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2025

26 octobre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de consécration de MESSE ET ORDINATION ÉPISCOPALE DE S.E. Mgr MIROSLAW STANISLAW WACHOWSKI ARCHEVEQUE ELU DE VILLAMAGNA DI PROCONSOLARE ET NONCE APOSTOLIQUE EN IRAK
Gloria Deo Pax Hominibus – fait écho au chant de Noël des anges à Bethléem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime » (Lc 2, 14). C'est le programme d'une vie : chercher toujours à faire resplendir la gloire de Dieu dans la paix entre les hommes. Tel est le sens profond de toute vocation chrétienne, et en particulier de la vocation épiscopale : rendre visible, par sa propre vie, la louange de Dieu et son désir de réconcilier le monde avec lui (cf. 2 Co 5, 19).
5 décembre 2025 - Aux organisateurs et artistes du Concert avec les Pauvres
Le mystère de l’Incarnation du Verbe divin est la révélation de l’amour que Dieu le Père nourrit pour chacun de nous. Comme l’écrivait le pape Benoît XVI dans sa première encyclique, publiée le jour même de Noël, « cette action de Dieu prend maintenant sa forme dramatique dans le fait que, en Jésus-Christ, Dieu lui-même poursuit la « brebis égarée », l’humanité souffrante et perdue ». [1] Dieu qui se fait enfant, qui se confie aux soins de parents humains, qui s’offre pour chacun de nous, est l’icône de l’amour divin qui vient nous sauver.
Quelle joie de pouvoir dire avec le cœur et l’esprit : Dieu est charité, Dieu est amour ! (cf. 1 Jn 4, 16). En le regardant, nous pouvons apprendre à aimer comme il nous a aimés ; nous pouvons découvrir que le commandement de l’amour répond à nos besoins les plus authentiques, car c’est lorsque nous aimons que nous nous réalisons vraiment.
13 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux figurants de la crèche vivante à la basilique Sainte Marie Majeure
Vous êtes venus de divers lieux pour apporter auprès de la Tombe de Pierre le témoignage des mille visages par lesquels, depuis des siècles, des générations de chrétiens représentent le Mystère de l’Incarnation, souvent avec les traits de leur propre culture et les paysages de leur terre. D’ici, ensuite, vous partirez pour franchir la Porte Sainte et célébrer l’Eucharistie dans la basilique Libérienne, appelée la « Bethléem de l’Occident », où l’on vénère la Sainte Crèche.
C’est précisément cette antique relique qui, avec le voyage en Terre Sainte, inspira saint François, en 1223, à célébrer pour la première fois le « Noël de Greccio », à l’origine de la tradition de la Crèche. Depuis lors, dans toutes les régions du monde, s’est répandue l’habitude de représenter de multiples façons la Nativité du Seigneur, du Dieu qui « vient sans armes, sans la force, […] pour vaincre l’orgueil, la violence, la soif de possession de l’homme […] et nous conduire à notre véritable identité » (Benoît XVI, Catéchèse, 23 décembre 2009).
Le pape François disait que devant la Crèche, « tandis que nous contemplons la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer tout homme » (Lettre apostolique Admirabile signum, 1ᵉʳ décembre 2019, 1). Il en est bien ainsi : de la grotte de Bethléem, où se tiennent Marie, Joseph et l’Enfant dans leur désarmante pauvreté, nous repartons pour commencer une vie nouvelle sur les traces du Christ. Vous en rendrez témoignage cet après-midi, avec le cortège qui parcourra les rues de la ville. Celui-ci, par ses chorégraphies, ses costumes et ses musiques, sera un signe joyeux de combien il est beau d’être disciples de Jésus, le Dieu fait homme, soleil levant « pour éclairer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, et pour guider nos pas sur le chemin de la paix » (Lc 1,79).
Cela fait de vous – aujourd’hui, mais aussi toujours, comme mission pour votre vie quotidienne – des pèlerins de l’espérance, porteurs de consolation et d’inspiration pour tous ceux que vous rencontrerez : pour les petits et les grands, pour les familles, les jeunes et les personnes âgées qui croiseront votre route ; pour ceux qui se réjouissent et pour ceux qui souffrent, pour ceux qui sont seuls, pour ceux qui portent au cœur le désir d’aimer et d’être aimés et pour ceux qui, malgré les difficultés, continuent à travailler avec engagement et persévérance à la construction d’un monde meilleur.
La Crèche, très chers amis, est un signe important : elle nous rappelle que nous faisons partie d’une merveilleuse aventure de Salut dans laquelle nous ne sommes jamais seuls et que, comme le disait saint Augustin, « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne Dieu, […] afin que l’homme, habitant de la terre, puisse trouver demeure dans les cieux » (Sermo 371, 1). Diffusez ce message et maintenez vivante cette tradition. Ils sont un don de lumière pour notre monde qui a tant besoin de pouvoir continuer à espérer.
13 Décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants et promoteurs du concert de Noël promu par le Vatican
Je vous salue avec gratitude à l’occasion du Concert de Noël, événement traditionnel par lequel, depuis maintenant trente-trois ans, est célébré le mystère de la Naissance de Jésus à travers les langages universels de la musique et du spectacle. « Oh night divine », comme nous l’avons entendu.
J’adresse un chaleureux salut à tous les artistes qui se produiront ce soir ; je salue les Missions Don Bosco, qui promeuvent ce Concert ; je remercie les organisateurs, les sponsors ainsi que la Fondation Gravissimum Educationis, qui accompagne cette initiative.
Ce soir, nous écouterons des mélodies nées dans des contextes différents, liées à des histoires, des générations et des sensibilités diverses. Et pourtant, comme cela arrive dans le ciel nocturne, ces lumières sonores composeront, en harmonie, une constellation commune qui, en tant que telle, n’est pas seulement un dessin, mais aussi un guide.
La musique naît de la vie quotidienne, accompagne nos déplacements, nos souvenirs et nos fatigues : elle est un journal partagé, qui garde les sentiments de tous – nostalgie, désir, attente, égarement, renaissance – en racontant notre chemin avec simplicité et, en même temps, en profondeur.
Noël, d’ailleurs, nous rappelle que Dieu, pour se manifester, choisit une trame humaine. Il ne recourt pas à des décors imposants, mais à une maison simple ; il ne se montre pas de loin, mais se fait proche ; il ne demeure pas dans un point inaccessible du ciel, mais nous rejoint au cœur même de nos petites histoires. Il nous révèle ainsi que la vie quotidienne – telle qu’elle est – peut devenir le lieu de la rencontre avec Lui.
Le présent Concert de Noël soutient un projet missionnaire salésien en République du Congo : la construction d’une école primaire, capable d’accueillir 350 enfants. Cela aussi peut nous faire réfléchir, en nous rappelant que la beauté, lorsqu’elle est authentique, ne reste pas enfermée sur elle-même, mais engendre des choix de responsabilité pour le soin du monde. Ainsi, la culture devient un souffle pour la dignité de tous, en particulier des plus fragiles.
Je vous invite donc à vivre ce moment comme un pèlerinage intérieur. À l’occasion de Noël, que la musique soit un lieu de l’âme : un espace où le cœur prend voix, nous rapprochant de Dieu et rendant notre humanité toujours davantage inspirée par son amour. C’est le vœu que je forme pour vous, tandis que j’invoque sur vous tous la bénédiction du Seigneur.
13 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants au Jubilé de la Diplomatie Italienne
La paix est le devoir qui unit l’humanité dans une recherche commune de justice. La paix est l’intention qui, depuis la nuit de Noël, accompagne toute la vie du Christ, jusqu’à sa Pâque de mort et de résurrection. La paix est le bien définitif et éternel que nous espérons pour tous.
15 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux délégations qui ont fait don de la crèche et de l'arbre de Noël de la Salle Paul VI et de la crèche de la Place Saint-Pierre
Aux pèlerins venant du monde entier qui se rendront sur la place Saint-Pierre, la scène de la Nativité rappellera que Dieu se fait proche de l’humanité, se fait l’un de nous, entrant dans notre histoire avec la petitesse d’un enfant. En effet, dans la pauvreté de l’étable de Bethléem, nous contemplons un mystère d’humilité et d’amour. Devant chaque crèche, y compris celles réalisées dans nos maisons, nous revivons cet Événement et redécouvrons la nécessité de rechercher des moments de silence et de prière dans notre vie, pour nous retrouver nous-mêmes et entrer en communion avec Dieu.
La Vierge Marie est le modèle du silence adorant. À la différence des bergers qui, retournant de Bethléem, glorifient Dieu et racontent ce qu’ils avaient vu et entendu, la Mère de Jésus conserve toutes choses dans son cœur (cf. Lc 2,19). Son silence n’est pas un simple mutisme : il est émerveillement et adoration.
L’arbre, avec ses branches toujours vertes, est signe de vie et évoque l’espérance qui ne faiblit pas même dans le froid de l’hiver. Les lumières qui l’ornent symbolisent le Christ, lumière du monde, venu dissiper les ténèbres du péché et éclairer notre chemin. Outre le grand épicéa, d’autres arbres de dimensions plus modestes, provenant des mêmes localités du Haut-Adige, sont destinés aux bureaux, aux lieux publics et à divers espaces de la Cité du Vatican.
La représentation de la Nativité, qui restera dans cette Salle pendant toute la période de Noël, provient du Costa Rica et s’intitule Nacimiento Gaudium. Chacun des vingt-huit mille rubans colorés qui décorent la scène représente une vie préservée de l’avortement grâce à la prière et au soutien fournis par des organisations catholiques à de nombreuses mères en difficulté.
Chers frères et sœurs, la Crèche et l’Arbre sont des signes de foi et d’espérance ; tandis que nous les contemplons dans nos maisons, nos paroisses et sur les places publiques, demandons au Seigneur de renouveler en nous le don de la paix et de la fraternité. Prions pour tous ceux qui souffrent à cause de la guerre et de la violence ; aujourd’hui en particulier, je souhaite confier au Seigneur les victimes de l’attentat terroriste perpétré hier à Sydney contre la communauté juive. Assez de ces formes de violences antisémites ! Nous devons éliminer la haine de nos cœurs.
Laissons la tendresse de l’Enfant Jésus illuminer notre vie. Laissons l’amour de Dieu, comme les branches d’un arbre toujours vert, demeurer ardent en nous. Je renouvelle ma gratitude à vous tous, ainsi qu’à la Direction des infrastructures et des services du Gouvernorat pour son généreux engagement, et, tandis que j’invoque sur vous et sur vos familles la protection maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, je vous accorde de tout cœur la bénédiction apostolique.
Alors que Noël approche, prenons garde de ne pas nous laisser prendre par un activisme effréné dans les préparatifs de la fête, que nous vivrions finalement qu’en superficialité et qui laisserait place à la déception. Prenons le temps au contraire de rendre notre cœur attentif et vigilant dans l’attente de Jésus afin que sa présence aimante devienne durablement le trésor de notre vie et de notre cœur.
19 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV, aux jeunes de l’Action catholique italienne
Pendant l’Avent, vous avez certainement préparé la crèche dans vos maisons, vos écoles, vos paroisses. En regardant saint Joseph et la Vierge Marie, les bergers, l’âne et le bœuf, vous voyez se réaliser le titre de votre parcours associatif de cette année : « Il y a de la place pour tous ». Oui, autour du Seigneur, qui s’est fait homme pour nous sauver, il y a de la place pour tous ! Il fait de la place à chaque personne, à chaque enfant, adolescent, jeune et personne âgée. Lorsque le Fils de Dieu vient au monde, il ne trouve pas de place dans une maison, mais il frappe à notre cœur tout en ouvrant le sien pour accueillir tout le monde avec amour.
C’est pourquoi, lorsque vous priez devant la crèche, demandez à pouvoir être comme ces anges qui annoncent la gloire de Dieu et la paix aux hommes. Cette paix est l’engagement de toute personne de bonne volonté, et surtout de nous, chrétiens, qui sommes appelés non seulement à être bons, mais à devenir meilleurs chaque jour. À devenir saints, comme Pier Giorgio Frassati – qui faisait partie de l’Action catholique – et comme Carlo Acutis : je vous encourage à imiter leur passion pour l’Évangile et leurs œuvres, toujours animées par la charité. En agissant comme eux, votre annonce de paix sera lumineuse, car en compagnie de Jésus, vous serez vraiment libres et heureux, prêts à tendre la main à votre prochain, surtout à ceux qui sont dans le besoin.
Chers amis, la naissance du Prince de la paix (cf. Is 9, 6) nous révèle le sens authentique de ce mot, paix, qui n’est pas seulement l’absence de guerre, mais une amitié entre les peuples fondée sur la justice. Nous souhaitons tous cette paix pour les nations meurtries par les conflits, mais rappelons-nous que la concorde et le respect commencent dans nos relations quotidiennes, dans les gestes et les paroles que nous échangeons à la maison, à la paroisse, avec nos camarades d’école, dans le sport. C’est pourquoi, avant la sainte nuit de Noël, pensez à une personne avec laquelle vous pouvez faire la paix : ce sera un cadeau plus précieux que ceux que l’on peut acheter dans les magasins, car la paix est un don que l’on ne trouve, en vérité, que dans le cœur.
Faire la paix est une « action catholique » par excellence, car c’est le geste qui fait de nous des témoins de Jésus, le Rédempteur du monde. En son nom, je vous adresse mes meilleurs vœux, à vous et à vos proches, et je vous bénis de tout cœur, ainsi que tous les garçons et toutes les filles de l’Action catholique.
Faire la paix est une « action catholique » par excellence, car c’est le geste qui fait de nous des témoins de Jésus, le Rédempteur du monde. En son nom, je vous adresse mes meilleurs vœux, à vous et à vos proches, et je vous bénis de tout cœur, ainsi que tous les garçons et toutes les filles de l’Action catholique.
20 décembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Jubilaire
Quand le Noël est aux portes, nous pouvons dire : le Seigneur est proche ! Sans Jésus, cette affirmation — le Seigneur est proche — pourrait sonner presque comme une menace. En Jésus, au contraire, nous découvrons que, comme l’avaient deviné les prophètes, Dieu est un sein de miséricorde. Jésus Enfant nous révèle que Dieu a des entrailles de miséricorde, à travers lesquelles il engendre toujours. En lui il n’y a pas de menace, mais le pardon.
Très chers amis, cette audience est la dernière des audiences jubilaires du samedi, lancées par le Pape François en janvier dernier. Le Jubilé touche à sa fin, mais l’espérance que cette année nous a donnée ne cesse pas : nous resterons des pèlerins d’espérance ! Nous avons écouté de saint Paul : «Notre salut est objet d'espérance» (Rm 8, 24). Sans espérance, nous mourrons ; avec l’espérance, nous venons à la lumière. L’espérance est générative. En effet, c’est une vertu théologale, c’est-à-dire une force de Dieu, et comme elle engendre, elle ne tue pas mais fait naître et renaître. Telle est la vraie force. Celle qui menace et tue n’est pas une force : c’est de la toute-puissance, c’est une peur agressive, c’est un mal qui n’engendre rien. La force de Dieu fait renaître. C’est pourquoi je voudrais vous dire : espérer, c’est engendrer. Saint Paul écrit aux chrétiens de Rome quelque chose qui fait réfléchi r: «Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d'enfantement» (Rm 8, 22). C’est une image très forte. Elle nous aide à écouter et à porter en prière le cri de la Terre et le cri des pauvres. «Toute» lé création est un cri. Mais beaucoup de puissants n’écoutent pas ce cri: la richesse de la Terre se trouve dans les mais d’une poignée de personnes, une très petite poignée, toujours plus concentrée — injustement — dans les mains de ceux qui souvent ne veulent écouter le gémissement de la Terre et des pauvres. Dieu a destiné à tous les biens de la Création, pour que tout le monde en profite. Notre devoir est d’engendrer, non piller. Pourtant, dans la foi, la douleur de la Terre et des pauvres est celle d’un accouchement. Dieu engendre toujours, Dieu crée encore, et nous pouvons engendrer avec Lui, dans l’espérance. L’histoire est dans les mains de Dieu et de ceux qui espèrent en Lui. Il n’y a pas uniquement ceux qui pillent, il y a surtout ceux qui engendrent.
Sœurs et frères, si la prière chrétienne est si profondément mariale, c’est parce qu’en Marie de Nazareth nous voyons une de nous qui engendre. Dieu l’a rendue féconde et est venue à notre rencontre avec ses traits, comme chaque fils ressemble à sa mère. C’est la Mère de Dieu et la nôtre. Nous disons «Notre espérance» dans Salve Regina. Elle ressemble au Fils et le Fils lui ressemble. Et nous, nous ressemblons à cette Mère qui a donné un visage, un corps et une voix à la Parole de Dieu. Nous lui ressemblons, car nous pouvons engendrer la Parole de Dieu ici-bas, transformer le cri que nous entendons lors d’un accouchement. Jésus veut naître encore: nous pouvons lui donner corps et voix. Voici l’accouchement que la Création attend.
Espérer, c’est générer. Espérer, c’est voir ce monde devenir le monde de Dieu: le monde dans lequel Dieu, les êtres humains et toutes les créatures marchent à nouveau ensemble, dans la ville-jardin, la nouvelle Jérusalem. Que Marie, notre espérance, accompagne toujours notre pèlerinage de foi et l’espérance.
20 décembre 2025 – Paroles du Pape Léon XIV au terme de l’Audience Jubilaire
Approchez-vous du mystère de Bethléem avec les mêmes sentiments de foi et d’humilité que ceux de Marie, afin de devenir riches d’espérance et de joie.
21 décembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Aujourd’hui, quatrième dimanche de l’Avent, la liturgie nous invite à méditer sur la figure de saint Joseph. Elle nous le présente, en particulier, au moment où Dieu lui révèle, dans un songe, sa mission (cf. Mt 1, 18-24). Elle nous propose ainsi une très belle page de l’histoire du salut, dont le protagoniste est un homme fragile et faillible, comme nous, mais en même temps courageux et fort dans la foi.
L’évangéliste Matthieu l’appelle “homme juste” (cf. Mt 1, 19), ce qui le caractérise comme un pieux Israélite observant la Loi et fréquentant la synagogue. Mais outre cela, Joseph de Nazareth nous apparaît aussi comme une personne extrêmement sensible et humaine.
Nous le voyons lorsque, avant même que l’Ange ne lui révèle le mystère qui s’accomplit en Marie, face à une situation difficile à comprendre et à accepter, il ne choisit pas, à l’égard de sa future épouse, la voie du scandale et de la condamnation publique, mais celle, discrète et bienveillante, du la répudiation secrète (cf. Mt 1, 19). Il montre ainsi qu’il saisit le sens le plus profond de sa propre observance religieuse : celui de la miséricorde.
La pureté et la noblesse de ses sentiments deviennent cependant encore plus évidentes lorsque le Seigneur, dans un songe, lui révèle son plan de salut, lui indiquant le rôle inattendu qu'il devra y assumer : devenir l’époux de la Vierge, Mère du Messie. Ici, en effet, Joseph, dans un grand acte de foi, abandonne le dernier bastion de ses certitudes et s’engage vers un avenir qui est désormais totalement entre les mains de Dieu. Saint Augustin décrit ainsi son consentement : « Par la piété et la charité de Joseph naît un fils de la Vierge Marie, qui est en même temps le Fils de Dieu » (Sermon 51, 20.30).
Pitié et charité, miséricorde et abandon : telles sont les vertus de l’homme de Nazareth que la liturgie nous propose aujourd’hui, afin qu’elles nous accompagnent durant ces derniers jours de l’Avent, vers la Sainte-Noël. Ce sont des attitudes importantes qui éduquent le cœur à la rencontre avec le Christ et avec nos frères, et qui peuvent nous aider à devenir, les uns pour les autres, une crèche accueillante, une maison hospitalière, un signe de la présence de Dieu. En ce temps de grâce, ne manquons pas l’occasion de les mettre en pratique : en pardonnant, en encourageant, en apportant un peu d’espérance aux personnes avec lesquelles nous vivons et à celles que nous rencontrons ; et en renouvelant dans la prière notre abandon filial au Seigneur et à sa Providence, en Lui confiant tout avec confiance.
Que la Vierge Marie et saint Joseph, qui ont été les premiers, avec une grande foi et un grand amour, à accueillir Jésus, le Sauveur du monde, nous y aident.
21 décembre 2025 – Paroles du Pape Léon XIV au terme de la prière mariale de l’Angelus
J’adresse une salutation particulière aux enfants et aux jeunes de Rome ! Très chers amis, vous êtes venus avec vos familles et vos catéchistes pour la bénédiction des statuettes de l’Enfant Jésus, qui seront placées dans les crèches de vos maisons, de vos écoles et de vos oratoires. Je remercie le Centre des Oratoires Romains qui a organisé cet événement et je bénis de tout cœur tous les Bambinelli. Chers jeunes, devant la crèche, priez Jésus aussi pour les intentions du Pape. En particulier, prions ensemble pour que tous les enfants du monde puissent vivre dans la paix. Je vous remercie du fond du cœur !
Avec les Bambinelli et toutes les expressions de notre foi en l’Enfant Jésus, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit vous bénissent toujours.
22 décembre 2025 – Vœux du Pape Léon XIV aux membres de la Curie Romaine
La lumière de Noël vient à notre rencontre, nous invitant à redécouvrir la nouveauté qui, depuis l’humble grotte de Bethléem, traverse l’histoire humaine. Attirés par cette nouveauté, qui embrasse toute la création, nous marchons dans la joie et l’espérance, car le Sauveur nous est né (cf. Lc 2, 11) : Dieu s’est fait chair, il est devenu notre frère et il demeure à jamais le Dieu-avec-nous.
Avec cette joie dans le cœur et un sentiment de profonde gratitude, nous pouvons regarder les événements qui se succèdent, y compris dans la vie de l’Église.
Le mystère de Noël, tout en célébrant la mission du Fils de Dieu parmi nous, en contemple également le but : Dieu a réconcilié le monde avec Lui par le Christ (cf. 2 Co 5, 19) et, en Lui, il a fait de nous ses fils. Noël nous rappelle que Jésus est venu nous révéler le vrai visage de Dieu comme Père, afin que nous puissions tous devenir ses enfants et donc frères et sœurs entre nous.
La Nativité du Seigneur apporte avec elle le don de la paix et nous invite à en devenir le signe prophétique dans un contexte humain et culturel trop fragmenté.
22 décembre 2025 – Vœux aux employés de la Curie Romaine et du Gouvernatorat de l’Etat
Aujourd’hui, je suis content de ce moment familial presque à la veille de Noël. Nous le vivons devant la crèche, qui est également présente ici, dans cette scène de la Nativité offerte par le Costa Rica. Dans la crèche, l’imagination populaire a souvent inséré de nombreux personnages tirés de la vie quotidienne, qui peuplent l’espace autour de la grotte. Ainsi, outre les incontournables bergers, protagonistes de l'événement selon l’Evangile, on trouve des figurines représentant différents métiers : le forgeron, le tavernier, l'aubergiste, la lavandière, le rémouleur, etc. Il s’agit bien sûr de métiers d’autrefois : certains ont disparu ou ont été totalement transformés. Cependant, ils conservent leur signification au sein de la crèche. Ils nous rappellent que toutes nos activités, nos occupations quotidiennes, prennent tout leur sens dans le dessein de Dieu, qui a son centre en Jésus-Christ.
C’est comme si l’Enfant Jésus, depuis la mangeoire où il est couché, bénissait tout et tout le monde. Sa présence douce et humble répand partout la tendresse de Dieu. Tandis que Marie et Joseph adorent l’Enfant et que les bergers s’approchent, émerveillés, les autres personnages vaquent à leurs occupations quotidiennes. Ils semblent détachés de l’événement central, mais ce n’est pas le cas: en réalité, chacun y participe tel qu’il est, en restant à sa place et en faisant ce qu’il doit faire, son métier. J’aime penser qu’il peut en être de même pour nous, dans nos journées de travail: chacun de nous accomplit sa tâche et nous louons Dieu précisément en la faisant bien, avec application. Parfois, nous sommes tellement pris par nos occupations que nous ne pensons pas au Seigneur ou à l’Eglise, mais le fait même de travailler avec dévouement, en essayant de faire de son mieux, et aussi — pour vous, laïcs — avec amour pour votre famille, pour vos enfants, cela rend gloire au Seigneur.
Très chers amis, apprenons du Noël de Jésus le style de la simplicité, de l’humilité, et faisons en sorte, tous ensemble, que ce soit toujours plus le style de l’Eglise, dans toute son expression. Je vous prie de transmettre mes salutations à vos proches à la maison; dites surtout aux personnes âgées ou malades que le Pape prie pour elles.
Je vous souhaite un saint Noël, dans la joie et la sérénité que Jésus nous donne.
NOEL 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Nuit de Noël
Pendant des millénaires, partout sur terre, les peuples ont scruté le ciel, donnant des noms et des formes à des étoiles muettes : dans leur imagination, ils y lisaient les événements futurs, cherchant là-haut, dans les astres, la vérité qui manquait ici-bas, chez eux. Comme à tâtons, dans cette obscurité, ils restaient cependant déroutés par leurs propres oracles. Cette nuit-là, cependant, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9, 1).
Voici l’astre qui surprend le monde, une flamme à peine allumée et ardente de vie : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11). Dans le temps et dans l’espace, là où nous sommes, vient Celui sans qui nous n’aurions jamais été. Celui qui donne sa vie pour nous vit avec nous, illuminant notre nuit de son salut. Aucune ténèbres que cette étoile n’éclaire, car à sa lumière, l’humanité tout entière voit l’aurore d’une existence nouvelle et éternelle.
C’est la naissance de Jésus, l’Emmanuel. En son Fils fait homme, Dieu ne nous donne pas quelque chose, mais lui-même, « afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple » (Tt 2, 14). Celui qui nous rachète de la nuit naît dans la nuit : la trace du jour qui se lève n’est plus à chercher loin, dans les espaces sidéraux, mais en baissant la tête, dans l’étable voisine.
Le signe clair donné au monde obscure est, en effet, « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Pour trouver le Sauveur, il ne faut pas regarder vers le haut, mais contempler vers le bas : la toute-puissance de Dieu resplendit dans l’impuissance d’un nouveau-né ; l’éloquence du Verbe éternel résonne dans le premier cri d’un nourrisson ; la sainteté de l’Esprit brille dans ce petit corps à peine lavé et emmailloté. Le besoin d’attentions et de chaleur, que le Fils du Père partage dans l’histoire avec tous ses frères, est divin. La lumière divine qui rayonne de cet Enfant nous aide à voir l’homme dans toute vie naissante.
Pour éclairer notre aveuglement, le Seigneur a voulu se révéler à l’homme comme un homme, son image véritable, selon un projet d’amour commencé avec la création du monde. Tant que la nuit de l’erreur obscurcit cette vérité providentielle, alors « il n’y a pas d’espace non plus pour les autres, pour les enfants, pour les pauvres, pour les étrangers » (Benoît XVI, Homélie dans la nuit de Noël, 24 décembre 2012). Les paroles du Pape Benoît XVI, tellement actuelles, nous rappellent qu’il n’y a pas de place pour Dieu sur terre s’il n’y a pas de place pour l’homme : ne pas accueillir l’un signifie ne pas accueillir l’autre. En revanche, là où il y a de la place pour l’homme, il y a de la place pour Dieu : alors une étable peut devenir plus sacrée qu’un temple et le sein de la Vierge Marie est l’arche de la nouvelle alliance.
Admirons, chers amis, la sagesse de Noël. Par l’enfant Jésus, Dieu donne au monde une vie nouvelle : la sienne, pour tous. Ce n’est pas une solution à tous les problèmes, mais une histoire d’amour qui nous implique tous. Face aux attentes des peuples, Il envoie un enfant, afin qu’il soit parole d’espérance ; face à la souffrance des misérables, Il envoie un être sans défense, afin qu’il soit la force pour se relever ; face à la violence et à l’oppression, Il allume une douce lumière qui éclaire de salut tous les enfants de ce monde. Comme le remarquait saint Augustin, « l’orgueil humain t’a tellement écrasé que seule l’humilité divine pouvait te relever » (Sermo in Natale Domini 188, III, 3). Oui, alors qu’une économie faussée conduit à traiter les hommes comme de la marchandise, Dieu se fait semblable à nous, révélant la dignité infinie de toute personne. Alors que l’homme veut devenir Dieu pour dominer son prochain, Dieu veut devenir homme pour nous libérer de toute esclavage. Cet amour nous suffira-t-il pour changer notre histoire ?
La réponse vient alors que nous nous réveillons à peine, comme les bergers, d’une nuit mortelle à la lumière de la vie naissante, en contemplant l’enfant Jésus. Au-dessus de l’étable de Bethléem, où Marie et Joseph, émerveillés, veillent sur le nouveau-né, le ciel étoilé devient « une troupe céleste innombrable » (Lc 2, 13). Ce sont des armées désarmées et désarmantes, car elles chantent la gloire de Dieu, dont la paix est la manifestation sur terre (cf. v. 14) : dans le cœur du Christ, en effet, palpite le lien qui unit dans l’amour le ciel et la terre, le Créateur et les créatures.
Ainsi, il y a exactement un an, le Pape François affirmait que la naissance de Jésus ravive en nous « le don et l’engagement de porter l’espérance là où elle a été perdue », car « avec Lui, la joie fleurit, avec Lui la vie change, avec Lui l’espérance ne déçoit pas » (Homélie dans la nuit de Noël, 24 décembre 2024). C’est par ces mots que débutait l’Année Sainte. Maintenant que le Jubilé touche à sa fin, Noël est pour nous un temps de gratitude et de mission. Gratitude pour le don reçu, mission pour en témoigner au monde. Comme le chante le psalmiste : « De jour en jour, proclamez son salut, racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95, 2-3).
Sœurs et frères, la contemplation du Verbe fait chair suscite dans toute l’Église une parole nouvelle et véridique : proclamons donc la joie de Noël, qui est la fête de la foi, de la charité et de l’espérance. C’est la fête de la foi, car Dieu devient homme, naissant de la Vierge. C’est la fête de la charité, car le don du Fils rédempteur se réalise dans le dévouement fraternel. C’est la fête de l’espérance, car l’Enfant Jésus l’allume en nous, faisant de nous des messagers de paix. Avec ces vertus dans le cœur, sans craindre la nuit, nous pouvons aller à la rencontre de l’aube du jour nouveau.
NOEL 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jour de Noël
« Éclatez en cris de joie » (Is 52, 9), crie le messager de paix à ceux qui se trouvent parmi les ruines d’une ville à reconstruire entièrement. Même s’ils sont poussiéreux et blessés, ses pieds sont beaux – écrit le prophète (cf. Is 52, 7) – car, à travers des routes longues et accidentées, ils ont apporté une joyeuse nouvelle, dans laquelle tout renaît désormais. C’est un jour nouveau ! Nous participons nous aussi à ce tournant, auquel personne ne semble encore croire : la paix existe et elle est déjà parmi nous.
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14, 27). C’est ce que Jésus a dit à ses disciples, auxquels il venait de laver les pieds, messagers de paix qui, à partir de ce moment-là, devraient courir de par le monde, sans se lasser, pour révéler à tous « de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).
Aujourd’hui, donc, non seulement nous sommes surpris par la paix qui est déjà là, mais nous célébrons comment ce don nous a été fait. En effet, c’est dans le comment que brille la différence divine qui nous fait éclater en chants de joie. Ainsi, dans le monde entier, Noël est par excellence une fête de musique et de chants.
Le prologue du quatrième Évangile est également un hymne qui a pour protagoniste le Verbe de Dieu. Le “verbe” est un mot qui agit. C’est une caractéristique de la Parole de Dieu : elle n’est jamais sans effet. À bien y regarder, beaucoup de nos paroles produisent elles aussi des effets, parfois indésirables. Oui, les mots agissent. Mais voici la surprise que nous réserve la liturgie de Noël : le Verbe de Dieu apparaît et ne sait pas parler, il vient à nous comme un nouveau-né qui ne fait que pleurer et vagir. Il « s’est fait chair » (Jn 1, 14) et, même s'il grandira et apprendra un jour la langue de son peuple, pour l'instant, seule sa présence simple et fragile parle. La « chair », c’est la nudité radicale qui, à Bethléem et au Calvaire, manque aussi de mots ; tout comme n’ont pas non plus de paroles beaucoup de nos frères et sœurs dépouillés de leur dignité et réduits au silence. La chair humaine demande des soins, invoque l’accueil et la reconnaissance, recherche des mains capables de tendresse et des esprits disposés à l’écoute, désire de bonnes paroles.
« Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 11). Voici la manière paradoxale dont la paix est déjà parmi nous : le don de Dieu nous engage, il cherche à être accueilli et suscite le dévouement. Il nous surprend parce qu’il s’expose au rejet, il nous enchante parce qu’il nous arrache à l’indifférence. Devenir enfants de Dieu est un véritable pouvoir : un pouvoir qui reste enfoui tant que nous restons détachés des pleurs des enfants et de la fragilité des personnes âgées, du silence impuissant des victimes et de la mélancolie résignée de ceux qui font le mal qu’ils ne veulent pas.
Comme l’a écrit le bien-aimé Pape François, pour nous ramener à la joie de l’Évangile : « Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 270).
Chers frères et sœurs, puisque le Verbe s’est fait chair, c’est désormais la chair qui parle, qui crie le désir divin de nous rencontrer. Le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente. Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir.
Lorsque la fragilité d’autrui pénètre notre cœur, lorsque la douleur d’autrui brise nos certitudes granitiques, alors la paix commence déjà. La paix de Dieu naît d’un vagissement accueilli, d’un pleur entendu : elle naît parmi les ruines qui appellent une nouvelle solidarité, elle naît de rêves et de visions qui, comme des prophéties, inversent le cours de l’histoire. Oui, tout cela existe, car Jésus est le Logos, le sens à partir duquel tout a pris forme. « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn 1, 3). Ce mystère nous interpelle depuis les crèches que nous avons construites, il nous ouvre les yeux sur un monde où la Parole résonne encore, “à maintes reprises et de bien des manières” (cf. He 1, 1), et nous appelle encore à la conversion.
Certes, l’Évangile ne cache pas la résistance des ténèbres à la lumière, il décrit le chemin de la Parole de Dieu comme une route impraticable, semée d’embûches. Jusqu’à aujourd’hui, les authentiques messagers de paix suivent le Verbe sur cette voie, qui finit par atteindre les cœurs : des cœurs inquiets, qui désirent souvent précisément ce à quoi ils résistent. Ainsi, Noël motive de nouveau une Église missionnaire, la poussant sur les chemins que la Parole de Dieu lui a tracés. Nous ne servons pas une parole autoritaire – elles résonnent déjà partout – mais une présence qui suscite le bien, en connaît l’efficacité, n’en revendique pas le monopole.
Voici le chemin de la mission : un chemin vers l’autre. En Dieu, chaque parole est une parole adressée, une invitation à la conversation, une parole qui n’est jamais la même. C’est le renouveau que le Concile Vatican II a promu et que nous ne verrons fleurir qu’en marchant ensemble avec l’humanité tout entière, sans jamais nous en séparer. Le contraire est mondain : avoir soi-même pour centre. Le mouvement de l’Incarnation est un dynamisme de conversation. Il y aura la paix lorsque nos monologues s’interrompront et que, fécondés par l’écoute, nous tomberons à genoux devant la chair nue de l’autre. La Vierge Marie est précisément en cela la Mère de l’Église, l’Étoile de l’évangélisation, la Reine de la paix. En elle, nous comprenons que rien ne naît de la démonstration de la force et que tout renaît de la puissance silencieuse de la vie accueillie.
25 décembre 2025 – Message Urbi et Orbi du Pape Léon XIV en la solennité de Noël de l’Année Sainte de l’Incarnation
« Tous ensemble, réjouissons-nous dans le Seigneur : notre Sauveur est né sur terre ! Aujourd’hui, pour nous, descend du ciel la paix véritable » (Antienne d’ouverture de la messe de la nuit de Noël). Ainsi chante la liturgie dans la nuit de Noël, et ainsi résonne dans l’Église l’annonce de Bethléem : l’Enfant né de la Vierge Marie est le Christ Seigneur, envoyé par le Père pour nous sauver du péché et de la mort. Il est notre paix, Celui qui a vaincu la haine et l’inimitié par l’amour miséricordieux de Dieu. C’est pourquoi « la Nativité du Seigneur est une Nativité de paix » (Saint Léon le Grand, Sermon 26).
Jésus est né dans une étable, car il n’y avait pas de place pour Lui dans le logement. À sa naissance, sa mère Marie « l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire » (cf. Lc 2, 7). Le Fils de Dieu, par qui tout a été créé, n’est pas accueilli et son berceau est une pauvre mangeoire d’animaux.
Le Verbe éternel du Père, que les cieux ne peuvent contenir, a choisi de venir au monde ainsi. Par amour, il a voulu naître d’une femme, afin de partager notre humanité ; par amour, il a accepté la pauvreté et le rejet et il s’est identifié à ceux qui sont mis au rebut et exclus.
Dans la Nativité de Jésus se profile déjà le choix fondamental qui guidera toute la vie du Fils de Dieu, jusqu’à sa mort sur la croix : le choix de ne pas nous faire porter le poids du péché, mais de le porter Lui-même pour nous, d’en assumer la charge. Lui seul pouvait le faire. Mais Il a montré en même temps ce que nous seuls pouvons faire, c’est-à-dire assumer chacun notre part de responsabilité. Oui, car Dieu, qui nous a créés sans nous, ne peut nous sauver sans nous (cf. saint Augustin, Discours 169, 11. 13), sans notre libre volonté d’aimer. Celui qui n’aime pas n’est pas sauvé, il est perdu. Et celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas (cf. 1 Jn 4, 20).
Sœurs et frères, voici le chemin de la paix : la responsabilité. Si chacun – à tous les niveaux –, au lieu d’accuser les autres, reconnaissait d’abord ses propres fautes et demandait pardon à Dieu, et en même temps se mettait à la place de ceux qui souffrent, se montrait solidaire des plus faibles et des opprimés, alors le monde changerait.
Jésus-Christ est notre paix avant tout parce qu’Il nous libère du péché, ensuite parce qu’Il nous montre la voie à suivre pour surmonter les conflits, tous les conflits, des conflits interpersonnels aux conflits internationaux. Sans un cœur libéré du péché, un cœur pardonné, on ne peut être un homme ou une femme pacifique, artisan de paix. C’est pour cela que Jésus est né à Bethléem et qu’il est mort sur la croix : pour nous libérer du péché. Il est le Sauveur. Avec sa grâce, nous pouvons et devons tous faire notre part pour rejeter la haine, la violence, la confrontation et pratiquer le dialogue, la paix, la réconciliation.
En ce jour de fête, je souhaite adresser un salut chaleureux et paternel à tous les chrétiens, en particulier à ceux qui vivent au Moyen-Orient que j’ai voulu rencontrer récemment lors de mon premier Voyage apostolique. J’ai écouté leurs craintes et je connais bien leur sentiment d’impuissance face à des dynamiques de pouvoir qui les dépassent. L’Enfant qui naît aujourd’hui à Bethléem est le même Jésus qui dit : « Ayez la paix en moi. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde ! » (Jn 16, 33).
Nous L’invoquons, pour la justice, la paix et la stabilité pour au Liban, en Palestine, en Israël et en Syrie, confiants dans ces paroles divines : « L’œuvre de la justice sera la paix, et la pratique de la justice, le calme et la sécurité pour toujours » (Is 32, 17).
Nous confions au Prince de la Paix tout le continent européen, en Lui demandant de continuer d’y inspirer un esprit communautaire et de collaboration, fidèle à ses racines chrétiennes et à son histoire, un esprit solidaire et accueillant envers ceux qui sont dans le besoin. Nous prions tout particulièrement pour le peuple ukrainien meurtri : que le bruit des armes cesse et que les parties impliquées, soutenues par l’engagement de la communauté internationale, trouvent le courage de dialoguer de manière sincère, directe et respectueuse.
Nous supplions l’Enfant de Bethléem d’accorder la paix et la consolation aux les victimes de toutes les guerres en cours dans le monde, en particulier celles qui sont oubliées, et pour tous ceux qui souffrent à cause de l’injustice, de l’instabilité politique, de la persécution religieuse et du terrorisme. Je pense en particulier à nos frères et sœurs du Soudan, du Soudan du Sud, du Mali, du Burkina Faso et de la République Démocratique du Congo.
En ces derniers jours du Jubilé de l’Espérance, prions le Dieu-fait-homme pour le cher peuple d’Haïti, afin que cesse toute forme de violence dans le pays et qu’il puisse progresser sur la voie de la paix et de la réconciliation.
Que l’Enfant Jésus inspire tous ceux qui, en Amérique latine, ont des responsabilités politiques afin que, face aux nombreux défis, la place soit donnée au dialogue pour le bien commun et non pas aux préjugés idéologiques et partisans.
Nous demandons au Prince de la Paix d’éclairer le Myanmar de la lumière d’un avenir de réconciliation. Qu’Il redonne espérance aux jeunes générations, qu’Il guide le peuple birman sur les chemins de la paix et qu’Il accompagne ceux qui sont privés de logement, de sécurité ou de confiance en l’avenir.
Nous Lui demandons de rétablir l’ancienne amitié entre la Thaïlande et le Cambodge et que les parties concernées continuent à œuvrer pour la réconciliation et la paix.
Nous Lui confions également les populations d’Asie du Sud et d’Océanie, durement éprouvées par de récentes et dévastatrices catastrophes naturelles qui ont frappé durement des populations entières. Face à ces épreuves, j’invite chacun à renouveler avec conviction l’engagement commun à venir en aide à ceux qui souffrent.
Chers frères et sœurs,
dans l’obscurité de la nuit, « la vraie Lumière qui éclaire tout homme » est venue au monde (Jn 1, 9), mais « les siens ne l’ont pas reçue » (Jn 1, 11). Ne nous laissons pas gagner par l’indifférence envers ceux qui souffrent, car Dieu n’est pas indifférent à nos misères.
En se faisant homme, Jésus prend sur Lui notre fragilité, Il s’identifie à chacun de nous : à ceux qui n’ont plus rien et ont tout perdu, comme les habitants de Gaza ; à ceux qui sont en proie à la faim et à la pauvreté, comme le peuple yéménite ; à ceux qui fuient leur terre pour chercher un avenir ailleurs, comme les nombreux réfugiés et migrants qui traversent la Méditerranée ou parcourent le continent américain ; à ceux qui ont perdu leur emploi et ceux qui en cherchent un, comme tant de jeunes qui peinent à trouver un travail ; à ceux qui sont exploités, comme les trop nombreux travailleurs sous-payés ; à ceux qui sont en prison et vivent souvent dans des conditions inhumaines.
Au cœur de Dieu parvient l'invocation de paix qui monte de chaque terre, comme l'écrit un poète :
« Non pas la paix d'un cessez-le-feu,
ni même la vision du loup et de l'agneau,
mais plutôt
comme dans le cœur quand l'excitation est passée
et qu'on ne peut parler que d'une grande fatigue.
[…]
Qu'elle vienne
comme les fleurs sauvages,
à l'improviste, car le champ
en a besoin : une paix sauvage ». [1]
En ce jour saint, ouvrons notre cœur à nos frères et sœurs qui sont dans le besoin et dans la peine. Ce faisant, nous l’ouvrons à l’Enfant Jésus qui nous accueille à bras ouverts et nous révèle sa divinité : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).
Dans quelques jours, l’année jubilaire prendra fin. Les portes saintes se fermeront, mais le Christ, notre espérance, restera toujours avec nous ! Il est la Porte toujours ouverte qui nous introduit dans la vie divine. Telle est la bonne nouvelle de ce jour : l’Enfant qui est né est Dieu –fait-homme ; Il ne vient pas pour condamner mais pour sauver ; son apparition n’est pas éphémère, Il vient pour rester et se donner Lui-même. En Lui, chaque blessure est guérie et chaque cœur trouve repos et paix. « La Nativité du Seigneur est une Nativité de paix ».
Je souhaite de tout cœur à chacun un serein et saint Noël !
26 décembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Aujourd’hui, c’est le “Noël” de Saint Étienne, comme le disaient les premières générations chrétiennes, certaines que l’on ne naît pas qu’une seule fois. Le martyre est une naissance au ciel : en effet, même dans la mort, un regard de foi ne voit plus seulement l’obscurité. Nous venons au monde sans le décider, mais nous traversons ensuite de nombreuses expériences qui nous demandent de manière toujours plus consciente de “venir à la lumière”, de choisir la lumière. Le récit des Actes des Apôtres témoigne que ceux qui ont vu Étienne aller vers le martyre ont été surpris par la lumière de son visage et de ses paroles. Il est écrit : « Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Étienne, et ils virent que son visage était comme celui d’un ange » (Ac 6, 15). C’est le visage de celui qui ne quitte pas l’histoire avec indifférence, mais qui l’affronte avec amour. Tout ce qu’Étienne fait et dit représente l’amour divin apparu en Jésus, la Lumière qui brille dans nos ténèbres.
Chers amis, la naissance parmi nous du Fils de Dieu nous appelle à la vie de fils de Dieu : elle la rend possible, par un mouvement d’attraction vécu dès la nuit de Bethléem par des personnes humbles comme Marie, Joseph et les bergers. Mais la vie de Jésus et de ceux qui vivent comme lui est aussi une beauté rejetée : c’est précisément sa force d’attraction qui a suscité, dès le début, la réaction de ceux qui craignent pour leur pouvoir, de ceux qui sont démasqués dans leur injustice par une bonté qui révèle les pensées des cœurs (cf. Lc 2, 35).
Mais jusqu’à aujourd’hui, aucune puissance ne peut prévaloir sur l’œuvre de Dieu. Partout dans le monde, il y a ceux qui choisissent la justice, même si cela leur coûte, ceux qui font passer la paix avant leurs peurs, ceux qui servent les pauvres plutôt qu’eux-mêmes. L’espérance germe alors, et il y a lieu de faire la fête malgré tout.
Dans les conditions d’incertitude et de souffrance du monde actuel, la joie semble impossible. Ceux qui croient aujourd’hui en la paix et ont choisi la voie désarmée de Jésus et des martyrs sont souvent ridiculisés, écartés du débat public et souvent accusés de favoriser les adversaires et les ennemis. Mais le chrétien n’a pas d’ennemis, il a des frères et sœurs, qui restent tels même lorsqu’ils ne se comprennent pas. Le mystère de Noël nous apporte cette joie : une joie motivée par la ténacité de ceux qui vivent déjà la fraternité, de ceux qui reconnaissent déjà autour d’eux, même chez leurs adversaires, la dignité indélébile des filles et des fils de Dieu. C’est pourquoi Étienne est mort en pardonnant, comme Jésus : pour une force plus vraie que celle des armes. C’est une force gratuite, déjà présente dans le cœur de tous, qui se réactive et se communique de manière irrésistible lorsque quelqu’un commence à regarder son prochain différemment, à lui offrir attention et reconnaissance. Oui, c’est cela renaître, c’est cela venir à nouveau à la lumière, c’est cela notre Noël !
Prions maintenant Marie et contemplons-la, bénie entre toutes les femmes qui sont au service de la vie et opposent la bienveillance à l'arrogance, la foi au découragement. Que Marie nous porte dans sa joie, une joie qui fait disparaitre toute peur et toute menace comme la neige fond au soleil.
28 décembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Aujourd’hui, nous célébrons la Fête de la Sainte Famille et la liturgie nous propose le récit de la “fuite en Égypte” (cf. Mt 2, 13-15.19-23).
C’est un moment d’épreuve pour Jésus, Marie et Joseph. En effet, sur le tableau lumineux de Noël se projette, presque soudainement, l’ombre inquiétante d’une menace mortelle, qui trouve son origine dans la vie tourmentée d’Hérode, un homme cruel et sanguinaire, redouté pour sa cruauté, mais précisément pour cette raison profondément seul et obsédé par la peur d’être détrôné. Quand il apprend par les mages que le “roi des Juifs” est né (cf. Mt 2, 2), se sentant menacé dans son pouvoir, il décrète la mise à mort de tous les enfants de l’âge correspondant à celui de Jésus. Dans son royaume, Dieu accomplit le plus grand miracle de l’histoire, dans lequel s’accomplissent toutes les anciennes promesses de salut, mais il ne parvient pas à le voir, aveuglé par la crainte de perdre son trône, ses richesses, ses privilèges.
À Bethléem, il y a de la lumière, il y a de la joie : certains bergers ont reçu l’annonce céleste et, devant la crèche, ils ont glorifié Dieu (cf. Lc 2, 8-20), mais rien de tout cela ne parvient à pénétrer les défenses blindées du palais royal, si ce n’est comme l’écho déformé d’une menace, à étouffer dans une violence aveugle.
Mais c’est précisément cette dureté de cœur qui met encore plus en évidence la valeur de la présence et de la mission de la Sainte Famille qui, dans le monde despotique et avide que représente le tyran, est le nid et le berceau de la seule réponse de salut possible : celle de Dieu qui, dans une gratuité totale, se donne aux hommes sans réserve et sans prétention. Et le geste de Joseph qui, obéissant à la voix du Seigneur, met en sécurité l’Épouse et l’Enfant, se manifeste ici dans toute sa signification rédemptrice. En Égypte, en effet, la flamme de l’amour domestique à laquelle le Seigneur a confié sa présence dans le monde grandit et prend de la vigueur pour apporter la lumière au monde entier.
Alors que nous contemplons ce mystère avec émerveillement et gratitude, pensons à nos familles et à la lumière qu’elles peuvent apporter à la société dans laquelle nous vivons. Malheureusement, le monde a toujours ses “Hérodes”, ses mythes du succès à tout prix, du pouvoir sans scrupules, du bien-être vide et superficiel, et il en paie souvent les conséquences dans la solitude, le désespoir, les divisions et les conflits. Ne laissons pas ces mirages étouffer la flamme de l’amour dans les familles chrétiennes. Au contraire, gardons en elles les valeurs de l’Évangile : la prière, la fréquentation des sacrements – en particulier la confession et la communion –, les affections saines, le dialogue sincère, la fidélité, la simplicité et la beauté des paroles et des gestes bons de chaque jour. Cela les rendra lumière d’espérance pour les milieux dans lesquels nous vivons, école d’amour et instrument de salut entre les mains de Dieu (cf. François, Homélie lors de la messe pour la Xe Rencontre mondiale des familles, 25 juin 2022).
Demandons donc au Père céleste, par l’intercession de Marie et de saint Joseph, de bénir nos familles et toutes les familles du monde, afin qu’elles grandissent à l’image de celle de son Fils fait homme et soient pour tous un signe efficace de sa présence et de son infinie charité.
29 décembre 2025 – Discours du Pape aux membres de l'Association nationale des communes italiennes (ANCI)
Je suis heureux de vous rencontrer, vous qui représentez l’Association nationale des communes italiennes. Nous vivons cette rencontre dans le temps de Noël et à l’issue d’une année jubilaire : la grâce de ces jours éclaire certainement aussi votre service et vos responsabilités.
L’Incarnation du Fils de Dieu nous fait rencontrer un enfant, dont la douce fragilité se heurte à l’arrogance du roi Hérode. En particulier, le massacre des innocents qu’il a ordonné ne signifie pas seulement une perte d’avenir pour la société, mais il est la manifestation d’un pouvoir inhumain, qui ne connaît pas la beauté de l’amour parce qu’il ignore la dignité de la vie humaine.
À l’inverse, la naissance du Seigneur révèle l’aspect le plus authentique de tout pouvoir, qui est d’abord responsabilité et service. Pour que toute autorité puisse exprimer ces caractéristiques, il est nécessaire d’incarner les vertus de l’humilité, de l’honnêteté et du partage. Dans votre engagement public, en particulier, vous êtes conscients de l’importance de l’écoute, comme dynamique sociale qui active ces vertus. Il s’agit en effet de prêter attention aux besoins des familles et des personnes, en ayant un soin particulier pour les plus fragiles, pour le bien de tous.
31 décembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous vivons cette rencontre de réflexion au dernier jour de l'année civile, à l'approche de la fin du Jubilé et au cœur du temps de Noël.
L’année écoulée a été marquée par des événements importants : certains joyeux, comme le pèlerinage de nombreux fidèles à l’occasion de l’Année Sainte ; d’autres douloureux, comme le décès du regretté pape François et les guerres qui continuent de bouleverser la planète. À sa conclusion, l’Église nous invite à tout remettre entre les mains du Seigneur, à nous confier à sa Providence et à lui demander de renouveler en nous et autour de nous, dans les jours à venir, les merveilles de sa grâce et de sa miséricorde.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit la tradition du chant solennel du Te Deum, par lequel nous rendrons grâce au Seigneur ce soir pour les bienfaits reçus. Nous chanterons : « Nous te louons, ô Dieu », « Tu es notre espérance », « Que ta miséricorde soit toujours avec nous ». À ce propos, le pape François a observé que si « la gratitude et l’espérance mondaines sont superficielles, […] centrées sur le « moi », et sur ses intérêts, […] dans cette liturgie, nous respirons une atmosphère tout autre : celle de la louange, de l’émerveillement, de la gratitude » (Homélie des premières vêpres de la solennité de Marie, Mère de Dieu, 31 décembre 2023).
C’est avec ces attitudes que nous sommes appelés aujourd’hui à méditer sur ce que le Seigneur a fait pour nous au cours de l’année écoulée, ainsi qu’à faire un examen de conscience honnête, à évaluer notre réponse à ses dons et à demander pardon pour tous les moments où nous avons manqué de chérir ses inspirations et d’investir au mieux les talents qu’il nous a confiés (voir Mt 25, 14-30).
Ceci nous amène à réfléchir à un autre grand signe qui nous a accompagnés ces derniers mois : celui du « chemin » et de la « destination ». Cette année, d’innombrables pèlerins sont venus du monde entier prier au tombeau de Pierre et confirmer leur attachement au Christ. Cela nous rappelle que toute notre vie est un cheminement, dont le but ultime transcende l’espace et le temps, pour s’accomplir dans la rencontre avec Dieu et dans la communion pleine et éternelle avec Lui (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 1024). Nous demanderons cela aussi dans la prière du Te Deum, lorsque nous dirons : « Accueille-nous dans ta gloire, dans l’assemblée des saints. » Ce n’est pas un hasard si saint Paul VI a défini le Jubilé comme un grand acte de foi, « dans l’attente des destinées futures […] dont nous avons dès maintenant un avant-goût et […] que nous préparons » (Audience générale, 17 décembre 1975).
Dans cette perspective eschatologique de la rencontre entre le fini et l’infini, un troisième signe trouve sa place : le passage de la Porte Sainte, que tant d’entre nous avons franchi en priant et en implorant l’indulgence pour nous-mêmes et nos proches. Il exprime notre « oui » à Dieu qui, par son pardon, nous invite à franchir le seuil d’une vie nouvelle, animée par la grâce, à l’image de l’Évangile, enflammée par « l’amour du prochain, en qui [se trouve […] tout homme, […] ayant besoin de compréhension, d’aide, de réconfort, de sacrifice, même s’il nous est personnellement inconnu, même s’il est importun et hostile, mais revêtu de l’incomparable dignité de frère » (Saint Paul VI, Homélie pour la clôture de l’Année Sainte, 25 décembre 1975 ; cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1826-1827). C’est notre « oui » à une vie vécue avec engagement dans le présent et tournée vers l’éternité.
Très chers, nous méditons sur ces signes à la lumière de Noël. À cet égard, saint Léon le Grand voyait dans la fête de la Nativité de Jésus l’annonce d’une joie pour tous : « Que le saint exulte, s’exclamait-il, car il approche de sa récompense ; que le pécheur se réjouisse, car le pardon lui est offert ; que le païen reprenne courage, car il est appelé à la vie » (Premier sermon sur la Nativité du Seigneur, 1).
Son invitation aujourd'hui s'adresse à nous tous, saints par le Baptême, car Dieu est devenu notre compagnon sur le chemin de la vraie Vie ; à nous, pécheurs, car, pardonnés, avec sa grâce nous pouvons nous relever et repartir ; enfin à nous, pauvres et fragiles, car le Seigneur, faisant sienne notre faiblesse, l'a rachetée et nous en a montré la beauté et la force dans sa parfaite humanité (cf. Jean 1:14).
C’est pourquoi je voudrais conclure en rappelant les paroles par lesquelles saint Paul VI, à la fin du Jubilé de 1975, en a décrit le message fondamental : Celui-ci, disait-il, tient en un seul mot : « amour ». Et il ajoutait : « Dieu est Amour ! C’est la révélation ineffable par laquelle le Jubilé, avec sa pédagogie, son indulgence, son pardon et enfin sa paix, pleine de larmes et de joie, a voulu emplir nos âmes aujourd’hui et nos vies à jamais : Dieu est Amour ! Dieu m’aime ! Dieu m’attendait et je l’ai trouvé ! Dieu est miséricorde ! Dieu est pardon ! Dieu est salut ! Dieu, oui, Dieu est la vie ! » (Audience générale, 17 décembre 1975). Puisse cette pensée nous accompagner dans le passage de l’année écoulée à la nouvelle, et ensuite toujours, dans notre vie.
31 décembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la prière des Vêpres et du Te Deum concluant l’année 2025
La liturgie des premières vêpres de la Mère de Dieu est d’une richesse singulière, qui découle à la fois du mystère vertigineux qu’elle célèbre et de sa place à la fin de l’année civile. Les antiennes des psaumes et du Magnificat insistent sur l’événement paradoxal d’un Dieu né d’une vierge, ou, dit à l’envers, de la maternité divine de Marie. Et en même temps, cette solennité, qui conclut l’octave de Noël, couvre le passage d’une année à l’autre et étend sur elle la bénédiction de Celui « qui était, qui est et qui vient » (Ap 1, 8). De plus, nous la célébrons aujourd’hui à la fin du Jubilé, au cœur de Rome, près du tombeau de Pierre, et alors le Te Deum qui résonnera bientôt dans cette basilique voudra comme s’étendre pour donner la parole à tous les cœurs et à tous les visages qui sont passés sous ces voûtes et dans les rues de cette ville.
Nous avons entendu dans la lecture biblique l’une des synthèses étonnantes de l’apôtre Paul : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l’adoption filiale » (Gal 4, 4-5). Cette manière de présenter le mystère du Christ fait penser à un projet, un grand projet sur l’histoire humaine. Un dessein mystérieux mais avec un centre clair, comme une haute montagne éclairée par le soleil au milieu d’une forêt dense : ce centre est la « plénitude des temps »
Et c’est précisément ce mot – « dessein » – qui résonne dans le cantique de la Lettre aux Éphésiens : « Le dessein de tout réunir en Christ, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dans sa bienveillance, il l’avait préétabli en lui pour le réaliser dans la plénitude des temps » (Ep 1, 9-10).
Sœurs, frères, en ce temps qui est le nôtre, nous ressentons le besoin d’un dessein sage, bienveillant, miséricordieux. Qu’il soit un projet libre et libérateur, pacifique, fidèle, comme celui que la Vierge Marie a proclamé dans son cantique de louange : « De génération en génération, sa miséricorde / s’étend sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 50).
D’autres desseins, cependant, aujourd’hui comme hier, enveloppent le monde. Il s’agit plutôt de stratégies qui visent à conquérir des marchés, des territoires, des zones d’influence. Des stratégies armées, dissimulées sous des discours hypocrites, des proclamations idéologiques, de faux motifs religieux
Mais la Sainte Mère de Dieu, la plus petite et la plus haute parmi les créatures, voit les choses avec le regard de Dieu : elle voit que, par la puissance de son bras, le Très-Haut disperse les intrigues des superbes, renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles, comble de biens les mains des affamés et vide celles des riches (cf. Lc 1, 51-53).
La Mère de Jésus est la femme avec laquelle Dieu, dans la plénitude des temps, a écrit la Parole qui révèle le mystère. Il ne l’a pas imposée : il l’a d’abord proposée à son cœur et, après avoir reçu son « oui », il l’a écrite avec un amour ineffable dans sa chair. Ainsi, l’espérance de Dieu s’est entrelacée avec l’espérance de Marie, descendante d’Abraham selon la chair et surtout selon la foi.
Dieu aime espérer avec le cœur des petits, et il le fait en les impliquant dans son dessein de salut. Plus le dessein est beau, plus l’espérance est grande. Et en effet, le monde avance ainsi, poussé par l’espérance de tant de personnes simples, inconnues mais pas de Dieu, qui malgré tout croient en un avenir meilleur, car elles savent que l’avenir est entre les mains de Celui qui leur offre la plus grande espérance.
L’une de ces personnes était Simon, un pêcheur de Galilée, que Jésus a appelé Pierre. Dieu le Père lui a donné une foi si sincère et si généreuse que le Seigneur a pu construire sa communauté sur elle (cf. Mt 16, 18). Et nous sommes encore ici aujourd’hui pour prier sur sa tombe, où des pèlerins du monde entier viennent renouveler leur foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. Cela s’est produit de manière particulière pendant l’Année Sainte qui touche à sa fin
Le Jubilé est un grand signe d’un monde nouveau, renouvelé et réconcilié selon le dessein de Dieu. Et dans ce dessein, la Providence a réservé une place particulière à cette ville de Rome. Non pas pour ses gloires, non pas pour sa puissance, mais parce que Pierre et Paul et tant d’autres martyrs ont versé leur sang ici pour le Christ. C’est pourquoi Rome est la ville du Jubilé.
Que pouvons-nous souhaiter à Rome ? D’être à la hauteur de ses petits. Des enfants, des personnes âgées seules et fragiles, des familles qui ont plus de mal à avancer, des hommes et des femmes venus de loin dans l’espoir d’une vie digne.
Aujourd’hui, très chers amis, nous rendons grâce à Dieu pour le don du Jubilé, qui a été un grand signe de son dessein d’espérance sur l’homme et sur le monde. Et nous remercions tous ceux qui, au cours des mois et des jours de 2025, ont travaillé au service des pèlerins et pour rendre Rome plus accueillante. Tel était, il y a un an, le souhait du bien-aimé Pape François. Je voudrais qu’il en soit encore ainsi, et je dirais même davantage après cette période de grâce. Que cette ville, animée par l’espérance chrétienne, puisse être au service du dessein d’amour de Dieu sur la famille humaine. Que l’intercession de la Sainte Mère de Dieu, Salus Populi Romani, nous l’obtienne.
2026
1er janvier 2026 – Message du Pape Léon XIV pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2026
La bonté est désarmante. C’est peut-être pour cela que Dieu s’est fait petit enfant. Le mystère de l’Incarnation, qui atteint son abaissement le plus complet dans la descente aux enfers, commence dans le sein d’une jeune mère et se manifeste dans la mangeoire de Bethléem. “Paix sur la terre”, chantent les anges en annonçant la présence d’un Dieu sans défense, dont l’humanité ne peut se découvrir aimée qu’en prenant soin de lui (cf.Lc2, 13-14). Rien ne possède autant le pouvoir de nous changer qu’un enfant. Et peut-être est-ce précisément la pensée de nos fils, des enfants, mais aussi de ceux qui sont fragiles comme eux, qui nous transperce le cœur (cf.Ac2, 37). À ce propos, mon vénéré Prédécesseur écrivait que «la fragilité humaine a le pouvoir de nous rendre plus lucides sur ce qui dure et ce qui passe, sur ce qui fait vivre et ce qui tue. C’est peut-être pour cela que nous avons si souvent tendance à nier les limites et à fuir les personnes fragiles et blessées : elles ont le pouvoir de remettre en question la direction que nous avons choisie, en tant qu’individus et en tant que communautés».[9]
Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.
Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties - comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.
Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.
Saint Jean-Paul II, méditant sur ce mystère, invitait à regarder ce que les bergers avaient trouvé à Bethléem : « La tendresse désarmante de l’Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l’humble simplicité de Marie et de Joseph » ont transformé leur vie en faisant d’eux des « messagers du salut » (Homélie lors de la messe de Marie, Mère de Dieu, 34eJournée mondiale de la paix, 1er janvier 2001).
Il le disait à la fin du grand Jubilé de l’an 2000, avec des mots qui peuvent nous faire réfléchir nous aussi : « Combien de dons – affirmait-il - combien d’occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants! Dans l’expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l’écoute du cri des pauvres du monde [...] nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l’histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre » (ibid.), et il concluait : « Comme aux pasteurs qui accourent pour l’adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l’histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique » (ibid.).
Chers frères et sœurs, en cette fête solennelle, au début de la nouvelle année, à l’approche de la fin du Jubilé de l’espérance, approchons-nous avec foi de la crèche comme le lieu par excellence de la paix “désarmée et désarmante”, lieu de bénédiction où nous nous souvenons des prodiges que le Seigneur a accomplis dans l’histoire du salut et dans notre existence, afin de repartir comme les humbles témoins de la grotte, en « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2,20) pour tout ce que nous avons vu et entendu. Que ce soit notre engagement, notre résolution pour les mois à venir, pour notre vie chrétienne.
1er janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Alors que le rythme des mois se répète, le Seigneur nous invite à transformer notre époque en inaugurant enfin une ère de paix et d’amitié entre tous les peuples. Sans ce désir du bien, il serait inutile de tourner les pages du calendrier et de remplir nos agendas.
Le Jubilé qui touche à sa fin nous a enseigné la manière de cultiver l’espérance d’un monde nouveau : en tournant notre cœur vers Dieu afin de transformer les fautes en pardon, la souffrance en consolation, les résolutions vertueuses en bonnes œuvres. C’est ainsi que Dieu Lui-même habite l’histoire et la sauve de l’oubli, en donnant au monde le Rédempteur : Jésus. Il est le Fils unique qui devient notre frère, Il éclaire les consciences de bonne volonté, afin que nous puissions construire l’avenir comme une maison accueillante pour tout homme et toute femme qui vient au jour.
À cet égard, la fête de Noël nous conduit aujourd’hui à tourner notre regard vers Marie qui fut la première à sentir battre le cœur du Christ. Dans le silence de son sein virginal, le Verbe de la vie s’annonce comme une palpitation de grâce.
Depuis toujours, Dieu, qui est un créateur bon, connaît le cœur de Marie et notre cœur. Il nous fait connaître le sien en se faisant homme : c’est pourquoi le cœur de Jésus bat pour chaque homme et pour chaque femme. Pour ceux qui sont prêts à l’accueillir, comme les bergers, et pour ceux qui ne le veulent pas, comme Hérode. Son cœur n’est pas indifférent à ceux qui n’ont pas de cœur envers le prochain : il bat pour les justes afin qu’ils persévèrent dans leur dévouement, et pour les injustes afin qu’ils changent de vie et trouvent la paix.
Le Sauveur vient dans le monde en naissant d’une femme : arrêtons-nous pour adorer cet événement qui resplendit en Marie Très Sainte et se reflète dans chaque enfant à naître, révélant l’image divine qui est imprimée dans notre corps.
En cette Journée, prions tous ensemble pour la paix : d’abord entre les nations ensanglantées par les conflits et la misère, mais aussi dans nos foyers, dans les familles blessées par la violence et la souffrance. Certains que le Christ, notre espérance, est le soleil de justice qui ne s’éteint jamais, demandons avec confiance l’intercession de Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église.
3 janvier 2026 – Paroles du Pape Léon XIV au terme du Concert dans la Chapelle Sixtine
Il n’y a pas de Noël sans chants. Partout dans le monde, dans toutes les langues et tous les pays, l’Evénement de Bethléem est célébré par de la musique et des chants. Et il ne saurait en être autrement, puisque l’Evangile lui-même raconte que, lorsque la Vierge Marie donna naissance au Sauveur, les anges dans le ciel chantaient «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes sur la terre» (cf. Lc 2, 13-14).
Qui furent les spectateurs et les témoins de ce premier «concert de Noël»? Il s’agissait — nous le savons — de quelques bergers de Bethléem qui, après avoir vu l’Enfant dans la mangeoire, avec Marie et Joseph, sont repartis en louant et en rendant grâce à Dieu (cf. Lc 2, 20). Et j’aime à penser qu’ils l’ont fait aussi en chantant et peut-être en jouant un morceau rudimentaire de flûte.
Mais il y a un autre lieu où la musique céleste a résonné en cette nuit sainte. Un lieu silencieux, recueilli, très sensible: je parle bien sûr du cœur de Marie, la femme choisie par Dieu pour être la Mère du Verbe incarné. Apprenons d’elle à écouter dans le silence la voix du Seigneur, afin de suivre fidèlement le morceau qu’Il nous confie dans la partition de la vie.
Très chers amis, je voudrais dédier ce concert aux enfants qui, dans de nombreuses régions du monde, ont vécu ce Noël sans lumières, sans musique, sans même le nécessaire pour une vie digne, et sans paix. Que le Seigneur, à qui nous avons voulu élever nos chants de louange ce soir, écoute le gémissement silencieux de ces petits et donne au monde, par l’intercession de la Vierge Marie, justice et paix.
4 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
En ce deuxième dimanche après la Nativité du Seigneur, je tiens tout d'abord à renouveler mes vœux à chacun. Après-demain, avec la fermeture de la Porte Sainte de la Basilique Saint-Pierre, nous conclurons le Jubilé de l'espérance. Or le Mystère de la Nativité dans lequel nous sommes plongés, nous rappelle que le fondement de notre espérance est l'incarnation de Dieu. Le Prologue de Jean, que la liturgie nous propose encore aujourd'hui, nous le rappelle : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). L'espérance chrétienne, en effet, ne repose pas sur des prévisions optimistes ou des calculs humains, mais sur le choix de Dieu de partager notre chemin, afin que nous ne soyons jamais seuls dans la traversée de la vie. Telle est l'œuvre de Dieu : en Jésus, il est devenu l'un de nous, il a choisi d'être avec nous, il a voulu être pour toujours Dieu-avec-nous.
Si la venue de Jésus dans la faiblesse de la chair humaine, d'une part ravive en nous l'espérance, elle nous confie d'autre part un double engagement, l'un envers Dieu et l'autre envers l'homme.
Envers Dieu, car s'Il s'est fait chair, s'Il a choisi notre fragilité humaine comme demeure, alors nous sommes toujours appelés à repenser Dieu à partir de la chair de Jésus et non à partir d'une doctrine abstraite. C'est pourquoi nous devons toujours vérifier notre spiritualité et les manières d’exprimer notre foi, afin qu'elles soient vraiment incarnées, c'est-à-dire capables de penser, de prier et d'annoncer le Dieu qui vient à notre rencontre en Jésus : non pas un Dieu lointain qui habite un ciel parfait au-dessus de nous, mais un Dieu proche qui habite notre terre fragile, se rend présent dans le visage de nos frères, et qui se révèle dans les situations quotidiennes.
Envers l'homme, notre engagement doit être tout aussi cohérent. Si Dieu est devenu l'un de nous, chaque créature humaine est son reflet, porte en elle son image, garde une étincelle de sa lumière. Et cela nous appelle à reconnaître en toute personne sa dignité inviolable et à nous exercer à l'amour mutuel les uns envers les autres. Ainsi, l'incarnation nous demande également un engagement concret pour la promotion de la fraternité et de la communion, afin que la solidarité devienne le critère des relations humaines, pour la justice et la paix, pour le soin des plus fragiles et la défense des faibles. Dieu s'est fait chair, c'est pourquoi il n'y a pas de culte authentique envers Dieu sans attention à la chair humaine.
Frères et sœurs, que la joie de Noël nous encourage à poursuivre notre chemin, tout en demandant à la Vierge Marie de nous rendre toujours plus disposés à servir Dieu et notre prochain.
6 janvier 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de l’Epiphanie, clôture de l’Année Sainte de l’Incarnation 2025
l’Évangile (cf. Mt 2, 1-12) nous a décrit la grande joie des Mages lorsqu’ils ont revu l’étoile (cf. v. 10), mais aussi le trouble ressenti par Hérode et tout Jérusalem en présence de leur recherche (cf. v. 3). Chaque fois qu’il s’agit des manifestations de Dieu, l’Écriture Sainte ne cache pas ce genre de contrastes : joie et trouble, résistance et obéissance, peur et désir. Nous célébrons aujourd’hui l’Épiphanie du Seigneur, conscients que rien ne reste comme avant en sa présence. C’est le début de l’espérance. Dieu se révèle et rien ne peut rester immobile. Une certaine tranquillité prend fin, celle qui fait répéter aux mélancoliques : « Rien de nouveau sous le soleil » (Qo 1, 9). Quelque chose dont dépendent le présent et l’avenir commence, comme l’annonce le Prophète : « Debout, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1).
Il est surprenant que ce soit troublée Jérusalem, ville témoin de tant de nouveaux départs. En son sein, ceux-là mêmes qui étudient les Écritures et pensent avoir toutes les réponses semblent avoir perdu la capacité de se poser des questions et de cultiver des désirs. Au contraire, la ville est effrayée par ceux qui viennent de loin, animés par l’espérance, au point de percevoir une menace dans ce qui devrait au contraire lui procurer beaucoup de joie. Cette réaction nous interpelle également, en tant qu’Église.
La Porte Sainte de cette Basilique, qui est la dernière à être refermée aujourd’hui, a vu le passage d’innombrables hommes et femmes, pèlerins d’espérance, en route vers la Cité aux portes toujours ouvertes, la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 25). Qui sont-ils et qu’est-ce qui les a animés ? À la fin de l’année jubilaire, la recherche spirituelle de nos contemporains, bien plus riche que nous ne pouvons peut-être le comprendre, nous interpelle avec une gravité particulière. Des millions d’entre eux ont franchi le seuil de l’Église. Qu’ont-ils trouvé ? Quels cœurs, quelle attention, quelle correspondance ? Oui, les Mages existent encore. Ce sont des personnes qui acceptent le défi de risquer chacun son propre voyage, et qui, dans un monde tourmenté comme le nôtre, repoussant et dangereux à bien des égards, ressentent le besoin d’aller, de chercher.
Homo viator, disaient les anciens. Nous sommes des vies en chemin. L’Évangile engage l’Église à ne pas craindre ce dynamisme, mais à bien le saisir et à l’orienter vers Dieu qui l’inspire. C’est un Dieu qui peut nous troubler, car il ne reste pas immobile entre nos mains comme les idoles d’argent et d’or : il est au contraire vivant et vivifiant, comme cet Enfant que Marie a trouvé dans ses bras et que les Mages ont adoré. Les lieux saints tels que les cathédrales, les basiliques, les sanctuaires, devenus des destinations de pèlerinage jubilaire, doivent diffuser le parfum de la vie, l’impression indélébile qu’un autre monde a commencé.
Demandons-nous : y a-t-il de la vie dans notre Église ? Y a-t-il de la place pour ce qui naît ? Aimons-nous et annonçons-nous un Dieu qui remet en route ?
Dans le récit, Hérode craint pour son trône, il s’agite pour ce qui échappe à son contrôle. Il tente de profiter du désir des Mages et cherche à détourner leur quête à son avantage. Il est prêt à mentir, il est prêt à tout ; la peur, en effet, aveugle. La joie de l’Évangile, en revanche, libère : elle rend prudent, certes, mais aussi audacieux, attentif et créatif ; elle suggère des voies différentes de celles déjà empruntées.
Les Mages apportent à Jérusalem une question simple et essentielle : « Où est celui qui vient de naître ? » (Mt 2, 2). Combien il est important que ceux qui franchissent la porte de l’Église sentent que le Messie vient de naître, qu’une communauté née de l’espérance s’y rassemble, qu’une histoire de vie s’y déroule ! Le Jubilé est venu nous rappeler qu’il est possible de recommencer, et même que nous en sommes qu’au début, que le Seigneur veut grandir parmi nous, qu’il veut être Dieu-avec-nous. Oui, Dieu remet en question l’ordre existant : il a des rêves qu’il inspire encore aujourd’hui à ses prophètes ; il est déterminé à nous racheter des servitudes anciennes et nouvelles ; il implique des jeunes et des personnes âgées, des pauvres et des riches, des hommes et des femmes, des saints et des pécheurs dans ses œuvres de miséricorde, dans les merveilles de sa justice. Il ne fait pas de bruit, mais son Royaume germe déjà partout dans le monde.
Combien d’épiphanies nous sont données ou sont sur le point de nous être données ! Mais elles doivent être soustraites aux intentions d’Hérode, aux peurs toujours prêtes à se transformer en agressivité. « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer » (Mt 11,12). Cette expression mystérieuse de Jésus, rapportée dans l’Évangile de Matthieu, ne peut pas ne pas nous faire penser aux nombreux conflits par lesquels les hommes peuvent résister et même agresser la Nouveauté que Dieu réserve à tous. Aimer la paix, rechercher la paix, c’est protéger ce qui est saint et, précisément pour cette raison, en train de naître : petit, délicat, fragile comme un enfant. Autour de nous, une économie faussée tente de tirer profit de tout.
Nous le voyons : le marché transforme en affaires même la soif humaine de chercher, de voyager, de recommencer. Demandons-nous : le Jubilé nous a-t-il appris à fuir ce type d’efficacité qui réduit toute chose à un produit, et l’être humain à un consommateur ? Après cette Année, serons-nous davantage capables de reconnaître dans le visiteur un pèlerin, dans l’inconnu un chercheur, dans celui qui est loin un proche, dans celui qui est différent un compagnon de route ?
La manière dont Jésus a rencontré chacun et s’est laissé approcher par tous nous enseigne à estimer le secret des cœurs que Lui seul sait lire. Avec lui, nous apprenons à saisir les signes des temps (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 4). Personne ne peut nous vendre cela. L’Enfant que les Mages adorent est un bien sans prix et sans mesure. Il est l’Épiphanie de la gratuité. Il ne nous attend pas dans des lieux prestigieux, mais dans des réalités humbles. « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda » (Mt 2, 6). Combien de villes, combien de communautés ont besoin d’entendre : « Tu n’es certes pas le dernier ». Oui, le Seigneur nous surprend encore ! Il se laisse trouver. Ses voies ne sont pas nos voies, les violents ne parviennent pas à les dominer, et les puissants de ce monde ne peuvent les bloquer. D’où la grande joie des Mages qui laissent derrière eux le palais et le temple et partent vers Bethléem : c’est alors qu’ils revoient l’étoile !
C’est pourquoi, chers frères et sœurs, il est beau de devenir des pèlerins d’espérance. Et il est beau de continuer à l’être, ensemble ! La fidélité de Dieu nous surprendra encore. Si nous ne réduisons pas nos églises à des monuments, si nos communautés sont des foyers, si nous résistons ensemble aux flatteries des puissants, alors nous serons la génération de l’aurore.
Marie, Étoile du matin, marchera toujours devant nous ! En son Fils, nous contemplerons et servirons une humanité magnifique, transformée non pas par des délires de toute-puissance, mais par Dieu qui, par amour, s’est fait chair.
6 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
Nous avons célébré ces temps-ci plusieurs jours festifs ainsi que la solennité de l’Épiphanie qui, déjà par son nom, nous suggère ce qui rend la joie possible même dans les moments difficiles. Comme vous le savez, en effet, le mot “épiphanie” signifie “manifestation”, et notre joie naît d’un Mystère qui n’est plus caché. La vie de Dieu s’est révélée : à plusieurs reprises et de différentes manières, mais avec une clarté définitive en Jésus, de sorte que nous savons maintenant, même au milieu de nombreuses tribulations, que nous pouvons espérer. “Dieu sauve” : il n’a pas d’autres intentions, il n’a pas d’autre nom. Seul ce qui libère et sauve vient de Dieu et est épiphanie de Dieu.
S’agenouiller comme les Mages devant l’Enfant de Bethléem c’est, pour nous aussi, confesser que nous avons trouvé la véritable humanité, dans laquelle resplendit la gloire de Dieu. La vraie vie est apparue en Jésus, l’homme vivant, celui qui n’existe pas pour lui-même mais qui est ouvert et en communion, ce qui nous fait dire : « Sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10). Oui, la vie divine est à notre portée. Elle s’est manifestée pour nous impliquer dans son dynamisme libérateur qui détruit les peurs et nous permet de nous rencontrer dans la paix. C’est une possibilité, une invitation : la communion ne peut être une contrainte, mais que peut-on désirer de plus ?
Dans le récit évangélique comme dans nos crèches, les Mages offrent à l’Enfant Jésus des présents précieux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe (cf. Mt 2, 11). Ces présents ne semblent pas très utiles pour un enfant, mais ils expriment une volonté qui nous fait beaucoup réfléchir, alors que nous arrivons à la fin de l’Année jubilaire. Celui qui donne tout donne beaucoup. Souvenons-nous de cette pauvre veuve que Jésus remarqua alors qu’elle jetait dans le trésor du Temple ses dernières pièces de monnaie, tout ce qu’elle possédait (cf. Lc 21, 1-4). Nous ne savons pas ce que possédaient les Mages venus d’Orient, mais leur départ, leur prise de risque, leurs dons eux-mêmes nous suggèrent que tout, absolument tout ce que nous sommes et possédons, demande à être offert à Jésus, trésor inestimable. Et le Jubilé nous a rappelé cette justice fondée sur la gratuité : en soi il appelle à réorganiser la coexistence, à redistribuer la terre et les ressources, à rendre “ce que l’on a” et “ce que l’on est” aux rêves de Dieu, plus grands que les nôtres.
Chers amis, l’espérance que nous annonçons doit être les pieds sur terre : elle vient du ciel, mais pour engendrer ici-bas une histoire nouvelle. Alors, voyons dans les dons des Mages ce que chacun de nous peut mettre en commun, ce qu’il ne peut plus garder pour lui mais partager, afin que Jésus grandisse parmi nous. Que son Royaume grandisse, que ses paroles s’accomplissent en nous, que les étrangers et les adversaires deviennent des frères et des sœurs, que l’inégalité fasse place à l’équité, que l’industrie de la guerre cède la place à l’artisanat de la paix. Tisseurs d’espérance, mettons-nous en route vers l’avenir par une autre voie (cf. Mt 2, 12)
7 janvier 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux jeunes, malades et nouveaux époux, au terme de l’Audience Générale
Jésus que nous contemplons dans le Mystère de Noël soit pour vous tous un guide sur pour l’année nouvelle.
7 janvier 2026 – Lettre Lettre du Saint-Père Léon XIV aux ministres généraux de la Conférence de la Famille franciscaine à l’occasion de l’ouverture du VIIIe centenaire de la mort de saint François d’Assise [ publiée le 10 janvier 2026]
Le soir de Pâques, le Seigneur ressuscité adresse à ses disciples, effrayés et enfermés dans le Cénacle : « La paix soit avec vous » [3]. Ce n’est pas une formule de politesse, mais l’annonce certaine de la victoire du Christ sur la mort. Comme la voix des anges dans la nuit de Noël – « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » [4] –, ainsi la paix que le Père séraphique annonce est celle que le Christ lui-même a fait résonner entre le ciel et la terre.