Jean Paul II, Entrez dans l’Espérance. Ed Plon-Mame, 1994, pages 112-115
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« Dieu est toujours dans le camp de ceux qui souffrent », écrit Jean Paul II (9) « Sa Toute-Puissance se manifeste justement dans sa libre acceptation de la souffrance. Il aurait pu ne pas le faire. Il aurait pu faire éclater sa Toute-Puissance au moment même du crucifiement. On le Lui proposait : « Que le Messie, le roi d’Israël descende maintenant de la croix ; alors nous verrons et nous croirons ». (Mc 15,32). Mais Il n’a pas relevé le défi. Le fait qu’il soit resté sur la Croix jusqu’à la fin, le fait qu’Il ait pu dire sur la Croix, comme tous ceux qui souffrent : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34), ce fait demeure donc comme l’événement le plus décisif dans l’histoire de l’homme. Si l’agonie de Dieu sur la Croix n’avait pas eu lieu, la vérité que Dieu est Amour serait restée suspendue dans le vide.
Oui, Dieu est Amour et c’est bien pour cela qu’Il a envoyé son propre Fils, pour révéler en Lui jusqu’où va l’Amour. Le Christ est Celui qui « aima jusqu’au bout ». « Jusqu’au bout » veut dire jusqu’au dernier souffle. « Jusqu’au bout » veut dire prenant sur Lui absolument toutes les conséquences du péché de l’homme. Comme l’avait prophétisé Isaîe : « Ce sont nos souffrances qu’il portait… Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin ; et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous » (Isaïe 53, 4.10)
L’ « Homme de douleur » est la révélation de cet Amour qui « supporte tout » (1 Co 13,7), de cet Amour qui est « le plus grand » (1 Co 13,13). Il est la révélation du Dieu qui non seulement est Amour, mais « répand l’amour dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5,5). Enfin avec le Crucifié, l’homme qui participe à la Rédemption l’emporte en nous-mêmes sur l’homme qui prétend condamner la Sagesse divine à l’œuvre dans sa propre vie et dans l’histoire de l’humanité…
« Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18,38) , « Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation » ( Jn 18,38 ; 19,6). Prenez-le, vous, et crucifiez-le « ( Jn 19,6) Ainsi, chacun de nous se trouve au centre même de l’histoire du Salut…
Le message définitif du Vendredi Saint est le suivant : homme, toi qui juges Dieu, toi qui le sommes de se justifier devant ton tribunal, regarde-toi : ne serais-tu pas responsable de la mort de ce Condamné ? Quand tu juges Dieu, n’est-ce pas en réalité toi-même que tu juges ? Réfléchis bien : ce verdict et son dénouement – la Croix suivie de la Résurrection – ne demeurent-ils pas désormais la seule voie qui puisse te mener au salut ?..
Pour espérer être sauvé en Dieu, l’homme doit s’arrêter au pied de la Croix du Christ. Ensuite, le dimanche qui suit le Samedi Saint, il doit se trouver devant le tombeau vide et entendre ce qui a été dit aux femmes de Jérusalem : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité » (Mt 28,6). De la Croix à la Résurrection se fait jour la certitude que Dieu sauve l’homme, qu’Il le sauve par le Christ, par sa Croix et sa Résurrection. »
