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Principes non négociables
2026
7 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV avec le monde de la culture, de l’art, de l’économie et du sport »
Tisser des liens est donc un dialogue entre institutions centré sur la dignité humaine. Cela implique, par exemple, que l’université ne tourne pas le dos au monde du travail ni ne renonce à la vérité ; que l’activité entrepreneuriale ne considère pas l’employé comme un simple facteur dans l’équation de ses intérêts ; que l’art ne s’adresse pas uniquement aux élites ; que le sport ne soit pas réduit à un spectacle ou transformé en simple commerce ; que le progrès technologique tienne compte des personnes âgées, des pauvres et de ceux qui n’ont pas de voix.
Notre contribution au dialogue, à partir d’une vision chrétienne de la vie, part du constat que le Créateur a tissé l’être humain avec des fils d’amour ; car il a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, Dieu qui est amour (1 Jn 4, 8). C’est là que réside le fondement de la dignité humaine inaliénable, dont le respect absolu est la base du dialogue.
8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les membres du Parlement espagnol
L’Église « chemine avec l’humanité », partage ses espoirs et ses blessures, écoute les interrogations de chaque époque et se laisse interpeller « par tout ce qui concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu le mandat de légiférer. Elle reconnaît « l’autonomie des réalités terrestres » et « la distinction entre communauté ecclésiale et communauté politique » ; et, précisément à partir de cette conscience, elle apporte une réflexion née du désir de servir le bien commun et de rappeler ce qui rend véritablement humaine la vie en société (cf. Magnifica humanitas, nn. 18-19).
Au-delà de la légitime diversité des positions, toute tâche législative finit par se confronter à une question décisive : quelle conception de la personne humaine inspire les lois et quel type de société ces lois construisent-elles ?
l’Espagne a su considérer l’être humain comme bien plus qu’un simple rouage de l’ordre social, économique ou politique : elle l’a reconnu comme une créature ouverte à la vérité, dotée de liberté et animée par une soif d’éternité qu’aucune réalité temporelle ne parvient à éteindre ; en un mot, comme quelqu’un dont la dignité précède toute utilité et au service duquel l’action législative est soumise.
Pour cette raison, lorsque l’on évoque aujourd’hui la personne humaine, ce souvenir nous conduit naturellement à Salamanque et à la pensée qui y a mûri. La présence symbolique dans cette salle des rois Isabelle et Ferdinand renvoie à ce moment où l’Espagne s’est trouvée confrontée à des responsabilités historiques d’une portée universelle ; quelques années plus tard, Salamanque allait assumer, avec une lucidité singulière, la réflexion morale et juridique qu’exigeait ce contexte. Dans cette université, il y a cinq cents ans, alors que s’ouvraient de nouveaux mondes et d’immenses possibilités dans les relations entre les peuples, certains maîtres ont compris que la raison ne pouvait être invoquée pour légitimer tout ce que la force ou l’intérêt présentaient comme opportun. Ils ont ainsi introduit dans la réflexion historique la question de la valeur irréductible de tout être humain et des limites morales du pouvoir. Il faut reconnaître que la société et l’Église elle-même n’ont pas toujours été à la hauteur des intuitions qui trouvaient un écho dans leur propre tradition chrétienne.
Depuis l’Espagne, la réflexion de l’École de Salamanque — et en particulier celle de frère Francisco de Vitoria, ainsi que d’autres dominicains et jésuites — a contribué à forger une conscience juridique et morale capable de rappeler que l’autorité s’accompagne toujours d’une responsabilité et que tout être humain doit être reconnu comme sujet de droits et de devoirs. Cette aspiration continue de résonner aujourd’hui encore : que la dignité, la justice et le bien commun soient la mesure des relations sociales, tant au niveau national qu’international.
C’est là l’un des grands héritages de l’Espagne : avoir su unir l’action historique à la lucidité de la raison morale. Cette contribution, née sur les rives du Tormes, a transcendé les salles de classe et les bibliothèques, pour s’inscrire dans une conscience plus large, partagée par la communauté internationale qui continue de se demander comment construire la paix sur la reconnaissance de la personne et non sur l’imposition de la force. Cet héritage vit également au sein de ces Cortes, chaque fois que le législateur se demande comment faire en sorte que le possible soit juste, que le légal soit véritablement humain et que la volonté de la majorité préserve les biens qui appartiennent à tous et respecte ce qu’aucune majorité ne peut légitimement enfreindre.
La question de Salamanque continue d’accompagner la tâche de ceux qui servent la vie publique. Aujourd’hui, les nouveaux mondes qui s’ouvrent à nous ne se dessinent plus sur les cartes : ils se déploient dans la technique, l’économie, la biomédecine et l’univers numérique, où le pouvoir humain touche des domaines de plus en plus sensibles de la vie personnelle et sociale.
Le progrès offre des possibilités admirables, et nous le voyons aujourd’hui de manière singulière dans le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Comme je l’ai rappelé dans ma récente Encyclique, la technologie en soi n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent (cf. Magnifica humanitas, n. 9) ; c’est pourquoi, face aux transformations de notre temps, notre discernement doit se concentrer sur la place qu’occupe la personne humaine dans nos décisions, et sur la manière dont se posent aujourd’hui, sous un jour nouveau, la dignité du travail, la solidarité, la politique sociale et le bien commun.
Ce discernement part d’un postulat fondamental : toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment (cf. Benoît XVI, Discours devant le Parlement fédéral allemand, 22 septembre 2011). Elle appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe, et c’est pourquoi elle doit guider tout ordre juridique positif. La foi chrétienne la proclame à partir de la Révélation ; la raison humaine peut la reconnaître comme une exigence inscrite dans la vérité de l’homme (cf. ibid.). Lorsque cette conviction reste vivante, le droit devient une protection pour tous et une garantie face à l’imposition d’intérêts et d’agendas particuliers.
Sur cette base, il m’appartient aujourd’hui de prononcer une parole sereine et ferme devant ceux qui ont la grave responsabilité d’organiser juridiquement la vie en société. Cette vie en société peut être menacée par la culture du rejet, comme l’a si souvent mis en garde le Pape François (cf. Discours à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 27 septembre 2021). En ce sens, si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation. Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité.
De même, les peintures qui évoquent, en haut du mur principal, la réception de l’Évangile et du Décalogue, rappellent quelque chose d’essentiel. Sans confondre l’ordre politique avec l’ordre religieux, ces signes invitent à reconnaître que la liberté moderne a également été préparée par une longue éducation de la conscience, profondément marquée par la tradition chrétienne. Dans cette école intérieure, les peuples ont appris que le droit doit servir le bien, que la justice impose des limites à la force, que le pouvoir a besoin de légitimité, que les pauvres font pleinement partie de la communauté, que l’étranger doit être accueilli conformément à sa dignité et que la vie humaine ne peut jamais être traitée comme une marchandise.
Une loi n’atteint pas sa véritable grandeur par le simple fait d’avoir été formellement approuvée ; elle l’atteint lorsque, en plus d’être valide dans sa forme, elle peut se présenter devant la dignité de la personne et sortir de cet examen sans honte.
Je vous invite donc à lever les yeux : non pas pour vous éloigner de la réalité, mais pour vous rappeler que toute décision des autorités publiques touche des personnes en chair et en os, en particulier celles qui ont le moins de force pour se faire entendre. Car la hauteur de vue consiste précisément à regarder avec plus de profondeur ce qui est en jeu dans chaque décision publique. C’est pourquoi, outre les réponses techniques et les réformes juridiques, un renouveau moral s’impose également.
10 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les organismes diocésains de charité et d'assistance, église de Sant Agustín (Barcelone)
Je suis heureux de vous rencontrer, vous tous qui, de différentes manières, vous engagez concrètement dans l’assistance, l’accompagnement et la promotion de ceux qui en ont le plus besoin, surtout en ces temps que nous traversons où le sens de la dignité sacrée de l’être humain semble s’être perdu.
Je tiens à souligner qu’en tant que chrétiens, nous sommes appelés à rendre présent l’amour de Dieu pour chaque homme et chaque femme, dans le tissu concret de l’histoire. Le livre de la Genèse nous raconte que Dieu « créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). C’est là que réside la dignité inaliénable de tout être humain qui ne dépend ni des capacités qu’il possède ni des richesses qu’il accumule ou du rôle qu’il joue, mais du don qui le précède et le dépasse, fait par Dieu comme expression de son amour qui ne faillit jamais (cf. Magnifica humanitas, n. 50).
Le Seigneur nous invite donc à accueillir chaque femme comme une sœur et chaque homme comme un frère. En tant qu’enfants du même Père, chaque personne est par constitution faite pour la relation ; elle a été conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création (cf. ibid.). Les œuvres diocésaines de charité et d’assistance dont vous faites partie et que vous menez à bien avec effort et dévouement constituent une expression singulière de cette aspiration divine, dans la conscience que la personne humaine est au centre de l’action de l’Église (cf. Gaudium et spes, n. 24) et que la charité est « le plus grand commandement social » (CCE, n. 1889).
22 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV au siège du Programme Alimentaire Mondial (PAM)
Je voudrais remercier S.E. Mme Cindy McCain pour son aimable invitation à intervenir à cette rencontre annuelle du Conseil d’administration du Programme alimentaire mondial des Nations unies. Je salue en particulier M. Carl Skau, directeur exécutif par intérim, et S.E. Mme Carla Barroso Carneiro, présidente de cette importante assemblée. J’étends mes salutations aux représentants des États membres, aux éminents participants à cette rencontre et au personnel de cette institution intergouvernementale, qui se consacre à sauver des vies dans des situations d’urgence et à apporter une aide alimentaire dans les conflits et les catastrophes naturelles. L’engagement de votre institution trouve un profond écho dans la mission de l’Église catholique de défendre la dignité humaine et de promouvoir la fraternité, enracinée dans l’appel de l’Évangile à aimer notre prochain (cf. Mc 12, 31). Nous partageons ensemble le devoir urgent de lutter contre la faim et la malnutrition, tout en affrontant les causes structurelles sous-jacentes qui les entretiennent. Pour répondre à ce devoir de façon efficace, nous devons examiner les défis qui se présentent à nous, leurs causes sous-jacentes et les chemins qui mènent à des solutions durables.
Aujourd’hui, d’événements isolés, les crises sont devenues des réalités persistantes, caractérisées par des conflits prolongés, une insécurité alimentaire chronique, une instabilité économique et une vulnérabilité climatique croissante. Cela soulève une question fondamentale : quelle configuration de l’ordre mondial est capable de produire, de reproduire et parfois de normaliser de telles conditions ? La question ne se limite plus à savoir comment intervenir ; elle comporte également de comprendre pourquoi le système produit constamment précisément les problèmes qu’il est ensuite contraint de corriger.
L’ordre international est devenu de plus en plus fragmenté, en partie à cause de la crise du système multilatéral. Comme je l’ai récemment observé dans la Lettre encyclique Magnifica humanitas : «Les institutions créées pour défendre l’idée d’un destin commun des peuples et d’un bien commun mondial semblent affaiblies» (n. 201). En l’absence d’un horizon éthique commun capable de soutenir une réelle coopération, le système international est passé du multilatéralisme à «un multipolarisme désordonné et conflictuel, où prévaut la méfiance envers l’autre» (ibid.). Par conséquent, les États destinent de plus en plus leurs ressources à la sécurité nationale, à la croissance économique et à la stabilité intérieure, ignorant le lien étroit entre ces questions et la coopération multilatérale.
Cette tendance révèle un paradoxe frappant : une capacité mondiale de production sans précédent coexiste avec des zones toujours plus étendues de vulnérabilité extrême. Les mêmes forces qui soutiennent la croissance économique exacerbent souvent l’exclusion et la marginalisation. Bien que le fait de soulager la souffrance humaine soit en principe largement reconnu comme essentiel, les préoccupations humanitaires risquent de plus en plus d’être reléguées au second plan dans les priorités internationales.
C’est précisément dans l’écart entre la reconnaissance de principe et la définition des priorités dans la pratique que nous assistons à la bureaucratisation progressive de la solidarité et de la marchandisation silencieuse de la vie humaine. D’un côté, l’action humanitaire est toujours plus alourdie par des procédures bureaucratiques qui peuvent retarder l’aide aux personnes qui en ont besoin. De l’autre, l’accès aux biens essentiels, y compris l’alimentation, est trop souvent influencé par des considérations stratégiques. Ainsi, ceux qui ne génèrent pas de valeur quantifiable risquent de devenir invisibles.
Cette double dynamique soulève un défi éthique grave : la personne humaine n’est plus systématiquement placée au centre de l’action internationale. Dans ce contexte, il est important de reconnaître que «tandis que les aides et les plans de développement sont contrecarrés par des décisions politiques compliquées et incompréhensibles, par des visions idéologiques biaisées ou par des barrières douanières infranchissables, les armes elles ne le sont pas» (Pape François; Discours au Conseil d’administration du Programme alimentaire mondial, 13 juin 2016). En effet, on «alimente» plus facilement les conflits qu’on ne nourrit les personnes. Cette réalité reflète non seulement des lacunes opérationnelles, mais aussi un déséquilibre fondamental dans les priorités politiques et morales.
Les conséquences s’étendent bien au-delà des personnes immédiatement concernées. Plus qu’une simple préoccupation humanitaire, la faim mine la cohésion sociale, augmente le risque de conflit et alimente la migration forcée. De plus, elle affaiblit la capacité des États et des sociétés à édifier des institutions résilientes, à fournir une éducation efficace et à promouvoir un développement économique durable. Ce faisant, elle perpétue des cycles de fragilité qui affectent en ultime analyse la communauté internationale dans son ensemble.
Dans cette perspective, il apparaît clairement que l’action humanitaire n’est pas étrangère à l’ordre international. Elle reflète au contraire la responsabilité de la communauté internationale de renforcer la solidarité, de lutter contre l’exclusion et de reconnaître la dignité inhérente, donnée par Dieu, de chaque personne humaine. Au-delà de la gestion des crises, les institutions internationales incarnent donc un principe de responsabilité commune et affirment que la communauté internationale est unie par la préoccupation pour les personnes se trouvant dans les situations les plus vulnérables. Dans ce sens, le Programme alimentaire mondial est bien plus qu’un simple acteur politique, économique ou technique ; il est l’expression concrète de la solidarité internationale. En effet, là où les institutions nationales se retirent et où les réseaux communautaires se désagrègent, sa présence contribue à empêcher que les crises humanitaires ne dégénèrent en un effondrement irréversible.
Pour cette raison, un engagement renouvelé en vue de la coopération multilatérale est essentiel. Dans un monde de plus en plus fragmenté et multipolaire, aucun État ne peut relever les défis mondiaux seul. La paix durable et le développement humain intégral et durable ne sont possibles que grâce à la participation de tous, encouragée par le dialogue international authentique et la coopération orientée au bien commun. Une telle approche exige une ferme volonté politique capable de transcender les perspectives à court-terme et d’investir dans les biens publics mondiaux. «Un tel objectif ne peut être atteint que par la convergence de politiques efficaces et la mise en œuvre coordonnée et synergique des interventions. L’exhortation à marcher ensemble, dans la concorde fraternelle, doit devenir le principe directeur» (Visite au siège de la FAO à Rome, 16 octobre 2025, n. 6).
Dans cet esprit, je désire lancer un appel aux gouvernements et aux peuples du monde en vue de renouveler et de renforcer leur engagement, d’accroître les ressources consacrées à combattre la faim et ses causes profondes, et à éliminer les obstacles qui empêchent l’aide d’arriver à ceux qui en ont besoin. Dans le même temps, ce soutien devrait également renforcer l’engagement avec l’Église et la société civile. Renforcer les capacités de tous ces acteurs dans leur ensemble décuplera notre efficacité collective dans la lutte contre la faim.
Mettre en œuvre cet appel de façon efficace exige de réduire la bureaucratie superflue afin que la transparence et la responsabilité servent les personnes au lieu d’empêcher l’aide. Dans les situations où les gouvernements ne peuvent pas exercer un contrôle territorial efficace ou l’accès humanitaire est limité, des partenaires locaux fiables deviennent indispensables. L’Église catholique — à travers les paroisses, les diocèses, les agences de la Caritas et d’autres initiatives confessionnelles — parviennent souvent à atteindre les populations vulnérables dans des zones inaccessibles aux acteurs internationaux. J’encourage donc le Programme alimentaire mondial et ses partenaires à continuer de soutenir ces efforts.
Il est tout aussi important de résister à la marchandisation des besoins humains fondamentaux. La nourriture, l’eau et l’assistance sanitaire ne peuvent être soumises aux seules considérations du marché ou aux intérêts géopolitiques. L’accès à une alimentation suffisante est un droit humain fondamental ancré dans la dignité de chaque personne. Répondre à ce besoin non seulement soulage les souffrances, mais affronte également les causes sous-jacentes de l’instabilité géopolitique. En effet, la sécurité alimentaire est un élément essentiel de la sécurité mondiale et intégrale.
À cet égard, il est louable que, outre ses interventions face aux situations d’urgence, le Programme alimentaire mondial étende son travail au-delà des aides immédiates en adoptant des initiatives à long-terme, telles que les programmes qui fournissent des repas aux enfants à l’école. Ces investissements renforcent l’éducation, le développement humain et la résilience sociale, reflétant une vision intégrale du développement humain qui promeut la dignité, les opportunités et le bien-être de toute la personne.
Excellences, chers amis, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’efficacité d’une agence, mais aussi la crédibilité de la coopération internationale elle-même. Votre organisation montre qu’un chemin renouvelé est possible ; toutefois, il exige la détermination à simplifier ce qui est devenu trop complexe, à donner la priorité à ce qui est essentiel et à assurer qu’aucune personne ne soit oubliée. Car cet engagement est enraciné dans la reconnaissance que chaque personne humaine possède une dignité inhérente et inaliénable qui demeure intacte, quelles que soient ses circonstances, sa condition ou son statut social. Enracinée dans l’amour inconditionnel et infini de Dieu, cette dignité peut être décrite comme infinie, car rien ne peut diminuer, effacer ou nier sa valeur (cf. Lettre encyclique Magnifica humanitas, n. 53). C’est précisément dans notre fidélité à cette vérité que se mesure le degré d’humanité de nos politiques et avec lui, l’avenir de la communauté internationale.
Avec ces sentiments, je demande à Dieu de bénir vos efforts en abondance afin que tous puissent recevoir leur pain quotidien et vivre dans la dignité. Je vous assure de mes prières pour vous, vos proches et ceux que vous servez.
25 juin 2026 - Lettre du Pape Léon XIV à l'occasion du 250e anniversaire de la fondation des États-Unis d' Amérique. Publiée sur le site du Vatican le 4 juillet 2026
Parmi les principes qui ont guidé le développement des Etats Unis figure la dignité, donnée par Dieu, de toute vie humaine, chaque personne étant dotée d’une valeur intrinsèque qui exige le respect, la protection et le soin. Dans cet esprit, une pleine compréhension de cette dignité conduit à reconnaître l’importance de protéger la vie humaine de son commencement, à la conception, jusqu’à sa mort naturelle, et d’édifier une société dans laquelle les personnes vulnérables, celles qui souffrent et celles qui sont oubliées soient toujours traitées compassion, solidarité et amour.
3 juillet 2026 - Discours du Saint-Père à l’occasion de l’acceptation de la Médaille
de la Liberté du Centre national de la Constitution
Je m'unis à vous pour demander à Dieu de bénir l'avenir de l'Amérique, afin que les nobles idéaux inscrits dès les premières lignes de la Déclaration d'Indépendance continuent de guider l'épanouissement de la nation dans l'unité, la justice et la paix.
Dès notre jeunesse, la plupart d'entre nous ont admiré l'éloquence de ces paroles, avec leur appel puissant à la loi naturelle et au Dieu de la nature comme fondement de cette affirmation selon laquelle tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux et dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels figurent le droit à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur.
Bien que formulée dans le langage des Lumières, cette affirmation trouve en définitive son fondement dans une compréhension de la personne humaine inspirée par la grande vision biblique de l'homme et de la femme créés à l'image de Dieu. C'est précisément là que nous découvrons le fondement de la dignité humaine ; une dignité qui précède l'établissement de tout État et dont la protection constitue la raison même de son existence….
… Le premier droit inscrit par les fondateurs de la nation fut le droit à la vie, car nul, privé de la vie, ne peut jouir de la liberté ni poursuivre le bonheur. La vitalité d'un pays est profondément liée à la valeur qu'il accorde à la vie humaine sous toutes ses formes et dans toutes ses conditions, en reconnaissant la dignité conférée à toute personne humaine du seul fait de son existence.
La valeur intrinsèque de chaque vie humaine a conduit le cœur généreux de générations entières à louer les merveilles du Créateur (cf. Ps 139, 14) et à se tenir avec respect devant un don si précieux. C'est précisément ce respect que nous devons continuer à cultiver : un respect qui touche le cœur des personnes et inspire des lois reconnaissant et protégeant le don de la vie depuis le moment de la conception jusqu'à la mort naturelle.
Ce respect nous aide également à découvrir que nous sommes les gardiens et les intendants de ceux qui nous sont confiés. À cet égard, la grandeur morale d'une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à soutenir, protéger et chérir la vie de tous, en particulier celle des plus vulnérables et de ceux dont la valeur est remise en question.
21 août 2026 - Aux Participants à la rencontre de l’"International Catholic Legislators Network"
Est-ce que la technologie aide les personnes à devenir plus fraternelles et responsables envers elles-mêmes et les uns envers les autres ? À cet égard, les principes de la doctrine sociale de l’Église — la dignité inviolable de toute personne, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité et la solidarité — fournissent des critères sûrs de discernement.
22 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux autorités et à la société civile, lors de sa Visite pastorale en République de Saint-Marin.
C’est pourquoi la République de Saint-Marin peut être un « laboratoire » de bonne politique, où, sans déroger à la laïcité de l’État, il est possible de puiser aux principes de la doctrine sociale catholique :
Une communauté comme la vôtre, à la fois riche de valeurs traditionnelles et en phase avec son époque sur le plan technologique, peut en effet poursuivre efficacement cet objectif, à travers une attention qui se traduit par la protection de toute vie, à chacune de ses étapes, de la conception à la mort naturelle.
« La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la puissance de ses moyens, mais au soin qu’elle sait offrir, à sa capacité de reconnaître l’autre comme un visage et non comme une fonction. La capacité de savoir prendre soin les uns des autres est une dimension importante de notre humanité. […] La technologie peut également soutenir le soin réciproque entre les personnes, par exemple lorsqu’elle offre des instruments permettant d’aider à prévoir et à organiser, mais sans priver l’être humain de sa liberté et de son jugement, lui qui est le sujet des relations et le responsable des décisions » (Magnifica humanitas, 114).
20 mai 2026 - Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).
En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).
Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.
Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).
Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».
Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).
Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).
Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.
27 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l'Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s'y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer.
La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
3 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
En poursuivant notre catéchèse sur la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC), nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée, tels que le rite, le signe et le symbole.
Le Concile Vatican II, s’inspirant du précieux travail du Mouvement liturgique, nous a aidés à redécouvrir une vérité très vive dans la conscience de l’Église primitive et dans l’enseignement des Pères. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un revêtement extérieur du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation ecclésiale par laquelle nous parvient le don divin. C’est précisément pour cette raison que le Concile invite à comprendre le Mysterium fidei qui se réalise dans la liturgie à travers les rites et les prières (cf. SC, 48).
Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, suscitant en nous une sensibilité spirituelle qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. Naturellement, cela se produit si nous ne restons pas des spectateurs étrangers ou muets (cf. ibid.) face à la liturgie, mais si nous y participons de tout notre être – corps, esprit et cœur –, en obéissance au commandement du Seigneur. À travers le rite sacré, nous sommes ainsi formés à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’action de grâce et à l’adoration, au partage fraternel et à la communion ecclésiale. Nous découvrons que nous sommes une assemblée aux multiples visages, réunie par la même foi.
Le rite nous plonge dans une séquence bien définie de gestes et de prières, qui peut parfois contrarier notre tendance individuelle à la spontanéité. Sa logique, cependant, n’est pas d’enfermer la liberté dans des schémas. Au contraire, par la sobriété solennelle de ses rythmes, le rite interrompt les activités frénétiques nous ramenant à l’essentiel. Nous découvrons ainsi une autre dimension de l’agir, qui n’est pas guidée par des calculs de rendement, et une autre expérience du temps et de l’espace. Dans le rite, nous faisons l’expérience d’une logique de gratuité, nous trouvons une pause qui régénère le cœur, nous reconnaissons que nous sommes précédés de la grâce divine, nous apprenons à vivre dans un rythme habité par l’Esprit Saint.
La grammaire du rite est tissée des signes et des symboles propres à la liturgie. En elle, comme l’affirme le Concile, « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux » (SC, 7). Le Catéchisme de l’Église Catholique approfondit la valeur de ces signes, en rappelant que « leur signification s’enracine dans l’œuvre de la création et dans la culture humaine, se précise dans les événements de l’Ancienne Alliance et se révèle pleinement dans la personne et l’œuvre du Christ » (n° 1145). Emblématique est le signe de l’eau : depuis les origines de la création jusqu’au déluge, depuis la traversée de la mer Rouge jusqu’au Jourdain, jusqu’à l’eau qui jaillit du côté du Christ et devient signe sacramentel de l’immersion dans sa mort et résurrection.
“Signe” et “symbole” sont des termes souvent utilisés comme synonymes. En réalité, un signe est symbolique lorsqu’il est capable de renvoyer non seulement à une idée, mais à tout un système de significations et de valeurs. Ainsi, par exemple, lorsque nous sommes aspergés avec l’eau bénite, cela ravive en nous la conscience du don reçu lors du baptême et notre adhésion à la vie nouvelle en Christ. Deuxièmement, les symboles ont essentiellement un caractère pratique, étant avant tout des actions : les plus simples et courantes, comme s’agenouiller et se donner la paix, ou les plus exigeantes, comme les actes constitutifs de chaque sacrement. Surtout, les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, tant envers les éléments matériels qui les composent qu’envers ceux qui entrent en contact avec eux, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales.
Dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi, le pape François, faisant sienne une affirmation de Romano Guardini, identifiait « la première tâche du travail de formation liturgique : l’homme doit retrouver sa capacité symbolique » (n° 44). Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse, accompagnée d’une catéchèse mystagogique appropriée, est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui, dans la logique de l’Incarnation, ne peut avoir lieu qu’en impliquant tout l’homme : esprit, âme et corps (cf. 1Th 5, 23).
24 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II, en particulier sur la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), sur la liturgie.
Lorsque saint Augustin veut expliquer aux nouveaux baptisés le mystère du Corps du Christ, il reprend le passage de saint Paul que nous venons d’entendre : « Vous êtes le corps du Christ et, chacun selon sa part, ses membres » (1 Co 12, 27). Et il ajoute : « C’est votre mystère que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : “Le corps du Christ”, et vous répondez : “Amen”. Soyez donc des membres du corps du Christ, afin que votre “Amen” soit vrai. […] Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes » (Sermon 272, PL 38, 1247).
Immédiatement après avoir évoqué la Cène de Jésus, la Constitution sur la Liturgie parle de l’Eucharistie en ces termes d’inspiration augustinienne. Pour les chrétiens, prendre part à la table du Seigneur signifie en effet « être formés par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, rendre grâce à Dieu » (SC, 48). C’est en le recevant dans sa Parole et dans l’Eucharistie que nous devenons ce que nous recevons. Nous devenons le Corps dont le Chef est le Christ ressuscité, assis à la droite du Père (cf. Col 1, 18), qui nous prépare une place dans les cieux (cf. Jn 14, 3) : l’Eucharistie est ainsi le sacrement du Royaume à venir. C’est le Pain de la route, qui nous conduit vers la Patrie céleste, jusqu’au jour béni où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).
L’assemblée liturgique offre le Sacrifice « non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui » (SC, 48). Dans cette perspective, l’Eucharistie est la forme du sacrifice spirituel des chrétiens (cf. He 13, 16 ; Rm 12, 1), en tant que voie d’union avec Dieu et d’union réciproque. En y participant, ils apprennent « à s’offrir eux-mêmes et, jour après jour, à être consumés, par le Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux » (ibid.). Ainsi, en nous unissant au Christ, l’Eucharistie nous enseigne à adopter le mode de vie du Seigneur Jésus lui-même, marqué par le don gratuit de soi. Ce don nous fait donc entrer dans la dynamique de l’unité, qui offre un puissant antidote aux germes de division qui minent notre monde, nos communautés, nos familles, notre cœur (cf. SC, 47).
Très chers, lorsque nous participons à l’Eucharistie, nous sommes invités à écouter la Parole de Dieu et à nous nourrir à la table du Seigneur, où Lui-même s’offre au Père. Ces deux parties de la Messe, la Liturgie de la Parole et la Liturgie eucharistique, « sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte » (SC, 56).
En ce qui concerne la Parole, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas seulement d’acquérir une connaissance intellectuelle des Écritures, mais de recevoir la Parole « vivante et efficace » (He 4, 12), adressée par Dieu à tous et en même temps à chacun, Parole qui nourrit et alimente ensemble avec le Pain eucharistique, et nous fait passer de la décadence du péché à la vie nouvelle en Christ. « L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 55).
Le Concile œcuménique Vatican II a demandé « d’ouvrir plus largement les trésors de la Bible, afin que la table de la Parole de Dieu soit offerte aux fidèles avec une plus grande abondance » (SC, 51). La réforme liturgique a traduit cette demande par ce trésor qu’est le Lectionnaire, c’est-à-dire le livre qui rassemble toutes les Lectures bibliques destinées aux célébrations liturgiques. Cette richesse a été puisée à la source la plus pure de la Tradition vivante, qui allie la « fidélité à la tradition » à l’« ouverture à un progrès légitime » (SC, 23).
Le début du chapitre II de la Constitution sur la Liturgie est tissé de références au grand fleuve de la Tradition, qui s’étend des Pères de l’Église jusqu’à nous. Je cite : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné » (SC, 47).
Chers frères et sœurs, puisons avec foi à cette source de vie divine et laissons-nous transformer par le mystère que nous célébrons.
5 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.
Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).
À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.
La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).
Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).
C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).
Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.
Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.
Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXV: PL 37, 1081).
Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.
12 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.
Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).
Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple [...] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a lui-même commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.
C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !
Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini(31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.
Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-à-dire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).
À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).
L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.
19 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Chers frères et sœurs,
Le sixième chapitre de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du Concile Vatican II est consacré à la musique sacrée. Il affirme : « La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle » (SC, 112). Il précise également : « La musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus agréable, en favorisant l’unanimité ou en rendant les rites sacrés plus solennels » (ibid.).
Nous trouvons ici le cœur de l’enseignement conciliaire, qui confirme et approfondit la fonction ministérielle de la musique dans la liturgie, déjà soulignée par saint Pie X dans le Motu Proprio Inter sollicitudines(22 novembre 1903). La musique, en réalité, fait partie intégrante de l'action liturgique et n'est pas un simple ornement de la célébration. Dans la liturgie, chanter et jouer de la musique signifie prier, accorder son cœur à celui de ses frères et sœurs et avec Dieu, en participant activement au mystère célébré. La musique, en particulier, exprime la dimension affective de la prière, comme le dit saint Augustin : « Cantare amantis est », c'est-à-dire « le chant est l’expression de l’amour » (Sermon 336, 1). Ceci est très important, car cela aide à ouvrir le cœur à l'action de Dieu dans la grâce et à se laisser transformer par elle.
Le chant, en outre, favorise la communion. Par la symphonie des voix, il contribue à l'union des âmes, transcendant les différences entre les personnes et unissant tous les fidèles dans la louange de Dieu. Ainsi, il devient une épiphanie de l'Église, une manifestation tangible de la communion qui est inhérente à sa nature même.
La profonde signification théologique du chant sacré, partie intégrante de l’action liturgique, engendre certaines exigences. La première est que, au-delà des modes ou des sensibilités particulières des auteurs, il doit répondre à tous les niveaux à ce qui convient le mieux au moment de la célébration. La forme, notamment sur le plan mélodique, doit être à la fois noble et simple, d’une grande qualité musicale et facile à exécuter, surtout lorsqu’elle est destiné à être chantée par toute l’assemblée (cf. SC, 121).
Pour la même raison, le Concile recommande que les textes soient également appropriés, profonds et, en même temps, facilement compréhensibles, inspirés principalement de l’Écriture sainte, des livres liturgiques et de la Tradition spirituelle de l’Église. Sur ce point, il est nécessaire d’être vigilant afin que soit maintenue et renforcée la dynamique exprimée par l’ancien principe « lex orandi lex credendi », c’est-à-dire, la loi de la prière est aussi la loi de la foi .
Sacrosanctum Concilium consacre une large place au thème de la participation active des fidèles (cf. n° 114). Elle doit être « comprise […] à partir d'une plus grande conscience du mystère qui est célébré et de sa relation avec l'existence quotidienne » (Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis, 52), dans un « esprit de constante conversion qui doit caractériser la vie de tous les fidèles » (ibid., 55). Quant à la manière concrète d’y parvenir par le rôle spécifique de la musique sacrée, la Constitution apporte une réponse claire : « On favorisera les acclamations du peuple, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques» et « un silence sacré » (SC, 30). Elle exhorte chaque ministre ou laïc à accomplir « seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques » (SC, 28), dans un équilibre harmonieux entre les différents ministères, les diverses interventions et les moments de silence.
Le Concile accorde ainsi une grande importance au chant grégorien, sans pour autant exclure de la célébration d’autres genres de musique sacrée. Une attention particulière est également portée à l’orgue (voir SC, 120), tandis que l’usage d’autres instruments est permis « selon qu’ils sont ou peuvent devenir adaptés à un usage sacré, qu’ils s’accordent à la dignité du temple et qu’ils favorisent véritablement l’édification des fidèles. » (SC, 120).
Un thème cher à la réforme conciliaire est celui de l’inculturation, notamment dans le domaine de la musique sacrée. On souligne en particulier, en ce qui concerne les traditions musicales des différentes cultures, l'importance de les prendre sérieusement en considération comme faisant partie intégrante de la vie religieuse et sociale des peuples. Il est donc recommandé, d’une part, de dispenser à tous une formation « de leur sens religieux » (SC 119) et, d’autre part, « dans la mesure du possible, […] de promouvoir la musique traditionnelle de ces peuples, tant à l’école que dans les actions sacrées » (ibid.).
Dans le contexte liturgique, un rôle particulier est reconnu à la schola cantorum, instrument pastoral dont la promotion est recommandée, avec pour tâche « d'assurer la juste exécution des parties qui lui sont propres, selon les divers genres de chant, et d'aider la participation active des fidèles dans le chant.» (Sacrée Congrégation Des Rites, Instr. Musicam sacram, 19).
À cette fin, le compositeur de musique sacrée est appelé à connaître et à préserver le patrimoine musical de l’Église, s’en laissant inspirer pour créer de nouvelles compositions au service de la liturgie, dans le respect des sensibilités contemporaines et des diverses traditions culturelles, afin de « purifier le culte d'erreurs de style, de formes d'expression médiocres, de musiques et de textes plats, peu adaptés à la grandeur de l'acte que l'on célèbre, pour assurer la dignité et la beauté des formes de la musique liturgique » (Saint Jean-Paul II, Chirographe sur la musique sacrée, 22 novembre 2003, 3).
Pour toutes ces raisons, les Pères conciliaires recommandent de promouvoir la formation et la pratique de la musique sacrée « dans les séminaires, les noviciats de religieux des deux sexes et leurs maisons d’études, et aussi dans les autres institutions et écoles catholiques » (SC, 115), et de veiller à ce que les musiciens et les chanteurs reçoivent une solide formation liturgique (cf. ibid.).
Chers frères et sœurs, les Pères de l’Église tenaient le chant liturgique en haute estime, symbole de communion ecclésiale. C’est pourquoi nous pouvons conclure par ces belles paroles de saint Ignace d’Antioche : « Que chacun de vous aussi, vous deveniez un chœur, afin que, dans l'harmonie de votre accord, prenant le ton de Dieu dans l'unité, vous chantiez d'une seule voix par Jésus-Christ au Père, afin qu'il vous écoute et qu'il vous reconnaisse, par vos bonnes œuvres, comme les membres de son Fils » (Lettre aux Éphésiens 4, 2).
26 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Dans cette dernière catéchèse sur la Constitution Sacrosanctum Concilium, je voudrais m’arrêter sur les raisons pour lesquelles les Pères conciliaires ont voulu promouvoir une réforme de la liturgie. À cet égard, la troisième Lettre du Concile que le cardinal Giovanni Battista Montini, alors archevêque de Milan, a adressée le 28 octobre 1962 aux fidèles de son Église est très éclairante. La liturgie – écrivait-il – « est l’expression sincère tant du divin que de l’humain. C’est un langage. C’est, d’une part, un vecteur d’enseignement divin, et, d’autre part, la voix d’un dialogue avec Dieu. Il est clair qu’elle ne peut renoncer à sa fonction didactique, et qu’elle ne peut manquer d’offrir à la foi et à la piété la possibilité de s’exprimer avec une intelligibilité spontanée » [1] . Animé par ces convictions, le futur pape saint Paul VI affirmait que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester muets et passifs. Leur présence matérielle ne peut s’accorder avec leur absence spirituelle ». [2]
La concordance entre ces déclarations et celles qui figureront au n°48 de la Constitution conciliaire est évidente : « l’Église se soucie-t-elle d’obtenir que les fidèles n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent de façon consciente, pieuse et active à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu ; qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux ». On perçoit dans ces paroles une prise de conscience renouvelée de la valeur de la liturgie. À travers les actions rituelles de l’Église, tandis que s’accomplit le mémorial de l’œuvre du salut, la possibilité est donnée de vivre la véritable relation avec Dieu, en entrant en contact avec l’événement salvifique. Puisque les gestes, les paroles de la sainte liturgie sont décisifs pour réaliser cette expérience, la participation des fidèles ne peut être passive.
La réforme conciliaire, en mettant au centre ce qui constitue le cœur de l’expérience ecclésiale, a voulu faire resplendir la liturgie comme « la source première de cet échange divin par lequel la vie de Dieu nous est communiquée » [3] . De cette conviction est née la nécessité de rendre la richesse des textes bibliques et des prières, plus accessible à tous les fidèles, et de simplifier l’ordre de la célébration par rapport à celui prévu dans les livres liturgiques alors en vigueur.
La liturgie, en effet, étant une réalité vivante, a toujours été soumise, au fil des siècles, à des évolutions et à des changements. Le Magistère en a adapté les formes aux exigences des différentes époques. Il n’est donc pas surprenant que le Concile Vatican II, dans le plus grand respect du patrimoine de la tradition, et précisément afin de le rendre plus accessible, ait jugé nécessaire une révision des livres liturgiques.
L’objectif qui tenait à cœur aux Pères est énoncé au n° 21 de la Constitution Sacrosanctum Concilium : « Pour que le peuple chrétien bénéficie plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère l’Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire. » C’est à l’encyclique Mediator Dei du pape Pie XII que remonte la distinction, dans la liturgie, entre les éléments divins, immuables, et les éléments humains, qui, eux, « peuvent subir diverses modifications, approuvées par la sainte Hiérarchie assistée par le Saint-Esprit, selon les exigences des temps, des choses et des âmes » (Acta Apostolicae Sedis 39, 1947, 541-542).
D’ailleurs, le désir d’une « réforme générale » n’était pas né du jour au lendemain, mais s’était manifesté dans l’action des papes qui s’étaient succédé depuis le début du XXe siècle, en accord avec les revendications du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « comme des étrangers ou des spectateurs muets » avait déjà été reprise par la Constitution apostolique Divini Cultus de Pie XI. On peut en outre rappeler les interventions de Pie XII sur l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a replacés aux heures correspondant aux événements pascaux, après qu’ils avaient été avancés pendant des siècles aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire une simplification des rubriques du Bréviaire et du Missel, qu’il a approuvée par le Motu proprio Rubricarum instructum, du 25 juillet 1960, dans lequel il renvoyait au Concile œcuménique annoncé la proposition des principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.
La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II s’inscrit donc dans le sillage de la tradition vivante de l’Église. Sa juste compréhension permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore parfois aujourd’hui, en absolutisant ou en interprétant de manière erronée certains des principes qui étaient à la base de la réforme elle-même.
À cet égard, il convient de rappeler que la Constitution conciliaire affirme que « les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est “le sacrement de l’unité”, c’est-à-dire le peuple saint rassemblé et ordonné sous la conduite des évêques. C’est pourquoi ces actions appartiennent à l’ensemble du corps de l’Église, elles le manifestent et l’impliquent » (Sacrosanctum Concilium, n° 26).
Il incombe donc en premier lieu aux pasteurs, aux évêques, mais aussi à chaque prêtre, de préserver et de promouvoir une liturgie qui, dans le respect des normes liturgiques, resplendisse par sa noble simplicité (cf. n° 34) et manifeste ainsi l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Une telle liturgie sera également un vecteur fondamental d’évangélisation, l’instrument de grâce par lequel, comme l’enseigne le Concile, nous pourrons apprendre à nous offrir nous-mêmes et, par la médiation du Christ, nous serons consommés dans l’unité avec Dieu et entre nous (cf. n° 48).
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[1] G. B. Montini, «Terza lettera dal Concilio», Rivista Diocesana Milanese 51 (1962) 921-923: 922.
[2]Ibid.
[3] Solenne Chiusura della II Sessione del Concilio, Allocuzione del Santo Padre Paolo VI (4 dicembre 1963).
Mercredi 2 septembre 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous entamons aujourd’hui une réflexion sur la Constitution pastorale Gaudium et spes, par laquelle le Concile Vatican II a souhaité approfondir un thème fondamental, à savoir la relation de l’Église avec le monde contemporain. Saint Jean XXIII, dès son discours inaugural du 11 octobre 1962, avait tenu à se démarquer des « prophètes de malheur » qui, « bien qu’animés d’un zèle religieux […] ne cessent de répéter que notre époque, comparée aux siècles passés, est bien pire ; et vont jusqu’à se comporter comme s’ils n’avaient rien à apprendre de l’histoire » (Discours Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, 4.2). D’où la tâche confiée aux Pères conciliaires : « Dans l’état actuel des événements humains, où l’humanité semble entrer dans un nouvel ordre des choses, il faut plutôt y voir les desseins mystérieux de la Divine Providence, qui se réalisent au fil du temps par l’œuvre des hommes, et souvent au-delà de leurs attentes, et qui, dans sa sagesse, dispose de tout, même des événements humains défavorables, pour le bien de l’Église » (Gaudet Mater Ecclesia, 4.4).
Trois ans plus tard, la promulgation de Gaudium et spes reconnaissait dans ce discernement un élément essentiel de la nature de l’Église, décrivant son caractère pastoral comme constitutif : d’où la définition de “Constitution pastorale”. Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf, mais d’une fidélité renouvelée au Mystère du Christ qui, en s’incarnant, choisit de partager notre vie : il s’est rendu « en tout semblable à ses frères » (Hé 2, 17 ; cf. 4, 15) et a pris sur lui les conséquences du péché, mourant « en rançon pour tous » (1Tm 2, 6). Ce partage avec l’humanité est la voie que le Christ demande à l’Église ; c’est pourquoi la Constitution conciliaire Gaudium et Spes s’ouvre en déclarant que l’Église fait siennes « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (GS 1).
C’est un partage qui nous appelle à sortir de toute passivité et indifférence face aux événements qui se produisent, à l’histoire et à la vie des personnes, surtout face au changement rapide et profond que nous vivons aujourd’hui. Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés ; il faut au contraire écouter avec le cœur, se laisser interpeller, s’impliquer. Avec le Christ et soutenus par la force de son Esprit, les croyants sont appelés à prendre en charge les difficultés de leurs frères et sœurs, en particulier celles et ceux qui sont écrasés par l’injustice, la discrimination et la violence. En effet, ce n’est que par le partage et l’engagement qu’il est possible de parvenir à des réponses adéquates, toujours soutenues par la certitude « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous »(Rm 8, 18).
En ce sens, la proximité avec l’humanité ouvre la voie à une lecture plus profonde des événements et de la Révélation elle-même ; dans cette même perspective, Gaudium et Spes rappelle le « devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (GS 4). Cette constitution conciliaire a donc appelé l’Église à un engagement permanent de conversion, afin de témoigner qu’elle n’est mue par « aucune ambition terrestre », mais qu’elle « ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3). Il ne s’agit pas, en effet, d’une disposition purement morale. Le pape François nous a rappelé que, pour l’Église, « l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, 198).
Le partage chrétien nous engage à prendre en charge la réalité et aussi à mettre à nu les contradictions qui caractérisent la vie personnelle et sociale du monde contemporain : par exemple, un progrès scientifique et technologique qui offre sans cesse de nouvelles possibilités, mais uniquement à certains, et que l’être humain ne parvient pas toujours à mettre « à son service » ; ou une connaissance plus claire des « lois de la vie sociale », accompagnée toutefois d’incertitudes « quant à la direction à lui donner » ; ou encore, une plus grande disponibilité de « richesses, de possibilités et de puissance économique », qui, malheureusement, aujourd’hui comme à l’époque du Concile, laisse « une grande partie des habitants de la planète […] encore en proie à la faim et à la misère » (GS 4) ; ou encore, une prise de conscience partagée que l’avenir de la planète est en jeu et, en même temps, l’incapacité à renoncer à la consommation égoïste et à l’illusion selon laquelle la guerre serait un moyen efficace de construire la paix.
À une époque marquée par de profonds changements, d’où découlent des déséquilibres préoccupants, l’Église est appelée à servir l’être humain, en écoutant et en accueillant les interrogations les plus profondes de son cœur et les aspirations qui l’habitent, en désignant en Christ « la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine » (GS 10). C’est pourquoi, dans l’Église, à tous les niveaux et à toutes les époques, doit se réaliser la kénose miséricordieuse du Christ qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, […] devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8).
9 septembre 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
La Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), qui consacre son premier chapitre à la dignité de la personne humaine, souligne que celle-ci est le fondement et la condition de ces « valeurs qui sont aujourd’hui les plus estimées », mais qu’il est nécessaire qu’elles ne perdent pas le lien avec « leur source divine », afin d’échapper aux éventuelles déformations dues à la « corruption du cœur humain » (GS, 11).
Le chemin qui a permis de mettre en lumière les traits et les droits fondamentaux de la dignité de la personne représente certainement l’une des pages les plus significatives de l’histoire humaine. Cependant, le parcours à accomplir n’est pas terminé et doit faire face aux contradictions, anciennes et nouvelles, qui empêchent sa pleine mise en œuvre.
L’Église apporte clairement sa contribution, en rappelant que la dignité humaine découle de l’être même de la personne. J’ai eu l’occasion de le réaffirmer également dans la récente encyclique Magnifica humanitas: « chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. » (n° 50).
La dignité infinie de l’être humain trouve donc son fondement dans son identité de créature faite « “à l’image de Dieu”, capable de connaître et d’aimer son Créateur », projet et don d’amour qui transcende les autres réalités créées, lesquelles sont confiées à ses soins « pour qu’il les gouverne et s’en serve à la gloire de Dieu » (GS, 12).
C’est dans la foi que nous pouvons comprendre le fondement ultime de la dignité de la personne, car le Fils, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n° 22).
La personne implique toujours une relation, une communion, une participation vis-à-vis de Dieu et des autres ; il s’agit donc d’une relation filiale avec Dieu le Père et d’une relation fraternelle avec le Christ et avec tous les hommes. Elle exclut tout repli sur soi. Être une personne, c’est se percevoir comme un don à partager, en grandissant et en mûrissant dans l’accueil, la réciprocité et le service.
Cette dignité relève de la responsabilité de chacun : en même temps, elle exige aussi de la solidarité et une attention mutuelle, en surmontant les nombreuses falsifications et manipulations qui en déforment encore aujourd’hui la perception et en entravent la réalisation. En effet, en raison des choix contraires à sa dignité opérés au cours de l’histoire, aujourd’hui encore « l’homme se trouve divisé en lui-même » et « toute la vie humaine, tant individuelle que collective, présente les traits d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres ». Cette condition fragile et limitée peut toutefois être envisagée avec espérance, car « le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors “le prince de ce monde” (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché » (GS, 13).
La constitution Gaudium et spes affirme en outre que la dignité humaine concerne la personne dans sa totalité et qu’il faut donc dépasser les visions dualistes : l’être humain est « une unité de l’âme et du corps ». La réduction du corps à un “objet” dont on peut disposer arbitrairement constitue toujours une négation de la dignité de la personne : « il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle […] », et il faut « il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour », en veillant « sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur » (GS, 14), puisque nous sommes tous marqués par le péché.
Enfin, Gaudium et spes évoque trois expressions particulièrement significatives de la dignité de la personne : l’intelligence, qui fait de l’être humain un chercheur insatiable de vérité (n° 15) ; la conscience, grâce à laquelle il donne unité et sens à sa vie (n° 16) ; la liberté, qui fait de lui l’acteur responsable de ses propres décisions (n° 17). Ces dimensions sont étroitement liées entre elles : c’est dans la conscience que la vérité est reconnue comme telle et que la liberté peut la vivre comme son fondement et sa possibilité. Le Saint-Esprit, qui donne vie en Christ, nous rend libres et nous assure sans cesse de notre dignité d’enfants de Dieu, en nous libérant de la peur et en nous guidant vers le but ultime, cette vie en plénitude au-delà de la mort que le Christ nous a promise : c’est en Lui seul que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière, c’est de Lui que nous recevons la lumière sur l’énigme de la douleur et de la mort, et c’est avec Lui que nous allons à la rencontre de la résurrection.
Chers frères et sœurs, créés à l’image de Dieu, par le Christ et en vue de Lui, nous avons reçu une dignité unique et indélébile. Engageons-nous à la promouvoir et à la défendre toujours, à la lumière et avec la force de l’Évangile.