Cher Monseigneur Centène, évêque de Vannes, chers frères dans l’épiscopat et le sacerdoce, chers amis de Bretagne et d’ailleurs, les fêtes du 400e anniversaire des apparitions de sainte Anne à Yvon Nicolazic s’ouvrent aujourd’hui. Le saint Père m’a missionné auprès de vous comme son envoyé extraordinaire pour manifester combien il considère cet événement comme important, non seulement pour votre diocèse, pour toute la Bretagne mais aussi pour l’Église entière.
Et déjà aujourd’hui la fête de l’apôtre saint Jacques appelé le mineur pour le distinguer de l’autre Jacques, cousin de Jésus, nous permet d’entrevoir le sens spirituel de cet anniversaire.
Dans l‘Evangile de saint Matthieu au chapitre 20, nous voyons la maman de saint Jacques, l’épouse de Zébédée, intervenir auprès de Jésus. Elle est ambitieuse. Elle veut que ses fils Jacques et Jean soient les mieux placés dans le Royaume de Dieu. Et Jésus corrige son ambition. Nous aussi, frères et sœurs, nous pouvons abîmer notre pèlerinage à saint Anne d’Auray, en venant uniquement pour demander à Dieu de faire prospérer nos affaires, pour faire réussir toutes nos entreprises, pour nous satisfaire en tous nos besoins matériels. La seule ambition chrétienne, nous dit Jésus, c’est de suivre le Christ jusqu’au sacrifice, jusqu’à la mort sur la croix, jusqu’au don de sa vie pour la gloire du Père et le salut des âmes.
Notre vocation chrétienne, c’est cela : boire le calice de la croix.
Et je sais que votre région a connu tant de martyrs, tant de prêtres et de fidèles qui ont versé leur sang pour la fidélité à leur foi. Les martyrs nous en donnent l’exemple. Aujourd’hui à l’heure où nous parlons, en de nombreux endroits du monde, des chrétiens meurent martyrs. Ils tombent sous les bombes des terroristes, ils sont massacrés, battus, emprisonnés. Hommes, femmes et même enfants, ils donnent leur vie pour témoigner de leur foi en Christ crucifié et ressuscité. Et vous, chrétiens de Bretagne, chrétiens de France, votre ambition est-elle chrétienne ou mondaine ? Désirez-vous le martyre, le témoignage ultime, le don de votre vie ? La tiédeur, l’indifférence, l’apostasie silencieuse nous guettent comme un virus corrupteur. L’exemple des martyrs doit maintenir notre amour pour Dieu. Un chrétien qui ne désire par le martyre est déjà malade.
Cela ne supprime pas la peur, l’angoisse ou même nos péchés de lâcheté. Mais qu’au moins, au fond de nos cœurs, nous puissions dire comme une prière : « Seigneur, que je puisse témoigner de Votre amour, que je puisse donner de moi-même et de plus si possible donner ma vie par amour pour vous ».
Chers amis, le martyre peut s’accomplir en donnant tout son sang d’un seul coup mais il peut aussi se réaliser en donnant son sang, goutte à goutte, chaque jour. Ce martyre, ce témoignage quotidien est encore le plus répandu, surtout dans votre Europe anciennement chrétienne. C’est celui de ceux qui, chaque jour héroïquement, sont moqués, humiliés et méprisés pour leur foi. C’est aussi le témoignage des parents qui chaque jour se donnent pour leurs enfants.
Dans l’Evangile, nous voyons la maman de saint Jacques intervenir auprès de Jésus et aujourd’hui nous sommes réunis pour ouvrir les fêtes de sainte Anne, la maman de la Vierge Marie.
Combien de mamans ont joué un rôle décisif dans la vie des saints ! Je pense à la maman de saint Jean Bosco, de saint Dominique Savio, à sainte Monique, la maman de saint Augustin.
À sainte Anne Dieu a confié l’éducation humaine et religieuse de la très sainte Vierge Marie mais il a confié aussi à sainte Anne la mission d’éduquer les bretons, les français, et tous les hommes du monde entier à être attentifs à la sainte volonté de Dieu et à consacrer leur existence à Dieu.
Vous, les mères de famille, Dieu vous confie une mission. Vous portez un trésor précieux dans des vases d’argile. Malgré votre faiblesse, l’âme de vos enfants vous est confiée. Quelle terrible mission ! Quelle énorme responsabilité ! Cela est valable pour les papas comme pour les mamans. Dieu vous confie un enfant qu’Il appelle à la sainteté, Il vous donne la mission de préparer son cœur pour que lui-même accueille librement la grâce divine.
Chers parents chrétiens, jour après jour, vous vous donnez corps et âmes. Vous assumez d’énormes sacrifices pour nourrir vos enfants. Vous travaillez dur et je veux vous rendre hommage. Vous êtes des martyrs, des témoins de notre temps. Vous avez sans cesse souci du meilleur pour l’éducation des ces petites âmes que le Seigneur vous a confiées. N’oubliez pas leurs besoins spirituels, n’oubliez pas de leur transmettre la foi ! N’ayez pas peur de témoigner de voter foi auprès de vos enfants !
Comme le dit saint Paul dans la première lecture, nous croyons, c’est pourquoi nous parlons. Oui, nous parlons. Dans une famille chrétienne, on doit parler de Dieu, enseigner le catéchisme, expliquer la Parole de Dieu et conduire les enfants à la messe dominicale. Regardez les images bien connues de sainte Anne avec Marie, encore jeune enfant, qui apprend avec elle à lire les saintes écritures sur les genoux de sa maman. C’est sur ses genoux que la Vierge Marie a appris à chanter les psaumes, à prier, à attendre le messie d’Israël. C’est sur les genoux de leurs parents que les jeunes enfants baptisés doivent apprendre leurs premières prières et les rudiments du catéchisme. N’ayez pas peur de transmettre ! Dieu vous a confié cette mission magnifique de donner la vie humaine.
Je vois de belles familles, nombreuses : qu’elles soient remerciées. Oui, merci pour votre générosité, votre confiance en Dieu. Mais je dis à tous : avec la vie humaine, Dieu vous demande de transmettre la vie divine, la vie de la grâce reçue au baptême. C’est le plus beau cadeau que vous pouvez faire à vos enfants : leur transmettre cette puissance extraordinaire qui appartient à Dieu. Elle ne vient pas de nous. Le don de la grâce ne vient pas de nous mais il vous revient d’ouvrir les cœurs à ce don.
Dans toutes les familles chrétiennes, on doit prier ensemble au moins une fois par jour. Dans toutes les familles chrétiennes, on doit enseigner la foi. Chers parents, votre rôle est décisif : n’ayez pas peur. Sainte Anne vous dit : « n’ayez pas peur ».
Il peut arriver que vos enfants refusent le don de Dieu. On ne vous demande pas de réussir mais de transmettre, sans être angoissés, déconcertés, parfois même désemparés, terrassés mais pas anéantis. Même dans ce don très intime, très personnel qu’est la vocation à la vie sacerdotale, à la vie consacrée, à la vie religieuse, vous avez un rôle à jouer. Certes, cela n’est pas à vous de décider de la vocation de vos enfants, c’est leur secret avec Dieu mais comment entendraient-ils l’appel si vous ne disposez pas leurs cœurs à aimer Dieu, à aimer les prêtres, à aimer les religieux et religieuses ? Comment accueilleraient-ils la vocation si vous ne priez pas pour que vos enfants soient appelés ? Comment oseraient-ils répondre à cet appel si vous mettez en leur âme le seul désir de réussir aux yeux du monde par l’argent, le succès et le plaisir ?
Chers parents, comme sainte Anne avec la Vierge Marie, comme tant de parents de saints, vous avez une grande responsabilité pour transmettre la foi, pour transmettre la prière, pour transmettre la vie chrétienne.
La Tradition avec T majuscule, c’est cela : transmettre ce que nous avons reçu, transmettre ce que Dieu a révélé aux apôtres et ce qui est passé par tant de générations de chrétiens jusqu’à nous. Nous formons une chaîne ininterrompue dont le Christ est le premier maillon. Nous n’avons pas le droit de rompre cette Tradition. Or, la famille chrétienne est le lieu où la tradition, où la transmission s’accomplit. Il est beau de transmettre vos traditions nationales, régionales, vos langues, vos coutumes, vos costumes mais tout cela serait vide et absurde si vous ne transmettez pas la foi qui est l’âme de toutes vos traditions.
Il est traditionnel en Bretagne de venir en pèlerinage à Auray. Cela est bon et bien mais le cœur de cette tradition demeure l’exemple de sainte Anne, la mère de la Vierge Marie qui a transmis à Marie la mère de Jésus la foi reçue de ses parents.
Chers amis, je bénis Dieu qui me donne cette joie, cette grâce de prier avec vous sainte Anne. Je bénis Dieu qui me donne cette grâce de vous renforcer dans la foi. Je bénis Dieu parce qu’en venant ici, je serai moi-même réconforté par votre foi. Demandons à saint Jacques, demandons à sainte Anne la force de témoigner dans nos familles pour transmettre la foi. Et si parfois nous avons l’impression d’avoir échoué parce qu’une enfant s’éloigne de la foi ou la refuse, prions. Je le répète : prions, prions. Comme fit sainte Monique avec saint Augustin. Monique a pleuré et prié pour obtenir la conversion de son fils Augustin et elle a été exaucée.
Témoignons, osons parler ! Non pas parce que nous sommes meilleurs ou supérieurs mais parce que nous portons un trésor dont nous ne pouvons pas priver le monde : le trésor de l’Evangile, le trésor des sacrements qui sauvent le monde !
Que saint Jacques, que sainte Anne et tous les parents des saints qui sont au Ciel nous donnent cette force de témoignage joyeux et obstiné, que rien ne rebute ni ne décourage. Que nous ayions la force de témoigner dans le martyre du quotidien et jusqu’au martyre final si Dieu nous en fait la grâce. Saint Jacques, saint Joachim et sainte Anne, priez pour nous. Amen.