Léon XIV et Saint Augustin

Publié le 2026-09-16

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Saint Augustin

 

 

2025

 

 

 

 

8 mai 2025 – Bénédiction Urbi et Orbi après l’élection du Pape Léon

     Je suis un fils de saint Augustin, augustinien, qui a dit : « Avec vous, je suis chrétien, et pour vous, je suis évêque ». En ce sens, nous pouvons tous marcher ensemble vers la patrie que Dieu nous a préparée.

 

 

18 mai 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe d’Intronisation

     C’est avec un cœur plein de gratitude que je vous salue tous au début du ministère qui m’a été confié. Saint Augustin écrivait : « Tu nous avez faits pour Toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi » (Les Confessions, 1.1.1).

     Comme l’affirme saint Augustin : « L’Église est constituée de tous ceux qui sont en accord avec leurs frères et qui aiment leur prochain » (Discours 359, 9).

 

 

 

 

19 mai 2025 – Discours  du Pape Léon XIV aux représentants d’autres Eglises et Communautés Ecclésiales et religions

      Mon élection a eu lieu en l’année du 1700ème anniversaire du premier Concile œcuménique de Nicée. Ce Concile représente une étape fondamentale dans l'élaboration du Credo commun à toutes les Églises et Communautés ecclésiales. Alors que nous sommes en chemin vers le rétablissement de la pleine communion entre tous les chrétiens, nous reconnaissons que cette unité ne peut être qu'une unité dans la foi. En tant qu'Évêque de Rome, je considère comme l'un de mes devoirs prioritaires la recherche du rétablissement de la pleine et visible communion entre tous ceux qui professent la même foi en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.

     En réalité, l'unité a toujours été une préoccupation constante pour moi, comme en témoigne la devise que j'ai choisie pour mon ministère épiscopal : In Illo uno unum, une expression de saint Augustin d'Hippone qui rappelle que nous aussi, bien que nous soyons nombreux, « dans l'Unique – c'est-à-dire le Christ – nous sommes un » (Enarr. in Ps., 127, 3). Notre communion se réalise en effet dans la mesure où nous convergeons vers le Seigneur Jésus. Plus nous lui sommes fidèles et obéissants, plus nous sommes unis entre nous. C'est pourquoi, en tant que chrétiens, nous sommes tous appelés à prier et à travailler ensemble pour atteindre pas à pas ce but qui est et reste l'œuvre de l'Esprit Saint.

 

 

 

 

 

 

 

20 mai 2005 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa Visite au Tombeau de Saint Paul, Basilique Saint Paul Hors les Murs

     Le passage biblique que nous avons entendu est le début d’une très belle lettre adressée par saint Paul aux chrétiens de Rome, dont le message s'articule autour de trois grands thèmes : la grâce, la foi et la justice. Alors que nous confions à l'intercession de l'Apôtre des nations le début de ce nouveau pontificat, réfléchissons ensemble à son message.

     Saint Paul dit tout d'abord qu'il a reçu de Dieu la grâce de l'appel (cf. Rm 1, 5). Il reconnaît, en effet, que sa rencontre avec le Christ et son ministère sont liés à l'amour par lequel Dieu l'a précédé, l'appelant à une nouvelle existence alors qu'il était encore loin de l'Évangile et qu'il persécutait l'Église. Saint Augustin, lui aussi converti, parle de la même expérience en disant : « Que pouvons-nous choisir, si nous n'avons pas d'abord été choisis ? En effet, si nous n'avons pas d'abord été aimés, nous ne pouvons même pas aimer » (Discours 34, 2). À la racine de toute vocation, il y a Dieu : sa miséricorde, sa bonté généreuse comme celle d'une mère (cf. Is 66, 12-14) qui, naturellement, nourrit son enfant à travers son propre corps lorsqu'il est encore incapable de se nourrir seul (cf. S. Augustin, Commentaire du Ps 130, 9).

     Paul, cependant, dans le même passage, parle aussi d'« obéissance de la foi » (Rm 1, 5), et là aussi, il partage ce qu'il a vécu. En effet, le Seigneur, en lui apparaissant sur le chemin de Damas (cf. Ac 9, 1-30), ne l'a pas privé de sa liberté, mais lui a laissé la possibilité d'un choix, d'une obéissance fruit d'efforts, de luttes intérieures et extérieures, qu'il a accepté d'affronter. Le salut ne vient pas par enchantement, mais par un mystère de grâce et de foi, d'amour prévenant de Dieu et d'adhésion confiante et libre de la part de l'homme (cf. 2 Tm 1, 12).

     Alors que nous rendons grâce au Seigneur pour l'appel qui a transformé la vie de Saul, nous lui demandons de nous rendre capables de répondre de la même manière à ses invitations, en devenant témoins de l'amour « répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Nous lui demandons de savoir cultiver et diffuser sa charité, en nous rendant proches les uns des autres (cf. François, Homélie des secondes Vêpres de la solennité de la Conversion de saint Paul, 25 janvier 2024), dans la même course à l'amour qui, depuis sa rencontre avec le Christ, a poussé l'ancien persécuteur à se faire « tout à tous » (cf. 1 Co 9, 19-23) jusqu'au martyre. Ainsi, pour nous comme pour lui, dans la faiblesse de la chair se révélera la puissance de la foi en Dieu qui justifie (cf. Rm 5, 1-5).

     Depuis des siècles, cette basilique est confiée aux soins d'une communauté bénédictine. Comment ne pas rappeler, alors, en parlant de l'amour comme source et moteur de l'annonce de l'Évangile, les appels insistants de saint Benoît, dans sa Règle, à la charité fraternelle dans le monastère et à   l'hospitalité envers tous (Règle, chap. LIII ; LXIII) ?

     Mais je voudrais conclure en rappelant les paroles que, plus de mille ans après, un autre Benoît, le pape Benoît XVI, adressait aux jeunes : « Chers amis, disait-il, Dieu nous aime. C'est la grande vérité de notre vie et celle qui donne tout son sens au reste [...]. À l'origine de notre existence, il y a un projet d'amour de Dieu », et la foi nous conduit à « ouvrir notre cœur à ce mystère d'amour et à vivre comme des personnes qui se reconnaissent aimées de Dieu » (Homélie lors de la veillée de prière avec les jeunes, Madrid, 20 août 2011).

     C'est là que réside la racine, simple et unique, de toute mission, y compris la mienne, en tant que successeur de Pierre et héritier du zèle apostolique de Paul. Que le Seigneur me donne la grâce de répondre fidèlement à son appel.

 

 

28 mai 2025 – Message du Pape Léon XIV aux participants au séminaire « Evangéliser les familles d’aujourd’hui et de demain : défis ecclésiologiques et pastoraux », promu par le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie.

     La recherche profonde d’infini inscrite dans le cœur de tout homme donne aux pères et aux mères la mission de rendre leurs enfants conscients de la Paternité de Dieu, selon ce qu’écrivait saint Augustin: «La source de la vie est auprès de toi, comme c’est dans ta lumière que nous verrons la lumière» (Confessions, XIII, 16).

     ...     La foi est avant tout une réponse à un regard d’amour, et la plus grande erreur que nous puissions commettre en tant que chrétiens est, selon les paroles de saint Augustin, «de prétendre faire consister la grâce du Christ dans son exemple, et non dans le don de sa personne» (Contra Iulianum opus imperfectum, II, 146). Combien de fois, dans un passé sans doute pas si lointain, avons-nous oublié cette vérité, et présenté la vie chrétienne principalement comme un ensemble de préceptes à observer, remplaçant ainsi l’expérience merveilleuse de la rencontre avec Jésus, Dieu qui se donne à nous, par une religion moralisante, lourde, peu attirante, et par certains aspects irréalisables dans la vie quotidienne concrète.

 

 

31 mai 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la Procession mariale vers la Grotte de Lourdes des Jardins du Vatican

     Regardons donc notre existence comme un chemin à la suite de Jésus, à parcourir, comme nous l'avons fait ce soir, ensemble avec Marie. Et demandons au Seigneur de savoir Le louer chaque jour, « avec la vie et avec la langue, avec le cœur et avec les lèvres, avec la voix et avec notre conduite » (saint Augustin, Discours 256, 1), en évitant les incohérences : la langue en accord avec la vie et les lèvres avec la conscience (cf. ibid.).

 

 

 

1er juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé des familles.

     L’Évangile qui vient d’être proclamé nous montre Jésus qui, lors de la dernière Cène, prie pour nous (cf. Jn 17, 20) : le Verbe de Dieu fait homme, désormais proche de la fin de sa vie terrestre, pense à nous, ses frères, se faisant bénédiction, supplication et louange au Père, avec la force de l’Esprit Saint. Et nous aussi, alors que nous entrons, remplis d’émerveillement et de confiance, dans la prière de Jésus, nous sommes impliqués par son amour dans un grand projet qui concerne toute l’humanité.

     Le Christ demande en effet que nous soyons tous « un » (v. 21). Il s’agit là du plus grand bien que l’on puisse désirer, car cette union universelle réalise entre les créatures la communion éternelle d’amour dans laquelle s’identifie Dieu lui-même, comme le Père qui donne la vie, le Fils qui la reçoit et l’Esprit qui la partage.

     Le Seigneur ne veut pas que nous nous unissions pour former une masse indistincte, comme un bloc anonyme, mais il souhaite que nous soyons un : « Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi » (v. 21). L’unité pour laquelle Jésus prie est donc une communion fondée sur l’amour même dont Dieu aime, d’où viennent la vie et le salut. En tant que telle, elle est avant tout un don que Jésus vient apporter. C’est en effet, du fond de son cœur d’homme que le Fils de Dieu s’adresse au Père en disant : « moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (v. 23).

     Écoutons avec admiration ces paroles : Jésus nous révèle que Dieu nous aime comme Il s’aime Lui-même. Le Père ne nous aime pas moins qu’Il n’aime son Fils unique, c’est-à-dire infiniment. Dieu n’aime pas moins, parce qu’Il aime d’abord, Il aime le premier ! Le Christ Lui-même en témoigne lorsqu’Il dit au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (v. 24). Et il en est ainsi : dans sa miséricorde, Dieu veut depuis toujours rassembler tous les hommes auprès de lui, et c’est sa vie, donnée pour nous dans le Christ, qui nous rend un, qui nous unit entre nous.

     Écouter aujourd’hui cet Évangile, pendant le Jubilé des familles et des enfants, des grands-parents et des personnes âgées, nous comble de joie.

     Très chers amis, nous avons reçu la vie avant même de la vouloir. Comme l’enseignait le pape François, « tous les hommes sont des enfants, mais aucun de nous n’a choisi de naître » (Angelus, 1er janvier 2025). Mais ce n’est pas tout. Dès notre naissance, nous avons eu besoin des autres pour vivre, seuls nous n’y serions pas y arriver : c’est quelqu’un d’autre qui nous a sauvés, en prenant soin de nous, de notre corps comme de notre esprit. Nous vivons donc tous grâce à une relation, c’est-à-dire à un lien libre et libérateur d’humanité et de soin mutuel.

     Il est vrai que parfois cette humanité est trahie. Par exemple, chaque fois que l’on invoque la liberté non pour donner la vie, mais pour la retirer, non pour secourir, mais pour offenser. Cependant, même face au mal qui s’oppose et tue, Jésus continue de prier le Père pour nous, et sa prière agit comme un baume sur nos blessures, devenant pour tous une annonce de pardon et de réconciliation. Cette prière du Seigneur donne pleinement un sens aux moments lumineux de notre amour les uns pour les autres, en tant que parents, grands-parents, fils et filles. Et c’est cela que nous voulons annoncer au monde : nous sommes ici pour être “un” comme le Seigneur veut que nous soyons “un”, dans nos familles et là où nous vivons, travaillons et étudions : différents, mais un, nombreux, mais un, toujours, en toutes circonstances et à tous les âges de la vie.

     Mes très chers amis, si nous nous aimons ainsi, sur le fondement du Christ, qui est « l’alpha et l’oméga », « le commencement et la fin » (cf. Ap 22, 13), nous serons un signe de paix pour tous, dans la société et dans le monde. Et n’oublions pas : c’est dans les familles que se construit l’avenir des peuples.

     Au cours des dernières décennies, nous avons reçu un signe qui nous remplit de joie et qui nous fait réfléchir : je veux parler du fait que des couples mariés ont été proclamés bienheureux et saints, non pas séparément, mais ensemble, en tant que couples mariés. Je pense à Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ; et j’aime rappeler les bienheureux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, dont la vie familiale s’est déroulée à Rome au siècle dernier. Et n’oublions pas la famille polonaise Ulma : parents et enfants unis dans l’amour et dans me martyre. Je disais que c’est un signe qui fait réfléchir. Oui : en désignant comme témoins exemplaires des époux, l’Église nous dit que le monde d’aujourd’hui a besoin de l’alliance conjugale pour connaître et accueillir l’amour de Dieu et surmonter, par sa force qui unifie et réconcilie, les forces qui désagrègent les relations et les sociétés.

     C’est pourquoi, le cœur plein de reconnaissance et d’espérance, je vous dis, à vous les époux : le mariage n’est pas un idéal, mais la norme du véritable amour entre l’homme et la femme : un amour total, fidèle, fécond (cf. Saint Paul VI, Lettre encyclique Humanae vitae, 9). Tout en vous transformant en une seule chair, cet amour vous rend capables, à l’image de Dieu, de donner la vie.

     C’est pourquoi je vous encourage à être, pour vos enfants, des exemples de cohérence, en vous comportant comme vous voulez qu’ils se comportent, en les éduquant à la liberté par l’obéissance, en recherchant toujours en eux le bien et les moyens de le faire grandir. Et vous, enfants, soyez reconnaissants envers vos parents : dire “merci” pour le don de la vie et pour tout ce qui nous est donné chaque jour avec elle, c’est la première manière d’honorer son père et sa mère (cf. Ex 20, 12). Enfin, à vous, chers grands-parents et personnes âgées, je recommande de veiller sur ceux que vous aimez, avec sagesse et compassion, avec l’humilité et la patience que les années enseignent.

     Dans la famille, la foi se transmet avec la vie, de génération en génération : elle est partagée comme la nourriture sur la table et les affections du cœur. Cela en fait un lieu privilégié pour rencontrer Jésus, qui nous aime et veut notre bien, toujours.

     Et j’aimerais ajouter une dernière chose. La prière du Fils de Dieu, qui nous donne l’espérance tout au long du chemin, nous rappelle aussi qu’un jour nous serons tous unum (cf. saint Augustin, Sermo super Ps. 127) : une seule chose dans l’unique Sauveur, étreints par l’amour éternel de Dieu. Non seulement nous, mais aussi nos pères et nos mères, nos grands-mères et nos grands-pères, nos frères, nos sœurs et nos enfants qui nous ont déjà précédés dans la lumière de sa Pâque éternelle, et que nous sentons présents ici, avec nous, en ce moment de fête.

 

 

4 juin 2025 – Enseignement du Pape Léon lors de l’Audience Générale, en partant de la parabole des ouvriers de la vigne : Mt 20,4

     À la lumière de cette parabole, le chrétien d'aujourd'hui pourrait être tenté de penser : "Pourquoi commencer à travailler immédiatement ? Si la rémunération est la même, pourquoi travailler plus ? A ces doutes Saint Augustin répondait ainsi : « Pourquoi donc tardes-tu à suivre celui qui t’appelle, alors que tu es sûr de la rémunération mais incertain du jour ? Prends garde de ne pas te priver toi-même, à force de repousser, ce qu'il te donnera selon sa promesse » [1].

 

 

6 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux modérateurs des Associations Privées de Fidèles et Communautés Nouvelles

     Nul n’est chrétien seul! Nous faisons partie d’un peuple, d’un corps que le Seigneur a constitué. Saint Augustin, en parlant des premiers disciples de Jésus, disait: «Ils devinrent sans aucun doute le temple de Dieu; et non seulement chacun d'eux était le temple du Seigneur, mais ils l'étaient tous ensemble» (En. in Ps. 131, 5). …

     … Saint Paulin de Nole l’évoquait ainsi en écrivant à saint Augustin: «Nous avons un même chef, nous sommes favorisés par la même grâce, nous sommes nourris du même pain; nous marchons dans la même voie, nous demeurons dans la même maison […] nous sommes unis dans l’esprit et dans le corps du même Seigneur, duquel nous ne pouvons nous séparer sans périr» (Lettre, 30, 2).

 

 

6 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants aux Chapitres généraux suivants : Société des Missions Africaines ; Tiers-ordre régulier de Saint-François ; Formateurs des Serviteurs du Paraclet

     Comme le dit saint Augustin, utilisant l’image d’une barque, nous avons tous « dans cette vie des fissures, propres à notre mortalité et à notre fragilité, par lesquelles le péché s’infiltre sous la pression des vagues de ce siècle » (Sermon 278, 13.13). Et le saint évêque d’Hippone propose un remède au mal : « Pour écoper et ne pas sombrer », dit-il, « prenons… cette décision… Pardonnons ! » (Ibid.).

 

 

8 juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de Pentecôte.

     « Le jour où […] le Seigneur Jésus-Christ, glorifié par son ascension au ciel après sa résurrection, a envoyé le Saint-Esprit, nous apparaît comme un jour heureux » (St Augustin, Discours 271, 1).

 

 

12 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux prêtres du diocèse de Rome

     Que nous accompagne l’appel pressant de saint Augustin qui disait : « Aimez cette Eglise, vivez en elle, formez-la telle qu’elle vient de vous apparaître ; chérissez le bon Pasteur, l’époux si beau qui ne trompe personne et qui ne veut la mort de personne. Priez aussi pour les brebis dispersées ; qu’elles reviennent aussi, qu’elles reconnaissent aussi et aiment la vérité, afin qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un pasteur » (Sermon 138, 10). Merci !

 

 

 

 

13 juin 2025 – Message du Pape Léon pour la 9ème Journée Mondiale des pauvres, le 16 novembre 2025

     C'est une règle de la foi et un secret de l'espérance : tous les biens de cette terre, les réalités matérielles, les plaisirs du monde, le bien-être économique, bien qu'importants, ne suffisent pas à rendre le cœur heureux. Les richesses sont souvent trompeuses et conduisent à des situations dramatiques de pauvreté, à commencer par celle de penser que l'on n'a pas besoin de Dieu et de mener sa vie indépendamment de Lui. Les paroles de saint Augustin me reviennent à l'esprit : « Que toute ton espérance soit en Dieu : sens que tu as besoin de Lui pour être comblé par Lui. Sans Lui, tout ce que tu auras ne servira qu'à te rendre encore plus vide » (Enarr. in Ps. 85,3).

     4. L'espérance chrétienne à laquelle renvoie la Parole de Dieu est une certitude sur le chemin de la vie, car elle ne dépend pas de la force humaine, mais de la promesse de Dieu qui est toujours fidèle. C'est pourquoi, depuis les origines, les chrétiens ont voulu identifier l'espérance au symbole de l'ancre, qui offre stabilité et sécurité. L'espérance chrétienne est comme une ancre qui fixe notre cœur sur la promesse du Seigneur Jésus qui nous a sauvés par sa mort et sa résurrection et qui reviendra parmi nous. Cette espérance continue à indiquer comme véritable horizon de la vie les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » (2 P 3, 13), où l'existence de toutes les créatures trouvera son sens authentique, car notre véritable patrie est dans les cieux (cf. Ph 3, 20).

     La cité de Dieu nous engage donc pour les cités des hommes. Celles-ci doivent dès maintenant commencer à lui ressembler. L'espérance, soutenue par l'amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint (cf. Rm 5, 5) transforme le cœur humain en terre féconde, où peut germer la charité pour la vie du monde. La Tradition de l'Église réaffirme constamment cette circularité entre les trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité. L'espérance naît de la foi qui la nourrit et la soutient sur le fondement de la charité, qui est la mère de toutes les vertus. Et c'est de charité que nous avons besoin aujourd'hui, maintenant. Ce n'est pas une promesse mais une réalité vers laquelle nous regardons avec joie et responsabilité : elle nous engage et oriente nos décisions vers le bien commun. Celui qui manque de charité, en revanche, non seulement manque de foi et d'espérance, mais enlève l'espérance à son prochain.

     …

     En promouvant le bien commun, notre responsabilité sociale trouve son fondement dans le geste créateur de Dieu, qui donne à tous les biens de la terre : comme ceux-ci, les fruits du travail de l'homme doivent également être accessibles à tous de manière équitable. Aider les pauvres est en effet une question de justice avant d'être une question de charité. Comme le fait remarquer saint Augustin : « Tu donnes du pain à celui qui a faim, mais il vaudrait mieux que personne n'ait faim, même si cela signifie qu'il n'y aurait personne à qui donner. Tu offres des vêtements à celui qui est nu, mais combien il serait préférable que tous aient des vêtements et qu'il n'y ait pas cette indigence » (Commentaire sur 1Jn, VIII, 5).

 

 

14 juin 2025 – Vidéo message du Pape Léon XIV aux jeunes de Chicago et du monde entier

     Saint Augustin nous dit que si nous voulons que le monde soit un peu meilleur, nous devons commencer par nous-mêmes, nous devons commencer par notre propre vie, dans notre cœur. (Cf Discours 311. Commentaire de l’Evangile de Saint Jean, homélie 77).

      Saint Augustin parle souvent de notre cœur, qui « ne trouve pas le repos ». Il dit : « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi, Seigneur » (Confession 1,1,1).

 

 

15 juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubile du Sport, en la solennité de la Sainte Trinité

     Pour saint Augustin, la Trinité et la sagesse sont intimement liées. La sagesse divine est révélée dans la Très Sainte Trinité, et la sagesse nous conduit toujours à la vérité.

 

 

    

 

 

 

 

 

18 juin 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale sur la parabole du paralytique (Jn 5,6)

     Une sorte de “guerre des pauvres” était ainsi créée : nous pouvons imaginer la triste scène de ces malades se traînant péniblement pour entrer dans la piscine. Cette piscine s'appelait Betzatha, ce qui signifie “maison de la miséricorde” : elle pourrait être une image de l'Église, où les malades et les pauvres se rassemblent et où le Seigneur vient pour guérir et donner l'espérance.

     Jésus s'adresse spécifiquement à un homme paralysé depuis trente-huit ans. Il est maintenant résigné, parce qu'il ne parvient jamais à s'immerger dans la piscine, lorsque l'eau devient agitée (cf. v. 7). En effet, ce qui nous paralyse, bien souvent, c'est précisément la déception. Nous nous sentons découragés et risquons de tomber dans l’apathie.

Jésus fait à ce paralytique une demande qui peut sembler superflue : « Veux-tu être guéri ? » (v. 6). C'est au contraire une demande nécessaire, car lorsqu'on est bloqué depuis tant d'années, même la volonté de guérir peut faire défaut. Parfois, nous préférons rester dans l'état de malade, obligeant les autres à s'occuper de nous. C'est parfois aussi une excuse pour ne pas décider quoi faire de notre vie. Jésus renvoie en revanche cet homme à son désir le plus vrai et le plus profond.

     Cet homme répond en effet de manière plus articulée à la question de Jésus, révélant sa conception de la vie. Il dit tout d'abord qu'il n'a personne pour le plonger dans la piscine : la faute n'est donc pas la sienne, mais celle des autres qui ne prennent pas soin de lui. Cette attitude devient un prétexte pour éviter d’assumer ses propres responsabilités. Mais est-ce bien vrai qu'il n'avait personne pour l'aider ? Voici la réponse éclairante de saint Augustin : « Oui, pour être guéri, il avait absolument besoin d'un homme, mais d'un homme qui fut aussi Dieu. [...] L'homme qu'il fallait est donc venu, pourquoi retarder encore la guérison ? » [1]

    

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[1]Homélie 17,7

 

 

 

21 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors du Jubilé des Pouvoirs Publics, et Parlementaires

     Croire en Dieu, avec les valeurs positives qui en découlent, constitue une immense source de bien et de vérité dans la vie des personnes et des communautés. Saint Augustin, à ce propos, évoquait le passage chez l’homme de l’amor sui — l’amour égoïste de soi, fermé et destructeur — à l’amor Dei — l’amour gratuit, enraciné en Dieu et conduisant au don de soi —, comme élément fondamental de la construction de la civitas Dei, c’est-à-dire d’une société dans laquelle la loi fondamentale est la charité (cf. De civitate Dei, XIV, 28).

 

 

22 juin 2025 – Homélie du Pape Léon lors de la Messe du Corpus Domini célébrée sur le parvis de la Basilique Saint Jean de Latran, avant la procession de St Jean à Ste Marie-Majeure.

      Mes très chers amis, le Christ est la réponse de Dieu à la faim de l’homme, car son corps est le pain de la vie éternelle : prenez et mangez-en tous ! L’invitation de Jésus embrasse notre expérience quotidienne : pour vivre, nous avons besoin de nous nourrir de la vie, en la prenant aux plantes et aux animaux. Pourtant, manger quelque chose de mort nous rappelle que nous aussi, malgré ce que nous mangeons, nous mourrons. En revanche, lorsque nous nous nourrissons de Jésus, pain vivant et vrai, nous vivons pour Lui. En s’offrant tout entier, le Crucifié Ressuscité se donne à nous qui découvrons ainsi que nous sommes faits pour nous nourrir de Dieu. Notre nature affamée porte la marque d’une indigence qui est comblée par la grâce de l’Eucharistie. Comme l’écrit saint Augustin, le Christ est vraiment « panis qui reficit, et non deficit panis qui sumi potest, consumi non potest » (Sermo 130, 2) : un pain qui nourrit et ne manque pas ; un pain que l’on peut manger mais qui ne s’épuise pas.  L’Eucharistie, en effet, est la présence véritable, réelle et substantielle du Sauveur (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1413), qui transforme le pain en Lui-même, pour nous transformer en Lui. Vivant et vivifiant, le Corpus Domini fait de nous, c’est-à-dire de l’Église elle-même, le corps du Seigneur.

    

 

 

 

22 juin 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus

     Pensons à quel point il est beau, lorsque nous faisons un cadeau – même petit, proportionné à nos moyens – de voir qu’il est apprécié par celui qui le reçoit ; à quel point nous sommes heureux lorsque nous sentons que, malgré sa simplicité, ce cadeau nous unit encore plus à ceux que nous aimons. Eh bien, dans l’Eucharistie, entre nous et Dieu, c’est précisément ce qui se passe : le Seigneur accueille, sanctifie et bénit le pain et le vin que nous déposons sur l’autel, avec l’offrande de notre vie, et les transforme en Corps et en Sang du Christ, Sacrifice d’amour pour le salut du monde. Dieu s’unit à nous en accueillant avec joie ce que nous apportons et nous invite à nous unir à Lui en recevant et en partageant avec autant de joie son don d’amour. Ainsi, dit saint Augustin, comme « les grains de blé, rassemblés ensemble […] forment un seul pain, de même, dans la concorde de la charité, nous formons un seul corps du Christ » (Sermo 229/A, 2).

   

 

 

 

24 juin 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors du Jubilé des Séminaristes (plus de 4000 venus du monde entier) extraits

     Souvenez-vous bien de l’invitation de saint Augustin à revenir au cœur, car c’est là que nous retrouvons les traces de Dieu. Descendre dans son cœur peut parfois faire peur, car on y trouve aussi des blessures. N’ayez pas peur de les soigner, laissez-vous aider: car c’est de ces blessures que naîtra votre capacité à être proches de ceux qui souffrent. Sans vie intérieure, la vie spirituelle n’est pas possible, car c’est dans le cœur que Dieu nous parle. …, il faut savoir l’écouter.

 

25 juin 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

La femme hémorroïsse et la fille de Jaïre. « Ne crains pas, crois seulement. » (Mc 5,36) 

     Une maladie très répandue à notre époque est le mal de vivre : la réalité nous semble trop complexe, lourde, difficile à affronter. Et alors nous nous éteignons, nous nous endormons, avec l'illusion qu’au réveil, les choses seront différentes. Mais la réalité doit être affrontée et, avec Jésus, nous pouvons bien le faire. Parfois, nous nous sentons bloqués par le jugement de ceux qui prétendent mettre des étiquettes sur les autres.

     Il me semble que ces situations se retrouvent dans un passage de l'Évangile de Marc, où deux histoires s'entremêlent : celle d'une fillette de douze ans, malade dans son lit et à l’article de la mort ; et celle d'une femme, qui saigne depuis douze ans et cherche Jésus pour être guérie (cf. Mc 5, 21-43).

     Entre ces deux figures féminines, l'Evangéliste place le personnage du père de la jeune fille : il ne reste pas à la maison pour se plaindre de la maladie de sa fille, mais il sort et demande de l'aide. Bien qu'il soit le chef de la synagogue, il n'exige rien en raison de sa position sociale. Lorsqu'il faut attendre, il ne perd pas patience et attend. Et quand on vient lui dire que sa fille est morte et qu'il est inutile de déranger le Maître, il continue à avoir foi et à espérer.

     La conversation de ce père avec Jésus est interrompue par la femme hémorroïsse, qui réussit à s'approcher de Jésus et à toucher son manteau (v. 27). Cette femme, avec beaucoup de courage, a pris la décision qui a changé sa vie : tout le monde lui disait de rester à distance, de ne pas se faire voir. Ils l'avaient condamnée à rester cachée et isolée. Parfois, nous aussi, nous sommes victimes du jugement des autres, qui prétendent nous revêtir d'un habit qui n'est pas le nôtre. Et alors, nous sommes malades et nous ne réussissons pas à en sortir.

     Cette femme prend le chemin du salut quand germe en elle la foi que Jésus peut la guérir : elle trouve alors la force de sortir et d’aller à sa recherche. Elle veut arriver au moins à toucher son vêtement.

     Il y avait une grande foule autour de Jésus, tant de gens le touchaient, mais rien ne leur arrivait. Au contraire, lorsque cette femme touche Jésus, elle est guérie. Où se trouve la différence ? Commentant ce point du texte, Saint Augustin dit - au nom de Jésus - : « Les foules se pressent autour de moi, mais la foi me touche » (Sermon 243, 2, 2). C'est ainsi : chaque fois que nous faisons un acte de foi adressé à Jésus, un contact s'établit avec Lui et immédiatement jaillit de Lui sa grâce. Parfois, nous ne nous en rendons pas compte, mais d'une manière secrète et réelle, la grâce nous atteint et, de l'intérieur, transforme lentement la vie.

 

 

 

25 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux séminaristes des diocèses du Triventino

     Chers séminaristes, ne vous découragez pas si parfois le chemin qui est devant vous est dur. Comme aimait à le dire aux prêtres de Rome le Bienheureux Jean-Paul Ier, « entraînez-vous à la discipline d’un effort continu, long, pas facile. Les anges mêmes, vus en songe par Jacob, ne volaient pas, mais montaient une marche à la fois. Imaginons-nous un instant nous-mêmes, qui sommes de pauvres hommes privés d’ailes ! ». (Discours au clergé romain le 7 septembre 1978). C’est ainsi que parlait un Pasteur en qui ont brillé les meilleures vertus de votre peuple : en lui, vous avez un modèle de vie sacerdotale.

     Je voudrais aussi vous rappeler un passage de la conversion de saint Augustin, comme il le nous le donne lui-même dans ses Confessions. D’un côté, il était désireux de se décider pour le Christ. De l’autre côté, il était tiraillé de scrupules et de tentations. Profondément déboussolé, un jour il se retira pour réfléchir dans le jardin de la maison ; et là, la vertu de Continence lui apparut personnifiée et lui dit : « En toi-même pourquoi te tiens-tu et ne tiens-tu pas ? Jette-toi en Dieu, sans aucune crainte. Il ne va pas se dérober pour que tu tombes. Jette-toi, rassuré : il t’accueillera et te guérira » (Conf. VIII, 27).

     Comme un père, je vous répète ces mêmes paroles qui firent tant de bien au cœur inquiet de saint Augustin : elles ne valent pas seulement en référence au célibat, qui est un charisme à reconnaître, soigner et éduquer, mais peuvent orienter tout votre parcours de discernement et de formation vers le ministère ordonné. En particulier, ces paroles vous invitent à avoir une confiance démesurée dans le Seigneur, le Seigneur qui vous a appelés, renonçant à la prétention de vous suffire à vous-mêmes ou de pouvoir y arriver tout seuls. Ceci vaut non seulement pour les années de Séminaire mais pour toute la vie : à chaque instant, et combien plus dans la désolation ou bien même le péché, redites-vous les paroles du Psalmiste : « Je m’abandonne à la fidélité de Dieu maintenant et pour toujours » (Ps 51,10). La Parole de Dieu et les Sacrements sont des sources permanentes auxquelles vous pouvez toujours puiser une nouvelle sève pour la vie spirituelle et aussi pour l’engagement pastoral.

 

 

26 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV à l’occasion de la Journée Internationale contre la drogue

     En vous rencontrant, je pense à l'abîme de mon cœur et de tout cœur humain. C'est un psaume dans la Bible, qui appelle « abîme » le mystère qui nous habite (cf. Ps 63, 7). Saint Augustin a confessé que c'est seulement dans le Christ que l'agitation de son cœur a trouvé la paix. Nous cherchons la paix et la joie, nous en avons soif. Et de nombreuses déceptions peuvent nous décevoir et même nous emprisonner dans cette recherche.

     Cependant, regardons autour de nous. Nous lisons sur les visages des uns et des autres un mot qui ne trahit jamais : ensemble. C'est ensemble que l'on vainc le mal. C'est ensemble que l'on trouve la joie. L'injustice est combattue ensemble. Le Dieu qui a créé et qui connaît chacun - et qui est plus intime à moi que moi-même - nous a faits pour être ensemble. Bien sûr, il y a aussi des liens qui font mal et des groupes humains où la liberté fait défaut. Mais eux aussi ne peuvent être surmontés qu'ensemble, en faisant confiance à ceux qui ne profitent pas de notre peau, à ceux que nous pouvons rencontrer et qui nous rencontrent avec une attention désintéressée.

     La journée d’aujourd’hui, frères et sœurs, nous engage dans un combat qui ne peut être abandonné tant que, autour de nous, quelqu'un est encore emprisonné dans les différentes formes d'addiction. Notre combat est contre ceux qui font de la drogue et de toutes les autres dépendances – nous pensons à l'alcool ou aux jeux d'argent - leur grande affaire. Il existe d'énormes concentrations d'intérêts et des organisations criminelles ramifiées que les États ont le devoir de démanteler. Il est plus facile de lutter contre leurs victimes. Trop souvent, au nom de la sécurité, la guerre a été et est menée contre les pauvres, remplissant les prisons de ceux qui ne sont que le dernier maillon d'une chaîne de mort. Ceux qui tiennent la chaîne entre leurs mains parviennent à gagner en influence et en impunité. Nos villes doivent être débarrassées non pas des marginaux, mais de la marginalisation ; elles doivent être débarrassées non pas des désespérés, mais du désespoir. "Qu'elles sont belles les villes qui surmontent la méfiance malsaine et intègrent la différence, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Qu'elles sont belles les villes qui, même dans leur conception architecturale, sont pleines d'espaces qui relient, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l'autre" (François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 210).

     Le Jubilé nous ouvre à la culture de la rencontre comme chemin vers la sécurité, exige la restitution et la redistribution des richesses injustement accumulées, comme chemin vers la réconciliation personnelle et civile. Comme au ciel, comme sur la terre" : la cité de Dieu nous engage à prophétiser dans la cité des hommes. Et cela - nous le savons - peut aussi conduire au martyre aujourd'hui. La lutte contre le trafic de drogue, l'engagement éducatif auprès des pauvres, la défense des communautés indigènes et des migrants, la fidélité à la doctrine sociale de l'Église sont, en de nombreux endroits, considérés comme subversifs.

    

 

    

 

 

27 juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 31 prêtres. Solennité du Cœur de Jésus. Jubilé des prêtres

     Saint Augustin, dans un sermon prononcé à l’occasion de l’anniversaire de son ordination, parlait d’un fruit joyeux de la communion qui unit les fidèles, les prêtres et les évêques, et qui trouve sa racine dans le sentiment d’être tous rachetés et sauvés par la même grâce et la même miséricorde. C’est dans ce contexte qu’il prononçait cette phrase célèbre : « Avec vous, je suis chrétien, pour vous je suis évêque » (Sermo 340, 1).

 

 

27 juin 2025 – Message du Pape Léon XIV aux prêtres du monde.

     Le Cœur du Christ, transpercé par amour, est la chair vivante et vivifiante qui accueille chacun de nous, nous transformant à l'image du Bon Pasteur. C'est là que l'on comprend la véritable identité de notre ministère : ardents de la miséricorde de Dieu, nous sommes les témoins joyeux de son amour qui guérit, accompagne et rachète.

     La fête d'aujourd'hui renouvelle donc dans nos cœurs l'appel à nous donner totalement au service du peuple saint de Dieu. Cette mission commence par la prière et se poursuit dans l'union avec le Seigneur, qui ravive continuellement en nous son don : la sainte vocation au sacerdoce.

     Se souvenir de cette grâce, comme l’affirme saint Augustin, signifie entrer dans un « sanctuaire vaste et sans fond » (cf. Confessions, X, 8. 15), qui ne se contente pas de conserver quelque chose du passé, mais rend toujours nouveau et actuel ce qui y est déposé.   

 

 

29 juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la solannité des Saints Pierre et Paul

      Très chers amis, l'histoire de Pierre et Paul nous enseigne que la communion à laquelle le Seigneur nous appelle est une harmonie de voix et de visages qui n'annule pas la liberté de chacun. Nos Patrons ont suivi des chemins différents, ont eu des idées différentes, ils se sont parfois confrontés et affrontés avec une franchise évangélique. Pourtant, cela ne les a pas empêchés de vivre la concordia apostolorum, c'est-à-dire une communion vivante dans l'Esprit, une harmonie féconde dans la diversité. Comme l'affirme saint Augustin, « un seul jour est consacré à la fête des deux apôtres. Mais eux aussi étaient une seule chose. Bien qu'ils aient été martyrisés à des jours différents, ils étaient une seule chose » (Discours 295, 7.7).

 

 

30 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV  à des Instituts religieux féminins

     Saint Augustin, en parlant du primat de Dieu dans la vie chrétienne, affirme : «Dieu est tout pour toi. As-tu faim ? Dieu te sert de pain. Es-tu altéré ? Dieu te rafraîchit. Es-tu dans les ténèbres?  Dieu est ta lumière, parce qu’il reste incorruptible. Es-tu nu? Dieu sera le vêtement de ton immortalité» (In Joannis Evangelium, 13, 5). Ce sont des paroles par lesquelles il est bon de se laisser interroger : dans quelle mesure cela est-il vrai pour moi ?  Dans quelle mesure le Seigneur étanche-t-il ma soif de vie, d’amour, de lumière ? Ce sont des questions importantes. En effet, c’est cet enracinement dans le Christ qui a conduit ceux qui nous ont précédés — hommes et femmes comme nous, avec des dons et des limites comme les nôtres — à faire des choses qu’ils n’auraient sans doute jamais pensé pouvoir réaliser, leur permettant de jeter des graines de bien qui, traversant les siècles et les continents, ont atteint aujourd’hui pratiquement le monde entier, comme le démontre votre présence.

 

 

 

5 juillet 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux Sœurs Augustines Servantes de Jésus et Marie

     Je suis heureux de vous rencontrer au terme de votre Chapitre provincial : au cours de cette semaine de prière, de discernement et de planification commune, vous avez pu renouveler votre adhésion au charisme de votre fondatrice, la vénérable sœur Maria Teresa Spinelli.

     Tandis que son procès en canonisation se poursuit, votre chemin de sainteté progresse lui aussi! En tant que sœurs augustines servantes de Jésus et Marie, je vous encourage à vous laisser sans cesse à nouveau inspirer par le nom que vous portez. Le service que vous vivez chaque jour se réalise avant tout en consacrant votre vie au Seigneur et se fortifie dans la dévotion sincère à sa Mère, à notre Mère.

     En imitant sœur Maria Teresa, vous serez donc patientes dans les épreuves, car c’est précisément dans nos épreuves que le Seigneur confirme sa fidélité; vous serez courageuses dans la mission, afin que l’œuvre éducative à laquelle vous vous consacrez forme des esprits sages et des cœurs capables d’écoute et de passion envers l’humanité; vous serez persévérantes à la suite du Christ, qui est «le chemin, la vérité et la vie» (Jn 14, 6) et par conséquent le critère de chacune de nos initiatives culturelles. Nous savons qu’une culture sans vérité devient l’instrument des puissants: au lieu de libérer les consciences, elle les confond et les distrait selon les intérêts du marché, de la mode ou du succès mondain.

     A ce propos, je vous conseille de reprendre une œuvre du saint Docteur, notre père Augustin, le De Magistro, afin de la méditer dans un futur proche, en recueillant les fruits de votre Chapitre. Dans cet écrit, Augustin affirme que l’enseignement extérieur doit toujours conduire à la rencontre avec le Maître intérieur, qui est Jésus (cf. I, 11). Je vous souhaite en son nom tous mes vœux pour le bien de vos communautés, et je vous donne de tout cœur ma bénédiction apostolique. Merci !

 

 

5 juillet 2025 – Message du Pape Léon XIV à l’occasion des 3 ans du mensuel Osservatore di Strada

    

     Saint Augustin nous le rappelle : « Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre en héritage » (Saint Augustin, Discours 53/A, Les huit maximes des Béatitudes de l’Evangile).

 

 

 

10 juillet 2025 – Message du Pape Léon XIV signé du Vad Parolin, à l’occasion du Sommet AI FOR GOOD

     Bien que la responsabilité de l’utilisation éthique des systèmes d’IA revienne en premier lieu à ceux qui les développent, les gèrent et les supervisent, cette responsabilité est également partagée par ceux qui les utilisent. L’IA nécessite donc une gestion éthique appropriée et des cadres réglementaires centrés sur la personne humaine, qui vont au-delà des simples critères d’utilité ou d’efficacité. En substance, nous ne devons jamais perdre de vue l’objectif commun de contribuer à cette «tranquillitas ordinis, c’est-à-dire la tranquillité de l’ordre», comme l’a définie saint Augustin (De Civitate Dei), et de promouvoir un ordre de relations sociales plus humain, ainsi que des sociétés pacifiques et justes au service du développement humain intégral et du bien de la famille humaine.

 

13 juillet 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans l’église paroissiale de Castelgandolfo

     Dieu est le bon Samaritain qui est venu à notre rencontre ; Lui, dit saint Augustin, « a daigné s’appeler notre prochain. Car Jésus-Christ s’est peint sous les traits du Samaritain secourant ce malheureux, abandonné sur le chemin par les voleurs, couvert de blessures et à demi-mort » (La Doctrine chrétienne, I, 30.33).

 

 

20 juillet 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans la cathédrale  d’Albano

     Saint Augustin, dans l’un de ses discours, réfléchissant sur l’épisode de Marthe et Marie, commentait : « ces deux femmes figurent deux vies : la vie présente et la vie future, la vie du travail et la vie du repos, la vie de l’épreuve et la vie du bonheur, la vie du temps et la vie de l’éternité » (Sermon 104, 4). Et en pensant au travail de Marthe, Augustin disait : « Qui est exempt de ce service qui consiste à prendre soin des autres ? Qui peut reprendre son souffle après ces tâches ? Essayons de les accomplir de manière irréprochable et avec charité [...]. La fatigue passera et le repos viendra ; mais on n’arrivera au repos que par la fatigue. Le bateau passera et arrivera au port ; mais on n’arrivera au port que par le bateau » (ibid., 6-7).

 

 

25 juillet 2025 – Message du Pape Léon XIV pour la 111ème Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié – 4-5 octobre 2025

     Chaque fois que l’Église cède à la tentation de la “sédentarisation” et cesse d’être civitas peregrina – peuple de Dieu en pèlerinage vers la patrie céleste (cf. Augustin, De civitate Dei, Livre XIV-XVI), elle cesse d’être “dans le monde” et devient “du monde” (cf. Jn 15, 19).

 

 

 28 juillet 2025 – Discours du Pape Léon à des jeunes du Prou venus au Jubilé des jeunes

     L’Evangile nous éclaire de façon particulière, il y a deux paraboles qui nous aident sur notre chemin chrétien : la première parle d’un petit grain de sénevé et la seconde d’un peu de levain (cf. Mt 13, 31-35). Comme on le voit, ce sont deux éléments que l’on pourrait considérer comme insignifiants ; et pourtant, par la force de vie qu’ils portent en eux, ils peuvent se transformer, croître et servir au but pour lequel ils ont été créés.

     Nous aussi, nous sommes petits, mais nous ne sommes pas seuls ; le Seigneur a voulu que nous fassions partie d’une grande famille : la famille de l’Eglise. Incorporés à elle dans le Christ, comme les sarments à la vigne, nous pouvons grandir et porter du fruit, aidés par la grâce du Seigneur. Saint Augustin évoque ces deux paraboles en commentant l’un des psaumes, le psaume 68, et exprime lui aussi cette force de ce qui est petit et qui, lorsqu’il grandit, s’enracine dans un peuple, le Peuple de Dieu qui s’étend sur toute la terre (cf. Commentaire sur le psaume 68, I, 1).

 

 

 

29 juillet 2025 – Discours du Pape Léon XIV, en langue française, à l’occasion de la rencontre avec des néophytes et catéchumènes français

     Comme nous le rappelle saint Augustin, « Si le Christ n’était pas devenu le principe de notre espérance, il ne nous conduirait pas. Chef, il nous guide ; voie, il nous fait marcher en lui ; patrie, il nous dirige vers lui-même » (Saint Augustin, Psaume 61).

 

 

2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 1ère partie

     Chers jeunes, tout personne désire naturellement cette vie bonne, comme les poumons aspirent à l’air, mais combien il est difficile de la trouver ! Comme il est difficile de trouver une authentique amitié. Il y a plusieurs siècles, saint Augustin a saisi le désir profond de notre cœur, qui est celui de tout cœur humain, même sans connaître le développement technologique actuel d’aujourd’hui. Lui aussi a connu une jeunesse tumultueuse, mais il ne s’est pas contenté de cela, il n’a pas réduit au silence le cri de son cœur. Augustin cherchait la vérité, la vérité qui ne déçoit pas, la beauté qui ne passe pas. Et comment l’a-t-il trouvée ?  Comment a-t-il trouvé une amitié sincère, un amour capable de donner l’espérance ? En rencontrant celui qui le cherchait déjà, en rencontrant Jésus-Christ. Comment a-t-il construit son avenir ? En le suivant, Lui son ami de toujours. Selon ses propres mots : “Aucune amitié n’est fidèle si ce n’est en Christ. - Saint Augustin nous dit : “Il n’y a pas d’amitié authentique si elle n’est pas en Christ. Et la véritable amitié est toujours en Jésus-Christ, avec vérité, amour et respect” - Et ce n’est qu’en Lui qu’elle peut être heureuse et éternelle” (cf. Réfutation De deux lettres des Pélagiens, I, I, 1) ; « c’est l’aimer véritablement un ami, que d’aimer Dieu en lui » (Sermon 336, 2), nous dit Augustin. L’amitié avec le Christ, qui est à la base de la foi, n’est pas seulement une aide parmi tant d’autres pour construire l’avenir, elle est notre étoile polaire.

 

 

 

 

2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 3ème partie

     Saint Augustin a écrit : « C’est toi qui le pousses à prendre plaisir à te louer parce que tu nous as faits orientés vers toi et que notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi... Je veux, Seigneur, te chercher... et t’invoquer en croyant en toi » (Confessions, I, 1). À la suite de ces paroles d’Augustin, et en réponse à vos questions, j’aimerais inviter chacun de vous, chers jeunes, à dire au Seigneur : “Merci, Jésus, de m’avoir appelé. Mon désir est de rester l’un de tes amis, afin qu’en t’embrassant, je sois aussi un compagnon de route pour tous ceux que je rencontre. Fais, Seigneur, que ceux qui me rencontrent puissent te rencontrer, même à travers mes limites et mes fragilités”. En priant ces paroles, notre dialogue se poursuivra chaque fois que nous regarderons le Seigneur crucifié, car nos cœurs seront unis en Lui. Chaque fois que nous adorons le Christ dans l’Eucharistie, nos cœurs seront unis en lui. Enfin, je prie pour que vous persévériez dans la foi, avec joie et courage !  

     Et nous pouvons dire “Merci Jésus de nous aimer”. Merci Jésus de nous avoir aimé. Merci Jésus de nous avoir appelés. Reste avec nous, Seigneur. Reste avec nous. Reste avec nous Seigneur.

 

 

3 août 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé des jeunes, à Tor Vergata. En présence de plus d’un million de jeunes venus de 146 pays

      Saint Augustin, parlant de sa recherche intense de Dieu, se demandait : « Quel est donc l’objet de notre espérance […] ? Est-ce la terre ? Non. Est-ce quelque chose qui vient de la terre, comme l’or, l’argent, l’arbre, la moisson, l’eau […] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes » (Sermon 313/F, 3). Et il concluait : « Cherche celui qui les a faites, c’est Lui ton espérance » (ibid.). Puis, repensant au chemin qu’il avait parcouru, il priait en disant : « Tu [Seigneur] étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais [...]. Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi j’ai goûté [cf. Ps 33, 9 ; 1 P 2, 3] et j’ai faim et j’ai soif [cf. Mt 5, 6 ; 1 Co 4, 11] ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix » (Confessions, 10, 27).

 

 

10 août 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

      Saint Augustin : « On serait déjà content de tirer d'une livre de bronze une livre d'argent, ou d'une livre d'argent une livre d'or ; mais, de ce que l'on donne, on reçoit quelque chose de vraiment différent, non pas de l'or ou de l'argent, mais la vie éternelle » (Sermo 390, 2). Et il explique pourquoi : « La chose donnée sera changée parce que celui qui donne sera changé » (ibid.).

 

15 août 2025 – Message du Pape Léon XIV aux Cad Schonborn à l’occasion du 350 ans du sanctuaire de la Vierge Noire à Cologne

     Nous invoquons la Mère de Dieu, la Vierge Noire, afin qu’en cette Année Sainte elle obtienne pour nous tous une foi sincère, forte et inébranlable en Jésus-Christ, son Fils et notre Seigneur. De lui, né de la Mère, a resplendi sur la terre une étoile nouvelle ; né du Père, il a façonné le ciel et la terre. En naissant, une lumière nouvelle a brillé dans l’étoile ; en mourant sur la croix, l’ancienne lumière fut voilée dans le soleil (cf. saint Augustin, Sermon 199). Dans les ténèbres et les incertitudes, nous implorons donc cette foi patiente et constante que l’apôtre saint Jean déclare être notre victoire, celle qui triomphe du monde (cf. 1 Jn 5, 4).

 

 

 

23 Aout 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux membres du « International Catholic Legislators Network
      Pour trouver notre équilibre dans les circonstances actuelles — spécialement vous, en tant que législateurs et responsables politiques catholiques — je suggère de nous tourner vers le passé, vers l’éminente figure de saint Augustin d’Hippone. Voix importante de l’Eglise à la fin de l’époque romaine, il fut témoin d’immenses bouleversements  et désagrégation sociale. En réponse, il écrivit La Cité de Dieu, une œuvre qui propose une vision d’espérance, une vision de sens qui nous parle encore aujourd’hui.

     Ce Père de l’Eglise a enseigné que, dans l’histoire humaine,  deux «cités» se mêlent: la cité de l’homme et la cité de Dieu. Elles symbolisent des réalités spirituelles — deux orientations du cœur humain et, par conséquent, de la civilisation humaine. La cité de l’homme, bâtie sur l’orgueil et l’amour de soi, se caractérise par la recherche du pouvoir, du prestige et du plaisir; la cité de Dieu, bâtie sur l’amour de Dieu jusqu’à l’altruisme, se caractérise par la justice, la charité et l’humilité. En ces termes, Augustin a encouragé les chrétiens à imprégner la société terrestre des valeurs du Royaume de Dieu, orientant ainsi l’histoire vers son accomplissement ultime en Dieu, en permettant toutefois également une authentique prospérité humaine dans cette vie. Une telle vision théologique peut offrir un point de référence face aux courants  actuels changeants : l’émergence de nouveaux centres de gravité, l’instabilité d’anciennes alliances et l’influence sans précédent des multinationales et des technologies, sans parler des nombreux conflits violents. La question cruciale pour nous croyants est donc: comment accomplir ce devoir ?

     Pour répondre à cette question, nous devons clarifier le sens de la prospérité humaine. Aujourd’hui, la vie prospère est souvent confondue avec une existence riche matériellement ou avec une vie d’autonomie individuelle sans restrictions et riche de plaisir. Le prétendu avenir idéal qui nous est présenté est souvent marqué par le confort technologique et la satisfaction du consommateur. Mais nous savons que cela ne suffit pas. Nous le voyons dans les sociétés riches, où de nombreuses personnes luttent contre la solitude, le désespoir et un sentiment de manque de sens.

     La véritable prospérité humaine découle de ce que l’Eglise définit le développement humain intégral, c’est-à-dire la pleine croissance de la personne dans toutes ses dimensions : physique, sociale, culturelle, morale et spirituelle. Cette vision de la personne humaine est enracinée dans la loi naturelle, l’ordre moral que Dieu a inscrit au cœur de l’homme et dont les vérités profondes sont illuminées par l’Evangile du Christ. A ce propos, l’authentique prospérité humaine se manifeste lorsque les personnes vivent de façon vertueuse, dans des communautés saines, en jouissant non seulement de ce qu’elles possèdent, mais aussi de ce qu’elles sont comme enfants de Dieu. Elle assure la liberté de chercher la vérité, d’adorer Dieu et de fonder une famille dans la paix. Elle inclut également l’harmonie avec la création et un sens de solidarité à travers les classes sociales et les nations. En effet, le Seigneur est venu afin que nous «ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance» (cf. Jn 10, 10).

     L’avenir de la prospérité humaine dépend de cet «amour» que nous choisissons comme principe d’organisation de notre société:  un amour égoïste, l’amour de soi, ou l’amour de Dieu et du prochain. Nous connaissons déjà naturellement la réponse. Dans votre vocation de législateurs et de responsables publics catholiques, vous êtes appelés à être des bâtisseurs de ponts entre la cité de Dieu et la cité de l’homme. Ce matin, je voudrais vous exhorter à continuer de travailler pour un monde où le pouvoir est contrôlé par la conscience et où la loi est au service de la dignité humaine. Je vous encourage en outre à rejeter la mentalité dangereuse et contreproductive selon laquelle rien ne changera jamais.

Je sais que les défis sont immenses, mais la grâce de Dieu qui agit dans les cœurs humains est plus puissante encore. Mon vénérable prédécesseur a souligné la nécessité de ce qu’il a appelé une «diplomatie de l’espérance» (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2025). J’ajouterais que nous avons aussi besoin d’une «politique de l’espérance» et d’une «économie de l’espérance», enracinées dans la conviction que, dès maintenant, par la grâce du Christ, nous pouvons refléter sa lumière dans la cité terrestre.

 

 

29 août 2025 – Message vidéo du Pape Léon XIV à la Province Augustinienne de Saint Thomas de Villeneuve

     Bonsoir et que Dieu vous bénisse tous, vous qui participez à ce merveilleux évènement.

     En la Solennité de notre saint Père, saint Augustin, je suis ému et très honoré de recevoir la médaille de saint Augustin de la Province de Saint Thomas de Villeneuve. Alors que j’enregistre ce message, je suis loin de la chaleur romaine, je passe un peu de temps à Castel Gandolfo pour prier, réfléchir et me reposer. Vous serez heureux d’apprendre que l’église paroissiale de cette petite ville en dehors de Rome est dédiée à saint Thomas de Villeneuve, connu comme le père des pauvres, un frère et un évêque augustinien extraordinairement talentueux, qui a dédié sa vie au service des pauvres.

     En tant qu’augustiniens, nous nous efforçons chaque jour d’être à la hauteur de l’exemple de notre père spirituel, saint Augustin. Être reconnu en tant qu’augustinien est un honneur qui m’est très cher. Je dois une grande partie de ce que je suis à l’esprit et aux enseignements de saint Augustin, et je suis reconnaissant envers chacun de vous pour toutes les façons dont vos vies montrent un profond engagement aux valeurs veritas, unitas, caritas.

     Saint Augustin, comme vous le savez, était l’un des principaux fondateurs du monachisme; un évêque, un théologien, un prêcheur et un Docteur de l’Eglise. Mais cela ne s’est pas produit du jour au lendemain. Sa vie a été marquée par de nombreux essais et erreurs, tout comme les nôtres. Mais à travers la grâce de Dieu, à travers les prières de sa mère, Monique, et de la communauté de bonnes personnes qui l’entourait, Augustin a réussi à trouver le chemin vers la paix pour son cœur agité.

     La vie de saint Augustin et sa vocation à guider en servant nous rappelle que nous possédons tous des dons et des talents donnés par Dieu, et que notre but, notre épanouissement et notre joie viennent du fait de les redonner dans le service bienveillant à Dieu et à notre prochain.

     Comme il est bon d’être avec vous tous ce soir, alors que vous êtes réunis dans la ville historique de Philadelphie, siège de l’église Saint-Augustin, une des plus anciennes communautés de foi des Etats-Unis. Nous sommes soutenus par l’exemple des frères augustiniens, comme le père Matthew Carr et le père John Rossiter, dont l’esprit missionnaire les a guidés, à la fin du XVIIIe siècle, à aller de l’avant et à apporter la Bonne Nouvelle de l’Evangile aux immigrés irlandais et allemands, à la recherche d’une meilleure vie et d’une tolérance religieuse.

     Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à transmettre cet héritage de service bienveillant à l’ensemble du Peuple de Dieu. Jésus nous rappelle dans l’Evangile d’aimer notre prochain, et cela nous met au défi, aujourd’hui plus que jamais, de nous rappeler de voir notre prochain avec les yeux du Christ : nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu à travers l’amitié, les relations, le dialogue et le respect mutuel. Nous pouvons passer outre les différences et découvrir notre véritable identité en tant que frères et sœurs dans le Christ.

     En tant que communauté de croyants et inspirés par le charisme des Augustiniens, nous sommes appelés à aller de l’avant pour être des artisans de paix dans nos familles et dans nos lieux de vie, et à reconnaître véritablement la présence de Dieu les uns chez les autres. La paix commence par ce que nous disons et faisons, et par la façon dont nous le disons et faisons.

     Saint Augustin nous rappelle qu’avant de parler, nous devons d’abord écouter, et en tant qu’Eglise synodale, nous sommes encouragés à nous ré-engager dans l’art de l’écoute par la prière, le silence, le discernement et la réflexion. Nous avons la possibilité et la responsabilité d’écouter l’Esprit Saint ; de s’écouter les uns les autres ; d’écouter les voix des pauvres et des marginalisés, dont les voix ont besoin d’être entendues. Saint Augustin nous exhorte à prêter attention et à écouter notre maître intérieur, la voix qui parle en chacun de nous. C’est dans nos cœurs que Dieu nous parle.

     Dans l’un de ses sermons, saint Augustin encourageait ceux qui l’écoutaient : «N’ayez pas votre cœur dans vos oreilles, mais vos oreilles dans votre cœur».

     Que devons-nous faire pour nous entraîner à écouter avec les oreilles de notre cœur ? Le monde est rempli de bruit, et nos têtes et nos cœurs peuvent être inondés de nombreux types de messages. Ces messages peuvent alimenter notre agitation et voler notre joie. En tant que communauté de foi, s’évertuant à bâtir une relation avec le Seigneur, puissions-nous parvenir à filtrer le bruit, les voix clivantes dans nos têtes et nos cœurs, et nous ouvrir aux invitations quotidiennes de mieux connaître Dieu et l’amour de Dieu. Quand nous entendons la voix bienveillante, rassurante, de Dieu, nous pouvons la partager avec le monde alors que nous cherchons à devenir une seule et même chose en lui.

     Je suis reconnaissant pour cet honneur et plus particulièrement pour les Messes et les prières de soutien célébrées ce soir et en d’autres occasions, alors que je cherche à servir en toute humilité.

     S’il vous plaît, continuez de prier pour moi, pour les intentions de l’ensemble du Peuple de Dieu dans le monde entier. Soyez assurés de mes prières pour vous tous qui êtes réunis ici ce soir: pour mes frères augustiniens, pour mes compagnons missionnaires de Villeneuve, passés, présents et futurs, pour les personnes âgées et les jeunes, pour les riches et les pauvres, pour tous nos chers amis de l’Ordre. Comme Augustin, nous vivons tous des moments d’angoisse, d’obscurité et de doute, et tout comme Augustin, par la grâce de Dieu, nous pouvons découvrir que l’amour de Dieu guérit véritablement. Œuvrons pour bâtir une communauté où cet amour est rendu visible.

     Puissions-nous continuer de renforcer notre mission commune en tant qu’Eglise et communauté pour promouvoir la paix, vivre dans l’espérance et refléter la lumière et l’amour de Dieu dans le monde. C’est dans notre unité dans le Christ et dans notre communion les uns avec les autres que la lumière grandira et brillera davantage dans notre monde.

     Sous la conduite et la protection de la Vierge Marie, notre Mère du Bon Conseil, puissions-nous ne jamais oublier les dons qu’elle a nous a donnés par son «oui» rempli de foi qu’elle a prononcé quand elle accepta ce que Dieu avait prévu pour elle.

     Que Dieu vous bénisse tous et apporte la paix à vos cœurs agités, et vous aide à continuer de bâtir une communauté d’amour, unie dans le cœur et l’esprit, tournée vers Dieu. Et que la bénédiction de Dieu Tout-Puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit descende sur vous et demeure en vous pour toujours.

     Merci beaucoup.

 

 

1er septembre 2025 – Homélie du Pape lors de la Messe pour l’ouverture du Chapitre Général des Augustiniens

     Mes chers frères et sœurs, (paroles improvisées)

Père Alejandro Moral, prieur général, mes frères dans l’épiscopat, Luis et Wilder, et vous tous, mes frères augustins, frères et sœurs ici présents. Avant de commencer l’homélie officielle qui a été préparée, je voudrais simplement tous vous saluer. Et pour ceux qui comprennent l’anglais mais pas l’italien: priez pour un don du Saint-Esprit! Et peut-être que pendant ce bref moment de réflexion sur la Parole de Dieu et sur ce que le Seigneur vous demande à tous, à vous qui êtes sur le point de commencer ce Chapitre général ordinaire, vous recevrez non pas nécessairement le don de comprendre ou de parler toutes les langues, mais le don d’écouter, le don d’être humble et le don de promouvoir l’unité, au sein de l’Ordre et dans l’ensemble de l’Ordre, dans toute l’Eglise et dans le monde.

Puis le Saint-Père a prononcé son homélie:

     Nous célébrons cette Eucharistie au début de votre Chapitre général, un moment de grâce pour l’Ordre augustin et un moment de grâce pour toute l’Eglise.

     Dans cette Sainte Messe votive de l’Esprit Saint, demandons que ce soit Lui, pour lequel l’amour du Christ habite nos cœurs (cf. Rm 5, 5), qui guide jour après jour votre travail.

      Un auteur ancien, parlant de la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-11), la décrit comme une «abondante et irrésistible effusion de l’Esprit» (Didyme l’Aveugle, De Trinitate, 6, 8: PG 39, 533). Demandons au Seigneur qu’il en soit ainsi également pour vous: que son Esprit ait le dessus sur chaque logique humaine, de façon «abondante et irrésistible», afin que la Troisième Personne divine deviennent véritablement le protagoniste des jours à venir.

L’Esprit Saint parle, aujourd’hui comme dans le passé. Il le fait dans les penetralia cordis et à travers les frères et les circonstances de la vie. C’est pourquoi il est important que le climat du Chapitre, en harmonie avec la tradition séculaire de l’Eglise, soit un climat d’écoute, d’écoute de Dieu, d’écoute des autres.

     Méditant sur la Pentecôte, notre père saint Augustin, répondant à la question provocatrice de ceux qui demandaient pourquoi, aujourd’hui, ne se reproduit plus, comme un jour à Jérusalem, le signe extraordinaire de la «glossolalie», fait une réflexion, qui je pense pourrait vous être utile dans le mandat que vous êtes sur le pont d’accomplir. Augustin dit: «Comme alors chaque fidèle parlait toutes les langues, ainsi l’unité formée par tous les fidèles les parle toutes aujourd’hui. D’où il suit que membres du corps immense où on les parle toutes, nous les avons toutes encore maintenant» (Sermon 269, 1).

      Chers frères, ici, ensemble, vous êtes membre du Corps du Christ, qui parle toutes les langues. Si ce ne sont pas toutes les langues du monde, ce sont certainement toutes celles que Dieu estime nécessaires à l’accomplissement du bien qui, dans son savoir providentiel, vous confie.

     Vous vivez, par conséquent, ces jours dans un effort sincère de communiquer et de comprendre, faites-le comme réponse généreuse au don grand et unique, de lumière et de grâce, que le Père des Cieux vous fait en vous convoquant ici, précisément vous, pour le bien de tous.

     Et venons-en au deuxième point: faites tout avec humilité. Saint Augustin, en commentant la variété des façons dont l’Esprit Saint, dans les siècles, s’est déversé sur le monde, lit cette multiplicité comme une invitation à nous faire petits face à la liberté et à l’impénétrabilité de l’action de Dieu (ibid., 2). Personne ne pense connaître toutes les réponses. Chacun partage avec ouverture ce qu’il a. Tous accueillent avec foi ce que le Seigneur inspire, dans la conscience que «autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre» (Is 55, 9), autant sont élevées ses voies au-dessus de nos voies, et ses pensées au-dessus de nos pensées. C’est uniquement ainsi que l’Esprit pourra «enseigner» et «se rappeler» ce que Jésus a dit (cf. Jn 14, 26), en le gravant dans vos cœurs afin que l’écho s’en répande dans l’unicité et le caractère irremplaçable de chaque battement.

     Il y a cependant encore un point de réflexion que je voudrais souligner dans ce que la liturgie de la Parole nous propose aujourd’hui: la valeur de l’unité.

       Dans la première lecture, saint Paul, parlant de la communauté de Corinthe, en donne une description qui peut facilement s’appliquer à votre chapitre. Ici aussi, en effet «à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun» (1 Co 12, 7), ici aussi «tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend» (v. 11) et de vous, on peut aussi dire que «de même […] le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ» (v. 12).

     Que l’unité soit un élément indispensable de vos efforts, mais pas seulement: qu’elle soit aussi le critère de vérification de votre action et de votre collaboration, car ce qui unit vient de Lui, mais ce qui divise ne peut venir de Lui.

     A cet égard, saint Augustin nous vient ici aussi en aide, commentant toujours le miracle de la Pentecôte, et observe: «De même donc qu’autrefois le don des langues parlées par tous les peuples révélait sa présence dans un homme; ainsi la manifeste-t-il aujourd’hui par la charité qui nous unit à toutes tes nations» (ibid., 2). Puis il poursuit: «De même eu effet que les hommes spirituels aiment l’unité; ainsi les hommes de vie animale recherchent les divisions» (ibid., 3). Il se demande cependant: «Or, quelle est la vertu principale de la piété, sinon l’amour de l’unité?» (ibid.) et il conclut: «Vous ne posséderez cet Esprit divin qu’en vous attachant de cœur et par une charité sincère à cette unité sainte» (ibid., 4).

     Ecoute, humilité et unité, voilà trois conseils, j’espère utiles, que la liturgie vous offre pour ces prochains jours.

      L’invitation est de les faire vôtres, en renouvelant la prière que nous avons adressée au Seigneur au début de cette célébration: «Que l’Esprit Paraclet, qui procède de toi, ô Père, illumine nos esprits et, selon la promesse de ton Fils, nous guide vers toute la vérité» (cf. Missel romain, sainte Messe votive du Saint-Esprit, B, Collecte).

 

 

1er septembre 2025 – Homélie du Pape lors de la Messe pour l’ouverture du Chapitre Général des Augustiniens  (VERSION REVUE EN ENLEVANT LE CHAPITRE GENERAL – EDV)

     Priez pour un don du Saint-Esprit ! Et peut-être que pendant ce bref moment de réflexion sur la Parole de Dieu et sur ce que le Seigneur vous demande à tous, vous recevrez non pas nécessairement le don de comprendre ou de parler toutes les langues, mais le don d’écouter, le don d’être humble et le don de promouvoir l’unité.

      Un auteur ancien, parlant de la Pentecôte (cf. Ac 2, 1-11), la décrit comme une « abondante et irrésistible effusion de l’Esprit » (Didyme l’Aveugle, De Trinitate, 6, 8: PG 39, 533). Demandons au Seigneur qu’il en soit ainsi également pour vous: que son Esprit ait le dessus sur chaque logique humaine, de façon « abondante et irrésistible », afin que la Troisième Personne divine devienne véritablement le protagoniste.

     L’Esprit Saint parle, aujourd’hui comme dans le passé. Il le fait dans les penetralia cordis et à travers les frères et les circonstances de la vie.

     Méditant sur la Pentecôte, notre père saint Augustin, répondant à la question provocatrice de ceux qui demandaient pourquoi, aujourd’hui, ne se reproduit plus, comme un jour à Jérusalem, le signe extraordinaire de la « glossolalie », fait une réflexion, qui je pense pourrait vous être utile dans le mandat que vous êtes sur le pont d’accomplir. Augustin dit : « Comme alors chaque fidèle parlait toutes les langues, ainsi l’unité formée par tous les fidèles les parle toutes aujourd’hui. D’où il suit que membres du corps immense où on les parle toutes, nous les avons toutes encore maintenant » (Sermon 269, 1).

     Faites tout avec humilité. Saint Augustin, en commentant la variété des façons dont l’Esprit Saint, dans les siècles, s’est déversé sur le monde, lit cette multiplicité comme une invitation à nous faire petits face à la liberté et à l’impénétrabilité de l’action de Dieu (ibid., 2). Personne ne pense connaître toutes les réponses. Chacun partage avec ouverture ce qu’il a. Tous accueillent avec foi ce que le Seigneur inspire, dans la conscience que « autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre » (Is 55, 9), autant sont élevées ses voies au-dessus de nos voies, et ses pensées au-dessus de nos pensées. C’est uniquement ainsi que l’Esprit pourra « enseigner » et « se rappeler » ce que Jésus a dit (cf. Jn 14, 26), en le gravant dans vos cœurs afin que l’écho s’en répande dans l’unicité et le caractère irremplaçable de chaque battement.

     Saint Paul, parlant de la communauté de Corinthe, donne une description : « à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Co 12, 7), ici aussi «tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend» (v. 11) et de vous, on peut aussi dire que «de même […] le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ» (v. 12).

     Que l’unité soit un élément indispensable de vos efforts, mais pas seulement : qu’elle soit aussi le critère de vérification de votre action et de votre collaboration, car ce qui unit vient de Lui, mais ce qui divise ne peut venir de Lui.

     A cet égard, saint Augustin nous vient ici aussi en aide, commentant toujours le miracle de la Pentecôte, et observe : « De même donc qu’autrefois le don des langues parlées par tous les peuples révélait sa présence dans un homme ; ainsi la manifeste-t-il aujourd’hui par la charité qui nous unit à toutes tes nations » (ibid., 2). Puis il poursuit : « De même eu effet que les hommes spirituels aiment l’unité ; ainsi les hommes de vie animale recherchent les divisions » (ibid., 3). Il se demande cependant : « Or, quelle est la vertu principale de la piété, sinon l’amour de l’unité ?» (ibid.) et il conclut : « Vous ne posséderez cet Esprit divin qu’en vous attachant de cœur et par une charité sincère à cette unité sainte » (ibid., 4).

 

 

 

 

6 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants au Congrès Mariologique International

     Marie nous apparaît toujours capable de recommencer à partir de l’écoute de la Parole, selon l’attitude décrite par saint Augustin : « Tous te consultent sur ce qu’ils veulent, mais ils n’entendent pas toujours ce qu’ils veulent. Ton meilleur serviteur, c’est celui qui veille davantage non pas à entendre de toi ce qu’il veut lui-même, mais plutôt à vouloir ce qu’il entend de toi » (Confessions, X, 26).

 

 

7 septembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Canonisation de Carlo Acutis0 et Pier Giorgio Frassati

      Au cours des siècles, de nombreux jeunes ont dû faire face à ce choix décisif dans leur vie. Pensons à saint François d’Assise : comme Salomon, lui aussi était jeune et riche, assoiffé de gloire et de renommée. C’est pourquoi il était parti à la guerre, dans l’espoir d’être fait ‘‘chevalier’’ et d’être couvert d’honneurs. Mais Jésus lui était apparu en chemin et l’avait amené à réfléchir à ce qu'il était en train de faire. Rentré en lui-même, il avait posé à Dieu une question simple : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » [1]. Et à partir de là, revenant sur ses pas, il avait commencé à écrire une histoire différente : la merveilleuse histoire de sainteté que nous connaissons tous, se dépouillant de tout pour suivre le Seigneur (cf. Lc 14, 33), vivant dans la pauvreté et préférant à l’or, à l’argent et aux tissus précieux de son père l’amour pour ses frères, en particulier les plus faibles et les plus petits.

       Et combien d’autres saints et saintes pourrions-nous rappeler ! Parfois, nous les représentons comme de grands personnages, oubliant que tout a commencé pour eux lorsqu’ils ont répondu ‘‘oui’’ à Dieu alors qu’ils étaient encore jeunes, et se sont donnés pleinement à Lui, sans rien garder pour soi. Saint Augustin raconte à ce propos que, dans le  « nœud tortueux et enchevêtré » de sa vie, une voix, au plus profond de lui, lui disait : « Je te veux » [2]. Et ainsi Dieu lui a donné une nouvelle direction, une nouvelle voie, une nouvelle logique, dans laquelle rien de son existence n’a été perdu.

 

 

11 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux nouveaux Evêques et Evêques des pays de Mission

     A propos de l’ordination de l’évêque, Augustin affirme : « Tout d’abord, celui qui préside le peuple doit comprendre qu’il est le serviteur de beaucoup » (Sermon 340/A, 1). Dans le même temps, il rappelle qu’« une certaine soif de grandeur » (ibid.) s’était insinuée chez les apôtres, face à laquelle Jésus dut intervenir comme un médecin pour les guérir.

 

 

 

15 septembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors du Jubilé de la Consolation, dans la Basilique Saint-Pierre

      Là où il y a de la souffrance, la question se pose inévitablement : pourquoi tout ce mal ? D’où vient-il ? Pourquoi cela m’est-il arrivé à moi ? Dans ses Confessions, saint Augustin écrit : « je cherchais d'où, vient le mal […] Quelle est sa racine et quel est son germe ? […] D'où vient donc le mal, puisque Dieu a fait toutes ces choses bonnes, lui qui est bon ? […] Telles étaient les pensées que je roulais dans un cœur misérable […] Cependant, solidement était fixée en mon cœur dans l'Église catholique, la foi de ton Christ, notre Seigneur et Sauveur ; en bien des points sans doute, elle était encore vague et fluctuante » (VII, 5).

 

 

15 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV au terme du Chapitre Général de l’Ordre de Saint Augustin

     Je suis heureux d’être ici avec vous à l’occasion de votre Chapitre général. Je peux affirmer que je me sens chez moi et que je participe moi aussi intérieurement, dans un esprit de partage spirituel, à ce que vous vivez ces jours-ci. Je remercie le prieur général, qui a terminé son service, et je salue le nouveau prieur, qui vient d’être élu : pour cette mission aussi exigeante, il faut la prière de nous tous, ne l’oublions pas !

     Le Chapitre général est une occasion précieuse de prier ensemble et de réfléchir sur le don reçu, sur l’actualité du charisme et également sur les défis et les problématiques qui interpellent la communauté. Alors que l’on mène à bien les différentes activités, célébrer le Chapitre signifie se mettre à l’écoute de l’Esprit, dans un certain sens en analogie avec ce que disait notre père Augustin, en rappelant l’importance de l’intériorité dans le chemin de la foi : « Ne va pas au dehors, cherche en toi-même ; la vérité réside dans l’homme intérieur » (De la vraie religion, 39, 72).

     D’autre part, l’intériorité ne signifie fuir nos responsabilités personnelles et communautaires, la mission que le Seigneur nous a confiée dans l’Eglise et dans le monde, les questions et les problèmes urgents. Nous rentrons en nous-mêmes pour aller ensuite en dehors de façon encore plus motivée et enthousiaste dans la mission. Rentrer en nous-mêmes renouvelle l’élan spirituel et pastoral : on retourne à la source de la vie religieuse et de la consécration, pour pouvoir offrir la lumière à ceux que le Seigneur place sur notre chemin. On redécouvre la relation avec le Seigneur et avec les frères de sa propre famille religieuse, parce que nous pouvons tirer une inspiration de cette communion d’amour et mieux affronter les problématiques de la vie communautaire ainsi que les défis apostoliques.

     Dans ce contexte, après une réflexion approfondie et partagée à laquelle vous vous êtes livrés ces dernières années, vous vous êtes arrêtés sur des thématiques que je voudrais brièvement rappeler.

     Avant tout, un thème fondamental : les vocations et la formation initiale. J’aime rappeler cette exhortation de saint Augustin : « Aimez ce que vous devez être » (Sermon 216, 8). Je trouve que c’est une indication précieuse, surtout pour ne pas tomber dans l’erreur d’imaginer la formation religieuse comme un ensemble de règles à observer ou de choses à faire ou, encore, comme un vêtement déjà confectionné à revêtir passivement. Au centre de tout, au contraire, il y a l’amour. La vocation chrétienne, et celle religieuse en particulier, naît seulement quand on ressent l’attraction de quelque chose de grand, d’un amour qui peut nourrir et rassasier le cœur. C’est pourquoi notre première préoccupation devrait être celle d’aider, spécialement les jeunes, à entrevoir la beauté de l’appel et à aimer ce que, en embrassant la vocation, ils pourront devenir. La vocation et la formation sont des réalités préétablies : elles sont une aventure spirituelle qui engage toute l’histoire d’une personne, et il s’agit avant tout d’une aventure d’amour avec Dieu.

     L’amour, que, comme nous le savons, saint Augustin a mis au centre de sa recherche spirituelle, est un critère fondamental aussi pour la dimension de l’étude théologique et de la formation intellectuelle. Dans la connaissance de Dieu, il n’est jamais possible d’arriver à Lui par notre seule raison et par une série d’informations théoriques, mais il s’agit avant tout de se laisser étonner par sa grandeur, de s’interroger et d’interroger le sens des choses qui se produisent pour y retrouver les traces du Créateur, et surtout de l’aimer et de le faire aimer.    A ceux qui étudient, Augustin suggère la générosité et l’humilité, qui naissent précisément de l’amour : la générosité de communiquer aux autres ses propres recherches, afin que cela profite à leur foi ; l’humilité pour ne pas tomber dans la vanité de ceux qui recherchent la science pour elle-même, en se sentant supérieurs aux autres parce qu’ils la possèdent.

     Dans le même temps, le don ineffable de la charité divine est ce vers quoi nous devons tendre si nous voulons vivre au mieux la vie communautaire et l’activité apostolique, en mettant en commun nos biens matériels, tout comme ceux humains et spirituels. Rappelons-nous combien est efficace ce qui est écrit dans notre Règle : « Comme on tire votre nourriture d’un même office, ainsi faut-il que vos vêtements soient tirés d’un même vestiaire » (Règle, n. 30). Restons fidèles à la pauvreté évangélique et faisons en sorte qu’elle devienne un critère pour vivre tout ce que nous sommes et avons, y compris les moyens et les structures, au service de notre mission apostolique.

     Enfin, n’oublions pas notre vocation missionnaire. A partir de la première mission en 1533, les Augustins ont annoncé l’Evangile dans de nombreuses régions du monde avec passion et générosité, en prenant soin des communautés chrétiennes locales, en se consacrant à l’éducation et à l’enseignement, en se dévouant aux pauvres et en accomplissant des œuvres sociales et caritatives. Cet esprit missionnaire ne doit pas s’éteindre, parce que, aujourd’hui aussi, il y en a un grand besoin. Je vous exhorte à le raviver, en rappelant que la mission évangélisatrice à laquelle nous sommes tous appelés exige le témoignage d’une joie humble et simple, la disponibilité au service, le partage de la vie du peuple auquel nous sommes envoyés.

     Chers frères, je vous souhaite de poursuivre les travaux du Chapitre dans la joie fraternelle et avec le cœur disposé à accueillir les suggestions de l’Esprit. Je prie pour vous, pour que la charité du Seigneur inspire vos pensées et vos actions, en faisant de vous des apôtres et témoins de l’Evangile dans le monde. Que la Vierge Marie et saint Augustin intercèdent pour vous et que la bénédiction apostolique vous accompagne.

 

 

17 septembre 2025 - Lettre du Pape Léon XIV aux séminaristes du grand Séminaire de Trujillo
     Seul celui qui est libre peut se donner : lié par l’intérêt ou la peur, nul ne se donne vraiment, car « la volonté n’est vraiment libre que lorsqu’elle n’est pas esclave » (saint Augustin, Cité de Dieu, XIV, 11, 1).

    

 

18 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV à des Instituts religieux

      Le deuxième aspect sur lequel je voudrais m’arrêter est la valeur fondamentale, dans la consécration religieuse, de l’obéissance comme acte d’amour. Jésus nous en a donné l’exemple dans sa relation avec le Père: «Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé» (Jn 5, 30). A ce propos, saint Augustin souligne avec force la relation étroite qui existe, dans la vie chrétienne, entre l’obéissance et le véritable amour: «Vous avez à cœur la charité — dit-il dans un discours — or l’obéissance en est la fille […], la racine est sous terre, les fruits à découvert. Je ne crois pas à ce qui est accroché au sol si je ne vois pas ce qui pend à la branche. Avez-vous la charité? Montrez-moi son fruit! Faites-moi voir l’obéissance […]. Que je puisse serrer la fille dans mes bras pour reconnaître la [fécondité de] la mère» (Sermon 359 B, 12). Aujourd’hui, parler d’obéissance n’est pas très à la mode: on la considère comme une renonciation de sa propre liberté. Mais il n’en est pas ainsi.    L’obéissance, dans sa signification la plus profonde d’écoute concrète et généreuse de l’autre, est un grand acte d’amour par lequel on accepte de mourir à soi afin que notre frère ou notre sœur puissent croître et vivre. Professée et vécue avec foi, elle trace un chemin lumineux de don, qui peut aider beaucoup le monde dans lequel nous vivons à redécouvrir la valeur du sacrifice, la capacité de relations durables et une maturité dans la coexistence qui va au-delà du «sentiment» du moment pour s’enraciner dans la fidélité. L’obéissance est une école de liberté dans l’amour.

 

 

 

19 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la rencontre promue par le Conseil Episcopal Latino-Américin (CELAM) l’Académie Pontificale pour la Vie et l’Institut Jean Paul II

    Jubilé, dans l’Ancien Testament, évoque le retour: le retour à la terre, à la condition originaire d’hommes libres, aux origines de la justice et de la miséricorde de Dieu (cf. Lv 25). Aujourd’hui, nous devons lire ce retour comme un appel à retourner au centre de notre vie, à Dieu même, au Dieu de Jésus Christ. Le Jubilé nous invite aussi à penser à nos racines: à la foi reçue par nos parents, à la prière persévérante de nos grands-mères qui égrainaient le chapelet, à leur vie simple, humble et honnête qui, comme le levain, a soutenu de nombreuses familles et de communautés. En elles, nous avons appris que Jésus est la Vie, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14, 6). En lui, nous trouvons notre joie: le jubilé de nous savoir à la maison, là où nous devons être.

     Le Jubilé de l’Espérance est un chemin vers la rencontre avec cette vérité qui est Dieu même. Jésus, au début de sa mission, décrit ce jubilé comme une année de grâce (cf. Lc 4, 19) et, après la résurrection, invite les disciples à «partir pour la Galilée» (cf. Mt 28, 10). Nous ne devons pas tomber dans le danger de fonder notre vie sur des sécurités humaines et sur des attentes mondaines. Dans le domaine social, nous pourrions traduire cette tentation dans la tentative de «vivoter», comme disait saint Pier Giorgio Frassati (cf. Lettre à Isidoro Bonini, 27 février 1925), récemment canonisé. Dans le même temps, nous sommes conscients du fait que, de nos jours, il existe de véritables menaces à la dignité de la famille, comme par exemple les problèmes liés à la pauvreté, le manque de travail et d’accès aux systèmes de santé, les abus envers les plus vulnérables, les migrations, les guerres (cf. François, Exhort. ap. post-syn. Amoris laetitia, nn. 44-46). Les institutions publiques et l’Eglise ont la responsabilité de chercher des moyens de promouvoir le dialogue et renforcer les éléments dans la société qui favorisent la vie en famille et l’éducation de ses membres (cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Sollecitudo rei socialis, n. 8).

     Dans cette optique, nous pouvons entendre la famille comme un don et un devoir. Il est fondamental de promouvoir la co-responsabilité et le caractère central des familles dans la vie sociale, politique et culturelle, en promouvant leur précieuse contribution à la communauté. Dans chaque fils, dans chaque épouse ou époux, Dieu nous confie à son Fils, à sa Mère, comme il le fit avec saint Joseph, pour être, à leurs côtés, base, levain et témoignage de l’amour de Dieu parmi les hommes. Pour être Eglise domestique et foyer où brûle le feu de l’Esprit Saint, il diffuse à tous sa chaleur et les invite à cette espérance.

Saint Paul VI, dans sa célèbre homélie à Nazareth, a exhorté à suivre l’exemple de la Saint Famille, accompagnant, soutenant l’autre dans le silence, dans le travail et dans la prière, afin que Dieu réalise en lui le projet d’amour qui lui est réservé. Tel est l’amour qui s’incarne dans chaque vie née à la foi du baptême et ointe «pour proclamer l’année de grâce» à tous, qui rencontrera Jésus dans l’Eucharistie et dans le sacrement du pardon, qui le suivra dans la mission en tant que prêtre chrétien et comme consacré, jusqu’à la rencontre définitive, jusqu’au but de notre espérance.

     Chers frères et sœurs, la conclusion de cette réflexion doit être un appel à l’engagement et à cette joie débordante qui envahit les disciples dans la rencontre avec Jésus Ressuscité et qui les a amenés à proclamer son nom sur toute la Terre. Saint Augustin définissait ce «jubilé» comme une exultation qui ne peut s’exprimer par les paroles et qui relève véritablement, surtout, de l’Ineffable. (cf. Sermon 94, 3).

 

 

20 septembre 2025 – Discours d Pape Léon XIV au Jubilé des Juristes

    Comme l’écrivait saint Augustin : « La justice n’est pas la justice si elle n’est pas prudente, forte et tempérante ». [4]

: « La république ne peut être gouvernée sans la justice ; donc, où il n’y a pas une véritable justice, le droit ne peut être. Car ce qui se fait avec droit se fait avec justice, et ce qui se fait sans justice ne peut se faire avec droit. […] Il suit indubitablement qu’où il n’y a pas justice, il n’y a pas république. Or la justice est cette vertu qui rend à chacun ce qui lui appartient. Qu’elle est donc cette justice de l’homme, qui dérobe l’homme même au vrai Dieu ». [6] Que les paroles exigeantes de saint Augustin inspirent chacun d’entre nous à toujours exprimer au mieux l’exercice de la justice au service du peuple, le regard tourné vers Dieu, afin de respecter pleinement la justice, le droit et la dignité des personnes.


[4] S. Augustin, Lettres 167, 2, 5.

[6] Id., De civitate Dei, XIX, 21, 1.

 

 

 

22 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux Participants aux Chapitres généraux des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, des Missionnaires Salésiennes de Marie Immaculée, des Sœurs de Sainte-Catherine Vierge et Martyre et des Carmélites Déchaussées de Terre Sainte

     Saint Augustin conseillait aux vierges : « Gravissez les hauteurs avec le pas de l’humilité. C’est lui [Dieu] qui élève ceux qui le suivent dans l’humilité… Confiez-lui les dons qu’il vous a accordés, afin qu’il les préserve ; déposez devant lui votre force » (cf. Ps 58,10 ; De sancta virginitate, 52-53).

 

27 septembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Jubilaire.

     Au fil des années, saint Ambroise a beaucoup rendu à son peuple. Par exemple, il a inventé de nouvelles manières de chanter les psaumes et les hymnes, de célébrer, de prêcher. Lui-même savait pressentir, et ainsi l’espérance s’est multipliée. Augustin fut converti par sa prédication et baptisé par lui. Pressentir est une manière d’espérer : ne l’oublions pas !

 

 

28 septembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé des Catéchistes

     Au diacre Deogratias, qui lui demandait comment être un bon catéchiste, saint Augustin répondit : « Raconte-le de manière telle que ton auditeur en entendant croie, en croyant espère, et en espérant aime » (De catechizandis rudibus, 4, 8).

 

3 octobre 2025 - Message du Pape Léon XIV à l’occasion du Congrès international de philosophie
     saint Augustin nous rappelle : « Celui qui pense que toute philosophie n’est qu’une invention humaine, et qui ne voit pas qu’elle a été inspirée par Dieu, celui-là ne comprend pas la sagesse divine. » (De ordine, I, 11, 32)

     …Dans l’Antiquité, le moine Pélage soutenait que la volonté humaine suffisait pour accomplir les commandements sans l’aide indispensable de la grâce, thèse à laquelle saint Augustin répondit de manière complète et profonde.

 

 

 

     Saint Augustin affirme que l’on ne doit pas aimer la vérité parce qu’elle a été connue par tel ou tel sage ou philosophe, « mais parce que, même si aucun de ces philosophes ne l’avait connue, c’est la vérité » (Lettre à Dioscore, n. 118, IV, 26).

 

 

 

 

    2 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux représentants de la « Confederación Médica Latinoiberoamericana y del Caribe » (CONFEMEL)
      Aujourd’hui, 2 octobre, l’Église célèbre les saints Anges gardiens. Cette mémoire peut nous aider à réfléchir à la relation médecin-patient, fondée sur le contact personnel et le soin, tout comme, pourrait-on dire, les anges prennent soin de nous et nous protègent sur le chemin de la vie. Ce thème me rappelle aussi certaines paroles de saint Augustin, qui se référait au Christ comme médecin et comme remède. Il est médecin parce qu’il est la Parole, et il est remède parce qu’il est la Parole faite chair (cf. Sermon 374, 23). La « parole » et la « chair » sont essentielles ; le dialogue, la communication et le contact physique doivent toujours être présents dans la relation thérapeutique, au-delà des instruments et outils utilisés pour traiter les maladies.

 

 

 

6 octobre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la Prière des Vêpres en l’honneur de Notre-Dame de Pompéi, à Rome

       Saint Augustin écrit : « Dieu nous a créés sans nous, mais il ne nous sauvera pas sans nous. »

 

 

 

9 octobre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé de la Vie Consacrée

     Saint Augustin décrit la présence de Dieu dans sa vie avec des images très belles. Il parle d'une lumière qui excède l'espace, d'une voix qui n’est pas emportée par le temps, d'une saveur qui n'est jamais gâchée par la voracité, d'une faim qui n’est jamais éteinte par la satiété, et il conclut : « Voilà ce que j'aime lorsque j'aime mon Dieu » (Saint Augustin, Confessions, 10, 6.8).

 

9 octobre 2025 – Message du Pape Léon XIV pour l’ouverture de l’Année Universitaire Pontificale Urbananienne

     Dans ce contexte, j’aime imaginer ce que saint Augustin recommanderait aujourd’hui: que l’étude authentique ne soit jamais une fin en soi, mais l’instrument pour élever l’âme vers les réalités terrestres (cf. Saint Augustin, De Doctrina Christiana, I, 36). Il s’agit de ne pas considérer l’étude comme un simple exercice intellectuel, mais comme un chemin qui conduit à la Sagesse, dans lequel convergent la vérité recherchée et le Dieu qui se laisse trouver.

 

 

11 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux ermites italiens participant au Jubilé de la vie consacrée
    Dans les profondeurs de l’âme, chacun peut découvrir le feu du désir de Dieu qui brûle et ne s’éteint jamais, comme nous l’enseigne saint Augustin : « Désirons continuellement du Seigneur notre Dieu ; et prions ainsi continuellement » (Lettre 130, 18-20). Vous êtes les gardiens et les témoins de ce désir qui habite chaque personne, afin que chacun puisse le découvrir et le nourrir en lui.

 

 

12 octobre 2025 – Message du Pape Léon XIV  à l'occasion du Jubilé des peuples autochtones d'Amérique latine et des Caraïbes  [14-16 octobre 2025]

     Je suis heureux de me joindre à l’événement virtuel que vous avez organisé à l’occasion de l’Année Sainte, sous l’égide de la Présidence du CELAM. C’est certainement une belle occasion d’approfondir la signification du don que le Seigneur nous fait à travers son Église.
     Le Jubilé doit être avant tout pour nous « un moment de rencontre vivante et personnelle avec le Seigneur Jésus, “porte” du salut » (François, Bulle Spes non confundit, n. 1), un temps de réconciliation, de mémoire reconnaissante et d’espérance partagée, plus qu’une simple célébration extérieure. En programmant les temps jubilaires, le pape François a voulu mettre en lumière l’universalité de l’Église, qui se manifeste dans la diversité des vocations, des âges et des états de vie : familles, enfants, adolescents, jeunes, adultes, personnes âgées, ministres ordonnés et laïcs, serviteurs dans l’Église et dans la société.
     Cette même universalité, qui n’uniformise pas mais accueille, dialogue et s’enrichit de la diversité des peuples, inclut de manière particulière vous, peuples autochtones, dont l’histoire, la spiritualité et l’espérance constituent une voix irremplaçable au sein de la communion ecclésiale.
     Dans cette perspective, il est important de comprendre que lorsque nous franchissons la Porte Sainte, il ne s’agit pas simplement d’un geste symbolique ou d’une entrée dans un beau sanctuaire : nous voulons, par la foi, entrer dans la source même de l’amour divin, le côté ouvert du Crucifié (cf. Jn 20, 27-29). C’est dans cette foi que nous sommes un peuple de frères, unis dans l’Unique (cf. saint Augustin, Commentaire sur le psaume 127, 4). À partir de cette vérité, nous devons relire notre histoire et notre réalité, pour affronter l’avenir avec l’espérance à laquelle nous invite l’Année Sainte, malgré les fatigues et les tribulations (cf. ibid., 5.10).
     Cette Perspective peut éclairer notre réflexion, car, en tant que peuples originaires, vous vous affermissez dans la certitude que l’Unique est à la fois l’origine et la fin de l’univers (cf. Rm 11, 36), le Premier en tout (cf. Col 1, 18) : source de tout bien, et donc source première de tout ce qui est bon, y compris dans nos peuples. C’est de cette certitude de foi que jaillit notre action de grâce joyeuse en franchissant la Porte Sainte du Cœur du Christ :
« Béni soit Dieu, il nous a choisis dans le Christ avant la fondation du monde, pour que nous soyons ses enfants » (cf. Ep 1, 3-5).
     Telle est la finalité de notre espérance, non pas celle de quelques-uns, mais celle de tous, même de ceux qu’autrefois l’on considérait comme ennemis : les Philistins, les Syriens, les Éthiopiens, “l’Égypte et Babylone” (Ps 86, 3-4), ces grandes puissances occupantes, car « tous sont nés en elle » (cf. Ps 86, 5). Saint Augustin commente : « Il en nomme quelques-uns pour les signifier tous » (Commentaire sur le psaume 86, 6).
     Cependant, en tant qu’êtres humains, ce n’est pas la seule acception du mot “originel” que nous devons affronter. La longue histoire d’évangélisation vécue par les peuples autochtones, comme l’ont souvent rappelé les évêques d’Amérique latine et des Caraïbes, est marquée de “lumières et d’ombres”. Saint Augustin applique cela aux serviteurs de l’Évangile :     « S’il [l’homme] est bon, il est intimement uni à Dieu et agit avec Dieu lui-même ; mais s’il est mauvais, c’est Dieu qui agit à travers lui pour accomplir le rite visible du sacrement, tandis que c’est lui qui donne la grâce invisible. Efforçons-nous d’avoir tous la même conviction et d’éliminer les divisions parmi nous ! » (Lettre 105, 12).

 

 


15 octobre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
     Saint Augustin, dans le dixième livre des Confessions, saisit précisément cette aspiration inépuisable de notre cœur et l'exprime dans le célèbre Hymne à la beauté : « Tu as exhalé ton parfum, j’ai respiré et j’aspire à toi, j'ai goûté, j'ai faim et soif ; tu m'as touché, et j'ai brûlé du désir de ta paix » (X, 27, 38).

 

 

17 octobre 2025 – Discours du Pape à l’occasion de la visite du navire-école de la paix, Bel Espoir
      Je vais commencer en italien, afin de saluer tous ceux qui vivent à Ostie et dans cette région, car c’est vraiment un port important dans l’histoire du monde et de l’Église, ainsi que dans l’histoire de saint Augustin et de sainte Monique. En tant qu’Augustinien, je suis venu dans cette région de nombreuses fois, parce qu’Ostie a toujours été un port très important — et elle l’est aujourd’hui parce que vous êtes ici !

 

 

23 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre des mouvements populaires

     Selon Augustin, l’« humain » est au centre d’une éthique de responsabilité. Il nous enseigne que la responsabilité, surtout envers les pauvres et ceux qui ont des besoins matériels, naît du fait d'être humain avec ses semblables et, par conséquent, de la reconnaissance de notre « humanité commune ». 

 

 

 

 

 

 

23 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux Chevaliers et Dames de l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
       Comme le disait saint Augustin aux chrétiens de son temps :
« Avance, avance dans le bien […]. Ne t’écarte pas du chemin, ne te retourne pas, ne t’arrête pas ! » (Sermon 256, 3).

 

 

 

24 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux Jésuites

     Montrer le chemin vers Dieu à travers les Exercices spirituels et le discernement  répond au désir le plus profond du cœur humain. Sur tous les continents, même dans les sociétés sécularisées, beaucoup cherchent un sens sans le savoir. Comme le dit saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (Confessions, I,1).
 

 

26 octobre 2025 – Homélie de la Messe du Pape Léon XIV pour le Jubilé des Equipes Synodales

     Le pharisien et le publicain montent tous deux au Temple pour prier, on pourrait dire qu'ils “montent ensemble” ou en tout cas qu'ils se retrouvent ensemble dans le lieu sacré ; pourtant, ils sont séparés et il n'y a aucune communication entre eux. Ils font tous deux le même chemin, mais ils ne marchent pas ensemble ; ils se retrouvent tous deux dans le Temple, mais l'un prend la première place et l'autre reste à la dernière ; ils prient tous les deux le Père, mais sans être frères et sans rien partager.

     Cela dépend surtout de l'attitude du pharisien. Sa prière, en apparence adressée à Dieu, n'est qu'un miroir dans lequel il se regarde, se justifie, se loue lui-même. Il « était monté pour prier, mais il ne voulait pas prier Dieu, il voulait se louer lui-même » (Augustin, Discours 115,2), se sentant meilleur que l'autre, le jugeant avec mépris et le regardant de haut. Il est obsédé par son propre moi et, de cette manière, il finit par tourner sur lui-même sans avoir de relations ni avec Dieu ni avec les autres.

 

 

 

26 octobre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

     Le publicain a le courage et l'humilité de se présenter devant Dieu. Il ne se renferme pas dans son monde, il ne se résigne pas au mal qu'il a fait. Il quitte les lieux où il est craint, en sécurité, protégé par le pouvoir qu'il exerce sur les autres. Il vient au Temple seul, sans escorte, même au prix de regards sévères et de jugements tranchants, et se présente devant le Seigneur, en retrait, la tête baissée, prononçant quelques mots : « O Dieu, aie pitié de moi, pécheur » (v. 13).

     Jésus nous livre ainsi un message puissant : ce n'est pas en affichant ses mérites que l'on se sauve, ni en cachant ses erreurs, mais en se présentant honnêtement, tels que nous sommes, devant Dieu, devant nous-mêmes et devant les autres, en demandant pardon et en s'en remettant à la grâce du Seigneur.

     Commentant cet épisode, saint Augustin compare le pharisien à un malade qui, par honte et orgueil, cache ses plaies au médecin, et le publicain à un autre qui, avec humilité et sagesse, expose ses blessures au médecin, aussi laides soient-elles, et demande de l'aide. Et il conclut : «  Nous ne sommes pas surpris [...] que ce publicain, qui n'a pas eu honte de montrer sa partie malade, soit reparti [...] guéri » (Sermo 351,1).

    

30 octobre 2025 - Discours du pape Léon XIV lors de la rencontre avec les étudiants à l’occasion du Jubilé du monde éducatif
        Jeune homme, saint Augustin était un garçon brillant, mais profondément insatisfait, comme nous le lisons dans son autobiographie, Les Confessions. Il a cherché partout, entre la carrière et les plaisirs, et il a combiné toutes sortes de choses, mais sans trouver ni la vérité ni la paix. Jusqu’à ce qu’il découvre Dieu dans son cœur, en écrivant une phrase très dense, qui vaut pour nous tous : « Mon cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi ». C’est cela éduquer à la vie intérieure : écouter notre inquiétude, ne pas la fuir ni la gorger de ce qui ne rassasie pas. Notre désir de l’infini est la boussole qui nous dit : « Tu mérites plus, tu es fait pour quelque chose de plus grand », « ne vivotez pas, mais vivez ».

 

 

 

31 octobre 2025 – Discours du Pape Léon XIV avec les éducateurs, à l’occasion du Jubilé.

     Au sujet de l’intériorité, saint Augustin dit que « le son de nos paroles frappe vos oreilles ; le Maître est au-dedans» (In Epistolam Ioannis ad Parthos Tractatus 3,13), et ajoute : « Ceux que l’Esprit-Saint n’instruit pas au-dedans s’en vont sans avoir rien appris » (ibid.). Il nous rappelle ainsi qu’il est erroné de penser que de belles paroles ou de bonnes salles de classe, des laboratoires et des bibliothèques suffisent pour enseigner. Ce ne sont que des moyens et des espaces physiques, certes utiles, mais le Maître est à l’intérieur. La vérité ne circule pas à travers les sons, les murs et les couloirs, mais dans la rencontre profonde entre les personnes, sans laquelle toute proposition éducative est vouée à l’échec.

      Nous vivons dans un monde dominé par des écrans et des filtres technologiques souvent superficiels, dans lequel les élèves ont besoin d’aide pour entrer en contact avec leur intériorité. Et pas seulement eux. En effet, même pour les éducateurs, souvent fatigués et surchargés de tâches bureaucratiques, le risque est réel d’oublier ce que saint John Henry Newman résumait par l’expression : cor ad cor loquitur (le cœur parle au cœur) et que saint Augustin recommandait en disant : « Ne va pas au dehors, cherche en toi-même; la vérité réside dans l’homme intérieur » (De vera religione, 39, 72). Ce sont des expressions qui invitent à considérer la formation comme un chemin que les enseignants et les disciples parcourent ensemble (cf. Saint Jean-Paul II, Const. ap. Ex corde Ecclesiae, 15 août 1990, 1), conscients de ne pas chercher en vain mais, en même temps, de devoir continuer à chercher après avoir trouvé. Seul cet effort humble et partagé – qui, dans le contexte scolaire, prend la forme d’un projet éducatif – peut amener les élèves et les enseignants à se rapprocher de la vérité.

     Nous arrivons ainsi au deuxième mot : unité. Comme vous le savez peut-être, ma “devise” est : In Illo uno unum. Il s’agit là aussi d’une expression augustinienne (cf. Ennaratio in Psalmum 127, 3), qui nous rappelle que c’est seulement dans le Christ que nous trouvons véritablement l’unité, comme des membres unis à la Tête et comme des compagnons de route dans le parcours d’apprentissage continu de la vie.

     Cette dimension du “avec”, constamment présente dans les écrits de saint Augustin, est fondamentale dans les contextes éducatifs, comme défi à “se décentrer” et comme stimulant à grandir. C’est pourquoi j’ai décidé de reprendre et d’actualiser le projet du Pacte Éducatif Mondial, qui a été l’une des intuitions prophétiques de mon vénéré prédécesseur, le Pape François. Après tout, comme l’enseigne le Maître d’Hippone, notre être ne nous appartient pas : « Ton âme, dit-il, [...] n’est plus la tienne, mais celle de tous tes frères » (Ep. 243, 4, 6). Et si cela est vrai d’une manière générale, cela l’est d’autant plus dans la réciprocité typique des processus éducatifs, où le partage du savoir ne peut être qu’un grand acte d’amour.

     En effet, c’est précisément cela – l’amour – qui est le troisième mot. À ce propos, un distique augustinien donne matière à réflexion : « L’amour de Dieu est le premier qui est commandé, l’amour du prochain est le premier qui doit être pratiqué » (In Evangelium Ioannis Tractatus 17, 8). Dans le domaine de la formation, chacun pourrait alors se demander quel est l’engagement pris pour répondre aux besoins les plus urgents, quel est l’effort pour construire des ponts de dialogue et de paix, y compris au sein des communautés enseignantes, quelle est la capacité à dépasser les préjugés ou les visions limitées, quelle est l’ouverture dans les processus d’apprentissage commun, quel est l’effort pour aller à la rencontre et répondre aux besoins des plus fragiles, des pauvres et des exclus. Partager ses connaissances ne suffit pas pour enseigner : il faut aussi de l’amour. C’est seulement de cette manière que le savoir sera profitable à ceux qui le reçoivent, en soi et aussi et surtout pour la charité qu’il véhicule. L’enseignement ne peut jamais être séparé de l’amour, et l’une des difficultés actuelles de nos sociétés est de ne plus savoir valoriser suffisamment la grande contribution que les enseignants et les éducateurs apportent à la communauté à cet égard.   Mais attention : nuire au rôle social et culturel des formateurs, c’est hypothéquer l’avenir, et une crise de la transmission du savoir entraîne une crise de l’espérance.

     Et le dernier mot-clé est joie. Les vrais maîtres enseignent avec le sourire et leur pari est de réussir à éveiller des sourires au plus profond de l’âme de leurs disciples. Aujourd’hui, dans nos contextes éducatifs, il est préoccupant de voir se développer les symptômes d’une fragilité intérieure généralisée, à tous les âges. Nous ne pouvons fermer les yeux devant ces appels à l’aide silencieux ; nous devons au contraire nous efforcer d’en identifier les raisons profondes. L’intelligence artificielle, en particulier, avec ses connaissances techniques, froides et standardisées, peut isoler davantage des élèves déjà isolés, leur donnant l’illusion de ne pas avoir besoin des autres ou, pire encore, le sentiment de ne pas en être dignes. Le rôle des éducateurs, en revanche, est un engagement humain, et la joie même du processus éducatif est toute humaine, une « flamme qui fusionne les âmes et en fait une seule » (S. Augustin, Confessions, IV, 8,13).

     C’est pourquoi, très chers amis, je vous invite à faire de ces valeurs – intériorité, unité, amour et joie – les “points cardinaux” de votre mission auprès de vos élèves, en vous rappelant les paroles de Jésus : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Frères et sœurs, je vous remercie pour le travail précieux que vous accomplissez ! Je vous bénis de tout cœur et je prie pour vous.

 

 

 

7 Novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la 65ème Assemblée de la Conférence italienne des Supérieurs Majeurs (CISM).
           Saint Augustin, dans les Soliloques, se demande : « Pourquoi désires-tu que les personnes qui te sont chères vivent et demeurent avec toi ? » Et il répond magnifiquement :
« Afin que nous puissions, dans une collaboration unanime, chercher à mieux connaître notre âme et Dieu. Ainsi, celui qui aura trouvé la solution le premier amènera sans effort les autres au même résultat » (Soliloques, I, 12, 20).

 

 

9 novembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe en la Solennité de la Dédicace de la Basilique Saint Jean de Latran

     Saint Augustin disait que « la beauté n’est que l’amour, et l’amour est la vie » (Discours 365, 1). La liturgie est un domaine où cette vérité se réalise de manière éminente ; et je souhaite que ceux qui s’approchent de l’autel de la Cathédrale de Rome puissent ensuite repartir remplis de cette grâce dont le Seigneur veut inonder le monde (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12).

 

 

 

13 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV au Congrès du Dicastère des Causes des Saints sur « les phénomènes mystiques et la sainteté »

    La mystique se caractérise comme une expérience qui dépasse la simple connaissance rationnelle, non pas grâce à celui qui la vit, mais grâce à un don spirituel qui peut se manifester de différentes manières, voire par des phénomènes opposés, tels que des visions lumineuses ou une obscurité dense, des afflictions ou des extases. En soi, cependant, ces événements exceptionnels restent secondaires et non essentiels par rapport à la mystique et à la sainteté elle-même: ils peuvent en être des signes, en tant que charismes singuliers, mais le véritable but est et reste toujours la communion avec Dieu, qui est «interior intimo meo et superior summo meo» (saint Augustin, Confessions, III, 6, 11).

 

 

13 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV à la Fédération des Monastères Augustiniens d’Italie

     Je voudrais évoquer certains aspects de votre présence et de votre mission de contemplation, de votre mission d’être contemplatives dans l’Eglise aujourd’hui.

Le premier aspect consiste à vivre et témoigner de la joie de l’union avec Dieu. Saint Augustin nous a laissé des pages très belles à ce sujet. Dans ses Confessions, il parle d’une joie accordée à ceux qui servent le Seigneur par amour pur (cf. 10, 22.32) et conclut : «Et la vie heureuse, la voilà, éprouver de la joie pour toi, de toi, à cause de toi. La voilà et il n’en est point d’autre» (ibid.). La joie pleine pour l’homme, en particulier pour le chrétien, réside dans la communion avec le Seigneur, dans cette intimité avec l’Epoux céleste auquel vous, par vocation, consacrez toute votre vie.

     Comme nous le savons, c’était également le grand souhait du saint évêque d’Hippone : un rêve auquel il dût renoncer en raison de ses engagements pour le ministère. La première invitation que je vous adresse donc est de vous dépenser avec un amour indivisible à cet appel, embrassant avec enthousiasme la vie de clôture : la liturgie, la prière commune et personnelle, l’adoration, la méditation de la Parole de Dieu, l’aide réciproque dans la vie en communauté. Cela vous donnera paix et consolation, et donnera à ceux qui frappent à la porte de vos monastères un message d’espérance qui vaut plus que mille paroles.

     Nous arrivons donc à la deuxième dimension de votre présence dans l’Eglise que je désire souligne r: le témoignage de la charité. Dans l’idéal augustinien, vous êtes appelées, fidèles à la Règle, à imiter dans la communion fraternelle la vie de la première communauté chrétienne  (cf. Regula 1, n. 1-3). Le Doctor gratiae disait: «Que le Seigneur vous accorde la grâce d’observer tous ces préceptes avec amour, comme des amants de la beauté spirituelle (cf. Si 44, 6) épandant par votre vie la bonne odeur du Christ (cf. 2 Co 2, 15)» (Regula, 8, n.1).   Pour répandre dans le monde la bonne odeur de Dieu, efforcez-vous donc de vous aimer avec une  affection sincère, comme des sœurs, et de porter dans votre cœur, avec discrétion, chaque homme et femme de ce monde, pour les présenter au Père dans votre prière. Sans bruit, ayez de l’attention et de la bienveillance les unes envers les autres et faites-vous le modèle de soin envers tous, partout où le besoin l’exige et les circonstances le permettent.   Dans une société aussi projetée vers l’extériorité, dans laquelle on n’hésite pas, parfois, pourvu que l’on se retrouve sur le devant de la scène pour récolter des applaudissements, à violer le respect des personnes et des sentiments, que votre exemple d’amour silencieux et caché aide à redécouvrir la valeur de la charité quotidienne et discrète, destinée à prendre soin de l’autre et libérée de l’esclavage des apparences.

. Rappelons-nous de ce que disait saint Augustin : « Ce que tu désires est beau et très digne de ton amour […] Que cette ardeur donc se soumette à l’ordre, au lieu de s’y soustraire ; car sans l’ordre on ne peut parvenir au terme si vivement désiré » (Contre Fauste, le Manichéen, 22, n. 53).

 

17 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV, aux Collaborateurs diplomatiques dans les nonciatures apostoliques

     Dans les moments de difficultés, dont nous faisons parfois l’expérience, confirmer notre motivation avec les paroles, par exemple, de saint Augustin, nous fait du bien : «Pondus meum, amor meus» (Confessiones XIII, 9).

 

 

21 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV à la Rote Romaine

     On peut se demander pourquoi Jésus comme Juge est présenté dans ces documents comme doux et miséricordieux. Une telle affirmation pourrait sembler, au premier regard, contraire aux exigences incontournables de la justice, qui ne peut être compromise par une compassion mal comprise. Certes, dans le jugement de Dieu sur le salut, son pardon est toujours offert au pécheur repentant, mais le jugement humain sur la nullité matrimoniale ne doit jamais être manipulé par une fausse miséricorde. Toute activité contraire au service de la vérité dans le procès doit être tenue pour injuste. Cependant, c’est précisément dans l’exercice droit de la potesté judiciaire que doit se déployer la vraie miséricorde. Saint Augustin l’exprime ainsi dans La Cité de Dieu : « Qu’est-ce que la miséricorde, sinon une certaine compassion de notre cœur devant la misère d’autrui, par laquelle, si cela est possible, nous sommes poussés à l’alléger ? Et ce mouvement profite à la raison lorsque la miséricorde s’offre de manière à conserver la justice, tant dans l’aide au nécessiteux que dans le pardon au repentant. » [1]

 

[1] De civitate Dei, IX, 5 : PL 41, 261.
 

 

 

23 novembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Solennité du Christ Roi

    Comme nous le rappelle saint Augustin : “ Cantare amantis est” (cf. Sermo 336,1), c’est-à-dire “le chant est propre à celui qui aime” : celui qui chante exprime l’amour, mais aussi la souffrance, la tendresse et le désir qui habitent son cœur et, en même temps, il aime celui à qui il adresse son chant (cf. Enarrationes in Psalmos, 72,1).

     Saint Augustin nous exhorte encore à marcher en chantant, comme des voyageurs fatigués qui trouvent dans le chant un avant-goût de la joie qu’ils éprouveront lorsqu’ils atteindront leur but. « Chante mais marche […] avance dans le bien » (Sermo 256, 3).

 

 

 

 

24 novembre 2025 – Discours du Pape au Chapitre Général de l’Ordre des Servites de Marie

     (la seconde source à laquelle toujours revenir) retour est celui à la Règle – pour vous, celle de saint Augustin –, aux Constitutions et au patrimoine de spiritualité issu de votre histoire. Ces sources vous offrent en un sens la “clé exégétique” grâce à laquelle, avec l’aide de l’Esprit, vous pouvez lire et interpréter ce que la Parole de Dieu vous dit.
 

 

28 novembre 2025 – Rencontre et prière œcuménique près des Fouilles de l’ancienne Basilique Saint-Néophyte à Iznik

     En cette période dramatique à bien des égards, où les personnes sont soumises à d’innombrables menaces contre leur dignité, le 1700e anniversaire du premier Concile de Nicée est une précieuse occasion pour nous demander qui est Jésus-Christ dans la vie des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qui est-Il est pour chacun de nous.

     Cette question interpelle tout particulièrement les chrétiens qui risquent de réduire Jésus-Christ à une sorte de chef charismatique ou de surhomme, une déformation qui conduit en définitive à la tristesse et à la confusion (cf. Homélie de la messe Pro Ecclesia, 9 mai 2025). En niant la divinité du Christ, Arius l’avait réduit à un simple intermédiaire entre Dieu et les êtres humains, ignorant la réalité de l’Incarnation, de sorte que le divin et l’humain restaient irrémédiablement séparés. Mais si Dieu ne s’est pas fait homme, comment les mortels peuvent-ils participer à sa vie immortelle ? C’était l’enjeu à Nicée et c’est l’enjeu aujourd’hui : la foi en Dieu qui, en Jésus-Christ, s’est fait comme nous pour nous rendre « participants de la nature divine » (2 Pt 1, 4 ; cf. St Irénée, Adversus haereses, 3, 19 ; St Athanase, De Incarnatione, 54, 3).

     Cette confession de foi christologique revêt une importance fondamentale dans la marche des chrétiens vers la pleine communion : elle est en effet partagée par toutes les Églises et Communautés chrétiennes dans le monde, y compris celles qui, pour diverses raisons, n’utilisent pas le Credo de Nicée-Constantinople dans leurs liturgies. La foi « en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles [...] consubstantiel au Père » (Credo de Nicée) est en effet un lien profond qui unit déjà tous les chrétiens. En ce sens, pour citer saint Augustin, nous pouvons dire que « bien que nous chrétiens soyons nombreux, dans le Christ unique, nous sommes un » (Exposition sur le Psaume 127), y compris dans le domaine œcuménique. Partant de la conscience que nous sommes déjà unis par ce lien profond, à travers un cheminement d’adhésion toujours plus totale à la Parole de Dieu révélée en Jésus-Christ et sous la conduite de l’Esprit Saint, dans l’amour réciproque et le dialogue, nous sommes tous invités à surmonter le scandale des divisions qui malheureusement existent encore, et à nourrir le désir de l’unité pour laquelle le Seigneur Jésus a prié et donné sa vie. Plus nous sommes réconciliés, plus nous, chrétiens, pouvons rendre un témoignage crédible à l’Évangile de Jésus-Christ, qui est une annonce d’espérance pour tous, un message de paix et de fraternité universelle dépassant les frontières de nos communautés et de nos nations (cf. François, Discours aux participants à la session plénière du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, 6 mai 2022).

 

1er décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les jeunes du Liban, sur la place devant le Patriarcat d'Antioche des Maronites (Bkerké)
     Vous m’avez demandé où trouver le point d’ancrage pour persévérer dans l’engagement en faveur de la paix. Très chers amis, ce point d’ancrage ne peut être une idée, un contrat ou un principe moral. Le véritable principe d’une vie nouvelle c’est l’espérance qui vient d’en haut : c’est le Christ Lui-même ! Jésus est mort et ressuscité pour le salut de tous. Lui, le Vivant, est le fondement de notre confiance ; Il est le témoin de la miséricorde qui rachète le monde de tout mal. Comme le rappelle saint Augustin en faisant écho à l’apôtre Paul, « c’est toujours en Lui, par Lui que nous avons la paix » (Commentaire sur l’Évangile de Jean, LXXVII, 3). La paix n’est pas authentique si elle n’est que le fruit d’intérêts partisans, mais elle est vraiment sincère lorsque moi, je fais à l’autre ce que je voudrais qu’il me fasse (cf. Mt 7, 12).  Bien inspiré, saint Jean-Paul II disait qu’il n’y a « pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon » (Message pour la 35Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2002). Il en est ainsi : du pardon naît la justice qui est le fondement de la paix.

 

 

5 décembre 2025 - Aux organisateurs et artistes du Concert avec les Pauvres

      La musique a toujours joué un rôle important dans l’expérience chrétienne. Dans la liturgie, en particulier, le chant n’est jamais une « bande sonore », un simple fond musical, mais il est destiné à élever l’âme pour la conduire le plus près possible du mystère qui est célébré. [2] Saint Augustin, parlant précisément du chant dans la prière, écrivait dans son Commentaire sur les Psaumes : « Vous devez chanter pour Lui, mais pas faux. Il ne veut pas que ses oreilles soient offensées. Chantez avec art, ô frères ». [3]

 

 

 

8 décembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus en la solennité de l’Immaculée Conception

     Aujourd’hui, nous célébrons la solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Nous exprimons notre joie parce que le Père céleste l’a voulue « entièrement exempte de la tache du péché originel » (B. Pie IX, Const. ap. Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854), pleine d’innocence et de sainteté afin de pouvoir lui confier, pour notre salut, « son Fils unique, [...] aimé comme lui » (ibid.).

     Le Seigneur a accordé à Marie la grâce extraordinaire d’un cœur totalement pur, en vue d’un miracle encore plus grand : la venue au monde, en tant qu’homme, du Christ sauveur (cf. Lc 1, 31-33). La Vierge l’a appris, avec l’étonnement propre aux humbles, par la salutation de l’Ange : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » (v. 28) et elle a répondu avec foi par son “oui” : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (v. 38).

     Commentant ces paroles, saint Augustin dit que « Marie crut donc et ce qu’elle crut s’accomplit en elle » (Sermo 215, 4). Le don de la plénitude de grâce, dans la jeune fille de Nazareth, a pu porter ses fruits parce qu’Elle l’a accueilli dans sa liberté, en embrassant le projet de Dieu. Le Seigneur agit toujours ainsi : il nous fait de grands dons, mais nous laisse libres de les accepter ou non. C’est pourquoi Augustin ajoute : « Croyons aussi afin de pouvoir en profiter nous-mêmes » (ibid.). Ainsi, cette fête, qui nous fait nous réjouir de la beauté sans tache de la Mère de Dieu, nous invite aussi à croire comme Elle a cru, en donnant notre consentement généreux à la mission à laquelle le Seigneur nous appelle.

     Le miracle qui s’est produit pour Marie lors de sa conception s’est renouvelé en nous dans le baptême : lavés du péché originel, nous sommes devenus enfants de Dieu, sa demeure et le temple de l’Esprit Saint. Et comme Marie, par une grâce spéciale, a pu accueillir Jésus en elle et le donner aux hommes, ainsi « le baptême permet au Christ de vivre en nous et à nous de vivre unis à Lui, pour collaborer dans l’Eglise, chacun selon sa condition, à la transformation du monde » (François, Catéchèse, 11 avril 2018).

     Chers amis, le don de l’Immaculée Conception est grand, mais le don du Baptême que nous avons reçu l’est tout autant ! Le “oui” de la Mère du Seigneur est merveilleux, mais le nôtre peut l’être aussi, renouvelé chaque jour fidèlement, avec gratitude, humilité et persévérance, dans la prière et dans les œuvres concrètes de l’amour, des gestes les plus extraordinaires aux engagements et aux services les plus ordinaires et quotidiens, afin que Jésus puisse être connu, accueilli et aimé partout et que son salut parvienne à tous.

Demandons cela aujourd’hui au Père, par l’intercession de l’Immaculée, tandis que nous prions ensemble avec les paroles auxquelles elle-même a cru la première.

 

 

12 décembre 2025 - Concert de Noël dirigé par le chef d'orchestre Riccardo Muti et remise du Prix Ratzinger 2025

       Je suis très reconnaissant pour ce Concert, à l’occasion de la Nativité du Seigneur. Saint Augustin, dans son traité sur la musique, la définit comme scientia bene modulandi, en la reliant à l’art de conduire le cœur vers Dieu. La musique est une voie privilégiée pour comprendre la très haute dignité de l’être humain et pour l’affermir dans sa vocation la plus authentique.
 

13 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux figurants de la crèche vivante à la basilique Sainte Marie Majeure
     La Crèche, très chers amis, est un signe important : elle nous rappelle que nous faisons partie d’une merveilleuse aventure de Salut dans laquelle nous ne sommes jamais seuls et que, comme le disait saint Augustin, « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne Dieu, […] afin que l’homme, habitant de la terre, puisse trouver demeure dans les cieux » (Sermo 371, 1). Diffusez ce message et maintenez vivante cette tradition. Ils sont un don de lumière pour notre monde qui a tant besoin de pouvoir continuer à espérer.

 

 

14 décembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé des détenus

     Saint Augustin, dans son célèbre commentaire sur l’épisode évangélique de la femme adultère pardonnée (cf. Jn 8, 1-11), conclut en disant : « Les bourreaux une fois partis, il n’y avait plus effectivement que la misère et la miséricorde. Et le Seigneur lui dit : […] garde-toi de pécher à l’avenir (Jn 8, 10-11) » (Sermo 302, 14).

 

 

17 décembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     La vie humaine est caractérisée par un mouvement constant qui nous pousse à faire, à agir. Aujourd'hui, la rapidité est requise partout pour l’obtention de résultats optimaux dans les domaines les plus divers. De quelle manière la résurrection de Jésus éclaire-t-elle cet aspect de notre expérience ? Quand nous participerons à sa victoire sur la mort, trouverons-nous le repos ? La foi nous dit : oui, nous trouverons le repos. Nous ne serons pas inactifs, mais nous entrerons dans le repos de Dieu, qui est paix et joie. Alors, devons-nous simplement attendre, ou cela peut-il nous transformer dès maintenant ?

     Nous sommes absorbés par tant d'activités qui ne nous apportent pas toujours satisfaction. Nombre de nos actions concernent des choses pratiques et concrètes. Nous devons assumer de nombreux engagements, résoudre des problèmes, affronter des difficultés. Jésus, lui aussi, s'est impliqué auprès des autres et dans la vie, sans s’épargner, se donnant jusqu'au bout. Pourtant, nous percevons souvent que trop en faire, loin de nous épanouir, devient un tourbillon étourdissant qui nous prive de sérénité et nous empêche de vivre pleinement ce qui compte vraiment dans nos vies. Nous nous sentons alors fatigués, insatisfaits : le temps semble se disperser en mille choses pratiques qui, pourtant, ne percent pas le sens ultime de notre existence. Parfois, au terme de journées chargées, nous ressentons un vide. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des machines, nous avons un cœur – ou plutôt, pouvons-nous dire, nous sommes un cœur.

     Le cœur est le symbole de notre humanité tout entière , une synthèse de pensées, de sentiments et de désirs, le centre invisible de notre personne. L’évangéliste Matthieu nous invite à méditer sur l’importance du cœur, en citant cette belle phrase de Jésus : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » ( Mt 6,21).

     C’est donc dans le cœur que l’on conserve le véritable trésor, non dans les coffres-forts de la terre, ni dans de grands investissements financiers qui n’ont jamais été autant affolés qu’aujourd’hui, et sont injustement concentrés, idolâtrés au prix sanglant de millions de vies humaines et de la dévastation de la création de Dieu.

     Il est important de réfléchir à ces aspects, car dans les nombreux engagements auxquels nous sommes constamment confrontés, le risque de dispersion, parfois de désespoir, de perte de sens, affleure de plus en plus, même chez des personnes ayant apparemment réussi. Au contraire, lire la vie à la lumière de Pâques, la regarder avec le Christ ressuscité, c'est accéder à l'essence de la personne humaine, à notre cœur : cœur « Inquietum ». Par cet adjectif, « inquiet », saint Augustin nous aide à comprendre l’élan de l’être humain vers son plein accomplissement. La phrase intégrale renvoie au début des Confessions, où Augustin écrit : « Seigneur, tu nous as faits pour toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. » (I, 1, 1).

     L'inquiétude est le signe que notre cœur ne se meut pas au hasard, sans but ni raison, mais qu'il est orienté vers sa destination ultime, du « retour à la maison ». Et le véritable amarrage du cœur ne consiste pas à posséder des biens matériels, mais à atteindre ce qui peut le combler pleinement ; c’est-à-dire l'amour de Dieu, ou mieux encore, Dieu Amour. Ce trésor, cependant, ne se trouve qu'en aimant le prochain que nous rencontrons sur notre chemin : nos frères et sœurs en chair et en os, dont la présence interpelle et questionne notre cœur, l'invitant à s'ouvrir et à se donner. Notre prochain nous demande de ralentir, de le regarder dans les yeux, parfois de revoir nos plans, voire de changer de direction.

     Très chers, voici le secret du mouvement du cœur humain : retourner à la source de son être, goûter à la joie intarissable, qui ne manque jamais. Nul ne peut vivre sans un sens qui aille outre le contingent, outre ce qui passe. Le cœur humain ne peut vivre sans espérer, sans savoir d’être fait pour la plénitude, non pour le manque.

     Jésus-Christ, par son Incarnation, sa Passion, sa Mort et sa Résurrection, a posé un fondement solide à cette espérance. Le cœur inquiet ne sera pas déçu s'il s'engage dans la dynamique d'amour pour laquelle il a été créé. L’amarrage est certain, la vie a triomphé et en Christ, elle continuera de triompher dans toutes les morts du quotidien. Telle est l'espérance chrétienne : bénissons et remercions sans cesse le Seigneur qui nous l'a donnée !

 

 

21 décembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

     Aujourd’hui, quatrième dimanche de l’Avent, la liturgie nous invite à méditer sur la figure de saint Joseph. Elle nous le présente, en particulier, au moment où Dieu lui révèle, dans un songe, sa mission (cf. Mt 1, 18-24). Elle nous propose ainsi une très belle page de l’histoire du salut, dont le protagoniste est un homme fragile et faillible, comme nous, mais en même temps courageux et fort dans la foi.

     L’évangéliste Matthieu l’appelle “homme juste” (cf. Mt 1, 19), ce qui le caractérise comme un pieux Israélite observant la Loi et fréquentant la synagogue. Mais outre cela, Joseph de Nazareth nous apparaît aussi comme une personne extrêmement sensible et humaine.

Nous le voyons lorsque, avant même que l’Ange ne lui révèle le mystère qui s’accomplit en Marie, face à une situation difficile à comprendre et à accepter, il ne choisit pas, à l’égard de sa future épouse, la voie du scandale et de la condamnation publique, mais celle, discrète et bienveillante, du la répudiation secrète (cf. Mt 1, 19). Il montre ainsi qu’il saisit le sens le plus profond de sa propre observance religieuse : celui de la miséricorde.

     La pureté et la noblesse de ses sentiments deviennent cependant encore plus évidentes lorsque le Seigneur, dans un songe, lui révèle son plan de salut, lui indiquant le rôle inattendu qu'il devra y assumer : devenir l’époux de la Vierge, Mère du Messie. Ici, en effet, Joseph, dans un grand acte de foi, abandonne le dernier bastion de ses certitudes et s’engage vers un avenir qui est désormais totalement entre les mains de Dieu. Saint Augustin décrit ainsi son consentement : « Par la piété et la charité de Joseph naît un fils de la Vierge Marie, qui est en même temps le Fils de Dieu » (Sermon 51, 20.30).

 

 

22 décembre 2025 – Vœux du Pape Léon XIV aux membres de la Curie Romaine

     L’Église existe pour inviter, appeler, rassembler au banquet festif que le Seigneur prépare pour nous, afin que chacun puisse se découvrir fils aimé, frère de son prochain, homme nouveau à l’image du Christ et, par conséquent, témoin de la vérité, de la justice et de la paix.

     Evangelii gaudium nous encourage à progresser dans la transformation missionnaire de l’Église, qui puise sa force inépuisable dans le mandat du Christ ressuscité. « Dans cet “ allez ” de Jésus, sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église, et nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire » (EG, n. 20). Cet état de mission découle du fait que Dieu lui-même, le premier, s’est mis en route vers nous et, dans le Christ, est venu nous chercher. La mission a commencé au cœur de la Très Sainte Trinité : Dieu a en effet consacré et envoyé son Fils dans le monde afin que « quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3, 16). Le premier grand “exode” est donc celui de Dieu, qui sort de Lui-même pour venir à notre rencontre. Le mystère de Noël nous annonce précisément cela : la mission du Fils consiste en sa venue dans le monde (cf. saint Augustin, La Trinité, IV, 20.28).

     Ainsi, la mission de Jésus sur terre, prolongée dans l’Esprit Saint dans celle de l’Église, devient un critère de discernement pour notre vie, pour notre cheminement de foi, pour nos pratiques ecclésiales, ainsi que pour le service que nous accomplissons au sein de la Curie romaine. En effet, les structures ne doivent pas alourdir, ralentir la course de l’Évangile ou entraver le dynamisme de l’évangélisation ; au contraire, nous devons « faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires » (Evangelii gaudium, n. 27).

     Dans l’esprit de la coresponsabilité baptismale, nous sommes donc tous appelés à participer à la mission du Christ. Le travail de la Curie doit lui aussi être animé par cet esprit et promouvoir la sollicitude pastorale au service des Églises particulières et de leurs pasteurs. Nous avons besoin d’une Curie romaine toujours plus missionnaire, dont les institutions, les bureaux et les tâches soient conçus en tenant compte des grands défis ecclésiaux, pastoraux et sociaux d’aujourd’hui, et non pas uniquement pour assurer l’administration ordinaire.

En même temps, dans la vie de l’Église, la mission est étroitement liée à la communion. En effet, le mystère de Noël, tout en célébrant la mission du Fils de Dieu parmi nous, en contemple également le but : Dieu a réconcilié le monde avec Lui par le Christ (cf. 2 Co 5, 19) et, en Lui, il a fait de nous ses fils. Noël nous rappelle que Jésus est venu nous révéler le vrai visage de Dieu comme Père, afin que nous puissions tous devenir ses enfants et donc frères et sœurs entre nous. L’amour du Père, que Jésus incarne et manifeste dans ses gestes de libération et dans sa prédication, nous rend capables, dans l’Esprit Saint, d’être le signe d’une nouvelle humanité, non plus fondée sur la logique de l’égoïsme et de l’individualisme, mais sur l’amour mutuel et la solidarité réciproque.

     Il s’agit là d’une tâche urgente ad intra et ad extra.

     Elle l’est ad intra, car la communion dans l’Église reste toujours un défi qui nous appelle à la conversion. Parfois, derrière une tranquillité apparente, s’agitent les fantômes de la division. Ceux-ci nous font tomber dans la tentation d’osciller entre deux extrêmes opposés : tout uniformiser sans valoriser les différences ou, au contraire, exacerber les diversités et les points de vue, plutôt que de rechercher la communion. Ainsi, dans les relations interpersonnelles, dans les dynamiques internes aux services et aux fonctions, ou en traitant des questions concernant la foi, la liturgie, la morale ou bien d’autres choses encore, nous risquons d’être victimes de la rigidité ou de l’idéologie, avec les oppositions qui en découlent.

Nous sommes cependant l’Église du Christ, nous sommes ses membres, son corps. Nous sommes frères et sœurs en Lui. Et dans le Christ, bien que nous soyons nombreux et différents, nous sommes une seule chose : « In Illo uno unum ».

     Nous sommes appelés, aussi et surtout ici à la Curie, à être des bâtisseurs de la communion du Christ, qui demande à prendre forme dans une Église synodale, où tous collaborent et coopèrent à la même mission, chacun selon son charisme et le rôle qui lui a été confié. Mais cela se construit, plus qu’avec les mots et les documents, par des gestes et des attitudes concrètes qui doivent se manifester dans notre quotidien, y compris dans le domaine professionnel. J’aime rappeler ce qu’écrivait saint Augustin dans sa Lettre à Proba : « Parmi toutes les choses humaines, quelles qu’elles soient, rien n’est doux pour l’homme sans un ami ». Mais il se demandait avec une pointe d’amertume : « Mais combien en trouve-t-on de si fidèles que l’on puisse s’y fier avec sécurité concernant l’esprit et la conduite de la vie ? » (Lettre à Proba, 130, 2.4).

     Cette amertume s’installe parfois aussi parmi nous lorsque, après avoir passé de nombreuses années au service de la Curie, nous constatons avec déception que certaines dynamiques liées à l’exercice du pouvoir, à la soif de domination, à la défense de ses propres intérêts, ont du mal à changer. Et l’on se demande: est-il possible d’être amis au sein de la Curie romaine ? Avoir des relations de fraternité amicale ? Dans la fatigue quotidienne, il est beau de trouver des amis en qui nous pouvons avoir confiance, lorsque les masques et les subterfuges tombent, lorsque les personnes ne sont pas utilisées ni ignorées, lorsque l’on s’entraide, lorsque l’on reconnaît à chacun sa valeur et ses compétences, et que l’on évite de générer des insatisfactions et des rancœurs. Il y a une conversion personnelle que nous devons désirer et poursuivre, afin que l’amour du Christ qui nous rend frères puisse transparaître dans nos relations.

     Cela devient aussi un signe ad extra, dans un monde blessé par les discordes, les violences, les conflits, où l’on assiste à une montée de l’agressivité et de la colère, souvent instrumentalisées par le monde numérique et la politique. La Nativité du Seigneur apporte avec elle le don de la paix et nous invite à en devenir le signe prophétique dans un contexte humain et culturel trop fragmenté. Le travail de la Curie et de l’Église en général doit également être envisagé dans cette perspective plus large : nous ne sommes pas de petits jardiniers occupés à cultiver leur jardin, mais des disciples et des témoins du Royaume de Dieu, appelés à être dans le Christ un levain de fraternité universelle, entre peuples différents, religions différentes, entre femmes et hommes de toutes langues et cultures. Et cela se produit si nous vivons nous-mêmes en frères et si nous faisons briller dans le monde la lumière de la communion.

     Très chers amis, la mission et la communion sont possibles si nous remettons le Christ au centre. Le Jubilé de cette année nous a rappelé que Lui seul est l’espérance qui ne déçoit pas. Et, précisément pendant l’Année Sainte, d’importantes commémorations nous ont rappelé deux autres événements : le Concile de Nicée, qui nous ramène aux racines de notre foi, et le Concile Vatican II, qui, en fixant son regard sur le Christ, a consolidé l’Église et l’a poussée à aller à la rencontre du monde, à l’écoute des joies et des espérances, des tristesses et des      angoisses des hommes d’aujourd’hui (cf. Gaudium et spes, n. 1).

     Permettez-moi enfin de rappeler qu’il y a cinquante ans, le jour de l’Immaculée Conception, saint Paul VI promulguait l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, rédigée après la troisième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Celle-ci souligne, entre autres, deux réalités que nous pouvons rappeler ici : le fait que « toute l’Église reçoit mission d’évangéliser, et l’œuvre de chacun est importante pour le tout » (n. 15) ; et, en même temps, la conviction que « le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite, est le premier moyen d’évangélisation » (n. 41).

Souvenons-nous-en, même dans notre service curial : le travail de chacun est important pour l’ensemble et le témoignage d’une vie chrétienne, qui s’exprime dans la communion, est le premier et le plus grand service que nous puissions offrir.

 

 

 

NOEL 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Nuit de Noël

     Comme le remarquait saint Augustin, « l’orgueil humain t’a tellement écrasé que seule l’humilité divine pouvait te relever » (Sermo in Natale Domini 188, III, 3).

 

 

 

 

25 décembre 2025 – Message Urbi et Orbi du Pape Léon XIV en la solennité de Noël de l’Année Sainte de l’Incarnation

     Le Verbe éternel du Père, que les cieux ne peuvent contenir, a choisi de venir au monde ainsi. Par amour, il a voulu naître d’une femme, afin de partager notre humanité ; par amour, il a accepté la pauvreté et le rejet et il s’est identifié à ceux qui sont mis au rebut et exclus.

Dans la Nativité de Jésus se profile déjà le choix fondamental qui guidera toute la vie du Fils de Dieu, jusqu’à sa mort sur la croix : le choix de ne pas nous faire porter le poids du péché, mais de le porter Lui-même pour nous, d’en assumer la charge. Lui seul pouvait le faire. Mais Il a montré en même temps ce que nous seuls pouvons faire, c’est-à-dire assumer chacun notre part de responsabilité. Oui, car Dieu, qui nous a créés sans nous, ne peut nous sauver sans nous (cf. saint Augustin, Discours 169, 11. 13), sans notre libre volonté d’aimer. Celui qui n’aime pas n’est pas sauvé, il est perdu. Et celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas (cf. 1 Jn 4, 20).

    

 

 

 

 

2026

 

 

 

1er janvier 2026 – Message du Pape Léon XIV pour la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2026

La paix soit avec vous tous

Vers une paix désarmée et désarmante

«La paix soit avec vous!».

     Cette salutation très ancienne, encore utilisée aujourd’hui dans de nombreuses cultures, a retrouvé toute sa vigueur le soir de Pâques sur les lèvres de Jésus ressuscité. «La paix soit avec vous» (Jn20, 19.21) est sa Parole qui non seulement souhaite, mais réalise un changement définitif en celui qui l’accueille et, ainsi, dans toute la réalité. C’est pourquoi les successeurs des Apôtres donnent de la voix, chaque jour et dans le monde entier, à la plus silencieuse révolution: «La paix soit avec vous !». Dès le soir de mon élection comme Évêque de Rome, j’ai voulu inscrire ma salutation dans cette annonce chorale. Et je tiens à le répéter: il s’agit de la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. [1]

La paix du Christ ressuscité

     C’est le Bon Pasteur qui a vaincu la mort et abattu les murs de séparation entre les êtres humains (cf.Ep2, 14); c’est Lui qui donne sa vie pour son troupeau et qui a beaucoup de brebis en dehors de la clôture de la bergerie (cf.Jn10, 11.16): le Christ, notre paix. Sa présence, son offrande, sa victoire rejaillissent sur la persévérance de nombreux témoins grâce auxquels l’œuvre de Dieu se poursuit dans le monde, devenant même davantage perceptible et lumineuse dans l’obscurité des temps.

     Le contraste entre les ténèbres et la lumière, en effet, n’est pas seulement une image biblique pour décrire les souffrances donnant naissance à un monde nouveau: il est une expérience qui nous traverse et nous bouleverse face aux épreuves que nous rencontrons, dans les circonstances historiques dans lesquelles nous vivons. Oui, voir la lumière et croire en elle est nécessaire pour ne pas sombrer dans les ténèbres. Il s’agit d’une exigence que les disciples de Jésus sont appelés à vivre de façon unique et privilégiée, mais qui réussit de bien des manières à se frayer un passage dans le cœur de chaque être humain. La paix existe, elle veut habiter en nous, elle a le doux pouvoir d’éclairer et de dilater l’intelligence, elle résiste à la violence et la surmonte. La paix a le souffle de l’éternel: tandis qu’on crie “assez” au mal, on murmure “pour toujours” à la paix. C’est dans cette perspective que le Ressuscité nous a introduits. C’est dans cette intuition que vivent les artisans de paix qui, dans le drame de ce que le Pape François a appelé “la troisième guerre mondiale par morceaux”, résistent encore à la contagion des ténèbres, comme des sentinelles dans la nuit.

     Le contraire, c’est-à-dire oublier la lumière, est malheureusement possible: on perd alors tout réalisme, cédant à une représentation partielle et déformée du monde, sous le signe des ténèbres et de la peur. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, qualifient de réalistes les récits dépourvus d’espérance, aveugles à la beauté des autres, oublieux de la grâce de Dieu toujours à l’œuvre dans les cœurs humains, aussi blessés soient-ils par le péché. Saint Augustin exhortait les chrétiens à nouer une amitié indissoluble avec la paix, afin que, en la gardant au plus profond de leur esprit, ils puissent en rayonner la chaleur lumineuse tout autour d’eux. Celui-ci, en s’adressant à sa communauté, écrivait: «Si vous désirez que les autres aussi soient en paix, soyez-y vous-mêmes, restez-y vous-mêmes. Pour embraser les autres, que la paix de votre charité soit en vous tout ardente».[2]

     Que nous ayons le don de la foi ou qu’il nous semble ne pas l’avoir, chers frères et sœurs, ouvrons-nous à la paix ! Accueillons-la et reconnaissons-la, plutôt que de la considérer comme lointaine et impossible. Avant d’être un objectif, la paix est une présence et un cheminement. Même si elle est entravée à l’intérieur et à l’extérieur de nous, comme une petite flamme menacée par la tempête, gardons-la sans oublier ni les noms ni les histoires de ceux qui en ont témoigné. C’est un principe qui guide et détermine nos choix. Y compris dans les lieux où il ne reste que des ruines et où le désespoir semble inévitable, nous trouvons encore aujourd’hui des personnes qui n’ont pas oublié la paix. Tout comme le soir de Pâques, Jésus est entré dans le lieu où se trouvaient ses disciples effrayés et découragés, ainsi la paix du Christ ressuscité continue de franchir les portes et les barrières grâce aux voix et aux visages de ses témoins. C’est le don qui permet de ne pas oublier le bien, de le reconnaître comme vainqueur et de le choisir encore et ensemble.

 

Une paix désarmée

     Peu avant d’être capturé, dans un moment d’intense confiance, Jésus dit à ceux qui étaient avec Lui: «Je vous laisse la paix; c’est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne». Et il ajouta immédiatement: «Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie» (Jn14, 27). Le trouble et la crainte pouvaient bien entendu concerner la violence qui allait bientôt s’abattre sur Lui. Plus profondément, les Évangiles ne cachent pas que ce qui déconcerta les disciples, ce fut sa réponse non violente : une voie que tous, Pierre le premier, contestèrent mais sur laquelle, jusqu’à la fin, le Maître demanda de le suivre. La voie de Jésus continue à être source de trouble et de crainte. Et Il répète avec fermeté à qui voudrait le défendre: «Rentre le glaive dans le fourreau» (Jn18, 11; cf.Mt26, 52). La paix de Jésus ressuscité est désarmée, car son combat fut désarmé, dans des circonstances historiques, politiques et sociales précises. De cette nouveauté, les chrétiens doivent ensemble témoigner prophétiquement en se souvenant des tragédies dont ils se sont trop souvent rendus complices. La grande parabole du jugement universel invite tous les chrétiens à agir avec miséricorde dans cette prise de conscience (cf.Mt25, 31-46). Et ce faisant, ils trouveront à leurs côtés des frères et sœurs qui, de différentes manières, ont su écouter la douleur des autres et se sont intérieurement libérés du piège de la violence.

Bien que beaucoup de personnes aujourd’hui aient un cœur disposé à la paix, un grand sentiment d’impuissance les envahit devant le cours des événements de plus en plus incertain. Saint Augustin, en effet, signalait déjà un paradoxe particulier: «Louer la paix, c’est chose plus difficile que de la posséder. Voulons-nous la louer en effet? Nous désirons des forces, nous cherchons à éveiller la sensibilité, nous équilibrons des mots. Au contraire, voulons-nous la posséder? Sans travail elle est à nous, nous la tenons».[3]

     Lorsque nous traitons la paix comme un idéal lointain, nous finissons par ne plus considérer scandaleux que l’on puisse la nier et en arriver même à la guerre pour atteindre la paix. Les bonnes idées, les phrases pesées, la capacité à dire que la paix est proche semblent faire défaut. Si la paix n’est pas une réalité vécue, à préserver et à cultiver, l’agressivité se répand dans la vie domestique comme dans la vie publique. Dans les relations entre citoyens et gouvernants, on en arrive à considérer comme une faute le fait de ne pas se préparer suffisamment à la guerre, à réagir aux attaques, à répondre à la violence. Bien au-delà du principe de légitime défense, cette logique antagoniste est, sur le plan politique, la donnée la plus actuelle dans une déstabilisation planétaire qui devient chaque jour plus dramatique et imprévisible. Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres. En effet, la force dissuasive de la puissance, et en particulier celle de la dissuasion nucléaire, traduisent l’irrationalité d’un rapport entre les peuples, fondé non pas sur le droit, sur la justice ou sur la confiance, mais sur la peur et la domination de la force. «En conséquence, comme l’écrivait déjà saint Jean XXIII à son époque, les populations vivent dans une appréhension continuelle et comme sous la menace d’un épouvantable ouragan, capable de se déchaîner à tout instant. Et non sans raison, puisque l’armement est toujours prêt. Qu’il y ait des hommes au monde pour prendre la responsabilité des massacres et des ruines sans nombre d’une guerre, cela peut paraître incroyable; pourtant, on est contraint de l’avouer, une surprise, un accident suffiraient à provoquer la conflagration».[4]

     Or, au cours de l’année 2024, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 9,4 % par rapport à l’année précédente, confirmant la tendance ininterrompue depuis dix ans et atteignant le chiffre de 2.718 milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB mondial.[5]De plus, aujourd’hui, on semble vouloir répondre aux nouveaux défis non seulement par un effort économique considérable en matière de réarmement, mais aussi par un réalignement des politiques éducatives: à la place d’une culture de la mémoire qui préserve les prises de consciences acquises au cours du XXesiècle et n’oublie pas les millions de victimes, on promeut des campagnes de communication et des programmes éducatifs, dans les écoles et les universités comme dans les médias, diffusant la perception de menaces et transmettant une conception purement armée de défense et de sécurité.

     Cependant, «un ami véritable de la paix aime ceux qui ne l’aiment pas».[6]Saint Augustin recommandait ainsi de ne pas détruire les ponts et de ne pas s’appesantir dans le registre des reproches, préférant la voie de l’écoute et, dans la mesure du possible, de la rencontre avec les motivations des autres. Il y a soixante ans, le Concile Vatican II se concluait sur la prise de conscience d’un dialogue urgent entre l’Église et le monde contemporain. En particulier, la Constitution Gaudium et spes attirait l’attention sur l’évolution de la pratique belliqueuse : «Le risque particulier de la guerre moderne consiste en ce qu’elle fournit l’occasion à ceux qui possèdent des armes scientifiques plus récentes de commettre des crimes; et, par un enchaînement en quelque sorte inexorable, elle peut pousser la volonté humaine aux plus atroces décisions. Pour que plus jamais ceci se produise, les évêques du monde entier, rassemblés et ne faisant qu’un, adjurent tous les hommes, tout particulièrement les chefs d’État et les autorités militaires, de peser à tout instant une responsabilité aussi immense devant Dieu et devant toute l’humanité».[7]

     Tout en réitérant l’appel des Pères conciliaires et en estimant que la voie du dialogue est la plus efficace à tous les niveaux, nous constatons combien les progrès technologiques et l’application dans le domaine militaire de l’intelligence artificielle ont radicalisé la dimension tragique des conflits armés. On assiste même à un processus de déresponsabilisation des dirigeants politiques et militaires, en raison de la croissante “délégation” aux machines des décisions concernant la vie et la mort des personnes humaines. Il s’agit d’une spirale destructrice sans précédent de l’humanisme juridique et philosophique sur lequel repose toute civilisation et par lequel toute civilisation est protégée. Il convient de dénoncer les énormes concentrations d’intérêts économiques et financiers privés qui poussent les États dans cette direction ; mais cela ne suffit pas si, dans le même temps, on ne favorise pas le réveil des consciences et de la pensée critique. L’encyclique Fratelli tutti présente saint François d’Assise comme exemple d’un tel réveil : «Dans ce monde parsemé de tours de guet et de murs de protection, les villes étaient déchirées par des guerres sanglantes entre de puissants clans, alors que s’agrandissaient les zones misérables des périphéries marginalisées. Là, François a reçu la vraie paix intérieure, s’est libéré de tout désir de suprématie sur les autres, s’est fait l’un des derniers et a cherché à vivre en harmonie avec tout le monde».[8]C’est une histoire qui veut se poursuivre en nous, et qui demande d’unir nos efforts pour contribuer les uns et les autres à une paix désarmante, une paix qui naisse de l’ouverture et de l’humilité évangélique.

 

Une paix désarmante

     La bonté est désarmante. C’est peut-être pour cela que Dieu s’est fait petit enfant. Le mystère de l’Incarnation, qui atteint son abaissement le plus complet dans la descente aux enfers, commence dans le sein d’une jeune mère et se manifeste dans la mangeoire de Bethléem. “Paix sur la terre”, chantent les anges en annonçant la présence d’un Dieu sans défense, dont l’humanité ne peut se découvrir aimée qu’en prenant soin de lui (cf.Lc2, 13-14). Rien ne possède autant le pouvoir de nous changer qu’un enfant. Et peut-être est-ce précisément la pensée de nos fils, des enfants, mais aussi de ceux qui sont fragiles comme eux, qui nous transperce le cœur (cf.Ac2, 37). À ce propos, mon vénéré Prédécesseur écrivait que «la fragilité humaine a le pouvoir de nous rendre plus lucides sur ce qui dure et ce qui passe, sur ce qui fait vivre et ce qui tue. C’est peut-être pour cela que nous avons si souvent tendance à nier les limites et à fuir les personnes fragiles et blessées: elles ont le pouvoir de remettre en question la direction que nous avons choisie, en tant qu’individus et en tant que communautés».[9]

     Jean XXIII fut le premier à introduire la perspective d’un désarmement intégral qui ne peut s’affirmer que par le renouveau du cœur et de l’intelligence. Il écrivait ainsi dansPacem in terris: «Que tous en soient bien convaincus: l’arrêt de l’accroissement du potentiel militaire, la diminution effective des armements et - à plus forte raison - leur suppression, sont choses irréalisables ou presque sans un désarmement intégral qui atteigne aussi les âmes: il faut s’employer unanimement et sincèrement à y faire disparaître la peur et la psychose de guerre. Cela suppose qu’à l’axiome qui veut que la paix résulte de l’équilibre des armements, on substitue le principe que la vraie paix ne peut s’édifier que dans la confiance mutuelle.      Nous estimons que c’est là un but qui peut être atteint, car il est à la fois réclamé par la raison, souverainement désirable, et de la plus grande utilité».[10]

     C’est là un service fondamental que les religions doivent rendre à l’humanité souffrante, en étant attentives à la tentative croissante de transformer en armes même les pensées et les paroles. Les grandes traditions spirituelles, tout comme l’usage approprié de la raison, nous font aller au-delà des liens du sang ou de l’ethnie, et dépasser ces fraternités qui reconnaissent seulement ceux qui leur ressemblent et qui rejettent ceux qui leur sont différents. Aujourd’hui, nous voyons que cela ne va pas de soi. Malheureusement, il est de plus en plus courant dans le panorama contemporain de faire entrer des mots de la foi dans le combat politique, de bénir le nationalisme et de justifier religieusement la violence et la lutte armée. Les croyants doivent réfuter activement, avant tout par leur vie, ces formes de blasphème qui obscurcissent le Saint Nom de Dieu. C’est pourquoi, avec l’action, il est plus que jamais nécessaire de cultiver la prière, la spiritualité, le dialogue œcuménique et interreligieux comme voies de paix et langages de rencontre entre traditions et cultures.   Partout dans le monde, il est à souhaiter que «chaque communauté devienne une “maison de paix”, où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon».[11]Aujourd’hui plus que jamais, en effet, il faut montrer que la paix n’est pas une utopie, grâce à une créativité pastorale attentive et fructueuse.

     D’autre part, cela ne doit pas détourner l’attention de chacun sur l’importance de la dimension politique. Que ceux qui sont appelés à assumer des responsabilités publiques aux plus hauts niveaux et dans les instances les plus qualifiées «étudient à fond le problème d’un équilibre international vraiment humain, d’un équilibre à base de confiance réciproque, de loyauté dans la diplomatie, de fidélité dans l’observation des traités. Qu’un examen approfondi et complet dégage le point à partir duquel se négocieraient des accords amiables, durables et bénéfique».[12]C’est la voie désarmante de la diplomatie, de la médiation, du droit international, démentie malheureusement par de plus en plus fréquentes violations d’accords difficilement obtenus, dans un contexte qui nécessiterait non pas la délégitimation, mais bien plutôt le renforcement des institutions supranationales.

     Aujourd’hui, la justice et la dignité humaine sont plus que jamais exposées aux déséquilibres de pouvoir entre les plus puissants. Comment vivre une période de déstabilisation et de conflits tout en se libérant du mal ? Il nous faut encourager et soutenir toute initiative spirituelle, culturelle et politique qui maintienne vive l’espérance en contrant la diffusion d’«attitudes fatalistes, comme si les dynamiques en acte étaient produites par des forces impersonnelles anonymes et par des structures indépendantes de la volonté humaine».[13]En effet, si «la meilleure façon de dominer et d’avancer sans restrictions, c’est de semer le désespoir et de susciter une méfiance constante, même sous le prétexte de la défense de certaines valeurs»,[14]on doit opposer à une telle stratégie le développement de sociétés civiles conscientes, de formes d’association responsables, d’expériences de participation non violente, de pratiques de justice réparatrice à petite et à grande échelle.   Léon XIII l’avait déjà clairement souligné dans l’encycliqueRerum novarum: «L’expérience que fait l’homme de l’exiguïté de ses forces l’engage et le pousse à s’adjoindre une coopération étrangère. C’est dans les Saintes Écritures qu’on lit cette maxime: “Mieux vaut vivre à deux que solitaire; il y a pour les deux un bon salaire dans leur travail; car s’ils tombent, l’un peut relever son compagnon. Malheur à celui qui est seul et qui tombe sans avoir un second pour le relever!” (Qo4, 9-10). Et cet autre: “Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte” (Pr18, 19)».[15]

     Que cela soit un fruit du Jubilé de l’Espérance qui a incité des millions d’êtres humains à se redécouvrir pèlerins et à entreprendre en eux-mêmes ce désarmement du cœur, de l’esprit et de la vie auquel Dieu ne tardera pas à répondre en accomplissant ses promesses: «Il jugera entre les nations, il sera l’arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre. Maison de Jacob, allons, marchons à la lumière de Yahvé» (Is2, 4-5).

Du Vatican, le 8 décembre 2025

LÉON PP. XIV

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[1]Cf.Bénédiction apostolique “Urbi et Orbi” et premier salut, Loggia centrale de la basilique Saint-Pierre (8 mai 2025).

[2]Augustin d’Hippone,Discours357, 3.

[3]Ibid., 1.

[4]Jean XXIII, Lett. enc.Pacem in terris(11 avril 1963), n. 111.

[5]Cf.SIPRI Yearbook: Armaments, Disarmament and International Security(2025).

[6]Augustin d’Hippone,Discours357, 1.

[7]Conc. œcum. Vat. II, Const. past.Gaudium et spes, n. 80.

[8]François, Lett. enc.Fratelli tutti(3 octobre 2020), n. 4.

[9]Id.,Lettre au directeur du Corriere della Sera(14 mars 2025).

[10]Jean XXIII, Lett. enc.Pacem in terris(11 avril 1963), n. 113.

[11]Discours aux évêques de la Conférence épiscopale italienne(17 juin 2025).

[12]Jean XXIII, Lett. enc.Pacem in terris(11 avril 1963), n. 118.

[13]Benoît XVI, Lett. enc.Caritas in veritate(29 juin 2009), n. 42.

[14]François, Lett. enc.Fratelli tutti(3 octobre 2020), n. 15.

[15] Léon XIII, Lett. enc.Rerum novarum(15 mai 1891), n. 37.

 

 

 

 

 

1er janvier 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Solennité de Marie Mère de Dieu. Basilique Saint-Pierre

     Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.

 

 

 

7 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV pour l’ouverture du Consistoire Extraordinaire

      L’unité attire, la division disperse. Il me semble que la physique le confirme également, tant dans le microcosme que dans le macrocosme. Ainsi, pour être une Église véritablement missionnaire, c’est-à-dire capable de témoigner de la force d’attraction de la charité du Christ, nous devons avant tout mettre en pratique son commandement, le seul qu’Il nous ait donné après avoir lavé les pieds de ses disciples : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Et Il ajoute: « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Saint Augustin commente : « C’est pour cela qu’Il nous a aimés, afin que nous nous aimions aussi les uns les autres. En nous aimant, Il nous a donné l’aide nécessaire pour que, par l’amour mutuel, nous nous unissions les uns aux autres et, liés par un lien si doux, nous formions le corps d’un seul Chef » (Homélie 65 sur l’Évangile de Jean, 2).

 

 

8 janvier 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe pour le Consistoire Extraordinaire, dans la Basilique Saint Pierre

     Je vous remercie de tout cœur, et je voudrais conclure en confiant nos travaux et notre mission au Seigneur avec les paroles de saint Augustin : « Merci beaucoup d’avoir exaucé nos prières ; même celles que nous avons reçues avant de prier sont un don de toi, et de même, les reconnaître après les avoir reçues est un don de toi [...]. Souviens-toi, Seigneur, que nous sommes poussière, et que c’est avec la poussière que tu as créé l’homme » (Confessions, 10, 31, 45). C’est pourquoi nous te disons : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux » (ibid.).

 

9 janvier 2026 – Discours du pape Léon XIV aux membres du Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège à l’occasion des vœux de la nouvelle année

     Chers ambassadeurs,

     inspiré par les événements tragiques du sac de Rome en 410 ap. J.-C., saint Augustin a écrit l’une des œuvres les plus puissantes de sa production théologique, philosophique et littéraire : le De Civitate Dei, La Cité de Dieu. Comme l’a observé le Pape Benoît XVI, il s’agit d’une « oeuvre imposante et décisive pour le développement de la pensée politique occidentale et pour la théologie chrétienne de l’histoire ». [1] Il s’inspire d’un « récit » – dirions-nous en termes contemporains – qui se répandait : « Les païens, encore nombreux à cette époque, et même bon nombre de chrétiens pensaient que le Dieu de la nouvelle religion et les apôtres eux-mêmes avaient montré qu’ils étaient incapables de protéger la ville. À l’époque des divinités païennes, Rome était caput mundi, la grande capitale, et personne ne pouvait imaginer qu’elle serait tombée aux mains de ses ennemis. À présent, avec le Dieu des chrétiens, cette grande ville ne paraissait plus sûre ». [2]

     Notre époque est certes très éloignée de ces événements. Il ne s’agit pas seulement d’une distance temporelle, mais aussi d’une sensibilité culturelle différente et d’un développement des catégories de pensée. Cependant, on ne peut ignorer le fait que notre sensibilité culturelle s’est inspirée de cette œuvre qui, comme tous les classiques, parle aux hommes de tous les temps.

     Augustin interprète les événements et la réalité historique selon le modèle des deux cités : la cité de Dieu, qui est éternelle et caractérisée par l’amour inconditionnel de Dieu (amor Dei), auquel est lié l’amour du prochain, en particulier des pauvres ; et la cité terrestre, qui est un lieu de séjour temporaire où les êtres humains vivent jusqu’à leur mort. De nos jours, elle comprend toutes les institutions sociales et politiques, de la famille à l’État national et aux organisations internationales. Pour Augustin, cette cité était incarnée par l’Empire romain. La cité terrestre est centrée sur l’amour orgueilleux de soi (amor sui), sur la soif de pouvoir et de gloire mondains qui mènent à la destruction. Il ne s’agit toutefois pas d’une lecture de l’histoire qui vise à opposer l’au-delà à l’ici-bas, l’Église à l’État, ni d’une dialectique sur le rôle de la religion dans la société civile.

     Dans la perspective augustinienne, les deux cités coexistent jusqu’à la fin des temps et possèdent une dimension à la fois extérieure et intérieure, car elles ne se mesurent pas seulement à l’aune des attitudes extérieures avec lesquelles elles sont construites dans l’histoire, mais aussi à l’aune de l’attitude intérieure de chaque être humain face aux réalités de la vie et aux événements historiques. Dans cette perspective, chacun de nous est protagoniste et donc responsable de l’histoire. Augustin souligne en particulier que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Cependant, le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil.

     La Cité de Dieu ne propose pas de programme politique, mais offre de précieuses réflexions sur des questions fondamentales de la vie sociale et politique, telles que la recherche d’une coexistence plus juste et plus pacifique entre les peuples. Augustin met également en garde contre les graves dangers pour la vie politique dérivant de fausses représentations de l’histoire, d’un nationalisme excessif et d’une distorsion de l’idéal de l’homme d’État.

     Bien que le contexte dans lequel nous vivons aujourd’hui soit différent de celui du V e siècle, certaines analogies restent très actuelles. Comme à ce moment-là, nous vivons une époque de profonds mouvements migratoires ; comme à ce moment-là, nous vivons une période de profonde réorganisation des équilibres géopolitiques et des paradigmes culturels ; comme à ce moment-là, nous ne sommes pas, selon l’expression bien connue du Pape François, dans une époque de changement, mais dans un changement d’époque [3].

     Ces temps-ci, la faiblesse du multilatéralisme sur le plan international est particulièrement préoccupante. Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous est remplacée par une diplomatie de la force, des individus ou de groupes d’alliés. La guerre est revenue à la mode et une ferveur guerrière se répand. Le principe établi après la Seconde Guerre mondiale, qui interdisait aux pays d’utiliser la force pour violer les frontières d’autrui, a été enfreint. On ne recherche plus la paix comme un don et un bien désirable en soi « dans la poursuite d’un ordre voulu par Dieu, qui implique une justice plus parfaite entre les hommes », [4] mais on la recherche par les armes, comme condition pour affirmer sa propre domination. Cela menace gravement l'État de droit qui est le fondement de toute coexistence civile pacifique.

     D’ailleurs, comme le note saint Augustin, « il n’y a personne qui ne veuille la paix. Même ceux qui veulent la guerre ne veulent rien d’autre que gagner, ils souhaitent donc atteindre une paix glorieuse par la guerre. La victoire, en effet, n’est rien d’autre que la soumission de ceux qui opposent une résistance et, lorsque cela se produira, la paix sera là. [...] Même ceux qui veulent que la paix dans laquelle ils vivent soit rompue ne haïssent pas la paix, mais souhaitent qu’elle soit transmise à leur libre pouvoir. Ils ne veulent donc pas qu’il n’y ait pas de paix, mais qu’il y ait celle qu’ils veulent ». [5]

     C’est précisément cette attitude qui a conduit l’humanité au drame de la Seconde Guerre mondiale dont les cendres ont donné naissance aux Nations Unies, dont le 80e anniversaire a été récemment célébré. Elles ont été voulues par la détermination de 51 nations comme pivot central de la coopération multilatérale afin de prévenir de futures catastrophes mondiales, de préserver la paix, de défendre les droits humains fondamentaux et de promouvoir un développement durable.

     Je tiens à rappeler en particulier l’importance du droit international humanitaire dont le respect ne peut dépendre des circonstances et des intérêts militaires et stratégiques. Le droit humanitaire, en plus de garantir un minimum d’humanité dans les fléaux de la guerre, est un engagement que les États ont pris. Il doit toujours prévaloir sur les velléités des belligérants, afin d’atténuer les effets dévastateurs de la guerre, y compris dans une perspective de reconstruction. On ne peut passer sous silence le fait que la destruction d’hôpitaux, d’infrastructures énergétiques, d’habitations et de lieux essentiels à la vie quotidienne constitue une grave violation du droit international humanitaire. Le Saint-Siège réaffirme fermement sa condamnation de toute forme d’implication des civils dans les opérations militaires et souhaite que la Communauté internationale se souvienne que la protection du principe de l’inviolabilité de la dignité humaine et du caractère sacré de la vie compte toujours plus que tout intérêt national.

     Dans cette perspective, les Nations Unies ont joué un rôle médiateur dans les conflits, encouragé le développement et aidé les États à protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Dans un monde confronté à des défis complexes tels que les tensions géopolitiques, les inégalités et les crises climatiques, l’organisation devrait jouer un rôle fondamental pour favoriser le dialogue et l’aide humanitaire, contribuant ainsi à construire un avenir plus juste. Il est donc nécessaire de faire des efforts pour que les Nations Unies reflètent non seulement la situation du monde actuel et non celle de l’après-guerre, mais aussi pour qu’elles soient plus orientées et efficaces dans la poursuite non pas d’idéologies, mais de politiques visant à l’unité de la famille des peuples.

     Le but du multilatéralisme est donc d’offrir un lieu où les personnes peuvent se rencontrer et parler, sur le modèle de l’ancien forum romain ou de la place médiévale. Cependant, pour dialoguer, il faut s’entendre sur les mots et les concepts qu’ils représentent. Redécouvrir le sens des mots est peut-être l’un des premiers défis de notre époque. Lorsque les mots perdent leur rapport à la réalité et que la réalité elle-même devient sujette à opinion et, en fin de compte, incompréhensible, on devient comme ces deux personnes dont parle saint Augustin qui sont obligées de rester ensemble sans qu’aucune des deux ne connaisse la langue de l’autre. Il observe que « les animaux muets, même s’ils sont d’espèces différentes, se comprennent plus facilement qu’elles, bien que toutes les deux soient des êtres humains. En effet, puisque par la seule diversité de la langue elles ne peuvent se communiquer leurs pensées, une grande affinité de nature ne sert à rien pour établir des relations, au point qu’un homme préfère rester avec son chien plutôt qu’avec un étranger ». [6]

     De nos jours, le sens des mots est de plus en plus flou et les concepts qu’ils représentent de plus en plus ambigus. Le langage n’est plus le moyen privilégié de la nature humaine pour connaître et rencontrer, mais, dans les replis de l’ambiguïté sémantique, il devient de plus en plus une arme pour tromper ou frapper et offenser ses adversaires. Nous avons besoin que les mots recommencent à exprimer sans équivoque des réalités certaines. C’est seulement ainsi qu’un dialogue authentique et sans malentendus pourra reprendre. Cela doit se produire dans nos foyers et sur nos places, en politique, dans les moyens de communication et sur les réseaux sociaux, ainsi que dans le contexte des relations internationales et du multilatéralisme, afin que ce dernier puisse retrouver la force nécessaire pour jouer son rôle de rencontre et de médiation, indispensable pour prévenir les conflits, et que personne ne soit tenté de dominer l’autre par la logique de la force, qu’elle soit verbale, physique ou militaire.

     Il convient également de noter que le paradoxe de cet affaiblissement de la parole est souvent revendiqué au nom de la liberté d’expression elle-même. Mais à y regarder de plus près, c’est le contraire qui est vrai : la liberté de parole et d’expression est garantie précisément par la certitude du langage et par le fait que chaque terme est ancré dans la vérité. Il est douloureux de constater, en revanche, que, surtout en Occident, les espaces de véritable liberté d’expression se réduisent de plus en plus, tandis que se développe un nouveau langage à la saveur orwellienne qui, dans sa tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent.

     Malheureusement, cette dérive en entraîne d’autres qui finissent par restreindre les droits fondamentaux de la personne, à commencer par la liberté de conscience. Dans ce contexte, l’objection de conscience autorise l’individu à refuser des obligations légales ou professionnelles qui sont en contradiction avec des principes moraux, éthiques ou religieux profondément ancrés dans sa sphère personnelle : qu’il s’agisse du refus du service militaire au nom de la non-violence ou du refus de pratiques telles que l’avortement ou l’euthanasie pour des médecins et des professionnels de santé. L’objection de conscience n’est pas une rébellion, mais un acte de fidélité à soi-même. En ce moment particulier de l’histoire, la liberté de conscience semble faire l’objet d’une remise en question accrue de la part des États, y compris ceux qui se déclarent fondés sur la démocratie et les droits de l’homme. Cette liberté établit au contraire un équilibre entre l’intérêt collectif et la dignité individuelle, soulignant qu’une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social.

     De même, la liberté religieuse risque d’être restreinte, alors qu’elle est, comme le rappelait Benoît XVI, le premier des droits humains puisqu’elle exprime la réalité la plus fondamentale de la personne. [7] Les données les plus récentes indiquent que les violations de la liberté religieuse sont en augmentation et que 64 % de la population mondiale subit de graves violations de ce droit.

     En demandant le plein respect de la liberté religieuse et de culte pour les chrétiens, le Saint-Siège le demande également pour toutes les autres communautés religieuses. À l’occasion du 60e anniversaire de la promulgation de la Déclaration Nostra aetate, l’un des fruits du Concile œcuménique Vatican II qui s’est achevé le 8 décembre 1965, j’ai eu l’occasion de rappeler le rejet catégorique de toute forme d’antisémitisme, qui continue malheureusement à semer la haine et la mort, et l’importance de cultiver le dialogue judéo-chrétien, en approfondissant les racines bibliques communes.

     Dans le même contexte commémoratif, la rencontre avec les représentants d’autres religions m’a permis de renouveler mon appréciation pour le chemin parcouru au cours des dernières décennies sur la voie du dialogue interreligieux, car dans toute recherche religieuse sincère, il y a « un reflet du Mystère divin unique qui embrasse toute la création ». [8] En ce sens, je demande à la communauté des États de garantir la pleine liberté de religion et de culte à tous leurs citoyens.

     On ne peut toutefois ignorer que la persécution des chrétiens reste l’une des crises des droits humains les plus répandues à l’heure actuelle, touchant plus de 380 millions de croyants partout dans le monde, lesquels subissent des niveaux élevés ou extrêmes de discrimination, de violence et d’oppression en raison de leur foi. Ce phénomène touche environ un chrétien sur sept dans le monde et s’est aggravé en 2025 en raison des conflits en cours, des régimes autoritaires et de l’extrémisme religieux. Toutes ces données montrent malheureusement que, dans de nombreux contextes, la liberté religieuse est davantage considérée comme un “privilège” ou une concession que comme un droit humain fondamental.

     Je voudrais ici adresser une pensée particulière aux nombreuses victimes des violences à caractère religieux au Bengladesh, dans la région du Sahel et au Nigeria, ainsi qu’à celles du grave attentat terroriste perpétré en juin dernier contre la paroisse Saint-Élie de Damas, sans oublier les victimes de la violence djihadiste à Cabo Delgado, au Mozambique.

     Il ne faut toutefois pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’égard des chrétiens qui se répand également dans des pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique, où ils voient parfois leur possibilité d’annoncer les vérités évangéliques limitée pour des raisons politiques ou idéologiques, en particulier lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille.

     Dans le cadre de ses relations et actions au niveau international, le Saint-Siège défend constamment une position en faveur de la dignité inaliénable de toute personne. On ne peut donc pas ignorer, par exemple, que tout migrant est une personne et qu’en tant que tel, il possède des droits inaliénables qui doivent être respectés dans tous les contextes. Tous les migrants ne se déplacent pas par choix, mais beaucoup sont contraints de fuir en raison de violences, de persécutions, de conflits et même des effets du changement climatique, comme dans différentes régions d’Afrique et d’Asie. En cette année où l’on célèbre le 75e anniversaire de l’Organisation Mondiale pour les Migrations, je renouvelle le souhait du Saint-Siège que les mesures prises par les États contre l’illégalité et la traite des êtres humains ne deviennent pas un prétexte pour porter atteinte à la dignité des migrants et des réfugiés.

     Les mêmes considérations valent pour les détenus, qui ne peuvent jamais être réduits au rang des crimes qu’ils ont commis. À cette occasion, je tiens à exprimer ma vive gratitude aux Gouvernements qui ont répondu positivement à l’appel de mon vénéré prédécesseur en faveur de gestes de clémence au cours de l’Année jubilaire, en exprimant le souhait que l’esprit du Jubilé inspire de manière permanente et structurelle l’administration de la justice, afin que les peines soient proportionnées aux délits commis, que des conditions dignes soient garanties aux détenus et, surtout, que l’on s’efforce d’abolir la peine de mort, mesure qui anéantit tout espérance de pardon et de renouveau. [9] Nous ne pouvons pas non plus oublier la souffrance de nombreux détenus pour raisons politiques présents dans de nombreux États.

     Par ailleurs, dans la perspective chrétienne, l’être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu qui, « en l’appelant à l’existence par amour, l’a appelé en même temps à l’amour ». [10] Cette vocation se manifeste de manière privilégiée et unique au sein de la famille. C’est dans ce contexte que l’on apprend à aimer et que l’on développe la capacité de se mettre au service de la vie, contribuant ainsi au développement de la société et à la mission de l’Église.

      Malgré son caractère central, l’institution familiale est aujourd’hui confrontée à deux défis cruciaux. D’une part, on assiste à une tendance inquiétante dans le système international qui consiste à négliger et à sous-estimer son rôle social fondamental, ce qui conduit à sa marginalisation institutionnelle progressive. D’autre part, on ne peut ignorer la réalité croissante et douloureuse des familles fragiles, désagrégées et souffrantes, affligées par des difficultés internes et des phénomènes inquiétants, y compris la violence domestique.

     La vocation à l’amour et à la vie, qui se manifeste de manière éminente dans l’union exclusive et indissoluble entre la femme et l’homme, impose un impératif éthique fondamental : mettre les familles en mesure d’accueillir et de prendre pleinement soin de la vie naissante. Cela est plus que jamais prioritaire, en particulier dans les pays qui connaissent une baisse dramatique du taux de natalité. La vie est en effet un don inestimable qui se développe dans le cadre d’un projet relationnel fondé sur la réciprocité et le service.

     C’est à la lumière de cette vision profonde de la vie comme un don à protéger et de la famille comme sa gardienne responsable qu’il faut rejeter catégoriquement les pratiques qui nient ou instrumentalisent l’origine de la vie et son développement. Parmi celles-ci, il y a l’avortement, qui interrompt une vie naissante et refuse d’accueillir le don de la vie. À cet égard, le Saint-Siège exprime sa profonde préoccupation face aux projets visant à financer la mobilité transfrontalière visant à accéder au soi-disant « droit à l’avortement sûr » et estime déplorable que des ressources publiques soient consacrées à la suppression de la vie, au lieu d’être investies dans le soutien aux mères et aux familles. L’objectif premier doit rester la protection de chaque enfant à naître et le soutien effectif et concret de chaque femme afin qu’elle puisse accueillir la vie.

     De même, la maternité de substitution, qui transforme la gestation en un service négociable, viole la dignité tant de l’enfant, réduit à un “produit”, que de la mère, en instrumentalisant son corps et le processus de génération et en altérant le projet relationnel originel de la famille.

     De semblables considérations peuvent être étendues aux malades et aux personnes âgées et seules, qui ont parfois du mal à trouver une raison de continuer à vivre. Il incombe également à la société civile et aux États de répondre concrètement aux situations de fragilité, en proposant des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs, et en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que d’encourager des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie.

     Une réflexion similaire peut être faite à propos de beaucoup de jeunes confrontés à de nombreuses difficultés, parmi lesquelles la dépendance aux drogues. Un effort conjoint de tous est nécessaire pour éradiquer ce fléau de l'humanité et le trafic de drogue qui l'alimente, afin d'éviter que des millions de jeunes à travers le monde ne finissent victimes de la consommation de drogues. Conjointement à cet effort, il devra y avoir des politiques adéquates de désintoxication et des investissements plus importants dans la promotion humaine, l'éducation et la création d'emplois.

     À la lumière de ces défis, il faut réaffirmer avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain. Une société n'est saine et avancée que lorsqu'elle protège le caractère sacré de la vie humaine et s'efforce activement de la promouvoir.

     Les considérations que j’ai présentées conduisent à penser que, dans le contexte actuel, on assiste à un véritable “court-circuit” des droits humains. Le droit à la liberté d’expression, à la liberté de conscience, à la liberté religieuse et même à la vie subissent des restrictions au nom d’autres droits dits nouveaux, avec pour conséquence que tout le système des droits humains perd de sa vigueur, laissant place à la force et à l’oppression. Cela se produit lorsque chaque droit devient autoréférentiel et surtout lorsqu’il perd son lien avec la réalité des choses, leur nature et la vérité.

     Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

     si saint Augustin souligne la coexistence de la cité céleste et de la cité terrestre jusqu’à la fin des temps, notre époque semble plutôt encline à nier le « droit de citoyenneté » à la cité de Dieu. Seule semble exister la cité terrestre, enfermée exclusivement à l’intérieur de ses frontières. La recherche des seuls biens immanents mine cette « tranquillité de l’ordre » [11] qui, pour Augustin, constitue l’essence même de la paix, qui concerne autant la société et les nations que l’âme humaine, et qui est essentielle à toute coexistence civile. En l’absence d’un fondement transcendant et objectif, seul l’amour de soi prévaut, jusqu’à l’indifférence envers Dieu qui gouverne la cité terrestre. [12] Cependant, comme le note Augustin, « telle est la stupidité de l’orgueil chez ces hommes qui prétendent trouver le souverain bien ici-bas et le principe de leur félicité en eux-mêmes ». [13]

     L’orgueil obscurcit la réalité elle-même et l’empathie envers le prochain. Ce n’est pas un hasard si à l’origine de tout conflit se trouve toujours une racine d’orgueil. Comme j’ai eu l’occasion de le rappeler dans le Message pour la Journée Mondiale de la Paix, « on perd alors tout réalisme, cédant à une représentation partielle et déformée du monde, sous le signe des ténèbres et de la peur », [14] ouvrant ainsi la voie à la logique de l’affrontement, prélude à toute guerre.

     Nous le voyons dans de nombreux contextes, à commencer par la poursuite de la guerre en Ukraine, avec le fardeau des souffrances infligées à la population civile. Face à cette situation dramatique, le Saint-Siège réaffirme avec détermination l’urgence d’un cessez-le-feu immédiat et d’un dialogue animé par une recherche sincère de voies susceptibles de conduire à la paix. Je lance un appel pressant à la communauté internationale pour qu’elle ne relâche pas ses efforts afin de trouver des solutions justes et durables pour protéger les plus fragiles et redonner espérance aux populations touchées, en renouvelant la pleine disponibilité du Saint-Siège à accompagner toute initiative favorisant la paix et la concorde.

     De même, nous le constatons en Terre Sainte où, malgré la trêve annoncée en octobre, la population civile continue de subir une grave crise humanitaire qui s’ajoute aux souffrances déjà endurées. Le Saint-Siège accorde une attention particulière à toute initiative diplomatique visant à garantir aux Palestiniens de la bande de Gaza un avenir de paix et de justice durables sur leur propre terre, ainsi qu’à l’ensemble du peuple palestinien et à l’ensemble du peuple israélien. En particulier, la solution à deux États reste la perspective institutionnelle qui répond aux aspirations légitimes des deux peuples, alors que l’on constate malheureusement une augmentation des violences en Cisjordanie perpétrées contre la population civile palestinienne qui a le droit de vivre en paix sur sa propre terre.

     L’aggravation des tensions dans la mer des Caraïbes et le long des côtes américaines du Pacifique suscite également une vive inquiétude. Je souhaite renouveler mon appel pressant à rechercher des solutions politiques pacifiques à la situation actuelle, soucieux du bien commun des populations et non de la défense d’intérêts partisans.

     Cela vaut tout particulièrement pour le Venezuela, compte tenu des récents développements. Je renouvelle à cet égard mon appel à respecter la volonté du peuple vénézuélien et à s'engager en faveur de la protection des droits humains et civils de chacun et de la construction d'un avenir stable et harmonieux. Il pourra trouver l’inspiration dans l’exemple de ses deux enfants que j’ai eu la joie de canoniser en octobre dernier, José Gregorio Hernández et Sœur Carmen Rendiles, pour construire une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité, et ainsi sortir de la grave crise qui frappe le pays depuis de nombreuses années.

     D’autres crises parsèment le paysage mondial. Je fais tout d’abord référence à la situation dramatique en Haïti, marquée par toutes sortes de violences, du trafic d’êtres humains, aux exils forcés et aux enlèvements. À ce propos, j’exprime le souhait que, avec le soutien nécessaire et concret de la Communauté internationale, le pays puisse au plus vite franchir les étapes nécessaires pour rétablir l’ordre démocratique, mettre fin à la violence et parvenir à la réconciliation et à la paix.

     Nous ne pouvons pas non plus oublier la situation qui touche depuis des décennies la région africaine des Grands Lacs, en proie à des violences qui ont fait de nombreuses victimes. J’encourage les parties concernées à rechercher une solution définitive, juste et durable, qui mette fin à un conflit qui dure depuis trop longtemps. De même, je pense à la situation au Soudan, transformé en un vaste champ de bataille, et à l’instabilité politique qui persiste au Soudan du Sud, le plus jeune pays de la famille des nations, né à la suite du référendum il y a quinze ans.

     Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence l’intensification des signes de tension en Asie orientale, en exprimant le souhait que toutes les parties concernées adoptent une approche pacifique et dialoguante face aux questions litigieuses qui sont source de conflits potentiels.

     Je pense tout particulièrement à la grave crise humanitaire et sécuritaire qui frappe le Myanmar, aggravée par le tremblement de terre dévastateur du mois de mars dernier. Avec une vigueur renouvelée, j’adresse un appel pour que soient courageusement choisies les voies de la paix et du dialogue inclusif, garantissant à tous un accès juste et rapide aux aides humanitaires. Pour être authentiques, les processus démocratiques doivent s’accompagner de la volonté politique de poursuivre le bien commun, de renforcer la cohésion sociale et de promouvoir le développement intégral de toute personne.

     Dans bon nombre de ces scénarios, nous remarquons, comme le souligne Augustin, que l’idée centrale est toujours que la paix n’est possible que par la force et sous l’effet de la dissuasion. Or la guerre se contente de détruire, tandis que la paix exige un effort continu et patient de construction et une vigilance constante. Cet effort interpelle tout le monde, à commencer par les pays possèdant des arsenaux nucléaires. Je pense en particulier à l’importance de donner suite au traité New START, qui expire en février prochain. Le danger est que l’on se laisse au contraire entraîner dans course à la production d’armes toujours plus sophistiquées, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Cette dernière est un outil qui nécessite une gestion adéquate et éthique, ainsi que des cadres normatifs axés sur la protection de la liberté et la responsabilité humaine.

     Chers ambassadeurs,

     malgré le tableau dramatique que nous avons sous les yeux, la paix reste un bien difficile mais possible. Comme le rappelle Augustin, elle « est la fin de notre bien », [15] car elle est la fin même de la cité de Dieu, à laquelle nous aspirons, même inconsciemment, et dont nous pouvons goûter l’anticipation dans la cité terrestre. Au cours de notre pèlerinage sur cette terre, elle exige humilité et courage. L’humilité de la vérité et le courage du pardon. Dans la vie chrétienne, ceux-ci sont représentés par Noël, où la Vérité, le Verbe éternel de Dieu, se fait humble chair, et par Pâques où le Juste condamné pardonne à ses persécuteurs, leur donnant Sa vie de Ressuscité.

     À y regarder de plus près, les signes d’une espérance courageuse ne manquent pas aujourd’hui non plus, et ils doivent être constamment soutenus. Je pense par exemple aux accords de Dayton qui, il y a trente ans, ont mis fin à la guerre sanglante en Bosnie-Herzégovine et qui, malgré les difficultés et les tensions, ont ouvert la voie à un avenir plus prospère et harmonieux. Je pense également à la Déclaration commune de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, signée en août dernier et qui, espérons-le, permettra d’ouvrir la voie à une paix juste et durable dans le Caucase du Sud, en résolvant les problèmes encore en suspens de manière satisfaisante pour les deux parties. Par analogie, je pense à l’engagement dont ont fait preuve ces dernières années les Autorités vietnamiennes pour améliorer les relations avec le Saint-Siège et les conditions dans lesquelles l’Église opère dans le pays. Ce sont là autant de germes de paix qui doivent être cultivés.

     Le mois d’octobre prochain marquera le huitième centenaire de la mort de saint François d’Assise, un homme de paix et de dialogue, universellement reconnu même par ceux qui n’appartiennent pas à l’Église catholique. Sa vie est lumineuse parce qu’elle a été animée par le courage de la vérité et la conscience qu’un monde pacifique se construit à partir d’un cœur humble, tourné vers la cité céleste. Je souhaite à chacun d’entre nous un cœur humble et bâtisseur de paix, ainsi qu’à tous les habitants de nos pays en ce début d’année.

Merci.

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[1] Benoît XVI, Catechèse(20 février 2008).

[2]Ibid.

[3] Cf. François, Discours au Ve Congrès national de l'Église italienne, Florence (10 novembre 2015).

[4] S. Paul VI, Lettre encyclique Populorum progressio(26 mars 1967), 76 : AAS 59 (1967), 294-295.

[5] S. Augustin, De Civ. Dei, XIX, 12.1.

[6] S. Augustin, De Civ. Dei, XIX, 7.

[7] Benoît XVI, Discours à l'occasion de la présentation des vœux au Corps diplomatique, 9 janvier 2012.

[8]Catéchèse (29 octobre 2025).

[9] Cf. François, Bulle d'indiction du Jubilé ordinaire de l'année 2025 « Spes non confundit » (9 mai 2024), 10 : AAS 116 (2024), 654-655.

[10] S. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio(22 novembre 1981), 11 : AAS 74 (1982), 91.

[11] Cf. S. Augustin, De Civ. Dei, XIX, 13.

[12]Ibid., XIV, 28.

[13]Ibid., XIX, 4. 4.

[14]Message pour la 59e Journée mondiale de la paix (8 décembre 2025).

[15] S. Augustin, De Civ. Dei, XIX, 11.

 

10 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les collaborateurs et aux bénévoles du Jubilé, Salle Paul VI

     La visite aux tombeaux de Pierre et de Paul, des autres Apôtres et des Martyrs, le chemin vers la Porte Sainte, l’expérience du pardon et de la miséricorde de Dieu ont été, pour tant de personnes, des moments de rencontre féconde avec le Seigneur Jésus, où l’on a pu toucher du doigt que « l’espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5), parce qu’Il vit et marche en nous et avec nous – dans les moments décisifs de l’existence comme dans l’ordinaire de chaque jour – et parce qu’avec Lui nous pouvons parvenir au terme. Saint Augustin écrit à ce sujet que « l’espérance est nécessaire à la condition de pèlerins […]. Le voyageur, en effet – dit-il –, lorsqu’il se fatigue en chemin, supporte la lassitude précisément parce qu’il espère atteindre le but. Ôtez-lui l’espérance d’y parvenir, et aussitôt s’effondrent les possibilités d’aller de l’avant » (Sermo 158, 8 ). Par votre travail, vous avez aidé beaucoup de personnes à trouver et à retrouver l’espérance, et à reprendre le chemin de la vie avec une foi renouvelée et des résolutions de charité (cf. 1 Th 1,2-3).

 

 

13 janvier 2026 -  Message du Pape Léon XIV pour la 34ème Journée Mondiale du Malade, fête de Notre-Dame de Lourdes, 11 février 2026

     Nous vivons immergés dans une culture de l’instantanéité, de l’immédiateté, de la précipitation, mais aussi du rejet et de l’indifférence qui nous empêche de nous approcher et de nous arrêter en chemin pour regarder les besoins et les souffrances autour de nous. La parabole raconte que le Samaritain, en voyant le blessé, ne “passa pas outre”, mais porta sur lui un regard ouvert et attentif, le regard de Jésus qui le conduisit à une proximité humaine et solidaire. Le Samaritain « s’est arrêté, lui a fait le don de la proximité, a personnellement pris soin de lui, a également payé de sa poche et s’est occupé de lui. Surtout, […] il lui a donné son temps ». [1] Jésus n’enseigne pas qui est le prochain, mais comment devenir le prochain, c’est-à-dire comment nous rendre proches. [2] À cet égard, nous pouvons affirmer avec saint Augustin que le Seigneur n'a pas voulu enseigner qui était le prochain de cet homme, mais de qui il devait se faire le prochain. En effet, personne n'est le prochain d'un autre tant qu'il ne s'en approche pas volontairement. C'est pourquoi celui qui a fait preuve de miséricorde est devenu son prochain. [3]

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[1] François, Lettre enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), 63.

[2] Cf. ibid., 80-82.

[3] Cf. S. Augustin, Sermons, 171, 2 ; 179 A, 7.

 

 

 

 

 

14 janvier 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).

     Saint Augustin, dans son commentaire sur ce passage du quatrième Évangile, insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils (Commentaire sur l'Évangile de Jean, Homélie 86). En effet, une ancienne devise disait “Amicitia aut pares invenit, aut facit”, “l'amitié naît entre égaux, ou rend tels”. Nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils.

 

 

    

28 janvier 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Saint Augustin avait déjà affirmé qu'« il n'y a qu'un seul discours de Dieu qui se développe dans toute l'Écriture et qu'il n'y a qu'un seul Verbe qui résonne dans la bouche de tant de saints » [2].

 [2] Commentaires sur les Psaumes 103, IV, 1

 

 

 

4 février 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     L'Écriture sert à nourrir la vie et la charité des croyants, comme le rappelle saint Augustin : « Quiconque croit avoir compris les Écritures divines [...], sans toutefois réussir, avec ce qu'il a compris, à ériger l'édifice de ce double amour - de Dieu et du prochain-, ne les a pas encore comprises». [4]

[4] Saint Augustin , La doctrine chrétienne 1, 36, 40

 

5 février 2026 – Message du Pape Léon XIV pour le Carême 2026. Publié sur le site du Vatican le 13 février 2026

     Si le Carême est un temps d’écoute, le jeûne constitue une pratique concrète qui dispose à l’accueil de la Parole de Dieu. L’abstinence de nourriture est, en effet, un exercice ascétique très ancien et irremplaçable dans le chemin de conversion. Précisément parce qu’il implique le corps, il rend plus évident ce dont nous avons “faim” et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance. Il sert donc à discerner et à ordonner les “appétits”, à maintenir vigilant la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation, en les éduquant pour qu’ils deviennent prière et responsabilité envers le prochain.

     Saint Augustin, avec finesse spirituelle, laisse entrevoir la tension entre le temps présent et l’accomplissement futur qui traverse cette garde du cœur, lorsqu’il observe que : « Au cours de la vie terrestre, il appartient aux hommes d’avoir faim et soif de justice, mais en être rassasiés appartient à l’autre vie. Les anges se rassasient de ce pain, de cette nourriture. Les hommes, en revanche, en ont faim, ils sont tous tendus vers le désir de celui-ci. Cette tension dans le désir dilate l’âme, augmente sa capacité ». [2] Le jeûne, compris dans ce sens, nous permet non seulement de discipliner le désir, de le purifier et de le rendre plus libre, mais aussi de l’élargir de manière à ce qu’il se tourne vers Dieu et s’oriente à accomplir le bien.

     Cependant, pour que le jeûne conserve sa vérité évangélique et échappe à la tentation d’enorgueillir le cœur, il doit toujours être vécu dans la foi et l’humilité. Cela exige de rester enraciné dans la communion avec le Seigneur parce que « personne ne jeûne vraiment s’il ne sait pas se nourrir de la Parole de Dieu ». [3] En tant que signe visible de notre engagement intérieur à nous soustraire, avec le soutien de la grâce, au péché et au mal, le jeûne doit également inclure d’autres formes de privation visant à nous faire acquérir un mode de vie plus sobre, car « c’est l’austérité seule qui rend authentique et forte notre vie chrétienne ». [4]

     Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain. Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix.

 

 

 

6 février 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie

     Regardez Marie : en nous donnant le Christ, elle « a œuvré par charité pour que naissent dans l’Église des fidèles, membres de ce Chef » (saint Augustin, De sancta virginitate 6, 6). Imitez sa foi et confiez-vous toujours à son intercession.

 

11 février 2026 –  Message du Pape Léon XIV pour la « Campanha da Fraternidade » de la Conférence des Evêques du Brésil - Publié sur le site du Vatican le 18 février 2026

     « Voici l’époque solennelle qui nous avertit de nous appliquer à la prière et au jeûne plus qu’en tout autre temps de l’année, en humiliant nos âmes et en châtiant nos corps » (Sermon 210). Tel est ce qu’écrivit saint Augustin dans l’un de ses discours sur le temps liturgique que nous nous apprêtons à commencer, durant lequel nous recevons un appel spécial de Dieu à une conversion authentique, orientant nouvellement toute notre vie vers Lui, suivant, à travers le jeûne et la pénitence, les pas de Notre Seigneur qui se retira dans le désert pendant quarante jours. En ce temps d’intense prière, nous sommes également invités à pratiquer avec un engagement renouvelé la vertu de la charité envers les plus pauvres et nécessiteux, en lesquels le Christ même s’identifie (cf. Mt 25, 35-40). Que l’Esprit Saint, auteur de notre sanctification, nous guide tout au long de ce chemin.

 

15 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans la paroisse Sainte Marie Regina Pacis, à Ostia.

     Saint Augustin enseignait que «la paix [il n’est pas] difficile de la posséder. […] Voulons-nous la posséder? Sans travail elle est à nous, nous la tenons» (Sermon 357, 1).

 

 

16 février 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux Préfets de la République italienne

     Il est utile de rappeler un enseignement de saint Augustin, qui reçut le Baptême précisément de saint Ambroise. L’évêque d’Hippone écrivait : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qui semblent être commandés. Ils ne commandent pas par désir de domination, mais par devoir de soin ; non avec l’arrogance de l’emporter, mais avec la bonté de pourvoir » (La Cité de Dieu, XIX, 14).

 

22 février 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus

     En ce temps de grâce du Carême, pratiquons- généreusement, avec la prière et les œuvres de miséricorde : faisons place au silence ; faisons taire un peu les télévisions, les radios, les smartphones. Méditons la Parole de Dieu, approchons-nous des Sacrements ; écoutons la voix du Saint-Esprit qui nous parle dans le cœur, et écoutons-nous mutuellement, dans les familles, sur les lieux de travail, dans les communautés. Consacrons du temps à ceux qui sont seuls, en particulier aux personnes âgées, aux pauvres, aux malades. Renonçons au superflu et partageons ce que nous économisons avec ceux qui manquent du nécessaire. Alors, comme le dit saint Augustin, notre prière, « appuyée ainsi sur l’humilité et la charité, sur le jeûne et sur l’aumône, sur l’abstinence et le pardon, sur le soin de faire le bien sans rendre le mal, d’éviter le mal et de faire du bien » (Sermo 206, 3), atteindra le Ciel et nous donnera la paix.

 

 

4 mars 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     « Veuille le ciel, disait saint Augustin, que tous gardent à l'esprit seulement la charité : elle seule, en effet, vainc toutes choses, et sans elle, toutes les choses ne valent rien ; partout où elle se trouve, elle attire tout à elle » (Serm. 354,6,6).

 

7 mars 2026 - Aux participants aux événements organisés par l’Ordinariat militaire pour l’Italie

      En vous, chers Aumôniers militaires, doit donc résonner l’exhortation de saint Augustin à vivre le ministère comme amoris officium, un service d’amour. Commentant le dialogue entre Jésus ressuscité et Pierre, Augustin écrit : « Si tu m’aimes, ne pense pas à te paître toi-même, mais pais mes brebis, comme miennes, non comme tiennes ; cherche en elles ma gloire, non la tienne ; ma domination, non la tienne […]. En paissant ses brebis, ne cherchons pas nos intérêts, mais les siens » (In Joannis Evangelium, 123, 5). Beaucoup d’Aumôniers militaires ont incarné ces paroles et rendu visible la charité pastorale jusqu’à l’héroïsme des vertus, parfois jusqu’au martyre.
     L’Église, dans le sillage du magistère du Concile Vatican II et des Exhortations apostoliques Evangelii nuntiandi et Evangelii gaudium, proclame l’Évangile de la paix, prête à collaborer avec tous pour garder ce bien universel (cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium, 239). En son sein, l’Ordinariat militaire pour l’Italie, à travers le soin spirituel, veut être un laboratoire efficace de l’agir de Dieu en faveur de l’homme, un espace de formation pour le passage de l’amor sui à l’amor Dei, fondement de cette Civitas Dei où la loi fondamentale est la charité (cf. saint Augustin, De civitate Dei, 14, 28) et où la paix n’est pas seulement absence de conflit, mais plénitude de justice, de vérité et d’amour. Dans cette perspective, je vous encourage à poursuivre la réalisation des projets que vous portez : le Centre pastoral, les activités de formation pour les Aumôniers et les élèves-aumôniers et, en particulier, le Centre de Hautes Études pour l’Assistance spirituelle, destiné à promouvoir une réflexion interdisciplinaire sur les défis du monde actuel, sur l’inculturation de la foi, sur le rapport entre l’Évangile, la culture, les sciences et les nouvelles technologies.

 

13 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV, aux participants au cours annuel sur le for interne, organisé par la Pénitencerie apostolique

     Saint Augustin affirme : « Celui qui reconnaît ses péchés et les condamne est déjà d’accord avec Dieu. Dieu condamne tes péchés ; et si toi aussi tu les condamnes, tu t’unis à Dieu » (In Iohannis evangelium tractatus 12, 13 : CCL 36, 128). Reconnaître nos péchés, surtout en ce temps de Carême, signifie donc « nous accorder » avec Dieu, nous unir à Lui.
 

14 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de l’Inauguration de l'Année judiciaire du Tribunal de l'État de la Cité du Vatican

     La tradition chrétienne a toujours reconnu dans la justice une vertu fondamentale pour l’ordre de la vie personnelle et communautaire. À ce propos, saint Augustin rappelait que l’ordre de la société naît de l’ordre de l’amour, affirmant que « ordinata dilectio est iustitia » [1]. Lorsque l’amour est ordonné avec droiture, lorsque Dieu est placé au centre et que le prochain est reconnu dans sa dignité, alors toute la vie personnelle et sociale retrouve son juste sens.
     De cet ordre de l’amour naît aussi l’ordre de la justice. L’amour authentique, en effet, n’est jamais arbitraire ou désordonné, mais reconnaît la vérité des relations et la dignité de chaque personne. C’est pourquoi la justice n’est pas seulement un principe juridique, mais une vertu qui contribue à bâtir la communion et à stabiliser la vie de la communauté.
     La réflexion théologique et juridique de la tradition chrétienne a approfondi ultérieurement cette perspective. Saint Thomas en particulier, en se basant sur le droit romain, définit la justice comme « constans et perpetua voluntas ius suum unicuique tribuendi », c’est-à-dire comme volonté constante et perpétuelle et donner à chacun ce qui lui est dû [2]. Avec cette définition, le Docteur Angélique met en lumière le caractère stable et objectif de la justice, qui ne dépend pas d’intérêts contingents, mais s’enracine dans la vérité de chaque personne et dans la recherche du bien commun. Ce n’est pas par hasard qu’il affirme que « iustitia ad bonum commune ordinatur » [3]
     À la lumière ce cette tradition, l’on comprend également le lien profond entre la justice et la charité. Le savoir théologique a exprimé cette relation par l’affirmation selon laquelle « caritas perfecta, perfecta iustitia est » [4], car dans la plénitude de la charité, la justice trouve son accomplissement le plus authentique. Il s’ensuit que, là où il n’y a pas une véritable justice, il ne peut y avoir non plus de droit authentique car le droit naît de la reconnaissance de la vérité de l’être et de la dignité de chaque personne.
     La justice, ainsi conçue, est la vertu cardinale qui nous appelle « à respecter les droits de chacun et à établir dans les relations humaines l’harmonie qui promeut l’équité à l’égard des personnes et du bien commun » [5]. Cette reconnaissance ouvre la voie à la charité, car ce n’est que lorsque les relations sont ordonnées selon la vérité que cette communion qui est le fruit suprême de l’amour devient possible. La restauration de la justice devient donc la condition de l’avènement de la charité, qui est don de l’Esprit et le principe d’unité de l’Église. Dans cette perspective, l’on comprend aussi comment l’amour et la vérité ne peuvent être séparées : c’est uniquement en aimant que l’on connaît la vérité, et l’amour de la vérité conduit à découvrir la charité comme son accomplissement.
     C’est pourquoi la justice, quand elle est exercée avec équilibre et fidélité à la vérité, devient un des facteurs d’unité les plus solides au sein de la communauté. Celle-ci ne divise pas, mais renforce les liens qui unissent les personnes et contribue à bâtir cette confiance réciproque qui rend la coexistence ordonnée possible.
     Dans le contexte de l’État de la Cité du Vatican, la mission d’administrer la justice revêt une importance particulière. L’administration de la justice, en effet, ne se limite pas à la résolution des différends, mais contribue à la protection du système juridique et à la crédibilité des institutions. Le respect des garanties procédurales, l’impartialité du juge, l’efficacité du droit à se défendre et la durée raisonnable des procès ne représentent pas seulement des instruments techniques du procédé judiciaire. Ceux-ci constituent les conditions à travers lesquelles l’exercice de la fonction juridictionnelle acquiert une particulière autorité et contribue à la stabilité institutionnelle.
     Dans un système comme celui de l’État de la Cité du Vatican, au service de la mission du Successeur de Pierre dans la mesure où il supporte l’indépendance du Saint-Siège aussi à l’international (cf. Accords du Latran, Préambule), cette fonction revêt une valeur encore plus importante. En effet, l’administration de la justice contribue aussi à la sauvegarde de la valeur d’unité qui constitue un élément essentiel de la vie ecclésiale.
     Le procès, dans cette perspective, ne représente simplement pas le lieu du conflit entre prétentions opposées, mais devient un espace ordonné dans lequel, à travers la confrontation réglementée entre les parties et l’intervention impartiale du juge, le désaccord est reconduit dans un horizon de vérité et de justice. Dans cette perspective, il est utile de rappeler encore une fois l’enseignement de saint Augustin : « Une république ne peut être gouvernée sans justice ; là donc où il n’y a point de justice, il n’y a point de droit. Comme on fait justement ce qu’on a droit de faire, il est impossible qu’on ne soit pas injuste quand on agit sans droit. […] Où il n’y a point de justice, il n’y a point de république. Considérons maintenant la définition de la justice : c’est une vertu qui fait rendre à chacun ce qui lui appartient. Or, quelle est cette justice qui ôte l’homme à Dieu ?» [6].
     Chers frères et sœurs, votre service revêt donc une valeur, autre qu’institutionnelle, profondément ecclésiale. À travers le discernement attentif des faits, l’écoute respectueuse des personnes engagées et l’application correcte des lois pour représenter fidèlement les principes du système, vous participez à une mission qui est dans son ensemble juridique et spirituelle.
     La justice dans l’Église n’est pas un simple exercice technique de la norme, mais un ministère au service du Peuple de Dieu. Elle exige, outre une compétence juridique, des connaissances, de l’équilibre et une recherche constante de la vérité dans la charité. Chaque décision, chaque procès et chaque jugement sont appelés à refléter cette recherche de la vérité qui est au cœur de la vie de l’Église. Lorsque la justice est exercée avec intégrité et fidélité à la vérité, elle devient un facteur de stabilité et de confiance au sein de la société, générant comme conséquence naturelle l’unité. Continuez donc à accomplir ce service avec intégrité, prudence et esprit évangélique. Que la justice soit toujours éclairée par la vérité et accompagnée par la miséricorde, car toutes deux trouvent leur plénitude en Christ. Ainsi, le droit, appliqué avec droiture et dans un esprit ecclésial, devient un instrument précieux pour édifier la communion et renforcer l’unité du Peuple de Dieu.
     Je confie votre travail à l’intercession de la Vierge Marie, Mère de l’Église, afin qu’elle vous accompagne de sa protection. Et je vous donne de tout cœur la bénédiction apostolique, gage de communion et de paix pour vous et pour votre service de la justice, de la vérité et de l’unité.

Merci.

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[1] Cf. Saint Augustin, De civitate Dei, XV, 22.

[2] Cf. Dig. 1.1.10; Saint Thomas D’Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 58, a. 1

[3] Saint Thomas D’Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 58, a. 5

[4] Saint Augustin, De natura et gratia, 70, 84.

[5] Catéchisme de l’Église catholique, n. 1807.

[6] Saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 21 , 1.

 

 

16 mars 2026 – Message du Pape Léon XIV pour la 63ème Journée Mondiale de prière pour les vocations, le 26 avril 2026. Publié sur le site du Vatican, le 25 mars 2026

La découverte intérieure du don de Dieu

Chers frères et sœurs, très chers jeunes !

     Guidés et protégés par Jésus Ressuscité, nous célébrons, en ce quatrième dimanche de Pâques, appelé “dimanche du Bon Pasteur”, la 63e Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. C’est une occasion de grâce de pouvoir partager quelques réflexions sur la dimension intérieure de la vocation, comprise comme la découverte du don gratuit de Dieu qui fleurit au plus profond du cœur de chacun de nous. Parcourons donc ensemble le chemin d’une vie vraiment belle, que le Pasteur nous indique !

 

Le chemin de la beauté

     Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. C’est le Pasteur qui fascine : ceux qui le regardent découvrent que la vie est vraiment belle si on le suit. Pour connaître cette beauté, les yeux du corps ou les critères esthétiques ne suffisent pas : il faut la contemplation et l’intériorité. Seulement celui qui s’arrête, écoute, prie et accueille son regard, peut dire avec confiance : « Je lui fais confiance, avec Lui la vie peut être vraiment belle, je veux parcourir le chemin de cette beauté ». Et le plus extraordinaire, c’est qu’en devenant ses disciples, nous devenons à notre tour “beaux” : sa beauté nous transfigure.  Comme l’écrit le théologien Pavel Florenskij, l’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme “beau” [1]. En effet, outre la bonté, ce qui distingue les saints, c’est la beauté spirituelle lumineuse qui rayonne de ceux qui vivent en Christ. Ainsi, la vocation chrétienne se révèle dans toute sa profondeur : participer à sa vie, partager sa mission, rayonner de sa propre beauté.

     Cette communication intérieure de vie, de foi et de sens fut aussi l’expérience de saint Augustin qui, dans le troisième livre des Confessions, tout en déclarant et en confessant ses péchés et ses erreurs de jeunesse, reconnaît Dieu « plus intime que toute mon intimité » [2]. Au-delà de la conscience de soi, il découvre la beauté de la lumière divine qui le guide dans l’obscurité. Augustin perçoit la présence de Dieu au plus profond de son âme, ce qui implique d’avoir compris et vécu l’importance de prendre soin de son intériorité comme espace de relation avec Jésus, comme moyen d’expérimenter la beauté et la bonté de Dieu dans sa propre vie.

     Cette relation se construit dans la prière et le silence et, si elle est cultivée, elle nous ouvre à la possibilité d’accueillir et de vivre le don de la vocation, qui n’est jamais une imposition ou un schéma préétabli auquel il suffit d’adhérer, mais un projet d’amour et de bonheur. Le soin de l’intériorité : c’est de là qu’il est urgent de repartir dans la pastorale des vocations et dans l’engagement toujours renouvelé de l’évangélisation.

     Dans cet esprit, j’invite tout le monde – familles, paroisses, communautés religieuses, évêques, prêtres, diacres, catéchistes, éducateurs et fidèles laïcs – à s’engager toujours plus à créer des contextes favorables afin que ce don puisse être accueilli, nourri, préservé et accompagné pour porter des fruits abondants. Ce n’est que si nos milieux rayonnent d’une foi vivante, d’une prière constante et d’un accompagnement fraternel, que l’appel de Dieu pourra s’épanouir et mûrir, devenant un chemin de bonheur et de salut pour chacun et pour le monde. En nous engageant sur la voie que Jésus, le beau Pasteur, nous indique, apprenons alors à mieux nous connaître nous-mêmes et à connaître de plus près Dieu qui nous a appelés.

 

Connaissance réciproque

     « Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » [3]. En effet, toute vocation ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. Cette connaissance, cependant, doit toujours être réciproque : nous sommes invités à connaître Dieu à travers la prière, l’écoute de la Parole, les sacrements, la vie de l’Église et le don de soi à nos frères et sœurs. Comme le jeune Samuel qui, dans la nuit, peut-être de manière inattendue, a entendu la voix du Seigneur et a appris à la reconnaître avec l’aide d’Élie (cf. 1 Sam 3, 1-10), de même nous devons créer des espaces de silence intérieur pour percevoir ce que le Seigneur a dans son cœur pour notre bonheur. Il ne s’agit pas d’un savoir intellectuel abstrait ou d’une connaissance savante, mais d’une rencontre personnelle qui transforme la vie [4]. Dieu habite notre cœur : la vocation est un dialogue intime avec Lui qui nous appelle – malgré le bruit parfois assourdissant du monde – en nous invitant à répondre avec une joie et une générosité authentiques.

     « Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat veritas – Ne sors pas de toi-même, reviens à toi-même, la Vérité habite dans l’homme intérieur » [5]. Saint Augustin nous rappelle encore combien il est important d’apprendre à s’arrêter, à construire des espaces de silence intérieur pour pouvoir écouter la voix de Jésus-Christ.

Chers jeunes, écoutez cette voix ! Écoutez la voix du Seigneur qui vous invite à vivre une vie pleine, épanouie, en mettant à profit vos talents (cf. Mt 25, 14-30) et en clouant à la Croix glorieuse du Christ vos limites et vos faiblesses. Arrêtez-vous donc pour l’adoration eucharistique, méditez assidûment la Parole de Dieu pour la vivre chaque jour, participez activement et pleinement à la vie sacramentelle et ecclésiale. De cette manière, vous connaîtrez le Seigneur et, dans l’intimité propre à l’amitié, vous découvrirez comment vous donner vous-mêmes, dans la voie du mariage, ou du sacerdoce, ou du diaconat permanent, ou dans la vie consacrée, religieuse ou séculière : chaque vocation est un don immense pour l’Église et pour celui qui l’accueille avec joie. Connaître le Seigneur signifie avant tout apprendre à lui faire confiance, ainsi qu’à sa Providence, qui surabonde en chaque vocation.

 

Confiance

     De la connaissance naît la confiance, attitude qui est fille de la foi, essentielle tant pour accueillir la vocation que pour persévérer dans celle-ci. La vie, en effet, se révèle comme une confiance et un abandon continus au Seigneur, même lorsque ses plans bouleversent les nôtres.

     Pensons à saint Joseph qui, malgré le mystère inattendu de la maternité de la Vierge, s’en remet au rêve divin et accueille Marie et l’Enfant avec un cœur obéissant (cf. Mt 1, 18-25 ; 2, 13-15). Joseph de Nazareth est une icône de la confiance totale dans le dessein de Dieu : il fait confiance même lorsque tout autour de lui ne semble qu’être ténèbres et négativité, lorsque les choses semblent aller dans une direction opposée à celle prévue. Il fait confiance et s’en remet, certain de la bonté et de la fidélité du Seigneur. « Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph a su prononcer son “ fiat”, tout comme Marie à l’Annonciation, et comme Jésus à Gethsémani » [6].

     Comme nous l’a enseigné le Jubilé de l’Espérance, il convient de cultiver une confiance ferme et stable dans les promesses de Dieu, sans jamais céder au désespoir, en surmontant les peurs et les incertitudes, certains que le Ressuscité est le Seigneur de l’histoire du monde et de notre histoire personnelle : Il ne nous abandonne pas dans les heures les plus sombres, mais vient dissiper toutes nos ténèbres par sa lumière. Et c’est précisément grâce à la lumière et à la force de son Esprit, même à travers les épreuves et les crises, que nous pouvons voir notre vocation mûrir, refléter de plus en plus la même beauté de Celui qui nous a appelés, une beauté faite de fidélité et de confiance, malgré les blessures et les chutes.

 

Maturation

     La vocation, en effet, n’est pas un objectif statique, mais un processus dynamique de maturation, favorisé par l’intimité avec le Seigneur : rester avec Jésus, laisser agir l’Esprit Saint dans nos cœurs et dans les situations de la vie, et tout relire à la lumière du don reçu, tout cela signifie grandir dans la vocation.

Comme la vigne et les sarments (cf. Jn 15, 1-8), toute notre existence doit s’établir dans un lien fort et essentiel avec le Seigneur, afin de devenir une réponse toujours plus pleine à son appel, à travers les épreuves et les coupes nécessaires. Les “lieux” où se manifeste le plus la volonté de Dieu et où l’on fait l’expérience de son amour infini sont souvent les liens authentiques et fraternels que nous sommes capables d’établir au cours de notre vie.   Comme il est précieux d’avoir un guide spirituel sûr qui accompagne la découverte et le développement de notre vocation ! Combien sont importants le discernement et la vérification à la lumière du Saint-Esprit, afin qu’une vocation puisse se réaliser dans toute sa beauté.

     La vocation n’est donc pas une possession immédiate, quelque chose qui est “donné” une fois pour toutes : c’est plutôt un chemin qui se développe de manière analogue à la vie humaine, dans lequel le don reçu, en plus d’être préservé, doit se nourrir d’une relation quotidienne avec Dieu pour pouvoir grandir et porter ses fruits. « Cela est important, parce qu’elle place notre vie face à Dieu qui nous aime, et qu’elle nous permet de comprendre que rien n’est le fruit d’un chaos privé de sens, mais que tout peut être intégré sur un chemin de réponse au Seigneur qui a un plan magnifique pour nous » [7].

     Chers frères et sœurs, très chers jeunes, je vous encourage à cultiver votre relation personnelle avec Dieu à travers la prière quotidienne et la méditation de sa Parole. Arrêtez-vous, écoutez, confiez-vous : de cette manière, le don de votre vocation mûrira, vous rendra heureux et portera des fruits abondants pour l’Église et pour le monde.

     Que la Vierge Marie, modèle d’accueil intérieur du don divin et maîtresse de l’écoute priante, vous accompagne toujours sur ce chemin !

Du Vatican, le 16 mars 2026

LÉON PP. XIV

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[1] « L’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme beau, et la caractéristique distinctive des saints n’est pas du tout la “bonté”, qui peut également être présente chez des personnes charnelles et très pécheresses, mais la beauté spirituelle, la beauté éblouissante de la personne lumineuse et rayonnante, absolument inaccessible à l’homme grossier et charnel » (P. Florenskij, La colonne et le fondement de la vérité, Rome 1974, 140-141).

[2] S. Augustin, Conf., III, 6, 11 : CSEL 33, 53.

[3] Lett. ap. Une fidélité qui génère l’avenir, (8 décembre 2025), 5.

[4] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est, (25 décembre 2005), 1.

[5] S. Augustin, De vera religione, XXXIX, 72 : CSSL 32, 234.

[6] François, Lett. ap. Patris corde(8 décembre 2020), 3.

[7] François, Exhort. ap. Christus vivit, (25 mars 2019), 248.

 

 

 

 

 

 

18 mars 2026 - Aux participants à l'évènement « Oggi chi è il mio prossimo - Today who is my neighbor »

     Saint Augustin affirme que « notre Dieu et Seigneur a voulu être appelé notre prochain. En effet, le Seigneur Jésus-Christ fait comprendre que c’est lui-même qui a porté secours à cet homme à demi mort, gisant sur la route, maltraité et abandonné par des brigands ».
 

 

22 mars 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus

     En ce cinquième dimanche de Carême, la liturgie nous propose l’Évangile de la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45).

     Dans le cheminement du Carême, ce signe évoque la victoire du Christ sur la mort et du don de la vie éternelle, que nous recevons par le baptême (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1265). Jésus nous dit aujourd’hui également, comme à Marthe, la sœur de Lazare : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).

     La liturgie nous invite ainsi à revivre, dans cette lumière, les événements de la Passion du Seigneur au cours de la Semaine Sainte imminente – l’entrée à Jérusalem, la Cène, le procès, la crucifixion, l’ensevelissement – afin d’en saisir le sens le plus authentique et de nous ouvrir au don de grâce qu’ils renferment.

     C’est en effet dans le Christ ressuscité, vainqueur de la mort et vivant en nous par la grâce du baptême, que ces événements trouvent leur accomplissement, pour notre salut et pour la plénitude de la vie.

     Sa grâce illumine ce monde, qui semble constamment en quête de nouveauté et de changement, même au prix de sacrifier des choses importantes – temps, énergies, valeurs, affections – comme si la renommée, les biens matériels, les divertissements, les relations éphémères pouvaient combler notre cœur ou nous rendre immortels. C’est le symptôme d’un besoin d’infini que chacun de nous porte en soi, mais dont la réponse ne peut être confiée à ce qui est éphémère. Rien de fini ne peut étancher notre soif intérieure, car nous sommes faits pour Dieu, et nous ne trouvons pas la paix tant que nous ne nous reposons pas en Lui (cf. Confessions, I, 1.1).

 

 

 

28 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à Monaco au stade Louis II. (extraits)

     Dieu ne nous abandonne pas dans ces tentations. Il vient au secours de l’homme, faible et triste, qui croit que les idoles du monde lui sauveront la vie. Comme l’enseigne saint Augustin, « l’homme se libère de leur emprise lorsqu’il croit en Celui qui, pour le relever, a donné un exemple d’humilité » (De civitate Dei, VII, 33). Cet exemple, c’est la vie même de Jésus, Dieu fait homme pour notre salut. Au lieu de nous punir, Il détruit le mal par son amour, accomplissant ainsi une promesse solennelle : « Je les purifierai. Alors ils seront mon peuple et moi Je serai leur Dieu » (Ez 37, 23). Le Seigneur change l’histoire du monde en nous appelant de l’idolâtrie à la vraie foi, de la mort à la vie.

 

 

1er avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

      Le peuple saint de Dieu n’est jamais une masse informe, mais le corps du Christ ou, comme le disait Saint Augustin, le Christus totus : c’est la communauté structurée de manière organique, en vertu de la relation féconde entre les deux formes de participation au sacerdoce du Christ : le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel (cf. LG, 10).

 

1er avril 2026 – Message du Pape Léon XIV à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales. Publié sur le site du Vatican le 14 avril 2026

     J’ai appris avec plaisir que l’assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales se tient du 14 au 16 avril 2026, et j’adresse mes meilleurs vœux dans la prière à tous les participants. J’exprime ma gratitude au cardinal Peter Turkson pour son service dévoué en tant que chancelier de l’Académie. Je remercie également votre présidente, Sœur Helen Alford, d’avoir choisi le thème: «The Uses of Power: Legitimacy, Democracy and the Rewriting of the International Order» [Les usages du pouvoir: légitimité, démocratie et réécriture de l’ordre international]. Il s’agit d’un thème particulièrement actuel, qui focalise notre réflexion sur l’exercice du pouvoir, qui est un élément crucial pour construire la paix au sein des nations et entre elles, en ce moment de profonds changements mondiaux.

     La doctrine sociale de l’Église catholique considère le pouvoir non comme une fin en soi, mais comme un moyen ordonné au bien commun. Cela implique que la légitimité de l’autorité ne dépend pas de l’accumulation de puissance économique ou technologique, mais de la sagesse et de la vertu avec lesquelles elle est exercée pour le bien commun (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1903). Car la sagesse nous permet de discerner et de poursuivre le vrai et le bien, plutôt que des biens apparents et la vaine gloire, dans les circonstances de la vie quotidienne. Cette sagesse est inséparable des vertus morales, qui renforcent notre désir de promouvoir le bien commun. En particulier, nous savons que la justice et la force d’âme sont indispensables pour prendre des décisions réfléchies et les mettre en œuvre. La tempérance s’avère également essentielle pour l’usage légitime de l’autorité, car une véritable compréhension de la tempérance modère l’exaltation excessive de soi et constitue une barrière contre les abus de pouvoir.

     Cette compréhension du pouvoir légitime trouve l’une de ses plus hautes expressions dans la démocratie authentique. Loin d’être une simple procédure, ce type de démocratie reconnaît la dignité de chaque personne et appelle chaque citoyen à participer de manière responsable à la poursuite du bien commun. En reflétant cette conviction, saint Jean-Paul II a affirmé que l’Église apprécie la démocratie parce qu’elle garantit la participation aux choix politiques et «la possibilité de choisir et de contrôler leurs gouvernants, ou de les remplacer de manière pacifique lorsque cela s'avère opportun» (Centesimus annus, n. 46). Toutefois, la démocratie ne demeure saine que si elle est enracinée dans la loi morale et dans une juste vision de la personne humaine. En l’absence de ce fondement, elle risque de devenir soit une tyrannie de la majorité, soit un masque pour la domination d’élites économiques et technologiques.

     Les mêmes principes qui guident l’exercice de l’autorité au sein des nations doivent également façonner l’ordre international —  une vérité particulièrement importante à rappeler à une époque où les rivalités stratégiques et les changements d’alliances redessinent les relations mondiales. Nous devons nous souvenir qu’un ordre international juste et stable ne peut naître d’un simple équilibre de pouvoir ni d’une logique purement technocratique. La concentration du pouvoir technologique, économique et militaire entre les mains de quelques personnes menace à la fois la participation démocratique au sein des peuples et la concorde internationale.

     À cet égard, mes prédécesseurs ont souligné la nécessité d’institutions renouvelées et d’une autorité universelle (cf. Jean-Paul II, Centesimus annus, n. 58; Jean XXIII, Pacem in terris, n. 137), marquée par le principe de subsidiarité (cf. Benoît XVI, Caritas in veritate, n. 57). Le développement d’une telle communauté mondiale de fraternité exige «une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun» (François, Fratelli tutti, n. 154). En effet, il est «plus que jamais nécessaire de repenser avec audace les modalités de la coopération internationale» (Visite au siège de la FAO à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, 16 octobre 2025, 7).

     En ultime analyse, lorsque les pouvoirs terrestres menacent la tranquillitas ordinis — la définition classique de la paix selon saint Augustin — nous devons puiser l’espérance dans le Royaume de Dieu qui, bien que n’étant pas de ce monde, éclaire les réalités de ce monde et en révèle la signification eschatologique. Dans cette perspective de foi, il nous est rappelé que la toute-puissance de Dieu se manifeste surtout dans la miséricorde et dans le pardon (cf. saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q. 25, a. 3, ad 3); le pouvoir divin ne domine pas, mais guérit et restaure. C’est précisément cette logique de charité qui doit animer l’histoire, car l’action humaine inspirée par la charité contribue à façonner la «cité terrestre» dans l’unité et dans la paix, faisant d’elle — bien que de façon imparfaite — une anticipation et une préfiguration de la «Cité de Dieu» (cf. Benoît XVI, Caritas in veritate, n. 7). Cette foi renforce notre détermination à édifier une culture de la réconciliation capable de surmonter les pièges de l’indifférence et de l’impuissance (cf. Discours aux responsables religieux participant à la rencontre internationale de prière pour la paix, 28 octobre 2025).

    

 

 

 

4 avril 2026 – Homélie de Léon XIV lors de la Messe de la Nuit de Pâques

     À tous ces moments de l’histoire du salut, nous avons vu comment Dieu répond à la dureté du péché qui divise et tue, par la puissance de l’amour qui unit et redonne la vie. Nous les avons évoqués ensemble en entrecoupant le récit avec des psaumes et des prières pour nous rappeler que, par la Pâque du Christ, ensevelis avec lui dans la mort, nous pouvons nous aussi marcher dans une vie nouvelle ; morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ (cf. Rm 6, 4-11), consacrés dans le baptême à l’amour du Père, unis dans la communion des saints, devenus par grâce des pierres vivantes pour édifier son Royaume (cf. 1 P 2, 4-5).

     C’est dans cette lumière que nous lisons le récit de la Résurrection, que nous avons entendu dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le matin de Pâques, les femmes, surmontant leur peine et leur peur, se sont mises en route. Elles voulaient se rendre au tombeau de Jésus. Elles s’attendaient à le trouver scellé avec une grande pierre à l’entrée et des soldats montant la garde. Voilà ce qu’est le péché : une barrière très lourde qui nous enferme et nous sépare de Dieu, et cherche à faire mourir en nous ses paroles d’espérance. Marie de Magdala et l’autre Marie, cependant, ne se sont pas laissées intimider. Elles se sont rendues au sépulcre et, grâce à leur foi et à leur amour, elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Dans le tremblement de terre et dans l’ange assis sur le rocher renversé, elles ont vu la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que n’importe quelle force du mal, capable de “dissiper la haine” et de “soumettre toute puissance”. L’homme peut tuer le corps, mais la vie du Dieu d’amour est une vie éternelle, qui va au-delà de la mort et qu’aucun tombeau ne peut emprisonner. Ainsi, le Crucifié règne-t-il depuis la croix. L’ange s’est assis sur la pierre et Jésus s’est présenté à elles, vivant, en disant : « Je vous salue ! » (Mt 28, 9).

     Tel est, chers amis, notre message au monde aujourd’hui, la rencontre dont nous voulons témoigner par les paroles de la foi et les œuvres de la charité, en chantant par notre vie l’“Alléluia” que nous proclamons avec nos lèvres (cf. saint Augustin, Sermo 256, 1). À l’exemple des femmes qui se sont précipitées pour annoncer la nouvelle à leurs frères, nous aussi nous voulons cette nuit quitter cette basilique, pour apporter à tout le monde la bonne nouvelle que Jésus est ressuscité et que, par sa force, ressuscités avec Lui, nous pouvons donner vie à un monde nouveau, de paix et d’unité, comme « une multitude d’hommes et en même temps […] un seul homme, car, bien qu’il y ait beaucoup de chrétiens, le Christ est unique » (Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 127,3).

     C’est à cette mission que se consacrent les frères et sœurs ici présents, venus de diverses régions du monde, qui vont bientôt recevoir le baptême. Après le long chemin du catéchuménat, ils renaissent aujourd’hui dans le Christ pour être des créatures nouvelles (cf. 2 Co 5, 17), témoins de l’Évangile. Pour eux, et pour nous tous, répétons ce que saint Augustin disait aux chrétiens de son temps : « Annonce le Christ, sème […], répands partout ce que tu as conçu dans ton cœur » (Sermo 116, 23-24).

 

 

5 avril 2026 – Message Urbi et Orbi du Pape Léon XIV en la Solennité de Pâques. Depuis la Loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre

      La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! » (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.

 

 

 

8 avril 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

      Lumen Gentium décrit la sainteté de l'Église catholique comme l'une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu'elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu'elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8)

 

 

 

 

 

13 avril 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux journalistes, lors du vol de Rome vers Alger

     Je vais dire un mot tout de suite. Ce voyage, qui est très spécial pour plusieurs raisons, devait être le premier voyage de mon pontificat. Déjà l’année dernière, au mois de mai, j’avais dit : pour mon premier voyage, j’aimerais me rendre en Afrique. D’autres ont tout de suite suggéré l’Algérie pour saint Augustin, comme vous le savez, et en effet, je suis très heureux de visiter à nouveau la terre de saint Augustin. Saint Augustin offre en outre un pont très important dans le dialogue interreligieux. Il est très aimé dans son pays, comme nous le verrons. L’occasion de visiter les lieux de la vie de saint Augustin, où il était évêque dans la ville d’Hippone – Annaba aujourd’hui –, est donc véritablement une bénédiction pour moi personnellement, mais je crois aussi pour l’Église et pour le monde, car nous devons toujours chercher des ponts pour construire la paix et la réconciliation. Ce voyage représente donc vraiment une occasion précieuse de poursuivre, d’une seule voix et avec le même message, ce que nous voulons faire : promouvoir la paix, la réconciliation, le respect et la considération pour tous les peuples. Soyez donc tous les bienvenus, je suis heureux de vous saluer ! Bon voyage et merci pour le service que vous rendez à tous. Merci !

 

 

13 avril 2026 – Visite du Pape Léon XIV au Mémorial des martyrs Maqam Echahid. Algérie

     Chers frères et sœurs d’Algérie,
     que la paix soit avec vous tous ! Assalamu lakom !

     Je rends grâce à Dieu qui m’offre la possibilité de visiter votre pays en tant que successeur de l’apôtre Pierre, après l’avoir déjà fait à deux reprises en tant que fils spirituel de saint Augustin. Mais c’est avant tout un frère qui se présente devant vous, heureux de pouvoir renouveler, à l’occasion de cette rencontre, les liens d’affection qui rapprochent nos cœurs.

     En vous regardant, je vois le visage d’un peuple fort et jeune, dont j’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’expérimenter l’hospitalité et la fraternité. Dans le cœur algérien, l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots, mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune.

     L’Algérie est un grand pays doté d’une longue histoire riche en traditions, depuis l’époque de saint Augustin et bien avant. Une histoire douloureuse, marquée aussi par des périodes de violence que vous avez toutefois su surmonter, avec courage et honnêteté, grâce précisément à la noblesse d’esprit qui vous caractérise et que je sens vivante encore aujourd’hui, ici.

     Me trouver devant ce Monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation.

En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon. La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération.

     L’avenir appartient aux hommes et aux femmes de paix. En fin de compte, la justice triomphera toujours de l’injustice, tout comme la violence, n’aura jamais le dernier mot contrairement aux apparences.

     Sur cette terre, carrefour de cultures et de religions, le respect mutuel est la voie qui permet aux peuples de cheminer ensemble. Puisse l’Algérie, forte de ses racines et de l’espérance de ses jeunes, continuer à contribuer à la stabilité et au dialogue au sein de la communauté des nations et sur les rives de la Méditerranée.

     Chaque peuple garde un patrimoine unique d’histoire, de culture et de foi. L’Algérie possède elle aussi cette richesse qui a soutenu son cheminement dans les moments difficiles et continue d’orienter son avenir. Dans ce patrimoine, la foi en Dieu occupe une place centrale : elle illumine la vie des personnes, soutient les familles et inspire le sens de la fraternité. Un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique, et le peuple algérien garde ce joyau dans son trésor. Notre monde a besoin de croyants comme ceux-là, d’hommes et de femmes de foi, assoiffés de justice et d’unité. C’est pourquoi, face à une humanité désireuse de fraternité et de réconciliation, c’est un grand don et un engagement béni que de nous affirmer avec force et d’être toujours, ensemble, des frères entre nous et des enfants de Dieu !

     À ceux qui recherchent des richesses éphémères, trompeuses et décevantes, qui finissent malheureusement souvent par corrompre le cœur humain et créer l’envie, la rivalité et les conflits, Jésus répète encore la question qu’il a posée il y a deux mille ans : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26). C’est une question fondamentale pour chacun à laquelle les défunts que nous honorons ici ont donné leur réponse : ils ont perdu la vie, mais dans un autre sens, en la donnant par amour pour leur peuple. Que leur histoire soutienne le peuple algérien et nous tous dans notre cheminement : car la vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour.

     Permettez-moi donc de conclure en reprenant les paroles que Jésus a adressées à ses disciples, celles que nous appelons le Sermon sur la montagne ou les Béatitudes :

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3-10)

     Merci de votre accueil ! Que Dieu vous bénisse !

 

 

 

 

 

 

 

13 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec la communauté algérienne -  Basilique Notre-Dame d'Afrique (Alger)
     Vous êtes les héritiers d’une tradition encore plus ancienne qui remonte aux premiers siècles du christianisme. La voix ardente d’Augustin d’Hippone a résonné sur cette terre, précédée par le témoignage de sa mère, sainte Monique, et d’autres saints. Leur mémoire est un appel lumineux à être, aujourd’hui, des signes crédibles de communion, de dialogue et de paix.

     …La paix et l’harmonie sont des caractéristiques fondamentales de la communauté chrétienne depuis ses origines (cf. Ac 2, 42-47), selon le désir même de Jésus (cf. Jn 17, 23) qui a dit : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). À ce sujet, saint Augustin affirme que l’Église « engendre des peuples, mais ils sont les membres d’un seul » (Sermo 192, 2)

 

 

14 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en la Basilique Saint Augustin d’Annaba, en Algérie

     La parole divine traverse l’histoire et la renouvelle par la voix humaine du Sauveur. Nous entendons aujourd’hui l’Évangile, bonne nouvelle pour tous les temps, dans cette Basilique d’Annaba dédiée à saint Augustin, évêque de l’antique Hippone. Les lieux qui nous accueillent ont changé de nom au fil des siècles, mais les saints restent nos patrons et sont les témoins fidèles d’un lien avec la terre, qui vient du ciel. C’est cette dynamique que le Seigneur met en lumière dans la nuit avec Nicodème : c’est cette force que le Christ insuffle à la faiblesse de sa foi et à la persévérance de sa recherche.

     Envoyé par l’Esprit de Dieu, dont « on ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8), Jésus est pour Nicodème un hôte particulier. Il l’appelle à une vie nouvelle en confiant à son interlocuteur - mais à nous aussi - une tâche surprenante : « Il vous faut naître d’en haut » (ibid., 7). C’est l’invitation adressée à chaque homme et à chaque femme qui cherche le salut ! La mission de toute l’Église, et par conséquent de la communauté chrétienne en Algérie, jaillit de l’appel de Jésus : renaître d’en haut, c’est-à-dire de Dieu. Dans cette perspective, la foi triomphe des épreuves terrestres et la grâce du Seigneur fait fleurir le désert. Mais la beauté de cette exhortation s’accompagne d’une épreuve, que l’Évangile nous appelle à traverser ensemble.

     Les paroles du Christ ont en effet toute la force d’un devoir : vous devez renaître d’en haut ! Cet impératif résonne à nos oreilles comme un commandement impossible. Nous comprenons cependant, en écoutant attentivement Celui qui le donne, qu’il ne s’agit ni d’une imposition sévère, ni d’une contrainte, et encore moins d’une condamnation à l’échec. Au contraire, le devoir exprimé par Jésus est un don de liberté puisqu’il nous révèle une possibilité inespérée : renaître d’en haut, grâce à Dieu. Il nous faut donc le faire, selon sa volonté aimante qui désire renouveler l’humanité en l’appelant à une communion de vie partant de la foi. Alors que le Christ nous demande de renouveler complètement notre existence, Il nous donne aussi la force de le faire. Saint Augustin en témoigne, lui qui prie ainsi : « Donne, ô Seigneur, ce que tu commandes, et commande ce que tu veux » (Confessions, X, 29, 40).

     Alors, lorsque nous nous demandons comment un avenir de justice et de paix, de concorde et de salut est possible, nous posons à Dieu la même question que Nicodème : notre histoire peut-elle vraiment changer ? Nous sommes tellement encombrés de problèmes, d’embûches et de tribulations ! Notre vie peut-elle vraiment recommencer complètement ? Oui ! Cette affirmation du Seigneur, pleine d’amour, remplit nos cœurs d’espérance. Peu importe à quel point nous sommes accablés par la douleur ou le péché : le Crucifié porte tous ces fardeaux avec nous et pour nous. Peu importe à quel point nous sommes découragés par nos faiblesses : c’est précisément là que se manifeste la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts pour donner la vie au monde (cf. Rm 8, 1). Chacun de nous peut faire l’expérience de la liberté de la vie nouvelle qui vient de la foi dans le Rédempteur. Une fois encore, saint Augustin nous en donne l’exemple : il faut voir d’abord sa conversion avant de le considérer pour sa sagesse. Dans cette renaissance, providentiellement accompagnée par les larmes de sa mère, sainte Monique, il est devenu lui-même en s’écriant : « Je ne serais pas, mon Dieu, je ne serais pas du tout, si tu n’étais pas en moi. Ou mieux, je ne serais pas, si je n’étais en toi » (Confessions, I, 2).

     Oui, assurément : les chrétiens naissent d’en haut, régénérés par Dieu en tant que frères et sœurs de Jésus ; et l’Église qui les nourrit par les sacrements est un sein maternel accueillant pour tous les peuples de la terre. Comme nous venons de l’entendre, les Actes des Apôtres en témoignent en décrivant le style qui caractérise l’humanité renouvelée par l’Esprit-Saint (cf. Ac 4, 32-37). Aujourd’hui encore, nous devons accueillir et mettre en œuvre cette règle apostolique, en la méditant comme un critère authentique de réforme ecclésiale : une réforme qui, pour être vraie, commence par le cœur et qui, pour devenir efficace, concerne chacun.

     En premier lieu, en effet, « la multitude de ceux qui avaient embrassé la foi n’avait qu’un seul cœur et une seule âme » (v.4, 32). Cette unité spirituelle est une concordia : un mot exprimant bien la communion des cœurs qui battent à l’unisson parce qu’ils sont unis à celui du Christ. L’Église naissante ne repose pas sur un contrat social mais sur une harmonie dans la foi, dans les sentiments, dans les idées, dans les choix de vie, harmonie qui a pour centre l’amour de Dieu fait homme pour sauver tous les peuples de la terre.

     En second lieu, nous admirons l’effet concret de cette unité spirituelle des croyants : « Tout était commun entre eux » (v. 32). Tout le monde a tout, en participant aux biens de chacun comme les membres d’un seul corps. Personne n’est privé de quoi que ce soit, puisque chacun partage ce qui lui appartient. En transformant la possession en don, ce dévouement fraternel n’est utopique que pour les cœurs qui rivalisent entre eux et pour les âmes avides en faveur d’elles-mêmes. Au contraire, la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité, c’est-à-dire à aimer chaque créature de l’amour que Dieu nous offre dans le Christ. C’est pourquoi, en particulier face à la misère et à l’oppression, les chrétiens ont pour règle fondamentale la charité : faisons à qui se trouve à côté de nous ce que nous voudrions que l’on nous fasse (cf. Mt 7, 12). Animée par cette loi, inscrite par Dieu dans les cœurs, l’Église est toujours naissante, parce que là où règne le désespoir, elle enflamme l’espérance ; là où règne la misère, elle introduit la dignité ; là où il y a conflit, elle apporte la réconciliation.

     En troisième lieu, le texte des Actes nous révèle le fondement de cette vie nouvelle qui concerne tous les peuples, quelles que soient leurs langues et leurs cultures : « Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et tous jouissaient d’une grande faveur » (v. 33). La charité qui les anime, avant d’être un engagement moral, est un signe de salut. Les Apôtres proclament que notre vie peut changer parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts. La première tâche des pasteurs, ministres de l’Évangile, est donc de rendre témoignage à Dieu d’un seul cœur et d’une seule âme devant le monde, sans que les préoccupations ne nous corrompent par la peur, ni que les modes ne nous affaiblissent par le compromis. Avec vous, frères dans l’épiscopat, et avec vous, prêtres, renouvelons sans cesse cette mission pour le bien de ceux qui nous sont confiés, afin que l’Église tout entière soit, dans son service, un message de vie nouvelle pour ceux que nous rencontrons.

     Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ. Témoignez de l’Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour : Vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez. Votre présence dans le pays fait penser à l’encens : un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs. Cet encens est un petit élément précieux qui n’est pas au centre de l’attention mais qui invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent. La louange, la bénédiction, la supplication s’élèvent de l’encensoir de notre cœur, en répandant la suave odeur (cf. Ep 5,1) de la miséricorde, de l’aumône et du pardon. Votre histoire est faite d’accueil généreux et de persévérance dans l’épreuve : c’est ici que les martyrs ont prié, c’est ici que saint Augustin a aimé son troupeau en cherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente. Soyez les héritiers de cette tradition en témoignant, dans la charité fraternelle, de la liberté de ceux qui naissent d’en haut comme une espérance de salut pour le monde.

 

 

 

15 avril 2026, Paroles du Pape Léon XIV aux journalistes, lors du vol entre Alger et Yaoundé (Cameroun)

     Nous avons eu, comme vous le savez, quelques visites très spéciales tant à la basilique Notre-Dame d’Afrique qu’hier à Annaba, à la basilique Saint-Augustin, sur la colline qui domine à la fois la ville moderne d’Annaba et les ruines de la ville romaine d’Hippone. Et cela, en soi, je dirais, est également significatif sur le plan symbolique, car saint Augustin, qui fut évêque, comme vous le savez, d’Hippone pendant plus de trente ans, est en réalité une figure qui, aujourd’hui, depuis un passé lointain, nous parle de tradition, nous parle de la vie de l’Église, de la manière dont l’Église s’est développée au cours des premiers siècles. Il reste encore aujourd’hui une figure de premier plan, car ses écrits, son enseignement, sa spiritualité, son invitation à rechercher Dieu et à rechercher la vérité sont des éléments dont nous avons grand besoin à notre époque ; un message qui est très actuel pour nous tous aujourd’hui, en tant que croyants en Jésus-Christ, mais aussi pour chaque personne.

     Et comme vous l’avez vu, le peuple algérien lui-même, dont la grande majorité n’est pas chrétienne, honore et respecte profondément la mémoire de saint Augustin, comme l’un des grands fils de sa terre. Ce fut donc une bénédiction particulière pour moi, personnellement, de retourner une fois de plus à Annaba hier, mais aussi d’offrir à l’Église et au monde la vision que saint Augustin nous propose en matière de recherche de Dieu et de lutte pour construire des communautés, pour rechercher l’unité entre tous les peuples et le respect de tous les peuples malgré les différences.
 

15 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les Autorités, le Corps Diplomatique, au Palais présidentiel de Yaoundé, au Cameroun

     Il y a 1600 ans, saint Augustin écrivait des mots d’une grande actualité : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger ». [1]

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[1] Saint Augustin, De civitate Dei, XIX, 14.

 

 

 

18 avril 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux journalistes dans le vol vers Luanda (Angola)

Léon XIV

Buongiorno. Bonjour. Bonjour à tous. Bon après-midi déjà. J'espère que vous avez passé un bon moment au Cameroun. Et, comme vous le savez bien sûr, nous sommes maintenant en route pour l'Angola.

     D'une part, cette visite au Cameroun revêtait une grande importance car ce pays incarne à bien des égards le cœur de l'Afrique, sous de multiples aspects, à la fois anglophone et francophone, et comptant environ 250 langues locales et ethnies.

     En même temps, il possède une grande richesse, de formidables opportunités, mais est également confronté à cette difficulté que l’on retrouve si souvent à travers l’Afrique : une répartition inégale des richesses. J'ai été personnellement très heureux : comme vous le savez, nous avons commencé ce voyage en Algérie sur le thème de saint Augustin, et hier, àl'Université Catholique, a eu lieu la bénédiction du magnifique monument qu'ils avaient préparé, avec la carte de l'Afrique et saint Augustin au centre. Ainsi, d'une certaine manière, cela exprime en partie l'esprit de ce voyage.

     Et je viens avant tout en Afrique en tant que pasteur, en tant que chef de l’Église Catholique, pour être aux côtés de tous les catholiques d’Afrique, pour célébrer avec eux, les encourager et les accompagner. Mais cette visite comporte bien sûr d’autres dimensions. J’ai eu une très bonne rencontre avec un groupe d’imams au Cameroun afin de promouvoir – de continuer à promouvoir, comme nous l’avons déjà fait ailleurs et comme le Pape François l’a fait au cours de son pontificat – le dialogue, la promotion de la fraternité, par la compréhension, l’acceptation et l’édification de la paix avec les personnes de toutes confessions.

 

 

21 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux Autorités, au Corps Diplomatique, à  Malabo, en Guinée Equatoriale

     Vous savez que saint Augustin interprétait les événements de l’histoire selon le modèle de deux cités : celle de Dieu, éternelle et caractérisée par son amour inconditionnel (amor Dei), lié à l’amour du prochain, en particulier des pauvres ; et celle terrestre, lieu de séjour provisoire où l’homme et la femme vivent jusqu’à leur mort. […] Dans cette perspective, les deux cités existent ensemble jusqu’à la fin des temps (cf. De civitate Dei, 19, 14) et chaque être humain, par ses décisions, manifeste jour après jour à laquelle de ces deux cités il veut appartenir.

     Je sais que vous avez entrepris l’imposant projet de construire une ville, qui est depuis quelques mois la nouvelle capitale de votre pays. Vous avez voulu lui donner un nom dans lequel semble résonner celui de la Jérusalem biblique, Ciudad de la Paz. Puisse une telle décision interroger chaque conscience sur la ville qu’elle souhaite servir ! Comme j’ai eu l’occasion de le rappeler au Corps Diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, pour le grand saint Augustin, la cité terrestre est centrée sur l’amour orgueilleux de soi (amor sui), sur la soif de pouvoir et de gloire mondaines qui mènent à la destruction.

      Au contraire, Augustin estime que les chrétiens sont appelés par Dieu à vivre dans la cité terrestre, le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. C’est la cité vers laquelle Abraham « se mit en chemin sans savoir où il allait. C’est par la foi qu’il séjourna dans la terre promise, comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers comme lui de la même promesse. Car il attendait la cité aux solides fondements, dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (Hébreux 11,8-10). Tout être humain peut apprécier cette conscience très ancienne de vivre sur terre comme de passage. Il est fondamental qu’il perçoive la différence entre ce qui dure et ce qui passe, en se préservant de la richesse injuste et de l’illusion de la domination. En particulier, « le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil. La Cité de Dieu ne propose pas de programme politique, mais offre de précieuses réflexions sur des questions fondamentales de la vie sociale et politique » (Discours au Corps diplomatique, 9 janvier 2026).

     Aujourd’hui, la Doctrine sociale de l’Église est une aide pour tous ceux qui souhaitent affronter les « choses nouvelles » qui déstabilisent la planète et la vie en société, en recherchant avant tout le Royaume de Dieu et sa justice. C’est là un élément fondamental de la mission de l’Église : contribuer à la formation des consciences, par l’annonce de l’Évangile, en proposant des critères moraux et des principes éthiques authentiques, dans le respect de la liberté de chaque individu et de l’autonomie des peuples et de leurs gouvernements. L’objectif de la Doctrine sociale est d’éduquer à affronter les problèmes, qui sont toujours différents, car chaque génération est nouvelle, avec de nouveaux défis, de nouveaux rêves, de nouvelles questions.

     En particulier, nous sommes confrontés à des questions qui ébranlent les fondements de l’expérience humaine. Comme j’ai eu l’occasion de le souligner, en comparant notre époque à celle où le Pape Léon XIII a promulgué la Rerum novarum, aujourd’hui « l’exclusion est le nouveau visage de l’injustice sociale. Le fossé entre une « petite minorité » – 1 % de la population – et la grande majorité s’est considérablement creusé. […] Lorsque nous parlons d’exclusion, nous sommes également confrontés à un paradoxe. Le manque de terre, de nourriture, de logement et de travail décent coexiste avec l’accès aux nouvelles technologies qui se répandent partout grâce aux marchés mondialisés. Les téléphones portables, les réseaux sociaux et même l’intelligence artificielle sont à la portée de millions de personnes, y compris les plus pauvres » (Discours aux mouvements populaires, 23 octobre 2025). Par conséquent, il est du devoir impératif des Autorités civiles et de la bonne politique de lever les obstacles au développement humain intégral, dont la destination universelle des biens et la solidarité sont des principes fondamentaux.

     On ne peut nier, par exemple, que l’évolution technologique fulgurante à laquelle nous assistons a accéléré une spéculation liée au besoin en matières premières, qui semble faire oublier des exigences fondamentales telles que la sauvegarde de la création, les droits des communautés locales, la dignité du travail et la protection de la santé publique. À cet égard, je fais mien l’appel du Pape François, qui quittait ce monde il y a tout juste un an : « aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue » (François, Exhort. ap. Evangelii gaudium, 53). Il est en effet encore plus évident aujourd’hui, qu’il y a quelques années, que la prolifération des conflits armés a parmi ses principales motivations la colonisation des gisements pétroliers et miniers, au mépris du droit international et de l’autodétermination des peuples.

     Les nouvelles technologies elles-mêmes semblent conçues et utilisées principalement à des fins belliqueuses et dans des contextes qui ne laissent entrevoir aucune amélioration des perspectives pour tous. Au contraire, sans un changement de cap dans l’exercice de la responsabilité politique et sans respect des institutions et des accords internationaux, le destin de l’humanité risque d’être tragiquement compromis. Dieu ne veut pas cela. Son Saint Nom ne peut être profané par la volonté de domination, l’arrogance et la discrimination : surtout, il ne doit jamais être invoqué pour justifier des choix et des actions de mort. Que votre pays n’hésite pas à réexaminer ses trajectoires de développement et les opportunités positives de se positionner sur la scène internationale au service du droit et de la justice.

     Votre pays est jeune ! Je suis donc certain que vous trouverez dans l’Église une aide pour former des consciences libres et responsables, avec lesquelles avancer ensemble vers l’avenir. Dans un monde meurtri par l’arrogance, les peuples ont faim et soif de justice. Il faut valoriser ceux qui croient en la paix et oser des politiques à contre-courant, centrées sur le bien commun. Il est urgent d’avoir le courage de visions nouvelles et d’un pacte éducatif qui donne aux jeunes de l’espace et de la confiance. La cité de Dieu, cité de paix, doit en effet être accueillie comme un don qui vient d’en haut et vers lequel tourner notre désir et toutes nos ressources. C’est une promesse et une tâche. Ses habitants « forgeront leurs épées en socs de charrue ; et leurs lances en faucilles » (Is 2,4) et, une fois toutes les larmes essuyées, ils participeront au banquet qui ne sera plus réservé à une élite, car des mets succulents, des vins excellents, des mets délicats (cf. Is 25,6) seront partagés entre tous.

 

 

 

25 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la Rencontre nationale des enseignants de religion catholique, promue par la Conférence épiscopale italienne

     Saint Augustin écrivait : « L’homme, une parcelle de ta création, veut te louer [, ô Dieu]. C’est toi qui le pousses à se réjouir de tes louanges, parce que tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi […]. Que je te cherche, Seigneur, en t’invoquant, et que je t’invoque en croyant en toi » (Confessions, 1,1). Il parlait d’une recherche intérieure à laquelle sont depuis toujours liées, chez l’être humain, les grandes questions de l’existence, la relation avec Dieu, avec la création et avec les autres. Ainsi, la soif d’infini, inscrite en chaque personne, peut devenir une énergie pour promouvoir la paix, pour renouveler la société et pour en combler les contradictions.
 

29 avril 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     La Providence a voulu que la première étape soit précisément le pays où se trouvent les lieux de saint Augustin, c’est-à-dire l’Algérie. Je me suis ainsi retrouvé, d’une part, à repartir des racines de mon identité spirituelle et, d’autre part, à passer et à consolider des ponts très importants pour le monde et l’Église d’aujourd’hui : le pont avec l’époque très féconde des Pères de l’Église ; le pont avec le monde islamique ; le pont avec le continent africain.

 

 

7 mai 2026 - Aux membres des rédactions de la Libreria Editrice Vaticana (LEV)

     Pour nous chrétiens, le livre est une occasion d’annoncer le Christ. Nous savons bien combien la lecture d’une biographie de saint ou d’une réflexion spirituelle bien présentée peut toucher le cœur. La Vierge Marie est souvent représentée, dans l’Annonciation, occupée à lire les Saintes Écritures. Saint Antoine de Padoue tient le Livre des Évangiles ouvert, sur lequel se tient debout l’Enfant Jésus. Saint Augustin, nous le voyons souvent assis à un pupitre devant un grand livre et, parfois, tenant un cœur dans sa main : vérité et charité. À l’école de Marie et des saints, nourrissons-nous de la Parole de Dieu, afin qu’elle façonne notre mentalité et notre manière d’agir.
    

 

8 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de Messe et supplication à Notre-Dame du Rosaire de Pompéi 

    Marie devient ainsi Mère de la miséricorde. Disciple de la Parole et instrument de son incarnation, elle se révèle vraiment la « pleine de grâce ». Tout en elle est grâce ! En offrant au Verbe sa propre chair, elle devient aussi, comme l’enseigne le Concile Vatican II à la suite de saint Augustin, « mère des membres du Christ […] parce qu’elle a coopéré par la charité à la naissance des fidèles dans l’Église, qui sont les membres de ce Chef » (Constitution dogmatique Lumen gentium, 53 ; cf. saint Augustin, De sancta virginitate, 6). Dans le « Me voici » de Marie naît non seulement Jésus, mais aussi l’Église, et Marie devient à la fois Mère de Dieu — Theotokos — et Mère de l’Église.
     Grand mystère ! Tout se réalise dans la puissance de l’Esprit Saint, qui couvre Marie de son ombre et rend fécond son sein virginal.

 

 

9 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV au Conseil d'administration de la Fondation Jean-Paul II pour le Sahel

     Cette salutation très ancienne, encore utilisée aujourd’hui dans de nombreuses cultures, a trouvé toute sa vigueur le soir de Pâques sur les lèvres de Jésus ressuscité. « La paix a le souffle de l’éternel ». Saint Augustin corrobore cette assertion en exhortant les chrétiens à nouer une amitié indissoluble avec la paix, afin que, en la gardant au plus profond de leur esprit, ils puissent en rayonner la chaleur lumineuse tout autour d’eux (cf. Message Journée Mondiale de la Paix 2026).

 

 

9 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de la Fondation Edith-Haberland-Wagner, et Augustiner Brewery

     Je suis heureux de vous saluer tous à l’occasion de votre pèlerinage à Rome. Je tiens tout particulièrement à vous exprimer ma gratitude pour votre décision d’honorer ainsi l’anniversaire de mon élection au Siège de l’apôtre Pierre, ainsi que pour votre soutien dans la prière à mon ministère.

     Vous m’avez aimablement offert – ou vous m’offrirez – quelques-uns des produits de la brasserie de Munich, que j’ai eu le plaisir de visiter. Ce geste attentionné de proximité, dont je vous suis reconnaissant, me donne l’occasion de proposer deux points de réflexion. Le premier concerne votre lien avec l’Ordre des Augustins, qui a naturellement eu une influence très significative sur ma propre vie. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, saint Augustin « nous rappelle que nous avons tous reçu de Dieu des dons et des talents, et que notre raison d’être, notre épanouissement et notre joie viennent du fait de les offrir en retour dans le service aimant de Dieu et au service de notre prochain » (Message vidéo à la Province augustinienne de saint Thomas de Villanova, 29 août 2025). J’espère donc que votre pèlerinage vous fortifiera non seulement dans la foi, mais vous inspirera à continuer de servir vos frères et sœurs, en particulier les plus démunis.

     Le deuxième point est tiré de la lettre encyclique Laudato Si’ – sur la sauvegarde de notre maison commune – écrite, comme vous le savez, par le pape François, dont nous avons récemment commémoré le premier anniversaire de la mort. Dans cet important document, il a parlé avec éloquence de la grandeur donnée par Dieu à l’ensemble de la création, qui comprend aussi bien les animaux que la nourriture et la boisson qui nous nourrissent. Il a souligné que chaque élément et chaque créature est un reflet de l’amour infini de Dieu, et que « tout est, pour ainsi dire, une caresse de Dieu ». (n° 84) Cette vision nous appelle à assumer la grande responsabilité non seulement de prendre soin de la création, mais aussi de veiller à ce que ses ressources soient toujours utilisées avec sagesse et dans un souci de justice, condition préalable à la paix. Alors que vous rentrez chez vous, je vous encourage donc à continuer de jouer votre rôle dans la promotion d’une approche juste et efficace de la sauvegarde de la création, tant sur le plan professionnel que personnel, pour le bien commun.

     Avec ces brèves mais sincères pensées, je vous confie, vous et vos familles, à l’intercession de Marie, Mère de l’Église, et je vous donne volontiers ma bénédiction.
 

 

14 mai 2026 - Message vidéo du Pape Léon XIV pour « Thy Kingdom come 2026 »

      S’il est vrai que parfois nous trébuchons et que nous oublions Dieu ainsi que notre besoin de lui, au plus profond de notre être nous savons que lui seul peut combler nos désirs les plus profonds et notre inquiétude intérieure. Peut-être la plus belle expression de cela se trouve-t-elle dans les écrits de saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (Confessions, I, i, 1). En Jésus, Dieu s’est véritablement fait proche. Il s’est révélé à nous dans la chair, et par son Esprit Saint il est avec nous maintenant.

     : « La rencontre dont nous voulons témoigner — par les paroles de la foi et les œuvres de la charité — nous le faisons en “chantant” par notre vie l’“Alléluia” que nous proclamons de nos lèvres (cf. saint Augustin, Sermon 256, 1). De même que les femmes se hâtèrent d’aller l’annoncer aux disciples, nous aussi nous devrions désirer nous mettre en route… pour apporter à tous la bonne nouvelle que Jésus est ressuscité et que, ressuscités avec lui, par sa puissance, nous pouvons nous aussi donner vie à un monde nouveau de paix et d’unité, comme “une multitude de personnes et pourtant […] une seule personne, car bien qu’il y ait de nombreux chrétiens, le Christ est un” » (saint Augustin, Commentaires sur les Psaumes, 127, 3).
 

14 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l'université Sapienza de Rome

     Vous savez que je suis spirituellement lié à saint Augustin, qui fut un jeune homme inquiet : il commit aussi de graves erreurs, mais rien ne fut perdu de sa passion pour la beauté et la sagesse

 

 

17 mai 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli

     — comme le dit le texte biblique (cf. Ac 1, 1-11) — s’élevant de la terre et montant vers le Ciel peut nous faire percevoir ce Mystère comme un événement lointain. En réalité, il n’en est rien. En effet, nous sommes unis à Jésus, comme les membres à la tête, en un seul corps, et son ascension au Ciel nous attire aussi, avec Lui, vers la pleine communion avec le Père. Saint Augustin disait à ce sujet : « Le fait que la tête s’en aille constitue l’espérance des membres » (Sermon 265, 1.2).

 

 

20 mai 2026 - Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.

 

 

 

 

28 mai 2026 – Discours du Pape L éon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour l'Évangélisation - Section pour les questions fondamentales de l'évangélisation dans le monde

     Le monde a plus que jamais soif d’espérance. Il désire vivre dans la paix et dans la certitude que l’engagement pour bâtir une ville digne des fils de Dieu n’est pas uniquement possible, mais réel, car empreint d’une espérance qui offre de véritables objectifs, non illusoires.

 

 

30 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV Aux membres de la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice

     Je suis heureux de vous accueillir ce matin, président et membres de la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice, ainsi que ceux d’entre vous qui ont participé à l’assemblée générale et à la Conférence internationale 2026. Votre présence ici est due à votre engagement constant à étudier et mettre en œuvre la Doctrine sociale de l’Église dans la société actuelle. Ce n’est pas un secret qu’il s’agit d’un thème qui me tient particulièrement à cœur, sans compter qu’il s’agit d’une part essentielle de la mission de l’Église dans ce monde.  

     Votre rencontre annuelle a coïncidé avec la récente publication de Magnificas humanitas, et je pense que cette Encyclique peut fournir des orientations en vue de développer et d’évaluer les nombreux thèmes que vous avez explorés au cours de la Conférence et de la préparation qui l’a précédée.

     À cet égard, le thème choisi pour cette année — « Un monde fragmenté à la recherche de spiritualité : Liberté et pluralisme dans la Doctrine sociale de l’Église » — offre de nombreux éléments de réflexion. Tout d’abord, la reconnaissance de la situation difficile dans laquelle l’humanité se trouve actuellement alors que nous traversons une époque caractérisée par des guerres et une polarisation croissante, ainsi que par des divisions culturelles et sociales. Toutefois, au milieu des fragilités, une nouvelle espérance apparaît. Même si les divisions semblent s’intensifier, un dénominateur commun apparaît qui nous unit tous incontestablement : notre humanité commune. En effet, c’est précisément lorsqu’elle est confrontée à des circonstances défavorables que la personne humaine est appelée à reconsidérer les questions fondamentales qui ont poussé peu à peu le cœur d’innombrables générations à une réflexion plus sérieuse : « Où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous oriente r? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples?» (Magnifica humanitas, n. 6).

     Ces questions sont une manifestation claire de la quête de vérité de l’humanité, et font naître le désir de quelque chose de plus, une soif de Dieu et une signification durable. Elles témoignent également des aspects essentiels de notre humanité : les dons de raison et de liberté donnés par Dieu à travers lesquels nous pouvons parvenir à la vérité et suivre ce qui est bon. Bien que la liberté soit souvent entendue comme la capacité à faire ce que l’on veut, il est impératif de retrouver une signification authentique de la liberté qui nous permette de découvrir sa dimension de relation, car c’est précisément là que nous pouvons parler de l’accomplissement d’une personne, tant comme individu que comme société. Saint Jean-Paul II nous a rappelé que cet accomplissement se trouve lorsque la liberté est vécue comme «le don d'elle-même et l'accueil de l'autre» (Evangelium vitae, n. 19), c’est-à-dire lorsque la liberté est utilisée pour aimer. Au contraire, «lorsque sa dimension individualiste est absolutisée, elle est vidée de son sens premier, sa vocation et sa dignité mêmes sont démenties» (ibid.).

     Ce que nous découvrons ici sont les deux « cités » décrites par saint Augustin, qui continuent de caractériser non seulement le cœur humain, mais aussi les civilisations que nous créons. La Cité de l’Homme, édifiée sur l’orgueil et l’amour de soi, est caractérisée par l’individualisme égoïste. La Cité de Dieu, édifiée sur l’amour de Dieu jusqu’à l’altruisme et l’entretien des relations humaines, est ce qui rend véritablement possible l’édification d’une civilisation de l’amour. À cet égard, nous pouvons découvrir que ce qui se cache derrière la crise des démocraties contemporaines et l’affaiblissement du multilatéralisme est, en fait, une crise anthropologique qui découle du fait d’avoir en grande partie oublié le Créateur. Loin de nous désespérer, toutefois, nous sommes appelés à apporter notre contribution, en nous souvenant que «la civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation » (Magnifica humanitas, n. 213).

     Un autre aspect de la promotion et de l’engagement en vue d’une authentique civilisation de l’amour est le dialogue. Un dialogue fondé sur la vérité qui reconnaît et apprécie l’humanité commune de chaque personne. En effet, garder à l’esprit la dignité innée de chaque individu permet de surmonter l’égoïsme et les intérêts particuliers en faveur du bien commun. Cette même dignité fournit également le contexte dans lequel nous pouvons parler d’un pluralisme sain qui reconnaît la richesse des contributions qui viennent de personnes d’origines différentes et qui conduisent à la coexistence pacifique.

     Avec ces brèves réflexions, je vous remercie pour votre présence ici aujourd’hui et pour vos efforts en vue de promouvoir davantage la Doctrine sociale de l’Eglise. En vous assurant de mes prières constantes, je vous donne cordialement ma bénédiction, que j’étends volontiers à vos familles et à tous vos proches. Merci.

 

 

 

30 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV Aux membres du Renouveau charismatique catholique

      Tout d’abord, le baptême dans l’Esprit. Votre parcours de foi partagée puise dans l’expérience personnelle de l’Esprit Saint, qui a permis à la grâce du Baptême de devenir efficace en chacun de vous, vous guidant à une connaissance claire de l’amour de Dieu. C’est la première expérience puissante de la grâce que saint Augustin lui-même vécut après sa conversion, qu’il décrivit par ces mots émouvants : « ô Christ Jésus, mon soutien et mon rédempteur. Qu’elle devint suave soudain pour moi la privation des suaves bagatelles ! Les voir partir de moi avait été ma crainte, maintenant les faire partir était une joie. Tu les jetais dehors en effet, loin de moi, toi, véritable et souveraine suavité tu les jetais dehors et tu entrais prenant leur place, plus doux que tonte volupté » (Confessions, IX, 1, 1).

     Le Saint Esprit vous a également permis de goûter la volupté du Christ. Pour vous aussi, la vie a changé depuis ce moment. Dieu a cessé d’être une simple idée et est devenue l’expression réelle et ultime de la paternité. Son Esprit a apporté la réconciliation intérieure, la paix et la liberté des attachements mondains et l’oppression du péché. Il a également rendu possible une nouvelle perspective caractérisée par l’ouverture et l’espérance envers les autres et l’avenir, dans la certitude que rien ne peut jamais nous séparer de l’amour du Christ (cf. Rm 8, 38–39). De cette expérience de l’Esprit Saint arrive le désir d’être des témoins et des annonciateurs de son amour, apportant sa consolation aux personnes oppressées par un sentiment de vide et de solitude.

     Prière de louange. C’était précisément de cette expérience captivante de l’Esprit Saint qu’une nouvelle vie de prière commença, prenant la forme d’une nouvelle capacité pour le dialogue spontané et sincère avec Dieu, et une nouvelle ouverture à la louange, à l’adoration et à l’action de grâce envers lui. L’adoration et la louange, qui sont si caractéristiques de vos rassemblements, sont des aspects essentiels de la prière chrétienne, et vous les avez aidées à être redécouvertes et à les ramener au premier plan ces dernières années.

     La parole de Dieu. L’effusion renouvelée de l’Esprit vous a également conduit à la rencontre vivante avec les Écritures Saintes. L’Esprit Saint a inspiré la parole révélée de Dieu et est également Celui qui la conserve vivante et active au sein de l’Église, la faisant résonner dans le cœur des croyants, en particulier dans la Liturgie. L’Écriture est donc devenue pour vous une merveilleuse source de nourriture spirituelle qui éclaire et réconforte. Elle est également une course de discernement pour guider vos choix quotidiens, et donne de la substance à la prière en communauté, vous permettant de vous adresser au Seigneur avec des mots inspirés par Dieu lui-même.

     Communion.  L’Esprit Saint est la source de la communion. Dans de nombreux documents, le Pape Léon XIII encouragea les catholiques à prier une neuvaine à l’Esprit Saint chaque année entre l’Ascension et la Pentecôte, spécialement pour l’intention de l’unité chrétienne. Vous appréciez clairement le sens de cette invitation, car vous avez vu que l’unité au sein de l’Église est le fruit de l’Esprit, car, comme saint Augustin l’affirme, l’Esprit Saint est une « union ineffable du Père et du Fils » (De Trinitate, V, 11, 12).  C’est l’Esprit qui créé de l’harmonie parmi les différents charismes et les composantes du Renouveau charismatique, ainsi qu’avec nos frères et sœurs d’autres confessions chrétiennes.

      Et enfin, la charité. Saint Augustin écrit que l’Esprit Saint «qui procède de Dieu, est donné à l’homme, allume en lui l’amour de Dieu et du prochain et il est lui-même cet amour. Car ce n’est que par Dieu que l’homme peut aimer Dieu » (De Trinitate, XV, 17, 31).  C’est ce dont vous avez fait l’expérience aussi. Cette présence renouvelée de l’Esprit a réveillé en vous une nouvelle capacité à aimer, inspirée par la charité divine elle-même. Cet amour est dirigé vers Dieu et vers vos frères et sœurs, et inspire la proximité et la compassion, spécialement pour ceux qui souffrent. De nombreuses œuvres de charité pour ceux dans le besoin, aussi bien en esprit et dans le corps, ont vu le jour grâce au Renouveau charismatique catholique. Je vous invite donc à maintenir vivant cet amour pour les pauvres, qui révèle le véritable visage de Dieu.

 

 

 

 

 

6 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée avec 600 000 jeunes. plaza de Lima (Madrid) 1ère et deuxième question

      (1) Nous savons que saint Augustin est très important pour vous, mais quels autres saints et quelles autres figures de référence vous ont aidé dans votre croissance personnelle en tant que chrétien ?

(2) J’aimerais maintenant vous interroger sur vos années comme missionnaire au Pérou. Quel souvenir ou quelle expérience de ces années gardez-vous comme un trésor ?
 

     Eh bien, tout d’abord : bonjour à vous tous ! Merci d’être ici et merci de partager votre foi avec tout Madrid et toute l’Espagne. Pour répondre à la première question concernant certains saints qui ont été pour moi des modèles durant mon enfance et ma jeunesse, mais aussi en tant qu’évêque et en tant que Pape… On a déjà mentionné saint Augustin — et nous savons tous que saint Augustin est une figure très importante pour toute l’Église —, mais j’ai également pensé à l’un des Pères de l’Église orientale qui s’appelait saint Jean Chrysostome, son nom signifie “bouche d’or”, un titre que ce Père de l’Église a mérité parce qu’il avait une très belle éloquence. Avant son baptême, qui eut lieu en 368 après J.-C., il étudiait la philosophie. Il se consacra ensuite à l’exégèse des Saintes Écritures, en compagnie d’autres jeunes d’Antioche, sa ville natale. Après une expérience d’ermite, il se mit au service de l’Église comme prêtre et ensuite comme évêque. Et j’en profite pour vous dire à tous : n’ayez jamais peur d’envisager un appel à la vie sacerdotale, à la vie religieuse ou à d’autres services au sein de l’Église ! Car Jean Chrysostome, qui portait dans son cœur cet amour pour la Parole de Dieu, après être devenu prêtre puis évêque, a donné un témoignage extraordinaire, surtout par la cohérence de sa vie. S’il prêchait, c’était parce qu’il vivait ce message. Personnellement, j’ai été particulièrement impressionné par ses catéchèses, ses sermons, ses homélies et ses écrits, qui allient l’amour de la vérité et la droiture de sa vie. Mais il faisait aussi preuve d’un grand courage. Il n’avait pas peur de parler devant l’Empereur, de dire des choses en faveur de la justice et non pas seulement pour plaire à autrui. C’était un homme de parole.

     Un autre saint auquel j’ai pensé est saint Thomas de Villanueva, un augustin, qui fut appelé à devenir, aussi, pasteur de l’Église. Il était espagnol. Il étudia à l’université d’Alcalá et, par sa sagesse il gagna l’estime de l’empereur Charles Quint. Il fut ensuite nommé évêque de Valence et il entreprit un intense travail de réforme de l’Église, surtout du clergé, exhortant ses frères à la persévérance dans la prière, la vie de chasteté et l’obéissance. En raison de sa charité ardente, il est encore connu aujourd’hui comme “l’évêque des pauvres”. C’est cette charité qui m’a soutenu dans les moments d’épreuve et dans les moments de service.

Un autre compagnon de route est saint Toribio de Mogrovejo, lui aussi espagnol. Au XVIe siècle, il fut missionnaire au Pérou, où il se consacra avec un grand zèle à l’évangélisation, en étudiant les langues locales. Saint Toribio sut allier une vie intense de prière à un engagement en faveur de la justice, en particulier face aux abus et à la corruption de son époque. C’est pourquoi il est pour moi un modèle de dévouement envers le peuple, en particulier les plus pauvres, au nom du Christ.

     En contemplant la vie de ces saints, comme saint Augustin, je me suis dit : s’ils en ont été capables, pourquoi pas moi ? (cf. Confessions, VIII, 27). C’est une question que je vous confie volontiers, en vous invitant à choisir de bons exemples de vie qui soient attrayants tant pour vous que pour les autres.

     Quant aux années passées au Pérou, en tant que missionnaire et ensuite comme évêque, je me souviens surtout du témoignage de foi des gens, marqués par de nombreuses difficultés, mais pleins d’espoir. C’est précisément la rencontre avec les souffrances comme avec les joies du peuple qui m’a fait grandir sur le chemin à la suite de Jésus. Tout en l’annonçant, j’étais moi aussi transformé par l’Évangile, transformé par la vie et la foi de ces peuples, souvent matériellement très pauvres, mais riches en foi. Et en faisant l’expérience de cette foi dans la parole du Seigneur, j’ai vu comment la Parole de Dieu peut transformer le conflit en paix. Elle peut être une source de réconciliation, de paix et de justice.

 

7 juin 2026 - Message vidéo du Saint-Père à l'occasion du VIe Congrès apostolique mondial de la Miséricorde sur le thème « Construire la cité de la miséricorde » [Vilnius (Lituanie), 7-12 juin 2026]

     Saint Augustin d'Hippone écrit dans ses Confessions que son unique espérance repose dans l’immense miséricorde de Dieu (10, 40). En effet, c’est une source de grande joie et une véritable espérance que de faire l’expérience de la miséricorde de Dieu envers chacun de nous et de voir combien il est bon de renouveler notre confiance en sa miséricorde.
 

9 juin 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la Prière du milieu du jour en la cathédrale de la Sainte-Croix et Sainte-Eulalie (Barcelone)

         Saint Augustin, parlant des martyrs, disait : « Croirions-nous que c’est peu pour nous d’être avec ces héros, auxquels nous ne pouvons nous comparer, les membres d’un même corps […] nous obéissons au même Seigneur […], nous pratiquons la même charité et nous gardons la même unité » (Sermon 280, 6).

 

 

 

 

10 juin 2026 – Paroles du Pape Léon XIV lors de sa Visite au Centre pénitentiaire «Brians 1»

     Saint Augustin, dans ses Confessions, nous fait part de son parcours de vie. Si nous faisons confiance à la grâce divine et nous laissons guider et transformer par elle, nous découvrons comment, dans notre vie, le passé ne condamne pas l’avenir mais nous offre la possibilité de changer nos décisions et nos choix.

 

 

10 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les organismes diocésains de charité et d'assistance, église de Sant Agustín (Barcelone)

     J'ai déjà répondu que je n'ai jamais voulu être pape, ni dans ma jeunesse ni à un âge plus avancé, mais quand le Seigneur appelle, il faut dire oui. Avant de répondre à vos questions, je tiens simplement à vous remercier pour votre accueil et à vous dire que je me sens vraiment chez moi ici. Et merci pour tout ce que vous représentez.

     Vous pensez sans doute — c’est évident — que c’est parce que c’est Saint Augustin, mais je vous raconte que la première fois que je suis venu dans cette église — cet archevêque n’était pas à mes côtés —, c’était en 1984, je voyageais en voiture de Rome à León, je suis arrivé et j’ai dit : « Regardez, à Barcelone il y a une église Saint-Augustin, allons la visiter. » Elle était fermée, aujourd’hui elle est ouverte. Et comme c’est beau de trouver une église avec une communauté d’Augustins et tellement de personnes qui y vivent, qui louent Dieu, qui y trouvent une communauté, un accueil, une intégration dans cette église et dans cette pastorale sociale. Merci beaucoup à tous, sincèrement.

      Quant à la question sur le football, tout le monde sait que je joue au tennis. J'ai joué au football quand j'étais jeune, mais au football américain, un peu plus violent. Mais je jouais aussi au football avec les séminaristes quand j'étais à Trujillo, en défense, si vous voulez savoir. Je n'étais pas un grand buteur, mais quand j'étais en première année à Rome, j'ai vécu ma première Coupe du monde, en 1982, qui s'est déroulée ici, en Espagne.

     Ensuite, au Pérou, avec les séminaristes, je l'ai beaucoup suivi mais je jouais aussi avec eux ; un peu de sport fait du bien à tout le monde, il faut trouver le moyen, disons, de rester en forme et en bonne santé : corps, esprit et âme. Cela a donc fait partie de ma vie. Et puis, le football nous aide aussi à nous rappeler quelque chose de très important : que la vie n’est pas une course à mener en solitaire, elle se joue en équipe et il faut apprendre à courir ensemble. Ainsi, dans ce sens, celui qui est peut-être une star mais qui ne passe jamais le ballon, ne laisse pas les autres entrer dans le jeu et il perdra probablement. Et donc, en pensant aussi à nous, et à la manière de s’intégrer dans une équipe, je tiens également à saluer et à féliciter tout ce que vous faites ici. Deuxième question, j’ai déjà répondu, mais je vais suivre un peu le texte pour ne pas nous perdre et finir à 8 h 30.

     Tu me demandes si, quand j’étais petit, je voulais devenir Pape. Eh bien, Renzo, je ne crois pas. Je crois que je n’y ai jamais pensé. Mais je peux te dire une chose : dès mon plus jeune âge, j’ai ressenti le désir de consacrer ma vie à Dieu. Je ne savais pas encore tout à fait comment ni où le Seigneur me mènerait. Avec le temps, j’ai découvert que Jésus m’appelait à le suivre en tant que prêtre, et que ce chemin passait par l’Ordre de saint Augustin. Mais cela ne vaut pas seulement pour moi. Chaque enfant est un rêve de Dieu. Toi aussi Reanzo, tu l’es.  

     Dieu souhaite le bonheur de tous et veut que, dès notre plus jeune âge et tout au long de notre vie, nous conservions un cœur comme celui des enfants (cf. Mt 18, 3) : capable de faire confiance, plein de bonté. Il veut que nous soyons ses amis et que nous ne nous éloignions pas de Lui. C’est pourquoi, plutôt que de se demander si l’on deviendra prêtre, médecin, enseignant, père de famille ou toute autre chose, il est plus important de se demander si l’on veut être l’ami de Jésus. Car l’amitié avec Jésus nous donne de la joie, nous rend libres et nous aide à discerner, pas à pas, la vocation et le chemin que Dieu a prévus pour chacun.

     Il n’est pas facile, Renzo, de trouver la réponse à ta question sur le fait que certaines personnes subissent des épreuves et d’autres non. Penser à la vie de Jésus peut sans doute nous aider. La Parole de Dieu nous dit que notre Seigneur, « là où il passait, faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable » (Ac 10, 38) et pourtant, nous savons qu’Il a été crucifié. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car Il est ressuscité le troisième jour et a vaincu le mal, il a vaincu la mort. Par la vie de Jésus-Christ, Dieu nous montre que, même s’il y a la souffrance, Il n’abandonne jamais aucun de ses enfants, car Il nous réserve une joie éternelle où il n’y aura plus ni tristesse ni douleur. Ayons confiance, Jésus est avec nous, Il nous aide et nous accompagne, et Il nous donne la force de traverser les moments difficiles que nous pouvons rencontrer dans la vie.

     À propos de grands-parents, oui, les grands-parents jouent un rôle très important dans la vie des familles. Ils ne devraient jamais se retrouver seuls. Souvent, ce sont eux qui s’occupent de leurs petits-enfants pendant que les parents vont travailler et, avec amour et dévouement, ils aident les enfants à découvrir l’amour de Dieu et du prochain, afin que celui-ci s’enracine dans leur cœur et qu’ils deviennent un jour des hommes et des femmes de bien.  Et comment devons-nous répondre à cet amour ? Eh bien, par l’amour. C’est ce que Jésus veut que nous fassions. Prendre soin de nos grands-parents et les accompagner dans leur vieillesse, tout comme eux, en leur temps, ont pris soin de nous. Ne laissons pas la solitude et l’abandon devenir la norme dans la vie des personnes âgées. C’est une chose très triste. Ayons le cœur ouvert à chacun d’eux ; et même s’ils ne sont pas nos grands-parents, ne les laissons pas se sentir seuls ou sans protection. Car si nous ne voulons pas de la solitude pour nous-mêmes, nous ne devons pas non plus la permettre pour les autres.

     Quant à savoir si nous devons toujours pardonner, Jésus nous répond par l’affirmative. Un jour, Pierre lui demanda : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? ». Et Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Jésus voulait ainsi dire : pardonne toujours. Mais il faut bien comprendre ce que signifie pardonner. Pardonner ne signifie pas dire que le mal était bien, ni laisser quelqu’un continuer à faire du mal. Cela ne signifie pas oublier par force, comme si rien ne s’était passé. Pardonner, c’est ne pas laisser la haine s’emparer de notre cœur. Jésus nous demande de pardonner car c’est la seule manière de faire l’expérience de la paix de Dieu et de guérir les blessures spirituelles. Lorsque nous pardonnons, nous imitons l’exemple de Jésus qui a pardonné à ceux qui le crucifiaient. Notre disposition à pardonner est la condition du pardon que nous recevons de Dieu.

Chers frères et sœurs,

     le fait d’être ici, dans l’église de Sant Agustín, ouvre notre cœur à une vérité que le saint évêque d’Hippone nous enseigne : être chrétien, c’est avant tout un don, une grâce. Ancrés dans le Christ qui est la pierre vivante, nous faisons l’expérience de l’action du Saint-Esprit, avec la conviction que tout effort sincère pour coopérer avec Lui en faveur de notre prochain sera béni par le Père céleste, en qui nous plaçons notre espérance. En tant que membres du Corps mystique du Christ, nous sommes véritablement liés au destin de ceux que Dieu aime et invite à participer à sa vie.

     Appelés à aimer Dieu, et par amour pour Lui, à aimer nos frères, nous sommes également envoyés à aller à la rencontre de tous. Le chrétien, en plus d’être bienveillant et aimable, doit être compatissant, aimer sans arrière-pensée et rechercher le bien des autres, sachant que, dans chaque frère et sœur qui souffre, c’est le Seigneur lui-même qui demande et reçoit, qui est accueilli ou rejeté, aimé ou méprisé.

     La charité évangélique, fondée en Jésus-Christ et nourrie par son amour, donne forme et identité à la vie personnelle et communautaire de tout chrétien. C’est pourquoi chaque communauté ecclésiale diocésaine, animée par la charité et guidée par l’Esprit Saint, est appelée à se pencher, selon ses possibilités et capacités, avec discrétion, délicatesse et persévérance, sur les blessures et les besoins des plus petits et des plus vulnérables afin d’alléger leurs souffrances et de remédier à leur pauvreté. Elle le fait en imitant la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ qui, par amour pour nous, bien qu’il fût riche, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa grâce et de son salut, et qui nous appelle aussi à le reconnaître et à lui venir en aide dans les plus démunis (cf. Mt 25, 40).

     C’est pourquoi je suis heureux de vous rencontrer cet après-midi, vous tous qui, de différentes manières, vous engagez concrètement dans l’assistance, l’accompagnement et la promotion de ceux qui en ont le plus besoin, surtout en ces temps que nous traversons où le sens de la dignité sacrée de l’être humain semble s’être perdu.

     Je tiens à souligner qu’en tant que chrétiens, nous sommes appelés à rendre présent l’amour de Dieu pour chaque homme et chaque femme, dans le tissu concret de l’histoire. Le livre de la Genèse nous raconte que Dieu « créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). C’est là que réside la dignité inaliénable de tout être humain qui ne dépend ni des capacités qu’il possède ni des richesses qu’il accumule ou du rôle qu’il joue, mais du don qui le précède et le dépasse, fait par Dieu comme expression de son amour qui ne faillit jamais (cf. Magnifica humanitas, n. 50).

     Le Seigneur nous invite donc à accueillir chaque femme comme une sœur et chaque homme comme un frère. En tant qu’enfants du même Père, chaque personne est par constitution faite pour la relation ; elle a été conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création (cf. ibid.). Les œuvres diocésaines de charité et d’assistance dont vous faites partie et que vous menez à bien avec effort et dévouement constituent une expression singulière de cette aspiration divine, dans la conscience que la personne humaine est au centre de l’action de l’Église (cf. Gaudium et spes, n. 24) et que la charité est « le plus grand commandement social » (CCE, n. 1889).

     Je vous encourage, unis à vos pasteurs, à continuer à animer ces apostolats, en rendant témoignage à l’Évangile et en montrant au monde la beauté de la vie chrétienne qui anticipe ici et maintenant la justice et la paix qui seront pleines dans le Royaume de Dieu. Soyez donc des témoins crédibles de l’espérance chrétienne au service attentionné de vos frères et sœurs. Dans une situation de vie précaire, marquée par la privation, la fragilité ou la marginalisation, en plus d’une aide matérielle et d’un soutien moral, ils ont besoin de Dieu, de son amitié, de sa bénédiction, de sa Parole, de ses sacrements et de la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi (cf. Evangelii gaudium, n. 200).

     Je dépose votre travail et votre dévouement aux pieds de Notre-Dame du Bon Conseil, afin que son intercession vous accompagne et que le Seigneur fasse fructifier abondamment tout le bien que vous accomplissez. Que Dieu vous bénisse. Merci beaucoup.

 

 

11 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et religieuses, les séminaristes et les agents pastoraux, Cathédrale Sainte-Anne (Palmas de Gran Canaria), Espagne

     Saint Augustin nous dit : «Ainsi en est-il de celui qui voit de loin sa patrie, mais qui en est séparé par la mer ; il a beau voir le but où il doit diriger ses pas, les moyens lui manquent pour s'y transporter. Pareillement nous voulons parvenir à cette patrie permanente […] Entre elle et nous s'étend la mer du siècle présent […] Afin de nous procurer le moyen d'y parvenir, celui-là est venu vers qui nous voulions aller. Et qu'a-t-il fait ? Il a préparé un navire sur lequel nous pourrons traverser la mer. Personne, en effet, ne peut traverser la mer de ce siècle, à moins que la croix de Jésus-Christ ne le porte» (Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, 2, 2). Telle est la première attitude qui nous guide pour naviguer sur les eaux de la vie et atteindre notre destination, la patrie céleste : embrasser la croix du Christ.

 

11 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au  Stade de Gran Canaria, Espagne

     Saint Augustin disait : « Là où est la charité, là est la paix ; et là où est l’humilité, là est la charité » (In Epistolam Joannis ad Parthos, prologue).

 

12 juin 2026 - Message du Pape Léon XIV aux prêtres, à l’occasion de la Journée pour la sanctification sacerdotale Solennité du Sacré-Cœur de Jésus.

    Ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous (cf. Gal 2, 20). Une telle sainteté ne se vit pas tout seul. Prenez soin de la fraternité sacerdotale : recherchez-vous, écoutez-vous, soutenez-vous. Le prêtre qui s’isole s’éteint peu à peu ; le prêtre qui marche avec ses frères grandit. Saint Augustin nous le rappelle encore : « Comment ne pas nous retrouver dans les ténèbres ? En aimant nos frères. Quelle est la preuve que nous aimons nos frères ? Celle-ci : que nous ne rompions pas l’unité et que nous observions la charité » (In Epist. Io. ad Parthos II, 3).

 

 

 

13 juin 2026 - Message du Pape Léon XIV pour la 10e Journée Mondiale des Pauvres [15 novembre 2026]

    N’oublions pas le commentaire de saint Augustin sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare : « Il nous a caché le nom du riche et nous a révélé celui du pauvre. Le nom du riche passait de bouche en bouche, mais Dieu l’a tu ; le nom du pauvre passait sous silence, mais Dieu nous l’a révélé. […] Que choisirais-tu ? Être pauvre comme Lazare ou riche comme l’autre ? Ne te laisse pas tromper ! Écoute quelle fut leur fin et remarque le mauvais choix » (Sermon 33A, 4).

 

15 juin 2026 - Message du Pape Léon XIV à l'occasion de la VIe Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, 2026: Je ne t'oublierai jamais (Is 49, 15)

     Pour beaucoup, la découverte de la tendresse de Dieu se fait au cours de l’existence, parfois même dans la dernière phase de la vie. En effet, contrairement au passé, il est de plus en plus fréquent de vieillir sans avoir eu une véritable expérience de la foi. Dans ce cas, l’âge avancé, à partir des questions que l’on se pose avec plus d’urgence à cette période de la vie, peut devenir le moment opportun pour commencer ou reprendre une vie spirituelle. Sur ce nouveau chemin, on peut reconnaître que Dieu, comme le dit saint Augustin, « est mère parce qu’il réchauffe, parce qu’il nourrit, parce qu’il allaite, parce qu’il protège » (Commentaire sur le Psaume 26, II, 18).

 

20 juin 2026 – Paroles improvisées du Pape Léon XIV avant la Célébration de la Parole et vénération des reliques de saint Augustin, à Pavie - Italie

     Merci, merci ! Bonjour à tous !
     Si je reste trente secondes de plus, je reconnaîtrai beaucoup d’entre vous.
     Saint Augustin nous enseigne à vivre ce que Jésus-Christ nous a appris : aimer Dieu et aimer nos frères et sœurs. Lorsqu’on lui demanda lequel des deux commandements était le plus important, il répondit : « D’après ce que tu as écrit, aimer Dieu ; mais nous ne savons pas si nous aimons Dieu si nous n’aimons pas nos frères. »
     L’amour fraternel est donc très important ! La charité envers tous est aujourd’hui encore un message de saint Augustin et de Jésus-Christ, un message très important pour le monde. Puissions-nous être véritablement un signe d’amour et de charité dans le monde ! Puissions-nous vivre le pardon, la réconciliation et la paix !

 

 

20 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Célébration de la Parole et vénération des reliques de saint Augustin, à Pavie - Italie

     Il faut annoncer le cœur de l’Évangile : Jésus, qui, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, nous révèle à la fois le mystère de Dieu et le mystère de l’homme.

     Dans ce contexte, la figure de saint Augustin brille d’une lumière particulière.
     Sa pensée, l’histoire de sa conversion et sa spiritualité nous rappellent l’importance et la primauté de l’intériorité :
     « Ne sors pas de toi-même ; rentre en toi-même : la vérité habite l’homme intérieur. »

 

 


20 juin 2026 – Salutations du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec la Polulation de Pavie, Italie

     comme nous l’a dit saint Augustin : « Si nous voulons changer les temps, si nous voulons que le monde vive en paix, nous devons commencer par nous-mêmes. »
    

20 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec la Polulation de Pavie, Italie

     Tout ce que nous apprenons sur le monde nous aide à mieux nous connaître nous-mêmes et nous pousse à nous interroger à nouveau sur notre existence, avide de vérité et de justice.

     Cette soif habitait profondément l’âme de saint Augustin, exemple d’une saine inquiétude qui anime celui qui cherche, étudie et enseigne.
     Sa figure, qui incarne le dialogue exigeant et constant entre foi et raison, témoigne de leur appartenance mutuelle.

 

 

24 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Lorsque saint Augustin veut expliquer aux nouveaux baptisés le mystère du Corps du Christ, il reprend le passage de saint Paul que nous venons d’entendre : « Vous êtes le corps du Christ et, chacun selon sa part, ses membres » (1 Co 12, 27). Et il ajoute : « C’est votre mystère que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : “Le corps du Christ”, et vous répondez : “Amen”. Soyez donc des membres du corps du Christ, afin que votre “Amen” soit vrai. […] Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes » (Sermon 272, PL 38, 1247).

    Immédiatement après avoir évoqué la Cène de Jésus, la Constitution sur la Liturgie parle de l’Eucharistie en ces termes d’inspiration augustinienne. Pour les chrétiens, prendre part à la table du Seigneur signifie en effet « être formés par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, rendre grâce à Dieu » (SC, 48). C’est en le recevant dans sa Parole et dans l’Eucharistie que nous devenons ce que nous recevons. Nous devenons le Corps dont le Chef est le Christ ressuscité, assis à la droite du Père (cf. Col 1, 18), qui nous prépare une place dans les cieux (cf. Jn 14, 3) : l’Eucharistie est ainsi le sacrement du Royaume à venir. C’est le Pain de la route, qui nous conduit vers la Patrie céleste, jusqu’au jour béni où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).

 

 

28 juin 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus

   Saint Augustin dit : « La séparation d’avec ce que l’on aime est douloureuse. Mais même le laboureur perd temporairement ce qu’il sème » (Discours 330, 2).

 

 

29 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV, lors de la Solennité de Saints Pierre et Paul, apôtres, Messe et imposition du Pallium aux nouveaux Archevêques Métropolitains

     Saint Augustin, commentant sa conversion et sa mission, disait : « Alors qu’il se rendait [à Damas] le cœur bouillonnant de menaces et de massacres, il fut appelé par son nom et terrassé par la voix céleste (cf. Ac 9, 1-7), c’est-à-dire par le Verbe qui l’appelait » (Sermo 299/A augm., 6). Et il ajoutait : « Dieu a pris le persécuteur de l’Église et en a fait un messager de paix. Il lui a pardonné tous ses péchés et l’a placé dans un ministère où il pourrait pardonner les péchés d’autrui » (ibid.).

 

 

 

26 juillet 2026 - Message vidéo du Saint-Père à l'occasion du Festival Halleluya 2026 [Fortaleza (Brésil), 22-26 juillet 2026]

     Chers jeunes, laissez l'Esprit Saint raviver en vous un amour toujours plus grand, capable de transformer votre jeunesse en une force d'évangélisation, faisant de chacun de vous une pierre vivante pour la construction de la « cité de la paix » à laquelle nous aspirons tous ou, selon l'expression de saint Augustin, de la Cité de Dieu présente au cœur de la cité des hommes.

 

5 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXV: PL 37, 1081).

 

 

15 août 2026 - Assomption de la bienheureuse Vierge Marie

      Saint Augustin, parlant de la résurrection du Christ, invitait les chrétiens de son temps à en faire la boussole et le point de référence de leur existence. Il disait : « Le Christ est ressuscité pour ne plus mourir […]. Change donc tes pensées, suis ta lumière ; lève-toi, parce qu’elle s’est levée » (Enarratio in Psalmos 126, 7).

 

 

19 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

      La musique, en particulier, exprime la dimension affective de la prière, comme le dit saint Augustin : « Cantare amantis est », c'est-à-dire « le chant est l’expression de l’amour » (Sermon 336, 1). Ceci est très important, car cela aide à ouvrir le cœur à l'action de Dieu dans la grâce et à se laisser transformer par elle.

 

 

26 août 2026 – Paroles du Pape Léon XIV  aux jeunes, malades et nouveaux époux, au terme de l’Audience Générale

     Sainte Monique et Saint Augustin , sont unis sur terre par les liens familials et au ciel par le même destin de gloire. Que leur exemple suscite en chacun de vous une vraie et passionnante recherche de la Vérité évangélique, pour en témoigner avec joie dans votre vie de chaque jour.

 

 

 

28 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la délégation de la Société de Saint-Vincent-de-Paul des États-Unis d'Amérique

     Comme je l’ai rappelé dans Dilexi te, saint Augustin a enseigné le caractère christocentrique de la sollicitude envers les pauvres et a soutenu que Dieu ne se laissera pas surpasser en générosité envers ceux qui les servent. Nous croyons donc que prendre soin des autres, lorsque cela est motivé par l’amour, aide non seulement ceux qui sont dans le besoin, mais ouvre également le cœur de celui qui donne à la grâce de Dieu (cf. n° 46).

 

     Je vous confie tous à l’intercession de Marie, Mère de l’Église. Et peut-être, aujourd’hui, d’une manière particulière, aussi à saint Augustin, en ce jour de sa fête. Merci.
 

 

29 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en l’église Santa Santissima del lago (Castel Gandolfo)
     Saint Augustin disait que «la joie du moissonneur […] fait connaître le motif qui l’excitait à semer » (Sermon 330, 2), et nous désirons faire nôtres ses sentiments : avec l’aide de Dieu, nous voulons répandre partout dans le monde les semences de son infinie charité, sans nous lasser, sans mesure, afin qu’aujourd’hui et toujours, quelqu’un puisse se réjouir d’en récolter les fruits.

 

 

30 août 2026 – Paroles du Pape Léon XIV au terme de la prière Mariale de l’Angelus

     Continuons à prier pour la paix. Saint Augustin, dont nous avons célébré la mémoire ces derniers jours, disait que « la paix […] ressemble à cet aliment qui se multipliait entre les mains des disciples à mesure qu’ils le rompaient et le distribuaient » (Sermo 357, 2). Puissent se multiplier dans le monde ceux qui, avec courage, rompent et distribuent le pain de la paix, en surmontant les divisions, en promouvant la justice, en pratiquant le pardon, pour le bien de tous.

 

 

5 septembre 2026 - Adoratrices perpétuelles du Saint-Sacrement - Fédération du Saint-Esprit

     Votre présence est un témoignage lumineux de la gratuité de Dieu, qui sème dans le cœur humain l’aspiration à chercher et à contempler son visage. C’est la réponse à un désir profond, magnifiquement exprimé par le psalmiste : « Mon cœur sait que tu as dit : “Cherchez ma face !” C’est ta face, Seigneur, que je cherche. Ne me cache pas ta face. » (Ps 27, 8-9).

     Cette recherche constante du visage de Dieu, qui caractérise tout particulièrement la vie monastique, revêt, dans la vocation que vous avez reçue, une nuance particulière : elle se traduit par une vie entièrement consacrée à l’adoration continue et silencieuse d’un Dieu qui s’est fait pain, et qui invite à s’unir à Lui dans le sacrifice de l’autel, pour former un seul corps. « Comme l’explique saint Augustin aux nouveaux chrétiens de son Église, le pain et le vin sur l’autel sont le sacrement de l’unité des fidèles en Christ » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n° 234). C’est pourquoi il faut « une spiritualité eucharistique, c’est-à-dire une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour » (Ibidem).

     Chères sœurs, en manifestant au sein de l’Église le charisme spécifique que vous avez reçu de votre fondatrice, vous êtes appelées à être les tisserandes de la communion avec les fils de la prière et du travail, de l’adoration eucharistique et du partage fraternel au sein du monastère. Que ce temps de grâce, que vous vivez en pèlerines dans la Ville éternelle et dans les lieux où l’Ordre est né, vous renouvelle et vous fortifie afin que vous puissiez continuer à rayonner dans le monde la beauté du visage du Christ sacramentel.

 

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