Il s’agit d’acquérir une “justice supérieure” (cf. v. 20) à celle des scribes et des pharisiens, une justice qui ne se limite pas à observer les commandements, mais qui nous ouvre à l’amour et nous engage dans l’amour. Jésus examine en effet certains préceptes de la Loi qui se réfèrent à des situations concrètes de la vie, et il utilise une forme linguistique – les antinomies – précisément pour montrer la différence entre une justice religieuse formelle et la justice du Royaume de Dieu : d’un côté : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens », et de l’autre, Jésus affirme : « Mais moi, je vous dis » (cf. vv. 21-37).

     Cette approche est très importante. Elle nous dit que la Loi a été donnée à Moïse et aux prophètes comme un moyen de commencer à connaître Dieu et son projet sur nous et sur l’histoire ou, pour reprendre une expression de saint Paul, comme un pédagogue qui nous a guidés vers Lui (cf. Gal 3, 23-25). Mais maintenant, Lui-même est venu parmi nous en la personne de Jésus qui a accompli la Loi, faisant de nous des fils du Père et nous donnant la grâce d’entrer en relation avec Lui comme des fils et comme des frères entre nous.

     Frères et sœurs, Jésus nous enseigne que la vraie justice, c’est l’amour et que, dans chaque précepte de la Loi, nous devons saisir une exigence d’amour. En effet, il ne suffit pas de ne pas tuer physiquement une personne si ensuite je la tue avec des mots, ou si je ne respecte pas sa dignité (cf. vv. 21-22). De même, il ne suffit pas d’être formellement fidèle à son conjoint et de ne pas commettre d’adultère si cette relation manque de tendresse réciproque, d’écoute, de respect, de prise en charge de l’autre et de cheminement conjoint dans un projet commun (cf. vv. 27-28.31-32). À ces exemples, que Jésus lui-même nous offre, nous pourrions en ajouter d’autres encore. L’Évangile nous donne cet enseignement précieux : une justice minimale ne suffit pas, il faut un grand amour, possible grâce à la force de Dieu.

 

15 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans la paroisse Sainte Marie Regina Pacis, à Ostia.

     C’est la grâce de l’Esprit Saint qui inscrit dans notre cœur de façon indélébile et conduit à leur accomplissement les commandements de l’antique alliance (cf. Mt 5, 17-37).

     À travers le Décalogue, après la libération d’Égypte, Dieu avait scellé l’alliance avec son peuple, en offrant un projet de vie et une voie de salut. Les «Dix paroles» se situent donc et se comprennent dans le cadre du chemin de libération, grâce auquel un ensemble de tribus divisées et opprimées se transforme en un peuple uni et libre. Ces commandements apparaissent ainsi, sur le long chemin à travers le désert, comme la lumière qui montre le chemin; et leur observance se comprend et se réalise non pas tant comme une exécution formelle de préceptes, mais comme un acte d’amour, de réponse reconnaissante et confiante au Seigneur de l’Alliance. La loi donnée par Dieu à son peuple n’est donc pas en contradiction avec sa liberté, mais au contraire, elle est la condition pour la faire fleurir.

     Le livre du Siracide (cf. 15, 16-21), et le Psaume 118, nous invitent à voir dans les commandements du Seigneur non pas une loi oppressive, mais sa pédagogie pour l’humanité qui recherche la plénitude de vie et la liberté.

     À ce propos, au début de la Constitution pastorale Gaudium et spes, nous trouvons l’une des plus belles expressions du Concile Vatican II, dans laquelle on sent presque battre le cœur de l’Église. Le Concile affirme: «Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur». (Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 1).

     Cette prophétie de salut se diffuse de façon surabondante dans la prédication de Jésus qui commence sur les rives du lac de Galilée avec l’annonce des Béatitudes (cf. Mt 5, 12) et se poursuit en indiquant le sens authentique et plein de la loi de Dieu. Le Seigneur dit: «Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres: Tu ne tueras point; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal. Eh bien! moi je vous dis: Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal; mais s’il dit à son frère: “Crétin!”, il en répondra au Sanhédrin; et s’il lui dit: “Renégat!”, il en répondra dans la géhenne de feu» (Mt 5, 21-22). Il indique ainsi, comme voie de plénitude de l’homme, une fidélité à Dieu fondée sur le respect et sur le soin de l’autre dans son caractère sacré inviolable, qui doit être cultivé dans le cœur avant même que dans les gestes et dans les paroles. C’est là, en effet, que naissent les sentiments les plus nobles, mais aussi les profanations les plus douloureuses: les fermetures, les envies, les jalousies, de sorte que si quelqu’un pense du mal de son frère, en nourrissant de mauvais sentiments à son égard, c’est comme s’il le tuait déjà au fond de lui. Ce n’est pas un hasard si saint Jean affirme: «Quiconque hait son frère est un homicide» (Jn 3, 15).

     Comme ces paroles sont vraies! Et s’il nous arrivait à nous aussi de juger les autres et de les mépriser, rappelons-nous que le mal que nous voyons dans le monde puise ses racines précisément là où le cœur devient froid, dur et pauvre de miséricorde.

     C’est ce que l’on constate également ici, à Ostie, où malheureusement, la violence existe et blesse aussi, gagnant parfois du terrain parmi les jeunes et les adolescents, alimentée peut-être par l’usage de substances; ou bien perpétrée par des organisations criminelles qui exploitent les personnes en les impliquant dans leurs crimes et poursuivent des intérêts iniques par des moyens illégaux et immoraux.

     Il y a cent dix ans, le Pape Benoît XV voulut cette paroisse intitulée à Santa Maria Regina Pacis. Il le fit en pleine Première Guerre mondiale, en pensant également à votre communauté comme à un rayon de lumière dans le ciel plombé de la guerre. Aujourd’hui, malheureusement, de nombreux nuages obscurcissent encore le monde, avec la diffusion de logiques contraires à l’Évangile, qui exaltent la suprématie du plus fort, encouragent l’abus et alimentent la séduction de la victoire à tout prix, sourde au cri de ceux qui souffrent et sont sans défense.

     Opposons à cette dérive la force désarmante de la douceur, en continuant à demander la paix et à en accueillir et cultiver le don avec ténacité et humilité. Saint Augustin enseignait que «la paix [il n’est pas] difficile de la posséder. […] Voulons-nous la posséder? Sans travail elle est à nous, nous la tenons» (Sermon 357, 1). Et cela parce que notre paix est le Christ, elle se conquiert en se laissant conquérir et transformer par Lui, en lui ouvrant notre cœur, et en l’ouvrant, avec sa grâce, à tous ceux qu’Il place lui-même sur notre chemin.

 

16 février 2026 – Discours du Pape aux participants à l’Assemblée Plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie

     Éminences, Excellences, illustres membres de l’Académie, chers frères et sœurs,

C’est un plaisir pour moi de vous rencontrer pour la première fois, avec votre nouveau président, Monseigneur Renzo Pegoraro. Je vous remercie pour vos recherches scientifiques au service de la vie humaine et pour le travail accompli par l’Académie pontificale.

     J’apprécie beaucoup le thème que vous avez choisi pour la rencontre de cette année: Healthcare for all. Sustainability and Equity. Ce sujet est très important, tant pour par sa pertinence que pour sa signification symbolique. En effet, dans un monde marqué par les conflits, qui consomment d’énormes ressources économiques, technologiques et organisationnelles, dans la production d’armes et d’autres types d’équipement militaire, consacrer du temps, des personnes et de l’expertise à la sauvegarde de la vie et de la santé n’a jamais été aussi important. Concernant la santé, le Pape Français affirmait que ce «n’est pas un bien de consommation, mais un droit universel pour lequel l’accès aux services médicaux ne peut être un privilège» (Discours à l’association italienne «Médecins avec l’Afrique CUAMM», 7 mai 2016). Je vous remercie donc d’avoir choisi ce thème.

      Le premier aspect que j’aimerais souligner est le lien entre la santé de tous et la santé de chacun. La pandémie de Covid-19 nous l’a démontré, parfois de manière brutale. En effet, il est désormais évident que notre santé et notre vie même reposent sur la réciprocité et l’interdépendance. Étudier cette interdépendance exige un dialogue entre différents domaines de savoirs: médecine, politique, éthique, management, et d’autres. C’est comme une mosaïque, dont le succès dépend aussi bien du choix des carreaux que de leur combinaison. En effet, en matière de systèmes de santé et de santé publique, il s’agit, d’une part, de comprendre les phénomènes et, d’autre part, d’identifier les actions politiques, sociales et technologiques spécifiques qui touchent la famille, le travail, l’environnement et la société dans son ensemble. Notre responsabilité consiste, donc, non seulement à prendre des mesures pour traiter les maladies et garantir un accès équitable aux soins de santé, mais aussi à reconnaître que la santé est influencée et favorisée par une combinaison de facteurs qui doivent être examinés et confrontés dans leur complexité.

      À cet égard, je voudrais réaffirmer que nous devons nous concentrer non pas «sur le profit immédiat, mais sur ce qui sera le mieux pour tout le monde, en sachant être patient, généreux et solidaire, en tissant des liens et en jetant des ponts, en travaillant en réseau, en optimisant les ressources, afin que chacun puisse se sentir protagoniste et bénéficiaire du travail commun» (Salut aux participants au Séminaire «Sur l’éthique et la gestion d’entreprise dans le secteur de la santé», 17 novembre 2025).

      Nous en arrivons ici au thème de la prévention, qui implique également une perspective large, car les situations dans lesquelles se trouvent les communautés sont le résultat de politiques sociales et environnementales et ont des conséquences sur la santé et la vie des personnes. Lorsque nous regardons l’espérance de vie et la qualité des soins de santé dans différents pays et groupes sociaux, nous découvrons d’énormes inégalités. Celles-ci dépendent de facteurs tels que le revenu, le niveau d’éducation et le lieu de résidence. Malheureusement, nous sommes également confrontés aujourd’hui à des guerres qui touchent les structures civiles, dont les hôpitaux, ce qui constitue les attaques les plus graves que l’homme puisse porter contre la vie et la santé publique. On dit souvent que la vie et la santé sont des valeurs tout aussi fondamentales pour tous, mais cette affirmation est hypocrite si, dans le même temps, nous ignorons les causes structurelles et les politiques qui déterminent les inégalités. En réalité, malgré les déclarations et les affirmations contraires, toutes les vies ne sont pas respectées de la même manière et la santé n’est ni protégée ni promue de la même manière pour tous.

     Le principe Une seule santé peut nous servir de base pour une approche globale, multidisciplinaire et intégrée des questions de santé. Il met l’accent sur la dimension environnementale et l’interdépendance des différentes formes de vie et des facteurs écologiques qui permettent leur développement équilibré. Il est donc important de prendre conscience que la vie humaine est incompréhensible et non durable sans les autres créatures. En effet, pour citer l’Encyclique Laudato si’, nous «sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble» (n. 89). Cette approche s’inscrit tout à fait dans la bioéthique mondiale à laquelle votre Académie s’est intéressée à plusieurs reprises et que vous avez raison de continuer à cultiver.

     Entendu en termes d’action publique, le principe Une seule santé préconise l’intégration des considérations sanitaires dans toutes les politiques (transports, logement, agriculture, emploi, éducation, etc.), étant donné que les questions de santé touchent tous les aspects de la vie. Nous devons donc renforcer notre compréhension et notre promotion du bien commun, afin qu’il ne soit pas bafoué sous la pression d’intérêts individuels ou nationaux spécifiques.

     Le bien commun — l’un des principes fondamentaux de l’enseignement social de l’Église — risque de rester une notion abstraite et sans importance si nous ne reconnaissons pas qu’il est enraciné dans la promotion de relations étroites entre les personnes et de liens entre les membres de la société. C’est sur cette base que peut se développer une culture démocratique, qui encourage la participation et qui est capable d’allier l’efficacité, la solidarité et la justice. Nous devons redécouvrir l’attitude fondamentale des soins comme soutien et proximité envers les autres, pas seulement parce qu’ils sont dans le besoin ou malades, mais parce qu’ils font l’expérience de la vulnérabilité, cette vulnérabilité commune à tous les êtres humains. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons développer des systèmes de santé plus efficaces et durables, en mesure de répondre à tous les besoins en matière de santé dans un monde aux ressources limitées, ainsi que restaurer la confiance dans la médecine et les professionnels de santé, malgré la désinformation ou le scepticisme à l’égard de la science.

     Compte tenu de l’importance mondiale que revêt cette question, je réaffirme la nécessité de trouver des moyens efficaces pour renforcer les relations internationales et multilatérales, afin qu’elles puissent «retrouver la force nécessaire pour jouer son rôle de rencontre et de médiation, indispensable pour prévenir les conflits, et que personne ne soit tenté de dominer l’autre par la logique de la force, qu’elle soit verbale, physique ou militaire» (Discours aux membres du Corps diplomatique, 9 janvier 2026). Cette vision s’applique également à la coopération et à la coordination menées par les organisations supranationales engagées dans la protection et la promotion de la santé.

     Et donc, chers amis, je conclus en exprimant mon espoir que votre engagement sera un témoignage efficace de l’attention mutuelle, qui exprime la manière dont Dieu nous traite, car il prend soin de tous ses enfants. Je bénis chaleureusement chacun d’entre vous, ainsi que vos proches et le travail que vous accomplissez. Merci.

Prions ensemble. Notre Père…

Le Seigneur soit avec vous…

19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome

      Quatrième question

      Il faut se préparer, d’une certaine manière, à accepter, le moment venu, l’âge, la vieillesse, la maladie et la solitude. Cependant, si l’on a toujours vécu dans un esprit de dialogue, d’amitié, de partage et de fraternité, on peut trouver des réponses plus concrètes à l’expérience de la solitude et de la maladie, par exemple. Il y a des gens – et nous le disons avec une certaine franchise – qui, même jeunes, abordent la vie avec une certaine amertume ; ils n’ont jamais connu l’amitié, la fraternité ni le partage. Ainsi, depuis leur jeunesse ou leur âge mûr, ils vivent avec cette amertume, jamais satisfaits et toujours empreints d’un certain pessimisme.
     Si l’on vit sa vie comme un cheminement qui nous porte en avant, malgré le poids des années, et souvent – ​​jeune ou vieux – avec la maladie et les difficultés, on aura la capacité, avec la grâce de Dieu, d’accepter la croix, les souffrances qui en découlent, car on le fera avec le même esprit de prière et de sacrifice que celui qu’on a manifesté le jour de son ordination sacerdotale, lorsqu’on a dit au Seigneur : « Oui, Seigneur, je veux te suivre en toutes choses et accepter ce que la vie me donne comme faisant partie de ta volonté. » Alors, une spiritualité profonde est nécessaire, qu’il faut cultiver, dès le séminaire et tout au long de sa vie. Je ne peux pas dire à un jeune de 22 ans : « Prépare-toi pour tes 80 ans », mais tout est cheminement, tout est une manière d’entrer dans la vie avec un certain esprit de gratitude. Je n’en ai pas encore parlé, mais commençons par la gratitude d’avoir été appelés au sacerdoce. Nous oublions souvent combien notre vocation est grande et combien elle est importante pour la vie de l’Église. Non par cléricalisme – « Me voici » – mais parce que le Seigneur nous a appelés à être ses amis, ses disciples, ses serviteurs, et c’est là la plus belle des choses ! Ainsi, vivre dans un esprit de gratitude dès le premier jour de mon sacerdoce m’aidera à vivre, même âgé, même malade, à dire : « Merci, Seigneur, pour la vie, pour le don que tu me fais. »
     Vous savez pertinemment que dans de nombreux pays – en Europe, en Italie… Au Canada, c’est déjà légal – l’euthanasie est un sujet largement débattu : la question de la fin de vie, les personnes qui ne trouvent plus de sens à leur existence, qui portent le fardeau de la maladie et qui disent : « Je ne veux plus le porter, je préfère mettre fin à mes jours. » Si nous sommes si négatifs envers notre propre vie, et parfois avec moins de souffrance que beaucoup d’autres, comment pouvons-nous leur dire : « Non, vous ne pouvez pas mettre fin à vos jours, vous devez l’accepter… » ? Mais alors, nous agissons nous-mêmes de la même manière, avec une vision très négative de tout. Autrement dit, nous devons être les premiers à témoigner de la grande valeur de la vie. Et la gratitude tout au long de la vie est essentielle.
     L’humilité aussi. L’humilité : cette attitude qui consiste à reconnaître que ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui m’a donné la vie, qui nous accompagne et nous porte dans ses bras, même dans nos moments de plus grande faiblesse. Le Seigneur est là, avec nous. Et vivre avec cet esprit donne vie et espérance.
     À cela s’ajoute la proximité. Et j’aimerais ici inviter chacun à réfléchir : nous connaissons tous, sans aucun doute, une personne âgée, un malade, un prêtre, un laïc, une religieuse… qui traverse une période très difficile. Appelons-les, allons les voir. Efforçons-nous d’aider ces personnes qui souffrent.

      Les prêtres âgés ont eux aussi un service à rendre. Même alités, s’ils ont véritablement vécu une vie de service et de sacrifice, ils savent pertinemment que leur prière peut être un grand service, un don précieux. Leur vie continue d’avoir un sens profond. Et ils peuvent encore se souvenir et accompagner de nombreuses personnes, situations et communautés qui ont besoin de leur offrande.

 

 

1er mars 2026 – Homélie du Pape L éon XIV lors de la Messe à l’occasion de sa Visite pastorale à la paroisse Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Rome

     Ce dimanche nous confronte au voyage d’Abraham (cf. Gn 12, 1-4) et à l’événement de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-9).

     Avec Abraham, chacun de nous peut se reconnaître en voyage. La vie est un voyage qui demande de la confiance, qui demande de s’en remettre à la Parole de Dieu qui nous appelle et qui nous demande parfois de tout quitter. On peut alors être tenté de fuir la précarité comme un vertige qui bouleverse, alors que c’est précisément en son sein que l’on peut apprécier une promesse de grandeur inattendue. Il arrive chaque jour – parce que le monde raisonne ainsi – que nous prenions la mesure de tout, que nous nous efforcions de tout contrôler. Mais de cette manière, nous perdons l’occasion de découvrir le véritable trésor, la perle précieuse, comme nous l’enseigne l’Évangile, que Dieu a cachée de manière surprenante dans notre champ (cf. Mt 13, 44).
     Le voyage d’Abraham commence par une perte : la terre et la maison qui gardent les souvenirs de son passé. Mais il s’accomplira dans une nouvelle terre et dans une immense descendance, où tout devient bénédiction. Nous aussi, si nous nous laissons appeler par la foi à cheminer, à prendre de nouvelles décisions de vie et d’amour, nous cesserons de craindre de perdre quelque chose, car nous sentirons que nous grandissons dans une richesse que personne ne peut nous voler.

     Les disciples de Jésus ont eux aussi dû faire face à un voyage, celui qui les mènerait à Jérusalem (cf. Lc 9, 51). Là, dans la Ville sainte, le Maître accomplirait sa mission, donnant sa vie sur la croix et devenant pour tous et pour toujours une bénédiction. Nous savons combien Pierre et tous les autres ont résisté à l’idée de le suivre. Mais ils devaient comprendre qu’on ne peut être une bénédiction qu’en surmontant l’instinct de se défendre et en accueillant ce que Jésus confie au geste eucharistique : la volonté d’offrir son corps comme pain à manger, de vivre et de mourir pour donner la vie. Voici le dimanche, chers frères et sœurs : c’est la pause sur le chemin qui nous rassemble autour de Jésus. Jésus nous encourage à ne pas nous arrêter et à ne pas changer de direction. Il n’y a pas de plus grande promesse, il n’y a pas de trésor plus précieux que de vivre pour donner la vie !

     Peu avant le jour de la Transfiguration, Jésus avait confié à ses disciples quel serait le point d’arrivée du voyage qu’ils faisaient, à savoir sa passion, sa mort et sa résurrection. Vous vous souvenez de l’opposition de Pierre et de la réaction de Jésus qui lui dit : « Tu m’es un scandale, car tu ne penses pas selon Dieu, mais selon les hommes » (Mt 16, 23). Et voilà que, six jours plus tard, Jésus demande à Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner sur la montagne. Ils ont encore dans les oreilles ces paroles difficiles à entendre ; ils ont encore dans l’esprit l’image pour eux inacceptable du Messie condamné à mort.

     C’est cette obscurité intérieure des disciples que Jésus brise lorsqu’il se montre à eux, au sommet de la montagne, transfiguré dans une lumière éblouissante, inimaginable. Et dans cette vision glorieuse apparaissent à ses côtés Moïse et Élie, témoins du fait que toutes les Écritures s’accomplissent en Jésus (cf. Mt 17, 2-3).

     Une fois de plus, Pierre devient le porte-parole de notre ancien monde et de son besoin désespéré d’arrêter les choses, de les contrôler. Un peu comme lorsque nous ne voulons pas qu’un rêve dans lequel nous nous réfugions se termine. Mais ici, il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un monde nouveau dans lequel entrer : la destination de notre voyage, une destination pleine de lumière et qui a les contours humains et divins de Jésus. En plantant des tentes, Pierre voudrait arrêter ce voyage, qui doit pourtant se poursuivre jusqu’à Jérusalem (cf. v. 4).

     La voix qui sort de la nuée est celle du Père et ressemble à une supplication : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (v. 5). Cette voix résonne aujourd’hui pour nous : « Écoutez Jésus ! ». Et moi, très chers, parmi vous, je veux me faire l’écho de cet appel et vous dire : Je vous en prie, mes sœurs et mes frères, écoutons-le ! Il voyage avec nous, encore aujourd’hui, pour nous enseigner dans cette ville la logique de l’amour inconditionnel, de l’abandon de toute défense qui devient offense. Écoutons-le, entrons dans sa lumière pour devenir lumière du monde, à commencer par le quartier où nous vivons. Toute la vie de la paroisse et de ses groupes existe pour cela : c’est un service à la lumière, un service à la joie.
      Lorsque nous constatons que tant de choses autour de nous ne vont pas, nous nous demandons parfois : mais ce que nous faisons a-t-il un sens ? La tentation du découragement s’insinue, avec la perte de motivation et d’élan. Au contraire, c’est précisément face au mystère du mal que nous devons témoigner de notre identité de chrétiens, de personnes qui veulent rendre perceptible le Royaume de Dieu dans les lieux et les temps où elles vivent.

     Face à tout ce qui défigure l’homme et la vie, nous continuons à annoncer et à témoigner de l’Évangile, qui transfigure et donne la vie. Que la Très Sainte Vierge, Mère de l’Église, nous accompagne toujours et intercède pour nous.
 

 

 

25 mars 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux polonais au terme de l’Audience Générale

     Aujourd’hui on célèbre la Journée de la Sainteté de la Vie. Nous avons vraiment besoin d’initiatives comme celle de l’Adoption spirituelle d’un enfant conçu, qui commence justement aujourd’hui. En ce temps marqué par la folie de la guerre il est important de défendre la vie de sa conception jusqu’à son terme naturel.

26 Mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV au centre national pour la transplantation d’organes

     Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous.

     Excellence, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, bienvenue et merci pour votre patience!

     Je suis content de vous accueillir à l’occasion des États généraux du Réseau italien de greffes, et je remercie l’Académie pontificale pour la vie, qui suit cet important secteur. Votre présence témoigne de l’engagement de nombreux soignants, professionnels et bénévoles, qui, avec compétence et dévouement, sont au service de la vie humaine dans les moments de plus grande fragilité.

     Vous commémorez un anniversaire important: en effet, il y a 70 ans avait lieu le premier don italien, lorsque le bienheureux don Carlo Gnocchi demanda que ses cornées furent prélevées après sa mort et greffées sur deux jeunes, assistés par sa Congrégation, qui purent recouvrer la vue. Ce geste, accompli dans un contexte où il n’existait pas encore de législation spécifique, suscita une grande réflexion au sein de la société italienne et contribua à entreprendre un processus de définition législative.

     C’est précisément quelques semaines après le geste de don Gnocchi que le Pape Pie XII proposa une première orientation morale sur ces thèmes, reconnaissant la licéité du prélèvement à des fins thérapeutiques, dans le respect de la dignité du corps humain et des droits des personnes impliquées [1]. Depuis le début donc, la réflexion de l’Église a accompagné le développement de la médecine des greffes, en reconnaissant sa valeur et en définissant, parallèlement, les critères éthiques nécessaires.

     Depuis lors, un riche développement de recherches scientifiques et de dévouement humain a conduit le Réseau de greffes italien à d’importants résultats, reconnus à l’échelle internationale. Derrière ces résultats se trouvent un patrimoine de compétences et aussi une culture de la responsabilité et de la confiance qui nécessite d’être protégée et soutenue.

Saint Jean-Paul II, dans l’Encyclique Evangelium vitae, a rappelé que parmi les gestes qui alimentent la culture de la vie «il faut particulièrement apprécier le don d’organes, accompli sous une forme éthiquement acceptable» (n. 86). Il s’agit en effet d’une action qui unit la générosité du don à la responsabilité morale qui l’accompagne. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme à son tour que «la donation d’organes après la mort est un acte noble et méritoire et doit être encouragée comme une manifestation de généreuse solidarité» (n. 2296), rappelant dans le même temps la nécessité du consentement et le respect de la dignité de la personne. Il faut toujours veiller à éviter toute forme de marchandisation du corps humain et garantir aux greffes des critères justes et transparents [2].

     La médecine des greffes nous rappelle que la relation de soin, de confiance et de responsabilité réciproque constitue une condition indispensable pour que la greffe puisse avoir lieu. La possibilité même de sauver des vies à travers les greffes dépend en effet de la générosité des donneurs [3].

     Le Pape François a souligné que le don ne se limite pas à son utilité sociale, aussi importante soit-elle, mais qu’il se présente comme une expression de la fraternité universelle. Il a réaffirmé en outre qu’il doit rester un acte gratuit, en mesure de témoigner d’une culture de l’aide, du don, de l’espérance et de la vie [4]. C’est un rappel précieux à une époque où chaque chose risque d’être évaluée selon la logique du prix, de l’efficacité et de l’intérêt.

     Je profite de cette occasion pour encourager la recherche scientifique, qui continue d’ouvrir de nouvelles perspectives importantes pour la médecine des greffes. Elle est appelée à développer des solutions toujours plus efficaces pour répondre au besoin d’organes et aux nécessités des patients, dans un contexte où la demande dépasse de loin la disponibilité. Il est nécessaire que cet engagement se fasse toujours avec une réflexion responsable, afin que le progrès scientifique reste orienté vers le bien intégral de la personne et le respect de sa dignité.

     Je vous exprime à tous ma gratitude. Votre travail est un travail exigeant et souvent caché, qui requiert des compétences et de la rigueur et, dans le même temps, une conscience, un équilibre et un vif sens de l’humanité. À cela s’ajoutent les responsabilités cliniques, les choix délicats et les relations qui touchent la vie des personnes dans les moments les plus difficiles. Continuez à exercer votre travail avec fidélité et dévouement, en ayant toujours comme priorité le bien du patient.

     Enfin, j’encourage les institutions et le monde du bénévolat à poursuivre leurs actions d’information et de sensibilisation, afin que puisse se développer une culture du don toujours plus informée, libre et partagée, capable de reconnaître dans ce geste un signe de solidarité, de fraternité et d’espérance.

Je vous souhaite tout le succès possible dans votre action associative et j’invoque sur vous et vos proches la bénédiction du Seigneur. Merci.

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[1] Pie XII, Discours à l’Association des donneurs de cornées et l’Union italienne des personnes aveugles (14 mai 1956).

[2] Cf. Saint Jean-Paul II, Discours au 18e Congrès international sur la transplantation d’organes (29 août 2000).

[3] Benoît XVI, Discours aux participants au Congrès international sur le thème du don d’organes organisé par l’Académie pontificale pour la vie (7 novembre 2008).

[4] Cf. François, Discours à l’Association italienne pour le don d’organes, de tissus et de cellules (13 avril 2019).

 

 

 

28 mars 2026 – Salutation du Pape Léon XIV à la population de Monaco, depuis le Palais Princier.

     Vous êtes parmi les rares pays du monde à avoir comme religion d’État la foi catholique. Celle-ci nous met devant la souveraineté de Jésus qui engage les chrétiens à devenir dans le monde un Royaume de frères et sœurs, une présence qui n’écrase pas mais relève, qui ne sépare pas mais relie, prête à toujours protéger avec amour chaque vie humaine, à tout moment et dans toutes les conditions, afin que personne ne soit jamais exclu de la table de la fraternité. C’est la perspective de l’Écologie intégrale qui, je le sais, vous tient particulièrement à cœur.

 

 

 

 

28 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la prière du bréviaire, en la Cathédrale de l’Immaculée Conception, à Monaco

     Il me semble nécessaire de souligner : l’annonce de l’Évangile comme défense de l’homme. En souhaitant que tout le monde accueille la bonne nouvelle de l’amour du Père, Jésus se pose en “avocat”, afin surtout de défendre ceux qui sont considérés comme abandonnés par Dieu, qui sont jugés, oubliés et marginalisés. Il se fait la voix et le visage du Dieu miséricordieux qui « défend le droit de tous les opprimés » (Ps 103, 6).

     Je pense alors à une Église appelée à se faire “avocate”, c’est-à-dire à défendre l’homme : tout l’homme et tous les êtres humains. Il s’agit d’un chemin de discernement critique et prophétique visant à promouvoir « un développement intégral de l’humanité, qui respecte sa dignité et son identité authentique, ainsi que sa fin ultime qui renvoie au mystère de pleine communion avec le Dieu Trinité et entre nous » (Commission théologique internationale, Quo vadis, humanitas n. 22).

     C’est là le premier service que doit rendre l’annonce de l’Évangile : éclairer la personne humaine et la société afin que, à la lumière du Christ et de sa Parole, elles découvrent leur identité, le sens de la vie humaine, la valeur des relations et de la solidarité sociale, le but ultime de l’existence et le destin de l’histoire.

     À cet égard, je tiens à vous encourager à accomplir un service passionné et généreux dans l’évangélisation. Annoncez l’Évangile de la vie, de l’espérance et de l’amour ; apportez à tout le monde la lumière de l’Évangile afin que la vie de chaque homme et de chaque femme soit défendue et promue, de sa conception à sa fin naturelle ; offrez de nouveaux repères capables d’endiguer ces poussées de sécularisme qui risquent de réduire l’homme à l’individualisme et de fonder la vie sociale sur la production de richesses.

     Il est important que l’annonce de l’Évangile et les formes de la foi, si profondément ancrées dans votre identité et dans votre société, se gardent du risque de se réduire à une habitude, fût-elle bonne. Une foi vivante est toujours prophétique, capable de susciter des questions et de présenter des défis : défendons-nous vraiment l’être humain ? Protégeons-nous la dignité de la personne en préservant la vie à toutes ses étapes ? Le modèle économique et social actuel est-il vraiment juste et empreint de solidarité ? Est-il animé par l’éthique de la responsabilité qui nous aide à dépasser la « logique de l’échange d’équivalents et du profit comme fin en soi » (Benoît XVI, Enc. Caritas in veritate, n. 38), pour construire une société plus juste ?

     Chers amis, garder les yeux fixés sur Jésus-Christ, notre avocat auprès du Père, suscite une foi enracinée dans une relation personnelle avec Lui, une foi qui se fait témoignage capable de transformer la vie et de renouveler la société. Cette foi doit être annoncée avec des moyens et des langages nouveaux, y compris numériques, et chacun doit y être initié et formé avec persévérance et créativité. Cela vaut en particulier pour ceux qui s’ouvrent à la rencontre avec Dieu, pour les catéchumènes et les recommençants, que je vous recommande tout particulièrement.

    

28 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à Monaco au stade Louis II. (extraits)

     Si les hommes oublient la Loi qui commande de ne pas tuer, Dieu n’oublie pas la promesse qui prépare le monde au salut.

      De même qu’au commencement des temps Dieu donna la vie à l’être à partir du néant, de même, à la plénitude des temps, Il rachètera toute vie de la mort qui ruine la création.

     La joie de la foi et la force de notre témoignage découlent de cette rédemption, en tout lieu et en tout temps. L’histoire de Jésus résume en effet le destin de chacun de nous, à commencer par les plus petits et les opprimés. Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! Cependant face à l’insistance du mal la justice éternelle de Dieu se dresse, qui sans cesse nous délivre de nos tombeaux, comme pour Lazare, et nous donne une vie nouvelle.

     C’est la miséricorde qui sauve le monde : elle prend soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu’au moment où elle se flétrit, et dans toute ses fragilités.

 

    La voix des prophètes, témoigne de la manière dont Dieu accomplit son dessein de salut.  Ézéchiel annonce que l’œuvre divine commence par une libération (Ez 37,23) et s’accomplit par la sanctification du peuple (cf. v. 28) : un chemin de conversion. Il ne s’agit pas d’une initiative privée ou individuelle, mais d’une initiative qui nous engage tous, qui transforme nos relations avec Dieu et avec notre prochain.

     La libération prend avant tout la forme d’une purification des « idoles immondes » (v. 23). Que sont-elles ? Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l’achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c’est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l’esprit de l’homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leur yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s’en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse.  L’affranchissement des idoles libére d’un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité.

     Dieu ne nous abandonne pas dans ces tentations. Il vient au secours de l’homme, faible et triste, qui croit que les idoles du monde lui sauveront la vie. Comme l’enseigne saint Augustin, « l’homme se libère de leur emprise lorsqu’il croit en Celui qui, pour le relever, a donné un exemple d’humilité » (De civitate Dei, VII, 33). Cet exemple, c’est la vie même de Jésus, Dieu fait homme pour notre salut. Au lieu de nous punir, Il détruit le mal par son amour, accomplissant ainsi une promesse solennelle : « Je les purifierai. Alors ils seront mon peuple et moi Je serai leur Dieu » (Ez 37, 23). Le Seigneur change l’histoire du monde en nous appelant de l’idolâtrie à la vraie foi, de la mort à la vie.

     Chaque vie brisée est une blessure infligée au Corps du Christ. Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! La paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre.

     Rendez heureux beaucoup de personnes par votre foi en manifestant la joie authentique, celle qui ne se gagne pas par un pari, mais qui se partage par la charité. La source de cette joie est l’amour de Dieu : amour pour la vie naissante et indigente, à accueillir et à soigner sans cesse ; amour pour la vie jeune et âgée, à encourager dans les épreuves de chaque âge ; amour pour la vie, en bonne santé comme malade, parfois solitaire, qui a toujours besoin d’être accompagnée avec attention.    

     Donner la vie de Dieu. Une tâche sublime et impossible sans donner notre vie au prochain. Une tâche passionnante et féconde, lorsque l’Évangile éclaire nos pas.

 

4 avril 2026 – Homélie de Léon XIV lors de la Messe de la Nuit de Pâques

     Cette veillée, chers frères et sœurs, est une veillée lumineuse, la plus ancienne de la tradition chrétienne appelée “mère de toutes les veillées”. Nous revivons en elle le mémorial de la victoire du Seigneur de la vie sur la mort et les enfers. Nous le faisons après avoir parcouru, ces derniers jours, comme dans une unique grande célébration, les mystères de la Passion du Dieu fait pour nous « homme de douleur » (Is 53, 3), « méprisé, abandonné des hommes » (ibid.), torturé et crucifié.

     Y a-t-il une charité plus grande ? Une gratuité plus totale ? Le Ressuscité est le Créateur même de l’univers qui, comme aux origines de l’histoire, nous a donné l’existence à partir de rien ; de même, sur la croix, pour nous montrer son amour sans limites, il nous a donné la vie.

     Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (cf. Gn 1, 1), tirant le cosmos du chaos, l’harmonie du désordre, et en confiant, à nous qui sommes faits à son image et à sa ressemblance, la tâche d’en être les gardiens. Et même lorsque, par le péché, l’homme n’a pas répondu à ce projet, le Seigneur ne l’a pas abandonné mais lui a révélé, de manière encore plus surprenante, dans le pardon, son visage miséricordieux.

     Le “saint mystère de cette nuit” plonge donc ses racines là où s’est consommé le premier échec de l’humanité, et il s’étend à travers les siècles comme un chemin de réconciliation et de grâce.

     La liturgie nous a proposé quelques étapes de ce cheminement à travers les textes sacrés que nous avons entendu. Elle nous a rappelé comment Dieu a retenu la main d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Isaac, pour nous montrer qu’il ne voulait pas notre mort mais plutôt que nous nous consacrions à être, entre ses mains, des membres vivants d’une descendance de sauvés (cf. Gn 22, 11-12.15-18). De même, elle nous a invités à réfléchir sur la manière dont le Seigneur a libéré les Israélites de l’esclavage d’Égypte, faisant de la mer, lieu de mort et obstacle insurmontable, la porte d’entrée vers le commencement d’une vie nouvelle et libre. Et ce même message est revenu comme un écho dans les paroles des prophètes, où nous avons entendu les louanges du Seigneur en tant qu’époux qui appelle et rassemble (cf. Is 54, 5-7), source qui désaltère, eau qui féconde (cf. Is 55, 1.10), lumière qui montre le chemin de la paix (cf. Bar 3, 14), Esprit qui transforme et renouvelle le cœur (Ez 36, 26).

     À tous ces moments de l’histoire du salut, nous avons vu comment Dieu répond à la dureté du péché qui divise et tue, par la puissance de l’amour qui unit et redonne la vie. Nous les avons évoqués ensemble en entrecoupant le récit avec des psaumes et des prières pour nous rappeler que, par la Pâque du Christ, ensevelis avec lui dans la mort, nous pouvons nous aussi marcher dans une vie nouvelle ; morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ (cf. Rm 6, 4-11), consacrés dans le baptême à l’amour du Père, unis dans la communion des saints, devenus par grâce des pierres vivantes pour édifier son Royaume (cf. 1 P 2, 4-5).

     C’est dans cette lumière que nous lisons le récit de la Résurrection, que nous avons entendu dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le matin de Pâques, les femmes, surmontant leur peine et leur peur, se sont mises en route. Elles voulaient se rendre au tombeau de Jésus. Elles s’attendaient à le trouver scellé avec une grande pierre à l’entrée et des soldats montant la garde. Voilà ce qu’est le péché : une barrière très lourde qui nous enferme et nous sépare de Dieu, et cherche à faire mourir en nous ses paroles d’espérance. Marie de Magdala et l’autre Marie, cependant, ne se sont pas laissées intimider. Elles se sont rendues au sépulcre et, grâce à leur foi et à leur amour, elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Dans le tremblement de terre et dans l’ange assis sur le rocher renversé, elles ont vu la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que n’importe quelle force du mal, capable de “dissiper la haine” et de “soumettre toute puissance”. L’homme peut tuer le corps, mais la vie du Dieu d’amour est une vie éternelle, qui va au-delà de la mort et qu’aucun tombeau ne peut emprisonner. Ainsi, le Crucifié règne-t-il depuis la croix. L’ange s’est assis sur la pierre et Jésus s’est présenté à elles, vivant, en disant : « Je vous salue ! » (Mt 28, 9).

      De nos jours encore, des tombeaux sont à ouvrir, et les pierres qui les scellent sont souvent si lourdes et si bien surveillées qu’elles semblent inamovibles. Certaines oppriment le cœur de l’homme, comme la méfiance, la peur, l’égoïsme, la rancœur. D’autres, conséquence de ces dernières, brisent les liens entre nous, comme la guerre, l’injustice, la fermeture entre les peuples et les nations. Ne nous laissons pas paralyser par elles ! Au fil des siècles, nombre d’hommes et de femmes, avec l’aide de Dieu, les ont fait rouler, parfois au prix de grands efforts, parfois au prix de leur vie, mais avec de bons fruits dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Ils ne sont pas des figures inaccessibles mais des personnes comme nous qui, fortifiées par la grâce du Ressuscité, dans la charité et la vérité, ont eu le courage de parler, comme le dit l’apôtre Pierre, « avec les paroles de Dieu » (1 P 4, 11) et d’agir « avec la force que Dieu leur a donnée, afin que Dieu soit glorifié en tout » (ibid.).

 

 

 

 

4 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jour de Pâques, célébrée Place Saint-Pierre

     La création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle, un chant de louange s’élève de la terre, notre cœur exulte de joie : le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle !

     Cette annonce pascale embrasse le mystère de notre vie, la destinée de l’histoire, et elle nous atteint jusque dans les abîmes de la mort, par lesquels nous nous sentons menacés et parfois submergés. Elle nous ouvre à l’espérance qui ne faiblit pas, à la lumière qui ne se couche pas, à cette plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous !

     C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir, une promesse que nous avons du mal à accepter, car le pouvoir de la mort nous menace sans cesse, à l’intérieur comme à l’extérieur.

     Au plus profond de nous-mêmes, lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol, lorsque les déceptions ou la solitude que nous vivons assèchent nos espérances, lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie.

     Mais aussi en dehors de nous, la mort est toujours à l’affût. Nous la voyons présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit.

     Dans cette réalité, la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur. Elle continue de nourrir dans notre esprit et au fil de l’histoire la semence de la victoire promise. Elle nous met en mouvement, comme Marie de Magdala et comme les Apôtres, pour nous faire découvrir que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit. Le Seigneur est vivant et demeure avec nous. Il ouvre notre cœur à l’espérance qui nous soutient par les fissures de résurrection qui s’ouvrent dans les ténèbres : le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime de notre vie. Nous sommes orientés une fois pour toutes vers la plénitude car, dans le Christ ressuscité, nous sommes nous aussi ressuscités.

     Le Pape François nous le rappelait avec émotion dans sa première Exhortation apostolique, Evangelii gaudium, en affirmant que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas. Pourtant, il est aussi certain que commence à germer quelque chose de nouveau dans l’obscurité, qui tôt ou tard produira du fruit » (n° 276).

     Frères et sœurs, la Pâque du Seigneur nous donne cette espérance, en nous rappelant que, dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour. C’est ce que nous dit l’Évangile proclamé aujourd’hui qui situe l’événement de la résurrection « le premier jour de la semaine » (Jn 20, 1). Le jour de la résurrection du Christ nous renvoie ainsi à la création, à ce premier jour où Dieu créa le monde, et il nous annonce en même temps qu’une vie nouvelle, plus forte que la mort, est en train de naître pour l’humanité.

Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité. Elle est un nouveau départ, elle est la vie enfin rendue éternelle par la victoire de Dieu sur l’ancien Adversaire.

     Nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance. Et c’est à nous, ressuscités avec le Christ, qu’il revient de le porter dans les rues du monde. Courons donc comme Marie de Magdala, annonçons-le à chacun, portons par notre vie la joie de la résurrection afin que partout où plane encore le spectre de la mort, la lumière de la vie puisse resplendir.

Que le Christ, notre Pâques, nous bénisse et donne sa paix au monde entier !

 

5 avril 2026 – Message Urbi et Orbi du Pape Léon XIV en la Solennité de Pâques. Depuis la Loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre

     La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, décomposé dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.

     Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.

 

13 avril 2026 – Discours improvisé du Pape Léon XIV à la Grande Mosquée D'Alger

     Saint Augustin, a tant voulu enseigner au monde, surtout la recherche de la vérité, la recherche de Dieu, en reconnaissant la dignité de chaque être humain et l’importance de construire la paix.

     Chercher Dieu, c’est aussi reconnaître l’image de Dieu dans chaque créature, dans les enfants de Dieu, dans chaque homme et chaque femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour nous, cela signifie qu’il est très important d’apprendre à vivre ensemble dans le respect de la dignité de chaque personne humaine.

     Que nous puissions découvrir combien est grande la création, combien est grand ce que Dieu nous a laissé dans toute la création et surtout dans l’être humain !

 

 

 

17 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l’Université Catholique d’Afrique centrale, à Yaoundé, eu Cameroun

     l’Afrique peut contribuer de manière fondamentale à élargir les horizons trop étroits d’une humanité qui a du mal à espérer. Sur votre magnifique continent, la recherche est particulièrement mise au défi de s’ouvrir à des perspectives interdisciplinaires, internationales et interculturelles. Et aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de repenser la foi au sein des réalités culturelles et des défis actuels, afin d’en faire ressortir la beauté et la crédibilité dans les différents contextes, en particulier ceux qui sont le plus marqués par les injustices, les inégalités, les conflits, la dégradation matérielle et spirituelle.

     La grandeur d’une nation ne peut se mesurer uniquement en fonction de l’abondance de ses ressources naturelles, ou de la richesse matérielle de ses institutions. En effet, aucune société ne peut prospérer si elle ne repose sur des consciences droites, éduquées à la vérité. En ce sens, la devise de votre Université, “Au service de la vérité et de la justice”, vous rappelle que la conscience humaine, comprise comme sanctuaire intérieur où les hommes et les femmes se découvrent interpellés par la voix de Dieu, est le terrain sur lequel il convient de poser les bases solides et durables de toute société. Former des consciences libres et saintement inquiètes est une condition pour que la foi chrétienne apparaisse comme une proposition pleinement humaine, capable de transformer la vie des individus et de la société, de susciter des changements prophétiques face aux drames et à la pauvreté de notre temps, et d’encourager une recherche de Dieu toujours plus profonde, jamais assouvie.

     C’est en effet dans la conscience que s’élabore le discernement moral, grâce auquel est librement recherché ce qui est vrai et honnête. Lorsque la conscience prend soin d’être éclairée et droite, elle devient la source d’une action cohérente, orientée vers le bien, la justice et la paix.

     Dans les sociétés contemporaines, et donc également au Cameroun, on observe une érosion des repères moraux qui guidaient autrefois la vie collective. Il en résulte que l’on a tendance aujourd’hui à approuver de manière superficielle certaines pratiques autrefois considérées comme inacceptables. Cette dynamique s’explique en partie par les changements sociaux, les contraintes économiques et les dynamiques politiques qui influencent les comportements individuels et collectifs. Les chrétiens, et tout particulièrement les jeunes catholiques africains, ne doivent pas avoir peur des “choses nouvelles”. En particulier, votre Université peut former les pionniers d’un nouvel humanisme dans le contexte de la révolution numérique dont le continent africain connaît bien, non seulement les aspects séduisants, mais aussi la face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares. Ne détournez pas le regard : c’est un service rendu à la vérité et à l’humanité tout entière. Sans cet effort éducatif, l’adaptation passive aux logiques dominantes sera considérée comme une compétence, et la perte de liberté comme un progrès.

     Cela vaut d’autant plus face à la généralisation des systèmes d’intelligence artificielle, qui organisent de manière toujours plus omniprésente nos milieux mentaux et sociaux. Comme toute grande transformation historique, celle-ci exige non seulement des compétences techniques, mais aussi une formation humaniste capable de mettre en lumière les logiques économiques, les préjugés intégrés et les formes de pouvoir qui façonnent la perception du réel. Le défi que posent ces systèmes est plus profond qu’il n’y paraît : il ne concerne pas seulement l’utilisation de nouvelles technologies, mais le remplacement progressif de la réalité par sa simulation. Dans les environnements numériques, structurés pour persuader, l’interaction est optimisée au point de rendre la rencontre réelle superflue. L’altérité des personnes en chair et en os est neutralisée et la relation réduite à une réponse fonctionnelle. Chers amis, vous, en revanche, vous êtes des personnes réelles ! La création elle-même a un corps, un souffle, une vie qui doit être écoutée et à préserver. « Elle gémit et souffre » (cf. Rm 8, 22) comme chacun de nous.

     Lorsque la simulation devient la norme, la capacité humaine de discernement est diminuée et nos liens sociaux s’enferment dans des circuits autoréférentiels qui ne nous exposent plus au réel. Nous vivons alors comme dans des bulles imperméables les unes aux autres, nous nous sentons menacés par quiconque est différent et nous nous déshabituons à la rencontre et au dialogue. C’est ainsi que se propagent la polarisation, les conflits, les peurs et la violence. Ce n’est pas un simple risque d’erreur qui est en jeu, mais une transformation du rapport même à la vérité. Sans résistance à la persuasion de ces systèmes et sans exposition physique et spirituelle à l’autre en chair et en os, la réalité devient facultative et l’humain gouvernable par des systèmes invisibles, imperceptibles à la conscience.

      C’est précisément dans ce domaine que l’Université catholique a le devoir d’assumer une responsabilité de premier plan. En effet, elle ne se limite pas à transmettre des connaissances spécialisées, mais forme des esprits capables de discerner et des cœurs disposés à l’amour et au service. Elle prépare surtout les futurs dirigeants, les fonctionnaires publics, les professionnels et autres acteurs sociaux de demain à accomplir avec droiture les missions qui leur seront confiées ; à exercer leurs responsabilités avec probité ; à inscrire leur action dans une éthique au service du bien commun.

 

20 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les évêques, les prêtres, les personnes consacrées et les agents pastoraux, à la paroisse Notre-Dame de Fatima, à Luanda, en Angola

     Pour votre fidélité et, par conséquent, pour votre mission, la famille sacerdotale ou religieuse est indispensable, mais la famille dans laquelle nous sommes nés et avons grandi l’est tout autant. L’Église a une grande estime pour l’institution familiale, en enseignant que le foyer est le lieu de sanctification de tous ses membres. Pour beaucoup d’entre vous, certainement, le berceau de la vocation a précisément été la famille qui a apprécié et pris soin de la semence de l’appel spécial reçu. À vos proches, donc, va ma vive reconnaissance pour avoir soigné, soutenu et protégé votre vocation. En même temps, je les exhorte à vous aider toujours à rester fidèles à l’Évangile, à ne pas chercher à tirer profit de votre service ecclésial. Qu’ils vous soutiennent par leur prière et vous insufflent de l’enthousiasme à travers les bons conseils d’un père et d’une mère, afin que vous soyez saints et que vous n’oubliiez jamais que, à l’image de Jésus, vous êtes les serviteurs de tous.

   

 

 

 

 

 Enfin, votre fidélité en Angola, comme elle doit l’être partout dans le monde, est aujourd’hui spécialement liée à l’annonce de la paix. Par le passé, vous avez fait preuve de courage pour dénoncer le fléau de la guerre, pour soutenir les populations tourmentées en restant à leurs côtés, pour construire et reconstruire, pour indiquer des voies et des solutions afin de mettre fin au conflit armé. Votre contribution est unanimement reconnue et appréciée. Mais cet engagement n’est pas terminé ! Favorisez donc une mémoire réconciliée, en éduquant chacun à la concorde et en valorisant parmi vous le témoignage serein de ces frères et sœurs qui, après avoir traversé de douloureuses épreuves, ont tout pardonné. Réjouissez-vous avec eux, célébrez la paix !

      De plus, n’oubliez pas que, selon les paroles de saint Paul VI, « le développement est le nouveau nom de la paix » (Lett. encycl. Populorum progressio, n. 87). Il est donc essentiel qu’en interprétant la réalité avec sagesse, vous ne cessiez de dénoncer les injustices, tout en proposant des solutions inspirées par la charité chrétienne. Continuez à être une Église généreuse, qui contribue au développement intégral de votre pays. C’est pourquoi tout ce que vous accomplissez dans les domaines de l’éducation et de la santé a été et reste décisif.     

     En ce sens, lorsque les difficultés surviendront, souvenez-vous du témoignage héroïque de foi des Angolais et des Angolaises, des missionnaires nés ici ou venus de l’étranger, qui ont eu le courage de donner leur vie pour ce peuple et pour l’Évangile, préférant la mort à la trahison de la justice, de la vérité, de la miséricorde, de la charité et de la paix du Christ. Vous aussi, très chers amis, à travers chaque Eucharistie, vous êtes un corps offert et un sang versé pour la vie et le salut de vos frères. À vos côtés se trouve toujours la Vierge Marie, Mama Muxima.

     Que Dieu bénisse et fasse fructifier votre dévouement et votre mission !

 

 

 

22 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en la Basilique de l’Immaculée Conception, à Mongomo, en Guinée Equatoriale

     L’Eucharistie renferme véritablement tout le bien spirituel de l’Église : c’est le Christ, notre Pâque, qui se donne à nous, c’est le Pain vivant qui nous rassasie, c’est la présence qui nous révèle l’amour infini de Dieu pour toute la famille humaine et sa volonté de venir à la rencontre de chaque femme et de chaque homme, aujourd'hui encore.

     Les Actes des Apôtres (8,1-8) nous racontent, en quelques versets, comment une Église qui annonce l’Évangile avec joie et sans crainte est aussi une Église qui, précisément pour cette raison, peut être persécutée. En outre, cependant, le Livre des Actes des Apôtres nous dit que, tandis que les chrétiens sont contraints de fuir et se dispersent, de très nombreuses personnes s’approchent de la Parole du Seigneur et peuvent voir de leurs propres yeux que les malades, dans leur corps et dans leur esprit, sont guéris : ce sont les signes prodigieux de la présence de Dieu qui suscitent une grande joie dans toute la ville (cf. vv. 6-8).

     Même si les situations personnelles, familiales et sociales que nous vivons ne sont pas toujours favorables, nous pouvons avoir confiance en l’œuvre du Seigneur qui fait germer le bon grain de son Royaume par des voies qui nous sont inconnues, même quand tout autour de nous semble aride, et même dans les moments d’obscurité. Avec cette confiance, enracinée davantage dans la force de son amour que dans nos mérites, nous sommes appelés à rester fidèles à l’Évangile, à l’annoncer, à le vivre pleinement et à en témoigner avec joie. Dieu ne nous fera pas manquer les signes de sa présence et, une fois encore, comme Jésus nous l’a dit dans l’Évangile que nous venons d’entendre, il sera pour nous “le pain de vie” qui rassasiera notre faim (cf. Jn 6, 35).

     Quelle est cette faim que nous ressentons. Il y a une faim d’avenir, mais d’un avenir habité par l’espérance qui peut faire naître une nouvelle justice, qui peut porter des fruits de paix et de fraternité. Et il ne s’agit pas d’un avenir inconnu que nous devons attendre passivement, mais d’un avenir que nous sommes appelés, avec la grâce de Dieu, à construire dépend de vos choix ; il repose sur votre sens de responsabilité et sur l’engagement partagé pour préserver la vie et la dignité de chaque personne.

     Il est donc nécessaire que tous les baptisés se sentent impliqués dans l’œuvre d’évangélisation, deviennent des apôtres de la charité et des témoins d’une nouvelle humanité.

     Il faut des chrétiens qui prennent en main le destin. C’est pourquoi je voudrais vous encourager : n’ayez pas peur d’annoncer et de témoigner de l’Évangile ! Soyez les bâtisseurs d’un avenir d’espérance, de paix et de réconciliation.

 

 

 

 

22 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l’occasion de la rencontre avec les jeunes et les familles, au stade de Bata, en Guinée Equatoriale

       Chers amis, vous êtes venus à cette rencontre avec vos familles. Elles sont le terreau fertile dans lequel l’arbre jeune et fragile de votre croissance humaine et chrétienne plonge ses racines. Pour cela je vous invite tous à remercier ensemble le Seigneur pour le don de vos proches et, comme nous l’ont dit Purificación et Jaime Antonio, à vous en remettre à Lui afin que vos familles puissent grandir dans l’union, accueillir la vie comme un don à préserver et à éduquer à la rencontre avec le Seigneur, le Seigneur qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Beaucoup d’entre vous sont en train de se préparer au sacrement du mariage. Être époux et parents est une mission passionnante, une alliance à vivre jour après jour, dans laquelle on se redécouvre sans cesse l’un pour l’autre, artisans, avec Dieu, du miracle de la vie, bâtisseurs de bonheur, pour vous, pour vos enfants et pour la communauté à laquelle vous appartenez. Préparez-vous à vivre cet appel comme un chemin d’amour véritable, qui grandit dans la liberté un chemin d’espoir qui naît de la certitude que Dieu ne vous abandonne pas, un chemin de sainteté qui recherche toujours le bien et le bonheur de l’autre.

     Je remercie vivement Víctor Antonio pour la sincérité et le courage avec lesquels il a partagé son histoire avec nous. Ses paroles nous aident à comprendre encore plus profondément la valeur de ce que nous avons dit. Elles tombent comme un rocher parmi nous, mais pas pour détruire. Elles sont plutôt des paroles qui doivent nous encourager à construire un monde meilleur, fondé sur le respect de la vie qui naît et qui grandit, et sur le sens des responsabilités envers les enfants et les plus petits. Víctor Antonio nous a rappelé qu’accueillir la vie exige de l’amour, de l’engagement et de l’attention, et ces mots, prononcés par un adolescent, doivent nous faire réfléchir sérieusement à quel point il est important de protéger et de préserver la famille ainsi que les valeurs qu’on y apprend. Cultivons-les, vivons-les, témoignons-en même lorsque cela demande des sacrifices, ou lorsque, comme le disaient Jaime Antonio et Purificación, les jugements, les préjugés et les stéréotypes tentent d’en minimiser la valeur. Une famille qui sait accueillir et aimer est lumière, elle est chaleur. Le Pape François nous a laissé de très belles paroles à ce sujet, il nous a dit : « Le couple, le père et la mère avec toute leur histoire d’amour […], le couple qui aime et procrée est la véritable “sculpture” vivante […], capable de manifester le Dieu créateur et sauveur » (Exhort. ap. Amoris laetitia, n.n. 9.11).

     Très chers jeunes, parents, et vous tous ici présents, laissons-nous enthousiasmer par la beauté de l’amour que Jésus nous a laissé et enseigné ! Témoignons chaque jour à quel point il est beau d’aimer, que les plus grandes joies, dans tous les domaines, proviennent de la capacité à donner et à se donner, surtout quand on se penche vers ceux qui en ont le plus besoin. La lumière de la charité, cultivée dans les foyers et vécue dans la foi, peut vraiment transformer le monde, y compris ses structures et ses institutions, afin que chaque personne y trouve le respect et que nul ne soit oublié (cf. François, Message à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, 14 octobre 2022). Chères frères et sœurs, prenons ensemble la ferme résolution, dans la joie, de nous engager afin que le Christ, le Crucifié et le Ressuscité, Lumière de la Guinée équatoriale, de l’Afrique et du monde entier, puisse nous guider tous vers un avenir plein d’espoir. Christ, lumière de la Guinée équatoriale !

 

23 avril 2026 – Conférence de Presse du Pape Léon XIV dans l’avion de retour vers Rome

Anneliese Taggart, Newsmax TV

     Saint-Père, merci beaucoup. Au cours de ce voyage, vous avez évoqué à quel point les gens ont soif et faim de justice. Ce matin même, on a appris que l’Iran avait exécuté un autre membre de l’opposition, alors que le régime aurait également pendu publiquement de nombreuses autres personnes, en plus d’avoir tué des milliers de ses propres citoyens. Condamnez-vous ces actes et avez-vous un message à adresser au régime iranien ?

Pape Léon XIV

     Je condamne toute action injuste. Je condamne le meurtre d’autres personnes. Je condamne la peine capitale. Je crois que la vie humaine doit être respectée et que la vie de chaque personne – de la conception à la mort naturelle – doit être respectée et protégée. Par conséquent, lorsqu’un régime, lorsqu’un pays prend des décisions qui ôtent injustement la vie à d’autres personnes, il est évident que cela doit être condamné.

 

 

 

24 avril 2026 - Message vidéo du Saint-Père à la cérémonie commémorative du 15e anniversaire de l'abolition de la peine de mort dans l'État de l'Illinois [Université DePaul (Chicago)]

     L’Église catholique a toujours enseigné que chaque vie humaine, depuis le moment de la conception jusqu’à la mort naturelle, est sacrée et mérite d’être protégée. En effet, le droit à la vie est le fondement même de tous les autres droits de l’homme. C’est pourquoi ce n’est que lorsqu’une société préserve le caractère sacré de la vie humaine qu’elle peut s’épanouir et prospérer (cf. Discours aux membres du Corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2026).

     À cet égard, nous affirmons que la dignité de la personne ne se perd pas, même après la commission de crimes très graves. De plus, des systèmes de détention efficaces peuvent être et ont été mis en place pour protéger les citoyens tout en ne privant pas complètement les coupables de la possibilité de rédemption (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 2267). C’est pourquoi le pape François et mes récents prédécesseurs ont insisté à maintes reprises sur le fait que le bien commun peut être préservé et les exigences de la justice satisfaites sans recourir à la peine capitale. En conséquence, l’Église enseigne que « la peine de mort est inadmissible car elle constitue une atteinte à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » (ibid.).

 

25 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres du Parti populaire européen au Parlement européen

     Être chrétien en politique ne signifie pas être confessionnel, mais laisser l’Évangile éclairer les décisions à prendre, y compris celles qui ne rencontrent pas un consensus facile. Cela signifie travailler pour que ne disparaisse pas le lien entre loi naturelle et loi positive, entre racines chrétiennes et action politique.
    

25 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la Rencontre nationale des enseignants de religion catholique, promue par la Conférence épiscopale italienne

     Saint Augustin écrivait : « L’homme, une parcelle de ta création, veut te louer [, ô Dieu]. C’est toi qui le pousses à se réjouir de tes louanges, parce que tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi […]. Que je te cherche, Seigneur, en t’invoquant, et que je t’invoque en croyant en toi » (Confessions, 1,1). Il parlait d’une recherche intérieure à laquelle sont depuis toujours liées, chez l’être humain, les grandes questions de l’existence, la relation avec Dieu, avec la création et avec les autres. Ainsi, la soif d’infini, inscrite en chaque personne, peut devenir une énergie pour promouvoir la paix, pour renouveler la société et pour en combler les contradictions.
     Dans ce contexte, votre service, expression de la sollicitude de l’Église pour les nouvelles générations, est comme un tremplin à partir duquel enfants et jeunes peuvent apprendre à se lancer dans la fascinante aventure du dialogue intérieur. En cela, il constitue un élément indispensable de cette alliance éducative dont on ressent aujourd’hui tant le besoin.
     De plus, l’enseignement de la religion catholique est une discipline de grande valeur culturelle, utile pour comprendre les dynamiques historiques et sociales, ainsi que les expressions de la pensée, du génie et des arts qui ont façonné et continuent de façonner le visage de l’Italie, de l’Europe et de nombreux pays du monde.
     Tout cela entre dans vos cours, à la lumière de l’enseignement toujours actuel de l’Église, en dialogue avec les autres domaines du savoir et de la recherche religieuse, et surtout dans l’étude des pages inépuisables de la Bible, à travers lesquelles nous connaissons le Christ, Fils de Dieu fait homme, révélation du visage du Père et modèle parfait de l’humanité. Ainsi, vous rendez accessible aux nouvelles générations, dans le plein respect de la liberté de chacun, ce qui pourrait autrement rester incompris et flou, en montrant que la véritable laïcité n’exclut pas le fait religieux, mais sait au contraire en faire une richesse éducative. Cela fait partie d’une attitude plus large, indispensable à tout dialogue, à l’école comme dans la société : connaître et aimer ce que l’on est, pour pouvoir rencontrer l’autre avec respect et ouverture

     À la lumière de cela, je voudrais partager avec vous quelques réflexions qui me tiennent à cœur.
     Comme titre de votre troisième Rencontre nationale, vous avez choisi l’expression « Le cœur parle au cœur » (Cor ad cor loquitur), inspirée de la devise de saint John Henry Newman, docteur de l’Église et co-patron du monde éducatif. Ces paroles contiennent la proposition d’un chemin où la vérité est le but et la relation personnelle le moyen pour y parvenir. Elles vous engagent, à travers l’enseignement, à aider les jeunes à reconnaître une voix qui résonne déjà en eux, à ne pas l’enfouir ni la confondre avec les bruits qui les entourent. À une époque où nous sommes constamment assaillis de stimulations de toute sorte, faire taire cette voix est très facile. C’est pourquoi apprendre à l’écouter ou à la retrouver est l’un des plus grands dons que l’on puisse faire aux nouvelles générations. L’homme ne peut vivre sans vérité ni sans sens authentique, et les jeunes, même lorsqu’ils paraissent parfois apathiques ou insensibles, cachent souvent, derrière une apparente indifférence, l’inquiétude et la souffrance de ceux qui « ressentent trop » et de manière trop intense, sans parvenir à nommer ce qu’ils éprouvent.
     Faire école signifie donc former les personnes à l’écoute du cœur, et ainsi à la liberté intérieure et à la capacité de pensée critique, selon des dynamiques où foi et raison ne s’ignorent pas, ni ne s’opposent, mais cheminent ensemble dans la recherche humble et sincère de la vérité. C’est pourquoi éduquer demande la patience de semer sans prétendre à des résultats immédiats, dans le respect des temps de croissance de chacun. Et surtout – Newman l’enseigne – cela demande de l’amour.
     Très chers, la vérité passe par les personnes, et pour vos élèves, ces personnes, c’est aussi vous, appelés à être des maîtres crédibles parce qu’amoureux de Dieu et d’eux, à transmettre des valeurs sans protagonisme ni moralisme, à offrir des regards qui relèvent et à être témoins de cette cohérence humble et proche qui rend aimables et désirables même les contenus les plus exigeants. Vos élèves n’ont pas besoin de réponses toutes faites, mais de proximité et d’honnêteté de la part d’adultes qui les accompagnent avec autorité et responsabilité, tandis qu’ils affrontent les grandes questions de la vie. Ils se souviendront des regards et des paroles de ceux qui ont su reconnaître en eux un don unique, de ceux qui les ont pris au sérieux, de ceux qui n’ont pas eu peur de partager avec eux un bout de chemin, en se montrant eux-mêmes hommes et femmes qui cherchent, pensent, vivent et croient. Tout cela, bien sûr, sans rien enlever à la nécessité d’une solide compétence, animée par la passion de l’étude, la rigueur culturelle et la préparation pédagogique, car l’enseignement de la religion catholique exige aussi une mise à jour constante, un esprit de projet et le recours à des langages adaptés.
     L’école aujourd’hui – en Italie, mais pas seulement – est confrontée à des défis dramatiques et en même temps exaltants. C’est pourquoi l’Église, qui marche avec vous, vous y envoie comme « serviteurs du monde éducatif, chorégraphes de l’espérance, chercheurs infatigables de la sagesse, artisans crédibles d’expressions de beauté » (Lettre apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, 11,3).
     Je vous remercie et vous encourage à persévérer dans cet engagement, tandis que je vous confie à l’intercession de la Vierge Marie et des saints éducateurs. Je me souviens de vous dans la prière et, de tout cœur, je vous accorde la Bénédiction apostolique, que j’étends à vos familles, à vos élèves et à tous vos proches. Merci !

 

27 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa Visite à l'Académie pontificale ecclésiastique

     Vous vous préparez à exercer un ministère particulier, qui ne se limite pas à la défense du bien de la communauté catholique, mais qui s’étend à toute la famille humaine vivant dans un pays donné ou participant aux instances des différentes organisations internationales. Cela vous appelle à être les promoteurs de toutes les formes de justice qui contribuent à reconnaître, à reconstruire et à protéger l’image de Dieu imprimée en chaque personne. Dans la défense des droits de l’homme — parmi lesquels se distinguent ceux à la liberté religieuse et à la vie —, je vous recommande donc de continuer à montrer la voie, non pas celle de l’opposition et de la revendication, mais celle de la protection de la dignité de la personne, du développement des peuples et des communautés, et de la promotion de la coopération internationale. Ce sont là les seuls instruments qui permettent d’engager de véritables chemins de paix.

    

2 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de consécration de 4 nouveaux Evêques, Auxiliaires du diocèse de Rome ; célébrée dans la Basilique saint Jean de Latran.

     On devient des pierres rejetées par les hommes et choisies par Dieu: quand, par notre vie et notre parole, nous nous opposons aux projets qui écrasent les plus faibles, qui ne respectent pas la dignité de chaque personne, qui utilisent les conflits pour sélectionner les plus forts, tout en négligeant ceux qui restent à la traîne, ceux qui n’y parviennent pas, considérant ceux qui succombent comme des déchets de l’histoire. Jésus a marché parmi nous en tant que prophète désarmé et désarmant, et lorsqu’il a été rejeté, il n’a pas changé de style.

 

 

6 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     L’Église chemine dans cette histoire terrestre en restant toujours tournée vers son but ultime, qui est la patrie céleste. Il s’agit d’une dimension essentielle que pourtant nous négligeons ou minimisons souvent, car nous sommes trop concentrés sur ce qui est immédiatement visible et sur les dynamiques plus concrètes de la vie de la communauté chrétienne.

      Gardienne d’une espérance qui éclaire le chemin, l’Eglise est investie de la mission de prononcer des paroles claires pour rejeter tout ce qui mortifie la vie et en empêche le développement,

    L’Église ne s’annonce pas elle-même ; au contraire, en elle, tout doit renvoyer au salut en Christ.

     Dans la perspective du Royaume de Dieu, il faut également prendre en compte la relation entre les chrétiens qui accomplissent aujourd’hui leur mission et ceux qui ont déjà achevé leur existence terrestre et se trouvent dans un état de purification ou de béatitude. Lumen gentium affirme en effet que tous les chrétiens forment une seule Église, qu’il existe une communion et une participation aux biens spirituels fondée sur l’union avec le Christ de tous les croyants, une sollicitude fraternelle entre l’Église terrestre et l’Église céleste : cette communion des saints qui se vit en particulier dans la liturgie (cf. LG, 49-51). En priant pour les défunts et en suivant les traces de ceux qui ont déjà vécu en tant que disciples de Jésus, nous sommes nous aussi soutenus dans notre cheminement et nous renforçons l’adoration de Dieu : marqués par l’unique Esprit et unis dans l’unique liturgie, avec ceux qui nous ont précédés dans la foi, nous louons et rendons gloire à la Très Sainte Trinité.

 

9 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la délégation des Représentants des Communautés musulmanes du Sénéga

     Chrétiens et musulmans, nous croyons ensemble que tout être humain est façonné par les mains de Dieu, ainsi revêtu d’une dignité que nulle loi ni aucun pouvoir humain n’a le droit de confisquer (cf. Gn 1,27).

 

 

14 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l'université Sapienza de Rome

    Vous qui êtes si peu considérés par une société qui a de moins en moins d’enfants, témoignez que l’humanité est capable d’avenir lorsqu’elle le construit avec sagesse.

 

25 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de l'Intergroupe « Démographie » du Parlement européen

     Je suis heureux d’accueillir les membres de l’Intergroupe Démographie du Parlement européen, ainsi que le Commissaire européen pour la Méditerranée, la ministre italienne de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chances, et le Représentant spécial de l’OSCE pour le changement démographique et la sécurité, à l’occasion de votre conférence sur la famille et la démographie.
     En tant que représentants de vos peuples respectifs, reflétant une pluralité d’opinions politiques au sein des États membres de l’Union européenne, votre attention portée à la question démographique du continent est certainement opportune, car cette question représente un défi urgent aux implications concrètes pour des millions de personnes et leurs familles à travers « ce qui devient le “vieux continent” — non plus à cause de sa glorieuse histoire, mais à cause de son âge avancé », comme le soulignait souvent le pape François (Discours aux États généraux de la natalité, 14 mai 2021).
     Les problèmes résultant d’une démographie à croissance nulle sont nombreux et complexes et comprennent notamment la pandémie de la solitude. De plus, les données démographiques ne sont pas de simples statistiques, mais parlent de paternité, de maternité et d’enfants. Et les enfants sont l’avenir ! Pourtant, parler de l’avenir renvoie à un développement intégral et durable, sérieusement entravé sans solidarité entre les générations (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 195). Malheureusement, une telle solidarité exige un équilibre intergénérationnel qui fait actuellement défaut en Europe.
      En outre, au cours des dernières décennies, nous pouvons constater qu’un rejet de l’inspiration chrétienne des pères fondateurs des institutions de l’Union européenne a conduit à une période de stérilité dramatique, non seulement parce que trop de personnes ont été privées du droit de naître, mais aussi parce qu’il y a eu un échec dans la transmission des outils matériels et culturels dont les jeunes ont besoin pour affronter l’avenir (cf. pape François, Discours aux participants du dialogue « Repenser l’Europe : une contribution chrétienne à l’avenir du projet européen », 28 octobre 2017).
     Par conséquent, nous sommes souvent confrontés aux affirmations contradictoires de politiques prétendument favorables à la famille qui, simultanément, favorisent la discrimination contre la maternité, exaltent l’avortement comme un droit et sapent les fondements mêmes du désir de fonder une famille. Heureusement, il existe aujourd’hui parmi nous de merveilleuses exceptions !
     Toutes ces questions doivent donc être étudiées et affrontées de manière urgente et coordonnée par un large éventail d’acteurs académiques, politiques et sociaux. Le défi démographique constitue un tournant crucial pour l’avenir anthropologique, social et économique de l’Europe. Votre engagement, avec sa composition transpartisane, peut en effet jouer un rôle vital et constitue un cadre idéal pour explorer des voies capables de faire naître des idées innovantes, dont l’Europe et le monde ont désespérément besoin. Un tel dialogue doit inclure non seulement les différentes institutions européennes et les gouvernements, mais aussi l’ensemble de la société civile, dont les chrétiens font partie intégrante.
     Au cœur de ces défis pressants, et comme clé des solutions à apporter, se trouvent la dignité fondamentale de toute personne et le rôle de la famille dans la société. Comme le rappelait saint Jean-Paul II, la famille est « la première et irremplaçable école de vie sociale » (Familiaris Consortio, 43) et elle est fondée sur le mariage entre un homme et une femme, réalité qui unit les dimensions personnelle et publique.
     À la lumière de cela, vos discussions ont également pour mission de promouvoir la responsabilité partagée et le rôle actif des familles dans la vie sociale, politique et culturelle (cf. Discours aux participants à la rencontre promue par le CELAM, l’Académie pontificale pour la Vie et l’Institut Jean-Paul II, 19 septembre 2025). Car ce n’est qu’en respectant et en promouvant cette place centrale de la famille, et en appliquant le principe de subsidiarité, qu’il est possible d’éviter les deux extrêmes de l’intervention excessive de l’État et de l’individualisme.
     Enfin, cette approche ne consiste pas à revenir à des modèles sociaux du passé, mais à offrir aux hommes et aux femmes de notre temps les principes immuables capables de les guider pour répondre aux questions fondamentales posées à chaque époque : quel est le sens et la valeur de la vie humaine ? Qu’est-ce qu’une société humaine authentique ? Et quel type de monde voulons-nous transmettre aux générations futures ?
      À cet égard, les politiques nationales et européennes doivent être élaborées et mises en œuvre en partenariat avec la société civile. Je voudrais ici souligner que la coopération de l’Intergroupe avec la Fédération des Associations Familiales Catholiques en Europe (FAFCE) et avec la Commission des Conférences épiscopales de l’Union européenne (COMECE) offre un excellent exemple de la manière dont différentes entités — chacune avec son propre domaine de compétence — peuvent travailler ensemble afin de favoriser des changements efficaces qui amélioreront la qualité de vie de tous.
     Telle est l’impulsion que les chrétiens apportent au projet européen, afin que les politiques considèrent la personne humaine dans toute son intégralité et promeuvent toujours la dignité de l’être humain. De cette manière, un chemin véritablement humain pourra s’ouvrir pour résoudre la crise démographique, orienté vers le bien commun et le bien-être des générations futures. En effet, seul un nouveau printemps pour la famille peut transformer le froid hivernal de nos populations vieillissantes !
     Avec ces réflexions, je prie afin que vous poursuiviez vos efforts essentiels pour promouvoir les familles et la dignité de toute personne. En vous offrant à chacun mes vœux les plus sincères, j’invoque sur vous et sur vos proches l’abondance des bénédictions du Dieu Tout-Puissant.

 

30 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV Aux membres de la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice

     Au milieu des fragilités, une nouvelle espérance apparaît. Même si les divisions semblent s’intensifier, un dénominateur commun apparaît qui nous unit tous incontestablement : notre humanité commune. En effet, c’est précisément lorsqu’elle est confrontée à des circonstances défavorables que la personne humaine est appelée à reconsidérer les questions fondamentales qui ont poussé peu à peu le cœur d’innombrables générations à une réflexion plus sérieuse : « Où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ?» (Magnifica humanitas, n. 6).

     Ces questions sont une manifestation claire de la quête de vérité de l’humanité, et font naître le désir de quelque chose de plus, une soif de Dieu et une signification durable. Elles témoignent également des aspects essentiels de notre humanité : les dons de raison et de liberté donnés par Dieu à travers lesquels nous pouvons parvenir à la vérité et suivre ce qui est bon. Bien que la liberté soit souvent entendue comme la capacité à faire ce que l’on veut, il est impératif de retrouver une signification authentique de la liberté qui nous permette de découvrir sa dimension de relation, car c’est précisément là que nous pouvons parler de l’accomplissement d’une personne, tant comme individu que comme société. Saint Jean-Paul II nous a rappelé que cet accomplissement se trouve lorsque la liberté est vécue comme «le don d'elle-même et l'accueil de l'autre» (Evangelium vitae, n. 19), c’est-à-dire lorsque la liberté est utilisée pour aimer. Au contraire, «lorsque sa dimension individualiste est absolutisée, elle est vidée de son sens premier, sa vocation et sa dignité mêmes sont démenties» (ibid.).

     Ce que nous découvrons ici sont les deux « cités » décrites par saint Augustin, qui continuent de caractériser non seulement le cœur humain, mais aussi les civilisations que nous créons. La Cité de l’Homme, édifiée sur l’orgueil et l’amour de soi, est caractérisée par l’individualisme égoïste. La Cité de Dieu, édifiée sur l’amour de Dieu jusqu’à l’altruisme et l’entretien des relations humaines, est ce qui rend véritablement possible l’édification d’une civilisation de l’amour. À cet égard, nous pouvons découvrir que ce qui se cache derrière la crise des démocraties contemporaines et l’affaiblissement du multilatéralisme est, en fait, une crise anthropologique qui découle du fait d’avoir en grande partie oublié le Créateur. Loin de nous désespérer, toutefois, nous sommes appelés à apporter notre contribution, en nous souvenant que «la civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation » (Magnifica humanitas, n. 213).

     Un autre aspect de la promotion et de l’engagement en vue d’une authentique civilisation de l’amour est le dialogue. Un dialogue fondé sur la vérité qui reconnaît et apprécie l’humanité commune de chaque personne. En effet, garder à l’esprit la dignité innée de chaque individu permet de surmonter l’égoïsme et les intérêts particuliers en faveur du bien commun. Cette même dignité fournit également le contexte dans lequel nous pouvons parler d’un pluralisme sain qui reconnaît la richesse des contributions qui viennent de personnes d’origines différentes et qui conduisent à la coexistence pacifique.

 

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