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Sacerdoce
2025

11 mai 2025 – Homélie du Pape Léon XIV dans les Grottes Vaticanes, au lendemain de son élection de Successeur de Saint Pierre.
Je vais commencer par un mot en anglais, et peut-être un autre en italien.
L’Evangile que nous venons d’écouter en ce dimanche du Bon Pasteur dit: « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent » (Jn 10, 27).
Je pense au Bon Pasteur, particulièrement en ce dimanche si significatif dans le temps pascal. Alors que nous célébrons le début de cette nouvelle mission du ministère auquel l’Eglise m’a appelé, il n’y a pas de meilleur exemple que Jésus-Christ lui-même, à qui nous donnons notre vie, et dont nous dépendons. Jésus-Christ, que nous suivons, est le Bon Pasteur, et est Celui qui nous donne la vie : « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).
C’est pourquoi nous célébrons avec joie ce jour, et nous apprécions profondément votre présence ici.
….
Ce dimanche est dit spécial pour plusieurs raisons : l’une des premières que je voudrais mentionner est celle des vocations. Pendant les récents travaux des cardinaux, avant et après l’élection du nouveau Pape, nous avons beaucoup parlé des vocations dans l’Eglise, et de l’importance de nous interroger tous ensemble. Avant tout et surtout en donnant l’exemple par nos vies, avec joie, en vivant la joie de l’Evangile, sans décourager les autres, mais en cherchant au contraire des façons d’encourager les jeunes à écouter la voix du Seigneur, à la suivre, et à se mettre au service dans l’Eglise. « Je suis le Bon Pasteur » (Jn 10, 11), nous dit Jésus.
[en italien]
A présent, j’ajoute un mot aussi en italien, car cette mission que nous accomplissons ne concerne plus un seul diocèse, mais toute l’Eglise : cet esprit universel est très important. Et nous le retrouvons aussi dans la première lecture que nous avons entendue (cf. Ac 13, 14.43-52). Paul et Barnabé vont à Antioche, ils s’adressent d’abord aux Juifs, mais ceux-ci ne veulent pas écouter la voix du Seigneur, et ils commencent alors à annoncer l’Evangile au monde entier, aux païens. Ils partent, comme nous le savons, pour cette grande mission. Saint Paul vient à Rome, où à la fin il la réalise. Un autre exemple de témoignage de bon pasteur. Mais cet exemple contient aussi une invitation très spéciale à nous tous. Je le dis aussi d’une manière très personnelle : annoncer l’Evangile au monde entier.
Avec courage ! Sans avoir peur ! Tant de fois Jésus dit dans l’Evangile : « N’ayez pas peu r». Il faut être courageux dans le témoignage que nous rendons, par nos paroles, mais surtout par notre vie : en donnant la vie, en servant, parfois au prix de grands sacrifices, pour vivre précisément cette mission.
J’ai lu une petite réflexion qui m’a beaucoup fait réfléchir, car elle revient aussi dans l’Evangile. Quelqu’un a demandé : « Quand tu repenses à ta vie, comment expliques-tu le chemin que tu as parcouru ?». La réponse donnée dans cette réflexion, et qui est aussi un peu la mienne, c’est un verbe : « écouter ». Comme il est important d’écouter ! Jésus dit : « Mes brebis écoutent ma voix » (Jn 10, 27). Et je pense qu’il est important que nous apprenions tous toujours plus à écouter, pour entrer en dialogue. Avant tout avec le Seigneur : écouter toujours la Parole de Dieu. Puis écouter aussi les autres, savoir construire des ponts, savoir écouter pour ne pas juger, ne pas fermer les portes en pensant que nous possédons toute la vérité et que personne d’autre ne peut rien nous dire. Il est très important d’écouter la voix du Seigneur, de nous écouter, dans ce dialogue, et de discerner où le Seigneur nous appelle.
Marchons ensemble dans l’Eglise, demandons au Seigneur qu’il nous donne cette grâce : de pouvoir écouter sa Parole pour servir tout son peuple.
11 mai 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière du Regina Caeli
Je tiens pour un don de Dieu que le premier dimanche de mon service comme Évêque de Rome soit celui du Bon Pasteur, le quatrième du temps pascal. On proclame toujours en ce dimanche, lors de la messe, l’Évangile de Jean au chapitre dix, où Jésus se révèle comme le vrai Pasteur qui connaît et aime ses brebis et donne sa vie pour elles.
Ce dimanche, depuis soixante-deux ans, est célébré la Journée mondiale de prière pour les vocations. De plus, Rome accueille aujourd’hui le Jubilé des fanfares et des spectacles populaires. Je salue avec affection tous ces pèlerins et je les remercie car, par leur musique et leurs représentations, ils égayent la fête, la fête du Christ Bon Pasteur : oui, c’est Lui qui guide l’Église par son Saint-Esprit.
Jésus, dans l’Évangile, dit qu’il connaît ses brebis, et qu’elles écoutent sa voix et le suivent (cf. Jn 10, 27). Comme l’enseigne en effet le Pape saint Grégoire le Grand, les personnes « répondent à l’amour de celui qui les aime » (Homélie 14, 3-6).
Aujourd’hui, frères et sœurs, j’ai donc la joie de prier avec vous et avec tout le peuple de Dieu pour les vocations, en particulier sacerdotales et religieuses. L’Église en a tant besoin! Et il est important que les jeunes, hommes et femmes, trouvent dans nos communautés accueil, écoute, encouragement dans leur cheminement vocationnel, et qu’ils puissent compter sur des modèles crédibles de don généreux de soi à Dieu et aux frères.
Faisons nôtre l’invitation que le Pape François nous a laissée dans son Message pour cette Journée : l’invitation à accueillir et à accompagner les jeunes. Et demandons au Père céleste d’être les uns pour les autres, chacun selon son état, des pasteurs « selon son cœur » (cf. Jr 3, 15), capables de nous aider mutuellement à marcher dans l’amour et dans la vérité. Et je dis aux jeunes : n’ayez pas peur ! Acceptez l’invitation de l’Église et du Christ Seigneur !
Que la Vierge Marie, dont toute la vie a été une réponse à l’appel du Seigneur, nous accompagne toujours dans la suite de Jésus.
28 mai 2025 - Message du Pape Léon aux Evêques de France à l'occasion du centenaire de la Canonisation de trois saints : Saint Jean Eudes, Saint Jean-Marie Vianney et Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus
Je suis heureux de pouvoir m’adresser pour la première fois à vous, pasteurs de l’Église de France et, à travers vous, à tous vos fidèles alors qu’est célébré, en ce mois de mai 2025, le 100ème anniversaire de la canonisation de trois Saints que, par la grâce de Dieu, votre pays a donnés à l’Église universelle : Saint Jean Eudes (1601-1680), Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) et Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face (1873-1897). En les élevant à la gloire des autels, mon prédécesseur Pie XI souhaitait les présenter au Peuple de Dieu comme des maîtres à écouter, comme des modèles à imiter, et comme de puissants soutiens à prier et à invoquer. L’ampleur des défis qui se présentent, un siècle plus tard, à l’Église de France, et la pertinence toujours très actuelle de ses trois figures de sainteté pour y faire face, me poussent à vous inviter à donner un relief particulier à cet anniversaire.
Je ne retiendrai, dans ce bref Message, qu’un trait spirituel que Jean Eudes, Jean Marie Vianney et Thérèse ont en commun et présentent de manière très parlante et attrayante aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui : ils ont aimé sans réserve Jésus de manière simple, forte et authentique ; ils ont fait l’expérience de sa bonté et de sa tendresse dans une particulière proximité quotidienne, et ils en ont témoigné dans un admirable élan missionnaire.
Le regretté Pape François nous a laissé, un peu comme un testament, une belle Encyclique sur le Sacré-Cœur dans laquelle il affirme : « Un fleuve qui ne s’épuise pas, qui ne passe pas, qui s’offre toujours de nouveau à qui veut aimer, continue de jaillir de la blessure du côté du Christ. Seul son amour rendra possible une nouvelle humanité » (Dilexit nos, n. 219). Il ne saurait y avoir de plus beau et de plus simple programme d’évangélisation et de mission pour votre pays : faire découvrir à chacun l’amour de tendresse et de prédilection que Jésus a pour lui, au point d’en transformer la vie.
Et à ce titre, nos trois Saints sont assurément des maîtres dont je vous invite à faire sans cesse connaître et apprécier la vie et la doctrine au Peuple de Dieu. Saint Jean Eudes n’est-il pas le premier à avoir célébré le culte liturgique des Cœurs de Jésus et de Marie ; Saint Jean Marie Vianney n’est-il pas ce curé passionnément donné à son ministère qui affirmait : “Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus” ; et enfin, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face n’est-elle pas le grand Docteur en scientia amoris dont notre monde a besoin, ellequi “respira” à chaque instant de sa vie le Nom de Jésus, avec spontanéité et fraicheur, et qui enseigna aux plus petits une voie “toute facile” pour y accéder ?
Célébrer le centenaire de canonisation de ces trois Saints, c’est d’abord une invitation à rendre grâce au Seigneur pour les merveilles qu’il a accomplies en cette terre de France durant de longs siècles d’évangélisation et de vie chrétienne. Les Saints n’apparaissent pas spontanément mais, par la grâce, surgissent au sein de Communautés chrétiennes vivantes qui ont su leur transmettre la foi, allumer dans leur cœur l’amour de Jésus et le désir de le suivre. Cet héritage chrétien vous appartient encore, il imprègne encore profondément votre culture et demeure vivant en bien des cœurs.
C’est pourquoi je forme le vœu que ces célébrations ne se contentent pas d’évoquer avec nostalgie un passé qui pourrait sembler révolu, mais qu’elles réveillent l’espérance et suscitent un nouvel élan missionnaire. Dieu peut, moyennant le secours des saints qu’Il vous a donnés et que vous célébrez, renouveler les merveilles qu’Il a accomplies dans le passé. Sainte Thérèse ne sera-t-elle pas la Patronne des missions dans les contrées mêmes qui l’ont vu naître ? Saint Jean-Marie Vianney et Saint Jean Eudes ne sauront-ils pas parler à la conscience de nombreux jeunes de la beauté, de la grandeur et de la fécondité du sacerdoce, en susciter le désir enthousiaste, et donner le courage de répondre généreusement à l’appel, alors que le manque de vocations se fait cruellement sentir dans vos diocèses et que les prêtres sont de plus en plus lourdement éprouvés ? Je profite de l’occasion pour remercier du fond du cœur tous les prêtres de France pour leur engagement courageux et persévérant et je souhaite leur exprimer ma paternelle affection.
Chers frères Évêques, j’invoque l’intercession de Saint Jean Eudes, de Saint Jean-Marie Vianney et de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, pour votre pays et pour le Peuple de Dieu qui y pérégrine courageusement, sous les vents contraires et parfois hostiles de l’indifférentisme, du matérialisme et de l’individualisme. Qu’ils redonnent courage à ce Peuple, dans la certitude que le Christ est vraiment ressuscité, Lui, le Sauveur du monde.
Implorant sur la France la protection maternelle de sa puissante Patronne, Notre-Dame de l’Assomption, j’accorde à chacun de vous, et à toutes les personnes confiées à vos soins pastoraux, la Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 28 mai 2025
LÉON XIV
31 mai 2025 – Homélie du pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 11 nouveaux prêtres, en la Basilique Saint-Pierre
Aujourd’hui est un jour de grande joie pour l’Eglise et pour chacun de vous, ordinands au sacerdoce, ainsi que pour vos familles, vos amis et vos compagnons de route pendant vos années de formation. Comme le souligne le rite de l’ordination à plusieurs reprises, le lien entre ce que nous célébrons aujourd’hui et le Peuple de Dieu est fondamental. La profondeur, l’ampleur et même la durée de la joie divine que nous partageons aujourd’hui est directement proportionnelle aux liens qui existent et qui grandiront entre vous, ordinands, et le peuple dont vous êtes issus, auquel vous appartenez et vers lequel vous êtes envoyés. Je m’arrêterai sur cet aspect, en gardant toujours à l’esprit que l’identité du prêtre découle de son union avec le Christ, souverain et éternel prêtre.
Nous sommes le peuple de Dieu. Le Concile Vatican II a ravivé cette conscience, anticipant presque une époque où les appartenances s’affaibliraient et où le sens de Dieu se ferait plus rare. Vous êtes le témoignage que Dieu ne se lasse pas de rassembler ses enfants, si différents soient-ils, et de les constituer en une unité vivante. Il ne s’agit pas d’une action impétueuse, mais de cette «brise légère» qui redonna espoir au prophète Elie lors de son découragement (cf. 1 R 19, 12). La joie de Dieu n’est pas bruyante, mais elle transforme réellement l’histoire et nous rapproche les uns des autres. Le mystère de la Visitation en est l’icône, que l’Eglise contemple en ce dernier jour du mois de mai. De la rencontre entre la Vierge Marie et sa cousine Elisabeth jaillit le Magnificat, chant d’un peuple visité par la grâce.
Les lectures que nous venons d’entendre nous aident à interpréter ce qui se passe aussi parmi nous. Jésus, avant tout, dans l’Evangile, n’apparaît pas écrasé par la mort imminente, ni par la désillusion des liens humains brisés ou inachevés. L’Esprit Saint, au contraire, intensifie ces liens menacés. Dans la prière, ils deviennent plus forts que la mort. Au lieu de penser à son propre destin, Jésus remet entre les mains du Père les relations qu’il a bâties ici-bas. Et nous en faisons partie! L’Evangile, en effet, est arrivé jusqu’à nous à travers des liens que le monde peut user, mais non détruire.
Chers ordinands, concevez-vous donc à la manière de Jésus! Etre de Dieu — serviteurs de Dieu, Peuple de Dieu — nous lie à la terre: non à un monde idéalisé, mais au monde réel. Comme Jésus, ce sont des personnes en chair et en os que le Père mettra sur votre chemin. Consacrez-vous à elles, sans vous en séparer, sans vous isoler, sans transformer le don reçu en une sorte de privilège. Le Pape François nous a souvent mis en garde contre cela, car l’autoréférentialité étouffe le feu de l’esprit missionnaire.
L’Eglise est fondamentalement tournée vers l’extérieur, comme le sont la vie, la passion, la mort et la résurrection de Jésus. Vous ferez vôtres ses paroles à chaque Eucharistie: ceci est «pour vous et pour la multitude». Personne n’a jamais vu Dieu. Et pourtant, il s’est tourné vers nous, il est sorti de lui-même. Le Fils en est devenu l’exégèse, le récit incarné. Et il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ne cherchez, ne cherchons pas un autre pouvoir!
Que le geste de l’imposition des mains, par lequel Jésus bénissait les enfants et guérissait les malades, renouvelle en vous la puissance libératrice de son ministère messianique. Dans les Actes des Apôtres, ce geste, que nous allons bientôt reproduire, est transmission de l’Esprit créateur. Ainsi, le Royaume de Dieu met en communion vos libertés personnelles, prêtes à sortir d’elles-mêmes, en greffant vos intelligences et vos jeunes forces dans la mission jubilaire que Jésus a confiée à son Eglise.
Dans son discours d’adieu aux anciens d’Ephèse, dont nous avons entendu un extrait dans la première Lecture, Paul leur livre le secret de toute mission: «L’Esprit Saint vous a établis gardiens» (Ac 20, 28). Non comme maîtres, mais comme gardiens. La mission est celle de Jésus. Il est ressuscité, donc vivant, et il nous précède. Aucun de nous n’est appelé à le remplacer. Le jour de l’Ascension nous éduque à sa présence invisible. Il nous fait confiance, il nous fait de la place; il a même dit: «C’est votre intérêt que je parte» (Jn 16, 7). Nous aussi, les évêques, chers ordinands, en vous intégrant aujourd’hui à la mission, nous vous faisons de la place. Et vous, faites de la place aux fidèles et à toute créature dont le Ressuscité est proche et en qui il aime nous visiter et nous surprendre. Le Peuple de Dieu est plus vaste que ce que nous voyons. Ne lui imposons pas de limites.
De ce discours poignant de saint Paul, je voudrais souligner un second mot. Il le prononce d’ailleurs en premier: «Vous savez vous-mêmes de quelle façon je n’ai cessé de me comporter avec vous» (Ac 20, 18). Gravons cette expression dans nos cœurs et nos esprits! «Vous savez vous-mêmes de quelle façon je n’ai cessé de me comporter avec vous»: la transparence de la vie. Des vies connues, des vies lisibles, des vies crédibles! Vivons au cœur du Peuple de Dieu pour pouvoir, un jour, nous tenir devant lui avec un témoignage crédible.
Ensemble, alors, nous reconstruirons la crédibilité d’une Eglise blessée, envoyée à une humanité blessée, au sein d’une création blessée. Nous ne sommes pas encore parfaits, mais il nous faut être crédibles.
Le Christ ressuscité nous montre ses plaies; bien qu’elles soient le signe du rejet de l’humanité, il nous pardonne et nous envoie. Ne l’oublions pas! Il souffle encore aujourd’hui sur nous (cf. Jn 20, 22) et fait de nous des ministres de l’espérance. «Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair» (2 Co 5, 16): ce qui, à nos yeux, semble brisé et perdu apparaît désormais sous le signe de la réconciliation.
«Car l’amour du Christ nous possède», chers frères et sœurs! C’est une possession qui libère et qui nous permet de ne posséder personne. Libérer, ne pas posséder. Nous appartenons à Dieu: il n’est pas de plus grande richesse à estimer et à partager. C’est la seule richesse qui, partagée, se multiplie. Et nous voulons la porter ensemble dans ce monde que Dieu a tant aimé qu’il a donné son Fils unique (cf. Jn 3, 16).
Ainsi, la vie offerte par ces frères qui vont être ordonnés prêtres prend tout son sens. Nous les remercions et nous rendons grâce à Dieu qui les a appelés au service d’un peuple entièrement sacerdotal. Ensemble, en effet, nous unissons le ciel et la terre. En Marie, Mère de l’Eglise, resplendit ce sacerdoce commun qui élève les humbles, relie les générations et nous fait appeler bienheureux (cf. Lc 1, 48.52). Que la Vierge de la Confiance et Mère de l’Espérance intercède pour nous.
4 juin 2025 – Enseignement du Pape Léon lors de l’Audience Générale, en partant de la parabole des ouvriers de la vigne : Mt 20,4
Parfois, nous avons l'impression de ne pas parvenir à trouver de sens à notre vie : nous nous sentons inutiles, inadaptés, comme les ouvriers qui attendent sur la place du marché que quelqu'un les fasse travailler. Mais il arrive aussi que le temps passe, que la vie s'écoule et que nous ne nous sentions pas reconnus ni appréciés. Peut-être ne sommes-nous pas arrivés à temps, d'autres se sont présentés avant nous, ou des soucis nous ont retenus ailleurs.
La métaphore de la place du marché est également très adaptée à notre époque, car le marché est le lieu des affaires, où malheureusement s’achète et se vend autant l’affection que la dignité, en essayant d’en tirer profit. Et quand on ne se sent pas valorisé, reconnu, on risque même de se vendre au premier venu. Le Seigneur, au contraire, nous rappelle que notre vie a une valeur et qu'il désire nous aider à la découvrir.
Toujours dans la parabole, il y a des ouvriers qui attendent que quelqu'un les prenne pour une journée. Nous sommes au chapitre 20 de l'Évangile de Matthieu et là aussi nous trouvons un personnage au comportement inhabituel, qui étonne et interroge. Il s'agit du propriétaire d'une vigne, qui se déplace en personne pour aller chercher ses ouvriers. Il veut évidemment établir avec eux une relation personnelle.
Comme je le disait, c'est une parabole qui donne de l'espérance, parce qu'elle nous dit que ce patron sort plusieurs fois pour aller à la recherche de qui cherche à donner un sens à sa vie. Le patron sort dès l'aube et revient ensuite toutes les trois heures pour chercher des ouvriers à envoyer dans sa vigne. Selon ce schéma, après être sorti à trois heures de l'après-midi, il n'y aurait plus de raison de sortir à nouveau, car la journée de travail se terminerait à six heures.
Au lieu de cela, ce patron infatigable, qui veut à tout prix valoriser la vie de chacun d’entre nous, sort pourtant à cinq heures. Les ouvriers restés sur la place du marché avaient sans doute perdu tout espoir. Cette journée s’était déroulée en vain. Et pourtant, quelqu'un a cru encore en eux. Quel sens cela a-t-il de prendre des ouvriers uniquement pour la dernière heure de la journée de travail ? Quel sens cela a-t-il d'aller travailler pour une heure seulement ? Pourtant, même lorsqu'il nous semble de ne pouvoir faire que peu de chose dans la vie, cela en vaut toujours la peine. Il y a toujours la possibilité de trouver un sens, parce que Dieu aime notre vie.
Et l'originalité de ce patron se manifeste aussi à la fin de la journée, au moment de la paie. Avec les premiers ouvriers, ceux qui vont à la vigne dès l'aube, le maître s'était mis d'accord sur une somme d'argent, qui était le coût typique d'une journée de travail. Aux autres, il dit qu'il leur donnera ce qui est juste. Et c'est précisément ici que la parabole vient nous interpeller : qu'est-ce qui est juste ? Pour le propriétaire de la vigne, c'est-à-dire pour Dieu, il est juste que chacun ait le nécessaire pour vivre. Il a appelé les travailleurs personnellement, il connaît leur dignité et il veut les payer en fonction de celle-ci. Et il leur donne à tous de l'argent.
Le récit dit que les ouvriers de la première heure sont déçus : ils ne voient pas la beauté du geste du patron, qui n'a pas été injuste, mais simplement généreux, il n’a pas seulement considéré le mérite, mais aussi le besoin. Dieu veut donner à tous son Royaume, c'est-à-dire une vie pleine, éternelle et heureuse. Et c'est ainsi que Jésus fait avec nous : il ne fait pas de classement, à qui lui ouvre son cœur il Se donne tout entier.
À la lumière de cette parabole, le chrétien d'aujourd'hui pourrait être tenté de penser : "Pourquoi commencer à travailler immédiatement ? Si la rémunération est la même, pourquoi travailler plus ? A ces doutes Saint Augustin répondait ainsi : « Pourquoi donc tardes-tu à suivre celui qui t’appelle, alors que tu es sûr de la rémunération mais incertain du jour ? Prends garde de ne pas te priver toi-même, à force de repousser, ce qu'il te donnera selon sa promesse » [1].
Je voudrais dire, surtout aux jeunes, de ne pas attendre, mais de répondre avec enthousiasme au Seigneur qui nous appelle à travailler dans sa vigne. Ne pas tarder, retrousse les manches, car le Seigneur est généreux et tu ne seras pas déçu ! En travaillant dans sa vigne, tu trouveras une réponse à cette interrogation profonde que tu portes en toi : quel est le sens de ma vie ?
Chers frères et sœurs, ne nous décourageons pas ! Même dans les moments sombres de la vie, quand le temps passe sans nous donner les réponses que nous cherchons, demandons au Seigneur de sortir à nouveau et de nous rejoindre là où nous l'attendons. Le Seigneur est généreux et il viendra aussitôt !
5 juin 2025 – Message du Pape Léon XIV aux prêtres de la Province de Paris
Je salue fraternellement S.E. Mgr Laurent Ulrich ainsi que tous les évêques de la Province de Paris. Et je vous salue tous, chers prêtres qui vous réunissez en cette Cathédrale Notre-Dame à l’occasion de votre “Jubilé des prêtres” et du 60ème anniversaire de la Constitution Presbyterorum ordinis sur laquelle vous allez réfléchir.
Je suis heureux de pouvoir vous manifester ma paternelle affection et de vous transmettre mes meilleurs encouragements pour la poursuite de votre ministère au service du Peuple de Dieu qui vous est confié. Pour y parvenir dans les conditions ecclésiales et sociales difficiles - et bien souvent éprouvantes - que vous connaissez, je vous invite à enraciner votre vie et votre ministère dans un amour toujours plus fort, personnel et authentique de Jésus qui a fait de vous ses amis et qui vous a configurés à Lui pour l’éternité ; et dans un amour généreux et sans réserve pour vos Communautés, un amour empreint de proximité, de compassion, de douceur, d’humilité et de simplicité, comme l’a si souvent rappelé le regretté Pape François. De cette manière, vous serez crédibles même si vous n’êtes pas encore des saints, et vous toucherez le cœur de personnes qui sont au plus loin, gagnerez leur confiance et leur ferez rencontrer Jésus. Je vous invite à cultiver la fraternité sacerdotale entre vous, à maintenir un étroit lien de charité avec vos évêques et à prier sans cesse pour l’unité de l’Église. Que le Saint-Esprit vous aide à renouveler chaque jour le don généreux que vous avez fait de vous-mêmes au Seigneur le jour de votre ordination.
Implorant sur chacun de vous la protection de Notre-Dame, et l’intercession de tous les saints prêtres et évêques de Paris qui vous ont précédés, je vous accorde de grand cœur la Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 4 juin 2025
10 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants au Jubilé des Nonces Apostoliques (extraits)
A travers ses représentants, qui résident dans les différents pays, le Pape participe à la vie même de ses enfants et, presque en s’intégrant dans celle-ci, il parvient à connaître leurs besoins et leurs aspirations de manière plus rapide et plus sûre…
Je voudrais partager avec vous une image biblique qui m’est venue à l’esprit en pensant à votre mission par rapport à la mienne. Au début des Actes des Apôtres (3, 1-10), le récit de la guérison de l’infirme décrit bien le ministère de Pierre. Nous sommes à l’aube de l’expérience chrétienne et la première communauté, rassemblée autour des Apôtres, sait qu’elle ne peut compter que sur une seule réalité : Jésus, ressuscité et vivant. Un infirme, qui fait l’aumône, est assis à la porte du Temple. Cela semble être l’image d’une humanité qui a perdu espoir et s’est résignée. Aujourd'hui encore, l’Eglise rencontre souvent des hommes et des femmes qui n’ont plus de joie, que la société a marginalisés ou que la vie a, d’une certaine manière, contraints à mendier pour survivre. Voici ce que rapporte cette page des Actes: «Alors Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean, et dit : “Regarde-nous”. Il tenait son regard attaché sur eux, s’attendant à en recevoir quelque chose. Mais Pierre dit : "De l’argent et de l’or, je n'en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche !”. Et le saisissant par la main droite, il le releva. A l’instant ses pieds et ses chevilles s’affermirent ; d’un bond il fut debout, et le voilà qui marchait. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, gambadant et louant Dieu» (3, 4-8).
La demande que Pierre adresse à cet homme fait réfléchir: «Regarde-nous!». Se regarder dans les yeux signifie construire une relation. Le ministère de Pierre consiste à créer des liens, des ponts ; et un représentant du Pape se tient avant tout au service de cette invitation, de ce regard dans les yeux. Soyez toujours le regard de Pierre ! Soyez des hommes capables de construire des relations là où c’est le plus difficile. Mais ce faisant, gardez la même humilité et le même réalisme que Pierre, qui sait pertinemment qu’il n’a pas la solution à tout : «Je n’ai ni or ni argent», dit-il; mais il sait tout autant qu’il a l’essentiel, c’est-à-dire le Christ, le sens le plus profond de toute existence : «Au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche !».
Donner le Christ signifie donner de l’amour, témoigner de cette charité prête à tout. Je compte sur vous pour que, dans les pays où vous vivez, chacun sache que l’Eglise est toujours prête à tout par amour, qu’elle est toujours du côté des derniers, des pauvres, et qu’elle défendra toujours le droit sacré de croire en Dieu, de croire que cette vie n’est pas à la merci des puissances de ce monde, mais qu’elle est traversée par un sens mystérieux. Seul l’amour est digne de foi, face à la douleur des innocents, des crucifiés d’aujourd’hui, que beaucoup d’entre vous connaissent personnellement parce qu’ils servent des peuples victimes de la guerre, de violences, d’injustices, ou même de ce faux bien-être qui trompe et déçoit.
Chers frères, soyez toujours consolés par le fait que votre service est toujours sub umbra Petri, comme il est gravé sur l’anneau que je vous offrirai. Sentez-vous toujours liés à Pierre, protégés par Pierre, envoyés par Pierre. Ce n’est que dans l’obéissance et dans une communion effective avec le Pape que votre ministère pourra être efficace pour l’édification de l’Eglise, en communion avec les évêques locaux.
Ayez toujours un regard bénissant, car le ministère de Pierre consiste à bénir, c'est-à-dire à toujours savoir voir le bien, même le bien caché, le bien minoritaire. Sentez-vous comme des missionnaires, envoyés par le Pape pour être des instruments de communion, d’unité, au service de la dignité de la personne humaine, favorisant partout des relations sincères et constructives avec les autorités avec lesquelles vous serez appelés à coopérer. Que votre compétence soit toujours illuminée par une ferme résolution à la sainteté. Nous avons pour exemple les saints qui ont fait parti du service diplomatique du Saint-Siège, tels que saint Jean XXIII et saint Paul VI.
12 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux prêtres du diocèse de Rome
Je voudrais demander un grand applaudissement pour vous tous qui êtes ici et pour tous les prêtres et diacres de Rome !
Très chers prêtres et diacres qui accomplissez votre service dans le diocèse de Rome, très chers séminaristes, je vous salue tous avec affection et amitié !
Je remercie Son Eminence, le cardinal-vicaire, pour ses paroles de salutation et la présentation qu’il a faite, en parlant un peu de votre présence dans cette ville.
J’ai souhaité vous rencontrer pour vous connaître de près et pour commencer à marcher avec vous. Je vous remercie pour votre vie donnée au service du Royaume, pour vos efforts quotidiens, pour votre grande générosité dans l’exercice de votre ministère, pour tout ce que vous vivez en silence et qui, parfois, s’accompagne de souffrance et d’incompréhension. Vous accomplissez des services différents mais vous êtes tous précieux aux yeux de Dieu et dans la réalisation de son projet.
Le diocèse de Rome préside dans la charité et dans la communion, et peut accomplir cette mission grâce à chacun de vous, dans le lien de grâce avec l’Evêque et dans la coresponsabilité féconde avec tout le Peuple de Dieu. Notre diocèse est un diocèse très particulier, car beaucoup de prêtres proviennent de différentes parties du monde, en particulier pour des raisons d’études ; et cela implique aussi que la vie pastorale — je pense surtout aux paroisses — est marquée par cette universalité et par l’accueil réciproque qu’elle comporte.
C’est précisément à partir de ce regard universel qu’offre Rome que je voudrais partager avec vous de manière cordiale quelques réflexions.
La première, qui me tient particulièrement à cœur, est l’unité et la communion. Dans la prière dite « sacerdotale », comme nous le savons, Jésus a demandé au Père que ses disciples soient une seule et même chose (cf. Jn 17, 20-23). Le Seigneur sait bien que ce n’est qu’unis à Lui et entre nous que nous pouvons porter du fruit et donner au monde un témoignage crédible. La communion sacerdotale ici à Rome est favorisée par le fait que, par une ancienne tradition, nous avons l’habitude de vivre ensemble, dans les presbytères et dans les collèges, ou dans d’autres résidences. Le prêtre est appelé à être l’homme de la communion, car il la vit en premier et l’alimente continuellement. Nous savons que cette communion est aujourd’hui entravée par un climat culturel qui favorise l’isolement ou l’auto-référentialité. Aucun de nous n’échappe à ces écueils qui menacent la solidité de notre vie spirituelle et la force de notre ministère.
Mais nous devons être vigilants car, outre le contexte culturel, la communion et la fraternité entre nous rencontrent également quelques obstacles, pour ainsi dire « internes », qui concernent la vie ecclésiale du diocèse, les relations interpersonnelles et également ce qui habite notre cœur, en particulier ce sentiment de lassitude qui survient car nous avons vécu des épreuves particulières, car nous ne nous sommes pas sentis compris et écoutés, ou pour d’autres raisons. Je voudrais vous aider, marcher avec vous, afin que chacun retrouve une sérénité dans son ministère ; et précisément pour cela, je vous demande un élan de fraternité sacerdotale, qui puise ses racines dans une vie spirituelle solide, dans la rencontre avec le Seigneur et dans l’écoute de sa Parole. Nourris par cette sève, nous parvenons à vivre des relations d’amitié, rivalisant d’estime les uns pour les autres (cf. Rm 12, 10); nous ressentons le besoin de l’autre pour grandir et pour alimenter la même tension ecclésiale.
La communion doit également se traduire par l’engagement dans ce diocèse ; avec des charismes différents et avec également des services différents, mais l’effort pour le soutenir doit être unique. Je demande à tous de prêter attention au chemin pastoral de ce diocèse, qui est local mais, en raison de ceux qui le guident, est aussi universel. Marcher ensemble est toujours une garantie de fidélité à l’Evangile ; ensemble et en harmonie, cherchant à enrichir l’Eglise avec son propre charisme tout en ayant à cœur d’être l’unique corps dont le Christ est le Chef.
La deuxième réflexion que je désire vous soumettre est l’exemplarité. A l’occasion des ordinations sacerdotales du 31 mai dernier, dans mon homélie, j’ai rappelé l’importance de la transparence de la vie, sur la base des paroles de saint Paul qui dit aux personnes âgées d’Ephèse : « Vous savez vous-mêmes de quelle façon je n’ai cessé de me comporter avec vous » (At 20, 18). Je vous le demande avec le cœur d’un père et de pasteur : engageons-nous à être des prêtres crédibles et exemplaires ! Nous sommes conscients des limites de notre nature et le Seigneur nous connaît profondément ; mais nous avons reçu une grâce extraordinaire ; un trésor précieux dont nous sommes ministres, serviteurs, nous a été confié. Et la fidélité est demandée au serviteur. Aucun de nous n’échappe aux suggestions du monde et la ville, avec ses mille propositions, pourrait aussi nous éloigner du désir de vie sainte, provoquant un nivellement par le bas où les valeurs profondes de la vie de prêtre se perdent. Laissez-vous encore attirer par l’appel du Maître, pour ressentir et vivre l’amour de la première heure, ce qui vous a poussé à faire des choix importants et des renonciations courageuses. Si ensemble nous essayons d’être exemplaires dans une vie humble, alors nous pourrons exprimer la force rénovatrice de l’Evangile pour chaque homme et pour chaque femme.
Une dernière réflexion que je souhaite vous soumettre concerne la relève des défis de notre temps dans une perspective prophétique. Nous sommes préoccupés et affligés par tout ce qui se passe chaque jour dans le monde : les violences qui engendrent la mort nous blessent, les inégalités, les pauvretés, les nombreuses formes de marginalisation sociale, la souffrance généralisée qui revêt les traits d’une détresse qui désormais n’épargne plus personne, nous interpellent. Et ces réalités ne se produisent pas uniquement ailleurs, loin de nous, mais concernent également notre ville de Rome, marquée par de multiples formes de pauvreté et de graves urgences, comme celle du logement. Une ville dans laquelle, comme le faisait remarquer le Pape François, à la « grande beauté » et au charme de l’art doit correspondre aussi «la simple décence et la fonctionnalité normale dans les lieux et les situations de la vie ordinaire, de tous les jours. Parce qu’une ville plus vivable pour ses citoyens est aussi plus accueillante pour tous» (Homélie des première Vêpres et Te Deum, 31 décembre 2023).
Le Seigneur nous a voulu précisément dans cette époque riche de défis qui, parfois, nous semblent plus grands que nos forces. Ces défis, nous sommes appelés à les embrasser, les interpréter de façon évangélique et à les vivre comme des possibilités de témoignages. Ne fuyons pas face à eux ! Que l’engagement pastoral, comme celui de l’étude, deviennent pour tous une école pour apprendre à construire le Royaume de Dieu dans le présent d’une histoire complexe et stimulante. Récemment, nous avons eu l’exemple de saints prêtres qui ont su conjuguer la passion pour l’histoire avec l’annonce de l’Evangile, tels que le père Primo Mazzolari et le père Lorenzo Milani, prophètes de paix et de justice. Et ici, à Rome, nous avons le père Luigi Di Liegro qui, face à autant de pauvreté, a donné sa vie pour chercher des chemins de justice et de promotion humaine. Puisons dans la force de ces exemples pour continuer à semer des graines de sainteté dans notre ville.
Chers amis, je vous assure de ma proximité, de mon affection et de ma disponibilité à marcher avec vous. Confions au Seigneur notre vie sacerdotale et demandons-lui de grandir dans l’unité, dans l’exemplarité et dans l’engagement prophétique pour servir notre temps. Que nous accompagne l’appel pressant de saint Augustin qui disait : « Aimez cette Eglise, vivez en elle, formez-la telle qu’elle vient de vous apparaître ; chérissez le bon Pasteur, l’époux si beau qui ne trompe personne et qui ne veut la mort de personne. Priez aussi pour les brebis dispersées ; qu’elles reviennent aussi, qu’elles reconnaissent aussi et aiment la vérité, afin qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un pasteur » (Sermon 138, 10). Merci !
24 juin 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors du Jubilé des Séminaristes (plus de 4000 venus du monde entier)
Merci, merci à tous!
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous!
Eminences, Excellences, formateurs et surtout vous tous, séminaristes, bonjour à tous!
Je suis très heureux de vous rencontrer et je vous remercie tous, séminaristes et formateurs, pour votre présence chaleureuse. Merci avant tout pour votre joie et pour votre enthousiasme. Merci, car avec votre énergie, vous alimentez la flamme de l’espérance dans la vie de l’Eglise!
Aujourd’hui, vous n’êtes pas seulement pèlerins, mais aussi témoins d’espérance: vous me le témoignez, ainsi qu’à tous, parce que vous vous êtes laissés entraîner dans l’aventure fascinante de la vocation sacerdotale à une époque qui n’est pas facile. Vous avez accueilli l’appel à devenir des annonciateurs doux et forts de la Parole qui sauve, des serviteurs d’une Eglise ouverte et d’une Eglise en sortie missionnaire.
Y digo una palabra también en español, gracias por haber aceptado con valentía la invitación del Señor a seguir, a ser discípulo, a entrar en el seminario. Hay que ser valientes y no tengan miedo.
[Et je dis aussi quelques mots en espagnol: merci d’avoir accepté avec courage l’invitation du Seigneur à le suivre, à devenir ses disciples, à entrer au séminaire. Il faut être courageux et n’ayez pas peur!]
Au Christ qui vous appelle, vous dites «oui» avec humilité et courage; et ce «me voici», que vous lui adressez, germe dans la vie de l’Eglise, et se laisse accompagner par le nécessaire chemin de discernement et de formation.
Jésus, vous le savez, vous appelle avant tout à vivre une expérience d’amitié avec Lui et avec vos compagnons de route (cf. Mc 3, 13); une expérience appelée à croître de manière permanente, même après l’ordination, et qui touche tous les aspects de la vie. Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des «ponts» et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient. Oui, Il doit croître et nous diminuer, pour pouvoir devenir des pasteurs selon son Cœur [1].
A propos du Cœur de Jésus Christ, comment ne pas rappeler l’Encyclique Dilexit nos, que nous a donnée le bien-aimé Pape François? [2] Précisément en ce temps que vous vivez, c’est-à-dire celui de la formation et du discernement, il est important de porter votre attention vers le centre, vers le «moteur» de tout votre chemin: le cœur! Le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections. Aujourd’hui plus que jamais, dans un contexte social et culturel marqué par le conflit et le narcissisme, nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus [3].
Comme le Christ a aimé avec un cœur d’homme [4], vous êtes appelés à aimer avec le Cœur du Christ! Amar con el corazón de Jesús. Mais pour apprendre cet art, il faut travailler sur son intériorité, là où Dieu fait entendre sa voix et d’où partent les décisions les plus profondes; lieu également de tensions et de luttes (cf. Mc 7, 14-23), à convertir pour que toute votre humanité respire l’Evangile. Le premier travail doit donc se faire sur l’intériorité. Souvenez-vous bien de l’invitation de saint Augustin à revenir au cœur, car c’est là que nous retrouvons les traces de Dieu. Descendre dans son cœur peut parfois faire peur, car on y trouve aussi des blessures. N’ayez pas peur de les soigner, laissez-vous aider: car c’est de ces blessures que naîtra votre capacité à être proches de ceux qui souffrent. Sans vie intérieure, la vie spirituelle n’est pas possible, car c’est dans le cœur que Dieu nous parle. Dios nos habla en el corazón, tenemos que saber escucharlo. [Dieu nous parle dans le cœur, il faut savoir l’écouter]. Ce travail intérieur inclut aussi l’apprentissage à reconnaître les mouvements du cœur: pas seulement les émotions rapides et immédiates, caractéristiques de l’âme des jeunes, mais surtout vos sentiments profonds, qui vous aident à découvrir la direction de votre vie. Si vous apprenez à connaître votre cœur, vous deviendrez toujours plus authentiques et vous n’aurez pas besoin de porter de masques. Et le chemin privilégié qui nous conduit à l’intériorité est la prière: à une époque d’hyperconnexion, il devient toujours plus difficile de faire l’expérience du silence et de la solitude. Sans la rencontre avec Lui, nous ne pouvons pas non plus véritablement nous connaître nous-mêmes.
Je vous invite à invoquer fréquemment l’Esprit Saint, pour qu’il façonne en vous un cœur docile, capable de percevoir la présence de Dieu, également en écoutant les voix de la nature, de l’art, de la poésie, de la littérature [5], de la musique, mais aussi des sciences humaines [6]. Dans le travail rigoureux des études théologiques, sachez aussi écouter avec un esprit et un cœur ouverts les voix de la culture, comme les défis récents de l’intelligence artificielle et celles des médias sociaux [7]. Surtout, à l’exemple de Jésus, sachez entendre le cri souvent silencieux des petits, des pauvres et des opprimés, et de tant de personnes, surtout des jeunes, qui cherchent un sens à leur vie.
Si vous prenez soin de votre cœur, avec des moments quotidiens de silence, de méditation et de prière, vous apprendrez l’art du discernement. Cela aussi est un travail important: apprendre à discerner. Quand on est jeune, on porte en soi beaucoup de désirs, de rêves et d’ambitions. Le cœur est souvent encombré et il arrive de se sentir confus. Au contraire, à l’image de la Vierge Marie, notre intériorité doit devenir capable de conserver et de méditer. Capable de synballein — comme l’écrit l’évangéliste Luc (2, 19.51): rassembler les fragments [8]. Fuyez la superficialité, et assemblez les morceaux de votre vie dans la prière et la méditation, en vous demandant: qu’est-ce que m’apprend ce que je vis? Qu’est-ce que cela dit à mon chemin ? Où le Seigneur me conduit-il ?
Très chers amis, ayez un cœur doux et humble comme celui de Jésus (cf. Mt 11, 29). A l’exemple de l’apôtre Paul (cf. Ph 2, 5sq), puissiez-vous avoir les sentiments du Christ, pour grandir en maturité humaine, surtout affective et relationnelle. Il est important, même nécessaire, dès le temps du séminaire, de miser beaucoup sur la maturation humaine, en rejetant tout faux-semblant ou hypocrisie. En gardant le regard fixé sur Jésus, il faut apprendre à nommer et à exprimer aussi la tristesse, la peur, l’angoisse, l’indignation, en apportant tout dans la relation à Dieu. Les crises, les limites, les fragilités ne doivent pas être occultées: elles sont au contraire des occasions de grâce et d’expérience pascale.
Dans un monde souvent marqué par l’ingratitude et la soif de pouvoir, où semble parfois prévaloir la logique du rejet, vous êtes appelés à témoigner de la gratitude et de la gratuité du Christ, de l’exultation et de la joie, de la tendresse et de la miséricorde de son Cœur. A pratiquer le style de l’accueil et de la proximité, du service généreux et désintéressé, en laissant l’Esprit Saint «oindre» votre humanité avant l’ordination.
Le Cœur du Christ est animé d’une immense compassion: Il est le Bon Samaritain de l’humanité, et Il nous dit: «Va, et toi aussi fais de même» (Lc 10, 37). Cette compassion le pousse à rompre pour les foules le pain de la Parole et du partage (cf. Mc 6, 30-44), en préfigurant le geste du Cénacle et de la Croix, quand Il se donnera Lui-même en nourriture, et Il nous dit: «Donnez-leur vous-mêmes à manger» (Mc 6, 37), c’est-à-dire: faites de votre vie un don d’amour.
Chers séminaristes, la sagesse de la Mère Eglise, assistée par l’Esprit Saint, cherche au fil du temps les formes les plus appropriées de former les ministres ordonnés, selon les exigences des lieux. Quelle est votre tâche dans cet effort? Celle de ne jamais jouer au rabais, de ne pas vous contenter, de ne pas être de simples récepteurs passifs, mais de vous passionner pour la vie sacerdotale, en vivant le présent et en regardant vers l’avenir avec un cœur prophétique. J’espère que notre rencontre aidera chacun de vous à approfondir votre dialogue personnel avec le Seigneur, dans lequel lui demander d’assimiler toujours davantage les sentiments du Christ, les sentiments de son Cœur. Ce Cœur qui bat d’amour pour vous et pour toute l’humanité.
Bon cheminement! Je vous accompagne de ma bénédiction.
______________
[1] Cf. S. Jean Paul II, Exhort. ap. Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 43.
[2] Lett. enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ (24 octobre 2024).
[4] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.
[5] Cf. François, Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 17 juillet 2024.
[6] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 62.
[7] Congrégation pour le clergé, Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, Le don de la vocation presbytérale (8 décembre 2016), n. 97.
[8] Cf. François, Lettre enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ (24 octobre 2024), n. 19.
25 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux séminaristes des diocèses du Triventino
Chers séminaristes, ne vous découragez pas si parfois le chemin qui est devant vous est dur. Comme aimait à le dire aux prêtres de Rome le Bienheureux Jean-Paul Ier, « entraînez-vous à la discipline d’un effort continu, long, pas facile. Les anges mêmes, vus en songe par Jacob, ne volaient pas, mais montaient une marche à la fois. Imaginons-nous un instant nous-mêmes, qui sommes de pauvres hommes privés d’ailes ! ». (Discours au clergé romain le 7 septembre 1978). C’est ainsi que parlait un Pasteur en qui ont brillé les meilleures vertus de votre peuple : en lui, vous avez un modèle de vie sacerdotale.
Je voudrais aussi vous rappeler un passage de la conversion de saint Augustin, comme il le nous le donne lui-même dans ses Confessions. D’un côté, il était désireux de se décider pour le Christ. De l’autre côté, il était tiraillé de scrupules et de tentations. Profondément déboussolé, un jour il se retira pour réfléchir dans le jardin de la maison ; et là, la vertu de Continence lui apparut personnifiée et lui dit : « En toi-même pourquoi te tiens-tu et ne tiens-tu pas ? Jette-toi en Dieu, sans aucune crainte. Il ne va pas se dérober pour que tu tombes. Jette-toi, rassuré : il t’accueillera et te guérira » (Conf. VIII, 27).
Comme un père, je vous répète ces mêmes paroles qui firent tant de bien au cœur inquiet de saint Augustin : elles ne valent pas seulement en référence au célibat, qui est un charisme à reconnaître, soigner et éduquer, mais peuvent orienter tout votre parcours de discernement et de formation vers le ministère ordonné. En particulier, ces paroles vous invitent à avoir une confiance démesurée dans le Seigneur, le Seigneur qui vous a appelés, renonçant à la prétention de vous suffire à vous-mêmes ou de pouvoir y arriver tout seuls. Ceci vaut non seulement pour les années de Séminaire mais pour toute la vie : à chaque instant, et combien plus dans la désolation ou bien même le péché, redites-vous les paroles du Psalmiste : « Je m’abandonne à la fidélité de Dieu maintenant et pour toujours » (Ps 51,10). La Parole de Dieu et les Sacrements sont des sources permanentes auxquelles vous pouvez toujours puiser une nouvelle sève pour la vie spirituelle et aussi pour l’engagement pastoral.
Ne pensez donc pas que vous êtes seuls, et encore moins ne pensez pas tout seuls. Sans aucun doute, comme l’affirme la Ratio fundamentalis, chaque de vous « est l’acteur de sa propre formation et est appelé à un chemin de constante croissance dans l’aspect humain, spirituel, intellectuel et pastoral » (Congr. per il Clero, Il dono della vocazione presbiterale, 130). Acteur ne veut pas dire soliste ! Pour autant, je vous invite à cultiver toujours la communion, en premier lieu avec vos compagnons de Séminaire. Ayez pleine confiance dans vos formateurs, sans réserve ou duplicité. Et vous, formateurs, soyez de bons compagnons de route des séminaristes qui vous sont confiés : offrez-leur l’humble témoignage de votre vie et de votre foi ; accompagnez-les avec une affection vraie. Sachez-vous, vous tous, soutenus par l’Église, en premier lieu par la personne de l’Évêque.
Pour terminer, la chose la plus importante : tenez le regard fixé sur Jésus (Cf He 12,2), cultivant la relation d’amitié avec Lui. A ce sujet, Robert Hugh Benson (1871-1914), prêtre anglais, écrit après sa conversion au catholicisme : « S’il y a une chose qui ne laisse aucun doute dans l’Évangile, c’est justement celle-ci : la conscience vive de l’amitié de Jésus-Christ. (L’amicizia di Cristo, Milano 2024, 17). Il demande, comme l’écrivait le Pape François dans son Encyclique Dilexit nos, « de ne pas avoir honte de reconnaître ton amitié pour Lui. Il te demande d’oser dire aux autres qu’il est bon pour toi de L’avoir rencontré » (DN, 211). Rencontrer Jésus, de fait, sauve notre vie et nous donne la force et la joie de communiquer l’Évangile à tous.
25 juin 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors du Jubilé des Evêques
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Que la paix soit avec vous !
Chers confrères, bonjour et bienvenue !
J’apprécie et j’admire votre dévouement à venir en pèlerinage à Rome, bien conscient des exigences pressantes du ministère. Mais chacun de vous, comme moi, avant d’être pasteur, est une brebis du troupeau du Seigneur ! Et par conséquent, nous aussi, et même en premier lieu, nous sommes invités à franchir la Porte Sainte, symbole du Christ Sauveur. Pour guider l’Église confiée à nos soins, nous devons nous laisser profondément renouveler par Lui, le Bon Pasteur, afin de nous conformer pleinement à son cœur et à son mystère d’amour.
« Spes non confundit », « l’espérance ne déçoit pas » (Rm 5, 5). Combien de fois le Pape François a-t-il répété ces paroles de saint Paul ! Elles sont devenues sa devise, au point qu’il les a choisies comme incipit de la bulle d’indiction de cette Année jubilaire.
En tant qu’évêques, nous sommes les premiers héritiers de cette mission prophétique, et nous devons la préserver et la transmettre au Peuple de Dieu, par la parole et par le témoignage. Parfois, annoncer que l’espérance ne déçoit pas signifie aller à contre-courant, voire à l’encontre de l’évidence de situations douloureuses qui semblent sans issue. Mais c’est précisément dans ces moments-là que peut mieux se manifester le fait que notre foi et notre espérance ne viennent pas de nous, mais de Dieu. Et alors, si nous sommes vraiment proches, solidaires de ceux qui souffrent, l’Esprit Saint peut même raviver dans les cœurs la flamme presque éteinte (cf. Bulle Spes non confundit, n. 3).
Très chers frères, le pasteur est témoin de l’espérance par l’exemple d’une vie fermement ancrée en Dieu et entièrement donnée au service de l’Église. Cela se produit dans la mesure où il s’identifie au Christ dans sa vie personnelle et dans son ministère apostolique : l’Esprit du Seigneur façonne sa pensée, ses sentiments, ses comportements. Arrêtons-nous ensemble sur quelques traits qui caractérisent ce témoignage.
Tout d’abord, l’évêque est le principe visible d’unité dans l’Église particulière qui lui est confiée. Il a pour tâche de veiller à ce qu’elle s’édifie dans la communion entre tous ses membres et avec l’Église universelle, en valorisant la contribution des divers dons et ministères pour la croissance commune et la diffusion de l’Évangile. Dans ce service, comme dans toute sa mission, l’évêque peut compter sur la grâce divine spéciale qui lui a été conférée lors de l’Ordination épiscopale : elle le soutient en tant que maître de la foi, sanctificateur et guide spirituel. Elle anime son dévouement pour le Royaume de Dieu, pour le salut éternel des personnes, pour transformer l’histoire par la force de l’Évangile.
Le deuxième aspect que je voudrais examiner, toujours à partir du Christ comme forme de vie du Pasteur, je le définirais ainsi : l’évêque comme homme de vie théologale. Ce qui équivaut à dire : homme pleinement docile à l’action de l’Esprit Saint, qui suscite en lui la foi, l’espérance et la charité et les nourrit, comme la flamme du feu, dans les différentes situations existentielles.
L’évêque est un homme de foi. Et ici me vient à l’esprit cette magnifique page de la Lettre aux Hébreux (cf. chap. 11), où l’auteur, en commençant par Abel, dresse une longue liste de “témoins” de la foi. Je pense en particulier à Moïse qui, appelé par Dieu pour conduire le peuple vers la terre promise, « il tint ferme – dit le texte – comme s’il voyait Celui qui est invisible » (He 11, 27). Quelle belle image de l’homme de foi : celui qui, par la grâce de Dieu, voit au-delà, voit le but, et reste ferme dans l’épreuve. Pensons aux moments où Moïse intercède pour le peuple devant Dieu. Voilà : l’évêque dans son Église est l’intercesseur, car l’Esprit maintient vivante dans son cœur la flamme de la foi.
Dans cette même perspective, l’évêque est un homme d’espérance, car « la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (He 11,1). Surtout lorsque le chemin du peuple devient plus difficile, le pasteur, par vertu théologale, aide à ne pas désespérer : non pas par des paroles, mais par sa proximité. Lorsque les familles portent des fardeaux excessifs et que les institutions publiques ne les soutiennent pas suffisamment ; lorsque les jeunes sont déçus et écœurés par des messages illusoires ; lorsque les personnes âgées et les personnes gravement handicapées se sentent abandonnées, l’évêque est proche et n’offre pas de recettes, mais l’expérience de communautés qui cherchent à vivre l’Évangile dans la simplicité et dans le partage.
Ainsi, sa foi et son espérance se fondent en lui comme homme de charité pastorale. Toute la vie de l’évêque, tout son ministère, si diversifié et multiforme, trouve son unité dans ce que saint Augustin appelle amoris officium. C’est là que s’exprime et transparaît au plus haut point son existence théologale. Dans la prédication, dans les visites aux communautés, dans l’écoute des prêtres et des diacres, dans les choix administratifs, tout est animé et motivé par la charité de Jésus-Christ Pasteur. Par sa grâce, puisée quotidiennement dans l’Eucharistie et dans la prière, l’évêque donne l’exemple de l’amour fraternel envers son coadjuteur ou son auxiliaire, envers l’évêque émérite et les évêques des diocèses voisins, envers ses plus proches collaborateurs comme envers les prêtres en difficulté ou malades. Son cœur est ouvert et accueillant, tout comme sa maison.
Chers frères, tel est le noyau théologique de la vie du Pasteur. Autour de lui, et toujours animées par le même Esprit, je voudrais placer d’autres vertus indispensables : la prudence pastorale, la pauvreté, la continence parfaite dans le célibat et les vertus humaines.
La prudence pastorale est la sagesse pratique qui guide l’évêque dans ses choix, dans son gouvernement, dans ses relations avec les fidèles et leurs associations. Un signe clair de prudence est l’exercice du dialogue comme style et méthode dans les relations et aussi dans la présidence des organismes de participation, c’est-à-dire dans la gestion de la synodalité dans l’Église particulière. Sur cet aspect, le Pape François nous a fait faire un grand pas en avant en insistant, avec une sagesse pédagogique, sur la synodalité comme dimension de la vie de l’Église. La prudence pastorale permet également à l’évêque de guider la communauté diocésaine en valorisant ses traditions et en promouvant de nouvelles voies et de nouvelles initiatives.
Pour témoigner du Seigneur Jésus, le Pasteur vit la pauvreté évangélique. Il a un style simple, sobre et généreux, digne et en même temps adapté aux conditions de la plupart de son peuple. Les pauvres doivent trouver en lui un père et un frère, ne pas se sentir mal à l’aise en le rencontrant ou en entrant dans sa maison. Il est personnellement détaché des richesses et ne cède pas à des favoritismes fondés sur celles-ci ou sur d’autres formes de pouvoir. L’évêque ne doit pas oublier que, comme Jésus, il a été oint du Saint-Esprit et envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18).
Outre la pauvreté effective, l’évêque vit également cette forme de pauvreté qu’est le célibat et la virginité pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19, 12). Il ne s’agit pas seulement d’être célibataire, mais de pratiquer la chasteté du cœur et de la conduite et de vivre ainsi la suite du Christ et d’offrir à tous la véritable image de l’Église, sainte et chaste dans ses membres comme dans son Chef. Il devra être ferme et décidé dans la manière d’affronter les situations qui peuvent donner scandale et tous les cas d’abus, en particulier à l’égard des mineurs, en se conformant aux dispositions actuelles.
Enfin, le Pasteur est appelé à cultiver les vertus humaines que les Pères conciliaires ont voulu mentionner dans le décret Presbyterorum Ordinis (n° 3) et qui, à plus forte raison, sont d’une grande aide pour l’évêque dans son ministère et dans ses relations. Nous pouvons mentionner la loyauté, la sincérité, la magnanimité, l’ouverture d’esprit et de cœur, la capacité de se réjouir avec ceux qui se réjouissent et de souffrir avec ceux qui souffrent ; ainsi que la maîtrise de soi, la délicatesse, la patience, la discrétion, une grande disposition à l’écoute et au dialogue, la disponibilité au service. Ces vertus, dont chacun de nous est plus ou moins doté par nature, nous pouvons et devons les cultiver à l’image de Jésus-Christ, avec la grâce du Saint-Esprit.
Très chers amis, que l’intercession de la Vierge Marie et des saints Pierre et Paul vous obtienne, à vous et à vos communautés, les grâces dont vous avez le plus besoin. En particulier, qu’ils vous aident à être des hommes de communion, à promouvoir toujours l’unité dans le presbyterium diocésain, et que chaque prêtre, sans exception, puisse faire l’expérience de la paternité, de la fraternité et de l’amitié de l’évêque. Cet esprit de communion encourage les prêtres dans leur engagement pastoral et fait grandir l’unité de l’Église particulière.
Je vous remercie de me garder dans vos prières ! Et je prie moi aussi pour vous et vous bénis de tout cœur.
26 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre internationale organisée par le Dicastère pour le Clergé
Commençons par le signe de la croix, car nous sommes tous ici parce que le Christ, qui est mort et ressuscité, nous a donné la vie et nous a appelés à servir. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous !
Chers frères dans le sacerdoce,
Chers formateurs, séminaristes, animateurs de services de vocations, amis dans le Seigneur !
C'est pour moi une grande joie d'être ici aujourd'hui avec vous. Au cœur de l'Année Sainte, nous voulons témoigner ensemble qu'il est possible d'être des prêtres heureux, car le Christ nous a appelés, le Christ a fait de nous ses amis (cf. Jn 15, 15) : c'est une grâce que nous voulons accueillir avec gratitude et responsabilité.
Je tiens à remercier le cardinal Lazzaro et tous les collaborateurs du Dicastère pour le clergé pour leur service généreux et compétent : un travail vaste et précieux, qui se déroule souvent dans le silence et la discrétion et qui produit des fruits de communion, de formation et de renouveau.
Grâce à ce moment d'échange fraternel, un échange international, nous pouvons valoriser le patrimoine d'expériences déjà acquises, en encourageant la créativité, la coresponsabilité et la communion dans l'Église, afin que ce qui est semé avec dévouement et générosité dans tant de communautés puisse devenir lumière et stimulant pour tous.
Les paroles de Jésus « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) ne sont pas seulement une déclaration affectueuse envers les disciples, mais une véritable clé de compréhension du ministère sacerdotal. Le prêtre, en effet, est un ami du Seigneur, appelé à vivre avec Lui une relation personnelle et confiante, nourrie par la Parole, par la célébration des sacrements, la prière quotidienne. Cette amitié avec le Christ est le fondement spirituel du ministère ordonné, le sens de notre célibat et l'énergie du service ecclésial auquel nous consacrons notre vie. Elle nous soutient dans les moments d'épreuve et nous permet de renouveler chaque jour le « oui » prononcé au début de notre vocation.
En particulier, très chers amis, je voudrais tirer de ce mot-clé trois implications pour la formation au ministère sacerdotal.
Tout d'abord, la formation est un cheminement relationnel. Devenir amis du Christ, c'est être formés dans la relation, et pas seulement dans les compétences. La formation sacerdotale ne peut donc se réduire à l'acquisition de notions, mais elle est un cheminement de familiarité avec le Seigneur qui engage toute la personne, le cœur, l'intelligence, la liberté, et la façonne à l'image du Bon Pasteur. Seul celui qui vit en amitié avec le Christ et est imprégné de son Esprit peut annoncer avec authenticité, consoler avec compassion et guider avec sagesse. Cela exige une écoute profonde, la méditation et une vie intérieure riche et ordonnée.
Deuxièmement, la fraternité est un style essentiel de la vie presbytérale. Devenir amis du Christ implique de vivre comme des frères entre prêtres et entre évêques, et non comme des concurrents ou des individualistes. La formation doit donc aider à construire des liens solides au sein du presbytérium, comme expression d'une Église synodale, dans laquelle on grandit ensemble en partageant les peines et les joies du ministère. En effet, comment pourrions-nous, ministres, être des bâtisseurs de communautés vivantes, si une fraternité effective et sincère ne régnait pas d'abord entre nous ?
De plus, former des prêtres amis du Christ, c'est former des hommes capables d'aimer, d'écouter, de prier et de servir ensemble. C'est pourquoi il faut veiller avec soin à la préparation des formateurs, car l'efficacité de leur travail dépend avant tout de l'exemple de leur vie et de la communion entre eux. L'institution même des séminaires nous rappelle que la formation des futurs ministres ordonnés ne peut se faire de manière isolée, mais exige l'engagement de tous les amis du Seigneur qui vivent en disciples missionnaires au service du Peuple de Dieu.
À ce sujet, je voudrais dire quelques mots sur les vocations. Malgré les signes de crise qui traversent la vie et la mission des prêtres, Dieu continue d'appeler et reste fidèle à ses promesses. Il faut qu'il y ait des espaces adéquats pour écouter sa voix. C'est pourquoi il est important d'avoir des environnements et des formes de pastorale des jeunes imprégnés de l'Évangile, où les vocations au don total de soi puissent se manifester et mûrir. Ayez le courage de faire des propositions fortes et libératrices ! En regardant les jeunes qui, en ces temps qui sont les nôtres, disent avec générosité « me voici » au Seigneur, nous ressentons tous le besoin de renouveler notre « oui », de redécouvrir la beauté d'être des disciples missionnaires à la suite du Christ, le Bon Pasteur.
Très chers amis, célébrons cette rencontre à la veille de la solennité du Sacré-Cœur de Jésus : c'est de ce « buisson ardent » que prend son origine notre vocation ; c'est de cette source de grâce que nous voulons nous laisser transformer.
L'encyclique du pape François Dilexit nos, si elle est un don précieux pour toute l'Église, elle l'est tout particulièrement pour nous, prêtres. Elle nous interpelle fortement : elle nous demande de concilier mystique et engagement social, contemplation et action, silence et annonce. Notre époque nous interpelle : beaucoup semblent s'être éloignés de la foi, et pourtant, au fond de beaucoup de personnes, surtout des jeunes, il y a une soif d'infini et de salut. Beaucoup font l'expérience d'une absence de Dieu, et pourtant chaque être humain est fait pour Lui, et le dessein du Père est de faire du Christ le cœur du monde.
C'est pourquoi nous voulons retrouver ensemble l'élan missionnaire. Une mission qui propose avec courage et amour l'Évangile de Jésus. Par notre action pastorale, c'est le Seigneur lui-même qui prend soin de son troupeau, rassemble ceux qui sont dispersés, se penche sur ceux qui sont blessés, soutient ceux qui sont découragés. En imitant l'exemple du Maître, nous grandissons dans la foi et devenons ainsi des témoins crédibles de la vocation que nous avons reçue. Quand quelqu'un croit, cela se voit : le bonheur du ministre reflète sa rencontre avec le Christ, qui le soutient dans sa mission et son service.
Chers frères dans le sacerdoce, merci d'être venus de loin ! Merci à chacun pour son dévouement quotidien, en particulier dans les lieux de formation, dans les périphéries existentielles et dans les lieux difficiles, parfois dangereux. Alors que nous nous souvenons des prêtres qui ont donné leur vie, parfois jusqu'au sang, nous renouvelons aujourd'hui notre disponibilité à vivre sans réserve un apostolat de compassion et de joie.
Merci pour ce que vous êtes ! Parce que vous rappelez à tous qu'il est beau d'être prêtre, et que tout appel du Seigneur est avant tout un appel à sa joie. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes amis du Christ, frères entre nous et fils de sa tendre Mère Marie, et cela nous suffit.
Tournons-nous vers le Seigneur Jésus, vers son Cœur miséricordieux qui brûle d'amour pour chaque personne. Demandons-lui la grâce d'être des disciples missionnaires et des pasteurs selon sa volonté : en cherchant ceux qui sont perdus, en servant les pauvres, en guidant avec humilité ceux qui nous sont confiés. Que son Cœur inspire nos projets, transforme nos cœurs et nous renouvelle dans la mission. Je vous bénis avec affection et je prie pour vous tous.
Permettez-moi encore ces quelques mots : ce que j'ai dit auparavant est très important ! Je tiens à souligner l'importance de la vie spirituelle du prêtre. Souvent, lorsque nous avons besoin d'aide, recherchez un bon « accompagnateur », un directeur spirituel, un bon confesseur. Personne ici n'est seul. Et même si vous travaillez dans la mission la plus lointaine, vous n'êtes jamais seul ! Essayez de vivre ce que le pape François appelait souvent la « proximité » : proximité avec le Seigneur, proximité avec votre Evêque ou votre Supérieur religieux, et proximité aussi entre vous, car vous devez vraiment être amis, frères ; vivre cette belle expérience de marcher ensemble en sachant que nous sommes appelés à être disciples du Seigneur. Nous avons une grande mission et tous ensemble, nous pouvons la réaliser.
Comptons toujours sur la grâce de Dieu, sur ma proximité également, et ensemble, nous pouvons vraiment être cette voix dans le monde. Merci !
Alors, prions ensemble : Notre Père…
Et à Marie, notre Mère, disons : Je vous salue Marie…
Meilleurs vœux à tous ! Que Dieu vous bénisse toujours !
27 juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 32 prêtres. Solennité du Cœur de Jésus. Jubilé des prêtres
Aujourd’hui, solennité du Sacré-Cœur de Jésus, Journée pour la sanctification des Prêtres, nous célébrons avec joie cette Eucharistie à l’occasion du Jubilé des prêtres.
Je m’adresse donc tout d’abord à vous, chers frères prêtres, venus près de la tombe de l’apôtre Pierre pour franchir la Porte Sainte, afin de replonger dans le Cœur du Sauveur vos vêtements baptismaux et sacerdotaux. Pour certains d’entre vous, ce geste s’accomplit en un jour unique de votre vie : celui de l’Ordination.
Parler du Cœur du Christ dans ce contexte, c’est parler de tout le mystère de l’incarnation, de la mort et de la résurrection du Seigneur, qui nous a été confié de manière particulière afin que nous le rendions présent dans le monde. C’est pourquoi, à la lumière des Lectures que nous avons entendues, réfléchissons ensemble à la manière dont nous pouvons contribuer à cette œuvre de salut.
Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel nous parle de Dieu comme d’un berger qui passe en revue son troupeau, comptant ses brebis une par une : il cherche celles qui sont perdues, soigne celles qui sont blessées, soutient celles qui sont faibles et malades (cf. Ez 34, 11-16). Il nous rappelle ainsi, en cette période de grands et terribles conflits, que l’amour du Seigneur, auquel nous sommes appelés à nous abandonner et façonner, est universel, et qu’à ses yeux – et donc aussi aux nôtres – il n’y a pas de place pour les divisions et les haines de quelque nature que ce soit.
Dans la deuxième Lecture (cf. Rm 5, 5-11), saint Paul, nous rappelant que Dieu nous a réconciliés « alors que nous n’étions encore capables de rien » (v. 6) et « pécheurs » (v. 8), nous invite à nous abandonner à l’action transformatrice de son Esprit qui habite en nous, dans un chemin quotidien de conversion. Notre espérance repose sur la certitude que le Seigneur ne nous abandonne pas : il nous accompagne toujours. Mais nous sommes appelés à coopérer avec lui, tout d’abord en plaçant au centre de notre existence l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.11) ; ensuite « par la réception avec fruit les sacrements, spécialement par la confession sacramentelle fréquente » (Id., Decr. Presbiterorum ordinis, n. 18) ; et enfin par la prière, la méditation de la Parole et l’exercice de la charité, en conformant toujours davantage notre cœur à celui « du Père des miséricordes » (ibid.).
Cela nous conduit à l’Évangile que nous avons entendu (cf. Lc 15, 3-7), où il est question de la joie de Dieu – et de tout pasteur qui aime selon son Cœur – pour le retour à la bergerie d’une seule de ses brebis. C’est une invitation à vivre la charité pastorale avec le même grand cœur que le Père, en cultivant en nous son désir : que personne ne se perde (cf. Jn 6, 39), mais que tous, à travers nous aussi, connaissent le Christ et aient en lui la vie éternelle (cf. Jn 6, 40). C’est une invitation à nous unir intimement à Jésus (cf. Presbiterorum ordinis, n. 14), semence de concorde au milieu de nos frères, en chargeant sur nos épaules ceux qui se sont perdus, en accordant le pardon à ceux qui ont fait des erreurs, en allant chercher ceux qui se sont éloignés ou sont restés exclus, en soignant ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit, dans un grand échange d’amour qui, jaillissant du côté transpercé du Crucifié, enveloppe tous les hommes et remplit le monde. Le Pape François écrivait à ce sujet : « Un fleuve qui ne s’épuise pas, qui ne passe pas, qui s’offre toujours de nouveau à qui veut aimer, continue de jaillir de la blessure du côté du Christ. Seul son amour rendra possible une nouvelle humanité » (Lett. enc. Dilexit nos, n. 219).
Le ministère sacerdotal est un ministère de sanctification et de réconciliation pour l’unité du Corps du Christ (cf. Lumen gentium, n. 7). C’est pourquoi le Concile Vatican II demande aux prêtres de faire tout leur possible pour « conduire tous à l’unité dans l’amour » (Presbiterorum ordinis, n. 9), en harmonisant les différences afin que « personne ne se sente étranger » (ibid.). Il leur recommande d’être unis à l’évêque et au presbyterium (ibid., nn. 7-8). En effet, plus il y aura d’unité entre nous, plus nous saurons conduire les autres vers la bergerie du Bon Pasteur, pour vivre comme des frères dans la maison unique du Père.
À ce propos, saint Augustin, dans un sermon prononcé à l’occasion de l’anniversaire de son ordination, parlait d’un fruit joyeux de la communion qui unit les fidèles, les prêtres et les évêques, et qui trouve sa racine dans le sentiment d’être tous rachetés et sauvés par la même grâce et la même miséricorde. C’est dans ce contexte qu’il prononçait cette phrase célèbre : « Avec vous, je suis chrétien, pour vous je suis évêque » (Sermo 340, 1).
Lors de la messe solennelle d’ouverture de mon pontificat, j’ai exprimé devant le peuple de Dieu un grand désir : « Une Église unie, signe d’unité et de communion, qui devienne ferment pour un monde réconcilié » (18 mai 2025). Je reviens aujourd’hui pour le partager avec vous tous : réconciliés, unis et transformés par l’amour qui jaillit abondamment du Cœur du Christ, marchons ensemble sur ses traces, humbles et déterminés, fermes dans la foi et ouverts à tous dans la charité, portons dans le monde la paix du Ressuscité, avec cette liberté qui vient du fait de nous savoir aimés, choisis et envoyés par le Père.
Et maintenant, avant de conclure, je m’adresse à vous, très chers Ordinands, qui, dans quelques instants, par l’imposition des mains de l’évêque et par une effusion renouvelée de l’Esprit Saint, deviendrez prêtres. Je vous dis certaines choses simples, mais que je considère importantes pour votre avenir et pour celui des âmes qui vous seront confiées. Aimez Dieu et vos frères, soyez généreux, fervents dans la célébration des sacrements, dans la prière, surtout dans l’adoration, et dans le ministère. Soyez proches de votre troupeau, donnez votre temps et votre énergie à tous, sans vous ménager, sans faire de différences, comme nous l’enseignent le côté transpercé du Crucifié et l’exemple des saints. À cet égard, rappelez-vous que l’Église, au cours de son histoire millénaire, a eu – et a encore aujourd’hui – de merveilleuses figures de sainteté sacerdotale : depuis les communautés des origines, elle a engendré et connu, parmi ses prêtres, des martyrs, des apôtres infatigables, des missionnaires et des champions de la charité. Profitez pleinement de toute cette richesse : intéressez-vous à leur histoire, étudiez leur vie et leurs œuvres, imitez leurs vertus, laissez-vous enflammer par leur zèle, invoquez souvent et avec insistance leur intercession ! Notre monde propose trop souvent des modèles de réussite et de prestige discutables et inconsistants. Ne vous laissez pas séduire ! Regardez plutôt l’exemple solide et les fruits de l’apostolat, souvent caché et humble, de ceux qui ont servi le Seigneur et leurs frères avec foi et dévouement, et perpétuez leur mémoire par votre fidélité.
Confions-nous enfin tous à la protection maternelle de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère des prêtres et Mère de l’espérance : qu’elle accompagne et soutienne nos pas, afin que chaque jour nous puissions configurer toujours davantage notre cœur à celui du Christ, Pasteur suprême et éternel.
27 juin 2025 – Message du Pape Léon XIV aux prêtres du monde.
Chers frères dans le sacerdoce !
En cette Journée de la sanctification des prêtres, que nous célébrons en la solennité du Sacré-Cœur de Jésus, je m'adresse à chacun de vous avec un cœur reconnaissant et plein de confiance.
Le Cœur du Christ, transpercé par amour, est la chair vivante et vivifiante qui accueille chacun de nous, nous transformant à l'image du Bon Pasteur. C'est là que l'on comprend la véritable identité de notre ministère : ardents de la miséricorde de Dieu, nous sommes les témoins joyeux de son amour qui guérit, accompagne et rachète.
La fête d'aujourd'hui renouvelle donc dans nos cœurs l'appel à nous donner totalement au service du peuple saint de Dieu. Cette mission commence par la prière et se poursuit dans l'union avec le Seigneur, qui ravive continuellement en nous son don : la sainte vocation au sacerdoce.
Se souvenir de cette grâce, comme l’affirme saint Augustin, signifie entrer dans un « sanctuaire vaste et sans fond » (cf. Confessions, X, 8. 15), qui ne se contente pas de conserver quelque chose du passé, mais rend toujours nouveau et actuel ce qui y est déposé. Ce n'est qu'en faisant mémoire que nous vivons et faisons revivre ce que le Seigneur nous a confié, en nous demandant de le transmettre à notre tour en son nom. La mémoire unifie nos cœurs dans le Cœur du Christ et notre vie dans la vie du Christ, de telle sorte que nous devenons capables d'apporter au peuple saint de Dieu la Parole et les Sacrements du salut, pour un monde réconcilié dans l'amour. Ce n'est que dans le cœur de Jésus que nous trouvons notre véritable humanité d'enfants de Dieu et de frères entre nous. Pour ces raisons, je voudrais aujourd'hui vous adresser une invitation pressante : soyez des artisans d'unité et de paix !
Dans un monde marqué par des tensions croissantes, même au sein des familles et des communautés ecclésiales, le prêtre est appelé à promouvoir la réconciliation et à générer la communion. Être des artisans d'unité et de paix signifie être des pasteurs capables de discernement, habiles dans l'art de composer les fragments de vie qui nous sont confiés, pour aider les personnes à trouver la lumière de l'Évangile au milieu des tourments de l'existence ; cela signifie être des lecteurs avisés de la réalité, en allant au-delà des émotions du moment, des peurs et des modes ; cela signifie offrir des propositions pastorales qui engendrent et régénèrent la foi en construisant de bonnes relations, des liens de solidarité, des communautés où brille le style de la fraternité. Être des artisans d'unité et de paix signifie ne pas s'imposer, mais servir. En particulier, la fraternité sacerdotale devient un signe crédible de la présence du Ressuscité parmi nous lorsqu'elle caractérise le cheminement commun de nos prebyteriums.
Je vous invite donc à renouveler aujourd'hui, devant le Cœur du Christ, votre « oui » à Dieu et à son peuple saint. Laissez-vous façonner par la grâce, gardez le feu de l'Esprit reçu lors de votre ordination afin que, unis à Lui, vous puissiez être sacrement de l'amour de Jésus dans le monde. N'ayez pas peur de votre fragilité : le Seigneur ne cherche pas en effet des prêtres parfaits, mais des cœurs humbles, disposés à la conversion et prêts à aimer comme Lui-même nous a aimés.
Très chers frères prêtres, le Pape François nous a proposé à nouveau la dévotion au Sacré-Cœur comme lieu de rencontre personnelle avec le Seigneur (cf. Lett. enc. Dilexit nos, n. 103), donc comme lieu où apporter et résoudre nos conflits intérieurs et ceux qui déchirent le monde contemporain, car « en Lui, nous devenons capables d'entrer en relation de manière saine et heureuse et de construire dans ce monde le Royaume de l'amour et de la justice. Notre cœur uni à celui du Christ est capable de ce miracle social » (ibid., n. 28).
Au cours de cette Année Sainte, qui nous invite à être des pèlerins de l'espérance, notre ministère sera d'autant plus fécond qu'il sera enraciné dans la prière, le pardon, la proximité avec les pauvres, les familles, les jeunes en quête de vérité. Ne l'oubliez pas : un prêtre saint fait fleurir la sainteté autour de lui.
Je vous confie à Marie, Reine des Apôtres et Mère des prêtres, et je vous bénis de tout cœur.
Du Vatican, le 27 juin 2025
LÉON PP. XIV
2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 2ème partie
Comment trouver le courage de choisir ? Où pouvons-nous trouver le courage de choisir et de prendre des décisions judicieuses ? Le choix est un acte humain fondamental. En l’observant attentivement, nous comprenons qu’il ne s’agit pas seulement de choisir quelque chose, mais de choisir quelqu’un. Lorsque nous choisissons, au sens fort, nous décidons qui nous voulons devenir. Le choix par excellence, en effet, est la décision concernant notre vie : quel homme veux-tu être ? Quelle femme veux-tu être ? Très chers jeunes, on apprend à choisir à travers les épreuves de la vie, et avant tout en se rappelant que nous avons été choisis. Cette mémoire doit être explorée et éduquée. Nous avons reçu la vie gratuitement, sans l’avoir choisie ! À notre origine, il n’y a pas eu notre décision, mais un amour qui nous a voulus. Au cours de l’existence, celui qui nous aide à reconnaître et à renouveler cette grâce dans les choix que nous sommes appelés à faire se révèle être un véritable ami.
Chers jeunes, vous avez bien dit : “choisir, c’est aussi renoncer à autre chose, et cela nous bloque parfois”. Pour être libres, il faut partir d’une base stable, du roc qui soutient nos pas. Ce roc est un amour qui nous précède, nous surprend et nous dépasse infiniment : c’est l’amour de Dieu. C’est pourquoi, devant Lui, le choix devient un jugement qui n’enlève aucun bien, mais conduit toujours au meilleur.
Le courage de choisir vient de l’amour que Dieu nous manifeste dans le Christ. C’est Lui qui nous a aimés de tout son être, en sauvant le monde et en nous montrant ainsi que le don de la vie est le chemin pour réaliser notre personne. C’est pourquoi la rencontre avec Jésus correspond aux attentes les plus profondes de notre cœur, car Jésus est l’Amour de Dieu fait homme.
À ce sujet, il y a vingt-cinq ans, ici même où nous nous trouvons, saint Jean-Paul II disait : « c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur; c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait ; c’est lui, la beauté qui vous attire tellement ; c’est lui qui vous provoque par la soif de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis ; c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie ; c’est lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer » (Veillée de prière lors de la 15ème Journée Mondiale de la Jeunesse, 19 août 2000). La peur fait place alors à l’espérance, car nous sommes certains que Dieu mène à bien ce qu’il commence.
Nous reconnaissons sa fidélité dans les paroles de ceux qui aiment vraiment, parce qu’ils ont été vraiment aimés. « Tu es ma vie, Seigneur » : c’est ce que prononcent avec joie et liberté un prêtre et une consacrée : “Tu es ma vie, Seigneur”. “Je te prends pour épouse et pour époux”: c’est la phrase qui transforme l’amour d’un homme et d’une femme en signe efficace de l’amour de Dieu. Voici des choix radicaux, des choix pleins de sens : le mariage, l’ordre sacré, la consécration religieuse expriment le don de soi, libre et libérateur, qui nous rend vraiment heureux. Et c’est là que nous trouvons le bonheur, lorsque nous apprenons à nous donner nous-mêmes. Donner sa vie pour les autres.
Ces choix donnent un sens à notre vie, la transformant à l’image de l’Amour parfait, qui l’a créée et rachetée de tout mal, même de la mort.
Trouvons le courage de faire des choix difficiles et dire à Jésus : “Tu es ma vie, Seigneur”. “ Seigneur, Tu es ma vie”.
25 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux 360 Servants d’autel français venus à Rome
C’est un grand cadeau du Ciel que vous soyez ici cette année ! Je vous invite à le saisir en vivant intensément les activités qui vous sont proposées, mais surtout en prenant le temps de parler à Jésus dans le secret du cœur et de l’aimer de plus en plus. Il n’a pour seul désir que de faire partie de votre vie pour l’illuminer de l’intérieur, devenir votre meilleur ami, le plus fidèle. La vie devient belle et heureuse avec Jésus. Mais Il attend votre réponse. Il frappe à la porte et Il attend pour entrer : « Je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). Être “près” de Jésus, Lui le Fils de Dieu, entrer dans son amitié ! : quel destin inespéré ! Quel bonheur ! Quelle consolation ! Quelle espérance pour l’avenir !
L’espérance est justement le thème de cette Année Sainte. Peut-être percevez-vous à quel point nous avons besoin d’espérer. Vous entendez certainement que le monde va mal, confronté à des défis de plus en plus graves et inquiétants. Il se peut que vous soyez touchés, vous-mêmes ou dans votre entourage, par la souffrance, la maladie ou le handicap, l’échec, la perte d’un être cher ; et, face à l’épreuve, votre cœur est dans la tristesse et dans l’angoisse. Qui viendra à notre secours ? Qui aura pitié de nous ? Qui viendra nous sauver ?... Non seulement de nos peines, de nos limites et de nos fautes, mais aussi de la mort elle-même ?
La réponse est parfaitement claire et retentit dans l’Histoire depuis 2000 ans : Jésus seul vient nous sauver, et personne d’autre : parce que seul Il en a le pouvoir – Il est Dieu-tout-puissant en personne –, et parce qu’Il nous aime. Saint Pierre l’a dit avec force : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12). N’oubliez jamais cette parole, chers amis, gravez-la dans votre cœur ; et mettez Jésus au centre de votre vie. Je vous souhaite de repartir de Rome plus proches de Lui, plus que jamais décidés à L’aimer et à Le suivre, et ainsi mieux armés d’espérance pour parcourir la vie qui s’ouvre devant vous. Cette espérance sera toujours dans les moments difficiles de doute, de découragement et de tempête, comme une ancre solide, jetée vers le ciel (cf. He 6, 19), qui vous permettra de continuer la route.
Il y a une preuve certaine que Jésus nous aime et nous sauve : Il a donné sa vie pour nous en l’offrant sur la croix. En effet, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (cf. Jn 15, 13). Et voilà la chose la plus merveilleuse de notre foi catholique, une chose que personne n’aurait pu imaginer ni espérer : Dieu, le créateur du ciel et de la terre, a voulu souffrir et mourir pour les créatures que nous sommes. Dieu nous a aimés à en mourir ! Pour le réaliser, Il est descendu du ciel, Il s’est abaissé jusqu’à nous en se faisant homme, et Il s’est offert sur la croix en sacrifice, l’évènement le plus important de l’histoire du monde. Qu’avons-nous à craindre d’un tel Dieu qui nous a aimés à ce point ? Que pouvions-nous espérer de plus ? Qu’attendons-nous pour l’aimer en retour comme il le mérite ? Glorieusement ressuscité, Jésus est vivant auprès du Père, il prend désormais soin de nous et nous communique sa vie impérissable.
Et l’Église, de génération en génération, garde soigneusement mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur dont elle est témoin, comme son trésor le plus précieux. Elle la garde et la transmet en célébrant l’Eucharistie que vous avez la joie et l’honneur de servir. L’Eucharistie est le Trésor de l’Église, le Trésor des Trésors. Dès le premier jour de son existence, et ensuite pendant des siècles, l’Église a célébré la Messe, de dimanche en dimanche, pour se souvenir de ce que son Seigneur a fait pour elle. Entre les mains du prêtre et à ses paroles, “ceci est mon Corps, ceci est mon Sang”, Jésus donne encore sa vie sur l’Autel, Il verse encore son Sang pour nous aujourd’hui. Chers Servants d’Autel, la célébration de la Messe, nous sauve aujourd’hui ! Elle sauve le monde aujourd’hui ! Elle est l’événement le plus important de la vie du chrétien et de la vie de l’Église, car elle est le rendez-vous où Dieu se donne à nous par amour, encore et encore. Le chrétien ne va pas à la Messe par devoir, mais parce qu’il en a besoin, absolument ! ; le besoin de la vie de Dieu qui se donne sans retour !
Chers amis, je vous remercie de votre engagement : il est un très grand et généreux service que vous rendez à votre paroisse, et je vous encourage à persévérer fidèlement. Lorsque vous approchez de l’Autel, ayez toujours à l’esprit la grandeur et la sainteté de ce qui est célébré. La Messe est un moment de fête et de joie. Comment, en effet, ne pas avoir le cœur dans la joie en présence de Jésus ? Mais la Messe est, en même temps, un moment sérieux, solennel, empreint de gravité. Puissent votre attitude, votre silence, la dignité de votre service, la beauté liturgique, l’ordre et la majesté des gestes, faire entrer les fidèles dans la grandeur sacrée du Mystère.
Je forme aussi le vœu que vous soyez attentifs à l’appel que Jésus pourrait vous adresser à le suivre de plus près dans le sacerdoce. Je m’adresse à vos consciences de jeunes, enthousiastes et généreux, et je vais vous dire une chose que vous devez entendre, même si elle doit vous inquiéter un peu : le manque de prêtres en France, dans le monde, est un grand malheur ! Un malheur pour l’Église. Puissiez-vous, peu à peu, de dimanche en dimanche, découvrir la beauté, le bonheur et la nécessité d’une telle vocation. Quelle vie merveilleuse que celle du prêtre qui, au cœur de chacune de ses journées, rencontre Jésus d’une manière tellement exceptionnelle et le donne au monde !
17 septembre 2025 - Lettre du Pape Léon XIV aux séminaristes du grand Séminaire de Trujillo
Votre première tâche : être avec le Seigneur, vous laisser former par Lui, Le connaître et L’aimer pour devenir semblables à Lui. C’est pourquoi l’Église a toujours voulu que les séminaires existent : des lieux où l’on garde cette expérience et où se préparent ceux qui seront envoyés pour servir le peuple saint de Dieu. De là jaillissent aussi les attitudes que je souhaite partager avec vous, car elles ont toujours constitué le fondement solide du ministère sacerdotal.
Avant toute chose, il est nécessaire de laisser le Seigneur éclairer nos motivations et purifier nos intentions (cf. Rm 12, 2). Le sacerdoce ne peut se réduire à « obtenir l’ordination » comme s’il s’agissait d’un but extérieur ou d’une solution facile à ses problèmes personnels. Ce n’est pas une fuite devant ce qu’on ne veut pas affronter, ni un refuge contre les difficultés affectives, familiales ou sociales ; ce n’est ni une promotion ni un abri, mais le don total de soi. Seul celui qui est libre peut se donner : lié par l’intérêt ou la peur, nul ne se donne vraiment, car « la volonté n’est vraiment libre que lorsqu’elle n’est pas esclave » (saint Augustin, Cité de Dieu, XIV, 11, 1). L’essentiel n’est pas d’être « ordonné », mais de devenir véritablement prêtre.
Vu selon les critères du monde, le ministère se confond avec un droit personnel, une position à distribuer ; il devient une simple prérogative ou une fonction bureaucratique. En réalité, il naît du choix du Seigneur (cf. Mc 3, 13), qui appelle avec une prédilection particulière certains hommes à partager Son ministère de salut, afin qu’ils reproduisent en eux Son image et témoignent sans cesse de Sa fidélité et de Son amour. Ceux qui recherchent le sacerdoce pour des raisons superficielles se trompent de fondement et bâtissent sur le sable (cf. Mt 7, 26-27).
La vie au séminaire est un chemin de rectification intérieure. Il faut laisser le Seigneur examiner nos cœurs et manifester clairement ce qui motive nos décisions. La droiture d’intention consiste à pouvoir dire chaque jour, avec simplicité et vérité : « Seigneur, je veux être ton prêtre, non pour moi-même, mais pour ton peuple. » Cette transparence se cultive par la confession fréquente, la direction spirituelle sincère et l’obéissance confiante envers ceux qui accompagnent notre discernement. L’Église demande des séminaristes au cœur pur, qui cherchent le Christ sans duplicité et ne se laissent pas emprisonner par l’égoïsme ou la vanité.
Cela exige un discernement continu. La sincérité devant Dieu et devant les formateurs protège de l’autojustification et aide à corriger en temps voulu ce qui n’est pas conforme à l’Évangile. Le séminariste qui apprend à vivre dans cette clarté devient un homme mûr, libéré de l’ambition et du calcul humain, libre de se donner sans réserve. Ainsi, l’ordination sera la confirmation joyeuse d’une vie façonnée par le Christ dès le séminaire, et le commencement d’un chemin authentique.
Le cœur du séminariste se forme dans la relation personnelle avec Jésus. La prière n’est pas un exercice secondaire : c’est en elle que l’on apprend à reconnaître Sa voix et à se laisser conduire par Lui. Celui qui ne prie pas ne connaît pas le Maître ; et celui qui ne Le connaît pas ne peut ni L’aimer vraiment ni se configurer à Lui. Le temps passé en prière est l’investissement le plus fécond de la vie : c’est là que le Seigneur façonne nos sentiments, purifie nos désirs et fortifie notre vocation. Ceux qui ne parlent pas assez avec Dieu ne peuvent pas parler de Dieu ! Le Christ se laisse rencontrer de manière privilégiée dans l’Écriture sainte, qu’il faut aborder avec révérence et foi, en cherchant l’Ami qui s’y révèle.
Là, ceux qui se préparent au sacerdoce découvrent comment le Christ pense, comment Il voit le monde, comment Il se laisse toucher par les pauvres ; peu à peu, ils adoptent Ses critères et Ses attitudes. « Nous devons regarder Jésus, la compassion avec laquelle Il voit notre humanité blessée, la gratuité avec laquelle Il a offert Sa vie pour nous sur la croix » (François, Lettre aux prêtres du diocèse de Rome, 5 août 2023).
L’Église a toujours reconnu que la rencontre avec le Seigneur devait s’enraciner dans l’intelligence et devenir doctrine. C’est pourquoi l’étude est un chemin indispensable pour que la foi devienne solide, raisonnée et capable d’éclairer les autres. Celui qui se forme pour le sacerdoce ne se livre pas à l’étude pour une érudition vaine, mais par fidélité à sa vocation. Le travail intellectuel, surtout théologique, est une forme d’amour et de service nécessaire à la mission, toujours en pleine communion avec le Magistère. Sans étude sérieuse, il n’y a pas de véritable ministère pastoral, car celui-ci consiste à conduire les personnes à connaître et aimer le Christ et, en Lui, à trouver le salut. On rapporte qu’un séminariste demanda à saint Alberto Hurtado en quelle matière il devait se spécialiser ; le saint répondit : « Spécialise-toi en Jésus-Christ ! » Voilà la voie la plus sûre : faire de l’étude un moyen de s’unir plus intimement au Seigneur et de Le proclamer avec clarté.
Prière et recherche de la vérité ne sont pas deux chemins parallèles, mais une seule route qui conduit au Maître. Une piété sans doctrine devient une sentimentalité fragile ; une doctrine sans prière devient stérile et froide. Nourrissez-les toutes deux avec équilibre et passion : c’est seulement ainsi que vous pourrez proclamer authentiquement ce que vous vivez et vivre avec cohérence ce que vous proclamez. Lorsque l’esprit s’ouvre à la vérité révélée et que le cœur s’enflamme dans la prière, la formation porte du fruit et prépare à un sacerdoce solide et lumineux.
La vie spirituelle et la vie intellectuelle sont indispensables, mais elles convergent vers l’autel, lieu où l’identité sacerdotale se construit et se manifeste dans sa plénitude (cf. saint Jean XXIII, Sacerdotii Nostri Primordia, II). Là, dans le Saint Sacrifice, le prêtre apprend à offrir sa vie, à l’exemple du Christ sur la croix. En se nourrissant de l’Eucharistie, il découvre l’unité entre ministère et sacrifice et comprend que sa vocation consiste à être un sacrifice uni au Christ (cf. Rm 12, 1). Ainsi, lorsque la croix est assumée comme une part inséparable de la vie, l’Eucharistie cesse d’être seulement un rite : elle devient le véritable centre de l’existence.
L’union avec le Christ dans le sacrifice eucharistique se prolonge dans la paternité sacerdotale, qui engendre non selon la chair, mais selon l’Esprit (cf. 1 Co 4, 14-15). Être père n’est pas une fonction que l’on exerce, c’est un être que l’on devient. Un vrai père ne vit pas pour lui-même, mais pour sa famille : il se réjouit quand ses enfants grandissent, souffre quand ils se perdent, attend quand ils s’égarent (cf. 1 Th 2, 11-12). De même, le prêtre porte dans son cœur tout le peuple, il intercède pour lui, l’accompagne dans ses luttes et le soutient dans la foi. La paternité sacerdotale consiste à rendre visible le visage du Père, afin que ceux qui rencontrent le prêtre perçoivent intuitivement l’amour de Dieu.
Cette paternité s’exprime dans des attitudes de don : le célibat comme amour indivis pour le Christ et pour Son Église ; l’obéissance comme confiance en la volonté de Dieu ; la pauvreté évangélique comme disponibilité pour tous ; la miséricorde et la force qui accompagnent les blessures et soutiennent dans la souffrance. C’est à ces signes qu’on reconnaît un vrai père, capable de guider ses enfants spirituels vers le Christ avec fermeté et amour. Il n’existe pas de paternité à moitié, pas plus qu’il n’existe de sacerdoce à moitié.
Vous, candidats au sacerdoce, êtes appelés à fuir la médiocrité, au milieu de dangers bien réels : la mondanité qui brouille la vision surnaturelle de la réalité, l’activisme qui épuise, la distraction numérique qui vole l’intériorité, les idéologies qui détournent de l’Évangile et, non moins grave, la solitude de ceux qui cherchent à vivre sans le presbytérat et sans leur évêque. Un prêtre isolé est vulnérable. La fraternité et la communion sacerdotale font partie intégrante de la vocation. L’Église a besoin de pasteurs saints qui se donnent ensemble, non de fonctionnaires solitaires ; c’est seulement ainsi qu’ils seront des témoins crédibles de la communion qu’ils annoncent.
20 octobre 2025 – Discours du Pape à la communauté du Collège pontifical portugais de Rome
Continuez à confier votre vie au Cœur du Seigneur ; approchez-vous toujours plus de Lui et apprenez de Lui la miséricorde.
un prêtre, quelle que soit la mission qui lui est confiée, y trouve toujours une occasion de se configurer au Bon Pasteur : il n’a pas seulement besoin d’un cœur de chair, d’un cœur humain et sage, mais il ressent la nécessité d’un cœur comme celui de Jésus, toujours uni au Père, passionné de l’Église et plein de compassion.
En demeurant en présence du Seigneur, après des journées de travail exigeant, vous pouvez trouver en Lui repos et « recoudre » l’unité de la vie. Demandez-Lui toujours un cœur capable d’aimer l’Église comme Lui, qui « s’est livré pour elle » (Ep 5, 25).
Bien sûr, votre service particulier est complexe et il exige par conséquent un cœur ardent pour Dieu et ouvert pour les hommes ; il demande étude et expertise, abnégation et courage ; il grandit dans la confiance en Jésus et dans la docilité à l’Eglise qui s’exprime par l’obéissance aux supérieurs. Dans les pays où vous œuvrez, lorsque vous rencontrez divers peuples et langues, n’oubliez pas que le premier témoignage à donner est celui de prêtres amoureux du Christ et dévoués à l’édification de son Corps. En servant les communautés ecclésiales, soyez le reflet de l’affection et de la proximité que le Pape éprouve envers chacune d’entre elles, en maintenant un vif sentire cum Ecclesia. Je pense particulièrement à ceux d’entre vous qui œuvrent dans des contextes de difficulté, de conflit et de pauvreté, où les moments de découragement sont nombreux. Précisément dans ces difficultés, rappelez-vous que l’Eglise vous soutient dans la prière: ainsi, renforcez votre identité sacerdotale en puisant dans la force des sacrements, la communauté fraternelle et la docilité constante à l’Esprit Saint.
Je voudrais conclure par un mot adressé aux jeunes du Pérou, de Pologne, d’Italie et du monde entier. Le témoignage des martyrs de Chimbote montre que la vie porte ses fruits dans la mesure où elle s’ouvre à l’appel de Dieu. Michał avait à peine trente ans et Zbigniew trente-trois ; ils n’avaient que quelques années de ministère derrière eux, et pourtant, dans cette jeunesse parfois considérée comme inexpérimentée ou fragile, Dieu a rappelé une fois de plus à son Église que la fécondité de la mission ne dépend pas de la durée du chemin, mais de la fidélité avec laquelle on le parcourt.
C’est de cette certitude que jaillit mon invitation. Jeunes, n’ayez pas peur de l’appel du Seigneur ! Que ce soit à la prêtrise, à la vie consacrée ou même à la mission ad gentes, pour aller là où le Christ n’est pas encore connu. J’invite également le clergé – en particulier les jeunes prêtres – à considérer avec générosité la possibilité de se proposer comme fidei donum, à l’exemple du bienheureux Alessandro ; et j’encourage les évêques à soutenir l’ardeur des jeunes prêtres et à venir en aide aux Églises les plus nécessiteuses en envoyant fraternellement des ministres qui prolongent la charité pastorale du Christ là où elle est le plus nécessaire.
Que la mémoire de ces témoins illumine le chemin de l’Église en pèlerinage à Chimbote et de tous ceux qui, dans le monde entier, désirent suivre et imiter notre Sauveur avec un cœur généreux. Avec ces vœux, que je confie à la protection maternelle de la Bienheureuse Vierge Marie, Reine des martyrs, je vous donne de tout cœur ma Bénédiction.
Vatican, le 26 novembre 2025 LEÓN PP. XIV
28 novembre 2025 – Discours du Pape avec les Evêques, prêtres, diacres, consacrés, à la cathédrale Saint Esprit, d’Istanbul.
C’est une grande joie pour moi d’être ici parmi vous. Je remercie le Seigneur qui m’accorde, lors de mon premier Voyage Apostolique, de visiter cette “terre sainte” qu’est la Türkiye, sur laquelle l’histoire du peuple d’Israël rencontre le christianisme naissant, où l’Ancien et le Nouveau Testament s’étreignent et les pages de nombreux Conciles s’écrivent.
La foi qui nous unit a des racines lointaines : obéissant à l’appel de Dieu, en effet, Abraham notre père se mit en route depuis Ur en Chaldée, pour ensuite partir de la région de Carran, au sud de l’actuelle Türkiye, vers la Terre promise (cf. Gn 12, 1). Une fois les temps accomplis, après la mort et la résurrection de Jésus, ses disciples se dirigèrent également vers l’Anatolie, et à Antioche – où par la suite saint Ignace fut évêque – ils furent appelés pour la première fois “chrétiens” (cf. Ac 11, 26). C’est à partir de cette ville que saint Paul entreprit certains de ses voyages apostoliques, en fondant de nombreuses communautés. Et c’est encore sur les côtes de la péninsule anatolienne, à Éphèse, que, selon certaines sources anciennes, l’évangéliste Jean, le disciple bien-aimé du Seigneur, aurait séjourné et serait mort (cf. saint Irénée, Adversus Haereses, III, 3, 4 ; Eusèbe de Césarée, Historia Ecclesiastica, V, 24, 3).
Nous nous souvenons par ailleurs avec admiration du grand passé byzantin, de l’élan missionnaire de l’Église de Constantinople et de la diffusion du christianisme dans tout le Levant. Aujourd’hui encore, de nombreuses communautés chrétiennes de rite oriental, telles que les Arméniens, les Syriens et les Chaldéens, mais aussi celles de rite latin vivent en Türkiye. Le Patriarcat Œcuménique continue à être un point de référence tant pour ses fidèles grecs que pour ceux qui appartiennent à d’autres confessions orthodoxes.
Très chers amis, vous aussi vous êtes issus de la richesse de cette longue histoire.
Aujourd’hui, c’est vous la Communauté appelée à cultiver la semence de la foi qui nous a été transmise par Abraham, par les Apôtres et par les Pères. L’histoire qui vous précède n’est pas simplement quelque chose à se rappeler avant de l’archiver dans un passé glorieux, tandis que nous regardons résignés le fait que l’Église catholique est devenue numériquement plus petite. Au contraire, nous sommes invités à adopter le regard évangélique, éclairé par l’Esprit Saint.
Quand nous regardons avec les yeux de Dieu, nous découvrons qu’Il a choisi la voie de la petitesse pour descendre parmi nous. Tel est le style du Seigneur que nous sommes tous appelés à témoigner : les prophètes annoncent la promesse de Dieu en parlant d’un petit bourgeon qui se dressera (cf. Is 11, 1), et Jésus loue les petits qui ont confiance en Lui (cf. Mc 10, 13-16), affirmant que le Royaume de Dieu ne s’impose pas en attirant l’attention (cf. Lc 17, 20-21), mais se développe comme la plus petite de toutes les semences plantées dans le sol (cf. Mc 4, 31).
Cette logique de la petitesse est la véritable force de l’Église. Celle-ci, en effet, ne réside pas dans ses ressources ni ses structures, pas plus que les fruits de sa mission ne proviennent du consensus numérique, de la puissance économique ou de l’importance sociale. Au contraire, l’Église vit de la lumière de l’Agneau et, rassemblée autour de Lui, elle est lancée sur les routes du monde par la puissance de l’Esprit Saint. Dans cette mission, elle est constamment appelée à s’en remettre à la promesse du Seigneur : « Ne craignez point, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner son royaume » (Lc 12, 32). À ce propos, rappelons-nous ces paroles du Pape François : « Dans une communauté chrétienne où les fidèles, les prêtres, les évêques ne prennent pas cette voie de la petitesse, il n’y a pas d’avenir, [...] le Royaume de Dieu germe dans le petit, toujours dans le petit » (Homélie à Santa Marta, 3 décembre 2019).
L’Église qui vit en Türkiye est une petite communauté qui reste pourtant féconde comme la semence et le levain du Royaume. C’est pourquoi je vous encourage à cultiver une attitude spirituelle d’espérance confiante, fondée sur la foi et l’union avec Dieu. Il est en effet nécessaire de témoigner avec joie de l’Évangile et de regarder l’avenir avec espérance. Certains signes de cette espérance sont déjà bien présents. Demandons donc au Seigneur la grâce de savoir les reconnaître et de les cultiver. Quant aux autres, ce sera sans doute à nous de les exprimer de manière créative, en persévérant dans la foi et dans le témoignage.
Parmi les signes les plus beaux et les plus prometteurs, je pense aux nombreux jeunes qui frappent à la porte de l’Église catholique, en lui présentant leurs questions et leurs inquiétudes. À cet égard, je vous exhorte à poursuivre le travail pastoral rigoureux que vous menez à bien. Je vous encourage également à écouter, à accompagner les jeunes, à prendre soin des sphères dans lesquelles l’Église en Türkiye est appelée à œuvrer de manière particulière : le dialogue œcuménique et interreligieux, la transmission de la foi à la population locale, le service pastoral aux réfugiés et aux migrants.
Ce dernier aspect mérite une réflexion. La présence très importante de migrants et de réfugiés dans ce pays pose en effet à l’Église le défi de l’accueil et du service de ceux qui sont parmi les plus vulnérables. En même temps, cette Église est composée d’étrangers et beaucoup d’entre vous – prêtres, religieuses, agents pastoraux – viennent également d’autres pays. Cela exige de votre part un engagement particulier en faveur de l’inculturation, afin que la langue, les usages et les coutumes de la Türkiye deviennent toujours plus les vôtres. La communication de l’Évangile passe en effet par cette inculturation.
Je ne veux pas oublier, non plus, que c’est sur votre terre que furent célébrés les huit premiers Conciles Œcuméniques. Cette année marque le 1700e anniversaire du premier Concile de Nicée, « pierre angulaire du cheminement de l’Église et de l’humanité tout entière » (François, Discours à la Commission théologique internationale, 28 novembre 2024), un événement toujours actuel qui nous lance certains défis que je voudrais mentionner.
Le premier est l’importance de saisir l’essence de la foi et le fait d’être chrétiens. Autour du Symbole de la foi, l’Église à Nicée a retrouvé l’unité (cf. Spes non confundit.Bulle d’indiction du Jubilé ordinaire de l’année 2025, n. 17). Il ne s’agit donc pas seulement d’une formule doctrinale, mais d’une invitation à rechercher toujours, au sein même des différentes sensibilités, spiritualités et cultures, l’unité et l’essentialité de la foi chrétienne centrées sur le Christ et sur la Tradition de l’Église. Nicée nous invite encore aujourd’hui à réfléchir à cette question : qui est Jésus pour nous ? Que signifie, dans son essence même, être chrétien ? Le Symbole de la foi, professé de manière unanime et commune, devient ainsi un critère pour le discernement, une boussole, un pivot autour duquel doivent s’articuler notre croyance et notre action. Et à propos du lien entre la foi et les œuvres, je voudrais remercier les organisations internationales, notamment Caritas Internationalis et Kirche in Not, pour leur soutien aux activités caritatives de l’Église et surtout pour l’aide apportée aux victimes du tremblement de terre en 2023.
Le second défi concerne l’urgence de redécouvrir dans le Christ le visage de Dieu le Père. Nicée affirme la divinité de Jésus et son égalité avec le Père. En Jésus, nous trouvons le vrai visage de Dieu et sa parole définitive sur l’humanité et sur l’histoire. Cette vérité remet constamment en question nos représentations de Dieu, lorsqu’elles ne correspondent pas à ce que Jésus nous a révélé, et nous invite à un constant discernement critique sur les formes de notre foi, de notre prière, de notre vie pastorale et de notre spiritualité en général. Mais il existe encore un autre défi, que je qualifierais de “retour de l’arianisme”, présent dans la culture actuelle et parfois parmi les croyants eux-mêmes : lorsque l’on regarde Jésus avec une admiration humaine, peut-être même avec un esprit religieux, mais sans le considérer vraiment comme le Dieu vivant et vrai présent parmi nous. Son identité de Dieu, Seigneur de l’histoire, est en quelque sorte occultée et on se limite à le considérer comme un grand personnage historique, un maître sage, un prophète qui a lutté pour la justice, mais rien de plus. Nicée nous le rappelle : Jésus-Christ n’est pas une figure du passé, il est le Fils de Dieu présent parmi nous, qui guide l’histoire vers l’avenir que Dieu nous a promis.
Enfin, un troisième défi : la médiation de la foi et le développement de la doctrine. Dans un contexte culturel complexe, le Symbole de Nicée a réussi à transmettre l’essence de la foi à travers les catégories culturelles et philosophiques de son époque. Cependant, quelques décennies plus tard, lors du premier Concile de Constantinople, nous voyons que celui-ci est approfondi et étoffé et, c’est précisément grâce à l’approfondissement de la doctrine, qu’une nouvelle formulation est élaborée : le Symbole de Nicée-Constantinople, celui qui est couramment professé dans nos célébrations dominicales. Là encore, nous en retirons une grande leçon : il est toujours nécessaire de transmettre la foi chrétienne à travers des langages et des catégories du contexte dans lequel nous vivons, comme l’ont fait les Pères à Nicée et lors des autres Conciles. En même temps, nous devons distinguer le cœur de la foi des formules et des formes historiques qui l’expriment, lesquelles restent toujours partielles et provisoires et peuvent changer au fur et à mesure que nous approfondissons la doctrine.
Rappelons que le nouveau docteur de l’Église, saint John Henry Newman, insiste sur le développement de la doctrine chrétienne, car celle-ci n’est pas une idée abstraite et statique, mais elle reflète le mystère même du Christ : il s’agit donc du développement interne d’un organisme vivant, qui met en lumière et explicite mieux le noyau fondamental de la foi.
Chers amis, avant de prendre congé, je voudrais évoquer la figure qui vous est si chère de saint Jean XXIII qui a aimé et servi ce peuple en affirmant : “J’aime répéter ce que je ressens dans mon cœur : j’aime ce pays et ses habitants” (cf. Journal de l’âme, 234). Et, tout en observant depuis la fenêtre de la maison des Jésuites les pêcheurs du Bosphore affairés autour de leurs bateaux et de leurs filets, il écrivait : « Ce spectacle m’émeut. L’autre nuit, vers une heure du matin, il pleuvait à verse, mais les pêcheurs étaient là, intrépides, accomplissant leur rude labeur. [...] Imiter les pêcheurs du Bosphore, travailler jour et nuit à la lueur des torches, chacun sur son petit bateau, sous les ordres des chefs spirituels : tel est notre devoir grave et sacré » (Journal de l’âme, 235).
Je vous souhaite d’être animés par cette passion, de conserver la joie de la foi et de travailler comme des pêcheurs intrépides dans la barque du Seigneur. Que Marie Très Sainte, la Theotokos, intercède pour vous et vous protège.
30 Novembre 2025 - Message vidéo du Pape Léon XIV, aux participants de l'Australian Catholic Youth Festival (ACYF) [Melbourne (Victoria), 30 novembre - 2 décembre 2025
Je suis sûr que le Seigneur appelle certains d’entre vous à le servir dans le sacerdoce ou dans la vie consacrée. Ayez le courage de dire « oui » !
C’est avec une grande joie que je vous rencontre au cours de ce voyage, dont la devise est « Heureux les artisans de paix » (Mt 5, 9). L’Église au Liban, unie dans ses multiples visages, est une icône de ces paroles. Saint Jean-Paul II l’affirmait, lui qui était si attaché à votre peuple. Il disait : « Dans le Liban d’aujourd’hui, vous êtes responsables de l’espérance » (Message aux citoyens du Liban, 1er mai 1984) ; et il ajoutait : « Créez, là où vous vivez et travaillez, une ambiance fraternelle. Sans ingénuité, sachez faire confiance aux autres et soyez inventifs pour faire triompher la force régénératrice du pardon et de la miséricorde » (ibid.).
Les témoignages que nous avons entendus – merci à chacun d’entre vous ! – montrent que ces paroles n’ont pas été vaines, mais qu’elles ont au contraire trouvé une écoute et une réponse, car ici on continue à construire la communion dans la charité.
Dans les paroles du Patriarche, que je remercie chaleureusement, nous pouvons saisir la racine de cette constance, symbolisée par la grotte silencieuse où saint Charbel priait devant l’image de la Mère de Dieu ; et par ce sanctuaire de Harissa, signe d’unité pour tout le peuple libanais. En demeurant avec Marie près de la croix de Jésus (cf. Jn 19, 25), notre prière, pont invisible qui unit les cœurs, nous donne la force de continuer à espérer et à travailler, même lorsque le bruit des armes gronde aux alentours et que les exigences de la vie quotidienne deviennent un défi.
L’ancre est l’un des symboles contenus dans le “logo” de ce voyage. Le Pape François l’évoquait souvent dans ses discours comme un signe de foi qui permet d’aller toujours plus loin, même dans les moments les plus sombres, jusqu’au ciel. Il disait : « Notre foi est une ancre dans le ciel. Notre vie est ancrée au ciel. Que devons-nous faire ? Nous agripper à la corde [...]. Et nous avançons, car nous sommes certains que notre vie a comme une ancre dans le ciel, sur la rive où nous parviendrons » (Audience générale, 26 avril 2017). Si nous voulons construire la paix, ancrons-nous au ciel et, fermement orientés vers lui, aimons sans craindre de perdre ce qui passe, et donnons sans mesure.
L’amour grandit à partir de ces racines, solides et profondes comme celles des cèdres, et, avec l’aide de Dieu, des œuvres concrètes et durables de solidarité voient le jour.
Le Père Youhanna nous a parlé de Debbabiyé, le petit village où il exerce son ministère. Là-bas, malgré l’extrême pauvreté et sous la menace des bombardements, chrétiens et musulmans, Libanais et réfugiés venus de l’autre côté de la frontière, cohabitent pacifiquement et s’aident réciproquement. Arrêtons-nous sur l’image qu’il a lui-même proposée : la pièce syrienne trouvée avec les pièces libanaises dans le sac des aumônes. C’est important : cela nous rappelle que, dans la charité, chacun a quelque chose à donner et à recevoir, et que le fait de nous donner réciproquement enrichit chacun et nous rapproche de Dieu. Le Pape Benoît XVI, lors de son voyage dans ce pays, disait en parlant de la puissance unificatrice de l’amour y compris dans les moments d’épreuve : « C’est justement maintenant qu’il faut célébrer la victoire de l’amour sur la haine, celle du pardon sur la vengeance, celle du service sur la domination, celle de l’humilité sur l’orgueil, celle de l’unité sur la division, [...] savoir convertir nos souffrances en cri d’amour envers Dieu et de miséricorde envers le prochain » (Discours lors de la visite à la basilique Saint-Paul à Harissa, 14 septembre 2012).
C’est seulement de cette manière que l’on ne reste pas écrasé par les injustices et les abus, même lorsque, comme nous l’avons entendu, on est trahi par des personnes et des organisations qui spéculent sans scrupules sur le désespoir de ceux qui n’ont pas d’alternative. C’est seulement de cette manière que l’on peut recommencer à espérer en l’avenir, malgré la dureté d’un présent difficile à affronter. À ce propos, je pense à la responsabilité que nous avons tous en ce sens, vis-à-vis des jeunes. Il est important de promouvoir leur présence, y compris dans les structures ecclésiales, en appréciant la nouveauté qu’ils apportent et en leur laissant de la place. Et il est nécessaire, même parmi les décombres d’un monde qui connaît de douloureux échecs, de leur offrir des perspectives concrètes et réalisables de renaissance et de croissance pour l’avenir.
Loren nous a parlé de son engagement dans l’aide aux migrants. Elle-même migrante, elle s’engage depuis longtemps à soutenir ceux qui, non par choix mais par nécessité, ont dû tout quitter pour chercher un avenir possible loin de chez eux. L’histoire de James et de Lela, qu’elle a racontée, nous touche profondément et montre l’horreur de ce que la guerre produit dans la vie de tant de personnes innocentes. Le Pape François a rappelé à plusieurs reprises, dans ses discours et ses écrits, que face à de tels drames, nous ne pouvons pas rester indifférents, et que leur souffrance nous concerne et nous interpelle (cf. Homélie lors de la Journée mondiale du migrant et du réfugié, 29 septembre 2019). Leur courage nous parle de la lumière de Dieu qui, comme l’a dit Loren, brille même dans les moments les plus sombres ; par ailleurs, ce qu’ils ont vécu nous oblige à nous engager pour que personne ne soit plus contraint de fuir son pays en raison de conflits absurdes et impitoyables, et pour que ceux qui frappent à la porte de nos communautés ne se sentent jamais rejetés, mais accueillis avec les paroles mêmes de Loren : « Bienvenue chez nous ! ».
Le témoignage de sœur Dima parle de cela également. Face à l’explosion de la violence, elle a choisi de ne pas abandonner le terrain, mais de garder l’école ouverte en faisant de celle-ci un lieu d’accueil pour les réfugiés et un pôle éducatif d’une efficacité extraordinaire.
Dans ses locaux en effet, outre l’assistance et l’aide matérielle, on apprend et on enseigne à partager “le pain, la peur et l’espérance”, à aimer au milieu de la haine, à servir dans la fatigue et à croire en un avenir différent, au-delà de toute attente. L’Église au Liban a toujours soigné l’éducation. Je vous encourage tous à poursuivre cette œuvre louable, en venant en aide surtout à ceux qui sont dans le besoin et n’ont pas de moyens, à ceux qui se trouvent dans des situations extrêmes, en faisant des choix empreints de la plus généreuse charité pour que l’éducation du cœur accompagne toujours la formation de l’esprit. Souvenons-nous que la Croix est notre première école, et que notre seul Maître est le Christ (cf. Mt 23, 10).
À ce propos, le Père Charbel, en parlant de son expérience apostolique dans les prisons, a expliqué que précisément là, en ces lieux où le monde ne voit que des murs et des crimes, nous voyons la tendresse du Père qui ne se lasse jamais de pardonner, dans le regard des détenus, parfois perdus, parfois éclairés par une nouvelle espérance. Et il en est vraiment ainsi : nous voyons le visage de Jésus reflété sur le visage de ceux qui souffrent comme de ceux qui prennent soin des blessures que la vie a causées. Dans un instant, nous allons accomplir le geste symbolique de la remise de la Rose d’or à ce sanctuaire. C’est un geste ancien qui a notamment pour signification de nous exhorter à être parfum du Christ par notre vie (cf. 2 Co 2, 14). Devant cette représentation, je pense au parfum qui s’élève des tables libanaises, typiques par la variété des aliments et par la forte dimension communautaire du partage. C’est un parfum composé de mille parfums qui frappent par leur diversité et parfois dans leur ensemble. Tel est le parfum du Christ. Il ne s’agit pas d’un produit cher réservé à quelques-uns qui peuvent se le permettre, mais il est l’arôme qui se dégage d’une table généreuse sur laquelle se trouvent nombre de plats différents et où tous peuvent se servir ensemble. Tel soit l’esprit du rite que nous allons accomplir, et surtout l’esprit avec lequel nous nous efforçons chaque jour de vivre unis dans l’amour. Merci.
1er décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les jeunes du Liban, sur la place devant le Patriarcat d'Antioche des Maronites (Bkerké)
Vous m’avez demandé où trouver le point d’ancrage pour persévérer dans l’engagement en faveur de la paix. Très chers amis, ce point d’ancrage ne peut être une idée, un contrat ou un principe moral. Le véritable principe d’une vie nouvelle c’est l’espérance qui vient d’en haut : c’est le Christ Lui-même ! Jésus est mort et ressuscité pour le salut de tous. Lui, le Vivant, est le fondement de notre confiance ; Il est le témoin de la miséricorde qui rachète le monde de tout mal. Comme le rappelle saint Augustin en faisant écho à l’apôtre Paul, « c’est toujours en Lui, par Lui que nous avons la paix » (Commentaire sur l’Évangile de Jean, LXXVII, 3). La paix n’est pas authentique si elle n’est que le fruit d’intérêts partisans, mais elle est vraiment sincère lorsque moi, je fais à l’autre ce que je voudrais qu’il me fasse (cf. Mt 7, 12). Bien inspiré, saint Jean-Paul II disait qu’il n’y a « pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon » (Message pour la 35e Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2002). Il en est ainsi : du pardon naît la justice qui est le fondement de la paix.
Votre deuxième question peut alors trouver sa réponse précisément dans cette dynamique. C’est vrai, nous vivons à une époque où les relations personnelles semblent fragiles et sont utilisées comme s’il s’agissait d’objets. Même chez les plus jeunes, quelques fois l’intérêt individuel s’oppose à la confiance dans le prochain, le profit personnel est préféré au dévouement envers l’autre. Ces attitudes rendent superficielles même les paroles aussi belles que celles de l’amitié et de l’amour qui, souvent, sont confondues avec un sentiment de satisfaction égoïste. Si au centre d’une relation d’amitié ou d’amour se trouve le moi, cette relation ne peut être féconde. De même, on n’aime pas vraiment si l’on aime à terme, tant que dure un sentiment. Un amour à durée déterminée est un amour de piètre qualité. Au contraire, l’amitié est véritable lorsqu’elle dit “toi” avant “moi”. Ce regard respectueux et accueillant envers l’autre nous permet de construire un “nous” plus grand, ouvert à la société tout entière, à toute l’humanité. Et l’amour n’est authentique et ne peut durer pour toujours que lorsqu’il reflète la splendeur éternelle de Dieu, Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8). Des relations solides et fécondes se construisent ensemble sur la confiance réciproque, sur ce “pour toujours” qui palpite en toute vocation à la vie familiale et à la consécration religieuse.
8 décembre 2025 – Lettre Apostolique du Pape Léon XIV : Fidélité qui génère l’avenir. A l’occasion du 60ème anniversaire des Décrets du Concile Vatican II Optatam Totius et Presbyterorum Ordinis
1. Une fidélité qui génère l’avenir, voilà ce à quoi les prêtres sont appelés aujourd’hui encore, conscients que persévérer dans la mission apostolique nous offre la possibilité de nous interroger sur l’avenir du ministère et d’aider les autres à ressentir la joie de la vocation sacerdotale. Le 60 e anniversaire du Concile Vatican II, en cette année jubilaire, nous donne l’occasion de contempler à nouveau le don de cette fidélité féconde, en rappelant les enseignements des Décrets Optatam totius et Presbyterorum Ordinis promulgués respectivement le 28 octobre et le 7 décembre 1965. Il s’agit de deux textes nés d’un unique élan de l’Église qui se sent appelée à être signe et instrument d’unité pour tous les peuples, et interpellée à se renouveler, consciente que « le renouveau de l’Église entière, souhaité par tous, dépend pour une grande part du ministère des prêtres animé par l’Esprit du Christ ». [1]
2. Nous ne célébrons pas un anniversaire de papier ! En effet, ces deux documents sont solidement fondés sur la compréhension de l’Église comme Peuple de Dieu en pèlerinage dans l’histoire et ils constituent une pierre milliaire de la réflexion sur la nature et la mission du ministère pastoral, et sur la préparation à celui-ci, et ils conservent au fil du temps une grande fraîcheur et une grande actualité. J’invite donc à en poursuivre la lecture au sein des communautés chrétiennes, et leur étude, dans les séminaires en particulier et dans tous les lieux de préparation et de formation au ministère ordonné.
3. Dans les Décrets Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, bien insérés dans la Tradition doctrinale de l’Église sur le sacrement de l’Ordre, le Concile a attiré l’attention sur le sacerdoce ministériel et a fait émerger le souci des prêtres. L’intention était d’élaborer les conditions nécessaires à la formation des futures générations de prêtres selon le renouveau promu par le Concile, en conservant fermement l’identité ministérielle et en mettant en évidence de nouvelles perspectives qui intègrent la réflexion précédente, dans une optique de sain développement doctrinal. [2] Il faut donc en faire la mémoire vivante, en répondant à l’appel à saisir le mandat que ces décrets ont confié à toute l’Église : redynamiser sans cesse et chaque jour le ministère des prêtres, en puisant des forces de sa racine qui est le lien entre le Christ et l’Église, pour qu’ils soient, avec tous les fidèles et à leur service, des disciples missionnaires selon son Cœur.
4. Dans le même temps, au cours des six décennies qui se sont écoulées depuis le Concile, l’humanité a vécu et continue de vivre des changements qui exigent une vérification constante du chemin parcouru et une actualisation cohérente des enseignements conciliaires. Parallèlement, au cours de ces années, l’Église a été conduite par l’Esprit Saint à développer la doctrine du Concile sur sa nature communautaire selon la forme synodale et missionnaire. [3] C’est dans cette intention que j’adresse la présente Lettre apostolique à tout le Peuple de Dieu, afin de reconsidérer ensemble l’identité et la fonction du ministère ordonné à la lumière de ce que le Seigneur demande aujourd’hui à l’Église, en poursuivant la grande œuvre d’actualisation du Concile Vatican II. Je propose de le faire à travers le prisme de la fidélité, qui est à la fois grâce de Dieu et chemin constant de conversion pour satisfaire avec joie à l’appel du Seigneur Jésus. Je tiens tout d’abord à exprimer ma gratitude pour le témoignage et le dévouement des prêtres qui, partout dans le monde, offrent leur vie, célèbrent le sacrifice du Christ dans l’Eucharistie, annoncent la Parole, absolvent les péchés et se consacrent généreusement, jour après jour, à leurs frères et sœurs en servant la communion et l’unité et en prenant soin, en particulier, de ceux qui souffrent le plus et vivent dans le besoin.
Fidélité et service
5. Toute vocation dans l’Église naît d’une rencontre personnelle avec le Christ, « qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ». [4] Avant tout engagement, avant toute bonne aspiration personnelle, avant tout service, il y a la voix du Maître qui appelle : « Viens et suis-moi » ( Mc 1, 17). Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour (cf. Mc 10, 21). Il ne s’agit pas seulement d’une voix intérieure, mais d’une impulsion spirituelle qui nous parvient souvent à travers l’exemple d’autres disciples du Seigneur et qui prend forme dans un choix de vie courageux. La fidélité à la vocation, surtout dans les moments d’épreuve et de tentation, se renforce lorsque nous n’oublions pas cette voix, lorsque nous sommes capables de nous souvenir avec passion du son de la voix du Seigneur qui nous aime, nous choisit et nous appelle, en nous confiant également à l’accompagnement indispensable de ceux qui sont experts dans la vie de l’Esprit. L’écho de cette Parole est, au fil du temps, le principe de l’unité intérieure avec le Christ qui est fondamentale et incontournable dans la vie apostolique.
6. L’appel au ministère ordonné est un don libre et gratuit de Dieu. La vocation, en effet, n’est pas une contrainte de la part du Seigneur, mais une proposition aimante d’un projet de salut et de liberté pour notre existence que nous recevons lorsque, avec la grâce de Dieu, nous reconnaissons que Jésus, le Seigneur, est au centre de notre vie. Alors, la vocation au ministère ordonné grandit comme un don de soi à Dieu et, par conséquent, à son Peuple saint. Toute l’Église prie et se réjouit de ce don avec un cœur rempli d’espérance et de gratitude, comme l’exprimait le Pape Benoît XVI à la fin de l’Année sacerdotale : « Nous voulions réveiller la joie que Dieu soit si proche de nous, et la gratitude pour le fait qu’Il se confie à notre faiblesse ; qu’Il nous guide et nous soutienne jour après jour. Nous voulions ainsi montrer à nouveau aux jeunes que cette vocation, cette communion de service pour Dieu et avec Dieu, existe – mieux encore, que Dieu attend notre “oui” ». [5]
7. Toute vocation est un don du Père qui demande à être gardé fidèlement dans une dynamique de conversion permanente. L’obéissance à l’appel se construit chaque jour à travers l’écoute de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements – en particulier dans le Sacrifice eucharistique –, l’évangélisation, la proximité aux derniers et la fraternité presbytérale, en puisant dans la prière le lieu privilégié où rencontrer le Seigneur. Chaque jour, le prêtre est comme ramené au lac de Galilée – là où Jésus a demandé à Pierre « M’aimes-tu ? » ( Jn 21, 15) – pour renouveler son “oui”. [6] En ce sens, on comprend ce qu’ Optatam totius indique concernant la formation sacerdotale, en souhaitant qu’elle ne s’arrête pas au temps du séminaire (cf. n. 22), ouvrant la voie à une formation continue et permanente, de manière à constituer un dynamisme de renouveau humain, spirituel, intellectuel et pastoral constant.
8. C’est pourquoi tous les prêtres sont appelés à prendre soin en permanence de leur formation, afin de maintenir vivant le don de Dieu reçu par le sacrement de l’Ordre (cf. 2 Tm 1, 6). La fidélité à l’appel n’est donc pas une immobilité ou une fermeture, mais un chemin de conversion quotidienne qui confirme et fait mûrir la vocation reçue. Dans cette perspective, il convient de promouvoir des initiatives telles que le Congrès pour la formation permanente des prêtres, qui s’est tenu au Vatican du 6 au 10 février 2024 et a réuni plus de huit cents responsables de la formation permanente provenant de quatre-vingts pays. Avant d’être un effort intellectuel ou une mise à jour pastorale, la formation permanente reste une mémoire vivante et une actualisation constante de la vocation de chacun dans un cheminement partagé.
9. Dès l’appel et la première formation, la beauté et la constance du cheminement sont préservées par la sequela Christi. En effet, avant même de se consacrer à la conduite du troupeau, tout pasteur doit constamment se rappeler qu’il est lui-même disciple du Maître, avec ses frères et sœurs, car « tout au long de la vie, on est toujours “disciple”, avec le désir constant de se conformer au Christ ». [7] Seule cette relation de sequela obéissante et de disciple fidèle peut maintenir l’esprit et le cœur dans la bonne direction, malgré les bouleversements que la vie peut réserver.
10. Au cours des dernières décennies, la crise de confiance dans l’Église provoquée par les abus commis par des membres du clergé, qui nous remplissent de honte et nous appellent à l’humilité, nous a rendus davantage conscients de l’urgence d’une formation intégrale qui assure la croissance et la maturité humaine des candidats au presbytérat, ainsi qu’une vie spirituelle riche et solide.
11. Le thème de la formation s’avère également central pour faire face au phénomène de ceux qui, après quelques années, voire après des décennies, abandonnent le ministère. Cette douloureuse réalité ne doit en effet pas être interprétée uniquement sous l’angle juridique, mais exige de regarder avec attention et compassion l’histoire de ces frères et les multiples raisons qui ont pu les conduire à une telle décision. Et la réponse à apporter est avant tout un engagement renouvelé en faveur de la formation, dont l’objectif est « un cheminement de familiarité avec le Seigneur qui engage toute la personne, le cœur, l’intelligence, la liberté, et la façonne à l’image du Bon Pasteur ». [8]
12. Par conséquent, « le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections […], nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus ». J’invite donc les séminaristes à un travail intérieur sur les motivations qui impliquent tous les aspects de la vie : « Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des “ponts” et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient ». [9] Seuls les prêtres et les personnes consacrées humainement mûres et spirituellement solides, c’est-à-dire des personnes chez lesquelles les dimensions humaine et spirituelle sont bien intégrées et qui sont donc capables d’entretenir des relations authentiques avec tout le monde, peuvent assumer l’engagement du célibat et annoncer de manière crédible l’Évangile du Ressuscité.
13. Il s’agit donc de préserver et de faire grandir la vocation dans un cheminement constant de conversion et de fidélité renouvelée, qui n’est jamais seulement un parcours individuel mais qui nous engage à prendre soin les uns des autres. Cette dynamique est toujours une œuvre de la grâce qui embrasse notre fragile humanité, la guérissant du narcissisme et de l’égocentrisme. Avec foi, espérance et charité, nous sommes appelés à entreprendre chaque jour la sequela du Seigneur en mettant toute notre confiance en Lui. La communion, la synodalité et la mission ne peuvent en effet se réaliser si, dans le cœur des prêtres, la tentation de l’autoréférentialité ne cède pas la place à la logique de l’écoute et du service. Comme l’a souligné Benoît XVI : « Le prêtre est le serviteur du Christ, au sens que son existence, configurée à Lui de manière ontologique, assume un caractère essentiellement relationnel: il est dans le Christ, pour le Christ et avec le Christ au service des hommes. Précisément parce qu’il appartient au Christ, le prêtre est radicalement au service des hommes: il est ministre de leur salut, de leur bonheur, de leur libération authentique, mûrissant, dans cette assomption progressive de la volonté du Christ, dans la prière, dans le "cœur à cœur" avec Lui ». [10]
Fidélité et fraternité
14. Le Concile Vatican II a placé le service spécifique des prêtres dans le cadre de l’égale dignité et de la fraternité entre tous les baptisés, comme en témoigne clairement le décret Presbyterorum Ordinis : « Le sacrement de l’Ordre confère aux prêtres de la Nouvelle Alliance une fonction éminente et indispensable dans et pour le Peuple de Dieu, celle de pères et de docteurs. Cependant, avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur que la grâce de l’appel de Dieu a fait participer à son Royaume. Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont l’édification a été confiée à tous ». [11] Au sein de cette fraternité fondamentale qui trouve sa racine dans le baptême et unit tout le Peuple de Dieu, le Concile met en lumière le lien fraternel particulier qui unit les ministres ordonnés, fondé sur le sacrement même de l’Ordre : « Du fait de leur ordination qui les a fait entrer dans l’ordre du presbytérat, les prêtres sont tous intimement liés entre eux par la fraternité sacramentelle ; mais, du fait de leur affectation au service d’un diocèse en dépendance de l’évêque local, ils forment tout spécialement à ce niveau un presbyterium unique. […] Chaque membre de ce presbyterium noue avec les autres des liens spéciaux de charité apostolique, de ministère et de fraternité ». [12] La fraternité presbytérale, donc, avant même d’être une tâche à accomplir, est un don inhérent à la grâce de l’ordination. Il faut reconnaître que ce don nous précède : il ne se construit pas seulement avec la bonne volonté et grâce à un effort collectif, mais il est un don de la Grâce qui nous rend participants du ministère de l’évêque et se réalise dans la communion avec lui et avec les confrères.
15. C’est précisément pour cette raison que les prêtres sont appelés à correspondre à la grâce de la fraternité, en manifestant et en ratifiant par leur vie ce qui est stipulé entre eux non seulement par la grâce baptismale, mais aussi par le sacrement de l’Ordre. Être fidèle à la communion c’est avant tout surmonter la tentation de l’individualisme qui s’accorde mal avec l’action missionnaire et évangélisatrice qui concerne toujours l’Église dans son ensemble. Ce n’est pas un hasard si le Concile Vatican II a presque toujours parlé des prêtres au pluriel : aucun pasteur n’existe seul ! Le Seigneur lui-même « en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » ( Mc 3, 14) : cela signifie qu’il ne peut y avoir de ministère détaché de la communion avec Jésus-Christ et avec son corps qui est l’Église. Rendre toujours plus visible cette dimension relationnelle et de communion du ministère ordonné, dans la conscience que l’unité de l’Église « tire son unité de l’unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit », [13] est l’un des principaux défis pour l’avenir, surtout dans un monde marqué par les guerres, les divisions et les discordes.
16. La fraternité presbytérale doit donc être considérée comme un élément constitutif de l’identité des ministres, [14] non seulement comme un idéal ou un slogan, mais comme un aspect sur lequel il faut s’engager avec une vigueur renouvelée. À cet égard, beaucoup a été fait en appliquant les indications de Presbyterorum Ordinis (cf. n. 8), mais il reste encore beaucoup à faire, à commencer, par exemple, par la péréquation économique entre ceux qui servent des paroisses pauvres et ceux qui exercent le ministère dans des communautés aisées. Il faut également noter que, dans plusieurs pays et diocèses, la prévoyance nécessaire en matière de maladie et de vieillesse n’est pas encore assurée. La sollicitude réciproque, en particulier l’attention portée aux confrères les plus seuls et les plus isolés, ainsi qu’aux malades et aux anciens, ne peut être considérée comme moins importante que celle envers le peuple qui nous est confié. C’est l’une des exigences fondamentales que j’ai recommandée aux prêtres à l’occasion de leur récent jubilé. « En effet, comment pourrions-nous, ministres, être des bâtisseurs de communautés vivantes, si une fraternité effective et sincère ne régnait pas d’abord entre nous ? » [15]
17. Dans de nombreux contextes, notamment occidentaux, de nouveaux défis se posent dans la vie des prêtres, liés à la mobilité actuelle et à la fragmentation du tissu social. Cela signifie que les prêtres ne sont plus intégrés dans un contexte cohérent et croyant qui soutenait leur ministère dans le passé. En conséquence, ils sont plus exposés aux dérives de la solitude qui éteint l’élan apostolique et peut provoquer un triste repli sur soi. C’est aussi pour cette raison que, suivant les indications de mes Prédécesseurs [16], je souhaite que dans toutes les Églises locales puisse naître un engagement renouvelé à investir et à promouvoir des formes possibles de vie commune, afin que les prêtres puissent « s’entraider pour le développement de leur vie spirituelle et intellectuelle, améliorer leur coopération dans le ministère, éviter les dangers que peut entraîner la solitude ». [17]
18. D’autre part, il faut rappeler que la communion presbytérale ne peut jamais se déterminer comme un nivellement des individus, des charismes ou des talents que le Seigneur a répandus dans la vie de chacun. Il est important que, grâce au discernement de l’évêque, les prêtres diocésains parviennent à trouver un équilibre entre la valorisation de ces dons et la sauvegarde de la communion. Dans cette perspective, l’école de la synodalité peut aider chacun à mûrir intérieurement l’accueil des différents charismes dans une synthèse qui consolide la communion du presbyterium, en fidélité à l’Évangile et aux enseignements de l’Église. En cette période de grande fragilité, tous les ministres ordonnés sont appelés à vivre la communion en revenant à l’essentiel et en se rapprochant des personnes, afin de préserver l’espérance qui prend forme dans un service humble et concret. Dans cette perspective, le ministère du diacre permanent, configuré au Christ Serviteur, est surtout signe vivant d’un amour qui ne reste pas à la surface, mais qui se penche, écoute et se donne. La beauté d’une Église faite de prêtres et de diacres qui collaborent, unis par la même passion pour l’Évangile et attentifs aux plus pauvres, devient un témoignage lumineux de communion. Selon la parole de Jésus (cf. Jn 13, 34-35), c’est de cette unit enracinée dans l’amour réciproque que l’annonce chrétienne tire sa crédibilité et sa force. C’est pourquoi le ministère diaconal, surtout lorsqu’il est vécu en communion avec sa propre famille, est un don à connaître, à valoriser et à soutenir. Le service discret mais essentiel d’hommes voués à la charité nous rappelle que la mission ne s’accomplit pas par de grands gestes, mais en étant unis par la passion pour le Royaume et par la fidélité quotidienne à l’Évangile.
19. Une icône heureuse et éloquente de la fidélité à la communion est sans aucun doute celle que présente saint Ignace d’Antioche dans sa Lettre aux Éphésiens : « Il convient de marcher d’accord avec la pensée de votre évêque, ce que d’ailleurs vous faites. Votre presbyterium justement réputé, digne de Dieu, est accordé à l’évêque, comme les cordes à la cithare. Ainsi, dans l’accord de vos sentiments et l’harmonie de votre charité, vous chantez Jésus-Christ. [...] Il est donc utile pour vous d’être dans une inséparable unité, afin de participer toujours à Dieu ». [18]
Fidélité et synodalité
20. J’en arrive à un point qui me tient particulièrement à cœur. En parlant de l’identité des prêtres, le Décret Presbyterorum Ordinis met tout d’abord en évidence le lien avec le sacerdoce et la mission de Jésus-Christ (cf. n. 2) et il indique ensuite trois coordonnées fondamentales : la relation avec l’évêque qui trouve dans les prêtres « des auxiliaires et des conseillers indispensables », avec lesquels il entretient une relation fraternelle et amicale (cf. n. 7) ; la communion sacramentelle et la fraternité avec les autres prêtres, afin qu’ensemble ils contribuent « à la même œuvre » et exercent un «ministère unique », travaillant tous « pour la même cause » même s’ils s’occupent de tâches différentes (n. 8) ; la relation avec les fidèles laïcs au milieu desquels les prêtres, avec leur tâche spécifique, sont des frères parmi les frères, partageant la même dignité baptismale, unissant « leurs efforts à ceux des fidèles laïcs » et tirant parti « de leur expérience et de leur compétence dans les différents domaines de l’activité humaine, pour pouvoir avec eux discerner les signes des temps ». Au lieu de dominer ou de concentrer toutes les tâches sur eux-mêmes, « ils découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus éminents » (n. 9).
21. Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. L’élan donné par le processus synodal est une invitation forte du Saint-Esprit à faire des pas décisifs dans cette direction. Je réitère donc mon souhait « d’inviter les prêtres [...] à ouvrir en quelque sorte leur cœur et à prendre part à ces processus » [19] que nous vivons. En ce sens, la deuxième session de la 16 Assemblée synodale a proposé dans son Document final une conversion des relations et des processus. [20] Il semble fondamental que des initiatives appropriées soient prises dans toutes les Églises particulières afin que les prêtres puissent se familiariser avec les lignes directrices de ce document et faire l’expérience de la fécondité d’un style synodal d’Église.
22. Tout cela exige un engagement de formation à tous les niveaux, en particulier dans le domaine de la formation initiale et permanente des prêtres. Dans une Église toujours plus synodale et missionnaire, le ministère sacerdotal ne perd rien de son importance et de son actualité ; au contraire, il pourra se concentrer davantage sur ses tâches particulières et spécifiques. Le défi de la synodalité – qui n’élimine pas les différences, mais les valorise – reste l’une des principales opportunités pour les prêtres de demain. Comme le rappelle le Document final cité, « les prêtres sont appelés à vivre leur service dans une attitude de proximité, d’accueil et d’écoute de tous, en s’ouvrant à un style synodal » (n° 72). Pour mettre en œuvre toujours mieux une ecclésiologie de communion, il convient que le ministère du prêtre dépasse le modèle d’un leadership exclusif qui détermine la centralisation de la vie pastorale et la charge de toutes les responsabilités confiées à lui seul, en tendant vers une conduite toujours plus collégiale dans la coopération entre les prêtres, les diacres et tout le Peuple de Dieu, dans cet enrichissement mutuel qui est le fruit de la diversité des charismes suscités par l’Esprit Saint. Comme nous le rappelle Evangelii gaudium, le sacerdoce ministériel et la configuration au Christ Époux ne doivent pas nous conduire à identifier la potestas sacramentelle avec le pouvoir, car « la configuration du prêtre au Christ Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place au-dessus de tout le reste ». [21]
Fidélité et mision
23. L’identité des prêtres se construit autour de leur être pour et est indissociable de leur mission. En effet, celui qui « prétend trouver l’identité sacerdotale en la recherchant introspectivement dans sa propre intériorité ne trouve peut-être rien d’autre que des panneaux qui disent “sortie” : sors de toi-même, sors à la recherche de Dieu dans l’adoration, sors et donne à ton peuple ce qui t’a été confié, et ton peuple aura soin de te faire sentir et goûter qui tu es, comment tu t’appelles, quelle est ton identité et il te fera te réjouir avec le cent pour un que le Seigneur a promis à ses serviteurs. Si tu ne sors pas de toi-même, l’huile devient rance, et l’onction ne peut être féconde ». [22] Comme l’enseignait Saint Jean-Paul II, « dans l’Église et pour l’Église, les prêtres représentent sacramentellement Jésus-Christ Tête et Pasteur, ils proclament authentiquement la Parole, ils répètent ses gestes de pardon et d’offrande du salut, surtout par le Baptême, la Pénitence et l’Eucharistie, ils exercent sa sollicitude pleine d’amour, jusqu’au don total de soi-même, pour le troupeau qu’ils rassemblent dans l’unité et conduisent au Père par le Christ dans l’Esprit ». [23] Ainsi, la vocation sacerdotale se déploie entre les joies et les peines d’un service humble des frères, que le monde ignore souvent mais dont il a profondément soif. Rencontrer des témoins croyants et crédibles de l’Amour de Dieu, fidèle et miséricordieux, constitue une voie primordiale d’évangélisation.
24. Dans notre monde contemporain, caractérisé par des rythmes effrénés et l’angoisse d’être hyper connectés qui nous rend souvent frénétiques et nous pousse à l’activisme, au moins deux tentations s’insinuent contre la fidélité à cette mission. La première consiste en une mentalité axée sur l’efficacité selon laquelle la valeur de chacun se mesure à ses performances, c’est-à-dire à la quantité d’activités et de projets réalisés. Selon cette façon de penser, ce que l’on fait passe avant ce que l’on est, inversant la véritable hiérarchie de l’identité spirituelle. La deuxième tentation, à l’opposé, se qualifie comme une sorte de quiétisme : effrayé par le contexte, on se replie sur soi-même en refusant le défi de l’évangélisation et en adoptant une approche paresseuse et défaitiste. Au contraire, un ministère joyeux et passionné – malgré toutes les faiblesses humaines – peut et doit assumer avec ardeur la tâche d’évangéliser toutes les dimensions de notre société, en particulier la culture, l’économie et la politique, afin que tout soit récapitulé dans le Christ (cf. Ep 1, 10). Pour vaincre ces deux tentations et vivre un ministère joyeux et fécond, chaque prêtre doit rester fidèle à la mission qu’il a reçue, c’est-à-dire au don de grâce transmis par l’évêque lors de l’ordination sacerdotale. Être fidèle à la mission c’est adopter le paradigme que nous a transmis saint Jean-Paul II lorsqu’il a rappelé à tous que la charité pastorale est le principe qui unifie la vie du prêtre. [24] C’est précisément en maintenant vivant le feu de la charité pastorale, c’est-à-dire l’amour du Bon Pasteur, que chaque prêtre peut trouver un équilibre dans sa vie quotidienne et savoir discerner ce qui est bon et ce qui est le proprium du ministère, selon les indications de l’Église.
25. L’harmonie entre contemplation et action ne doit pas être recherchée à travers l’adoption précipitée de schémas de fonctionnement ou par un simple équilibre des activités, mais en plaçant la dimension pascale au centre du ministère. Se donner sans réserve, en tout cas, ne peut et ne doit pas impliquer le renoncement à la prière, à l’étude, à la fraternité sacerdotale, mais au contraire devenir l’horizon dans lequel tout est orienté vers le Seigneur Jésus, mort et ressuscité pour le salut du monde. C’est ainsi que s’actualise également les promesses faites à l’ordination qui, avec le détachement des biens matériels, réalisent dans le cœur du prêtre une recherche et une adhésion persévérantes à la volonté de Dieu, faisant ainsi transparaître le Christ dans chacune de ses actions. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on fuit tout personnalisme et toute célébration de soi malgré l’exposition publique à laquelle le rôle peut parfois contraindre. Éduqué par le mystère qu’il célèbre dans la sainte liturgie, le prêtre doit « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié (cf. Jn 3, 30), se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer ». [25] C’est pourquoi l’exposition médiatique, l’utilisation des réseaux sociaux et de tous les outils disponibles aujourd’hui doivent toujours être évalués avec sagesse, en prenant comme paradigme de discernement celui du service de l’évangélisation. Tout m’est permis mais tout n’est pas bon (cf. 1 Co 6, 12).
26. En toute situation, les prêtres sont appelés, par le témoignage d’une vie sobre et chaste, à apporter une réponse efficace à la grande soif de relations authentiques et sincères qui se manifeste dans la société contemporaine, en témoignant d’une Église qui soit « le levain qui agit dans les liens, les relations et la fraternité de la famille humaine », « capable de nourrir les relations avec le Seigneur, entre hommes et femmes, dans les familles, dans les communautés, entre tous les chrétiens, entre les groupes sociaux et les religions ». [26] À cette fin, il est nécessaire que les prêtres et les laïcs – tous ensemble – opèrent une véritable conversion missionnaire qui oriente les communautés chrétiennes, sous la conduite de leurs pasteurs, « au service de la mission que les fidèles accomplissent dans la société, dans la vie familiale et professionnelle ». Comme l’a observé le Synode, « il apparaîtra ainsi plus clairement que la paroisse n’est pas centrée sur elle-même, mais qu’elle est orientée vers la mission et appelée à soutenir l’engagement de tant de personnes qui, de différentes manières, vivent et témoignent de leur foi dans leur profession et dans l’activité sociale, culturelle et politique ». [27]
Fidélité et avenir
27. Je souhaite que la célébration de l’anniversaire des deux décrets conciliaires, ainsi que le chemin que nous sommes appelés à partager pour les concrétiser et les actualiser, puissent se traduire par une Pentecôte vocationnelle renouvelée dans l’Église, suscitant des vocations saintes, nombreuses et persévérantes au sacerdoce ministériel, afin que les ouvriers ne manquent jamais pour la moisson du Seigneur. Et puisse se réveiller en chacun de nous la volonté de nous engager pleinement dans la promotion des vocations et dans la prière constante au Maître de la moisson (cf. Mt 9, 37-38).
28. Cependant, outre la prière, le manque de vocations sacerdotales – surtout dans certaines régions du monde – exige de chacun une vérification de la fécondité des pratiques pastorales de l’Église. Il est vrai que les raisons de cette crise peuvent être diverses et multiples, et dépendre en particulier du contexte socioculturel, mais nous devons en même temps avoir le courage de faire aux jeunes des propositions fortes et libératrices et de faire en sorte que, dans les Églises particulières, se développent « des environnements et des formes de pastorale des jeunes imprégnés de l’Évangile, où les vocations au don total de soi puissent se manifester et mûrir ». [28] Dans la certitude que le Seigneur ne cesse jamais d’appeler (cf. Jn 11, 28), il est nécessaire de toujours garder à l’esprit la perspective vocationnelle dans tous les domaines pastoraux, en particulier ceux de la jeunesse et de la famille. Rappelons-le : il n’y a pas d’avenir sans le souci de toutes les vocations !
29. En conclusion, je rends grâce au Seigneur qui est toujours proche de son Peuple et qui marche avec nous, remplissant nos cœurs d’espérance et de paix, à porter à tous. « Cela frères et sœurs, je voudrais que ce soit notre premier grand désir : une Église unie, signe d’unité et de communion, qui devienne ferment pour un monde réconcilié ». [29] Et je vous remercie tous, pasteurs et fidèles laïcs, qui ouvrez l’esprit et le cœur au message prophétique des Décrets conciliaires Presbyterorum Ordiniset Optatam totius et qui vous disposez, ensemble, à en tirer nourriture et stimulation pour le cheminement de l’Église. Je confie tous les séminaristes, les diacres et les prêtres à l’intercession de la Vierge Immaculée, Mère du Bon Conseil, et à saint Jean-Marie Vianney, patron des curés et modèle de tous les prêtres.
Comme le disait le Curé d’Ars : « Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus ». [30] Un amour si fort qu’il dissipe les nuages de l’habitude, du découragement et de la solitude, un amour total qui nous est donné en plénitude dans l’Eucharistie. Amour eucharistique, amour sacerdotal.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 8 décembre, solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, de l’année jubilaire 2025, première de mon pontificat.
LEON PP. XIV
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[1] Conc. œcum. Vat. II, Décret Optatam totius sur la formation sacerdotale, Préambule.
[2] Cf. S. J.H. Newman, An Essay on the Development of Christian Doctrine, Notre Dame 2024. En ce sens, je rappelle l’appel d’ Optatam totius, 16, au renouveau et à la promotion des études ecclésiastiques, toujours en cours.
[3] Cf. Synode des évêques, Pour une Église synodale : communion, participation, mission, Document préparatoire (2021), 1 ; François, Discours pour la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du Synode des évêques(17 octobre 2015).
[4] Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 1.
[5] Benoît XVI, Homélie lors de la messe de clôture de l’Année sacerdotale (11 juin 2010).
[6] « En demandant à Pierre s’il l’aimait, il posait la question non parce qu’il avait besoin de connaître l’attachement de son disciple, mais pour montrer l’excès de son propre amour » (Saint Jean Chrysostome, De Sacerdotio II : SCh 272, Paris 1980, 104, 48-51).
[7] Congrégation pour le clergé, Le don de la vocation presbytérale. Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis(8 décembre 2016), 57.
[8]Discours aux participants à la rencontre internationale « Prêtres heureux - « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) »organisée par le Dicastère pour le Clergé à l’occasion du Jubilé des Prêtres et des Séminaristes (26 juin 2025).
[9]Méditation à l’occasion du Jubilé des séminaristes (24 juin 2025).
[10] Benoît XVI, Catéchèse (24 juin 2009).
[11] Conc. œcum. Vat. II, Décret Presbyterorum Ordinissur le ministère et la vie des prêtres, 9.
[13] S. Cyprien, De oratione Domini, 23 : CCSL 3A, Turnhout 1976, 105. Le texte dit littéralement : Le plus grand sacrifice à Dieu est notre paix et notre concorde fraternelle, ainsi qu’un peuple rassemblé dans l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
[14] Cf. Congrégation pour le clergé, Le don de la vocation presbytérale. Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis (8 décembre 2016), nn. 87-88.
[15]Discours aux participants à la rencontre internationale « Prêtres heureux - « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) » organisée par le Dicastère pour le Clergé à l’occasion du Jubilé des prêtres et des séminaristes (26 juin 2025).
[16] Cf. Saint Jean-Paul II, Exhort. ap. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), 61 ; Benoît XVI, Lett. ap. sous forme de motu proprio Ministrorum institutio (16 janvier 2013).
[17] Conc. œcum. Vatican II, Décr. Presbyterorum Ordinis (7 décembre 1965), 8.
[18] Saint Ignace d’Antioche, Ad Ephesios, 4, 1-2: SCh 10, Paris 1969 4, 72.
[19]Aux participants au Jubilé des équipes synodales et des organismes de participation(24 octobre 2025).
[20] Synode des évêques, Document final de la deuxième session de la 16e Assemblée générale ordinaire « Pour une Église synodale : communion, participation, mission » (26 octobre 2024).
[21] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 104.
[22] Id., Homélie lors de la messe chrismale (17 avril 2014).
[23] Saint Jean-Paul II, Exhort. ap. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), 15.
[25]Homélie lors de la messe pro Ecclesia (9 mai 2025).
[26] Synode des évêques, Document final de la deuxième session de la 16e Assemblée générale ordinaire « Pour une Église synodale : communion, participation, mission » (26 octobre 2024), 20 ; 50.
[28]Discours aux participants à la rencontre internationale « Prêtres heureux - « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) » organisée par le Dicastère pour le Clergé à l’occasion du Jubilé des prêtres et des séminaristes (26 juin 2025).
[29]Homélie pour le début du ministère pétrinien de l’évêque de Rome (18 mai 2025).
[30] « Le Sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus», dans Bernard Nodet, Le curé d’Ars. Sa pensée, son cœur, Paris 1995, 98.
12 décembre 2025 - Message du Saint-Père aux participants à la rencontre de prêtres, religieuses, religieux et séminaristes latino-américains qui étudient à Rome
Lorsque Jésus-Christ appela ses disciples, il utilisa presque invariablement le mot « Suis-moi ». Dans ce mot bref, nous pouvons trouver le sens le plus profond de notre vie, que nous soyons séminaristes, prêtres ou membres de la vie consacrée.
Si nous relisons les récits évangéliques de vocation, la première chose que nous constatons est l’initiative absolue du Seigneur. Il appelle sans aucun mérite préalable de la part de ceux à qui il s’adresse (cf. Mt 9,9 ; Jn 1,43), en considérant plutôt que la vocation à laquelle il les convoque est une occasion de porter le message évangélique aux pécheurs et aux faibles (cf. Mt 9,12-13). Ainsi, ses disciples deviennent des instruments du dessein de salut que Dieu a pour tous les hommes (cf. Jn 1,48).
En même temps, l’Évangile nous exhorte à prendre conscience de l’engagement qu’implique la réponse à cette vocation. Il nous parle d’exigences que l’on peut discerner dans l’appel resté sans réponse du jeune homme riche (Mt 19,21) : l’exigence de la primauté absolue de Dieu, le seul Bon (v. 17) ; l’exigence de la nécessité impérieuse de la connaissance théorique et pratique de la loi divine (v. 18-19) ; et l’exigence du détachement de toute sécurité humaine, avec l’offrande conséquente de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons (v. 21).
Saint Ambroise, dans son exégèse du passage surprenant du jeune homme à qui Jésus ne permet pas d’ensevelir son père (Lc 9,59), affirme que, dans cette exigence de tout quitter — y compris des choses justes en elles-mêmes —, le Seigneur ne cherche pas à éluder les devoirs naturels sanctionnés par la loi de Dieu, mais à ouvrir nos yeux à une vie nouvelle. Dans cette vie, rien ne peut être préféré à Dieu, pas même ce que nous avions jusqu’alors considéré comme bon ; elle suppose la mort au péché et au vieil homme mondain. Tout cela « afin que nous soyons un auprès de Dieu tout-puissant et que nous puissions voir son Fils unique » (Traité sur l’Évangile de saint Luc, 40).
Pour Ambroise, cette union indispensable avec Jésus, loin de nous éloigner du frère, débouche sur la communion avec les autres. Nous ne marchons pas seuls : nous faisons partie d’une communauté. Ce ne sont pas des liens de sympathie, d’intérêts partagés ou de convenance mutuelle qui nous unissent, mais l’appartenance au peuple que le Seigneur a acquis au prix de son Sang (cf. 1 P 1,18-19). Notre union tend vers une valeur eschatologique qui se réalisera lorsque nous imiterons « l’unité de la paix éternelle dans une concorde indissoluble des âmes et dans une alliance sans fin » et lorsque s’accomplira « ce que nous a promis le Fils de Dieu lorsqu’il adressa à son Père cette prière : “Que tous soient un, comme nous sommes un” (Jn 17,21) » (Traité sur l’Évangile de saint Luc, 40).
Enfin, dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus répète deux fois à l’apôtre Pierre le mot « Suis-moi ». Il le fait dans un contexte très différent, celui de la Résurrection, juste après la triple confession d’amour que Pierre prononce en réparation de son péché. Même en confessant son amour, l’Apôtre ne comprenait pas encore pleinement le mystère de la croix ; mais le Seigneur avait déjà en vue le sacrifice par lequel Pierre rendrait gloire à Dieu, et il lui répète : « Suis-moi » (Jn 21,19). Lorsque, au long de la vie, notre regard s’obscurcit, comme ce fut le cas pour Pierre au milieu de la nuit ou à travers les tempêtes (Mt 14,25.31), c’est la voix de Jésus qui, avec une patience aimante, nous soutiendra.
La seconde fois que Jésus dit à Pierre : « Suis-moi », il nous assure que le Seigneur connaît notre fragilité et que, bien souvent, ce n’est pas la croix qui nous est imposée, mais notre propre égoïsme, qui devient une pierre d’achoppement dans notre désir de le suivre. Le dialogue avec l’Apôtre nous montre combien il nous est facile de juger le frère, et même Dieu, sans accueillir avec docilité sa volonté dans nos vies. Ici encore, le Seigneur nous répète avec constance : « Que t’importe ? Toi, suis-moi » (Jn 21,22).
Frères et sœurs, puisque nous vivons dans une société du bruit qui brouille les repères, plus que jamais sont nécessaires des serviteurs et des disciples qui annoncent la primauté absolue du Christ et qui aient l’accent de sa voix bien clair dans les oreilles et dans le cœur. Cette connaissance théorique et pratique de la Loi divine s’acquiert avant tout par la lecture des Saintes Écritures, méditée dans le silence de la prière profonde, par l’accueil respectueux de la voix des pasteurs légitimes et par l’étude attentive des nombreux trésors de sagesse que l’Église nous offre.
Au milieu des joies comme au milieu des difficultés, notre mot d’ordre doit être : si le Christ est passé par là, il nous revient aussi de vivre ce qu’il a vécu. Nous ne devons pas nous attacher aux applaudissements, car leur écho dure peu ; il n’est pas non plus sain de demeurer uniquement dans le souvenir du jour de la crise ou des temps d’amère déception. Regardons plutôt que tout cela fait partie de notre formation et disons : si Dieu l’a voulu pour moi, moi aussi je le veux (cf. Ps 40,8 ). Le lien profond qui nous unit au Christ, que nous soyons prêtres, consacrés ou séminaristes, ressemble à ce qui est dit aux époux chrétiens le jour même de leur mariage : « dans la santé et dans la maladie ; dans la pauvreté et dans la richesse » (Rituel du mariage, 66).
Que la Bienheureuse Vierge Marie de Guadalupe, Mère du vrai Dieu par qui l’on vit, nous apprenne à répondre avec courage, en gardant dans notre cœur les merveilles que le Christ a accomplies en nous, afin d’aller sans tarder annoncer la joie de l’avoir rencontré, d’être un dans l’Unique et des pierres vivantes d’un temple pour sa gloire. Que la Très Sainte Marie protège votre séjour à Rome et intercède pour vous, afin que tout ce que vous y assimilerez porte du fruit dans votre mission. Que Dieu vous bénisse.
2026
2 janvier 2026 – Message vidéo du Pape Léon XIV aux jeunes, à l'occasion du SEEK26 [Columbus (Ohio), Denver (Colorado) et Fort Worth (Texas), 1-5 janvier 2026]
Vers la fin du premier chapitre de l’Evangile selon Saint Jean, il nous est dit quelque chose sur les deux premiers disciples de Jésus, dont l’un était André. Ils étaient disciples de Jean le Baptiste, et lorsque Jean, parlant de Jésus, l’appela l’Agneau de Dieu, ils commencèrent aussitôt à suivre Jésus (cf. v. 36). Quand Jésus les vit, il se retourna et prononça les premières paroles rapportées dans l’Évangile selon saint Jean : « Que cherchez-vous ? » (v. 38).
Jésus adresse cette question aux disciples parce qu’il connaît leurs cœurs. Ils étaient inquiets, au bon sens du terme. Ils ne voulaient pas se contenter de la routine ordinaire de la vie. Ils étaient ouverts à Dieu et désiraient ardemment trouver un sens. Aujourd’hui, Jésus pose la même question à chacun de vous. Chers jeunes, que cherchez-vous ? Pourquoi êtes-vous ici à cette conférence ? Peut-être que vos cœurs aussi sont inquiets, en quête de sens et d’accomplissement, d’une orientation pour votre vie. La réponse se trouve dans une personne. Seul le Seigneur Jésus nous apporte la vraie paix et la vraie joie, et comble chacun de nos désirs les plus profonds.
Les disciples lui répondent en lui demandant où il demeure. Il ne leur suffisait pas que quelqu’un d’autre leur dise que Jésus était l’Agneau de Dieu ; ils voulaient le connaître personnellement en passant du temps avec lui. Durant cette conférence, vous aussi aurez l’occasion de passer du temps avec le Seigneur. Comme pour André, peut-être que pour certains d’entre vous ce sera la première véritable rencontre avec le Christ. Pour d’autres, ce week-end sera l’occasion d’approfondir votre relation avec lui, ainsi que votre compréhension de la foi catholique. Soyez ouverts à ce que le Seigneur a préparé pour vous !
Les deux disciples restèrent d’abord avec Jésus seulement quelques heures, mais cette rencontre changea leur vie pour toujours. La première chose qu’André fit fut d’aller dire à son frère Simon : « Nous avons trouvé le Messie » (v. 41), autrement dit : « Nous avons trouvé celui que nous cherchions ! ». C’est la réponse que nous pouvons tous donner lorsque nous apprenons à connaître le Seigneur. Ce passage nous dit donc ce que signifie être missionnaire. Après avoir rencontré Jésus, André ne put s’empêcher de partager avec son frère ce qu’il avait trouvé. En effet, le zèle missionnaire naît d’une rencontre avec le Christ. Nous désirons partager avec les autres ce que nous avons reçu, afin qu’eux aussi puissent connaître la plénitude d’amour et de vérité que l’on trouve uniquement en lui. Je prie pour qu’au moment de quitter cette conférence, vous soyez tous animés de ce même zèle missionnaire, pour partager avec les personnes qui vous entourent la joie reçue d’une rencontre authentique avec le Seigneur.
Chers jeunes, alors que vous vous approchez de Jésus au cours de ce week-end, à travers l’amitié, les sacrements et l’Adoration eucharistique, n’ayez pas peur de lui demander à quoi il vous appelle. Certains d’entre vous, comme André et Simon Pierre, pourraient être appelés au sacerdoce, pour servir le peuple de Dieu par la célébration des sacrements, par la prédication de la Parole de Dieu, en marchant avec le peuple de Dieu. D’autres pourraient être appelés à la vie religieuse, à se donner entièrement à Dieu ; d’autres encore peuvent être appelés au mariage et à la vie familiale. Si vous sentez que le Seigneur vous appelle, n’ayez pas peur. Permettez-moi de souligner une fois encore que lui seul connaît les désirs les plus profonds, peut-être cachés, de votre cœur, et le chemin qui vous conduira à la vraie plénitude. Laissez-vous conduire et guider par lui !
Demandons à Marie, Mère de Dieu de nous conduire vers Jésus Christ, son Fils, afin que nous puissions vraiment le connaître, connaître son amour pour nous et le merveilleux dessein qu’il a pour chacune de nos vies. Ainsi, nos cœurs trouveront véritablement la paix en celui que nous cherchons.
7 janvier 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins polonais, au terme de l’Audience Générale
Je m’unis dans la prière aux prêtres qui portent la bénédiction de Dieu dans vos maisons, dans vos familles, aux malades et aux personnes seules.
17 janvier 2026 – Lettre du Pape Léon XIV, à l’occasion du 325ème anniversaire de la Fondation de l’Académie Pontificale ecclésiastique. Publié le 17 janvier, portant la date du 21 novembre 2025
A l’image de saint Antoine Abbé, votre patron, qui sut transformer le silence du désert en un dialogue fécond avec Dieu, soyez des prêtres à la spiritualité profonde, afin de puiser dans la prière la force de la rencontre avec les autres.
28 janvier 2026 - Lettre du Pape Léon XIV au presbyterium de l’archidiocèse de Madrid à l’occasion de l’Assemblée presbytérale « Convivium ». Publiée sur le site du Vatican le 9 février 2026
Chers fils, Je suis heureux de pouvoir vous adresser cette lettre à l’occasion de votre Assemblée presbytérale et de le faire avec un sincère désir de fraternité et d’unité. Je remercie votre archevêque et, du fond du cœur, chacun d’entre vous pour votre disponibilité à vous réunir en tant que presbyterium, non seulement pour traiter des questions communes, mais aussi pour vous soutenir mutuellement dans la mission que vous partagez.
J’apprécie l’engagement avec lequel vous vivez et exercez votre sacerdoce dans des paroisses, des services et des réalités très diverses ; je sais que souvent ce ministère se déroule dans la fatigue, dans des situations complexes et dans un dévouement silencieux dont seul Dieu est témoin. C’est précisément pour cette raison que je souhaite que ces paroles vous parviennent comme un geste de proximité et d’encouragement, et que cette rencontre favorise un climat d’écoute sincère, de communion véritable et d’ouverture confiante à l’action du Saint-Esprit, qui ne cesse d’œuvrer dans votre vie et dans votre mission.
Le temps que vit l’Église nous invite à nous arrêter ensemble pour une réflexion sereine et honnête. Non pas tant pour nous en tenir à des diagnostics immédiats ou à la gestion des urgences, mais pour apprendre à lire en profondeur le moment que nous vivons, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et aussi les possibilités que le Seigneur ouvre devant nous. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire d’éduquer notre regard et de nous exercer au discernement, afin de pouvoir percevoir plus clairement ce que Dieu est déjà en train d’accomplir, souvent de manière silencieuse et discrète, au milieu de nous et de nos communautés.
Cette lecture du présent ne peut faire abstraction du cadre culturel et social dans lequel la foi est aujourd’hui vécue et exprimée. Dans de nombreux milieux, nous constatons des processus avancés de sécularisation, une polarisation croissante du discours public et une tendance à réduire la complexité de la personne humaine, en l’interprétant à partir d’idéologies ou de catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d’être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang de l’insignifiant, tandis que s’affirment des formes de coexistence qui font abstraction de toute référence transcendante.
À cela s’ajoute un changement culturel profond qui ne peut être ignoré : la disparition progressive des références communes. Pendant longtemps, la graine chrétienne a trouvé un terrain largement préparé, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd’hui, ce substrat commun s’est considérablement affaibli. Bon nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien, ne sont plus évidents et, dans bien des cas, ne sont même plus compréhensibles. L’Évangile ne se heurte pas seulement à l’indifférence, mais aussi à un horizon culturel différent, où les mots n’ont plus le même sens et où la première annonce ne peut être considérée comme acquise.
Cependant, cette description n’épuise pas ce qui se passe réellement. Je suis convaincu – et je sais que beaucoup d’entre vous le perçoivent dans l’exercice quotidien de votre ministère – qu’au cœur de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’ouvre aujourd’hui une nouvelle inquiétude. L’absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté ; une liberté détachée de la vérité n’a pas généré la plénitude promise ; et le progrès matériel, à lui seul, n’a pas réussi à combler le désir profond du cœur humain.
En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines lectures herméneutiques et philosophiques qui ont voulu interpréter la destinée de l’homme, loin d’offrir une réponse suffisante, ont souvent laissé un sentiment accru de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que nous constatons que de nombreuses personnes commencent à s’ouvrir à une recherche plus honnête et plus authentique, une recherche qui, accompagnée de patience et de respect, les conduit à nouveau à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que pour le prêtre, ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même ou de se résigner, mais d’être fidèle et généreusement disponible. Tout cela naît de la reconnaissance que l’initiative vient toujours du Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.
Ainsi se dessine le type de prêtres dont Madrid — et l’Église tout entière — a besoin en ce moment. Certainement pas des hommes définis par la multiplication des tâches ou par la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie et exprimée dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi. Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique — être alter Christus —, en laissant Dieu façonner notre vie, unifier notre cœur et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, le dévouement fidèle à l’Église et le service concret aux personnes qui nous ont été confiées.
Chers fils, permettez-moi aujourd’hui de vous parler du sacerdoce en utilisant une image que vous connaissez bien : votre cathédrale. Non pas pour décrire un édifice, mais pour en tirer une leçon. Car les cathédrales, comme tout lieu sacré, existent, tout comme le sacerdoce, pour conduire à la rencontre avec Dieu et à la réconciliation avec nos frères, et leurs éléments recèlent une leçon pour notre vie et notre ministère.
En contemplant sa façade, nous apprenons déjà quelque chose d’essentiel. C’est la première chose que l’on voit, et pourtant elle ne dit pas tout : elle indique, suggère, invite. De même, le prêtre ne vit pas pour s’exhiber, mais pas non plus pour se cacher. Sa vie est appelée à être visible, cohérente et reconnaissable, même si elle n’est pas toujours comprise. La façade n’existe pas pour elle-même : elle conduit à l’intérieur. De la même manière, le prêtre n’est jamais une fin en soi. Toute sa vie est appelée à renvoyer à Dieu et à accompagner le passage vers le Mystère, sans usurper sa place.
En arrivant au seuil, nous comprenons qu’il ne convient pas que tout entre à l’intérieur, car c’est un espace sacré. Le seuil marque un passage, une séparation nécessaire. Avant d’entrer, quelque chose reste à l’extérieur. Le sacerdoce se vit également ainsi : être dans le monde, mais sans être du monde (cf. Jn 17, 14). C’est à ce carrefour que se situent le célibat, la pauvreté et l’obéissance ; non pas comme un renoncement à la vie, mais comme la forme concrète qui permet au prêtre d’appartenir entièrement à Dieu sans cesser de marcher parmi les hommes.
La cathédrale est aussi une maison commune, où chacun a sa place. C’est ainsi que l’Église est appelée à être, en particulier envers ses prêtres : une maison qui accueille, qui protège et qui n’abandonne pas. Et c’est ainsi que doit être vécue la fraternité presbytérale : comme l’expérience concrète de se sentir chez soi, responsables les uns des autres, attentifs à la vie du frère et disposés à se soutenir mutuellement. Mes enfants, personne ne devrait se sentir exposé ou seul dans l’exercice de son ministère : résistez ensemble à l’individualisme qui appauvrit le cœur et affaiblit la mission !
En parcourant le sanctuaire, nous remarquons que tout repose sur les colonnes qui soutiennent l’ensemble. L’Église y a vu l’image des Apôtres (cf. Ep 2, 20). La vie sacerdotale ne se soutient pas non plus d’elle-même, mais dans le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Église, et gardé par le Magistère (cf. 1 Co 11, 2 ; 2 Tm 1, 13-14). Lorsque le prêtre reste ancré dans ce fondement, il évite de construire sur le sable des interprétations partielles ou des accents circonstanciels, et s’appuie sur le roc solide qui le précède et le dépasse (cf. Mt 7, 24-27).
Avant d’arriver au presbytère, la cathédrale nous montre des lieux discrets mais fondamentaux : dans les fonts baptismaux naît le Peuple de Dieu ; dans le confessionnal, il est continuellement régénéré. Dans les sacrements, la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal. C’est pourquoi, chers fils, célébrez les sacrements avec dignité et foi, en étant conscients que ce qui s’y produit est la véritable force qui édifie l’Église et qu’ils sont la fin ultime à laquelle tout notre ministère est ordonné. Mais n’oubliez pas que vous n’êtes pas la source, mais le canal, et que vous avez aussi besoin de boire de cette eau. C’est pourquoi, ne cessez pas de vous confesser, de toujours revenir à la miséricorde que vous annoncez.
À côté de l’espace central s’ouvrent différentes chapelles. Chacune a son histoire, sa dédicace. Bien que différentes dans leur art et leur composition, elles partagent toutes la même orientation ; aucune n’est tournée vers elle-même, aucune ne rompt l’harmonie de l’ensemble. Il en va de même dans l’Église avec les différents charismes et spiritualités par lesquels le Seigneur enrichit et soutient votre vocation. Chacun reçoit une façon particulière d’exprimer sa foi et de nourrir son intériorité, mais tous restent orientés vers le même centre
Regardons le centre de tout, mes enfants : c’est là que se révèle ce qui donne un sens à ce que vous faites chaque jour et d’où jaillit votre ministère. Sur l’autel, par vos mains, le sacrifice du Christ s’actualise dans la plus haute action confiée à des mains humaines ; dans le tabernacle, demeure Celui que vous avez offert, confié à nouveau à vos soins. Soyez des adorateurs, des hommes de prière profonde, et enseignez à votre peuple à faire de même.
Au terme de ce parcours, pour être les prêtres dont l’Église a besoin aujourd’hui, je vous laisse le même conseil que votre saint compatriote, saint Jean d’Avila : « Soyez tout à lui » (Sermon 57). Soyez saints ! Je vous confie à Sainte Marie de l’Almudena et, le cœur rempli de gratitude, je vous donne la bénédiction apostolique, que j’étends à tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux.
Vatican, le 28 janvier 2026, Mémoire de saint Thomas d’Aquin, prêtre et docteur de l’Église.
18 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe des Cendres célébrée en la Basilique Sainte Sabine, en l’Aventin
Au début de chaque Temps liturgique, nous redécouvrons avec une joie toujours nouvelle la grâce d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté convoquée pour écouter la Parole de Dieu. Le prophète Joël nous a rejoints par sa voix qui conduit chacun à sortir de son isolement et fait de la conversion une urgence indissociablement personnelle et publique : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! » (Jl 2, 16). Il mentionne les personnes dont l’absence serait facile à justifier : les plus fragiles et les moins aptes à se rassembler en grand nombre. Puis le prophète nomme l’époux et l’épouse : il semble les appeler hors de leur intimité afin qu’ils se sentent partie intégrante d’une communauté plus large. Viennent ensuite à leur tour les prêtres qui se trouvent déjà, presque par devoir, « entre le portail et l’autel » (v. 17) ; ils sont invités à pleurer et à trouver les mots justes pour tous : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple ! » (v. 17).
Le Carême, aujourd’hui encore, est un temps fort de communauté : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte » (Jl 2, 16). Nous savons combien il est de plus en plus difficile de rassembler les gens et de se sentir comme un peuple, non pas de manière nationaliste et agressive, mais dans une communion où chacun trouve sa place. C’est même ici que prend forme un peuple qui reconnaît ses propres péchés, à savoir que le mal ne vient pas de prétendus ennemis, mais qu’il a atteint les cœurs, qu’il est présent dans la vie de chacun et qu’il doit être affronté en assumant courageusement ses responsabilités. Nous devons admettre qu’il s’agit d’une attitude à contre-courant mais qui, alors qu’il est si naturel de se déclarer impuissant face à un monde en feu, constitue une véritable alternative, honnête et attirante. Oui, l’Église existe aussi comme prophétie pour des communautés qui reconnaissent leurs propres péchés.
Certes, le péché est personnel, mais il prend forme dans les milieux réels et virtuels que nous fréquentons, dans les attitudes avec lesquelles nous nous conditionnons mutuellement, souvent au sein de véritables “structures de péché” d’ordre économique, culturel, politique et même religieux. Opposer le Dieu vivant à l’idolâtrie – nous enseigne l’Écriture – c’est oser la liberté et la retrouver à travers un exode, un cheminement. Ne plus être paralysés, rigides, sûrs de nos positions, mais rassemblés pour bouger et changer. Comme il est rare de trouver des adultes qui se repentent, des personnes, des entreprises et des institutions qui admettent avoir commis des erreurs !
Aujourd’hui, il s’agit précisément de cette possibilité pour nous. Et ce n’est pas un hasard si de nombreux jeunes, même dans des contextes sécularisés, ressentent plus que par le passé l’appel de ce jour, le Mercredi des Cendres. Ce sont eux, en effet, les jeunes, qui saisissent distinctement qu’un mode de vie plus juste est possible et qu’il existe des responsabilités quant à ce qui ne va pas dans l’Église et dans le monde. Il convient donc de commencer là où l’on peut et avec ceux qui sont là. « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Nous sentons donc la portée missionnaire du Carême, non pas pour nous détourner du travail sur nous-mêmes, mais pour l’ouvrir à nombre de personnes inquiètes et de bonne volonté qui cherchent les voies d’un authentique renouveau de la vie, à l’horizon du Royaume de Dieu et de sa justice.
« Pourquoi les peuples diraient-ils : « Où donc est leur Dieu ? » » (Jl 2, 17). La question du prophète est comme un aiguillon. Elle nous rappelle aussi ces pensées qui nous concernent et qui surgissent chez ceux qui observent le peuple de Dieu de l’extérieur. Le Carême nous incite en effet à ces revirements – ces conversions – dont dépend la crédibilité de notre annonce.
Il y a soixante ans, quelques semaines après la fin du Concile Vatican II, saint Paul VI voulut célébrer publiquement le rite des cendres, rendant visible à tout le monde, lors d’une Audience générale dans la Basilique Saint-Pierre, le geste que nous sommes sur le point d’accomplir aujourd’hui. Il en parla comme d’une « cérémonie pénitentielle sévère et impressionnante » (Paul VI, Audience générale, 23 février 1966), qui heurte le sens commun et en même temps rejoint les questions de la culture. Il disait : « Nous, les modernes, nous pouvons nous demander si cette pédagogie est encore compréhensible. Nous répondons par l’affirmative. Parce qu’il s’agit d’une pédagogie réaliste. Elle est un rappel sévère à la vérité. Elle nous ramène à la vision juste de notre existence et de notre destin ».
Cette « pédagogie pénitentielle » – disait Paul VI – « surprend l’homme moderne sous deux aspects » : le premier est « celui de son immense capacité d’illusion, d’autosuggestion, de tromperie systématique de lui-même sur la réalité de la vie et ses valeurs ». Le second aspect est « le pessimisme fondamental » que le Pape Montini constatait partout : « La plupart des témoignages humains que nous offrent aujourd’hui la philosophie, la littérature, le spectacle – disait-il – concluent en proclamant la vanité inéluctable de toute chose, l’immense tristesse de la vie, la métaphysique de l’absurde et du néant. Ces témoignages sont une apologie des cendres ».
Nous pouvons aujourd’hui reconnaître la prophétie que contenaient ces paroles et sentir dans les cendres qui nous sont imposées le poids d’un monde en feu, de villes entières détruites par la guerre : les cendres du droit international et de la justice entre les peuples, les cendres d’écosystèmes entiers et de la concorde entre les personnes, les cendres de la pensée critique et des anciennes sagesses locales, les cendres de ce sens du sacré qui habite toute créature.
« Où donc est leur Dieu ? », se demandent les peuples. Oui, très chers amis, l’histoire nous le demande, et avant cela, notre conscience : appeler la mort par son nom, en porter les signes, mais témoigner de la résurrection. Reconnaître nos péchés pour nous convertir est déjà un présage et un témoignage de résurrection : cela signifie en effet ne pas s’arrêter dans les cendres, mais se relever et reconstruire. Alors, le Triduum pascal, que nous célébrerons au sommet du cheminement du Carême, libérera toute sa beauté et sa signification. Il le fera en nous ayant engagés, par la pénitence, dans le passage de la mort à la vie, de l’impuissance aux possibilités de Dieu.
C’est pourquoi les martyrs d’hier et d’aujourd’hui brillent comme des pionniers de notre chemin vers Pâques. L’ancienne tradition romaine des stations de Carême – dont celle d’aujourd’hui est la première – est instructive : elle renvoie autant au mouvement, en tant que pèlerins, qu’à la pause – statio – auprès des “mémoires” des martyrs sur lesquelles s’élèvent les basiliques de Rome. N’est-ce pas une invitation à nous mettre sur les traces des témoignages admirables dont le monde entier est désormais parsemé ? Reconnaître les lieux, les histoires et les noms de ceux qui ont choisi la voie des Béatitudes et en ont assumé les conséquences jusqu’au bout. Une myriade de semences qui, alors qu’elles semblaient perdues, ensevelies dans la terre, ont préparé la moisson abondante qu’il nous appartient de récolter. Le Carême, comme nous le suggère l’Évangile, en nous libérant du désir d’être vus à tout prix (cf. Mt 6, 2.5.16), nous apprend plutôt à voir ce qui naît, ce qui grandit, et nous pousse à le servir. C’est l’harmonie profonde qui s’établit dans le secret de celui qui jeûne, prie et aime avec le Dieu de la vie, notre Père et celui de tous. C’est vers Lui que nous réorientons, avec sobriété et joie, tout notre être, tout notre cœur.
19 février 2026 – Discours du Pape Léon XIV au clergé du diocèse de Rome
Je vous salue avec une grande joie et je vous remercie d’être ici ce matin. Je remercie le cardinal vicaire pour les paroles qu’il m’a adressées, et je vous salue tous cordialement: les membres du Conseil épiscopal, les curés, tous les prêtres présents. Et je vous le dis, s’il est vrai que nous sommes au début de ce chemin quadragésimal, ce n’est pas un acte de pénitence: pour moi, tout au moins, c’est une grande joie! Et je le dis sincèrement!
Au début de l’année pastorale, nous avons été inspirés par ce que Jésus a dit à la samaritaine auprès du puits de Jacob: «Si tu savais le don de Dieu» (Jn 4, 10).
Le don, comme nous le savons, est également une invitation à vivre une responsabilité créative. Nous ne sommes pas seulement présents dans le fleuve de la tradition comme exécuteurs passifs d’une pastorale déjà définie mais, au contraire, à travers notre créativité et nos charismes, nous sommes appelés à collaborer à l’œuvre de Dieu. À ce propos, les paroles que l’apôtre Paul adresse à Timothée sont éclairantes: «Je t’invite à raviver le don spirituel que Dieu a déposé en toi» (2 Tm 1, 6). Ces paroles sont adressées non seulement à chaque personne, mais aussi à la communauté, et aujourd’hui, nous pouvons sentir qu’elles sont adressées à nous: Église de Rome, rappelle-toi de raviver le don de Dieu!
Que signifie raviver ? Paul adresse cette exhortation à une communauté qui a perdu d’une certaine manière la fraîcheur des origines et l’élan pastoral ; avec le contexte qui change et le temps qui passe, on constate une certaine lassitude, quelques déceptions ou frustrations, et une certaine déchéance spirituelle et morale. Et alors, l’apôtre dit à Timothée et à cette communauté : rappelle-toi de raviver le don que tu as reçu. Ce verbe utilisé par Paul — raviver — évoque l’image de la braise sous les cendres et, comme le disait le Pape François, «suggère l’image de celui qui souffle sur le feu pour en raviver la flamme» (Catéchèse, 30 octobre 2024).
Pour le chemin pastoral de notre diocèse également, nous pouvons dire : le feu est allumé, mais il faut toujours le raviver.
Le feu allumé est le don irrévocable que le Seigneur nous a fait, c’est l’Esprit qui a tracé le chemin de notre Église, l’histoire et la tradition que nous avons reçues et ce que nous réalisons, de façon ordinaire, dans nos communautés. Dans le même temps, nous devons admettre avec humilité que la flamme de ce feu ne conserve pas toujours la même vitalité et a besoin d’être attisée à nouveau. Harcelés par les brusques changements culturels et par les contextes dans lesquels se déroule notre mission, en proie parfois à la fatigue et au poids de la routine, ou encore découragés par l’éloignement croissant à l’égard de la foi et de la pratique religieuse, nous ressentons le besoin que ce feu soit alimenté et ravivé.
Cela vaut en particulier pour certains domaines de la vie pastorale, que je voudrais brièvement évoquer.
Le premier concerne assurément la pastorale ordinaire des paroisses. Et ici, je voudrais avant tout partager avec vous une pensée de gratitude, en rappelant les paroles que le Pape François vous avait adressées au cours de l’une des dernières Messes chrismales: «Merci pour votre service; merci pour tout le bien caché que vous faites […]; merci pour votre ministère qui s'exerce souvent au prix de beaucoup de fatigues, d’incompréhensions et de peu de reconnaissance» (Homélie lors de la Messe chrismale, 6 avril 2023). Toutefois, les fatigues et les incompréhensions peuvent aussi être une occasion de réflexion sur les défis pastoraux à affronter. En particulier, en ce qui concerne la relation entre initiation chrétienne et évangélisation, nous avons clairement besoin d’un changement de direction; en effet, la pastorale ordinaire est structurée selon un modèle classique qui se préoccupe avant tout de garantir l’administration des Sacrements, mais un tel modèle présuppose que la foi soit en quelque sorte transmise également par le contexte environnant, par la société comme par le contexte familial. En réalité, les changements culturels et anthropologiques qui ont eu lieu au cours des dernières décennies nous disent que ce n’est plus le cas et que nous assistons même à une érosion croissante de la pratique religieuse.
Il est donc urgent d’annoncer à nouveau l’Évangile : voilà la priorité. Avec humilité, mais aussi sans se laisser décourager, nous devons reconnaître qu’«une partie des personnes baptisées ne fait pas l’expérience de sa propre appartenance à l’Église», et cela invite à faire également attention à une «une sacramentalisation sans autres formes d’évangélisation» (Evangelii gaudium, n. 63). Rappelons les paroles de l’apôtre Paul : «Et comment croire sans d’abord l’entendre? Et comment entendre sans prédicateur?» (Rm 10, 14). Comme tous les grandes agglomérations urbaines, la ville de Rome est caractérisée par une mobilité permanente, par une nouvelle façon d’habiter le territoire et de vivre le temps, par des tissus relationnels et familiaux toujours plus multiples et parfois effilochés. C’est pourquoi il est nécessaire que la pastorale paroissiale replace au centre l’annonce, pour chercher des voies et des façons qui aident les personnes à entrer à nouveau en contact avec la promesse de Jésus. Dans ce contexte, l’initiation chrétienne, souvent modulée sur des rythmes scolaires, a besoin d’être revue : il faut expérimenter d’autres modalités de transmission de la foi, notamment en dehors des chemins classiques, pour chercher à toucher à nouveau les enfants, les jeunes et les familles.
Un deuxième aspect est le suivant : apprendre à travailler ensemble, en communion. Pour donner la priorité à l’évangélisation sous toutes ses formes multiples, nous ne pouvons pas penser et agir de façon solitaire. Par le passé, la paroisse était liée de façon plus stable au territoire et tous ceux qui y habitaient y appartenaient ; aujourd’hui toutefois, les modèles et les styles de vie sont passés de la stabilité à la mobilité et de nombreuses personnes se déplacent non seulement pour des motifs professionnels, mais pour des expériences de divers types, vivant également les relations au-delà des frontières territoriales et culturelles d’appartenance. La paroisse seule ne suffit pas à donner lieu à un parcours d’évangélisation capable d’intercepter ceux qui ne peuvent pas vivre une participation adéquate. Dans un territoire de grandes dimensions comme celui de Rome, il faut surmonter la tentation de l’autoréférentialité, qui engendre un surmenage et de la dispersion, pour travailler toujours plus ensemble, en particulier entre des paroisses limitrophes, en mettant en commun les charismes et les potentialités, en programmant ensemble et en évitant de superposer les initiatives. Il faut une plus grande coordination qui, loin d’être un expédient pastoral, a pour but d’exprimer notre communion sacerdotale.
Je voudrais souligner un dernier aspect : la proximité aux jeunes. Un grand nombre d’entre eux — nous le savons — «vivent désormais sans aucune référence à Dieu et à l’Église» (Discours aux participants à la session plénière du Dicastère pour la doctrine de la foi, 29 janvier 2026). Il s’agit donc de saisir et de lire le profond malaise existentiel qui les habite, leur égarement, leurs multiples difficultés, ainsi que les phénomènes qui les entraînent dans le monde virtuel et les symptômes d’une agressivité préoccupante qui débouche parfois sur la violence. Je sais que vous connaissez cette réalité et vous vous engagez à l’affronter. Nous n’avons pas de solutions faciles qui nous assurent des résultats immédiats mais, dans la mesure du possible, nous pouvons rester à l’écoute des jeunes, nous rendre présents, les accueillir, partager un peu leur vie. Dans le même temps, étant donné que les problématiques concernent diverses dimensions de la vie, efforçons-nous également, en tant que paroisses, de dialoguer et d’interagir avec les institutions présentes sur le territoire, avec l’école, avec les spécialistes dans le domaine de l’éducation et des sciences humaines et avec tous ceux qui ont à cœur le destin et l’avenir de nos jeunes.
Et à propos d’âge jeune, je voudrais adresser une parole d’encouragement aux prêtres plus jeunes — vous êtes presque tous là non? — qui font souvent l’expérience sur leur personne des potentialités et des difficultés de leur générations et de cette époque. Dans un contexte social et ecclésial plus difficile et moins gratifiant, on peut courir le risque d’épuiser rapidement ses énergies, d’accumuler de la frustration et de tomber dans la solitude. Je vous exhorte à la fidélité quotidienne dans la relation avec le Seigneur et à travailler avec enthousiasme même si vous ne voyez pas à présent les fruits de l’apostolat. Surtout, je vous invite à ne jamais vous renfermer sur vous-mêmes: n’ayez pas peur de vous confronter, également sur vos fatigues et sur vos crises, en particulier avec les confrères que vous jugez en mesure de vous aider. Il nous est demandé à tous, bien évidemment, une attitude d’écoute et d’attention, à travers laquelle vivre concrètement la fraternité sacerdotale. Accompagnons-nous et soutenons-nous mutuellement.
Chers amis, je suis heureux d’avoir vécu ce moment de partage avec vous. Comme je l’ai rappelé récemment, notre premier engagement est celui de «préserver et de faire grandir la vocation dans un cheminement constant de conversion et de fidélité renouvelée, qui n’est jamais seulement un parcours individuel mais qui nous engage à prendre soin les uns des autres» (Lett. ap. Une fidélité qui génère l’avenir, n. 13). De cette façon, nous serons des pasteurs selon le cœur de Dieu et nous pourrons servir au mieux notre diocèse de Rome.
Merci!
19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome
Première question
Saint-Père, je m’adresse à vous au nom des jeunes prêtres de notre diocèse, bien que vous ayez déjà répondu à de nombreuses questions qui nous tiennent à cœur. Merci ! Le plus souvent, nous vivons notre ministère pastoral auprès des jeunes de nos communautés. Les jeunes aspirent à une relation profonde et intime avec Dieu, et ressentent le besoin d’être entendus et de communier. Mais ils vivent aussi de nombreuses blessures relationnelles et affectives, souvent accompagnées d’angoisses, de peurs, de tristesse et de solitude. Parfois, il semble donc plus facile, et peut-être même plus gratifiant et commode pour nous, prêtres, de privilégier le volet émotionnel, d’anesthésier la douleur par des événements sensationnels et des émotions fortes, au lieu de les aider à entrer en dialogue avec Dieu. Une relation qui, pourtant, n’est ni ostentatoire, ni bruyante, ni marquée par les grands nombres, ni mesurée par des leaders charismatiques, mais qui se nourrit du secret de la prière, faisant de nous non pas des protagonistes, mais des ministres de la confiance dans le Seigneur. Seule l’amitié avec Jésus comble notre solitude, comme Votre Sainteté nous l’a rappelé le 10 janvier, lors de la réception des jeunes Romains et de leurs éducateurs. Je vous le demande donc, Saint-Père, quels conseils donneriez-vous à nous, jeunes prêtres, afin que nous puissions incarner l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en particulier auprès des jeunes, en nous présentant à eux comme des adultes crédibles, sans pour autant transformer l’évangélisation en simple animation ni le discernement en divertissement ? Merci.
Réponse du pape Léon XIV :
Eh bien, la première chose que je voudrais dire, c’est que c’est une réalité de la société actuelle, que nous ne pouvons pas vraiment changer, mais dont nous devons être conscients. C’est la réalité des familles et les défis auxquels nous sommes confrontés, surtout avec les jeunes d’aujourd’hui, car beaucoup viennent de familles qui ont traversé de graves crises : l’absence du père, des parents divorcés ou remariés, et pour beaucoup, l’abandon. Ce sont les difficultés auxquelles les jeunes doivent faire face dans la vie d’aujourd’hui. Par conséquent, pour le prêtre, accompagner ces jeunes signifie aussi reconnaître leur réalité, être proche d’eux, les accompagner, mais pas simplement être un parmi eux. Le témoignage du prêtre est également important. Le jeune prêtre peut offrir aux jeunes un modèle de vie, en montrant qu’être ami de Jésus peut véritablement enrichir leur existence. Mais cela signifie que le prêtre lui-même, jeune ou moins jeune, vit une vie d’amitié avec Jésus, offrant à ces jeunes non seulement un exemple, mais une expérience de vie susceptible de transformer leur existence. Là aussi, je crois que l’esprit d’évangélisation dont j’ai parlé il y a quelques minutes devrait également s’appliquer aux jeunes.
Avant, tous les jeunes venaient à la paroisse. Certes, beaucoup de vos paroisses ont un oratoire, c’est-à-dire un lieu de rencontre et de jeux pour les jeunes… Certains viennent encore, mais nous ne pouvons pas nous contenter de ceux qui fréquentent la paroisse. Il nous faut donc, même avec les jeunes eux-mêmes, nous organiser, réfléchir et chercher des initiatives qui leur permettent de sortir. Le pape François a beaucoup parlé de l’Église qui s’ouvre à l’extérieur. Nous devons aller à leur rencontre, inviter d’autres jeunes, les accompagner dans la rue, leur proposer différentes activités… Le sport peut aussi être un moyen d’attirer les jeunes. L’art, la culture… Invitez-les à venir, à apprendre à se connaître. Apprendre à se connaître est peut-être avant tout une expérience de communion. Beaucoup de jeunes vivent isolés, dans une solitude terrible, depuis la pandémie, mais cela ne date pas d’hier. Avec le fameux smartphone, que presque tout le monde a dans sa poche aujourd’hui, ils vivent seuls, même s’ils disent : « Non, mon ami est là », mais il n’y a aucun contact humain.
Ils vivent à distance des autres, dans une froide indifférence, inconscients de la richesse et de la valeur des relations humaines authentiques. C’est pourquoi nous devons aussi trouver des moyens d’offrir aux jeunes une autre forme d’amitié, de partage et, peu à peu, de communion, et, à partir de cette expérience, les inviter à connaître Jésus, qui nous invite à être non pas ses serviteurs, mais ses amis.
Tout cela exige beaucoup de temps, de sacrifices et de réflexion – notamment pour trouver comment atteindre ces jeunes qui, aujourd’hui, sont souvent entraînés dans une vie terrible : toxicomanie, criminalité, violence, précarité, isolement… Récemment, un jeune homme m’a posé cette question : « Mais vous parlez beaucoup de communion et d’unité, pourquoi ? Quelle est leur valeur ? » Autrement dit, il ne comprenait même pas, par sa propre expérience, l’immense valeur de sortir de la solitude et de rechercher l’amitié et la communion. C’est pourquoi je crois que les jeunes prêtres, plus proches des jeunes par l’âge, la culture et la formation, peuvent aussi être d’un grand secours pour proclamer ce message qui, au fond, est toujours l’Évangile.
19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome
Deuxième question
Sainteté, bonjour et merci beaucoup pour ce temps. J’aimerais vous poser une question concernant l’époque que nous vivons, marquée par une marginalisation progressive de la religion dans le paysage social contemporain, notamment dans les grandes villes comme Rome. Comment pouvons-nous être pertinents dans cette culture postmoderne qui nous entoure, sans retomber dans des approches passées qui sembleraient quelque peu anachroniques ? Quelle priorité notre ministère pastoral doit-il avoir pour répondre, dans un esprit évangélique, aux défis de notre temps ? Autrement dit : l’Évangile s’est toujours inculturé ; aujourd’hui, nous sommes probablement confrontés à une nouvelle inculturation. Comment pouvons-nous faire en sorte que cette inculturation soit favorisée, accompagnée et non entravée par nos initiatives ? Merci.
Réponse du pape Léon XIV :
Ce que je cherche moi-même à comprendre, c’est comment relever ce défi, qui commence par la nécessité de connaître véritablement la communauté que je suis appelé à servir. Je parle en connaissance de cause. J’ai vécu à Rome pendant quatre ans dans les années 1980, puis pendant douze ans, de 2000 à 2012-2013, et maintenant depuis trois ans. À chaque fois que je retourne à Rome, j’ai l’impression de découvrir une Rome différente. Il y a tant de choses… La « Ville Éternelle », disons, les rues sont les mêmes, les nids-de-poule aussi, mais la vie a beaucoup changé. Ainsi, pour servir également comme évêque de Rome, j’ai beaucoup réfléchi à la manière dont, lorsque nous sommes allés à Ostie dimanche dernier, pour parler avec ces gens, il faut commencer par appréhender au mieux leur réalité. Je ne peux même pas assurer une continuité : si je suis muté d’une paroisse à l’autre, je ne peux pas me dire : « Ça a marché là-bas, continuons comme ça. » Si l’on veut aimer quelqu’un, il faut d’abord le connaître. Si vous voulez aimer et servir une communauté, il est très important de la connaître.
Dans ce monde de la mobilité, dont j’ai brièvement parlé, de nombreuses réalités sont en constante évolution. C’est pourquoi il est nécessaire que les curés, le clergé et tous les membres du conseil paroissial s’efforcent de bien cerner les défis actuels, en ce lieu même, dans cette paroisse que nous devons apprendre à mieux connaître.
Concernant la réalité du monde actuel, nous n’avons pas encore abordé une réalité incontournable : l’intelligence artificielle et l’utilisation d’Internet, qui font désormais partie intégrante de la vie d’un prêtre. (D’ailleurs, je vous exhorte à résister à la tentation de préparer vos homélies à l’aide d’une intelligence artificielle.) De même que les muscles du corps s’atrophient s’ils ne sont pas sollicités, le cerveau a besoin d’être utilisé. De même, notre intelligence, votre intelligence, doit être exercée régulièrement pour ne pas perdre cette capacité. Mais elle a besoin de bien plus, car pour prononcer une véritable homélie, c’est-à-dire partager la foi, l’IA ne pourra jamais le faire ! Voici l’essentiel : si nous pouvons offrir un service adapté à la culture locale, dans la paroisse où nous exerçons notre ministère, les fidèles souhaitent voir leur foi, leur expérience de la connaissance et de l’amour de Jésus-Christ et de son Évangile. Et c’est ce que nous devons sans cesse cultiver.
Et c’est là que je réponds très sincèrement, à toutes les questions, qu’une partie de la réponse réside dans l’importance d’une vie de prière. Non pas seulement le fait de réciter le Bréviaire le plus rapidement possible, que j’ai aussi sur mon téléphone, sans prendre le temps d’être avec le Seigneur, d’écouter la Parole de Dieu, de prier avec les Psaumes, de louer le Seigneur. Mais aussi la capacité d’entrer en dialogue, d’écouter vraiment et d’exprimer les difficultés que je porte dans mon cœur : « Pourquoi, Seigneur ? Que veux-tu de moi ? Que puis-je faire ? »
Ainsi, forts de cette expérience d’une vie authentiquement enracinée dans le Seigneur, nous pouvons offrir quelque chose qui ne nous appartient pas. Ce n’est pas en raison de qui je suis que j’offre ce que je suis ; c’est souvent une illusion sur Internet, sur TikTok, où nous voulons rester nous-mêmes : « J’ai beaucoup d’abonnés, beaucoup de likes, parce qu’ils voient ce que je dis… » Ne soyons pas comme ça : si nous ne transmettons pas le message de Jésus-Christ, nous nous trompons peut-être, et nous devons aussi réfléchir très attentivement, avec une grande humilité, pour voir qui nous sommes et ce que nous faisons. Mais avec cette attitude d’amour, de service, d’humilité et d’écoute, nous pouvons vraiment découvrir comment répondre aux besoins de cette communauté que nous sommes appelés à servir.
19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome
Troisième question
Saint-Père, durant ces 39 années d’ordination sacerdotale, j’ai pu constater que la fraternité sacerdotale est possible et belle. Cela tient aussi au fait que, dans nos presbytères à Rome, nous avons la chance d’accueillir des prêtres d’autres diocèses, qui sont un véritable trésor, non seulement pour l’aide qu’ils apportent, mais aussi pour nourrir la fraternité sacerdotale. Il est vrai qu’en vivant ensemble, nous faisons l’expérience de ce que disait saint Jean Berchmans : « La vie en communauté est une grande pénitence, mais j’ai fait l’expérience qu’elle est aussi source d’une immense joie. » Trois anecdotes simples : après m’être senti mal un après-midi, j’ai réalisé le lendemain matin que mes frères, sans dire un mot, s’étaient organisés pendant la nuit par roulements d’une heure pour venir discrètement prendre de mes nouvelles. Un autre épisode qui m’a marqué, c’est le décès de ma mère – je suis enfant unique, mon père était déjà décédé – et mon jeune frère, me voyant un peu bouleversé, m’a dit : « Romano, souviens-toi que tant que je vivrai, tu ne seras jamais seul. » J’ai moi aussi traversé une période douloureuse, un malentendu douloureux, et c’est là que l’Évangile m’a éclairé : prier pour cette personne, pour ce frère, et demander au Seigneur de le bénir. Et, quelques mois plus tard, la joie du message de réconciliation. Aussi, à la lumière de cela, je tiens à vous signaler, Saint-Père, certains dangers, et je vous demande votre avis. Le premier est la difficulté d’être soi-même par peur des commérages, d’être trahi pour trente deniers afin que quelqu’un puisse se vanter en répandant des rumeurs. Ensuite, la diversité de nos sensibilités est sans aucun doute une richesse, mais il existe une tentation, au lieu de les transformer en atouts, de former des factions opposées qui s’affrontent. Et puis, ce qui me semble le plus grand danger, c’est la jalousie : l’incapacité de se réjouir des qualités d’un frère qui risque de devenir un ennemi simplement parce qu’il est apprécié et qu’il réussit dans son ministère pastoral. Parfois, les paroles un peu amères d’un frère me reviennent à l’esprit, mais elles sont pertinentes : « Si tu veux nuire à quelqu’un, dis du bien de lui », car alors tu l’exposes aux attaques. Mais vous saurez sans aucun doute nous éclairer de manière précieuse sur tout cela. Merci, Saint-Père !
Réponse du pape Léon XIV :
Merci. Je pourrais dire, comme un professeur : « Mais vous avez déjà répondu à votre question, et donc… » J’ai commencé par quelque chose de vraiment douloureux – voire même de négatif – qui ressemble parfois à une « pandémie » qui touche le clergé à l’échelle universelle. On appelle cela « l’envie cléricale ». Cela se produit lorsqu’un prêtre, voyant qu’un autre a été appelé à devenir curé d’une paroisse plus grande et plus prestigieuse, ou vicaire, ou… eh bien, les relations se brisent ; et pas seulement cela, mais aussi à cause des commérages, des critiques et des commentaires… Au lieu de chercher à tisser des liens, des ponts d’amitié, de fraternité sacerdotale, les relations sont détruites.
Par conséquent, je tiens à le préciser d’emblée pour clore le débat, mais il est essentiel de prendre en compte cette réalité. Nous sommes tous humains ; nous éprouvons des sentiments, des émotions, et bien d’autres choses encore. Mais en tant que prêtres – et j’espère que cela commencera dès le séminaire – nous pouvons offrir des modèles où les prêtres sont véritablement amis, frères, et non ennemis ou indifférents les uns aux autres. Et je ne sais pas ce qui est pire : être ennemi ou être indifférent à l’autre ; nous devons considérer les deux.
J’ai été témoin de magnifiques exemples de fraternité sacerdotale, et je vais en mentionner quelques-uns car ils peuvent être utiles à tous, des plus jeunes aux plus âgés. Un prêtre de Chicago avait des camarades de séminaire qui, dès leur ordination, avaient conclu un pacte : se réunir une fois par mois – je ne sais plus exactement, ils avaient choisi le quatrième jeudi –. C’était un groupe assez important de prêtres, et je les ai rencontrés lorsque l’un d’eux, déjà évêque auxiliaire à Chicago, avait 93 ans. Ceux qui avaient atteint cet âge continuaient de se réunir. Ils souhaitaient entretenir toute leur vie cette belle amitié née au séminaire. Mais il ne s’agissait pas simplement d’une réunion ; c’était un temps de prière, où ils consacraient un moment de la journée à la prière puis à l’étude.
Et là, je voudrais dire autre chose à chacun : l’étude doit être permanente, continue dans nos vies. Quand j’entends quelqu’un me dire – et c’est un fait historique, un prêtre me l’a confié – : « Je n’ai pas ouvert un livre depuis que j’ai quitté le séminaire », mon Dieu ! – me suis-je dit –, quelle tristesse ! Et quelle tristesse pour ses paroissiens, qui doivent écouter Dieu sait quoi. Nous aussi, nous devons nous tenir au courant, et ce groupe de prêtres, lors de leur réunion mensuelle, disait à chacun son tour : « À vous de choisir un article. » L’auteur l’envoyait à tous à l’avance, chacun le lisait, puis, lors du temps de partage, ils discutaient de théologie, de pastorale, des nouvelles initiatives, de la réalité de l’Église, etc. C’était vraiment formidable. Et tout cela venait de leur propre initiative.
Et puis, il y a un autre point très important : si je suis assis ici à dire : « Personne ne vient me rendre visite » — ce qui pourrait arriver à certains d’entre vous —, n’ayons pas peur de frapper à la porte de quelqu’un d’autre, de prendre l’initiative, c’est-à-dire de dire à des collègues ou à un groupe d’amis, à certains d’entre eux : « Pourquoi ne pas nous réunir de temps en temps pour étudier ensemble, réfléchir ensemble, avoir un moment de prière et ensuite un bon déjeuner ? » Le curé, avec le meilleur cuisinier, peut inviter les autres, et ainsi un bon déjeuner peut être pris ensemble.
Ceux dont j’ai parlé, les prêtres de Chicago, tous les prêtres diocésains là-bas jouent au golf. L’été, ils allaient donc aussi faire du sport ensemble. L’important, c’est que quelqu’un prenne l’initiative. Ce n’est peut-être pas possible avec tout le monde – j’en suis bien conscient – Dieu nous a tous créés différents, et c’est tant mieux ! Il n’y a pas deux personnes identiques, mais je me sens plus à l’aise avec l’une qu’avec l’autre. L’autre est une bonne personne, mais je n’aurais pas assez confiance – comme vous le disiez dans votre question –, on ne peut pas raconter toute sa vie au premier venu. Il faut trouver des personnes avec qui partager des expériences, pour peut-être nouer une amitié, une relation fraternelle plus profonde, et partager sa vie, pour ne pas se sentir seul. Comme ce jeune prêtre qui vous a dit : « Tant que je serai là, vous ne serez jamais seul. » Nous devrions essayer de construire des relations fraternelles entre prêtres, dans ce même esprit. Ce ne sera pas toujours le curé et ses vicaires ; un groupe de curés serait peut-être plus approprié, je ne sais pas, il faut voir ce que l’avenir nous réserve. Mais nous devons créer des occasions de rompre cette tendance à la solitude, à l’isolement. Et vraiment essayer de consacrer du temps – évidemment pas tous les jours – mais régulièrement, pour se rencontrer, et non pas à travers un écran. C’est important ; cela a aussi sa valeur, mais en personne, être ensemble, se rencontrer, partager les joies et les difficultés de la vie, partager ses expériences. Il peut arriver que l’on traverse une crise, qu’elle soit due à des problèmes de santé ou à une autre difficulté ; si l’on est seul, la crise nous éloigne souvent de ce qui constitue véritablement notre vie. Si j’ai un groupe de confiance avec qui j’ai partagé une expérience, je peux continuer à cheminer à leurs côtés, si j’ai quelqu’un avec qui partager les difficultés, les épreuves, etc. Ce serait donc, de manière très concrète, le type d’expérience dont on peut encore rêver aujourd’hui : ce type de vie sacerdotale, pour promouvoir une authentique fraternité sacerdotale .
19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome
Quatrième question
Le jour de votre élection, Sainteté, j’ai réalisé que j’étais déjà parmi les prêtres les plus âgés. Même le Pape a un an de moins que moi ! Et lors de mes réunions au Vicariat, tous sont plus jeunes que moi : le Cardinal, l’Administrateur adjoint, l’Évêque, les Recteurs – c’est donc une expérience constante de cet âge déjà mûr. Dans ma paroisse, il y a un évêque émérite, plus âgé que moi, mais aussi trois prêtres de différents diocèses, avec lesquels nous vivons de beaux moments de fraternité, pour poursuivre ce sujet si important. Et ces jeunes sont un trésor. C’est pourquoi je représente la génération des prêtres plus âgés ; aujourd’hui, je suis la voix de tous les prêtres âgés. Nombreux sont ceux qui ressentent la solitude après une vie entièrement consacrée à l’Évangile et à l’Église : après tant de personnes, tant de solitude. Beaucoup, hélas, marqués par la maladie, ont été contraints de prendre leur retraite avant l’âge légal. La question est double : que suggère-t-on à ceux d’entre nous qui sommes seuls et malades, et qui offrons désormais notre fragilité et nos limites, avec le Pain eucharistique, à Jésus, la victime ? Mais je vous pose aussi cette question, Votre Sainteté : comment pouvons-nous, prêtres plus âgés, dans nos presbytères, aider les plus jeunes à rester spirituellement jeunes, enthousiastes à proclamer la Parole, passionnés dans l’édification de l’Église, l’Épouse du Christ ?
Réponse du pape Léon XIV :
Ce que je dis, c’est que, même si la perfection est impossible, il faut se préparer, d’une certaine manière, à accepter, le moment venu, l’âge, la vieillesse, la maladie et la solitude. Cependant, si l’on a toujours vécu dans un esprit de dialogue, d’amitié, de partage et de fraternité, on peut trouver des réponses plus concrètes à l’expérience de la solitude et de la maladie, par exemple. Il y a des gens – et nous le disons avec une certaine franchise – qui, même jeunes, abordent la vie avec une certaine amertume ; ils n’ont jamais connu l’amitié, la fraternité ni le partage. Ainsi, depuis leur jeunesse ou leur âge mûr, ils vivent avec cette amertume, jamais satisfaits et toujours empreints d’un certain pessimisme.
Si l’on vit sa vie comme un cheminement qui nous porte en avant, malgré le poids des années, et souvent – jeune ou vieux – avec la maladie et les difficultés, on aura la capacité, avec la grâce de Dieu, d’accepter la croix, les souffrances qui en découlent, car on le fera avec le même esprit de prière et de sacrifice que celui qu’on a manifesté le jour de son ordination sacerdotale, lorsqu’on a dit au Seigneur : « Oui, Seigneur, je veux te suivre en toutes choses et accepter ce que la vie me donne comme faisant partie de ta volonté. » Alors, une spiritualité profonde est nécessaire, qu’il faut cultiver, dès le séminaire et tout au long de sa vie. Je ne peux pas dire à un jeune de 22 ans : « Prépare-toi pour tes 80 ans », mais tout est cheminement, tout est une manière d’entrer dans la vie avec un certain esprit de gratitude. Je n’en ai pas encore parlé, mais commençons par la gratitude d’avoir été appelés au sacerdoce. Nous oublions souvent combien notre vocation est grande et combien elle est importante pour la vie de l’Église. Non par cléricalisme – « Me voici » – mais parce que le Seigneur nous a appelés à être ses amis, ses disciples, ses serviteurs, et c’est là la plus belle des choses ! Ainsi, vivre dans un esprit de gratitude dès le premier jour de mon sacerdoce m’aidera à vivre, même âgé, même malade, à dire : « Merci, Seigneur, pour la vie, pour le don que tu me fais. »
Vous savez pertinemment que dans de nombreux pays – en Europe, en Italie… Au Canada, c’est déjà légal – l’euthanasie est un sujet largement débattu : la question de la fin de vie, les personnes qui ne trouvent plus de sens à leur existence, qui portent le fardeau de la maladie et qui disent : « Je ne veux plus le porter, je préfère mettre fin à mes jours. » Si nous sommes si négatifs envers notre propre vie, et parfois avec moins de souffrance que beaucoup d’autres, comment pouvons-nous leur dire : « Non, vous ne pouvez pas mettre fin à vos jours, vous devez l’accepter… » ? Mais alors, nous agissons nous-mêmes de la même manière, avec une vision très négative de tout. Autrement dit, nous devons être les premiers à témoigner de la grande valeur de la vie. Et la gratitude tout au long de la vie est essentielle.
L’humilité aussi. L’humilité : cette attitude qui consiste à reconnaître que ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui m’a donné la vie, qui nous accompagne et nous porte dans ses bras, même dans nos moments de plus grande faiblesse. Le Seigneur est là, avec nous. Et vivre avec cet esprit donne vie et espérance.
À cela s’ajoute la proximité. Et j’aimerais ici inviter chacun à réfléchir : nous connaissons tous, sans aucun doute, une personne âgée, un malade, un prêtre, un laïc, une religieuse… qui traverse une période très difficile. Appelons-les, allons les voir. Efforçons-nous d’aider ces personnes qui souffrent. Autrefois, il était plus courant que le curé – par exemple, tous les jeudis – apporte la communion et l’huile (des malades) à tous les malades de la paroisse. Aujourd’hui, avec moins de prêtres et plus de personnes âgées, on a tendance à dire : « Eh bien, envoyons les laïcs, laissons-les faire. » C’est un beau service que rendent les laïcs, en apportant la communion à domicile, par exemple. Mais cela ne signifie pas que le prêtre peut rester chez lui à regarder Internet pendant que les autres sont sur le terrain. Autrement dit, pour nous aussi, vivre cette proximité avec ceux qui souffrent est un service, un apostolat, une forme très importante de pastorale.
Les prêtres âgés ont eux aussi un service à rendre. Même alités, s’ils ont véritablement vécu une vie de service et de sacrifice, ils savent pertinemment que leur prière peut être un grand service, un don précieux. Leur vie continue d’avoir un sens profond. Et ils peuvent encore se souvenir et accompagner de nombreuses personnes, situations et communautés qui ont besoin de leur offrande. Vivre dans cet esprit – car, bien sûr, si quelqu’un n’a pas prié pendant quarante ans et se dit : « Me voilà, au lit, je ne sais plus quoi faire », c’est difficile –, là aussi, nous devons poursuivre une formation continue dans notre vie spirituelle. Cela commence par la préparation, avant même de devenir, disons, âgés et malades.
Et j’aimerais ajouter une chose, valable pour tous et qui peut prendre différentes formes : n’ayons pas peur de poursuivre cette belle pratique d’accompagnement spirituel, d’avoir dans sa vie une personne qui nous connaît. Un ami, certes. Mais souvent, un bon confesseur, qu’il s’agisse d’un prêtre ou d’une personne d’une grande sagesse spirituelle, peut nous accompagner et nous soutenir dans les moments difficiles. Nous sommes tous humains, nous traversons tous des épreuves, des souffrances de toutes sortes, mais avoir une personne de confiance qui peut véritablement nous accompagner, au plus profond de notre cœur et de notre âme, est un don précieux, une aide précieuse dans nos vies. Et certains d’entre vous, j’espère que beaucoup possèdent ce don – ce n’est pas le cas de tous –, ont aussi celui de savoir accompagner les autres dans ces moments difficiles.
C’était la dernière question. Si vous m’en posez d’autres, il se peut que je n’aie pas de réponses aujourd’hui. Mais je tiens à réaffirmer, et très sincèrement, que je suis ravi de cette rencontre. Malheureusement, elle ne peut avoir lieu plus souvent… En tant qu’évêque diocésain, je rencontrais les prêtres tous les mois, et je le dis également au nom des évêques. J’ai entendu parler d’un diocèse où l’évêque arrivait pour les dix premières minutes de la réunion avec le clergé, puis repartait… J’espère que ce n’était pas votre cas… mais c’était à l’étranger !
Il est essentiel de savoir vivre, accompagner et cheminer ensemble : cardinaux, archevêques, évêques, vicaires épiscopaux, curé et ses vicaires… pour vivre cet esprit. Non pas ce qui est écrit dans un programme, mais un véritable esprit de fraternité et l’engagement d’accomplir ensemble notre mission : servir l’Église.
Je vous souhaite donc sincèrement un bon chemin de Carême, temps de conversion et de joie pour tous. Puissions-nous avoir, à l’avenir, l’occasion de vivre dans cet esprit. Nous pouvons conclure par une bénédiction.
28 février 2026 - Aux séminaristes de différents diocèses d'Espagne, avec leurs familles
Le séminaire est toujours un signe d’espérance pour l’Église ; c’est pourquoi me réunir avec vous — tant avec ceux qui parcourent cette étape qu’avec ceux qui ont la responsabilité de l’accompagner — est pour moi un motif de véritable joie.
Je pourrais parler de nombreux aspects importants pour votre formation, sur lesquels j’ai déjà eu l’occasion d’écrire dans la lettre que j’ai envoyée au Séminaire de San Carlos et San Marcelo à Trujillo, au Pérou — institution dont j’ai fait partie pendant plusieurs années — et que je vous encourage à lire lorsque vous en aurez l’occasion. Mais aujourd’hui, je voudrais me concentrer sur une chose qui soutient silencieusement tout le reste et qui, précisément pour cette raison, court le risque d’être considérée comme acquise sans être cultivée : avoir un regard surnaturel sur la réalité.
Il y a une phrase de l’auteur Chesterton qui peut servir de clé de lecture de tout ce que je voudrais partager avec vous : « Enlevez le surnaturel et vous ne trouverez pas le naturel, mais l’antinaturel » (cf. Heretics, VI). L’homme n’est pas fait pour vivre enfermé en lui-même, mais dans une relation vivante avec Dieu. Lorsque cette relation s’obscurcit ou s’affaiblit, la vie commence à se désordonner de l’intérieur. L’antinaturel n’est pas seulement ce qui est scandaleux ; il suffit de vivre en faisant abstraction de Dieu dans le quotidien, en le laissant à la marge des critères et des décisions avec lesquels on affronte l’existence.
Et si cela est vrai pour tout chrétien, cela l’est de manière particulièrement sérieuse dans le chemin de formation vers le sacerdoce. Qu’y aurait-il de plus antinaturel qu’un séminariste ou un prêtre qui parle de Dieu avec familiarité, mais qui vit intérieurement comme si sa présence n’existait que dans les mots, et non dans l’épaisseur de la vie ? Rien ne serait plus dangereux que de s’habituer aux choses de Dieu sans vivre de Dieu. En définitive, tout commence — et revient toujours — à la relation vivante et concrète avec Celui qui nous a choisis sans aucun mérite de notre part.
Avoir une vision surnaturelle ne signifie pas fuir la réalité, mais apprendre à reconnaître l’action de Dieu dans les événements concrets de chaque jour ; un regard qui ne s’improvise ni ne se délègue, mais qui s’apprend et s’exerce dans les circonstances ordinaires de la vie. C’est pourquoi, si la vision surnaturelle est si décisive pour la vie chrétienne, elle l’est à plus forte raison pour celui qui agira in persona Christi, et elle mérite d’être gardée avec une attention particulière dès la phase formative, car elle est le principe qui donne unité à tout le reste.
Ce regard croyant sur la réalité doit se traduire chaque jour en choix concrets de vie ; autrement, même des pratiques intrinsèquement bonnes — comme l’étude, la prière, la vie communautaire — peuvent se vider intérieurement et se dénaturer, devenant un simple accomplissement formel. Une manière simple et éprouvée de garder ce regard est de s’exercer à la pratique de la présence de Dieu, qui maintient le cœur éveillé et la vie constamment référée à Lui.
L’Écriture Sainte exprime cette vérité par une image simple dans le Psaume 1, lorsqu’elle décrit le juste comme un « arbre planté près des cours d’eau, qui donne du fruit en son temps et dont le feuillage ne se flétrit pas » (v. 3). Il n’est pas fécond par absence de difficultés, mais par le lieu où il a enraciné. Le vent, l’hiver, la sécheresse ou la taille font partie de sa croissance, mais ni la tempête ni l’aridité ne le détruisent lorsque ses racines sont profondes et proches de la source. L’Écriture connaît cependant aussi le paradoxe du figuier qui ne donne pas de fruit malgré les soins reçus (cf. Lc 13, 6-9).
On dit que les arbres « meurent debout » : ils restent dressés, conservent l’apparence, mais à l’intérieur ils sont déjà secs. Quelque chose de semblable peut se produire dans la vie du séminaire ou d’un séminariste — et plus tard dans la vie d’un prêtre — lorsqu’on confond la fécondité avec l’intensité des activités ou avec le simple soin extérieur des formes. La vie spirituelle ne porte pas du fruit à cause de ce qui se voit, mais à cause de ce qui est profondément enraciné en Dieu. Lorsque cette racine est négligée, tout finit par se dessécher intérieurement, jusqu’à ce que, silencieusement, on « meure debout ».
En définitive, le regard surnaturel naît de l’aspect le plus simple et le plus décisif de la vocation : demeurer avec le Maître. Jésus a appelé ceux qu’il a choisis afin qu’« ils soient avec lui » (Mc 3, 14). Tel est le fondement de toute formation sacerdotale : rester avec Lui et se laisser former de l’intérieur ; voir Dieu agir et reconnaître comment il œuvre dans sa propre vie et dans celle de son peuple. Ainsi, bien que les moyens humains, la psychologie et les instruments formatifs soient précieux et nécessaires, ils ne peuvent remplacer cette relation. Le véritable protagoniste de ce chemin est l’Esprit Saint, qui configure le cœur, enseigne à correspondre à la grâce et prépare une vie féconde au service de l’Église. Tout commence maintenant, dans les choses ordinaires de chaque jour, où chacun décide s’il demeure avec le Seigneur ou s’il cherche à se soutenir seul par ses propres forces.
Chers fils, je vous remercie, au nom de l’Église, pour la générosité d’avoir décidé de suivre le Seigneur. Faites-le toujours avec la certitude que vous ne marchez pas seuls : le Christ vous précède, la Très Sainte Vierge Marie vous accompagne et toute l’Église vous soutient par sa prière.
Je souhaite enfin remercier de manière particulière toutes les familles ici présentes.
Confiants dans cette certitude, avancez avec paix et fidélité. Que le Seigneur vous bénisse. Merci beaucoup.
2 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de la Faculté de théologie des Pouilles ; aux membres de l'Institut de théologie de Calabre
Je suis heureux de vous rencontrer ce matin et de partager avec vous quelques réflexions concernant le chemin de formation offert par vos Institutions respectives, la faculté de théologie des Pouilles et l’Institut de théologie de Calabre.
En pensant aux deux régions dont vous provenez, baignées par la beauté et la vaste étendue de la mer, me reviennent à l’esprit les paroles que le Pape François a adressées à la communauté des rédacteurs de La Civiltà Cattolica, qui peuvent être utiles également pour vous: «Restez en pleine mer! Le catholique ne doit pas avoir peur de la pleine mer, il ne doit pas chercher le refuge de ports sûrs» (Rencontre avec la communauté de «La Civiltà cattolica», 9 février 2017).
Il y a tant besoin de cette attitude, en particulier dans les contextes dans lesquels la foi doit être annoncée et inculturée aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’acquérir des notions pour remplir des obligations académiques, mais d’entamer une navigation courageuse, une traversée en haute mer. Ce voyage se déroule dans une double direction : d’un côté, il s’agit d’un parcours pour descendre en profondeur, en scrutant les abîmes du mystère de Dieu et les diverses dimensions de la foi chrétienne ; de l’autre, il s’agit d’avancer en eau profonde pour aller au-delà, pour scruter d’autres horizons et trouver ainsi d’autres formes et de nouveaux langages dans lesquels annoncer l’Évangile dans les diverses situations de l’histoire.
C’est un point important que je tiens à répéter : la théologie sert pour l’annonce de l’Évangile, c’est pourquoi c’est une partie intégrante et fondamentale de la mission de l’Église. La formation théologique n’est pas un destin pour quelques spécialistes, mais un appel adressé à tous, afin que chacun puisse approfondir le mystère de la foi et recevoir les instruments utiles pour accomplir avec passion le «persévérant engagement à la médiation culturelle et sociale de l’Évangile» (Const. ap. Veritatis gaudium, Préambule, n. 3).
Dans cette perspective, je désire rappeler le précieux chemin d’unité que vous avez entamé dans vos régions, notamment en unifiant les réalités, les instituts et les parcours de formation qui se déroulaient auparavant de façon autonomie. Il s’agit d’une synergie véritablement importante : un véritable passage historique dont vous êtes les protagonistes, qui promeut la communion entre les diocèses, aide à surmonter les anciens chauvinismes et surtout, encourage un chemin ecclésial sous le signe de l’unité et de la fraternité. Sur ce chemin, il est possible de construire un horizon commun de pensée et une convergence sur les défis pastoraux et sur les exigences de l’évangélisation.
Voici alors l’invitation : faire de la théologie ensemble ! Une formation qui sert à l’annonce de l’Évangile n’est possible qu’ensemble, en navigant «en eau profonde», mais non pas comme des navigateurs solitaires. Et le faire, comme nous le disions, en quittant notre port sûr, en allant au-delà de nos propres frontières territoriales et ecclésiales, dans la rencontre et dans la confrontation, dans l’écoute réciproque et dans le dialogue, dans la communion entre les Églises qui met en relation les ressources, les compétences et les charismes.
En faisant de la théologie ensemble, les horizons intellectuels, spirituels et pastoraux s’étendent et se mêlent, en engendrant des perspectives communes et un engagement ecclésial plus incarné dans le territoire, en vous offrant la possibilité de renouveler les styles et les langages de la foi dans le contexte réel dans lequel vous vous trouvez.
En faisant de la théologie ensemble, vous découvrirez que vous êtes un laboratoire qui prépare les futurs prêtres et agents de la pastorale à vivre des relations ecclésiales dans le style synodal, dans lequel les divers sujets, ministères et charismes se complètent réciproquement, en dépassant toute fermeture.
En faisant de la théologie ensemble, enfin, vous serez davantage capables de répondre aux questions et aux défis du contexte social et culturel. En effet, la richesse de l’histoire dont vous provenez et la vaste religiosité de votre peuple n’éliminent pas les nombreuses problématiques sociales, la crise du travail, le phénomène de l’émigration et toutes les formes d’oppression, d’esclavage et d’injustice qui exigent une conscience nouvelle et un engagement audacieux de la part de tous. La formation théologique contribue à engendrer une pensée critique et prophétique, en représentant un investissement culturel pour l’avenir en mesure de désamorcer les logiques de la résignation et de l’indifférence.
Je vous encourage à mener ce projet avec enthousiasme, avec détermination et sans vous laisser séduire par la tentation de faire marche arrière. Je vous invite à rêver d’une communauté académique dans laquelle les candidats au ministère ordonné, les hommes et les femmes consacrés, les laïcs et laïques se forment ensemble et aident les communautés chrétiennes à devenir des signes de l’Évangile et des chantiers d’espérance.
Merci, chers amis, pour votre engagement, pour votre service généreux, pour la patience et le zèle avec lesquels vous construisez cette mosaïque d’unité et de communion: cela nous aide à habiter le monde entre fidélité et créativité, tradition et nouveauté, unité et diversité, toujours à l’écoute de ce que, aujourd’hui encore, l’Esprit veut dire à l’Église.
Que saint François de Paule et la Très Sainte Vierge Marie Regina Apuliae vous protègent et intercèdent pour vous
7 mars 2026 - Aux participants aux événements organisés par l’Ordinariat militaire pour l’Italie
Je vous adresse à tous une chaleureuse bienvenue ! En particulier, en saluant les Ordinaires militaires venus d’autres pays que l’Italie, je vous encourage à poursuivre et à approfondir le dialogue et la collaboration entre les différents Ordinariats présents dans le monde.
Inter Arma Caritas : « pour porter le Christ dans les veines de l’humanité, en renouvelant et en partageant la mission apostolique, en regardant l’avenir avec sérénité, en accomplissant des choix courageux » (cf. Discours aux évêques de la Conférence épiscopale italienne, 17 juin 2025). Telles sont les paroles qui orientent le chemin du Centenaire de l’Ordinariat militaire pour l’Italie, un événement qui garde ensemble mémoire, actualité et prophétie.
Nous vivons dans une société qui risque de perdre le sens de la mémoire. Notre époque possède une capacité extraordinaire à transmettre des informations, mais une capacité toujours plus faible à les intérioriser. La mémoire est souvent « externalisée » et disponible, mais elle n’est pas toujours pleinement assumée ni mise en œuvre. Pour l’Église, au contraire, elle est une conscience vivante : non pas accumulation de données, mais appel constant à la responsabilité ; non pas nostalgie, mais racine qui engendre la prophétie. Pour les chrétiens, la mémoire a un caractère unique : elle est célébration de Dieu qui entre dans l’histoire, car la foi chrétienne se fonde sur un fait historique, et le salut n’est pas une idée, mais la personne vivante du Seigneur Jésus-Christ.
Le Centenaire de l’Ordinariat militaire pour l’Italie s’inscrit lui aussi dans cette logique, comme mémoire incarnée d’une histoire concrète, faite d’hommes et de femmes en uniforme qui, cheminant dans l’Église, soutenus et accompagnés par leurs Pasteurs, aux jours lumineux de la paix comme aux jours dramatiques de la guerre, ont contribué, par leur sacrifice, leur courage et leur dévouement, à la croissance de cette société, parfois au prix de leur vie.
Dans cet horizon, l’enseignement du pape saint Paul VI résonne avec une actualité particulière, lui qui affirmait que l’histoire n’est pas une réalité à subir, mais un lieu de grâce où construire la civilisation de l’amour. Le Centenaire que vous célébrez souhaite précisément faire résonner ce message, à la lumière du commandement du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Votre service est un acte d’amour — envers le pays, envers les territoires, et surtout envers les personnes — qui se traduit par une proximité concrète, spécialement dans les lieux et les circonstances où les fragilités sont les plus grandes.
En vous, chers Aumôniers militaires, doit donc résonner l’exhortation de saint Augustin à vivre le ministère comme amoris officium, un service d’amour. Commentant le dialogue entre Jésus ressuscité et Pierre, Augustin écrit : « Si tu m’aimes, ne pense pas à te paître toi-même, mais pais mes brebis, comme miennes, non comme tiennes ; cherche en elles ma gloire, non la tienne ; ma domination, non la tienne […]. En paissant ses brebis, ne cherchons pas nos intérêts, mais les siens » (In Joannis Evangelium, 123, 5). Beaucoup d’Aumôniers militaires ont incarné ces paroles et rendu visible la charité pastorale jusqu’à l’héroïsme des vertus, parfois jusqu’au martyre.
L’action de l’Aumônier militaire s’exerce souvent dans le silence, dans les lieux de paix comme dans ceux du conflit, dans les emprises militaires et dans les contextes opérationnels, dans les chapelles comme sous les tentes de campagne. C’est là que le soin du troupeau du Seigneur se manifeste à travers le témoignage de vie, l’annonce de l’Évangile, la célébration de l’Eucharistie et des sacrements, l’écoute patiente et l’accompagnement spirituel. En ce sens, les contextes de formation revêtent une importance particulière : les Académies, les Écoles, les Instituts de formation, les lieux où se forment les consciences. Dans une société marquée par la mobilité humaine et la pluralité culturelle, l’Aumônier se met aussi au service du dialogue entre les peuples, les cultures et les religions, en témoignant d’une Église qui se fait instrument d’unité. Son action spirituelle contribue ainsi à la promotion du bien commun et de la paix sociale, fruit — comme le rappelait le pape François — d’un patient travail d’artisan, qui requiert formation, justice et charité (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, 217-221).
Le Concile Vatican II, dans la Constitution pastorale Gaudium et spes, affirme : « Les hommes, en tant que pécheurs, sont et seront toujours sous la menace de la guerre jusqu’à la venue du Christ ; mais dans la mesure où, unis dans la charité, ils parviennent à vaincre le péché, ils vainquent aussi la violence » (n. 78). C’est dans cet horizon que s’inscrit la mission du militaire chrétien. Défendre les faibles, protéger la coexistence pacifique, intervenir lors des calamités, œuvrer dans les missions internationales pour préserver la paix et rétablir l’ordre. Tout cela ne peut se réduire à une simple profession : c’est une vocation, une réponse à un appel qui interpelle la conscience. L’identité du militaire est façonnée par la générosité, l’esprit de service, de hautes aspirations et de profonds sentiments. Mais ces valeurs exigent un fondement, un don de Grâce capable de nourrir la charité jusqu’au don total de soi. Il faut donc inspirer de la sève de l’Évangile les codes, les normes et les missions de la vie militaire afin que, dans le service de la sécurité et de la paix, le bien commun des peuples soit toujours au premier rang.
Il y a quarante ans, avec la Constitution apostolique Spirituali militum curae, saint Jean-Paul II a configuré les Ordinariats militaires comme des Églises particulières, dotées de leur propre identité théologique et organisationnelle. S’adressant aux participants du premier Synode des Ordinariats militaires (6 mai 1999), il soulignait la spécificité de cette Église qui accompagne les militaires, leurs familles et tous ceux qui sont liés au service des Forces armées et de Police. Et, lors du Jubilé de l’an 2000, le même saint Pontife disait aux militaires : « [Vous] êtes […] appelés à défendre les faibles, à protéger les honnêtes gens, à favoriser la coexistence pacifique des peuples. À chacun de vous convient le rôle de sentinelle, qui regarde au loin pour conjurer le danger et promouvoir partout la justice et la paix » (Homélie lors de la Messe pour le Jubilé des Militaires et des Forces de Police, 19 novembre 2000, 2).
L’Église, dans le sillage du magistère du Concile Vatican II et des Exhortations apostoliques Evangelii nuntiandi et Evangelii gaudium, proclame l’Évangile de la paix, prête à collaborer avec tous pour garder ce bien universel (cf. François, Exhort. ap. Evangelii gaudium, 239). En son sein, l’Ordinariat militaire pour l’Italie, à travers le soin spirituel, veut être un laboratoire efficace de l’agir de Dieu en faveur de l’homme, un espace de formation pour le passage de l’amor sui à l’amor Dei, fondement de cette Civitas Dei où la loi fondamentale est la charité (cf. saint Augustin, De civitate Dei, 14, 28) et où la paix n’est pas seulement absence de conflit, mais plénitude de justice, de vérité et d’amour. Dans cette perspective, je vous encourage à poursuivre la réalisation des projets que vous portez : le Centre pastoral, les activités de formation pour les Aumôniers et les élèves-aumôniers et, en particulier, le Centre de Hautes Études pour l’Assistance spirituelle, destiné à promouvoir une réflexion interdisciplinaire sur les défis du monde actuel, sur l’inculturation de la foi, sur le rapport entre l’Évangile, la culture, les sciences et les nouvelles technologies.
Très chers, merci pour tout ce que vous faites ! J’invoque sur vous tous, sur vos familles et sur votre service, l’intercession de Marie, Reine de la Paix, et de vos saints protecteurs, et de tout cœur je vous bénis. Merci.
8 mars 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Le Seigneur dit encore à son Église : « Lève les yeux et reconnais les surprises de Dieu ! ». Dans les champs, quatre mois avant la moisson, on ne voit presque rien. Mais là où nous ne voyons rien, la Grâce est déjà à l’œuvre et les fruits sont prêts à être récoltés. La moisson est abondante : peut-être les ouvriers sont-ils peu nombreux, parce qu’ils sont distraits par d’autres activités.
13 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV, aux participants au cours annuel sur le for interne, organisé par la Pénitencerie apostolique
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous !
Éminence, Excellence, chers prêtres, diacres et vous tous qui nous accompagnez, bonjour et bienvenue !
Je suis très heureux de rencontrer ceux qui, dans les premiers pas de leur ministère sacerdotal, ou dans l’attente d’être ordonnés, perfectionnent leur formation comme confesseurs à travers le Cours sur le for interne, offert chaque année par la Pénitencerie apostolique.
J’adresse un salut cordial à Son Éminence le cardinal Angelo De Donatis, Pénitencier majeur, au Régent Mgr Nykiel et à tous les membres de la Pénitencerie, aux pénitenciers ordinaires et extraordinaires des basiliques papales et à vous tous, participants à ce cours. Celui-ci fut fortement voulu par saint Jean-Paul II, qui le soutint par sa passion pastorale ; il fut confirmé par le pape Benoît XVI avec sa sagesse théologique, ainsi que par le pape François, qui a toujours eu un grand souci du visage miséricordieux de l’Église.
Moi aussi je vous exhorte à poursuivre ce service, en approfondissant et en élargissant l’offre de formation, afin que le quatrième sacrement soit toujours mieux connu, correctement célébré et ainsi vécu sereinement et efficacement par tout le peuple saint de Dieu.
Le sacrement de la réconciliation – nous le savons – a connu dans l’histoire un développement notable, tant dans la compréhension théologique que dans la forme de sa célébration. L’Église, mère et maîtresse, en a progressivement reconnu le sens et la fonction, élargissant la possibilité de sa célébration. Pourtant, à la possibilité répétée de recevoir ce sacrement ne correspond pas toujours, chez les baptisés, un réel empressement à y recourir : c’est comme si l’infini trésor de la miséricorde de l’Église restait « inutilisé », à cause d’une distraction répandue parmi les chrétiens qui, bien souvent, demeurent longtemps en état de péché plutôt que de s’approcher du confessionnal avec simplicité de foi et de cœur pour accueillir le don du Seigneur ressuscité.
Ce fut le IVᵉ Concile du Latran, en 1215, qui établit que chaque chrétien est tenu de se confesser sacramentellement au moins une fois par an ; et le Catéchisme de l’Église catholique, après le Concile Vatican II, a confirmé cette norme (cf. CEC, n° 1457), qui est aussi loi de l’Église : « Tout fidèle parvenu à l’âge de discrétion est tenu par l’obligation de confesser fidèlement ses péchés graves au moins une fois par an » (CIC 989).
Saint Augustin affirme : « Celui qui reconnaît ses péchés et les condamne est déjà d’accord avec Dieu. Dieu condamne tes péchés ; et si toi aussi tu les condamnes, tu t’unis à Dieu » (In Iohannis evangelium tractatus 12, 13 : CCL 36, 128). Reconnaître nos péchés, surtout en ce temps de Carême, signifie donc « nous accorder » avec Dieu, nous unir à Lui.
Le sacrement de la réconciliation est alors un « laboratoire d’unité » : il rétablit l’unité avec Dieu, par le pardon des péchés et l’infusion de la grâce sanctifiante. Cela engendre l’unité intérieure de la personne et l’unité avec l’Église ; c’est pourquoi il favorise aussi la paix et l’unité dans la famille humaine. On pourrait se demander : les chrétiens qui portent de graves responsabilités dans les conflits armés ont-ils l’humilité et le courage de faire un sérieux examen de conscience et de se confesser ?
Mais – demandons-nous encore – l’homme, petite et simple créature, peut-il vraiment « rompre l’unité » avec le Créateur ? Cette image n’est-elle pas partielle et, en définitive, appauvrissante de la Révélation que Jésus nous a faite de Dieu ?
En réalité, le péché ne rompt pas l’unité entendue comme dépendance ontologique de la créature envers le Créateur : même le pécheur demeure totalement dépendant de Dieu Créateur, et cette dépendance, lorsqu’elle est reconnue, peut ouvrir le chemin de la conversion. Le péché rompt plutôt l’unité spirituelle avec Dieu : il consiste à lui tourner le dos. Cette possibilité dramatique est aussi réelle que le don de la liberté que Dieu lui-même a fait aux êtres humains. Nier la possibilité que le péché rompe réellement l’unité avec Dieu revient en réalité à méconnaître la dignité de l’homme, qui est – et demeure – libre et donc responsable de ses actes.
Très chers jeunes prêtres et ordinands, soyez toujours conscients de la très haute mission que le Christ lui-même, à travers l’Église, vous confie : reconstruire l’unité des personnes avec Dieu par la célébration du sacrement de la réconciliation. La vie entière d’un prêtre peut s’accomplir pleinement dans la célébration assidue et fidèle de ce sacrement. En effet, combien de prêtres sont devenus saints dans le confessionnal ! Pensons seulement à saint Jean-Marie Vianney, à saint Léopold Mandić et, plus récemment, à saint Pio de Pietrelcina et au bienheureux Michał Sopoćko.
L’unité rétablie avec Dieu est aussi unité avec l’Église, qui est le corps mystique du Christ : nous sommes membres du « Christ total ». Le thème de votre cours cette année – « L’Église appelée à être maison de miséricorde » – serait incompréhensible si l’on ne partait pas de la racine qu’est Jésus Christ ressuscité. L’Église accueille les personnes comme « maison de miséricorde » parce qu’elle accueille d’abord continuellement son Seigneur dans la Parole écoutée et proclamée et dans la grâce des sacrements.
Pour cette raison, dans la célébration de la confession sacramentelle, tandis que les pénitents sont réconciliés avec Dieu et avec l’Église, l’Église elle-même se construit : elle est enrichie par la sainteté renouvelée de ses enfants repentants et pardonnés. Dans le confessionnal, chers frères, nous collaborons à l’édification continue de l’Église : une, sainte, catholique et apostolique ; et ce faisant nous donnons aussi de nouvelles énergies à la société et au monde.
L’unité avec Dieu et avec l’Église est enfin le présupposé de l’unité intérieure des personnes, aujourd’hui si nécessaire dans ce temps de fragmentation que nous traversons. Cette unité intérieure apparaît comme un désir réel surtout chez les jeunes générations. Les promesses non tenues d’un consumérisme débridé et l’expérience frustrante d’une liberté détachée de la vérité peuvent se transformer, par la miséricorde divine, en occasions d’évangélisation : en faisant apparaître le sentiment d’inachèvement, elles permettent de susciter ces questions existentielles auxquelles seul le Christ répond pleinement. Dieu s’est fait homme pour nous sauver, et il le fait aussi en éduquant notre sens religieux, notre irrépressible désir de vérité et d’amour, afin que nous puissions accueillir le Mystère en qui « nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28).
Ce dynamisme d’unité avec Dieu, avec l’Église et en nous-mêmes est un fondement de la paix entre les hommes et les peuples : seule une personne réconciliée est capable de vivre de manière désarmée et désarmante ! Celui qui dépose les armes de l’orgueil et se laisse continuellement renouveler par le pardon de Dieu devient un artisan de réconciliation dans la vie quotidienne. En lui ou en elle s’accomplissent les paroles attribuées à saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ».
Très chers amis, n’oubliez jamais de vous approcher vous-mêmes, avec une fidélité constante, du sacrement du pardon, afin d’être toujours les premiers bénéficiaires de la miséricorde divine dont vous êtes devenus – ou deviendrez – les ministres. Que Marie, Mère de la miséricorde, accompagne toujours votre chemin et éclaire vos pas. Sur vous et sur votre engagement quotidien, j’accorde de tout cœur la bénédiction apostolique. Merci.
16 mars 2026 – Message du Pape Léon XIV pour la 63ème Journée Mondiale de prière pour les vocations, le 26 avril 2026. Publié sur le site du Vatican, le 25 mars 2026
La découverte intérieure du don de Dieu
Chers frères et sœurs, très chers jeunes !
Guidés et protégés par Jésus Ressuscité, nous célébrons, en ce quatrième dimanche de Pâques, appelé “dimanche du Bon Pasteur”, la 63e Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. C’est une occasion de grâce de pouvoir partager quelques réflexions sur la dimension intérieure de la vocation, comprise comme la découverte du don gratuit de Dieu qui fleurit au plus profond du cœur de chacun de nous. Parcourons donc ensemble le chemin d’une vie vraiment belle, que le Pasteur nous indique !
Le chemin de la beauté
Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. C’est le Pasteur qui fascine : ceux qui le regardent découvrent que la vie est vraiment belle si on le suit. Pour connaître cette beauté, les yeux du corps ou les critères esthétiques ne suffisent pas : il faut la contemplation et l’intériorité. Seulement celui qui s’arrête, écoute, prie et accueille son regard, peut dire avec confiance : « Je lui fais confiance, avec Lui la vie peut être vraiment belle, je veux parcourir le chemin de cette beauté ». Et le plus extraordinaire, c’est qu’en devenant ses disciples, nous devenons à notre tour “beaux” : sa beauté nous transfigure. Comme l’écrit le théologien Pavel Florenskij, l’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme “beau” [1]. En effet, outre la bonté, ce qui distingue les saints, c’est la beauté spirituelle lumineuse qui rayonne de ceux qui vivent en Christ. Ainsi, la vocation chrétienne se révèle dans toute sa profondeur : participer à sa vie, partager sa mission, rayonner de sa propre beauté.
Cette communication intérieure de vie, de foi et de sens fut aussi l’expérience de saint Augustin qui, dans le troisième livre des Confessions, tout en déclarant et en confessant ses péchés et ses erreurs de jeunesse, reconnaît Dieu « plus intime que toute mon intimité » [2]. Au-delà de la conscience de soi, il découvre la beauté de la lumière divine qui le guide dans l’obscurité. Augustin perçoit la présence de Dieu au plus profond de son âme, ce qui implique d’avoir compris et vécu l’importance de prendre soin de son intériorité comme espace de relation avec Jésus, comme moyen d’expérimenter la beauté et la bonté de Dieu dans sa propre vie.
Cette relation se construit dans la prière et le silence et, si elle est cultivée, elle nous ouvre à la possibilité d’accueillir et de vivre le don de la vocation, qui n’est jamais une imposition ou un schéma préétabli auquel il suffit d’adhérer, mais un projet d’amour et de bonheur. Le soin de l’intériorité : c’est de là qu’il est urgent de repartir dans la pastorale des vocations et dans l’engagement toujours renouvelé de l’évangélisation.
Dans cet esprit, j’invite tout le monde – familles, paroisses, communautés religieuses, évêques, prêtres, diacres, catéchistes, éducateurs et fidèles laïcs – à s’engager toujours plus à créer des contextes favorables afin que ce don puisse être accueilli, nourri, préservé et accompagné pour porter des fruits abondants. Ce n’est que si nos milieux rayonnent d’une foi vivante, d’une prière constante et d’un accompagnement fraternel, que l’appel de Dieu pourra s’épanouir et mûrir, devenant un chemin de bonheur et de salut pour chacun et pour le monde. En nous engageant sur la voie que Jésus, le beau Pasteur, nous indique, apprenons alors à mieux nous connaître nous-mêmes et à connaître de plus près Dieu qui nous a appelés.
Connaissance réciproque
« Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour » [3]. En effet, toute vocation ne peut que commencer par la conscience et l’expérience d’un Dieu qui est Amour (cf. 1 Jn 4, 16) : Il nous connaît profondément, il a compté les cheveux de notre tête (cf. Mt 10, 30) et il a pensé pour chacun un chemin unique de sainteté et de service. Cette connaissance, cependant, doit toujours être réciproque : nous sommes invités à connaître Dieu à travers la prière, l’écoute de la Parole, les sacrements, la vie de l’Église et le don de soi à nos frères et sœurs. Comme le jeune Samuel qui, dans la nuit, peut-être de manière inattendue, a entendu la voix du Seigneur et a appris à la reconnaître avec l’aide d’Élie (cf. 1 Sam 3, 1-10), de même nous devons créer des espaces de silence intérieur pour percevoir ce que le Seigneur a dans son cœur pour notre bonheur. Il ne s’agit pas d’un savoir intellectuel abstrait ou d’une connaissance savante, mais d’une rencontre personnelle qui transforme la vie [4]. Dieu habite notre cœur : la vocation est un dialogue intime avec Lui qui nous appelle – malgré le bruit parfois assourdissant du monde – en nous invitant à répondre avec une joie et une générosité authentiques.
« Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat veritas – Ne sors pas de toi-même, reviens à toi-même, la Vérité habite dans l’homme intérieur » [5]. Saint Augustin nous rappelle encore combien il est important d’apprendre à s’arrêter, à construire des espaces de silence intérieur pour pouvoir écouter la voix de Jésus-Christ.
Chers jeunes, écoutez cette voix ! Écoutez la voix du Seigneur qui vous invite à vivre une vie pleine, épanouie, en mettant à profit vos talents (cf. Mt 25, 14-30) et en clouant à la Croix glorieuse du Christ vos limites et vos faiblesses. Arrêtez-vous donc pour l’adoration eucharistique, méditez assidûment la Parole de Dieu pour la vivre chaque jour, participez activement et pleinement à la vie sacramentelle et ecclésiale. De cette manière, vous connaîtrez le Seigneur et, dans l’intimité propre à l’amitié, vous découvrirez comment vous donner vous-mêmes, dans la voie du mariage, ou du sacerdoce, ou du diaconat permanent, ou dans la vie consacrée, religieuse ou séculière : chaque vocation est un don immense pour l’Église et pour celui qui l’accueille avec joie. Connaître le Seigneur signifie avant tout apprendre à lui faire confiance, ainsi qu’à sa Providence, qui surabonde en chaque vocation.
Confiance
De la connaissance naît la confiance, attitude qui est fille de la foi, essentielle tant pour accueillir la vocation que pour persévérer dans celle-ci. La vie, en effet, se révèle comme une confiance et un abandon continus au Seigneur, même lorsque ses plans bouleversent les nôtres.
Pensons à saint Joseph qui, malgré le mystère inattendu de la maternité de la Vierge, s’en remet au rêve divin et accueille Marie et l’Enfant avec un cœur obéissant (cf. Mt 1, 18-25 ; 2, 13-15). Joseph de Nazareth est une icône de la confiance totale dans le dessein de Dieu : il fait confiance même lorsque tout autour de lui ne semble qu’être ténèbres et négativité, lorsque les choses semblent aller dans une direction opposée à celle prévue. Il fait confiance et s’en remet, certain de la bonté et de la fidélité du Seigneur. « Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph a su prononcer son “ fiat”, tout comme Marie à l’Annonciation, et comme Jésus à Gethsémani » [6].
Comme nous l’a enseigné le Jubilé de l’Espérance, il convient de cultiver une confiance ferme et stable dans les promesses de Dieu, sans jamais céder au désespoir, en surmontant les peurs et les incertitudes, certains que le Ressuscité est le Seigneur de l’histoire du monde et de notre histoire personnelle : Il ne nous abandonne pas dans les heures les plus sombres, mais vient dissiper toutes nos ténèbres par sa lumière. Et c’est précisément grâce à la lumière et à la force de son Esprit, même à travers les épreuves et les crises, que nous pouvons voir notre vocation mûrir, refléter de plus en plus la même beauté de Celui qui nous a appelés, une beauté faite de fidélité et de confiance, malgré les blessures et les chutes.
Maturation
La vocation, en effet, n’est pas un objectif statique, mais un processus dynamique de maturation, favorisé par l’intimité avec le Seigneur : rester avec Jésus, laisser agir l’Esprit Saint dans nos cœurs et dans les situations de la vie, et tout relire à la lumière du don reçu, tout cela signifie grandir dans la vocation.
Comme la vigne et les sarments (cf. Jn 15, 1-8), toute notre existence doit s’établir dans un lien fort et essentiel avec le Seigneur, afin de devenir une réponse toujours plus pleine à son appel, à travers les épreuves et les coupes nécessaires. Les “lieux” où se manifeste le plus la volonté de Dieu et où l’on fait l’expérience de son amour infini sont souvent les liens authentiques et fraternels que nous sommes capables d’établir au cours de notre vie. Comme il est précieux d’avoir un guide spirituel sûr qui accompagne la découverte et le développement de notre vocation ! Combien sont importants le discernement et la vérification à la lumière du Saint-Esprit, afin qu’une vocation puisse se réaliser dans toute sa beauté.
La vocation n’est donc pas une possession immédiate, quelque chose qui est “donné” une fois pour toutes : c’est plutôt un chemin qui se développe de manière analogue à la vie humaine, dans lequel le don reçu, en plus d’être préservé, doit se nourrir d’une relation quotidienne avec Dieu pour pouvoir grandir et porter ses fruits. « Cela est important, parce qu’elle place notre vie face à Dieu qui nous aime, et qu’elle nous permet de comprendre que rien n’est le fruit d’un chaos privé de sens, mais que tout peut être intégré sur un chemin de réponse au Seigneur qui a un plan magnifique pour nous » [7].
Chers frères et sœurs, très chers jeunes, je vous encourage à cultiver votre relation personnelle avec Dieu à travers la prière quotidienne et la méditation de sa Parole. Arrêtez-vous, écoutez, confiez-vous : de cette manière, le don de votre vocation mûrira, vous rendra heureux et portera des fruits abondants pour l’Église et pour le monde.
Que la Vierge Marie, modèle d’accueil intérieur du don divin et maîtresse de l’écoute priante, vous accompagne toujours sur ce chemin !
Du Vatican, le 16 mars 2026
LÉON PP. XIV
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[1] « L’ascèse ne crée pas l’homme “bon”, mais l’homme beau, et la caractéristique distinctive des saints n’est pas du tout la “bonté”, qui peut également être présente chez des personnes charnelles et très pécheresses, mais la beauté spirituelle, la beauté éblouissante de la personne lumineuse et rayonnante, absolument inaccessible à l’homme grossier et charnel » (P. Florenskij, La colonne et le fondement de la vérité, Rome 1974, 140-141).
[2] S. Augustin, Conf., III, 6, 11 : CSEL 33, 53.
[3] Lett. ap. Une fidélité qui génère l’avenir, (8 décembre 2025), 5.
[4] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est, (25 décembre 2005), 1.
[5] S. Augustin, De vera religione, XXXIX, 72 : CSSL 32, 234.
[6] François, Lett. ap. Patris corde(8 décembre 2020), 3.
[7] François, Exhort. ap. Christus vivit, (25 mars 2019), 248.
25 mars 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II en commentant la Constitution dogmatique Lumen gentium sur l’Église (LG). Après l’avoir présentée comme peuple de Dieu, nous examinons aujourd’hui sa structure hiérarchique.
L’Église catholique trouve son fondement dans les Apôtres, voulus par le Christ comme colonnes vivantes de son Corps mystique, et possède une dimension hiérarchique qui travaille au service de l’unité, de la mission et de la sanctification de tous ses membres. Cet Ordre sacré est fondé de manière permanente sur les Apôtres (cf. Ep 2, 20 ; Ap 21,14), en tant que témoins accrédités de la résurrection de Jésus (cf. Ac 1,22 ; 1 Co 15,7) et envoyés par le Seigneur lui-même en mission dans le monde (cf. Mc 16,15; Mt 28,19). Puisque les Apôtres sont appelés à garder fidèlement l’enseignement salvifique du Maître (cf. 2Tm 1, 13-14), ils transmettent leur ministère à des hommes qui, jusqu’au retour du Christ, continuent à sanctifier, guider et instruire l’Église « grâce à leurs successeurs dans la mission pastorale » (CEC, n° 857).
Cette succession apostolique, fondée sur l’Évangile et la Tradition, est approfondie au chapitre III de Lumen gentium, intitulé « La constitution hiérarchique de l’Église et en particulier de l’épiscopat ». Le Concile enseigne que la structure hiérarchique n’est pas une construction humaine, fonctionnelle à l’organisation interne de l’Église en tant que corps social (cf. LG, 8), mais une institution divine visant à perpétuer la mission confiée par le Christ aux Apôtres jusqu’à la fin des temps.
Le fait que ce thème soit abordé au chapitre III, après que les deux premiers ont contemplé l’essence proprement dite de l’Église (cf. Acta Synodalia III/1, 209-210), n’implique pas que la constitution hiérarchique soit un élément postérieur au peuple de Dieu : comme le note le décret Ad gentes, « les Apôtres furent simultanément la semence du nouvel Israël et l’origine de la hiérarchie sacrée » (n° 5), en tant que communauté des rachetés par la Pâque du Christ, établie comme moyen de salut pour le monde.
Pour saisir l’intention du Concile, il convient de lire attentivement le titre du chapitre III de Lumen gentium, qui expose la structure fondamentale de l’Église, reçue de Dieu le Père par l’intermédiaire du Fils et parvenue à son accomplissement par l’effusion de l’Esprit-Saint. Les Pères conciliaires n’ont pas voulu présenter les éléments institutionnels de l’Église, comme pourrait le laisser entendre le substantif “constitution” compris au sens moderne. Le document se concentre plutôt sur le « sacerdoce ministériel ou hiérarchique », qui diffère « essentiellement et non seulement de degré » du sacerdoce commun des fidèles, en rappelant que ceux-ci sont « ordonnés l’un à l’autre, l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ » (LG, 10). Le Concile traite donc du ministère qui est transmis à des hommes investis de la sacra potestas (cf. LG, 18) du pouvoir sacré pour le service dans l’Église : il s’attarde en particulier sur l’épiscopat (LG, 18-27), puis sur le presbytérat (LG, 28) et sur le diaconat (LG, 29) en tant que degrés de l’unique sacrement de l’Ordre.
Par l’adjectif “hiérarchique ”, le Concile entend donc désigner l’origine sacrée du ministère apostolique dans l’action de Jésus, le Bon Pasteur, ainsi que ses relations internes. Les évêques, en premier lieu, et à travers eux les prêtres et les diacres, ont reçu des tâches (en latin munera) qui les conduisent au service de « tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu », afin qu’ils « tendent dans leur effort commun, libre et ordonné, vers une même fin et parviennent au salut » (LG, 18).
Lumen gentium rappelle à plusieurs reprises et de manière efficace le caractère collégial et communionnel de cette mission apostolique, en réaffirmant que cette « charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service : dans la Sainte Écriture, il est appelé expressément “diakonia”, c’est-à-dire ministère » (LG, 24). On comprend alors pourquoi Saint Paul VI a présenté la hiérarchie comme une réalité « née de la charité du Christ, pour accomplir, diffuser et garantir la transmission intacte et féconde du trésor de la foi, des exemples, des préceptes, des charismes, laissé par le Christ à son Église » (Alloc. 14 sept. 1964, in Acta Synodalia III/1, 147).
Chères sœurs et chers frères, prions le Seigneur afin qu’il envoie à son Église des ministres qui soient ardents de charité évangélique, dévoués au bien de tous les baptisés et courageux missionnaires partout dans le monde.
2 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe Chrismale, en la Basilique Saint Pierre
Nous sommes désormais aux portes du Triduum Pascal. Une fois encore, le Seigneur nous conduit au sommet de sa mission pour que sa passion, sa mort et sa résurrection deviennent le cœur de notre mission. Ce que nous sommes sur le point de revivre, en effet, a en soi la force de transformer ce que l’orgueil humain a généralement tendance à rigidifier : notre identité, notre place dans le monde. La liberté de Jésus change les cœurs, soigne les blessures, parfume et fait rayonner nos visages, réconcilie et rassemble, pardonne et ressuscite.
En cette première année où je préside la Messe Chrismale en tant qu’évêque de Rome, je souhaite réfléchir avec vous sur la mission à laquelle Dieu nous consacre en tant que Peuple qui lui appartient. C’est la mission chrétienne, celle-là même de Jésus, et non pas une autre. Chacun y participe selon sa propre vocation et dans une obéissance très personnelle à la voix de l’Esprit ; mais jamais sans les autres, jamais en négligeant ou en rompant la communion ! Évêques et prêtres, en renouvelant nos promesses, nous sommes au service d’un peuple missionnaire. Avec tous les baptisés, nous formons le Corps du Christ, oints de son Esprit de liberté et de consolation, Esprit de prophétie et d’unité.
Ce que Jésus vit dans les moments culminants de sa mission est anticipé dans l’oracle d’Isaïe qu’Il dit, dans la synagogue de Nazareth, être une Parole qui s’accomplit « aujourd’hui » (cf. Lc 4, 21). À l’heure de Pâques, en effet, il devient définitivement clair que Dieu consacre pour envoyer. Jésus dit : « Il m’a envoyé » (Lc 4, 18), décrivant ce mouvement qui lie son Corps aux pauvres, aux prisonniers, à ceux qui tâtonnent dans l’obscurité et à ceux qui sont opprimés. Et nous, membres de son Corps, nous appelons “apostolique” une Église envoyée, poussée au-delà d’elle-même, consacrée à Dieu dans le service de ses créatures : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).
Nous savons qu’être envoyé demande avant tout un détachement, c’est-à-dire le risque de quitter ce qui est familier et sûr pour s’aventurer vers la nouveauté. Il est intéressant de noter que « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) descendu sur Lui après son baptême dans le Jourdain, Jésus retourne en Galilée et vient « à Nazareth, où il avait été élevé » (Lc 4, 16). C’est le lieu qu’Il doit désormais quitter. Il se déplace « selon son habitude » (v. 16), mais pour inaugurer un temps nouveau. Il devra désormais quitter définitivement ce village afin que mûrisse ce qui y a germé, sabbat après sabbat, dans l’écoute fidèle de la Parole de Dieu. De même, Il appellera d’autres personnes à partir, à prendre des risques afin qu’aucun lieu ne devienne une clôture, aucune identité une tanière.
Chers amis, nous suivons Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est anéanti » (Ph 2, 6-7). Toute mission commence par ce genre de dépouillement dans lequel tout renaît. Notre dignité d’enfants de Dieu ne peut pas nous être enlevée, ni se perdre, pas plus que les affections, les lieux, les expériences qui sont à l’origine de notre vie ne peuvent être effacés. Nous sommes les héritiers de tant de biens et, à la fois, des limites d’une histoire dans laquelle l’Évangile doit apporter lumière et salut, pardon et guérison. Il n’y a donc pas de mission sans réconciliation avec nos origines, avec les dons et les limites de la formation reçue. Mais, en même temps, il n’y a pas de paix sans départs, il n’y a pas de conscience sans détachement, il n’y a pas de joie sans risque. Nous sommes le Corps du Christ si nous allons de l’avant, en faisant le point sur le passé sans en être prisonniers. Tout se retrouve et se multiplie si l’on a d’abord su lâcher prise, sans crainte. C’est un premier secret de la mission. Et on ne l’expérimente pas une seule fois, mais à chaque nouveau départ, à chaque nouvel envoi.
Le cheminement de Jésus nous révèle que la disponibilité à se perdre, à se dépouiller, n’est pas une fin en soi mais une condition à la rencontre et à l’intimité. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité. Nous avons du mal à nous lancer dans une mission aussi exposée, et pourtant il n’y a pas de “bonne nouvelle pour les pauvres” (cf. Lc 4, 18) si nous allons vers eux avec les signes du pouvoir ; ni de véritable libération si nous ne nous libérons pas de ce que nous possédons. Nous touchons ici à un deuxième secret de la mission chrétienne. Après la loi du détachement, il y a celle de la rencontre. Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. Saint Jean-Paul II a eu la lucidité et le courage de reconnaître qu’ « en raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n’en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les cœurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés ». [1]
En conséquence, il est désormais primordial de rappeler que, ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir. Les grands missionnaires sont les témoins d’approches discrètes, dont la méthode repose sur le partage de la vie, le service désintéressé, le renoncement à toute stratégie calculatrice, le dialogue et le respect. C’est la voie de l’incarnation qui prend, toujours et encore, la forme de l’inculturation. Le salut, en effet, ne peut être accueilli par chacun que dans sa langue maternelle. « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? » ( Ac 2, 8). La surprise de la Pentecôte se répète lorsque nous ne prétendons pas dominer les temps de Dieu, mais que nous avons confiance en l’Esprit Saint qui « est là, aujourd’hui encore, comme au temps de Jésus et des Apôtres : il est là et il agit, il arrive avant nous, il travaille plus que nous et mieux que nous ; il ne nous appartient ni de le semer ni de le réveiller, mais avant tout de le reconnaître, de l’accueillir, de le suivre, de lui faire place, de marcher à sa suite. Il est là et n’a jamais perdu courage face aux temps que nous vivons ; au contraire, il sourit, danse, pénètre, envahit, enveloppe, arrive même là où nous n’aurions jamais imaginé ». [2]
Pour établir cette harmonie avec l’invisible, il faut se rendre là où l’on est envoyé avec simplicité, en honorant le mystère que chaque personne et chaque communauté porte en elle. Nous sommes des hôtes. Nous le sommes en tant qu’évêques, prêtres, religieux et religieuses, chrétiens. Pour accueillir, nous devons apprendre à nous laisser accueillir. Même les lieux où la sécularisation semble la plus avancée ne sont pas une terre de conquête ou de reconquête : « De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition avec l’Évangile de Jésus. […] Il est indispensable d’arriver là où se forment les nouveaux récits et paradigmes, d’atteindre avec la Parole de Jésus les éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville ». [3] Cela ne se produit que si, dans l’Église, nous marchons ensemble ; si la mission n’est pas l’aventure héroïque de quelqu’un, mais le témoignage vivant d’un Corps aux membres nombreux.
Il existe ensuite une troisième dimension, peut-être la plus radicale, de la mission chrétienne. La dramatique “possibilité de l’incompréhension et du rejet” se manifeste déjà dans la violente réaction des habitants de Nazareth face à la parole de Jésus : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29). Bien que la lecture liturgique ait omis cette partie, ce que nous nous apprêtons à célébrer à partir de ce soir nous engage à ne pas fuir, mais à “passer au milieu” de l’épreuve, comme Jésus qui, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). La croix fait partie de la mission : l’envoi devient plus amer et effrayant, mais aussi plus gratuit et libérateur. L’occupation impérialiste du monde est alors interrompue de l’intérieur, la violence qui, jusqu’à aujourd’hui fait loi, est démasquée. Le Messie pauvre, prisonnier, opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle.
De combien de résurrections sommes-nous aussi les témoins, lorsque, libérés de toute attitude défensive, nous nous engageons à servir comme une semence dans la terre ! Dans la vie, nous pouvons traverser des situations où tout semble fini. Nous nous demandons alors si la mission n’a pas été vaine. C’est vrai, contrairement à Jésus, nous connaissons aussi des échecs qui dépendent de nos insuffisances ou de celles des autres, souvent d’un enchevêtrement de responsabilités, d’ombres et de lumières. Mais nous pouvons faire nôtre l’espérance de nombreux témoins.J’en retiens un qui m’est particulièrement cher. Un mois avant sa mort, dans son cahier des Exercices spirituels, le saint évêque Óscar Romero notait ceci : « Le nonce du Costa Rica m’a mis en garde contre un danger imminent, précisément cette semaine… Les circonstances imprévues seront affrontées avec la grâce de Dieu. Jésus-Christ a aidé les martyrs et, si le besoin s’en fait sentir, je le sentirai très proche lorsque je lui confierai mon dernier souffle. Mais, plus que le dernier instant de la vie, ce qui compte, c’est de lui donner toute ma vie et de vivre pour Lui… Il me suffit, pour être heureux et confiant, de savoir avec certitude que c’est en Lui que se trouvent ma vie et ma mort ; que, malgré mes péchés, j’ai placé ma confiance en Lui et que je ne serai pas désorienté, et que d’autres poursuivront, avec plus de sagesse et de sainteté, le travail pour l’Église et pour la patrie ».
Cher frères et sœurs, ce sont les saints qui font l’histoire. Tel est le message de l’Apocalypse. « À vous, la grâce et la paix […] de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre » (Ap 1, 5). Cette salutation résume le parcours de Jésus dans un monde déchiré entre des puissances qui le ravagent. En son sein naît un peuple nouveau, non pas de victimes, mais de témoins. En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort.
Renouvelons notre “oui” à cette mission qui exige de nous l’unité et qui apporte la paix. Oui, nous sommes là ! Surmontons le sentiment d’impuissance et de peur ! Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, dans l’attente de ta venue.
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[1] Saint Jean-Paul II, Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’an 2000 Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), n. 11.
[2] Martini, C.M., Tre racconti dello Spirito, Milan 1997, 11.
[3] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 73-74.
2 avril 2026 – Homélie de Léon XIV lors de la Messe In Cena Domini, célébrée à Saint Jean de Latran
La liturgie solennelle de ce soir nous fait entrer dans le Triduum de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Nous franchissons ce seuil, non comme spectateurs ou par inertie, mais parce que Jésus lui-même nous y implique spécialement : en qualité d’invités à la Cène où le pain et le vin deviennent pour nous Sacrement du salut. Nous participons à un banquet au cours duquel le Christ, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Son amour se fait geste et nourriture pour tous, en révélant la justice de Dieu. Là même où le mal fait rage dans le monde, Jésus aime définitivement, pour toujours, de tout son être.
Au cours de cette dernière Cène, Il lave les pieds de ses apôtres, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15). Le geste du Seigneur ne fait qu’un avec la table à laquelle Il nous invite. C’est un exemple du sacrement : tout en en confirmant le sens, Il nous confie une tâche que nous voulons assumer comme nourriture pour notre vie. L’évangéliste Jean choisit le mot grec hupódeigma pour raconter l’événement auquel il a assisté. Il signifie “ce qui est présenté juste sous les yeux”. Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral. Il nous confie sa propre forme de vie. Laver les pieds est un geste qui résume la révélation de Dieu, signe exemplaire du Verbe fait chair, sa mémoire incomparable. En s’appropriant la condition du serviteur, le Fils révèle la gloire du Père, bouleversant les critères mondains qui ternissent notre conscience.
Au même titre que la surprise muette de ses disciples, l’orgueil humain nous ouvre les yeux sur ce qui se passe : à l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi « réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion » (Homélie de la Messe in coena Domini, 20 mars 2008). Ces paroles du Pape Benoît XVI reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir. Nous ne comprenons pas, en revanche, que Dieu nous sert vraiment, certes, mais par le geste gratuit et humble du lavement des pieds : voilà la toute-puissance de Dieu. C’est ainsi que s’accomplit la volonté de consacrer sa vie à celui qui, sans ce don, ne peut exister. Le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui. Et le don divin nous transforme.
Par son geste, en effet, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint. Vrai Dieu et vrai homme, le Christ nous donne au contraire un exemple de dévouement, de service et d’amour. Nous avons besoin de son exemple pour apprendre à aimer, non pas parce que nous en sommes incapables mais pour nous éduquer nous-mêmes, les uns les autres, à l’amour véritable. Apprendre à agir comme Jésus, Signe que Dieu inscrit dans l’histoire du monde, est la tâche de toute une vie.
Il est le critère authentique, le « Maître et Seigneur » (Jn 13, 13) qui fait tomber tous les masques du divin et de l’humain. Il ne donne pas cet exemple quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence, afin qu’il soit bien clair que le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs. Il nous aime, et c’est pourquoi Il nous pardonne et nous purifie. Le Seigneur nous aime pas à condition de nous faire laver par sa miséricorde : il nous aime, et c’est pourquoi il nous lave, afin que nous puissions répondre à son amour.
Apprenons de Jésus ce service réciproque. Il ne nous demande pas en effet de le lui rendre, mais de le partager entre nous : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Pape François commentait ainsi : « C’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi » (Homélie de la messe in coena Domini, 28 mars 2013). Il ne parlait pas d’un impératif abstrait, d’un commandement formel et vide, mais il exprimait sa ferveur obéissante pour la charité du Christ, source et modèle de notre charité. L’exemple donné par Jésus, en effet, ne peut être imité par convenance, à contrecœur ou par hypocrisie, mais uniquement par amour.
Se laisser servir par le Seigneur est donc une condition pour servir comme Il l’a fait, Lui. « Si tu ne te laisses pas laver - dit Jésus à Pierre - tu n’auras pas part avec moi » (Jn 13, 8). Si tu ne m’accueilles pas comme serviteur, tu ne peux pas croire en moi et me suivre comme Seigneur. En lavant notre chair, Jésus purifie notre âme. En Lui, Dieu a donné un exemple non de la manière dont on domine, mais de celle dont on libère ; de la manière de donner sa vie, non celle de la détruire.
Alors, face à une humanité à genoux, face à de nombreux exemples de brutalité, agenouillons-nous nous aussi en tant que frères et sœurs des opprimés. C’est ainsi que nous voulons suivre l’exemple du Seigneur, en accomplissant ce que nous avons entendu dans le livre de l’Exode : « Ce jour sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14). Oui, toute l’histoire biblique converge vers Jésus, véritable agneau pascal. À travers Lui, les figures anciennes trouvent leur pleine signification, car le Christ sauveur célèbre la Pâque de l’humanité, ouvrant à chacun le passage du péché au pardon, de la mort à la vie éternelle : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24).
En renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur, précisément ce soir, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré. Le lien intrinsèque entre ces deux sacrements représente le don parfait de Jésus, Grand Prêtre et Eucharistie vivante pour l’éternité : dans le pain et le vin consacrés se trouve en effet le « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal, dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné » (Const. dogm. Sacrosanctum Concilium, 47). Dans les évêques et les prêtres, constitués « prêtres de la nouvelle Alliance » selon le commandement du Seigneur (Concile de Trente, De Missae Sacrificio, 1), réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être.
Le Jeudi-Saint est donc un jour de profonde gratitude et de fraternité authentique. Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour.
20 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les évêques, les prêtres, les personnes consacrées et les agents pastoraux, à la paroisse Notre-Dame de
S’’il m’appartient, au nom de l’Église universelle, de reconnaître en ce moment la vitalité chrétienne qui anime vos communautés, c’est au Seigneur qu’il revient de vous en récompenser. Il ne manque pas à ses promesses ! À vous aussi, un jour, il a adressé ces paroles que, avec foi, vous avez accueillies et fait fructifier : « Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple […], avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Mc 10, 29-30).
Très chers amis, le Seigneur connaît la générosité avec laquelle vous avez embrassé votre vocation et il n’est pas indifférent à tout ce que vous faites, par amour pour lui, afin de nourrir votre peuple de la vérité de l’Évangile. Il vaut donc la peine d’ouvrir tout votre cœur au Christ ! La tentation pourrait peut-être surgir de penser qu’Il vient vous ôter quelque chose, la tentation d’hésiter à lui laisser prendre les rênes de votre vie. Dans ces moments-là, souvenez-vous que « Il n’enlève rien et Il donne tout. Celui qui se donne à Lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ et vous trouverez la vraie vie » (Benoît XVI, Homélie au début du ministère pétrinien, 24 avril 2005). Ces paroles, je souhaite les adresser tout particulièrement aux nombreux jeunes de vos séminaires et de vos maisons de formation. N’ayez pas peur de dire « oui » au Christ, de modeler entièrement votre vie sur la sienne ! N’ayez pas peur du lendemain : vous appartenez totalement au Seigneur. Il vaut la peine de le suivre dans l’obéissance, la pauvreté, la chasteté. Lui, il n’enlève rien ! La seule chose qu’il nous enlève et prend sur lui, c’est le péché. Oui, de Lui vous recevez tout : cette terre et la famille dans laquelle vous êtes nés ; le baptême, qui vous a introduits dans la grande famille de l’Église ; et votre vocation. « À lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen » (Ap 1, 6).
Chers frères et sœurs, le Seigneur vous offre la joie d’être ses disciples-missionnaires, la force de vaincre les ruses du malin, l’espérance de la vie éternelle. Tout cela vous appartient, tout cela est don. Un don qui ennoblit et rend grands, qui engage et responsabilise. Et le don le plus grand est l’Esprit Saint qui, répandu dans vos cœurs lors du baptême, vous a, en vue de la mission, conformés d’une manière particulière au Christ, lequel vous a envoyés afin que, à partir de l’Évangile, vous édifiiez une société angolaise libre, réconciliée, belle et grande. Dans cette mission, combien est important le ministère des catéchistes ! En Afrique justement, c’est une expression fondamentale de la vie de l’Église qui peut être une source d’inspiration pour les communautés catholiques partout dans le monde.
« Tout est à vous ! Mais vous, vous êtes au Christ » (1 Co 3, 23), enseigne saint Paul. Cinquante ans après l’indépendance de votre pays, ces paroles de l’Apôtre nous disent que le présent et l’avenir de l’Angola vous appartiennent, mais que vous appartenez au Christ. Tous les Angolais, sans exception, ont le droit de construire ce pays et d’en bénéficier équitablement ; cependant, les disciples du Seigneur ont le devoir de le faire selon la loi de la charité. Être disciples de Jésus est au fondement de votre action. Il vous incombe à tous d’être son image et, dans cette tâche, personne ne peut vous remplacer. C’est là que réside votre unicité ! Vous êtes le sel et la lumière de cette terre parce que vous êtes membres du Corps du Christ et, pour cette raison, vos gestes, vos paroles et vos actions, reflétant sa charité, construisent les communautés de l’intérieur et édifient pour l’éternité.
Ce qu’on demande aux disciples du Christ, c’est de rester étroitement unis à Lui (cf. Jn 15, 1-8). Le reste viendra naturellement. Je sais que vous êtes en plein milieu d’un triennat pastoral dont la devise est « Disciples fidèles, disciples joyeux (cf. Ac 11, 23-26) », consacré à la prière et à la réflexion sur le ministère ordonné et sur la vie consacrée. Quelles voies le Seigneur ouvre-t-il à l’Église en Angola ? Elles seront certainement nombreuses ! Essayez de les suivre toutes ! Mais la première voie est celle de la fidélité au Christ. À cette fin, continuez à valoriser la formation permanente, veillez à la cohérence de votre vie et, surtout en ces temps qui courent, persévérez dans l’annonce de la Bonne Nouvelle de la paix.
À l’école du Christ, qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), il y a toujours beaucoup à apprendre. Souvenez-vous du dialogue entre Jésus et Philippe, lorsque celui-ci lui demanda : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ! ». La réponse du Maître est surprenante : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 8-9). Cela nous rappelle la dimension contemplative de la formation permanente. Connaître le Christ passe, sans aucun doute, par une bonne formation initiale, avec l’accompagnement personnel des formateurs ; cela passe par l’adhésion aux programmes de vos diocèses, congrégations et instituts ; cela passe par une étude personnelle sérieuse, afin d’éclairer les fidèles qui vous sont confiés en les sauvant surtout de la dangereuse illusion de la superstition. Cependant, la formation est bien plus vaste : elle concerne l’unité de la vie intérieure, le soin de nous-mêmes et du don de Dieu que nous avons reçu (cf. 2 Tm 1, 6), en recourant à la littérature, à la musique, au sport, aux arts en général, mais surtout à la prière d’adoration et de contemplation. En particulier dans les moments de découragement et d’épreuve, « Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint-Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! » (François, Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 264). Sans cette dimension contemplative, nous cessons d’être en accord avec l’Évangile et de refléter la puissance de la Résurrection.
« L’homme contemporain, saint Paul VI, écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (Exhort. apost. Evangelii nuntiandi n. 41 ; cf. Audience générale, 2 octobre 1974). La fidélité du Christ, qui nous a aimés jusqu’au bout, est le véritable moteur de notre fidélité. Une fidélité facilitée par l’unité des prêtres avec leur évêque et avec leurs confrères du presbyterium, des consacrés et des consacrées avec leur supérieur et entre eux. Chers frères et sœurs, nourrissez la fraternité entre vous avec franchise et transparence, ne cédez pas à l’arrogance et à l’égocentrisme, ne vous détachez pas du peuple, en particulier des pauvres, fuyez la recherche des privilèges. Pour votre fidélité et, par conséquent, pour votre mission, la famille sacerdotale ou religieuse est indispensable, mais la famille dans laquelle nous sommes nés et avons grandi l’est tout autant. L’Église a une grande estime pour l’institution familiale, en enseignant que le foyer est le lieu de sanctification de tous ses membres. Pour beaucoup d’entre vous, certainement, le berceau de la vocation a précisément été la famille qui a apprécié et pris soin de la semence de l’appel spécial reçu. À vos proches, donc, va ma vive reconnaissance pour avoir soigné, soutenu et protégé votre vocation. En même temps, je les exhorte à vous aider toujours à rester fidèles à l’Évangile, à ne pas chercher à tirer profit de votre service ecclésial. Qu’ils vous soutiennent par leur prière et vous insufflent de l’enthousiasme à travers les bons conseils d’un père et d’une mère, afin que vous soyez saints et que vous n’oubliiez jamais que, à l’image de Jésus, vous êtes les serviteurs de tous.
Enfin, votre fidélité en Angola, comme elle doit l’être partout dans le monde, est aujourd’hui spécialement liée à l’annonce de la paix. Par le passé, vous avez fait preuve de courage pour dénoncer le fléau de la guerre, pour soutenir les populations tourmentées en restant à leurs côtés, pour construire et reconstruire, pour indiquer des voies et des solutions afin de mettre fin au conflit armé. Votre contribution est unanimement reconnue et appréciée. Mais cet engagement n’est pas terminé ! Favorisez donc une mémoire réconciliée, en éduquant chacun à la concorde et en valorisant parmi vous le témoignage serein de ces frères et sœurs qui, après avoir traversé de douloureuses épreuves, ont tout pardonné. Réjouissez-vous avec eux, célébrez la paix !
De plus, n’oubliez pas que, selon les paroles de saint Paul VI, « le développement est le nouveau nom de la paix » (Lett. encycl. Populorum progressio, n. 87). Il est donc essentiel qu’en interprétant la réalité avec sagesse, vous ne cessiez de dénoncer les injustices, tout en proposant des solutions inspirées par la charité chrétienne. Continuez à être une Église généreuse, qui contribue au développement intégral de votre pays. C’est pourquoi tout ce que vous accomplissez dans les domaines de l’éducation et de la santé a été et reste décisif.
En ce sens, lorsque les difficultés surviendront, souvenez-vous du témoignage héroïque de foi des Angolais et des Angolaises, des missionnaires nés ici ou venus de l’étranger, qui ont eu le courage de donner leur vie pour ce peuple et pour l’Évangile, préférant la mort à la trahison de la justice, de la vérité, de la miséricorde, de la charité et de la paix du Christ. Vous aussi, très chers amis, à travers chaque Eucharistie, vous êtes un corps offert et un sang versé pour la vie et le salut de vos frères. À vos côtés se trouve toujours la Vierge Marie, Mama Muxima.
Que Dieu bénisse et fasse fructifier votre dévouement et votre mission !
22 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l’occasion de la rencontre avec les jeunes et les familles, au stade de Bata, en Guinée Equatoriale
Alicia nous a parlé de ce sujet, elle nous a expliqué combien il est important d’être fidèle à ses obligations et de contribuer, par son travail quotidien, au bien de la famille et de la société. Elle a partagé avec nous son rêve d’une terre où les jeunes, hommes et femmes, ne recherchent pas le succès facile, mais choisissent la culture de la responsabilité, de l’effort, de la discipline, du travail bien fait, et où celui-ci soit valorisé. Elle a dit qu’être chrétienne signifie, outre le fait de participer à la célébration eucharistique, travailler avec dignité et traiter tout le monde avec respect, évoquant également le défi que représente pour elle le fait d’être une femme dans le monde du travail. Cela nous invite à réfléchir à l’importance de l’engagement fécond et à la nécessité de toujours promouvoir la dignité de chaque être humain.
C’est ce qu’a témoigné Francisco Martín, en évoquant son appel au sacerdoce. Il nous a ouvert une fenêtre sur la magnifique réalité de tant de jeunes qui se donnent totalement à Dieu pour le salut de leurs frères et sœurs. Il n’a pas caché qu’il avait eu du mal à trouver le courage de dire « oui », son fiat, « oui Seigneur », mais dans ses paroles, nous avons tous compris que s’en remettre à la volonté de Dieu apporte de la joie et une profonde sérénité. Une vie donnée à Dieu est une vie heureuse, qui se renouvelle chaque jour dans la prière, dans les sacrements et dans la rencontre avec les frères et sœurs que le Seigneur met sur notre chemin. Dans la communion des cœurs et dans l’attention bienveillante envers ceux qui sont dans le besoin, les miracles de la charité se renouvellent. C’est pourquoi, si vous sentez que le Christ vous appelle à le suivre sur un chemin de consécration particulière – en tant que prêtres, religieuses, religieux, catéchistes –, n’ayez pas peur de marcher sur ses traces : comme il l’a lui-même assuré – et je tiens moi aussi à vous dire avec force aujourd’hui – , vous recevrez « cent fois plus et […] la vie éternelle » (Mt 19, 29).
26 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 10 nouveaux prêtres, en la Basilique Saint Pierre de Rome
Chers frères et sœurs !
Par ces mots, je m’adresse tout particulièrement à ceux qui viennent d’être présentés, qui vont recevoir l’ordination presbytérale, à leurs familles, aux prêtres de Rome, dont beaucoup se souviennent de leur ordination en ce quatrième dimanche de Pâques, ainsi qu’à vous tous ici présents !
Ce dimanche est un dimanche plein de vie ! Même si la mort nous entoure, la promesse de Jésus s’accomplit déjà : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Il y a beaucoup de générosité et d’enthousiasme dans la disponibilité des jeunes que l’Église demande aujourd’hui d’ordonner prêtres. En nous rassemblant, si nombreux et si différents, autour du seul Maître, nous ressentons une force qui nous régénère. C’est l’Esprit Saint qui unit les personnes et les vocations dans la liberté, afin que personne ne vive plus pour lui-même. Le dimanche – chaque dimanche – nous appelle à sortir du « tombeau » de l’isolement, de la fermeture pour que nous nous rencontrions dans le jardin de la communion dont le Ressuscité est le gardien.
Le service du prêtre, sur lequel l’appel de ces frères nous invite à réfléchir, est un ministère de communion. En effet, la « vie en abondance » nous est donnée dans la rencontre très personnelle avec la personne du Fils, mais elle nous ouvre aussitôt les yeux sur un peuple de frères et de sœurs qui font déjà l’expérience ou qui cherchent encore à « pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Voici un premier secret de la vie du prêtre. Chers ordinands, plus votre lien avec le Christ est profond, plus votre appartenance à l’humanité commune est radicale. Il n’y a ni opposition, ni rivalité entre le ciel et la terre : ils s’unissent pour toujours en Jésus. Ce mystère vivant et dynamique engage le cœur dans un amour indissoluble ; il l’engage et le comble. Certes, tout comme l’amour des époux, l’amour qui inspire le célibat pour le Royaume de Dieu doit être préservé et sans cesse renouvelé, car tout véritable amour mûrit et devient fécond avec le temps. Vous êtes appelés à aimer d’une manière spécifique, délicate et difficile et, plus encore, à vous laisser aimer dans la liberté. Une manière qui fera de vous, outre de bons prêtres, des citoyens honnêtes, disponibles, des artisans de paix et d’amitié sociale.
À cet égard, on est frappé dans l’Évangile qui vient d’être proclamé (Jn 10, 1-10), par la référence que fait Jésus à des figures et à des actes d’agression. Entre Lui et ceux qu’Il aime, s’immiscent des étrangers, des voleurs et des brigands qui franchissent les limites, qui ne viennent « que pour voler, égorger, faire périr » dit Jésus (v. 10), et qui surtout ont une voix différente de la sienne, méconnaissable (cf. v. 5). Les paroles du Seigneur sont d’un grand réalisme : Il connaît la cruauté du monde dans lequel Il marche avec nous. Il évoque par ses paroles des formes d’agression physique, mais surtout spirituelle. Cela ne l’empêche cependant pas de donner sa vie. La dénonciation ne devient pas renoncement, le danger n’incite pas à la fuite. Voici un deuxième secret pour la vie du prêtre : la réalité ne doit pas nous faire peur. C’est le Seigneur de la vie qui nous appelle. Bien-aimés, que le ministère qui vous est confié communique la paix de Celui qui sait pourquoi il est en sécurité même au milieu des dangers.
Aujourd’hui, le besoin de sécurité rend les esprits agressifs, renferme les communautés sur elles-mêmes, pousse à chercher des ennemis et des boucs émissaires. La peur est souvent présente autour de nous et peut-être même en nous. Votre sécurité ne doit pas résider dans la fonction que vous occupez, mais dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, dans l’histoire du salut à laquelle vous participez avec votre peuple. C’est un salut qui fait déjà beaucoup de bien accompli en silence, chez les personnes de bonne volonté, dans les paroisses et dans les milieux auxquels vous serez proches, comme des compagnons de route. Ce que vous annoncez et célébrez vous protégera, même dans les situations et les moments difficiles.
Les communautés où vous serez envoyés sont des lieux où le Ressuscité est déjà présent, où beaucoup l’ont déjà suivi de manière exemplaire. Vous reconnaîtrez ses plaies, vous distinguerez sa voix, vous trouverez ceux qui vous le montreront. Ce sont les communautés qui vous aideront, vous aussi, à devenir saints ! Et vous, aidez-les à marcher unies derrière Jésus, le Bon Pasteur, afin qu’elles soient des lieux – des jardins – ou la vie ressuscite et se communique. Souvent, il manque aux gens un lieu où découvrir qu’ensemble c’est mieux, qu’ensemble c’est beau, qu’il est possible de vivre ensemble. Faciliter la rencontre, aider à rapprocher ceux qui autrement ne se fréquenteraient jamais, rapprocher les opposés ne fait qu’un avec l’Eucharistie et la Réconciliation. Rassembler, c’est toujours et encore implanter l’Église.
Il y a une image significative dans l’Évangile par laquelle, à un certain moment, Jésus commence à parler de Lui-même. Il se décrit comme le « berger », mais ceux qui l’écoutent semblent ne pas comprendre. Il change alors de métaphore : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis » (Jn 10, 7). iIl y avait à Jérusalem une porte qui s’appelait justement ainsi : « la porte des brebis », près de la piscine de Bethzatha. C’est par là que les brebis et les agneaux entraient dans le temple, après avoir été plongés dans l’eau et avant d’être envoyés au sacrifice. On pense spontanément au Baptême.
« Moi, je suis la porte » dit Jésus. Le Jubilé nous a montré à quel point cette image parle encore au cœur de millions de personnes. Pendant des siècles, la porte – souvent un véritable portail – a invité à franchir le seuil de l’Église. Dans certains cas, les fonts baptismaux étaient construits à l’extérieur, comme l’ancienne piscine de Bethzatha, sous les portiques de laquelle « étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents » (Jn 5, 3). Chers ordinands, sentez-vous partie intégrante de cette humanité souffrante qui attend la vie en abondance. En initiant d’autres à la foi, vous raviverez la vôtre. Avec les autres baptisés, vous franchirez chaque jour le seuil du Mystère, ce seuil qui a le visage et le nom de Jésus. Ne cachez jamais cette porte sainte, ne la bloquez pas, ne soyez pas un obstacle pour ceux qui veulent entrer. « Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés » (Lc 11, 52) : c’est le reproche amer de Jésus à ceux qui ont caché la clé d’un passage qui devait être ouvert à tous.
Aujourd’hui plus que jamais, surtout là où les chiffres semblent indiquer un fossé entre les gens et l’Église, gardez la porte ouverte ! Laissez entrer et soyez prêts à sortir. C’est un autre secret pour votre vie : vous êtes un canal, pas un filtre. Beaucoup croient déjà savoir ce qu’il y a au-delà du seuil. Ils apportent avec eux des souvenirs, peut-être d’un passé lointain ; souvent, il y a quelque chose de vivant qui ne s’est pas éteint et qui attire ; parfois il y a autre chose qui saigne encore et repousse. Le Seigneur sait et attend. Soyez le reflet de sa patience et de sa tendresse. Vous appartenez à chacun et vous êtes là pour tous ! Tel est le profil fondamental de votre mission : garder le seuil libre et le montrer, sans avoir besoin de beaucoup de mots.
D’autre part, Jésus insiste et précise : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage » (Jn 10, 9). Il n’étouffe pas notre liberté. Il existe des appartenances qui étouffent, des communautés dans lesquelles il est facile d’entrer et presque impossible de sortir. Il n’en va pas ainsi de l’Église du Seigneur, il n’en va pas ainsi de la communauté de ses disciples. Celui qui est sauvé, dit Jésus, « entre, sort et trouve un pâturage ». Nous cherchons tous un refuge, un repos et des soins : la porte de l’Église est ouverte. Non pas pour nous éloigner de la vie : la vie ne s’épuise pas dans la paroisse, dans l’association, dans le mouvement, dans le groupe. Celui qui est sauvé « sort et trouve un pâturage ».
Bien-aimés, sortez et découvrez la culture, les gens, la vie ! Émerveillez-vous pour ce que Dieu fait pousser sans que nous l’ayons semé. Ceux pour qui vous serez prêtres – fidèles laïcs et familles, jeunes et personnes âgées, enfants et malades – vivent dans des pâturages que vous devez connaître. Parfois, vous aurez l’impression de ne pas en avoir les cartes. Mais le Bon Pasteur les possède, et c’est sa voix, si familière, qu’il faut écouter. Combien de personnes se sentent perdues aujourd’hui ! Beaucoup ont l’impression de ne plus pouvoir s’orienter. Il n’y a donc pas de témoignage plus précieux que celui qui confie : « Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom » (Ps 22, 2-3). Son nom est Jésus : « Dieu sauve » ! Vous en êtes les témoins. « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie » (Ps 22, 6). Frères, sœurs, chers jeunes : qu’il en soit ainsi !
27 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa Visite à l'Académie pontificale ecclésiastique
Éminence, Excellences, chers Supérieurs et élèves de l’Académie pontificale ecclésiastique.
Je suis heureux d’accomplir ma première visite en tant que Souverain Pontife auprès de cette ancienne et noble institution, à l’occasion du Jubilé pour le 325e anniversaire de sa fondation. Il y a quelques années déjà, lorsque je suis venu ici, dans le cadre des rencontres proposées aux étudiants, pour apporter mon témoignage en tant que préfet du Dicastère pour les évêques, j’ai eu l’occasion de réfléchir à la mission essentielle que remplit l’Alma mater des diplomates pontificaux. Aujourd’hui, à bientôt un an de mon ministère pétrinien, accompagné par l’engagement assidu de la Secrétairerie d’État et des Représentations pontificales, ces sentiments se sont confirmés. C’est donc avec une profonde gratitude que je contemple l’histoire de dévouement et de service que cette joyeuse célébration commémore.
Cette histoire — ancrée dans la catholicité même de l’Église — a vu, au fil des siècles, une succession ininterrompue de prêtres, venus de diverses parties du monde, contribuer par leurs modestes forces à l’édification de cette unité dans le Christ qui, dans la diversité des origines, fait de la communion une caractéristique fondamentale du service diplomatique du Saint-Siège. Les réformes — dont la dernière en date a été voulue par mon prédécesseur immédiat, de vénérée mémoire — ont toujours visé à préserver cette caractéristique distinctive et constitutive de l’action de notre diplomatie, appelée chaque jour à prier et à œuvrer «ut unum sint» (Jn 17, 21).
En particulier, les récents changements concernant divers aspects de la formation universitaire et intellectuelle ont donné à l’Institution l’autonomie nécessaire pour renouveler le programme d’études des disciplines juridiques, historiques, politologiques et économiques, ainsi que celui des langues utilisées dans les relations internationales. Je tiens toutefois à réaffirmer que la réforme la plus importante demandée à ceux qui franchissent le seuil de cette Communauté est celle d’un exercice constant de conversion, visant à cultiver «la proximité, l’écoute attentive, le témoignage, l’approche fraternelle et le dialogue [...] associés à l’humilité et à la douceur» (François, Chirographe Le ministère pétrinien, 25 mars 2025): des vertus qui doivent imprégner tout votre ministère sacerdotal.
La rencontre d’aujourd’hui, dans cette Maison qui a contribué à l’épanouissement intellectuel, humain et spirituel de nombreux saints et bienheureux — parmi lesquels certains de mes illustres prédécesseurs —, est pour moi l’occasion d’esquisser avec vous quelques traits caractéristiques du prêtre diplomate pontifical qui, participant au ministère du Successeur de Pierre, embrasse et cultive une vocation particulière au service de la paix, de la vérité et de la justice.
Il doit être, avant tout, un messager de l’annonce pascale: «La paix soit avec vous!» (Jn 20, 19). Même lorsque les espoirs de dialogue et de réconciliation semblent s’évanouir et que la paix «telle que le monde la donne» est bafouée et mise à rude épreuve, vous êtes appelés à continuer de porter à tous la parole du Christ ressuscité: «Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne» (Jn 14, 27). Et avant même d’essayer de la construire de nos maigres forces, face à ceux qui ne la recherchent pas comme un don de Dieu, votre mission vous appelle à en être des «ponts» et des «canaux», afin que la grâce qui vient du ciel puisse se frayer un chemin à travers les replis de l’histoire.
Le diplomate pontifical, quant à lui, — œuvrant dans les contextes culturels les plus divers et au sein des organismes internationaux — est tout particulièrement appelé à témoigner de la Vérité qu’est le Christ, en portant son message devant l’assemblée des Nations, et en se faisant le signe de son amour pour cette partie de l’humanité qui est confiée à sa mission de pasteur, avant même celle de diplomate. Comme j’ai eu l’occasion de l’indiquer au début de cette année au Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, il est aujourd’hui absolument nécessaire que «les mots recommencent à exprimer sans équivoque des réalités certaines», car c’est «seulement ainsi qu’un dialogue authentique et sans malentendus pourra reprendre» (Discours au Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2026). C’est aussi pour cette raison qu’il est important que vous portiez au monde le Verbe de Vie, qui s’est révélé non pas par l’affirmation de principes et d’idées abstraites, mais en s’incarnant.
Enfin, vous vous préparez à exercer un ministère particulier, qui ne se limite pas à la défense du bien de la communauté catholique, mais qui s’étend à toute la famille humaine vivant dans un pays donné ou participant aux instances des différentes organisations internationales. Cela vous appelle à être les promoteurs de toutes les formes de justice qui contribuent à reconnaître, à reconstruire et à protéger l’image de Dieu imprimée en chaque personne. Dans la défense des droits de l’homme — parmi lesquels se distinguent ceux à la liberté religieuse et à la vie —, je vous recommande donc de continuer à montrer la voie, non pas celle de l’opposition et de la revendication, mais celle de la protection de la dignité de la personne, du développement des peuples et des communautés, et de la promotion de la coopération internationale. Ce sont là les seuls instruments qui permettent d’engager de véritables chemins de paix.
Chers Supérieurs et élèves, dans un monde marqué par les tensions, qui semble faire des conflits le seul moyen de répondre aux besoins et aux revendications, notre capacité à nous engager dans le dialogue, l’écoute et la réconciliation peut sembler insuffisante, voire parfois inutile. Cela ne doit pas nous décourager! Continuons d'invoquer avec confiance le don de la paix du Christ, sans crainte. Et soyez assurés que votre généreux ministère, en tout temps et en tout lieu, sera toujours un instrument pour promouvoir et préserver la dignité de chaque homme et de chaque femme, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et pour accroître le bien commun.
Avec ces vœux et avec une bienveillance paternelle, j’invoque sur chacun de vous et sur le chemin futur de l’Académie pontificale ecclésiastique, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie et de saint Antoine Abbé, votre patron, la bénédiction apostolique.
8 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec le clergé et les personnes consacrées, dans la Cathédrale de Naples
Il y a une parole qui résonne dans mon cœur lorsque j’écoute le récit évangélique des deux disciples d’Emmaüs : le mot soin. Comme ces deux disciples, nous aussi, souvent, nous poursuivons notre chemin sans réussir à interpréter les signes de l’histoire et, parfois, découragés et déçus par tant de problèmes ou par les espérances personnelles et pastorales qui semblent ne pas se réaliser, nous avons le visage triste et l’amertume dans le cœur. Jésus, cependant, s’approche et marche avec nous ; il nous accompagne pour nous ouvrir à une lumière nouvelle : son attitude est celle de quelqu’un qui prend soin.
Le contraire du soin, c’est la négligence. Et aussitôt viennent à l’esprit quelques exemples : la négligence des routes et des coins de la ville, celle des espaces communs, celle des périphéries et, plus encore, toutes ces situations où c’est la vie elle-même qui est négligée, lorsqu’on a du mal à en garder la beauté et la dignité. Je voudrais cependant que nous nous arrêtions, avant tout, sur l’importance du soin intérieur, qui est soin de notre cœur, de notre humanité et de nos relations.
Je le dis d’abord à ceux qui, dans l’Église, sont appelés à un rôle de responsabilité, à un service de gouvernement, à une consécration particulière. Je pense avant tout aux prêtres, aux religieuses et aux religieux, car le poids du ministère et la fatigue intérieure qui en découle sont devenus aujourd’hui, à certains égards, encore plus lourds que par le passé.
Naples est une ville aux mille couleurs, où la culture et les traditions du passé se mêlent à la modernité et aux innovations ; c’est une ville où une religiosité populaire spontanée et bouillonnante s’entrelace avec de nombreuses fragilités sociales et avec les multiples visages de la pauvreté ; c’est une ville ancienne mais en mouvement constant, habitée par beaucoup de beauté et, en même temps, marquée par tant de souffrances, et même ensanglantée par la violence.
Dans ce contexte, l’action pastorale est appelée à une incarnation continuelle du message évangélique, afin que la foi chrétienne professée et célébrée ne se limite pas à quelque événement émotionnel, mais pénètre profondément le tissu de la vie et de la société. Cependant, le poids est grand, surtout pour les prêtres. Je pense à la fatigue d’écouter les histoires qui vous sont confiées, de saisir celles qui sont les plus cachées et qui ont besoin de venir à la lumière, de persévérer dans l’engagement d’une annonce évangélique capable d’offrir des horizons d’espérance et d’encourager le choix du bien ; je pense aux familles éprouvées et aux jeunes souvent désorientés que vous cherchez à accompagner, ainsi qu’à tous les besoins humains, matériels et spirituels que les pauvres vous confient en frappant aux portes de vos paroisses et de vos associations. À cela s’ajoute souvent un sentiment d’impuissance et de désarroi lorsque nous constatons que nos langages et notre manière d’agir ne semblent pas adaptés aux nouvelles questions et aux défis d’aujourd’hui, en particulier ceux des plus jeunes. La charge humaine et pastorale est certainement lourde ; elle risque d’alourdir, d’user, d’épuiser nos énergies, et parfois elle peut être encore aggravée par une certaine solitude et par le sentiment d’isolement pastoral.
C’est pourquoi nous avons besoin de soin. Avant tout, le soin de la vie intérieure et spirituelle, en nourrissant constamment notre relation personnelle avec le Seigneur dans la prière et en cultivant la capacité d’écouter ce qui s’agite en nous, afin de discerner et de nous laisser éclairer par l’Esprit. Cela exige aussi le courage de savoir s’arrêter, de ne pas avoir peur d’interroger l’Évangile sur les situations personnelles et pastorales que nous vivons, afin de ne pas réduire le ministère à une fonction à accomplir.
Le soin de notre ministère passe aussi par la fraternité et la communion. Une fraternité enracinée en Dieu, qui s’exprime dans l’amitié et l’accompagnement mutuel, ainsi que dans le partage de projets et d’initiatives pastorales. Elle doit être considérée « comme un élément constitutif de l’identité des ministres, non seulement comme un idéal ou un slogan » (Lettre apostolique Une fidélité qui engendre l’avenir, 16). En même temps, précisément parce qu’aujourd’hui nous sommes plus exposés aux dérives de la solitude, vivant dans un environnement culturel plus complexe et fragmenté, la fraternité demande à être cultivée et promue, peut-être aussi par de nouvelles « formes possibles de vie commune » (ibid., 17), dans lesquelles les prêtres puissent s’aider mutuellement et élaborer ensemble l’action pastorale. Il ne s’agit pas seulement de participer à quelques rencontres ou événements, mais de travailler à vaincre la tentation de l’individualisme. Pensons-nous, prêtres et religieux, ensemble ! Exerçons-nous à l’art de la proximité !
Le pape François a affirmé qu’à un certain individualisme répandu dans nos diocèses, « nous devons réagir par le choix de la fraternité ». Et il ajoutait : « Cette communion demande à être vécue en cherchant des formes concrètes adaptées aux temps et à la réalité du territoire, mais toujours dans une perspective apostolique, avec un style missionnaire, avec fraternité et simplicité de vie » (Rencontre avec les prêtres diocésains, Cassano all’Jonio, 21 juin 2014).
N’oublions pas non plus que cette exigence de communion nous concerne en premier lieu en tant que baptisés, appelés à former l’unique Église du Christ. Elle doit donc être recherchée, encouragée et vécue dans toutes nos relations humaines et pastorales, dans lesquelles les laïcs et les agents pastoraux ont un rôle de première importance. Marcher ensemble à la suite du Seigneur et poursuivre la mission évangélisatrice en valorisant les différents charismes et ministères répond à l’identité même de l’Église : l’Église est mystère de communion et chacun, à partir du Baptême, est appelé à être une pierre vivante de l’édifice, un apôtre de l’Évangile, un témoin du Royaume.
À ce sujet, je sais que vous avez vécu un temps de grâce en célébrant le Synode diocésain. Ce fut un processus qui a remis en mouvement toute la communauté ecclésiale, en l’appelant à s’interroger sur sa manière d’être et d’annoncer l’Évangile sur cette terre. Je voudrais vous inviter à garder et à faire vôtre avant tout la méthode du Synode : un exercice d’écoute mutuelle, une participation qui n’a exclu personne, une synergie humaine, pastorale et spirituelle entre les paroisses, les réalités associatives, les consacrés et les laïcs, en cherchant à donner aussi la parole à ceux qui restent habituellement aux marges. Cette écoute a clairement fait émerger les attentes, les blessures et les espérances, vous renvoyant l’image d’une Église appelée à sortir d’elle-même, à convertir son style, à s’incarner parmi les gens comme lumière d’espérance.
Ce que je vous demande donc, c’est ceci : écoutez-vous les uns les autres, marchez ensemble, créez une symphonie de charismes et de ministères, et trouvez ainsi les moyens de passer d’une pastorale de conservation à une pastorale missionnaire, capable de rejoindre la vie concrète des personnes.
C’est une mission qui exige l’apport de tous. Dans une ville marquée par les inégalités, le chômage des jeunes, le décrochage scolaire et les fragilités familiales, l’annonce de l’Évangile ne peut se passer d’une présence concrète et solidaire, qui implique tous et chacun : prêtres, religieux, laïcs. Tous sont des sujets actifs de la pastorale et de la vie de l’Église, et non de simples collaborateurs, afin que l’engagement et le témoignage de chacun puissent engendrer une communauté présente et attentive, capable d’être levain dans la pâte. Une communauté qui sait concevoir et proposer des parcours aidant les personnes à vivre l’expérience de l’Évangile et à en recevoir des élans pour renouveler la ville de Naples.
23 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV, lors de sa rencontre avec les évêques, le clergé, les religieux et les familles des victimes de la pollution environnementale
Éminences, Excellences,
chers frères et sœurs, bonjour et merci pour votre accueil !
Je remercie le Seigneur de pouvoir vous rencontrer, en revenant en Campanie quelques jours après ma visite au sanctuaire de Pompéi et à la ville de Naples. Vous savez que déjà le pape François aurait désiré venir ici, dans ce lieu qui a tristement pris le nom de « Terre des feux », mais cela ne lui fut pas possible. Aujourd’hui, nous voulons réaliser son désir, en reconnaissant le grand don que l’encyclique Laudato si’ a représenté pour la mission de l’Église sur cette terre. En effet, le cri de la création et des pauvres parmi vous a été ressenti de manière plus dramatique, à cause d’un concentré mortel d’intérêts obscurs et d’indifférence au bien commun, qui a empoisonné l’environnement naturel et social. C’est un cri qui appelle à la conversion !
Dans cette cathédrale, nous vivons un premier moment, le moment ecclésial et, je voudrais dire, le plus familial de ma visite. Ensuite, sur la place, nous rencontrerons symboliquement toute la société. Je suis venu avant tout recueillir les larmes de ceux qui ont perdu des personnes chères, tuées par la pollution environnementale provoquée par des personnes et des organisations sans scrupules, qui ont pu agir trop longtemps dans l’impunité. Mais je suis aussi ici pour remercier ceux qui ont répondu au mal par le bien, en particulier une Église qui a su oser la dénonciation et la prophétie, afin de rassembler le peuple dans l’espérance.
Ainsi, sachant que je vous visitais à la veille de la Pentecôte, j’ai cherché dans les Saintes Écritures une page qui puisse interpréter et inspirer votre chemin. Je l’ai trouvée dans une vision grandiose du prophète Ézéchiel, conduit par le Seigneur à faire une expérience qui devait devenir, pour le peuple en exil, un puissant message de résurrection. Ézéchiel raconte : « La main du Seigneur se posa sur moi, et le Seigneur m’emporta par son esprit et me déposa au milieu d’une vallée remplie d’ossements. Il me fit circuler parmi eux ; ils étaient très nombreux à la surface de la vallée, et ils étaient complètement desséchés » (Ez 37, 1-2).
Chers amis, Dieu avait placé l’homme et la femme dans un jardin, pour qu’ils le cultivent et le gardent. Tout était vie, beauté, fécondité. Cette terre aussi, autrefois, était appelée Campania felix, parce qu’elle était capable d’émerveiller par sa fécondité, ses produits et sa culture, comme un hymne à la vie. Et pourtant, voici la mort, celle de la terre et celle des hommes. Nous pouvons nous identifier au trouble du prophète devant cette étendue d’ossements desséchés. Nous souffrons de la dévastation qui a compromis un merveilleux écosystème, des lieux, des histoires et des mémoires. Face à cette réalité, deux attitudes sont possibles : l’indifférence ou la responsabilité. Vous avez choisi la responsabilité et, avec l’aide de Dieu, vous avez commencé un chemin d’engagement et de recherche de la justice.
Le Seigneur pose ensuite à Ézéchiel une question : « Il me dit : “Fils d’homme, ces ossements peuvent-ils revivre ?” Je répondis : “Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais” » (Ez 37, 3). Chers amis, voici que Dieu nous adresse des questions nouvelles, qui élargissent notre horizon. Il sait que nous avons un cœur qui cherche la vie et aspire à l’éternité, mais que nous les renvoyons trop facilement à un temps indéfini et lointain, à un monde différent qui n’existe pas encore. Ézéchiel, au contraire, doit servir son peuple, celui qui existe, dans la situation où il se trouve. De la même manière, nos Églises ont pour mission de faire résonner ici et aujourd’hui la Parole de Dieu. Cette Parole nous demande si nous croyons à ses propres possibilités : elle est Parole de vie.
Si nous nous rencontrons aujourd’hui, c’est pour répondre à cette Parole. Et nous répondons ainsi : Seigneur, la mort semble être partout, l’injustice semble avoir vaincu, la criminalité, la corruption, l’indifférence tuent encore, le bien semble rester desséché. Pourtant, si tu nous interroges : « Ces ossements peuvent-ils revivre ? », nous croyons et nous disons : « Seigneur Dieu, c’est toi qui le sais ! » Tu sais que nous pouvons nous relever, parce que toi-même tu nous prends par la main. Tu sais que notre désert peut fleurir. Tu sais changer le deuil en joie.
Sœurs et frères, tout cela est très concret : c’est une promesse qui devient déjà réalité. Le pape François, dans l’encyclique Laudato si’, tout en dénonçant un paradigme de mort, a clairement annoncé l’irruption silencieuse de la vie nouvelle. Après avoir énuméré des réalités dans lesquelles les personnes recommencent déjà ensemble et donnent une nouvelle forme à la justice sociale et environnementale, il écrit : « L’humanité authentique, qui invite à une nouvelle synthèse, semble habiter au milieu de la civilisation technologique, presque imperceptiblement […]. Sera-ce une promesse permanente, malgré tout, qui jaillit comme une résistance obstinée de ce qui est authentique ? » (Laudato si’, 112).
Chers amis, soyez témoins de cette « résistance obstinée » qui devient renaissance, là où l’Évangile illumine et transforme la vie. C’est ce que nous a enseigné le concile Vatican II, en particulier avec la constitution Gaudium et spes. Le Seigneur nous adresse des questions nouvelles sur la manière de vivre dans nos quartiers, sur la disponibilité à travailler ensemble entre personnes et institutions, sur notre passion éducative, sur l’honnêteté dans le travail, sur la juste répartition du pouvoir et des richesses, sur le respect des personnes et de toutes les créatures. Ces terres pourront-elles revivre ? Soyez vous-mêmes la réponse : une communauté unie, dans la foi et dans l’engagement. Alors la vie se multipliera.
Et voici l’ordre du Seigneur à son prophète : « Prophétise sur ces ossements et annonce-leur : “Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements : Voici que je fais entrer en vous l’esprit, et vous revivrez” » (Ez 37, 4-5). Ézéchiel obéit et observe : « Je prophétisai comme j’en avais reçu l’ordre ; pendant que je prophétisais, il y eut un bruit, puis un mouvement parmi les ossements, qui se rapprochaient les uns des autres, chacun de son correspondant. Je regardai : voici qu’apparaissaient sur eux des nerfs ; la chair poussait, et la peau les recouvrait, mais il n’y avait pas encore d’esprit en eux » (Ez 37, 7-8 ).
Nous comprenons donc que le miracle ne se produit pas en une seule fois. Le prophète est certainement étonné de ce qu’il voit et entend, mais cela ne suffit pas encore, il manque encore quelque chose. Il en va de même pour nous : il faut encore faire confiance, encore écouter, encore croire. Les choix que vous avez faits, le chemin ecclésial que vous avez parcouru, les petits et grands recommencements par lesquels vous avez affronté la douleur ne sont pas encore tout. Si l’on s’arrête, on recule. En effet, le Seigneur parle de nouveau à Ézéchiel : « Prophétise à l’esprit, prophétise, fils d’homme, et annonce à l’esprit : “Ainsi parle le Seigneur Dieu : Esprit, viens des quatre vents, et souffle sur ces morts, afin qu’ils revivent.” Je prophétisai comme il me l’avait commandé, et l’esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie et se tinrent debout : c’était une armée immense, innombrable » (Ez 37, 9-10).
Frères et sœurs, que l’Esprit Saint vous accorde de voir une « armée » de paix se lever et guérir les blessures de cette terre et de ses communautés. Non plus un feu qui détruit, mais un feu qui ravive et réchauffe, le feu de l’Esprit qui embrase les cœurs et les intelligences de milliers et de milliers d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, et qui inspire soin, consolation, attention et amour véritable. En particulier vous, familles frappées par la mort, engendrez une vie nouvelle en transmettant à vos fils et filles, à vos petits-enfants et à vos voisins ce sens de la responsabilité qui a trop souvent manqué jusqu’ici. Laissez mourir le ressentiment, pratiquez les premiers la justice que vous demandez, témoignez de la vie, éduquez au soin.
Et vous, ministres ordonnés, religieuses et religieux, soyez les membres vivants de ce peuple : manifestez chaque jour l’autorité du service, qui s’abaisse et se rend proche, qui fait le premier pas et pardonne. Il faut en effet déraciner une culture du privilège, de l’arrogance, du refus de rendre des comptes, qui a fait tant de mal à cette terre, comme à beaucoup d’autres régions d’Italie et du monde. Que l’Esprit souffle des quatre vents et inspire de nouvelles formes d’annonce, de coopération, de régénération environnementale et sociale.
Il existe en effet une spiritualité des lieux, mais elle doit tout à la spiritualité des personnes. Le changement du monde, en effet, commence toujours par le cœur. Ézéchiel lui-même, avant cette prophétie de mort et de résurrection, annonça le renouvellement dont Dieu seul est capable : « Ainsi parle le Seigneur Dieu […] je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai que vous viviez selon mes lois, que vous observiez et pratiquiez mes règles. Vous habiterez la terre que j’ai donnée à vos pères ; vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu » (Ez 36, 22.27-28).
Que Jésus ressuscité nous donne d’habiter ensemble ainsi, capables d’accueillir et de mettre en pratique la Parole de Dieu, pèlerins ici-bas et citoyens dans son éternité.
27 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
27 mai 2026 – Résumé en langue française, de l’enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Frères et sœurs, dans la continuité de Mediator Dei de Pie XII, la Constitution Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II pose les principes fondamentaux pour la réforme et le rayonnement de la liturgie. Afin que les fidèles accèdent plus pleinement aux grâces dispensées par la liturgie, la Constitution Sacrosanctum Concilium invite à conserver une tradition saine et à ouvrir à un progrès légitime. Le Concile affirme la légitimité d’un tel progrès enraciné dans la Tradition authentique, en distinguant dans la liturgie ce qui relève de l’institution divine – immuable – de ce qui est susceptible d’être modifié. Pour permettre une participation fructueuse des fidèles, le culte de l’Église s’est “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque. La liturgie a ainsi été un moteur d’évangélisation. Le Magistère invite à prévenir toute désorientation des fidèles, en rappelant que le renouveau voulu par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale. Les prêtres, en particulier, doivent veiller au respect des textes et des réglementations de la liturgie.
1er juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de l'Association italienne guides et scouts d'Europe catholiques
Chers chefs-scouts, l’Évangile est bien plus qu’un livre: c’est la personne même du Christ, bonne nouvelle pour une humanité confuse, trompée, déçue par de nombreux maux. Il étanche notre soif de justice et de vérité et nous insuffle le courage de persévérer dans le bien et de nous mettre au service du prochain, en première personne. Vous êtes témoins de cet engagement pour les jeunes qui vous sont confiés : la cohérence de votre vie et la maturité de vos choix sont à leurs yeux un exemple très important qui les aide à grandir. Avec eux, vivez donc la beauté de la foi dans les gestes quotidiens et dans la prière partagée, dans les Sacrements et dans le discernement de la vocation de chacun : répondez avec générosité à l’appel du Christ à monter au sommet, prendre le large, parcourir ensemble le chemin des vertus.
8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les Évêques d'Espagne
J’ai eu l’idée de vous proposer l’image d’un voyage dont la destination est Dieu, vers qui nous levons les yeux. C’est un voyage sui generis, car nous ne nous déplaçons pas réellement physiquement, mais c’est un voyage dans lequel nous voulons laisser notre cœur s’envoler.
Une tentation lors des voyages est de nous focaliser sur ce que nous laissons derrière nous, les lieux, les choses, les formes, sans nous ouvrir, dans la docilité à l’Esprit, à la nouveauté de ce que nous rencontrons. À cette tentation s’ajoute celle des bagages que, pour des raisons similaires, nous remplissons d’objets inutiles qui finissent par devenir un fardeau. D’autre part, il ne faut pas non plus oublier ce que nous apprennent les vicissitudes de tant d’émigrants : une personne seule, sans racines et sans ressources, est quelqu’un qui souffre terriblement et qui a beaucoup de mal à établir des liens solides là où elle arrive.
Ainsi, dans cette première phase de notre périple, notre réponse à la question de savoir comment relever ce défi que nous nous sommes fixé doit allier avec prudence liberté et courage, afin d’abandonner les structures qui ne nous aident pas, qui ne répondent pas à nos attentes, voire qui nous éloignent de notre but, tout en conservant comme un trésor ce qui nous aide à l’atteindre. Comment ne pas évoquer ici l’immense patrimoine chrétien de votre terre, l’immense capacité de rassemblement que cette richesse nous procure : par sa beauté qui touche même le non-croyant, ou par les liens d’appartenance qu’elle a su tisser dans l’identité spirituelle de chaque recoin de ce peuple bien-aimé, et qui demeurent présents même dans les moments où sa foi vacille. Un immense défi, certes, auquel nous sommes appelés à répondre avec courage, afin que ce patrimoine produise les fruits dont il est capable.
Un autre trésor que nous ne pouvons oublier dans notre sac est le viatique du pèlerin. Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie nous est encore plus nécessaire que la nourriture matérielle, car il nous ouvre le chemin du salut. Il ne s’agit pas de savoir comment rendre la célébration plus ou moins attrayante, mais de sentir que, si nous faisons partie de Lui, son absence nous cause un malaise que l’on peut comparer à la faim physique. La vie sacramentelle rythme notre existence comme celle d’un enfant qui reçoit la nourriture de sa mère, comme celle d’un sportif qui dose ses forces pour atteindre la ligne d’arrivée.
Par ailleurs, lorsqu’on voyage, nous avons souvent beaucoup de mal à communiquer avec les autres. Que ce soit en raison des différences de langue et de culture, de la méfiance face à l’inconnu, ou encore des querelles et des malentendus qui peuvent survenir même entre des personnes proches, nous nous sentons limités lorsqu’il s’agit de nous exprimer ou de comprendre notre interlocuteur. C’est une expérience que nous pouvons transposer à l’annonce de l’Évangile, à l’accueil de l’autre, à la capacité de répondre aux interrogations du monde qui nous entoure ou à la nécessité de susciter la coresponsabilité des membres de la communauté dans nos actions pastorales. Si nous avons dit précédemment que nous devons abandonner tout ce qui nous freine et nous éloigne, le mot d’ordre doit désormais être que notre patrimoine soit toujours un instrument et une occasion de dialogue avec ceux que nous rencontrons sur notre chemin.
Comme c’est le cas pour les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques, notre voyage peut nous faire traverser ces immenses plaines castillanes, vides à nos yeux. Les rares rencontres de ces pèlerins avec quelques personnes âgées ou des travailleurs étrangers peuvent être une métaphore de nombreuses situations sociales que l’on perçoit malheureusement dans certaines de vos réalités ecclésiales. Ce n’est pas la première fois que l’Espagne est confrontée à une situation analogue : dans le passé, par exemple, lorsque l’Église a dû reconstruire sa présence sur les franges de terre brûlée, des modèles d’évangélisation ont vu le jour qui ont ensuite été exportés vers l’Amérique et qui peuvent nous aider ici dans notre mission.
Comme à l’époque, nous sommes appelés à construire une nouvelle réalité, à travers un dialogue respectueux et l’utilisation de nouveaux langages, comme l’a fait le célèbre saint alfaqui de Grenade, frère Hernando de Talavera, et comme l’a répété plus tard en Amérique saint Toribio de Mogrovejo, dont nous célébrons le troisième centenaire de la canonisation, en le présentant précisément comme un modèle d’évêque en sortie en cette période de mission et de réorganisation ecclésiale. Même si les langages de cette ère numérique sont différents et que les cultures qui composent aujourd’hui la mosaïque de nos réalités, avec des migrants venus des quatre coins du monde, ont également changé, l’esprit doit rester le même.
Quels sont les points essentiels de cet esprit ? Le premier concerne la capacité à communiquer, à dialoguer avec chaque réalité présente sur notre territoire, à s’abaisser non seulement pour comprendre, mais aussi pour partager. Ce n’est qu’en mettant en commun tout ce qu’il y a de bon dans notre propre patrimoine, chacun apportant sa pierre à l’édifice, que nous pourrons construire une réalité nouvelle dans laquelle la foi pourra s’enraciner profondément. Pour cela, il faut logiquement commencer par apprendre le langage de l’autre, initier des processus et tisser des liens où semer la graine du Royaume. Le deuxième est l’appel à créer des réalités capables elles-mêmes de communiquer leur propre expérience de foi. Capables de porter — comme l’a fait Toribio — l’expérience de Grenade en Amérique, c’est-à-dire de mettre dans nos bagages les ressources qui nous permettront d’affronter avec franchise les défis toujours nouveaux de l’évangélisation en toute circonstance.
Après les plaines désertes, nous trouverons aussi de grandes villes, où le silence et l’éloignement ne sont pas spatiaux mais intimes. Les réponses seront différentes, mais les processus pour y parvenir, analogues : écoute, compréhension, respect, générosité et franchise.
Les pèlerins partent souvent de nuit et, bien souvent, cette obscurité initiale du chemin peut les effrayer. Nous pourrions évoquer l’hymne des vêpres, La noche es tiempo de salvación (La nuit est temps de salut), pour dire que, si nous sommes en bonne compagnie, les difficultés du chemin et le risque de s’égarer s’amenuisent. C’est le Seigneur qui nous guide, c’est Lui le maître de l’histoire et de chacune de nos histoires, c’est Lui qui détermine les temps. Nous marchons à sa suite, mieux encore, nous marchons avec Lui comme les membres d’un seul corps. Ce lien profond exige de l’Église, en cette période de polarisations et d’oppositions de plus en plus dures, un témoignage d’unité dans la pluralité : une communion capable d’accueillir la richesse des dons, des charismes, des sensibilités que l’Esprit Saint suscite au sein du Peuple de Dieu. L’image du Christ se reconnaît dans la mosaïque vivante de l’Église, où de nombreuses tesselles, sans se confondre, convergent pour manifester la beauté de l’unique Seigneur.
Dans cette tâche, le ministère de l’évêque assume une responsabilité particulière. Nous sommes appelés à être un principe visible de communion, en premier lieu de la communion avec le Christ, en gardant avec amour la foi reçue, dans la docilité à la Parole de Dieu et à la Tradition vivante de l’Église ; ensuite, dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle, avec le presbyterium et avec la communauté diocésaine elle-même, avec la vie consacrée, avec les mouvements, avec les associations et avec chaque charisme authentique que l’Esprit donne pour l’édification commune. Votre mission vous demande de garder l’unité, de favoriser le dialogue, de guérir les fractures et d’accompagner le chemin du peuple confié à vos soins.
La communion ainsi vécue possède également une force missionnaire. Une Église réconciliée en son sein peut s’adresser avec plus de liberté à ses frères d’autres confessions chrétiennes et d’autres religions, à ceux qui ne croient pas, aux autorités civiles et à tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent pour le bien commun.
Cet appel à être signe de communion dans le Christ, en marchant dans l’unité et en tendant la main au frère que nous rencontrons, nous place face à un autre défi qui touche aujourd’hui le cœur de beaucoup : la difficulté d’assumer des engagements définitifs et de prendre des décisions vitales profondes. Chez tant de jeunes, et pas seulement chez eux, la question : “À qui suis-je destiné ?” résonne comme une recherche sincère de sens, d’appartenance et de don. Le cœur humain ne se comble pas en accumulant des expériences, des possibilités ou des certitudes provisoires. Il se comble lorsqu’il découvre un appel, lorsqu’il comprend que la vie n’atteint sa plénitude que si elle est donnée.
C’est pourquoi la pastorale vocationnelle ne peut se réduire à une simple recherche de chiffres. Elle naît de communautés vivantes, de prêtres heureux, de familles capables de témoigner de la beauté de la fidélité, d’une Église qui sait montrer avec simplicité que suivre le Christ n’appauvrit pas l’existence, mais l’enrichit. Là où l’Évangile est vécu dans la joie, le service et la communion, l’appel du Seigneur peut lui aussi être à nouveau entendu comme une promesse de vie.
Nous avons déjà évoqué les bagages trop chargés, et les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques savent bien qu’il ne faut emporter dans son sac à dos que l’essentiel. Comme l’a proposé à maintes reprises le Pape François, dans le contexte vocationnel actuel, il faut affirmer que la préservation des structures ne peut prévaloir sur le bien de la vocation. Les séminaristes ont droit à la meilleure formation possible et l’Église, quant à elle, a droit à des prêtres bien formés. Pour que les séminaires soient de véritables maisons de formation, il faut qu’ils garantissent une expérience adéquate de la vie communautaire ; qu’ils disposent de formateurs entièrement consacrés à l’étude et à l’enseignement, ayant une expérience de l’accompagnement spirituel ; et qu’ils soient dotés de centres supérieurs de théologie équipés des moyens nécessaires pour remplir leur mission. Pour cela, il est indispensable, outre d’unir nos forces, d’apprendre à travailler ensemble pour relever ces défis.
Dans ce domaine, les difficultés peuvent être vécues comme des opportunités. Il nous est parfois difficile de présenter la vocation des laïcs et leur intégration dans ce cheminement de vie que nous accomplissons en tant qu’Église. D’autre part, nous constatons que dans de nombreuses œuvres, traditionnellement gérées par des religieux, on fait appel à des collaborateurs laïcs pour pouvoir mener à bien la mission. C’est une difficulté que nous pouvons transformer en occasion de rencontre, de dialogue et de communication. Il dépend de nous que ces laïcs perçoivent leur participation à ce service ecclésial comme un appel que Dieu leur adresse pour qu’ils assument leur responsabilité de chrétiens, en s’imprégnant de l’esprit, en se sentant partie prenante de la mission que le Seigneur a confiée aux religieux qui l’ont mise en place.
Comme vous le voyez, notre chemin est fait de rencontres, parmi lesquelles ne manqueront pas les personnes qui traversent des moments d’obscurité et qui nous demandent de devenir pour elles des samaritains. L’une des situations les plus douloureuses concerne ceux qui ont été blessés précisément par qui devaient prendre soin d’eux, y compris par des membres du clergé. Face à ce fléau, la communauté ecclésiale est appelée à répondre par l’écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé en faveur de la prévention et d’une culture de la bienveillance. Chaque personne blessée doit pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables chemins de guérison.
Cette même logique s’applique également aux défis d’un monde sécularisé. Beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps ne rejettent pas simplement Dieu ; souvent, ils portent dans leur cœur une soif profonde de sens, de vérité, d’appartenance et d’espoir, même s’ils ne savent pas comment la nommer. L’Église est appelée à reconnaître ces aspirations, à les écouter avec respect et à offrir, comme Pierre et Jean l’ont fait au paralytique près de la porte du temple, le trésor qui lui a été confié : Jésus-Christ, au nom duquel l’homme peut se lever et marcher (cf. Ac 3, 1-10). Même lorsqu’elle collabore avec d’autres institutions, religieuses ou civiles, même lorsqu’elle offre une aide matérielle, une éducation, une assistance ou une promotion humaine, l’Église ne cesse jamais d’offrir ce qui lui est propre : l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Ce message touche la société, qui n’hésite pas à manifester son appréciation pour nombre de ces œuvres. Ainsi, chaque geste de charité chrétienne qui naît de l’Évangile porte en lui une promesse plus grande encore : redonner à la personne la conviction d’être aimée.
Au cours de notre voyage, nous parcourons ce que saint Jean-Paul II a voulu appeler la « Terre de Marie ». [1] En la Très Sainte Vierge, vous avez votre première compagne de route et votre principal trésor, car elle nous montre par sa vie comment accueillir la Parole et la garder dans le cœur, comment accompagner les disciples sur ce chemin et rester présente sur la route de l’Église en tant que mère de communion et d’espérance. À elle, je confie votre ministère, afin qu’elle vous aide à être, au milieu du peuple qui vous est confié, ce levain caché dont parle l’Évangile. Petit aux yeux du monde, mais capable, lorsqu’il reste uni au Christ, de faire fermenter la pâte (cf. Mt 13, 33). La force de l’Église ne naît pas de la grandeur des moyens, mais de la sainteté de ses enfants, de la communion de ses pasteurs, de la fidélité humble et persévérante de ceux qui se laissent guider par l’Esprit.
Sur ce chemin vous accompagne aussi saint Jean d’Avila, patron du clergé espagnol, en cette année où nous commémorons le cinquième centenaire de son ordination sacerdotale. Saint Paul VI l’a défini comme « un maître de vie spirituelle bienveillant et sage, un rénovateur exemplaire de la vie ecclésiale et des mœurs chrétiennes » et, en même temps, « un simple prêtre ». [2] En ce saint docteur, l’Église reconnaît la vie sacerdotale que chaque évêque est appelé à préserver et à faire grandir au sein de son propre presbyterium.
En le regardant, je pense à ceux qui sont les plus proches compagnons des évêques dans ce cheminement, à ces “simples prêtres” au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Notre cheminement avec eux devrait transmettre la valeur de cette essence : être des prêtres épris du Christ, enracinés dans la prière, fidèles à l’Église, proches du peuple et capables d’allier une doctrine solide, un zèle apostolique et une charité pastorale. Des prêtres qui trouvent dans l’évêque non seulement une autorité reconnue, mais un père qui les accompagne ; et dans les autres prêtres, des frères avec lesquels partager les fatigues et les joies de ce pèlerinage riche en rencontres, au cours duquel nous cherchons tous le Christ.
Concluons ce pèlerinage spirituel par une prière du saint docteur qui nous rappelle que tout renouveau ecclésial naît d’un cœur configuré au Christ : « Si tu me commandes, Seigneur, de faire ce que tu as fait, donne-moi ton cœur » (Sermon 57, 20). Que telle soit aussi notre supplication : Seigneur, donne-nous ton cœur, un cœur capable de lever les yeux vers toi, de se mettre en route, d’écouter, de discerner, de servir, de corriger avec charité, d’écouter avec patience et d’annoncer avec joie. Car l’Église qui reçoit le cœur du Christ porte en elle la colonne de feu qui la guide, la soutient, la défend et la réconforte, le bagage nécessaire pour affronter n’importe quel défi.
Que Dieu vous bénisse. Merci beaucoup.
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[1]Homélie lors de la célébration de la Parole et de l’Acte marial national, Saragosse, 6 novembre 1982, 1.
[2]Homélie lors de la canonisation du bienheureux Jean d’Avila, 31 mai 1970.
8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec la communauté diocésaine au stade « Santiago Bernabéu », Espagne
Que rien ne vous trouble, que rien ne vous effraie ! Ayez confiance dans le fait de plus en plus évident qu’on peut revenir à la foi ou la découvrir pour la première fois à l’âge adulte. Préparez-vous à accueillir les nouveaux « commençants » non pas comme une exception, mais comme la règle de la mission.
L’investissement dans les conseils paroissiaux et diocésains n’a pas d’autre objectif que celui-ci : modifier la sensibilité de chacun grâce à une écoute plus profonde de ce que l’Esprit dit à l’Église. Il serait dommage de les réduire à de simples formalités bureaucratiques. Ce sont des espaces d’écoute réciproque pour l’exercice du discernement, sans lequel non seulement chacun suit son propre chemin, si bien que nous courons le risque de ne pas comprendre où le Seigneur nous veut, ce qu’Il attend de nous, à quelles conversions Il nous appelle. Lorsque nous prenons soin de ces espaces, alors le culte se transforme en vie et des liens de fraternité ainsi que des projets de solidarité entre les personnes apparaissent.
J’invite les prêtres à envisager la pratique du discernement communautaire comme l’une des plus grandes opportunités que la synodalité offre à leur ministère. Chers frères, sans vous éloigner de l’essentiel, le fait de vous arrêter régulièrement avec votre peuple pour interpréter la vie des quartiers, les changements culturels, les tensions sociales et les pratiques ecclésiales à la lumière de l’Évangile enrichira et consolera votre ministère. Cela aidera également chacun comme chaque communauté à sortir de l’isolement et à faire l’expérience de la joie de l’Esprit Saint. En effet, quand nous réduisons la vie ecclésiale à une routine dans laquelle chacun reste enfermé dans ses habitudes ou dans son rôle, ce qui nous manque, c’est l’Esprit. Celui-ci suscite des vocations et les unit, provoquant parfois agitation, discussion, recherche de nouveaux équilibres. Ne vous effrayez pas de tout cela, mais profitez-en.
11 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et religieuses, les séminaristes et les agents pastoraux, Cathédrale Sainte-Anne (Palmas de Gran Canaria), Espagne
Chers frères évêques,
chers prêtres,
religieux et religieuses,
frères et sœurs, tous, en Jésus-Christ,
C’est une grande joie pour moi de pouvoir partager cette rencontre avec vous. Merci pour cet accueil chaleureux, pour votre présence affable et vos témoignages, qui sont le reflet d’une Église vivante, au cœur de laquelle résonnent «les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, surtout des pauvres et de tous ceux qui souffrent» (Gaudium et spes, n. 1).
Je viens sur ces îles comme Père et frère dans la foi: “avec vous, je suis chrétien et pour vous, évêque” (cf. Première bénédiction Urbi et Orbi, 8 mai 2025). Chacun de nous a reçu divers dons et ministères pour l’édification du corps du Christ, comme nous l’avons entendu dans la lecture de la Lettre aux Éphésiens. Et tel est l’appel du Seigneur qui, aujourd’hui, résonne à nouveau dans nos cœurs et confirme notre vocation et notre mission: construire ensemble l’Église en nous fondant sur le Christ, la “pierre angulaire” (cf. 1 P 2, 6-8), édifier dans le bien, harmoniser nos différences et travailler de concert pour le bien de tous (cf. Magnifica humanitas, nn. 11-14).
Je voudrais que nous réfléchissions ensemble à deux attitudes de notre vie chrétienne que nous devons garder à l’esprit pour être des “architectes avisés” dans la construction de la civilisation de l’amour (cf. ibid., n. 236).
Vous, Canariens de souche ou d’adoption, Peuple de Dieu en pèlerinage sur des terres bordées par l’Atlantique, vous avez le privilège de jouir chaque jour de la présence majestueuse de la mer. Il se dit que dans les yeux d’un insulaire, cette image — qui a le goût de la patrie et du foyer — reste gravée de manière indélébile dans ses pupilles, et qu’elle nous manque cruellement lorsque nous sommes loin, “à l’intérieur des terres”. Ce sentiment correspond à une saine nostalgie de l’immensité, du ciel et de la mer ouverts qui s’étendent à l’horizon, sans limites ni frontières; et à un cœur sensible, prêt à dire adieu la larme à l’oeil à ceux qui partent et à accueillir à bras ouverts ceux qui arrivent. Dans ce sens, la mer parfois peut être aussi synonyme de distance et de séparation, de défi et de chemin à parcourir.
À ce propos, saint Augustin nous dit : «Ainsi en est-il de celui qui voit de loin sa patrie, mais qui en est séparé par la mer ; il a beau voir le but où il doit diriger ses pas, les moyens lui manquent pour s'y transporter. Pareillement nous voulons parvenir à cette patrie permanente […] Entre elle et nous s'étend la mer du siècle présent […] Afin de nous procurer le moyen d'y parvenir, celui-là est venu vers qui nous voulions aller. Et qu'a-t-il fait ? Il a préparé un navire sur lequel nous pourrons traverser la mer. Personne, en effet, ne peut traverser la mer de ce siècle, à moins que la croix de Jésus-Christ ne le porte» (Commentaire sur l’Évangile de saint Jean, 2, 2). Telle est la première attitude qui nous guide pour naviguer sur les eaux de la vie et atteindre notre destination, la patrie céleste : embrasser la croix du Christ.
Chers frères et sœurs, les saints ont éprouvé la nostalgie de Dieu et, devant affronter les tempêtes de l’existence, ils ont su emmener Jésus dans leurs barques, mis leur confiance en Lui, embrassé la croix et ainsi apaisé les vagues de l’incertitude et de la peur (cf. Mt 8, 23-27). Un exemple, parmi tant d’autres, sur ces terres bénies est le vénérable Antonio Vicente González, prêtre diocésain, également connu sous le nom de “bon pasteur des Canaries”. Sa vie, transfigurée par la grâce divine, nous incite à porter la croix du Christ et à le suivre (cf. Mt 16, 24), en étant de fidèles témoins de l’Évangile en cette nouvelle ère de l’histoire, non exempte de turbulences et de contradictions, pour ainsi atteindre le but promis (cf. Jn 12, 32).
La première “ligne de conduite”, par conséquent, est d’embrasser la croix du Christ ; et vous le faites quotidiennement, par exemple, en tant que Cyrénéens, en accompagnant et en aidant à porter les fardeaux de tant de frères et sœurs crucifiés par les drames de la vie. Je vous remercie pour cette généreuse oeuvre de charité et de miséricorde.
Je voudrais souligner en outre une autre attitude : cultiver une spiritualité eucharistique. Cela est lié à l’ancienne tradition qui se perpétue dans cette belle cathédrale : la pluie de pétales de fleurs devant le Saint-Sacrement qui a lieu le jour de l’Ascension, en signe des biens spirituels et célestes que le Seigneur répand en montant au ciel. Ce geste de dévotion, pratiqué par tant de générations au fil du temps, revêt une signification profonde : dans notre pèlerinage, le but est la rencontre avec le Christ ; il est le centre de la vie chrétienne, vers qui nous nous inclinons en adoration, autour de qui nous nous réunissons pour former un seul corps et avec qui nous nous offrons en «sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu» (Rm 12, 1).
Le Concile nous le dit : les fidèles, «en participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, offrent à Dieu la Victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle. Et ainsi, […] ils manifestent de manière concrète l’unité du Peuple de Dieu» (Lumen gentium, n. 11). Par conséquent, cultiver une spiritualité eucharistique, c’est approfondir «une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour» (Magnifica humanitas, n. 234). Faisons de notre vie une réponse au désir de Jésus : «Que tous soient un […] afin que le monde croie» (Jn 17, 21).
Une manière concrète de manifester cette spiritualité de communion est la solidarité chrétienne, car «l’union avec le Christ est en même temps union avec tous ceux à qui il se donne» (Deus caritas est, n. 14). C’est pourquoi je vous encourage à continuer d’offrir à tous, à votre tour, l’amour que vous avez reçu du Seigneur (cf. 1 Jn 4, 19), amour qui se fait nourriture dans l’accueil, l’écoute, la proximité et l'attention aux plus fragiles: «Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus me voir» (Mt 25, 35-36).
Chère Église qui chemine aux Canaries, suivant les traces de sainteté de tant d’hommes et de femmes qui vous ont précédés, qui ont offert leur vie en communion avec le sacrifice du Christ sur la Croix et sur l’Autel, je vous encourage à aller de l’avant, fermement enracinés en Lui, pour continuer à naviguer avec courage en cette nouvelle ère de l’histoire. Lorsque vous rencontrerez des difficultés, levez les yeux et demandez à l’Esprit Saint la grâce de vivre unis dans la foi, l’espérance et la charité, vertus qui «sont comme trois étoiles qui brillent dans le ciel de notre vie spirituelle pour nous guider vers Dieu» (saint Jean-Paul II, Catéchèse, 22 novembre 2000).
Que la Bienheureuse Vierge Marie, Étoile de la mer, nous guide dans notre traversée, nous aide à “avancer en pleine mer” (cf. Lc 5, 1-11); qu’ainsi, nous arrivions au port sûr de la rencontre définitive avec Jésus-Christ, son Fils. Merci !
12 juin 2026 - Message du Pape Léon XIV aux prêtres, à l’occasion de la Journée pour la sanctification sacerdotale Solennité du Sacré-Cœur de Jésus.
Très chers frères prêtres,
en ce jour où l’Église contemple le Cœur transpercé de son Seigneur, d’où jaillit une source inépuisable de paix et d’unité pour tout le genre humain, j’adresse d’abord à moi-même et à vous tous les paroles que Dieu a dites au peuple d’Israël : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2 ; cf. 1 P 1, 16). Cet appel divin traverse les siècles, résonnant encore aujourd’hui avec force pour chaque croyant et, d’une manière particulièrement exigeante, pour nous, prêtres. La sainteté n’est pas une option parmi d’autres ni un idéal abstrait : elle met en jeu l’identité même de toute personne qui veut participer à la vie du Ressuscité.
La sainteté est une participation au mystère du Christ
Dieu nous invite à participer à sa propre sainteté. Lorsqu’il nous appelle à être saints parce que Lui est saint, il nous montre le chemin à suivre : nous laisser modeler selon son Cœur. Et pour nous, très chers frères, cet appel est particulièrement radical. Le Seigneur a promis : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, qui vous guideront avec science et intelligence » (Jr 3, 15). La sainteté qui nous est demandée est un abandon confiant : nous laisser transformer par son Saint-Esprit. Et pourtant, c’est précisément là qu’apparaît le grand paradoxe de notre vie sacerdotale : nous sommes appelés à participer à la sainteté même de Dieu, mais nous portons ce trésor dans des vases d’argile (cf. 2 Co 4, 7), nous sommes limités et imparfaits, souvent marqués par des faiblesses et des fatigues, parfois par des blessures. Comment un cœur humain, si vulnérable, peut-il répondre à un appel si élevé ? Le prêtre vit cette tension, mais il sait où trouver la paix : dans le côté ouvert du Seigneur Jésus.
Un chemin d’union
L’union de notre cœur avec le Cœur du Christ n’est pas une expérience réservée à quelques élus, mais un chemin sacramentel, eucharistique, qui se réalise au quotidien. Très chers frères, lors de notre ordination, nous avons été configurés au Christ, mais il convient de raviver sans cesse en nous le don de la grâce par la célébration quotidienne de l’Eucharistie, la prière, la méditation de la Parole de Dieu et le service humble envers nos frères et sœurs. Restons unis au Christ en tout : dans ce que nous faisons et dans ce qui nous arrive au quotidien. Alors la sainteté, recherchée en vain par des efforts isolés, se révélera pour ce qu’elle est : une réponse à la grâce qui nous précède, nous soutient, nous transfigure. Il n’y a pas, en effet, de séparations dans notre humanité. La prière, le ministère, les relations, la fatigue, les joies et les échecs, même le temps apparemment perdu ou l’amour qui semble gaspillé, tout devient un lieu privilégié où se révèle Dieu et son amour infini.
Le prêtre au cœur intègre, simple et pur, est contemplatif au beau milieu de l’action, miséricordieux, fidèle dans l’épreuve, joyeux dans le don de soi. Le monde a grand besoin de pasteurs qui n’offrent pas seulement des paroles ou des programmes, mais le témoignage vivant d’un cœur réconcilié, répandant le bon parfum de la sainteté du Christ. Une vie sacerdotale solide et configurée au Cœur de Jésus est un signe crédible d’unité, de paix et de miséricorde. Ainsi, en une époque marquée par les divisions et les peurs, nous pouvons être des artisans de paix, des témoins de la tendresse du Bon Pasteur, qui sait rassembler ceux qui sont dispersés et soigner ceux qui sont blessés, et notre zèle n’est pas de l’agitation, mais le débordement d’un amour qui « est extase, sortie, don, rencontre » (François, Lettre encyclique Dilexit nos, n. 28).
Le Cœur du Christ est le cœur des saints
La réponse à la vocation à la sainteté ne réside pas tant dans l’effort d’ascèse et de perfection, bien que nécessaire, mais dans l’adhésion confiante à l’amour révélé dans le Cœur transpercé de Jésus. L’apôtre Jean nous fait contempler le côté ouvert du Crucifié (cf. Jn 19, 34), dans lequel Dieu nous montre définitivement comment Il est saint : non pas dans la distance inaccessible d’une perfection séparée, mais dans un amour qui se donne jusqu’à se laisser blesser et qui peut ainsi devenir source de miséricorde et de vie. Le Sacré-Cœur de Jésus est l’icône par excellence de l’amour de Dieu : un amour tout-puissant précisément parce qu’il est capable de se rendre vulnérable, de transformer la souffrance en grâce, la douleur en espérance.
Ce Cœur béni est donc le “lieu” où la sainteté se manifeste comme proximité et tendresse. La sainteté du prêtre peut alors s’exprimer dans une proximité humble et courageuse, en étant de tous et pour tous, en gardant ouverte la porte de l’enclos afin que beaucoup puissent entrer et trouver pâturage et repos (cf. Jn 10, 9). C’est pourquoi il nous est demandé une relation avec Dieu qui ne nous éloigne pas des hommes, mais qui nous rende proches de tous, qui façonne en nous des cœurs patients, tendres, capables de proximité, de compassion et d’écoute. Ainsi, l’union de notre cœur imparfait avec le Cœur transpercé de Jésus, réalise notre chemin de sainteté. Ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous (cf. Gal 2, 20). Une telle sainteté ne se vit pas tout seul. Prenez soin de la fraternité sacerdotale : recherchez-vous, écoutez-vous, soutenez-vous. Le prêtre qui s’isole s’éteint peu à peu ; le prêtre qui marche avec ses frères grandit. Saint Augustin nous le rappelle encore : « Comment ne pas nous retrouver dans les ténèbres ? En aimant nos frères. Quelle est la preuve que nous aimons nos frères ? Celle-ci : que nous ne rompions pas l’unité et que nous observions la charité » (In Epist. Io. ad Parthos II, 3).
Très chers prêtres, renouvelez chaque jour votre “me voici” devant le Cœur transpercé du Christ. Abandonnez-vous totalement à Lui, afin de pouvoir aimer son peuple de l’amour même dont Il l’aime. Et rappelez-vous avec joie, comme aimait à le répéter le Saint Curé d’Ars, que « le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus » (cf. Benoît XVI, Lettre pour la proclamation de l’Année sacerdotale [16 juin 2009], 569). Cet amour est le gage et la garantie que rien de nous ne sera perdu, si tout de nous est remis et offert. Je vous confie tous et chacun à la Vierge Marie, Mère des prêtres. Elle qui a gardé dans son cœur le mystère de son Fils, qu’elle nous enseigne à garder et à faire battre en nous le Cœur du Christ, Sauveur du monde.
12 juin 2026, solennité du Sacré-Cœur de Jésus.
LÉON PP. XIV
20 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Célébration de la Parole et vénération des reliques de saint Augustin, à Pavie - Italie
L’essentiel est de vivre avec le Christ, et ce qui doit nous tenir à cœur est la diffusion de son Évangile.
Je le recommande particulièrement aux prêtres, qui peuvent parfois souffrir d’un sentiment de dispersion intérieure ou de fatigue devant la multitude des tâches : revenez toujours au centre, unifiez tout dans votre relation avec le Seigneur, et découvrez en lui la joie de la fraternité sacerdotale et du travail pastoral partagé avec les laïcs.
22 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la Communauté Ecclésiale, lors de sa Visite à Saint Marin
Je voudrais exprimer une profonde reconnaissance également aux prêtres, aux catéchistes et à tous les éducateurs qui, à travers différents parcours et différentes propositions, œuvrent pour la croissance humaine et chrétienne des jeunes.
Votre travail, très chers amis, est un travail caché mais très important. C’est un service humble et précieux, car il vient en aide aux parents, premiers responsables de l’éducation à la foi de leurs enfants.
La famille, en effet, est le premier lieu de formation à la foi, le sein naturel où, dès l’enfance, l’Évangile s’apprend et se respire quotidiennement.
3 septembre 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux Séminaristes du Séminaire pontifical régional des Pouilles « Pie XI » de Molfetta et du Séminaire épiscopal d’Aversa
Vous venez de deux chemins différents et de deux terres différentes, mais cette année, vos maisons célèbrent ensemble un anniversaire. À Molfetta, vous commémorez le premier centenaire du nouveau siège, voulu par le pape Pie XI, dont votre séminaire porte le nom, tandis qu’à Aversa vous célébrez le tricentenaire de l’ouverture du siège actuel.
En vous rencontrant, je tiens à souligner une dimension de votre parcours de formation : celle de la relation avec Celui qui vous a appelés. L’étude, la discipline, les différentes étapes du chemin sont des éléments importants qu’il faut toujours garder présents à l’esprit, mais ils n’ont de valeur que s’ils sont fondés sur la relation avec Dieu.
Saint Marc, dans son Évangile, raconte que Jésus « gravit la montagne, puis il appela ceux qu’il voulait, et ils vinrent auprès de lui. Il en institua Douze – qu’il appela Apôtres – pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer » (Mc 3, 13-14).
Dans ces quelques paroles, tout est déjà là. En nous arrêtant sur ce bref passage, nous pouvons y discerner une admirable synthèse de l’expérience valable pour tout appelé, pour tous ceux qui désirent approfondir la vérité de leur vocation.
Il y a la montagne qu’il faut gravir, là où rejoindre le Christ et, surtout, là où demeurer avec Lui. Le cœur de l’expérience du séminaire est tout entier ici : apprendre à demeurer avec le Maître, le Seigneur Jésus.
L’évangéliste rapporte que le Seigneur « appela ceux qu’il voulait », et il met immédiatement en évidence la liberté de Dieu, d’où jaillit toute vocation.
Il n’y a pas de concours, il n’y a pas de classement, et il n’est pas écrit qu’il choisit les meilleurs : il choisit ceux qu’il voulait.
Dans un monde qui s’agite tant pour célébrer l’accomplissement personnel, il est vraiment important de réaffirmer qu’aucun d’entre vous, et aucun de nous, n’est ici parce qu’il l’a mérité, mais uniquement en vertu d’un libre choix de Dieu le Père, signe et gage d’un amour gratuit qui nous précède toujours et qui ne déçoit jamais.
Très chers séminaristes, votre présence même au séminaire est un signe d’espérance pour toute l’Église. Non pas d’un optimisme vague, mais de la certitude que le Seigneur appelle toujours, à chaque époque de l’histoire et en tout lieu.
En regardant chacun de vous, je contemple la merveille de Dieu qui ne se lasse jamais de murmurer au cœur des jeunes la beauté de donner sa vie pour Lui et pour l’Église.
Toute vocation naît d’un dialogue intime avec Dieu, cultivé dans le silence et dans la prière, qui se déroule souvent « malgré le bruit parfois assourdissant du monde » (Léon XIV, Message pour la LXIIIe Journée mondiale de prière pour les vocations, 16 mars 2026).
C’est là que tout se décide, et pour que ce dialogue puisse avoir lieu, il faut apprendre à demeurer avec Lui.
Vous avez de nombreux exemples, mais je crois que, pour vous tous, le vénérable évêque Don Tonino Bello montre avec une particulière clarté ce que signifie être prêtre et être évêque : non pas seulement par des paroles, mais par chacun de ses gestes et chacune de ses décisions, en en témoignant jusqu’au bout.
C’est pourquoi le temps du séminaire demeure nécessaire, aujourd’hui pas moins qu’hier.
Dans un monde pressé, qui regarde avec suspicion toute halte prolongée, on pourrait penser que le séminaire est un luxe ou une institution dépassée, mais il n’en est rien.
Précisément parce que notre époque est rapide et bruyante, il faut un lieu et une période de la vie où l’on apprenne à demeurer, à discerner, à se laisser former sans prendre de raccourcis.
Le séminaire n’est pas un report de la mission, mais il en est la condition. Qu’on ne le sous-estime pas.
Après avoir entendu la voix du Seigneur, il faut en effet le rejoindre et gravir la montagne. Cela peut parfois être éprouvant, car on monte à pied, parfois le souffle court, sans encore apercevoir le sommet.
La fatigue de la vie spirituelle est cependant soutenue par la beauté de la fraternité et du partage de la mission.
En effet, sur la montagne, Jésus n’appelle pas un seul homme, mais il en appelle douze, aux personnalités les plus diverses et parfois même improbables à nos yeux.
Le Seigneur les rassemble, les garde les uns près des autres, afin qu’ils apprennent que l’Église se vit ensemble : elle n’est la propriété d’aucun d’entre nous, et nous sommes tous appelés à l’aimer et à la servir comme un seul corps.
Vous qui venez de Molfetta, vous en faites particulièrement l’expérience, puisque, dans le séminaire régional, la communion entre les Églises des Pouilles n’est pas un idéal abstrait, mais une amitié concrète qui naît au cours de ces années et qui vous accompagnera durant toute votre vie de prêtres.
Car, de même que « nul pasteur n’existe seul » (Léon XIV, Lettre apostolique Une fidélité qui engendre l’avenir, 8 décembre 2025, n° 15), de même aucun séminariste ne peut concevoir un chemin privé avec le Seigneur : il doit toujours percevoir et expérimenter la beauté de la médiation ecclésiale.
Le séminaire, donc, avant même d’être un lieu où l’on acquiert des connaissances, « devrait être une école des affections » (ibid., n° 12).
Et à vous, chers formateurs, je demande d’être les premiers maîtres de cette attention et de cette fraternité qui se manifestent dans des relations authentiques, personnelles et communautaires, faites de vérité et de charité.
On ne s’improvise pas formateur : le vôtre est un ministère extrêmement délicat, auquel on se prépare avec compétence, patience et amour.
Il reste ensuite la dernière étape : celle où l’on redescend de la montagne, car la montagne n’est pas un refuge.
Jésus ne conduit pas les Douze en hauteur pour les mettre à l’abri, mais afin qu’après avoir fait l’expérience de Dieu, ils puissent être envoyés communiquer au monde cette nouveauté de vie.
Vous serez donc appelés à redescendre de la montagne, pour être envoyés vers les habitants de vos terres : vers ces familles qui peinent à avancer, vers ces jeunes qui, à vingt ans, font leurs valises pour chercher du travail, vers les personnes âgées seules, vers les exclus, vers ceux qui ont perdu le sens de l’existence.
Le prêtre est envoyé vers tous afin d’annoncer à tous la beauté de la foi en Jésus-Christ, la Bonne Nouvelle de notre salut.
C’est le salut qui nous a été donné par l’intermédiaire de Marie.
Confiez-vous à Elle, comme à Celle qui, la première, a accompli ce qui vous est aujourd’hui demandé.
Demandez à Marie la grâce d’apprendre à dire chaque jour votre « oui » au Seigneur Jésus.
Très chers séminaristes, avant de nous quitter, je veux vous dire merci.
Merci, au nom de l’Église, pour le « oui » que vous avez prononcé et que, chaque jour, vous prononcez de nouveau : ce n’est ni facile ni évident dans le monde d’aujourd’hui, et l’Église le sait bien.
Je désire également adresser un remerciement particulier aux familles présentes ici.
Une vocation ne naît jamais sans un contexte favorable, et elle a souvent besoin d’une maison, de parents qui prient et qui savent laisser partir.
À vous, chères familles, ma reconnaissance et celle de toute l’Église.
Je salue et je bénis les diacres qui seront ordonnés prêtres dans quelques jours : je vous porte dans ma prière personnelle, afin que vous soyez toujours des disciples fidèles, joyeux et courageux du Seigneur.
Nous prierons tous pour vous.
Je vous bénis tous de tout cœur, avec vos Évêques, vos formateurs, vos familles et les communautés qui vous attendent et qui prient déjà pour vous.