9 juin 2026 – Dialogue du Pape Léon XIV avec les jeunes à Barcelone, en Espagne, lors de la Veillée de prière, au Stade olympique Lluís Companys
2ème question
La souffrance met à l’épreuve la foi et le sens que nous donnons à la vie. Cela vaut pour tout le monde, et pas seulement pour ceux qui, à un moment donné, sont confrontés à l’épreuve de la maladie.
En t’écoutant, j’ai pensé à ces heures d’obscurité, d’angoisse et de douleur que Jésus a vécues à l’approche de l’heure de sa mort. Les Évangiles, lors du dernier souper et de la prière à Gethsémani, soulignent que le soir tombait, que la nuit s’installait, tout comme, peu avant sa mort sur la croix, ils nous disent que “toute la terre fut plongée dans les ténèbres”. Mais, en réalité, il ne s’agit pas seulement d’une souffrance personnelle ; le Fils de Dieu assume dans sa propre chair toute l’angoisse, la solitude et la souffrance de l’humanité. Dans ces heures sombres, mourant sur la croix, Jésus partage notre douleur et nous révèle le visage d’un Dieu compatissant qui porte nos peines, souffre avec nous, pleure nos larmes et reste à nos côtés par sa présence pleine d’amour et de miséricorde.
Vivre cette expérience est difficile, comme en témoignent à plusieurs reprises les Écritures. Il y a des moments d’obscurité et de souffrance que notre société réduit au silence, car certains modèles culturels veulent justement que nous soyons toujours vainqueurs et parfaits et, pour cette raison, la limite, la fragilité et la douleur doivent être éliminées, ou confinées dans le silence assourdissant de la solitude, voire de la honte. Et, dans ces moments-là, nous pouvons instinctivement penser que Dieu aussi nous a abandonnés. Mais la croix de Jésus nous dit que Dieu ne nous abandonne pas, qu’Il reste crucifié avec nous dans les moments de douleur et de solitude extrême, qu’Il recueille non seulement nos larmes, mais aussi le cri de notre souffrance que les autres n’entendent pas, un cri que Jésus a fait sien sur la croix en disant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Il existe une catéchèse sur les dernières heures de Jésus, dans laquelle Benoît XVI dit que sa souffrance se transforme en prière et en cri, et que cela vaut également pour nous : face aux situations les plus difficiles et les plus douloureuses, lorsque Dieu semble absent, nous devons lui confier une fois de plus les fardeaux que nous portons dans notre cœur, même en criant vers Lui, même en protestant comme Job, sûrs qu’Il se rend présent d’une manière ou d’une autre et qu’Il est proche même quand Il semble se taire. Mais je pense que nous ne pouvons pas le faire seuls. Dans les moments de douleur, du moins dans la mesure du possible, nous devons nous ouvrir à quelqu’un qui nous aide à formuler une prière simple, nous accompagne avec discrétion sans se presser de nous expliquer cette douleur, nous prend par la main et nous fait sortir de ce cri.
Ces expériences adressent également un message à nous, croyants, à toute l’Église : nous ne devons pas spiritualiser la douleur, en la ramenant de manière superficielle à la “volonté de Dieu” ou à un de ses mystérieux projets, car cela risque de minimiser cette souffrance, de la réduire au silence, de blesser les personnes. Dieu ne veut pas la souffrance, Il la porte avec nous et nous invite à Lui faire confiance avec persévérance.
