Introduction
La Via Dolorosa serpente à travers les ruelles de la Vieille Ville de Jérusalem et nous fait parcourir l’itinéraire de Jésus depuis le lieu de sa condamnation jusqu’à celui de sa crucifixion et de sa sépulture, qui est aussi le lieu de sa résurrection.
Ce n’est pas un parcours au milieu d’une foule pieuse et silencieuse. Comme à l’époque de Jésus, nous nous retrouvons à marcher dans un environnement chaotique, agité et bruyant, au milieu de personnes qui partagent la foi en Lui, mais aussi d’autres qui se moquent et l’insultent. Telle est la vie de tous les jours.
Le Chemin de Croix n’est pas le chemin de ceux qui vivent dans un monde préservé dans sa ferveur et de recueillement abstrait, mais c’est l’exercice de ceux qui savent que la foi, l’espérance et la charité doivent s’incarner dans le monde réel, où le croyant est continuellement mis en défi et doit continuellement faire sienne la manière d’agir de Jésus.
Saint François d’Assise, dont cette année marque le huitième centenaire de la mort, décrit notre vie chrétienne en empruntant les paroles de l’apôtre Pierre. Il nous rappelle que nous sommes appelés à « suivre les traces du Christ qui a appelé “ami” celui qui le trahissait et s’est offert spontanément à ceux qui le crucifiaient » (Rnb XXII, 2 : FF 56 ; cf. 1Pt 2, 21). Le Poverello nous exhorte à fixer notre regard sur Jésus : « Considérons tous les frères, le bon Pasteur qui, pour sauver ses brebis, a supporté la passion de la croix » (Amm VI : FF 155).
En parcourant ce Chemin de Croix, accueillons donc l’invitation de saint François à suivre les traces de Jésus d’une manière qui ne soit pas purement rituelle ou intellectuelle, mais qui engage toute notre personne et toute notre vie : « Offrez vos corps en sacrifice, prenez sur vos épaules sa sainte croix et suivez jusqu’au bout ses très saints commandements » (UffPass XV,13 : FF 303).
1ère station
Jésus est condamné à mort
De l’Évangile selon saint Jean (19,9-11)
Et rentrant dans le prétoire, [Pilate] dit à Jésus : “D’où es-tu ?”. Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit : “C’est à moi que tu ne parles pas? Ignores-tu que j’ai le pouvoir de te délivrer et le pouvoir de te crucifier?” Jésus répondit: “Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait pas été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché”.
Des écrits de saint François d’Assise (2 Lfed 28-29 : FF 191)
Que ceux qui ont reçu le pouvoir de juger les autres exercent le jugement avec miséricorde, comme ils veulent obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur. Le jugement, en effet, sera sans miséricorde pour ceux qui n’auront pas fait miséricorde.
Dans ton entretien avec Pilate, Seigneur Jésus, tu démasques toute prétention humaine au pouvoir. Aujourd’hui encore, certains croient avoir reçu une autorité sans limites et pensent pouvoir en user et en abuser à leur guise. Tes paroles au procurateur romain ne laissent aucune place à l’ambiguïté : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut » (Jn 19, 11).
François d’Assise, qui a simplement cherché à suivre tes traces, nous rappelle que toute autorité devra répondre devant Dieu de la manière dont elle aura exercé le pouvoir qui lui a été confié : le pouvoir de juger, mais aussi le pouvoir de déclencher une guerre ou d’y mettre fin, le pouvoir d’éduquer à la violence ou à la paix, le pouvoir d’alimenter le désir de vengeance ou celui de la réconciliation, le pouvoir d’utiliser l’économie pour opprimer les peuples ou pour les libérer de la misère, le pouvoir de bafouer la dignité humaine ou de la protéger, celui de promouvoir et de défendre la vie ou de la refuser et de l’étouffer.
Chacun de nous est également appelé à répondre du pouvoir qu’il exerce dans la vie quotidienne. Toi Jésus, tu lui dis : Fais bon usage du pouvoir qui t’est donné et souviens-toi que tout ce que tu fais à un être humain, surtout s’il est petit et fragile, tu le fais à moi. Et c’est à moi que tu devras en répondre un jour.
Prions en disant : Souviens-toi de moi, Jésus.
| Puisque tu t’identifies à chaque personne jugée : | | Souviens-toi de moi, Jésus. |
| Pour que je ne me laisse pas guider par les préjugés : | | Souviens-toi de moi, Jésus. |
| Pour que le véritable pouvoir soit celui de l’amour : | | Souviens-toi de moi, Jésus. |
| Pour que la miséricorde l’emporte sur le jugement : | | Souviens-toi de moi, Jésus. |
| Pour que le bien soit choisi même lorsqu’il coûte cher : | | Souviens-toi de moi, Jésus. |
2ème station
Jésus est chargé de la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19,14-17)
C’était la Préparation de la Pâque, et environ la sixième heure. Pilate dit aux Juifs: “Voici votre roi”. Mais ils se mirent à crier: “Qu’il meure! Qu’il meure! Crucifie-le”» Pilate leur dit: “Crucifierai-je votre roi ?” les Princes des prêtres répondirent: “Nous n’avons de roi que César”. Alors il le leur livra pour être crucifié. Et ils prirent Jésus et l’emmenèrent. Jésus, portant sa croix, arriva hors de la ville au lieu nommé Calvaire, en Hébreu Golgotha.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm V, 7-8 : FF 154)
Semblablement, même si tu étais plus beau et plus riche de tous et même si tu faisais des merveilles au point de mettre en fuite les démons, tout cela t’est contraire et cela ne t’appartient en rien, et en rien de cela tu ne peux te glorifier ; mais en ceci nous pouvons nous glorifier : dans nos infirmités et de porter chaque jour sur notre dos la sainte croix de notre Seigneur Jésus Christ
Le mot “croix” suscite en nous une réaction de rejet plutôt que de désir. Il est plus facile que naisse en nous la tentation de la fuir plutôt que l’envie de l’embrasser.
Jésus, je suis sûr qu’il en était de même lorsque la croix a été chargée sur tes épaules. À Gethsémani, en effet, tu avais demandé au Père d’éloigner de toi cette coupe, tout en voulant de tout ton cœur accomplir sa volonté. La croix était le supplice le plus horrible et le plus douloureux, réservé aux esclaves, aux criminels irrécupérables et aux maudits de Dieu.
Et pourtant, tu l’as embrassée et portée sur tes épaules, puis tu t’es laissé porter par elle. Non pas parce qu’elle était belle ou attrayante, mais par amour pour nous. En soulevant ton lourd fardeau, tu savais que tu nous relevais du poids du mal qui nous écrase et que tu te chargeais du péché qui ruine notre existence. En embrassant la croix et en la portant sur tes épaules, tu embrassais notre fragilité et tu te chargeais de notre humanité. Tu prenais sur toi nos esclavages, nos crimes et même notre malédiction.
Libère-nous, Jésus, de la peur de la croix. Donne-nous la grâce de te suivre sur ton propre chemin et de n’avoir d’autre gloire que celle de ta croix.
Prions en disant : Délivre-nous, Seigneur.
| Du désir de gloire humaine : | | Délivre-nous, Seigneur. |
| De la tentation d’ignorer ceux qui souffrent : | | Délivre-nous, Seigneur. |
| De nous préoccuper seulement de nous-mêmes : | | Délivre-nous, Seigneur. |
| De la crainte de nous engager dans la fidélité : | | Délivre-nous, Seigneur. |
| De la peur et du refus de la croix : | | Délivre-nous, Seigneur. |
3ème station
Jésus tombe pour la première fois
De l’Évangile selon saint Jean (12,24-25)
En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la perdra; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm XXII, 3 : FF 172)
Bienheureux le serviteur qui n’est pas prompt à s’excuser et supporte humblement la honte et la réprimande d’un péché, là où il n’a pas commis de faute.
Ta vie, Jésus, a été une succession d’abaissements et de descentes. Bien que tu sois Dieu, tu t’es dépouillé pour devenir homme. De riche que tu étais, tu t’es fait pauvre. Et arrivé au terme de ta mission, alors que tu portais sur tes épaules le poids de l’humanité tout entière, tu es tombé sur les pierres dures de la Via Dolorosa, le chemin que les condamnés à mort parcouraient devant le peuple de Jérusalem qui accourait comme pour assister à un spectacle.
C’est le début d’un abaissement encore plus profond : la descente dans le royaume des enfers, la chute dans le mystère de la mort où chacun de nous tombe à la fin de cette vie terrestre. Mais la tienne est la chute d’un grain de blé sur la terre, qui est prêt à mourir pour porter du fruit.
Aide-nous, nous aussi, à choisir de rester à terre, aux pieds des autres, plutôt que de chercher à être en hauteur et à les dominer. Aide-nous à apprendre la voie de l’humilité, y compris à partir de l’expérience de nos chutes et de nos humiliations, et à savoir supporter en paix les offenses et les injustices subies.
Fais que nous te sentions proche, surtout lorsque nous tombons, si proche que nous nous rendions compte que c’est toi qui nous relèves et nous remets en chemin. Et fais que nous apprenions nous aussi à faire confiance à la terre, comme le grain de blé, sachant que la mort, grâce à toi, est le sein de la vie éternelle.
Prions en disant : Relève-nous, Jésus.
| Quand nous tombons à cause de notre fragilité : | | Relève-nous, Jésus. |
| Quand nous tombons parce que quelqu’un nous fait tomber : | | Relève-nous, Jésus. |
| Quand nous tombons à cause de mauvais choix : | | Relève-nous, Jésus. |
| Quand nous tombons dans le désespoir : | | Relève-nous, Jésus. |
| Quand nous tombons dans le mystère de la mort : | | Relève-nous, Jésus. |
4ème station
Jésus rencontre sa Mère
De l’Évangile selon saint Jean (19, 25-27)
Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: “Femme, voici ton fils”. Puis il dit au disciple: “Voici ta mère”. Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit comme sienne.
Des écrits de saint François d’Assise (Rb VI, 8 : FF 91)
Qu’avec assurance chacun manifeste à l’autre sa nécessité, car si une mère chérit et nourrit son fils charnel, avec combien plus d’affection chacun ne doit-il pas chérir et nourrir son frère spirituel ?
Il est normal que notre mère soit présente au début de notre existence. Il n’est pas normal qu’elle soit à nos côtés au moment de mourir, car cela signifie que la vie nous a été arrachée par une maladie, un accident, la violence, le désespoir. Marie, la femme de laquelle toi, Jésus, tu as été engendré, se tient à tes côtés sur ton chemin vers le Calvaire et elle se tient près de toi sous la croix.
Tu lui demandes de donner encore la vie et de continuer à être la mère du disciple bien-aimé, de chacun de nous, de l’Église, de cette nouvelle humanité qui naît précisément à l’heure où tu donnes ta vie et où tu meurs. À l’heure la plus solennelle de ta mission et, avant de tout achever, tu lui demandes d’abord d’accueillir chacun de nous ; et ce n’est qu’ensuite que tu nous demandes de l’accueillir. Car la Mère précède toujours. Aux noces de Cana, elle t’avait de même précédé.
Ô Marie, jette sur chacun de nous un regard de tendresse, mais surtout sur les nombreuses -trop nombreuses - mères qui, aujourd’hui encore, voient comme toi leurs enfants arrêtés, torturés, condamnés, tués. Porte un regard de tendresse sur les mères qui sont réveillées au milieu de la nuit par une nouvelle déchirante, et pour celles qui veillent à l’hôpital un enfant en train de s’éteindre. Et donne-nous un cœur maternel, pour comprendre et partager la souffrance des autres, et apprendre, aussi de cette manière, ce que veut dire aimer.
Prions en disant : Console-les, ô Mère.
| Les mères qui ont perdu leurs enfants : | | Console-les, ô Mère. |
| Les orphelins, spécialement à cause des guerres : | | Console-les, ô Mère. |
| Les migrants, les personnes déplacées et les réfugiés : | | Console-les, ô Mère. |
| Ceux qui subissent la torture et des peines injustes : | | Console-les, ô Mère. |
| Les désespérés qui ont perdu le sens de la vie : | | Console-les, ô Mère. |
| Ceux qui meurent seuls : | | Console-les, ô Mère. |
5ème station
Jésus est aidé par Simon de Cyrène à porter la croix
De l’Évangile selon saint Marc (15, 21)
Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm XVIII,1 : FF 167)
Heureux l’homme qui soutient son prochain selon sa fragilité, autant qu’il voudrait être soutenu par lui s’il se trouvait dans un cas semblable.
Simon de Cyrène n’était pas volontaire. Il ne s’est pas occupé volontairement de toi, Jésus, pour t’aider à porter la croix. Probablement savait-il à peu près qui tu étais. Mais, en t’aidant à porter la croix, quelque chose change en lui au point qu’il transmettra à ses fils, Alexandre et Rufus, la signification profonde de ce chemin parcouru avec toi, et ils deviendront les témoins de ta Pâque dans la première Communauté chrétienne.
Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes choisissent de faire quelque chose de bien pour les autres partout dans le monde. Des milliers de bénévoles risquent leur vie dans des situations extrêmes pour venir en aide à ceux qui ont besoin de nourriture, d’éducation, de soins médicaux, de justice. Beaucoup d’entre eux ne croient même pas en toi, et pourtant, même inconsciemment, ils t’aident encore à porter la croix. En prenant soin d’autres personnes en chair et en os, en réalité, une fois encore, ils prennent soin de toi.
Fais, Seigneur, que nous apprenions, nous aussi, à offrir à notre prochain le soutien que nous aimerions recevoir si nous nous trouvions dans la même situation. Aide-nous à être des personnes empathiques et compatissantes, non pas en paroles, mais en actes et en vérité.
Prions en disant : Rends-nous attentifs, Seigneur.
| Aux personnes que nous rencontrons : | | Rends-nous attentifs, Seigneur. |
| Aux personnes pauvres, souffrantes et rejetées : | | Rends-nous attentifs, Seigneur. |
| À ceux qui restent seuls et sans soins : | | Rends-nous attentifs, Seigneur. |
| À ceux qui restent en arrière et tombent : | | Rends-nous attentifs, Seigneur. |
| À ceux qui ne trouvent pas d’écoute : | | Rends-nous attentifs, Seigneur. |
6ème station
Véronique essuie le visage de Jésus
De l’Évangile selon saint Jean (12, 20-21)
Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. Ils s’avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande: “Seigneur, nous voulons voir Jésus”.
Des écrits de saint François d’Assise (Pat 4 : FF 269)
Que ton règne vienne : afin que tu règnes en nous par la grâce et que tu nous fasses parvenir dans ton royaume, où la vision de toi est sans voile, où l’amour pour toi est parfait, où la communion avec toi est bienheureuse, où la jouissance de toi est sans fin.
Celui que les Psaumes avaient chanté comme « le plus beau des fils de l’homme » (Ps 45, 3) a désormais les traits du Serviteur souffrant, prophétisé par Isaïe, qui « n’avait ni forme ni beauté pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour » (Is 53, 2).
Véronique est la gardienne de ton image, Jésus. Elle a pu l’obtenir grâce à ce geste de charité : essuyer ton visage couvert de sang et de poussière. Véronique ne nous transmet pas le souvenir d’une image en pose, mais celui de l’homme des douleurs qui nous a guéris par ses plaies.
Aide-nous, Jésus, à cultiver le désir de voir ton visage. Accorde-nous la grâce que tu as accordée aux Apôtres de te voir lumineux et transfiguré. Mais aide-nous surtout à avoir le regard attentif de Véronique qui sait te reconnaître même dans ta beauté défigurée. Et rends-nous capables aujourd’hui d’essuyer ton visage encore couvert de poussière et de sang, défiguré par tout acte qui bafoue la dignité de toute personne humaine.
Prions en disant : Jésus,aide-nous à te reconnaître.
| Quand ton visage est défiguré : | | Jésus,aide-nous à te reconnaître. |
| Dans chaque personne condamnée par les préjugés : | | Jésus,aide-nous à te reconnaître. |
| Dans le pauvre privé de sa dignité : | | Jésus,aide-nous à te reconnaître. |
| Dans les femmes victimes de la traite et réduites en esclavage : | | Jésus,aide-nous à te reconnaître. |
| Dans les enfants à qui l’on a volé l’enfance et compromis l’avenir : | | Jésus,aide-nous à te reconnaître. |
7ème station
Jésus tombe pour la deuxième fois
De l’Évangile selon saint Jean (13, 3-5)
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Des écrits de saint François d’Assise (Rnb V, 13-14 : FF 20)
Qu’aucun frère ne fasse du mal ou ne dise du mal à un autre ; bien plus, par la charité de l’esprit, qu’ils se servent volontiers et s’obéissent mutuellement.
Toute ta vie, Jésus, tu n’as cessé de te baisser et de t’abaisser. Lorsque tu as lavé les pieds de tes disciples, lors de la Cène, tu as laissé un exemple, un enseignement et une prophétie : l’exemple du service, l’enseignement de l’amour fraternel et la prophétie du don de la vie. François d’Assise a été si profondément touché par ton abaissement qu’il a voulu nous recommander de nous laver les pieds les uns les autres, c’est-à-dire d’être toujours prêts à servir nos frères. Il a également souhaité que cet Évangile lui soit lu le soir du 3 octobre, il y a huit siècles, peu avant sa mort.
La prophétie de ta résurrection se trouve déjà contenue dans ton amour pour nous jusqu’à la fin, jusqu’à donner ta vie pour nous. Car un amour aussi grand est plus fort que la mort. Un amour aussi grand révèle le sens ultime de l’amour : conduis‑nous dans la vie même de Dieu.
Lorsque tu tombes, Jésus, tu le fais pour nous relever de nos chutes. Lorsque tu tombes, tu le fais pour relever ceux qui sont écrasés par l’injustice, le mensonge, toute forme d’exploitation et tout type de violence, par la misère qu’a produite une économie axée sur le profit individuel plutôt que sur le bien commun. Quand tu tombes, tu le fais pour me relever moi aussi.
Prions en disant : Relève-nous, Seigneur.
| Quand nos erreurs nous écrasent : | | Relève-nous, Seigneur. |
| Quand le poids de la responsabilité nous oppresse : | | Relève-nous, Seigneur. |
| Quand nous tombons dans la dépression : | | Relève-nous, Seigneur. |
| Quand nous manquons à nos choix : | | Relève-nous, Seigneur. |
| Quand nous sommes aspirés par une dépendance : | | Relève-nous, Seigneur. |
8ème station
Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
De l’Évangile selon saint Luc (23, 27-31)
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !” Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.” Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
Des écrits de saint François d’Assise (Pater 5: FF 270)
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : afin que nous t’aimions de tout notre cœur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes ; en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur faisant nulle offense.
Les femmes t’ont toujours suivi et aidé, Jésus, depuis le début de ta prédication. Elles sont encore là aujourd’hui, même sous la croix. Là où il y a une souffrance ou un besoin, les femmes sont présentes : dans les hôpitaux et les maisons de retraite, dans les communautés thérapeutiques et d’accueil, dans les foyers pour les mineurs les plus fragiles, dans les avant-postes les plus reculés de la mission pour ouvrir des écoles et des dispensaires, dans les zones de guerre et de conflit pour secourir les blessés et consoler les survivants.
Les femmes t’ont pris au sérieux ; elles ont également pris au sérieux tes paroles dures. Depuis des siècles, elles pleurent sur elles-mêmes et sur leurs enfants : emmenés et emprisonnés lors d’une manifestation, déportés par des politiques sans compassion, naufragés lors de voyages désespérés vers l’espérance, décimés dans les zones de guerre, anéantis dans les camps d’extermination.
Les femmes continuent de pleurer. Donne aussi à chacun de nous, Seigneur, un cœur compatissant, un cœur maternel, ainsi que la capacité de ressentir la souffrance des autres comme la nôtre. Accorde-nous encore des larmes, Seigneur, afin que notre conscience ne se dissolve pas dans les brumes de l’indifférence et que nous restions humains.
Prions en disant : Donne-nous des larmes, Seigneur.
| Pour pleurer sur les désastres des guerres : | | Donne-nous des larmes, Seigneur. |
| Pour pleurer sur les massacres et les génocides : | | Donne-nous des larmes, Seigneur. |
| Pour pleurer avec les mères et les épouses : | | Donne-nous des larmes, Seigneur. |
| Pour pleurer sur le cynisme des tyrans : | | Donne-nous des larmes, Seigneur. |
| Pour pleurer sur notre indifférence : | | Donne-nous des larmes, Seigneur. |
10ème station
Jésus est dépouillé de ses vêtements
De l’Évangile selon saint Jean (19, 23-24)
Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : “Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura”. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.
Des écrits de saint François d’Assise (Lord, 28-29: FF 221)
Regardez, mes frères, l’humilité de Dieu, et ouvrez-lui vos cœurs ; humiliez-vous vous aussi, afin qu’il vous exalte. Ne retenez donc rien pour vous, afin que celui qui vous offre tout vous accueille tout entier.
Jésus, tu avais choisi toi-même de te dépouiller de ta gloire divine pour revêtir « la vraie chair de notre humanité et de notre fragilité » (Saint François, 2 Lfed 4 : FF 181). Et maintenant, on t’arrache tes vêtements avec une volonté cruelle de t’humilier et de te dépouiller également de ta dignité humaine. C’est une tentative qui se répète sans cesse, même de nos jours. Les régimes autoritaires la pratiquent lorsqu’ils obligent les prisonniers à rester à demi nus dans une cellule dépouillée ou dans une cour. Les tortionnaires la pratiquent lorsqu’ils ne se contentent pas d’arracher les vêtements, mais aussi la peau et la chair. La pratiquent ceux qui autorisent et utilisent des formes de perquisition et de contrôle qui ne respectent pas la dignité de la personne. La pratiquent les violeurs et les agresseurs qui traitent leurs victimes comme des objets. L’industrie du spectacle la pratique, lorsqu’elle exhibe la nudité pour gagner quelques spectateurs supplémentaires. Le monde de l’information la pratique, lorsqu’il met les personnes à nu devant l’opinion publique. Et parfois, nous faisons de même, avec notre curiosité qui ne respecte ni la pudeur, ni l’intimité, ni la vie privée des autres.
Rappelle-nous, Seigneur, que chaque fois que nous ne reconnaissons pas la dignité d’autrui, la nôtre s’en trouve ternie, et chaque fois que nous approuvons ou pratiquons un comportement inhumain envers un autre être humain, c’est nous-mêmes qui devenons moins humains.
Prions en disant: Revêts-nous, Jésus.
| De ton humilité infinie : | Revêts-nous, Jésus. |
| Du respect pour chaque être humain : | Revêts-nous, Jésus. |
| Du sentiment de compassion : | Revêts-nous, Jésus. |
| D’un sens renouvelé de la pudeur : | Revêts-nous, Jésus. |
| De la force pour défendre la dignité de toute personne : | Revêts-nous, Jésus. |
11ème station
Jésus est cloué sur la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 17-19)
Portant sa croix, Jésus sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : “Jésus le Nazaréen, roi des Juifs”.
Des écrits de saint François d’Assise (Cant 23-26: FF 263)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi et supportent maladies et tribulations. Heureux ceux qui les supportent en paix, car par toi, Très Haut, ils seront couronnés.
Cloué sur la croix comme un malfaiteur, mais avec un titre qui révèle ta royauté, tu nous montres, ô Jésus, ce qu’est le véritable pouvoir. Non pas celui de ceux qui pensent disposer de la vie d’autrui en donnant la mort, mais celui de ceux qui peuvent réellement vaincre la mort en donnant la vie, et qui donnent la vie même en acceptant la mort. Tu manifestes que le pouvoir véritable n’est pas celui de ceux qui utilisent la force et la violence pour s’imposer. Il est celui de ceux qui se chargent du mal de l’humanité, du nôtre, du mien, et qui l’anéantissent par la puissance de l’amour qui se manifeste dans le pardon. Tu es Roi et tu règnes depuis la croix. Tu ne te sers pas de la puissance apparente des armées, mais de l’impuissance apparente de l’amour qui se laisse crucifier. Tu es Roi et ta croix devient l’axe autour duquel tournent l’histoire et l’univers tout entier, afin de ne pas sombrer dans l’enfer de l’incapacité d’aimer.
Toi, Roi crucifié, tu nous rappelles que pour participer à ta royauté nous devons nous aussi apprendre à pardonner par amour pour toi, et à supporter dans la paix les difficultés de la vie ; car ce n’est pas l’amour de la force qui triomphe, mais la force de l’amour.
Prions en disant: Apprends-nous à aimer.
| Quand nous subissons une injustice : | Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous désirons la vengeance : | Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous sommes tentés par la violence : | Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous pensons que le pardon est impossible : | Apprends-nous à aimer. |
| Quand nous nous sentons crucifiés : | Apprends-nous à aimer. |
12ème station
Jésus meurt sur la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 28-30)
Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : “J’ai soif”. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : “Tout est accompli”. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.
Des écrits de saint François d’Assise (2Lfed 11-13: FF 184)
Et telle fut la volonté du Père : que son Fils béni et glorieux, qu’il nous donna et qui est né pour nous, s’offrit lui-même par son propre sang en sacrifice et en victime sur l’autel de la croix ; non pour lui par qui tout a été fait, mais pour nos péchés, nous laissant un exemple pour que nous suivions ses traces.
“Tout est accompli”. Cela ne signifie pas que tout est fini, mais que la raison pour laquelle toi, Jésus, tu t’es fait l’un de nous a trouvé son accomplissement. Tu as accompli la mission que le Père t’avait confiée et tu peux maintenant retourner vers Lui et nous emmener avec toi.
Désormais, nous savons qu’en nous laissant attirer par toi, en levant notre regard vers toi, nous nous trouvons devant Celui qui nous réconcilie, qui efface notre “dette”, qui nous introduit dans le Sanctuaire qu’est la vie même de Dieu. Nous nous trouvons devant Celui qui, en réalisant le but de l’incarnation, nous donne la possibilité de réaliser le sens profond de notre propre vie : devenir enfants de Dieu, être les chefs-d’œuvre de Dieu.
Aide-nous, Seigneur, à accueillir le don du Saint-Esprit que tu as répandu sur nous dès l’heure de ta mort sur la croix, et fais qu’avec toi nous puissions nous aussi passer de ce monde au Père.
Prions en disant : Donnes-nous ton Esprit, Seigneur.
| Pour que nous devenions des créatures nouvelles et que nous vivions en Dieu : | | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous fassions l’expérience de l’effacement de notre dette : | | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous puissions prier “Abba, Père” : | | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous accueillions toute personne comme un frère et une sœur : | | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
| Pour que nous découvrions le sens ultime de la vie : | | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
13ème station
Jésus est descendu de la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 38-39)
Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres.
Des écrits de saint François d’Assise (Cant 27-31 : FF 263)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels. Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés car la seconde mort ne leur fera pas mal.
Jésus vient de mourir, et sa mort commence déjà à porter ses premiers fruits. Joseph d’Arimathie et Nicodème qui étaient disciples de Jésus, mais en secret car ils avaient peur de s’exposer, trouvent maintenant le courage d’aller voir Pilate pour lui demander son corps. Ils accomplissent de la sorte un geste de compassion humaine, celui de descendre de la croix un condamné et de l’enterrer avec dignité et décence.
Il ne devrait jamais y avoir de cadavres non restitués et non enterrés : les mères, les parents et les amis des condamnés ne devraient jamais être contraints de s’humilier devant les autorités pour voir restitués les restes meurtris d’un proche. Le corps d’un défunt conserve la dignité de la personne et ne peut être bafoué, dissimulé, détruit, non restitué ou privé d’une sépulture convenable. Non seulement le corps d’une personne respectable mais aussi celui d’un criminel mérite le respect.
Ô Jésus, tu as été injustement capturé, torturé, jugé, condamné et tué, mais ton corps a été rendu et honoré ; fais en sorte que notre époque, qui a perdu le respect des vivants, conserve au moins celui des morts.
Prions en disant : Apprends-nous la compassion.
| Pour ressentir la souffrance des prisonniers : | | Apprends-nous la compassion. |
| Pour être solidaires avec les prisonniers politiques : | | Apprends-nous la compassion. |
| Pour comprendre les familles des otages : | | Apprends-nous la compassion. |
| Pour pleurer les morts sous les décombres : | | Apprends-nous la compassion. |
| Pour avoir du respect pour tous les défunts : | | Apprends-nous la compassion. |
Au terme de ce Chemin de Croix, faisons nôtre la prière par laquelle saint François nous invite à vivre notre vie comme un chemin d’engagement progressif dans la relation d’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Concluons par l’ancienne bénédiction biblique (cf. Nm 6, 24-26), avec laquelle saint François bénissait habituellement les frères et tout le peuple, au point de devenir “sa” bénédiction (cf. BfL : FF 262).
Le Seigneur soit avec vous.
℟. Et avec votre esprit.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde.
℟. Amen
Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage et vous prenne en grâce.
℟. Amen
Que le Seigneur tourne vers vous son visage et qu’il vous apporte la paix.
℟. Amen