La famille est en mission, et cette mission est fondamentale pour chaque peuple, pour toute l'humanité ; c'est la mission de l'amour et de la vie, c'est le témoignage de l'amour et de la vie

La famille est en mission, et cette mission est fondamentale pour chaque peuple, pour toute l'humanité ; c'est la mission de l'amour et de la vie, c'est le témoignage de l'amour et de la vie

Publié le 16 juillet 2026

30 décembre 1988 – Homélie de la Messe, à Ascoli Piceno (homélie improvisée)

     Chers amis, nous vivons la période de Noël. En cette période, nous vivons dans la foi le grand mystère divin, le mystère de la Sainte Trinité en mission. Nous savons, et nous confirmons, que Dieu est un et unique. Nous pouvons également accepter ce que Paul a dit, lorsqu'il a parlé sur l'Aréopage, que Dieu est cet être absolu, spirituel, en qui nous vivons, en qui nous nous mouvons, en qui nous sommes. Mais nous ne connaissions pas, et aujourd'hui encore elle est acceptée avec difficulté par beaucoup, la réalité profonde du Dieu trinitaire : Père, Fils et Saint-Esprit. C'est précisément lui, le Dieu de la Trinité, en qui nous vivons, en qui nous nous mouvons, en qui nous existons. Et lui, la Trinité en mission, n'est pas seulement une entité absolue, suprême à tous, mais il est le Père dans sa réalité infinie, insondable, qui engendre, engendre de toute éternité sans commencement, son Verbe. Et avec cette Parole de lui vit le mystère ineffable de l'amour, qui est une personne et pas seulement une affection, pas seulement une relation interpersonnelle ; c'est une personne, le Fils engendré, l'Esprit, l'amour soufflé. Chaque année, le Saint Noël nous rappelle ce mystère de la Trinité en mission, ici dans la nuit de Bethléem, cette mission du Fils, envoyé par le Père pour nous apporter l'Esprit dans lequel il a été conçu par la Vierge. Il vient nous apporter cet Esprit. La nuit de Noël est donc cette nuit où la réalité de Dieu-communion, unité de la divinité, unité absolue, unité de communion est rapprochée de notre esprit humain, de nos yeux, de notre histoire et devient visible. En d'autres termes, le mystère caché devient visible, le "Mysterium absconditum a saeculis", le mystère qui a toujours été caché est révélé, devient visible. A travers cette pauvre réalité de la naissance du Seigneur, de la crèche, de la nuit à Bethléem, de Marie et Joseph, se révèle le grand mystère de la Trinité en mission. Voici notre Dieu, voici notre Dieu ! Ineffable mystère !

     Nous contemplons cette réalité, ce mystère de la Trinité en mission ; nous le contemplons pendant le temps de Noël avec une profondeur et une intensité particulières et avec une joie intense parce que cette mission - le Verbe envoyé dans le monde pour parler en la personne de son Père, de la réalité divine, ce Verbe vient en cette nuit comme un enfant humain, pauvre, dépouillé de tout ; dépouillé déjà à cet instant - ne pouvait pas naître autrement. Aucune richesse humaine ne pouvait offrir un contexte adéquat à la naissance humaine du Fils éternel de Dieu. Seule cette pauvreté, cet abandon, cette crèche, cette nuit à Bethléem pouvaient l'être. Il était juste qu'il ne puisse pas trouver de logement dans cette ville.

     Chers amis, nous contemplons cette réalité divine, la Sainte Trinité en mission, et en même temps nous sentons combien nos concepts humains, nos pauvres mots humains sont insuffisants pour parler de ce mystère. Mais celui qui nous est envoyé, le Verbe, vient parler et vient aussi nous faire parler. En effet, il a trouvé les moyens les plus simples de reprendre cette parole, cette parole divine : il a trouvé les moyens les plus simples.

     Nous devons donc parler, nous devons confesser, nous devons témoigner, sachant notre insuffisance devant la réalité, devant linsondable mystère de Dieu, unité divine, unité de la divinité et en même temps unité de communion.

     En cette période de Noël, la Sainte Mère l'Église nous fait célébrer aujourd'hui un autre mystère humain : la Sainte Famille de Nazareth.

     Nous devons dire qu'aujourd'hui nous contemplons la famille en mission, car la Sainte Famille n'est rien d'autre, c'est cela : la famille humaine en mission divine. Et ici, cette famille humaine, en tant que petite communauté, se montre en même temps comme une grande communauté humaine en mission divine : c'est l'Église. L'Église, surtout à Vatican II, a reconnu son caractère familial et son caractère missionnaire. C'est une grande famille en mission. Au sein de cette grande famille-Eglise se trouve chaque famille humaine, chaque communauté familiale, comme une famille en mission. On a beaucoup parlé de la famille comme de la société la plus petite et la plus fondamentale, et tout cela est vrai. Mais lorsque nous voyons le mystère principal constitué par la Trinité en mission, nous ne pouvons pas voir la famille en dehors de cela : elle aussi est en mission. Et sa mission est vraiment fondamentale, fondamentale à la mission divine de la Parole, à la mission divine de l'Esprit Saint ; elle est fondamentale. La mission divine du Verbe est de parler, de rendre témoignage au Père. C'est la famille qui est la première à parler, la première à révéler ce mystère, la première à témoigner de Dieu, du Père devant les nouvelles générations. Sa parole est plus efficace.

     Ainsi, chaque famille humaine, chaque famille chrétienne, est en mission. C'est la mission de la vérité. La famille ne peut pas vivre sans vérité, c'est même le lieu où existe une sensibilité extrême pour la vérité. S'il manque la vérité dans la relation, dans la communion des personnes - mari, femme, père, mère, enfants - s'il manque la vérité, la communion est brisée, la mission est détruite. Vous savez tous très bien comment cette communion de la famille est vraiment subtile, délicate, facilement vulnérable. Ainsi, dans la famille, en plus de la mission du Verbe, du Fils, se reflète aussi la mission de l'Esprit Saint, qui est amour. La famille est en mission, et cette mission est fondamentale pour chaque peuple, pour toute l'humanité ; c'est la mission de l'amour et de la vie, c'est le témoignage de l'amour et de la vie.

     Chers amis, je suis venu ici avec grand plaisir. C'est très volontiers que j'ai accepté votre invitation, en cette fête de la Sainte Famille, à prier avec vous pour la chose la plus fondamentale et la plus importante de la mission de l'Église : pour le renouveau spirituel de la famille, des familles humaines et chrétiennes, dans chaque peuple, dans chaque nation, surtout peut-être dans notre monde occidental, plus avancé, plus marqué par les signes et les bienfaits du progrès, mais aussi par les défauts de ce progrès unilatéral. Si nous devons parler d'un renouveau, d'une régénération de la société humaine, voire de l'Église comme société des hommes, nous devons commencer de ce point, de cette mission. Sainte Église de Dieu, tu ne peux faire ta mission, tu ne peux réaliser ta mission dans le monde, si ce n'est à travers la famille et sa mission.

     C'est la raison principale pour laquelle j'ai accepté votre invitation à être ensemble et à prier ensemble dans cet environnement composé principalement de familles, de couples mariés, d'enfants, voire de familles itinérantes. C'est une belle chose. Nous voyons que la Famille de Nazareth est aussi une famille itinérante. Et il en a été ainsi immédiatement, dès les premiers jours de la vie de l'enfant divin, du Verbe fait chair. Elle a dû devenir une famille itinérante, oui, itinérante et aussi réfugiée.

     Tant de réalités douloureuses de notre temps - celle des réfugiés, par exemple, ou celle des migrants - sont déjà gravées, présentes dans la Sainte Famille de Nazareth. Mais pour vous, c'est surtout une famille itinérante parce qu'elle va partout : si elle va en Égypte, si elle retourne à Nazareth, si elle retourne à Jérusalem avec le petit Jésus de douze ans, elle va toujours partout comme une famille itinérante pour témoigner de la mission de la famille, de la mission divine d'une famille humaine. Je pense que vous, en tant que familles itinérantes, néo-catéchuménales, faites la même chose : vous mettez en place le but de votre itinérance, qui est de porter le témoignage de la mission de la famille partout, dans différents milieux, peut-être dans les milieux les plus déchristianisés. C'est un grand témoignage, humainement grand, chrétiennement grand, divinement grand, parce que ce témoignage, la mission de la famille, s'inscrit finalement dans le sillon de la Sainte Trinité. Il n'y a pas d'autre image dans ce monde qui soit plus parfaite, plus complète que ce que Dieu est : unité, communion. Il n'y a pas d'autre réalité humaine qui corresponde plus, plus humainement, à ce mystère divin. Et ainsi, en portant comme itinérants le témoignage propre à la famille, à la famille en mission, vous portez partout le témoignage de la Très Sainte Trinité en mission. Et ainsi vous faites grandir l'Église parce que l'Église grandit à partir de ces deux mystères. Comme nous l'enseigne le Concile Vatican II, toute la vitalité de l'Église vient finalement, ou principalement, de ce mystère, de ce mystère de la Trinité en mission. D'autre part, vous portez le témoignage de la famille en mission qui cherche à marcher sur les traces de la Trinité en mission. Et donc vous portez aussi un message, le message de Bethléem, le message joyeux de Noël.

     Nous savons que ce message, même selon les traditions et les coutumes, est toujours lié aux familles humaines, c'est la fête de la famille. Nous devons donner à cette fête un grand souffle, une pleine dimension, humainement pleine, chrétiennement pleine, divinement pleine parce que ce mystère humain, cette réalité humaine de la famille s'enracine dans le mystère divin, dans le mystère de la communion de Dieu.

     Vous êtes communion, communion de personnes, comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Vous êtes la communion des personnes, vous êtes l'unité. Vous êtes l'unité et vous ne pouvez qu'être l'unité. Si vous n'êtes pas l'unité, vous n'êtes pas la fraternité ; si vous êtes la fraternité, vous êtes l'unité. Il y a beaucoup de familles dans ce monde avancé, riche et opulent qui perdent leur unité, leur communion, leurs racines. C'est votre catéchèse, c'est votre témoignage néo-catéchuménal : c'est ainsi que nous parlons de la fécondité du baptême sacré. Nous savons bien que le sacrement du mariage, la famille, tout cela découle du sacrement du baptême, de sa richesse. Grandir du baptême, c'est grandir du mystère pascal du Christ. Par le sacrement de l'eau et de l'Esprit Saint, nous sommes immergés dans ce mystère pascal du Christ qu'est sa mort et sa Résurrection. Nous sommes immergés pour retrouver la plénitude de la vie, et cette plénitude, nous devons la retrouver dans la dimension de la personne, mais, en même temps, dans la dimension de la famille - communion de personnes - afin d'apporter, d'inspirer cette nouveauté de vie aux différents milieux, sociétés, peuples, cultures, vie sociale, vie économique..... Tout cela est pour la famille. Oui, vous devez aller partout dans le monde et répéter à tout le monde que c'est "pour la famille", pas au détriment de la famille. Oui, votre programme doit être pleinement évangélique, courageux, courageux dans le témoignage et courageux dans la demande, dans la demande devant tout le monde, surtout devant nos frères, devant nos sœurs, devant toutes ces familles, devant tous ces couples, devant toutes ces générations. Mais aussi devant les autres. Avec ce grand témoignage, la famille en mission comme image de la Trinité en mission, nous devons aussi réaliser un programme que je dirais socio-politique, socio-économique. La famille est impliquée dans tout cela et peut être aidée, portée vers l'avant, privilégiée ou détruite.

     Vous devez, avec toutes vos prières, avec votre témoignage, avec votre force, vous devez aider la famille, vous devez la protéger contre toute destruction. S'il n'y a pas d'autre dimension dans laquelle l'homme peut s'exprimer en tant que personne, en tant que vie, en tant qu'amour, il faut également dire qu'il n'y a pas d'autre lieu, d'autre environnement dans lequel l'homme peut être davantage détruit. Aujourd'hui, beaucoup de choses sont faites pour normaliser ces destructions, pour légaliser ces destructions ; des destructions profondes, des blessures profondes de l'humanité. Tant de choses sont faites pour raccommoder, pour légaliser. Dans ce sens, nous disons "protéger". Mais on ne peut pas vraiment protéger la famille sans entrer dans ses racines, dans ses réalités profondes, dans sa nature profonde ; et cette nature profonde est la communion des personnes à l'image et à la ressemblance de la communion divine. Famille en mission, Trinité en mission.

     Chers amis, je ne veux pas continuer, je ne veux pas me prolonger. Je vous laisse avec ces réflexions, qui me viennent si spontanément. Aujourd'hui, c'est le jour où la Sainte Famille doit nous parler avant tout, et c'est mon humble prière : que cette Sainte Famille de Nazareth, à travers notre assemblée, à travers nos chants, à travers nos prières et aussi à travers cette parole qui est la mienne, puisse nous parler à tous. Amen.

 

 

 

 

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