Léon XIV et la liberté - Liberté intérieure

Publié le 2026-09-16

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Liberté

Liberté intérieure

 

2025

 

 

 

 

 

16 mai 2025 – Discours de Léon XIV aux membres du Corps Diplomatiques accrédités près le Saint-Siège

     Le premier mot est paix. Trop souvent, nous considérons ce mot comme “négatif”, c’est-à-dire comme la simple absence de guerre et de conflit, car l’opposition fait partie de la nature humaine et nous accompagne toujours, nous poussant trop souvent à vivre dans un “état de conflit” permanent : à la maison, au travail, dans la société. La paix semble alors n’être qu’une simple trêve, une pause entre deux conflits, car, malgré tous nos efforts, les tensions sont toujours présentes, un peu comme des braises qui couvent sous la cendre, prêtes à se rallumer à tout moment.

     Dans la perspective chrétienne – comme dans d’autres expériences religieuses – la paix est avant tout un don le premier don du Christ : « Je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Elle est cependant un don actif, engageant, qui concerne et implique chacun de nous, indépendamment de notre origine culturelle et de notre appartenance religieuse, et qui exige avant tout un travail sur soi-même. La paix se construit dans le cœur et à partir du cœur, en déracinant l’orgueil et les revendications, et en mesurant son langage, car on peut blesser et tuer aussi par des mots, pas seulement par des armes.

     Dans cette optique, je considère que la contribution que les religions et le dialogue interreligieux peuvent apporter pour favoriser des contextes de paix est fondamentale. Cela exige naturellement le plein respect de la liberté religieuse dans chaque pays, car l’expérience religieuse est une dimension fondamentale de la personne humaine, sans laquelle il est difficile, voire impossible, d’accomplir cette purification du cœur nécessaire pour construire des relations de paix.

 

 

17 mai 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice

   Léon XIII — qui a vécu à une époque de transformations historiques majeures et bouleversantes — s’était donné pour objectif de contribuer à la paix en stimulant le dialogue social entre le capital et le travail, entre les technologies et l’intelligence humaine, entre les différentes cultures politiques, entre les nations

      …, la Doctrine sociale de l’Eglise est appelée à fournir des clés de lecture permettant d’établir un dialogue entre la science et la conscience, apportant ainsi une contribution fondamentale à la connaissance, à l’espérance et à la paix.

     La Doctrine sociale, en effet, nous enseigne à reconnaître que la manière dont nous abordons les problèmes est plus importante que les problèmes eux-mêmes ou que les solutions que nous leur trouvons : avec des critères d’évaluation, des principes éthiques et l’ouverture à la grâce de Dieu.

     La Doctrine sociale de l’Eglise, avec son regard anthropologique propre, vise à favoriser un véritable accès aux questions sociales : elle ne prétend pas détenir la vérité absolue, ni en matière d’analyse des problèmes, ni en ce qui concerne leur résolution. Au sujet de ces questions, il est plus important de savoir se rapprocher humblement plutôt que de fournir une réponse rapide sur la raison pour laquelle une chose s’est produite ou sur la façon dont la dépasser. L’objectif est d’apprendre à affronter les problèmes, qui sont toujours différents, car chaque génération est nouvelle, avec de nouveaux défis, de nouveaux rêves, de nouvelles interrogations.

     Nous avons ici un aspect fondamental pour construire une «culture de la rencontre» à travers le dialogue et l’amitié sociale. Pour la sensibilité de nombre de nos contemporains, les mots dialogue et doctrine paraissent opposés, incompatibles. Peut-être qu’en entendant le mot doctrine, nous pensons immédiatement à la définition classique: un ensemble d’idées propres à une religion. Et cette définition nous donne le sentiment de manquer de liberté pour réfléchir, remettre en question, chercher des alternatives.

     Il est donc urgent de montrer, à travers la Doctrine sociale de l’Eglise, qu’il existe un autre sens — prometteur — au mot doctrine, sans lequel même le dialogue devient vide. Ses synonymes peuvent être «science», «discipline» ou «savoir». Ainsi comprise, chaque doctrine est le fruit d’une recherche et donc d’hypothèses, de voix diverses, d’avancées et d’échecs, à travers lesquels elle tente de transmettre un savoir fiable, structuré et systématique sur un sujet donné. Ainsi, une doctrine n’équivaut pas à une opinion, mais devient un chemin commun, choral et même interdisciplinaire vers la vérité.

     L’endoctrinement est immoral, il empêche le jugement critique, porte atteinte à la liberté sacrée du respect de la conscience — même erronée —, et se ferme à de nouvelles réflexions parce qu’il rejette le mouvement, le changement ou l’évolution des idées face à de nouveaux problèmes. A l’inverse, la doctrine, entendue comme une réflexion sérieuse, paisible et rigoureuse, veut d’abord nous enseigner à nous approcher des situations, et avant tout, des personnes. De plus, elle nous aide à formuler un jugement prudentiel. Ce sont la rigueur, le sérieux et la sérénité que nous devons tirer de toute doctrine, même de la Doctrine sociale.

     Dans le contexte de la révolution numérique en cours, la mission d’éduquer au sens critique doit être redécouverte, expliquée et cultivée, en résistant aux tentations contraires qui peuvent même affecter le corps ecclésial. Il y a peu de dialogue autour de nous, et les paroles criées dominent, souvent accompagnées de fausses informations et de thèses irrationnelles proférées par quelques puissants. D’où l’importance primordiale de l’approfondissement, de l’étude, mais aussi de la rencontre et de l’écoute des pauvres, trésor de l’Eglise et de l’humanité, porteurs de points de vue marginalisés, mais indispensables pour voir le monde avec les yeux de Dieu. Ceux qui naissent et grandissent loin des centres de pouvoir ne doivent pas seulement être formés à la Doctrine sociale de l’Eglise, mais être reconnus comme des personnes qui la perpétuent et la mettent en pratique: les témoins d’engagement social, les mouvements populaires et les différentes organisations catholiques de travailleurs sont l’expression des périphéries existentielles où l’espérance résiste et germe toujours. Je vous recommande de donner la parole aux pauvres.

     Comme l’affirme le Concile Vatican II: «L’Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques» (Const. past. Gaudium et spes, n. 4).

     … Il existe aujourd’hui un besoin généralisé de justice, une demande de paternité et de maternité, un profond désir de spiritualité, surtout chez les jeunes et les marginalisés, qui ne trouvent pas toujours de moyens efficaces pour s’exprimer. Il existe une attente croissante envers la Doctrine sociale de l’Eglise à laquelle nous devons répondre.

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[1]Message aux participants à l’Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie, 3 mars 2025.

 

 

 

20 mai 2005 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa Visite au Tombeau de Saint Paul, Basilique Saint Paul Hors les Murs

     Le passage biblique que nous avons entendu est le début d’une très belle lettre adressée par saint Paul aux chrétiens de Rome, dont le message s'articule autour de trois grands thèmes : la grâce, la foi et la justice. Alors que nous confions à l'intercession de l'Apôtre des nations le début de ce nouveau pontificat, réfléchissons ensemble à son message.

     Saint Paul dit tout d'abord qu'il a reçu de Dieu la grâce de l'appel (cf. Rm 1, 5). Il reconnaît, en effet, que sa rencontre avec le Christ et son ministère sont liés à l'amour par lequel Dieu l'a précédé, l'appelant à une nouvelle existence alors qu'il était encore loin de l'Évangile et qu'il persécutait l'Église. Saint Augustin, lui aussi converti, parle de la même expérience en disant : « Que pouvons-nous choisir, si nous n'avons pas d'abord été choisis ? En effet, si nous n'avons pas d'abord été aimés, nous ne pouvons même pas aimer » (Discours 34, 2). À la racine de toute vocation, il y a Dieu : sa miséricorde, sa bonté généreuse comme celle d'une mère (cf. Is 66, 12-14) qui, naturellement, nourrit son enfant à travers son propre corps lorsqu'il est encore incapable de se nourrir seul (cf. S. Augustin, Commentaire du Ps 130, 9).

     Paul, cependant, dans le même passage, parle aussi d'« obéissance de la foi » (Rm 1, 5), et là aussi, il partage ce qu'il a vécu. En effet, le Seigneur, en lui apparaissant sur le chemin de Damas (cf. Ac 9, 1-30), ne l'a pas privé de sa liberté, mais lui a laissé la possibilité d'un choix, d'une obéissance fruit d'efforts, de luttes intérieures et extérieures, qu'il a accepté d'affronter. Le salut ne vient pas par enchantement, mais par un mystère de grâce et de foi, d'amour prévenant de Dieu et d'adhésion confiante et libre de la part de l'homme (cf. 2 Tm 1, 12).

     Alors que nous rendons grâce au Seigneur pour l'appel qui a transformé la vie de Saul, nous lui demandons de nous rendre capables de répondre de la même manière à ses invitations, en devenant témoins de l'amour « répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Nous lui demandons de savoir cultiver et diffuser sa charité, en nous rendant proches les uns des autres (cf. François, Homélie des secondes Vêpres de la solennité de la Conversion de saint Paul, 25 janvier 2024), dans la même course à l'amour qui, depuis sa rencontre avec le Christ, a poussé l'ancien persécuteur à se faire « tout à tous » (cf. 1 Co 9, 19-23) jusqu'au martyre. Ainsi, pour nous comme pour lui, dans la faiblesse de la chair se révélera la puissance de la foi en Dieu qui justifie (cf. Rm 5, 1-5).

     Depuis des siècles, cette basilique est confiée aux soins d'une communauté bénédictine. Comment ne pas rappeler, alors, en parlant de l'amour comme source et moteur de l'annonce de l'Évangile, les appels insistants de saint Benoît, dans sa Règle, à la charité fraternelle dans le monastère et à   l'hospitalité envers tous (Règle, chap. LIII ; LXIII) ?

     Mais je voudrais conclure en rappelant les paroles que, plus de mille ans après, un autre Benoît, le pape Benoît XVI, adressait aux jeunes : « Chers amis, disait-il, Dieu nous aime. C'est la grande vérité de notre vie et celle qui donne tout son sens au reste [...]. À l'origine de notre existence, il y a un projet d'amour de Dieu », et la foi nous conduit à « ouvrir notre cœur à ce mystère d'amour et à vivre comme des personnes qui se reconnaissent aimées de Dieu » (Homélie lors de la veillée de prière avec les jeunes, Madrid, 20 août 2011).

     C'est là que réside la racine, simple et unique, de toute mission, y compris la mienne, en tant que successeur de Pierre et héritier du zèle apostolique de Paul. Que le Seigneur me donne la grâce de répondre fidèlement à son appel.

 

 

31 mai 2025 – Homélie du pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 11 nouveaux prêtres, en la Basilique Saint-Pierre

      Le Christ ressuscité nous montre ses plaies; bien qu’elles soient le signe du rejet de l’humanité, il nous pardonne et nous envoie. Ne l’oublions pas! Il souffle encore aujourd’hui sur nous (cf. Jn 20, 22) et fait de nous des ministres de l’espérance. «Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair» (2 Co 5, 16): ce qui, à nos yeux, semble brisé et perdu apparaît désormais sous le signe de la réconciliation.

     «Car l’amour du Christ nous possède», chers frères et sœurs! C’est une possession qui libère et qui nous permet de ne posséder personne. Libérer, ne pas posséder. Nous appartenons à Dieu: il n’est pas de plus grande richesse à estimer et à partager. C’est la seule richesse qui, partagée, se multiplie. Et nous voulons la porter ensemble dans ce monde que Dieu a tant aimé qu’il a donné son Fils unique (cf. Jn 3, 16).

 

10 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants au Jubilé des Nonces Apostoliques (extraits)

     A travers ses représentants, qui résident dans les différents pays, le Pape participe à la vie même de ses enfants et, presque en s’intégrant dans celle-ci, il parvient à connaître leurs besoins et leurs aspirations de manière plus rapide et plus sûre…

     Je voudrais partager avec vous une image biblique qui m’est venue à l’esprit en pensant à votre mission par rapport à la mienne. Au début des Actes des Apôtres (3, 1-10), le récit de la guérison de l’infirme décrit bien le ministère de Pierre. Nous sommes à l’aube de l’expérience chrétienne et la première communauté, rassemblée autour des Apôtres, sait qu’elle ne peut compter que sur une seule réalité : Jésus, ressuscité et vivant. Un infirme, qui fait l’aumône, est assis à la porte du Temple. Cela semble être l’image d’une humanité qui a perdu espoir et s’est résignée. Aujourd'hui encore, l’Eglise rencontre souvent des hommes et des femmes qui n’ont plus de joie, que la société a marginalisés ou que la vie a, d’une certaine manière, contraints à mendier pour survivre. Voici ce que rapporte cette page des Actes: «Alors Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean, et dit : “Regarde-nous”. Il tenait son regard attaché sur eux, s’attendant à en recevoir quelque chose. Mais Pierre dit : "De l’argent et de l’or, je n'en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche !”.  Et le saisissant par la main droite, il le releva. A l’instant ses pieds et ses chevilles s’affermirent ; d’un bond il fut debout, et le voilà qui marchait. Il entra avec eux dans le Temple, marchant, gambadant et louant Dieu» (3, 4-8).

     La demande que Pierre adresse à cet homme fait réfléchir: «Regarde-nous!». Se regarder dans les yeux signifie construire une relation. Le ministère de Pierre consiste à créer des liens, des ponts ; et un représentant du Pape se tient avant tout au service de cette invitation, de ce regard dans les yeux. Soyez toujours le regard de Pierre ! Soyez des hommes capables de construire des relations là où c’est le plus difficile. Mais ce faisant, gardez la même humilité et le même réalisme que Pierre, qui sait pertinemment qu’il n’a pas la solution à tout : «Je n’ai ni or ni argent», dit-il; mais il sait tout autant qu’il a l’essentiel, c’est-à-dire le Christ, le sens le plus profond de toute existence : «Au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche !».

     Donner le Christ signifie donner de l’amour, témoigner de cette charité prête à tout. Je compte sur vous pour que, dans les pays où vous vivez, chacun sache que l’Eglise est toujours prête à tout par amour, qu’elle est toujours du côté des derniers, des pauvres, et qu’elle défendra toujours le droit sacré de croire en Dieu, de croire que cette vie n’est pas à la merci des puissances de ce monde, mais qu’elle est traversée par un sens mystérieux. Seul l’amour est digne de foi, face à la douleur des innocents, des crucifiés d’aujourd’hui, que beaucoup d’entre vous connaissent personnellement parce qu’ils servent des peuples victimes de la guerre, de violences, d’injustices, ou même de ce faux bien-être qui trompe et déçoit.

     Chers frères, soyez toujours consolés par le fait que votre service est toujours sub umbra Petri, comme il est gravé sur l’anneau que je vous offrirai. Sentez-vous toujours liés à Pierre, protégés par Pierre, envoyés par Pierre. Ce n’est que dans l’obéissance et dans une communion effective avec le Pape que votre ministère pourra être efficace pour l’édification de l’Eglise, en communion avec les évêques locaux.

     Ayez toujours un regard bénissant, car le ministère de Pierre consiste à bénir, c'est-à-dire à toujours savoir voir le bien, même le bien caché, le bien minoritaire. Sentez-vous comme des missionnaires, envoyés par le Pape pour être des instruments de communion, d’unité, au service de la dignité de la personne humaine, favorisant partout des relations sincères et constructives avec les autorités avec lesquelles vous serez appelés à coopérer. Que votre compétence soit toujours illuminée par une ferme résolution à la sainteté. Nous avons pour exemple les saints qui ont fait parti du service diplomatique du Saint-Siège, tels que saint Jean XXIII et saint Paul VI.

 

 

 

11 juin 2025 – Enseignement du Pale Léon XIV lors de l’Audience Générale

« Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » (Mc 10,49) 

     Avec cette catéchèse, je voudrais porter notre regard sur un autre aspect essentiel de la vie de Jésus, à savoir ses guérisons. Pour cela je vous invite à présenter au Cœur du Christ vos douleurs et vos fragilités, ces aspects de votre vie où vous vous sentez bloqués et immobilisés. Demandons avec confiance au Seigneur d'entendre notre cri et de nous guérir !

Le personnage qui nous accompagne dans cette réflexion nous aide à comprendre qu'il ne faut jamais abandonner l'espérance, même lorsque nous nous sentons perdus. Il s'agit de Bartimée, un aveugle et mendiant que Jésus rencontra à Jéricho (cf. Mc 10, 40-52). Le lieu est significatif : Jésus se rend à Jérusalem, mais il commence son voyage, pour ainsi dire, depuis les “enfers” de Jéricho, ville située en-dessous du niveau de la mer. Jésus, en effet par sa mort, est allé chercher cet Adam qui est tombé et qui représente chacun de nous.

     Bartimée signifie “fils de Timée” : il décrit cet homme à travers une relation, malgré cela celui-ci est dramatiquement seul. Ce nom pourrait toutefois aussi signifier “fils de l'honneur” ou “de l'admiration”, exactement le contraire de la situation dans laquelle il se trouve [1]. Et comme le nom est aussi important dans la culture hébraïque, cela signifie que Bartimée ne parvient pas à vivre ce qu'il est appelé à être.

     A la différence ensuite du grand mouvement de la foule marchant à la suite de Jésus, Bartimée est immobile. L'évangéliste dit qu'il est assis au bord de la route, il a donc besoin de quelqu'un qui le remette debout et l'aide à reprendre le chemin.

     Que pouvons-nous faire lorsque nous nous trouvons dans une situation qui semble sans issue ? Bartimée nous enseigne à faire appel aux ressources que nous portons en nous et qui font partie de nous. Il est mendiant, il sait demander, il sait même crier ! Si tu désires vraiment quelque chose, fais tout pour l'obtenir, même si les autres te réprimandent, t'humilient et te disent de laisser tomber. Si tu le désires vraiment, continue à crier !

     Le cri de Bartimée, rapporté dans l'Évangile de Marc – « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » (v. 47) – est devenu une prière très connue dans la tradition orientale, que nous pouvons également utiliser : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ».

Bartimée est aveugle, mais paradoxalement, il voit mieux que les autres et reconnaît qui est Jésus ! Devant son cri, Jésus s'arrête et le fait appeler (cf. v. 49), car il n'y a aucun cri que Dieu n'entende, même lorsque nous ne sommes pas conscients de nous adresser à lui (cf. Ex 2, 23). Il semble étrange que, devant un aveugle, Jésus ne se rende pas immédiatement auprès de lui ; mais, si nous y réfléchissons bien, c'est la manière pour réactiver la vie de Bartimée : il le pousse à se relever, fait foi en sa capacité de marcher. Cet homme peut se remettre debout, il peut ressusciter de sa situation de mort. Mais pour cela, il doit accomplir un geste très significatif : il doit jeter son manteau (cf. v. 50) !

     Pour un mendiant, le manteau est tout : c'est la sécurité, c'est la maison, c'est la défense qui le protège. Même la loi protégeait le manteau du mendiant et imposait de le lui rendre le soir, s'il avait été pris en gage (cf. Ex 22, 25). Et pourtant, bien souvent, ce qui nous bloque, ce sont précisément nos apparentes sécurités, ce que nous avons mis sur nous pour nous défendre et qui, au contraire, nous empêche de marcher. Pour aller vers Jésus et se laisser guérir, Bartimée doit s'exposer à Lui dans toute sa vulnérabilité. C'est le passage fondamental de tout cheminement vers la guérison.

     La question que Jésus lui pose semble également étrange : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (v. 51). Mais, en réalité, il n'est pas évident que nous voulions guérir de nos maladies, parfois nous préférons rester immobiles pour ne pas assumer nos responsabilités.   La réponse de Bartimée est profonde : il utilise le verbe anablepein, qui peut signifier « voir à nouveau », mais que nous pourrions également traduire par « lever le regard ». En effet, Bartimée ne veut pas seulement recouvrer la vue, il veut aussi retrouver sa dignité ! Pour lever le regard, il faut relever la tête. Parfois, les gens sont bloqués parce que la vie les a humiliés et ils ne souhaitent que retrouver leur propre valeur.

     Ce qui sauve Bartimée, et chacun de nous, c'est la foi. Jésus nous guérit pour que nous puissions devenir libres. Il n'invite pas Bartimée à le suivre, mais lui dit d'aller, de se remettre en chemin (cf. v. 52). Marc conclut cependant le récit en rapportant que Bartimée se mit à suivre Jésus : il a librement choisi de suivre celui qui est le Chemin !

     Chers frères et sœurs, portons avec confiance devant Jésus nos maladies, ainsi que celles de nos proches, portons aussi la souffrance de ceux qui se sentent perdus et ne trouvent pas d’issue. Crions aussi pour eux, et soyons certains que le Seigneur nous écoutera et se penchera sur nous.

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[1] C'est également l'interprétation donnée par Augustin dans L’accord entre les Évangiles, 2, 65, 125 : PL 34, 1138.

 

 

 

17 juin 2025 – Message du Pape Léon XIV aux participants à le 2ème Conférence annuelle sur l’IA, éthique et gouvernance d’entreprise les 19 et 20 juin

     A l’occasion de cette deuxième conférence annuelle de Rome sur l’Intelligence artificielle, j’exprime mes meilleurs vœux dans la prière à tous les participants. Votre présence témoigne du besoin urgent d’une réflexion sérieuse et d’un débat constant sur la dimension intrinsèquement éthique de l’IA, ainsi que sur sa gouvernance responsable. A cet égard, je suis heureux que le deuxième jour de la Conférence se déroule au Palais apostolique, ce qui manifeste clairement la volonté de l’Eglise de participer à ces débats qui touchent directement le présent et l’avenir de notre famille humaine.

     A côté de son extraordinaire potentiel au bénéfice de la famille humaine, le développement rapide de l’IA soulève également des questions plus profondes concernant l’utilisation appropriée de cette technologie pour édifier une société mondiale plus authentiquement juste et humaine. Dans ce sens, tout en étant sans aucun doute un produit exceptionnel du génie humain, l’IA est «avant tout un outil» (Pape François, Discours à la session du G7 sur l’Intelligence artificielle, 14 juin 2024). Par définition, les outils renvoient à l’intelligence humaine qui les a conçus et tirent une grande partie de leur force éthique des intentions des personnes qui les manipulent. Dans certains cas, l’IA a été utilisée de façon positive et même noble pour promouvoir une plus grande égalité, mais il existe également la possibilité qu’elle soit détournée à des fins égoïstes au détriment des autres, ou pire, pour fomenter les conflits et les agressions.

     Pour sa part, l’Eglise désire contribuer à un débat serein et éclairé sur ces questions urgentes en soulignant avant tout le besoin de mesurer les ramifications de l’IA à la lumière du «développement intégral de la personne et de la société» (Note Antiqua et Nova, n. 6). Cela implique de prendre en compte le bien-être de la personne humaine, non seulement du point de vue matériel, mais également intellectuel et spirituel; cela signifie sauvegarder la dignité inviolable de chaque personne humaine et respecter la richesse culturelle et spirituelle des peuples du monde. En définitive, les bénéfices ou les risques de l’IA doivent être évalués précisément en fonction de ce critère éthique supérieur.

     Malheureusement, comme le regretté Pape François l’a souligné, nos sociétés assistent aujourd’hui à une certaine «disparition ou du moins à une éclipse du sens de l’humain» et cela nous exhorte tous à réfléchir plus profondément sur la véritable nature et l’unicité de notre dignité humaine commune (Discours à la session du G7 sur l’Intelligence artificielle, 14 juin 2024). L’IA, en particulier l’IA générative, a ouvert de nouveaux horizons à différents et multiples niveaux, notamment en améliorant la recherche en matière de santé et de découverte scientifique, mais elle soulève également des questions préoccupantes sur ses possibles répercussions sur l’ouverture de l’humanité à la vérité et à la beauté, sur notre capacité distinctive à saisir et à interpréter la réalité. Reconnaître et respecter ce qui caractérise de façon unique la personne humaine est essentiel au débat de tout cadre éthique adéquat pour la gouvernance de l’IA.  

     Nous sommes tous, j’en suis certain, préoccupés pour les enfants et les jeunes, et les possibles conséquences de l’utilisation de l’IA sur le développement intellectuel et neurologique. Il faut aider nos jeunes, et non pas les entraver, dans leur parcours vers la maturité et la véritable responsabilité. Ils sont notre espérance pour l’avenir, et le bien-être de la société dépend de la capacité qu’ils pourront avoir de développer les dons et les aptitudes que Dieu leur a donnés, et de répondre aux défis de notre époque et aux besoins des autres avec un esprit libre et généreux. Aucune génération n’a jamais eu un tel accès rapide à la masse d’information désormais disponible grâce à l’IA. Mais une fois encore, l’accès à des données — bien qu’extensives — ne doit pas être confondue avec l’intelligence, qui implique nécessairement «l’ouverture de la personne aux questions ultimes de la vie et reflète une orientation vers le Vrai et le Bien» (Antiqua et Nova, n. 29). A la fin, la sagesse authentique est davantage liée à la reconnaissance de la véritable signification de la vie, qu’à la disponibilité de données.

     Chers amis, dans cette perspective, je forme le vœu que vos débats considéreront également l’IA dans le contexte de l’apprentissage intergénérationnel nécessaire qui permettra aux jeunes d’intégrer la vérité dans leur vie morale et spirituelle, éclairant ainsi leurs décisions mûres et ouvrant la voie à un monde de plus grande solidarité et unité (cf. ibid., n. 28). La tâche qui s’ouvre à vous n’est pas aisée, mais elle est d’une importance vitale. En vous remerciant pour vos efforts présents et futurs, j’invoque cordialement sur vous et vos familles les bénédictions divines de sagesse, de joie et de paix.

Du Vatican, le 17 juin 2025

Léon PP. XIV

 

18 juin 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale sur la parabole du paralytique (Jn 5,6)

     Nous continuons à contempler Jésus qui guérit. De manière particulière, aujourd'hui, je voudrais vous inviter à réfléchir aux situations dans lesquelles nous nous sentons “bloqués” et dans l'impasse. Parfois, il nous semble qu'il est inutile de continuer à espérer ; nous nous résignons et ne voulons plus lutter. Cette situation est décrite dans les Évangiles par l'image de la paralysie. C'est pourquoi je voudrais m'arrêter aujourd'hui sur la guérison d'un paralytique, racontée dans le cinquième chapitre de l'Évangile de Saint Jean (5,1-9).

     Jésus se rend à Jérusalem pour une fête juive. Il ne se rend pas directement au Temple, mais s'arrête à une porte où probablement on lavait les moutons qui étaient ensuite offerts en sacrifice. Près de cette porte, il y avait aussi beaucoup de malades qui, à la différence des brebis, étaient exclus du Temple car considérés comme impurs ! C'est alors Jésus lui-même qui les rejoint dans leur douleur. Ces personnes espéraient un prodige capable de changer leur destin ; en effet, à côté de la porte se trouvait une piscine dont les eaux étaient considérées comme thaumaturgiques, c'est-à-dire capables de guérir : à certains moments, l'eau s'agitait et, selon la croyance de l'époque, celui qui y plongeait en premier était guéri.

     Une sorte de “guerre des pauvres” était ainsi créée : nous pouvons imaginer la triste scène de ces malades se traînant péniblement pour entrer dans la piscine. Cette piscine s'appelait Betzatha, ce qui signifie “maison de la miséricorde” : elle pourrait être une image de l'Église, où les malades et les pauvres se rassemblent et où le Seigneur vient pour guérir et donner l'espérance.

     Jésus s'adresse spécifiquement à un homme paralysé depuis trente-huit ans. Il est maintenant résigné, parce qu'il ne parvient jamais à s'immerger dans la piscine, lorsque l'eau devient agitée (cf. v. 7). En effet, ce qui nous paralyse, bien souvent, c'est précisément la déception. Nous nous sentons découragés et risquons de tomber dans l’apathie.

Jésus fait à ce paralytique une demande qui peut sembler superflue : « Veux-tu être guéri ? » (v. 6). C'est au contraire une demande nécessaire, car lorsqu'on est bloqué depuis tant d'années, même la volonté de guérir peut faire défaut. Parfois, nous préférons rester dans l'état de malade, obligeant les autres à s'occuper de nous. C'est parfois aussi une excuse pour ne pas décider quoi faire de notre vie. Jésus renvoie en revanche cet homme à son désir le plus vrai et le plus profond.

     Cet homme répond en effet de manière plus articulée à la question de Jésus, révélant sa conception de la vie. Il dit tout d'abord qu'il n'a personne pour le plonger dans la piscine : la faute n'est donc pas la sienne, mais celle des autres qui ne prennent pas soin de lui. Cette attitude devient un prétexte pour éviter d’assumer ses propres responsabilités. Mais est-ce bien vrai qu'il n'avait personne pour l'aider ? Voici la réponse éclairante de saint Augustin : « Oui, pour être guéri, il avait absolument besoin d'un homme, mais d'un homme qui fut aussi Dieu. [...] L'homme qu'il fallait est donc venu, pourquoi retarder encore la guérison ? » [1]

     Le paralytique ajoute ensuite que lorsqu'il essaie de plonger dans la piscine, il y a toujours quelqu'un qui arrive avant lui. Cet homme exprime une vision fataliste de la vie. Nous pensons que les choses nous arrivent parce que nous n'avons pas de chance, parce que le destin est contre nous. Cet homme est découragé. Il se sent vaincu dans le combat de la vie.

Jésus en revanche l'aide à découvrir que sa vie est aussi entre ses mains. Il l'invite à se lever, à sortir de sa situation chronique et à prendre son brancard (cf. v. 8). Ce brancard n'est pas à laisser ou à jeter : il représente sa maladie passée, il est son histoire. Jusqu'à présent, le passé l'a bloqué, il l'a obligé à rester couché comme un mort. Maintenant, c'est lui qui peut prendre ce brancard et le porter où il veut : il peut décider ce qu'il veut faire de son histoire ! Il s'agit de marcher, en s’assumant la responsabilité de choisir la route à suivre. Et cela grâce à Jésus !

     Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur le don de comprendre où notre vie est bloquée. Essayons d’exprimer notre désir de guérison. Et prions pour tous ceux qui se sentent paralysés, qui ne voient pas d'issue. Demandons à retourner habiter dans le cœur du Christ, qui est la véritable maison de la miséricorde !

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[1]Homélie 17,7

 

 

 

 

 

 

24 juin 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors du Jubilé des Séminaristes (plus de 4000 venus du monde entier) extraits

     … Merci d’avoir accepté avec courage l’invitation du Seigneur à le suivre, à devenir ses disciples, à entrer au séminaire. Il faut être courageux et n’ayez pas peur!

     Au Christ qui vous appelle, vous dites «oui» avec humilité et courage; et ce «me voici», que vous lui adressez, germe dans la vie de l’Eglise, et se laisse accompagner par le nécessaire chemin de discernement et de formation.

     Jésus, vous le savez, vous appelle avant tout à vivre une expérience d’amitié avec Lui et avec vos compagnons de route (cf. Mc 3, 13); une expérience appelée à croître de manière permanente, même après l’ordination, et qui touche tous les aspects de la vie. Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des «ponts» et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient. Oui, Il doit croître et nous diminuer, pour pouvoir devenir des pasteurs selon son Cœur [1].

     A propos du Cœur de Jésus Christ, comment ne pas rappeler l’Encyclique Dilexit nos, que nous a donnée le bien-aimé Pape François? [2] Précisément en ce temps que vous vivez, c’est-à-dire celui de la formation et du discernement, il est important de porter votre attention vers le centre, vers le «moteur» de tout votre chemin: le cœur! Le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections. Aujourd’hui plus que jamais, dans un contexte social et culturel marqué par le conflit et le narcissisme, nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus [3].

     Comme le Christ a aimé avec un cœur d’homme [4], vous êtes appelés à aimer avec le Cœur du Christ! Amar con el corazón de Jesús. Mais pour apprendre cet art, il faut travailler sur son intériorité, là où Dieu fait entendre sa voix et d’où partent les décisions les plus profondes; lieu également de tensions et de luttes (cf. Mc 7, 14-23), à convertir pour que toute votre humanité respire l’Evangile. Le premier travail doit donc se faire sur l’intériorité.   Souvenez-vous bien de l’invitation de saint Augustin à revenir au cœur, car c’est là que nous retrouvons les traces de Dieu. Descendre dans son cœur peut parfois faire peur, car on y trouve aussi des blessures. N’ayez pas peur de les soigner, laissez-vous aider: car c’est de ces blessures que naîtra votre capacité à être proches de ceux qui souffrent. Sans vie intérieure, la vie spirituelle n’est pas possible, car c’est dans le cœur que Dieu nous parle. Dios nos habla en el corazón, tenemos que saber escucharlo. [Dieu nous parle dans le cœur, il faut savoir l’écouter]. Ce travail intérieur inclut aussi l’apprentissage à reconnaître les mouvements du cœur: pas seulement les émotions rapides et immédiates, caractéristiques de l’âme des jeunes, mais surtout vos sentiments profonds, qui vous aident à découvrir la direction de votre vie. Si vous apprenez à connaître votre cœur, vous deviendrez toujours plus authentiques et vous n’aurez pas besoin de porter de masques. Et le chemin privilégié qui nous conduit à l’intériorité est la prière: à une époque d’hyperconnexion, il devient toujours plus difficile de faire l’expérience du silence et de la solitude. Sans la rencontre avec Lui, nous ne pouvons pas non plus véritablement nous connaître nous-mêmes.

     Je vous invite à invoquer fréquemment l’Esprit Saint, pour qu’il façonne en vous un cœur docile, capable de percevoir la présence de Dieu, également en écoutant les voix de la nature, de l’art, de la poésie, de la littérature [5], de la musique, mais aussi des sciences humaines [6]. Dans le travail rigoureux des études théologiques, sachez aussi écouter avec un esprit et un cœur ouverts les voix de la culture, comme les défis récents de l’intelligence artificielle et celles des médias sociaux [7]. Surtout, à l’exemple de Jésus, sachez entendre le cri souvent silencieux des petits, des pauvres et des opprimés, et de tant de personnes, surtout des jeunes, qui cherchent un sens à leur vie.

     Si vous prenez soin de votre cœur, avec des moments quotidiens de silence, de méditation et de prière, vous apprendrez l’art du discernement. Cela aussi est un travail important: apprendre à discerner. Quand on est jeune, on porte en soi beaucoup de désirs, de rêves et d’ambitions. Le cœur est souvent encombré et il arrive de se sentir confus. Au contraire, à l’image de la Vierge Marie, notre intériorité doit devenir capable de conserver et de méditer.  Capable de synballein — comme l’écrit l’évangéliste Luc (2, 19.51): rassembler les fragments [8]. Fuyez la superficialité, et assemblez les morceaux de votre vie dans la prière et la méditation, en vous demandant: qu’est-ce que m’apprend ce que je vis? Qu’est-ce que cela dit à mon chemin ? Où le Seigneur me conduit-il ?

     Très chers amis, ayez un cœur doux et humble comme celui de Jésus (cf. Mt 11, 29). A l’exemple de l’apôtre Paul (cf. Ph 2, 5sq), puissiez-vous avoir les sentiments du Christ, pour grandir en maturité humaine, surtout affective et relationnelle. Il est important, même nécessaire, dès le temps du séminaire, de miser beaucoup sur la maturation humaine, en rejetant tout faux-semblant ou hypocrisie. En gardant le regard fixé sur Jésus, il faut apprendre à nommer et à exprimer aussi la tristesse, la peur, l’angoisse, l’indignation, en apportant tout dans la relation à Dieu. Les crises, les limites, les fragilités ne doivent pas être occultées: elles sont au contraire des occasions de grâce et d’expérience pascale.

     Dans un monde souvent marqué par l’ingratitude et la soif de pouvoir, où semble parfois prévaloir la logique du rejet, vous êtes appelés à témoigner de la gratitude et de la gratuité du Christ, de l’exultation et de la joie, de la tendresse et de la miséricorde de son Cœur. A pratiquer le style de l’accueil et de la proximité, du service généreux et désintéressé, en laissant l’Esprit Saint «oindre» votre humanité avant l’ordination.

     Le Cœur du Christ est animé d’une immense compassion: Il est le Bon Samaritain de l’humanité, et Il nous dit: «Va, et toi aussi fais de même» (Lc 10, 37). Cette compassion le pousse à rompre pour les foules le pain de la Parole et du partage (cf. Mc 6, 30-44), en préfigurant le geste du Cénacle et de la Croix, quand Il se donnera Lui-même en nourriture, et Il nous dit: «Donnez-leur vous-mêmes à manger» (Mc 6, 37), c’est-à-dire: faites de votre vie un don d’amour.

     Chers séminaristes, la sagesse de la Mère Eglise, assistée par l’Esprit Saint, cherche au fil du temps les formes les plus appropriées de former les ministres ordonnés, selon les exigences des lieux. Quelle est votre tâche dans cet effort? Celle de ne jamais jouer au rabais, de ne pas vous contenter, de ne pas être de simples récepteurs passifs, mais de vous passionner pour la vie sacerdotale, en vivant le présent et en regardant vers l’avenir avec un cœur prophétique. J’espère que notre rencontre aidera chacun de vous à approfondir votre dialogue personnel avec le Seigneur, dans lequel lui demander d’assimiler toujours davantage les sentiments du Christ, les sentiments de son Cœur. Ce Cœur qui bat d’amour pour vous et pour toute l’humanité.

 

 

25 juin 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

La femme hémorroïsse et la fille de Jaïre. « Ne crains pas, crois seulement. » (Mc 5,36) 

     Une maladie très répandue à notre époque est le mal de vivre : la réalité nous semble trop complexe, lourde, difficile à affronter. Et alors nous nous éteignons, nous nous endormons, avec l'illusion qu’au réveil, les choses seront différentes. Mais la réalité doit être affrontée et, avec Jésus, nous pouvons bien le faire. Parfois, nous nous sentons bloqués par le jugement de ceux qui prétendent mettre des étiquettes sur les autres.

     Il me semble que ces situations se retrouvent dans un passage de l'Évangile de Marc, où deux histoires s'entremêlent : celle d'une fillette de douze ans, malade dans son lit et à l’article de la mort ; et celle d'une femme, qui saigne depuis douze ans et cherche Jésus pour être guérie (cf. Mc 5, 21-43).

     Entre ces deux figures féminines, l'Evangéliste place le personnage du père de la jeune fille : il ne reste pas à la maison pour se plaindre de la maladie de sa fille, mais il sort et demande de l'aide. Bien qu'il soit le chef de la synagogue, il n'exige rien en raison de sa position sociale. Lorsqu'il faut attendre, il ne perd pas patience et attend. Et quand on vient lui dire que sa fille est morte et qu'il est inutile de déranger le Maître, il continue à avoir foi et à espérer.

     La conversation de ce père avec Jésus est interrompue par la femme hémorroïsse, qui réussit à s'approcher de Jésus et à toucher son manteau (v. 27). Cette femme, avec beaucoup de courage, a pris la décision qui a changé sa vie : tout le monde lui disait de rester à distance, de ne pas se faire voir. Ils l'avaient condamnée à rester cachée et isolée. Parfois, nous aussi, nous sommes victimes du jugement des autres, qui prétendent nous revêtir d'un habit qui n'est pas le nôtre. Et alors, nous sommes malades et nous ne réussissons pas à en sortir.

     Cette femme prend le chemin du salut quand germe en elle la foi que Jésus peut la guérir : elle trouve alors la force de sortir et d’aller à sa recherche. Elle veut arriver au moins à toucher son vêtement.

     Il y avait une grande foule autour de Jésus, tant de gens le touchaient, mais rien ne leur arrivait. Au contraire, lorsque cette femme touche Jésus, elle est guérie. Où se trouve la différence ? Commentant ce point du texte, Saint Augustin dit - au nom de Jésus - : « Les foules se pressent autour de moi, mais la foi me touche » (Sermon 243, 2, 2). C'est ainsi : chaque fois que nous faisons un acte de foi adressé à Jésus, un contact s'établit avec Lui et immédiatement jaillit de Lui sa grâce. Parfois, nous ne nous en rendons pas compte, mais d'une manière secrète et réelle, la grâce nous atteint et, de l'intérieur, transforme lentement la vie.

     Peut-être qu'aujourd'hui encore, beaucoup de gens s'approchent de Jésus de manière superficielle, sans vraiment croire en sa puissance. Nous piétinons la superficie de nos églises, mais le cœur est peut-être ailleurs ! Cette femme, silencieuse et anonyme, surmonte ses peurs en touchant le cœur de Jésus avec ses mains considérées comme impures à cause de sa maladie. Et immédiatement, elle se sent guérie. Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix » (Mc 5,34).

     Pendant ce temps, on apporte au père la nouvelle de la mort de sa fille. Jésus lui dit : « Ne crains pas, crois seulement. » (v. 36). Il se rend ensuite dans sa maison et, voyant que tout le monde pleure et crie, il dit : « L'enfant n'est pas morte, elle dort » (v. 39). Il entre alors dans la chambre où était couchée la jeune fille, la prend par la main et lui dit : «Talità kum», "Jeune fille, lève-toi". La jeune fille se lève et se met à marcher (cf. v. 41-42). Ce geste de Jésus nous montre qu'il ne guérit pas seulement de toute maladie, mais qu'il réveille aussi de la mort. Pour Dieu, qui est Vie éternelle, la mort du corps est comme un sommeil. La vraie mort est celle de l'âme : c'est d’elle que nous devons avoir peur !

     Un dernier détail : Jésus, après avoir resuscité l'enfant, dit aux parents de lui donner à manger (cf. v. 43). Voilà un autre signe très concret de la proximité de Jésus avec notre humanité. Mais nous pouvons aussi le comprendre dans un sens plus profond et nous demander : lorsque nos enfants sont en crise et ont besoin d'une nourriture spirituelle, savons-nous la leur donner ? Et comment pouvons-nous le faire si nous ne nous nourrissons pas nous-mêmes de l'Évangile ?

     Chers frères et sœurs, dans la vie, il y a des moments de déception et de découragement, et il y a mème l'expérience de la mort. Apprenons de cette femme, de ce père : allons à Jésus : Lui il peut nous guérir, il peut nous faire renaître. Jésus est notre espérance !

 

 

 

26 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV à l’occasion de la Journée Internationale contre la drogue

     Je remercie les personnes qui ont rendu possible cette rencontre qui, à bien des égards, nous ramène au cœur du Jubilé, une année de grâce au cours de laquelle chacun se voit reconnaître une dignité trop souvent diminuée ou niée. L'espérance est un mot riche d'histoire pour vous : ce n'est pas un slogan, mais la lumière retrouvée à travers un grand travail. Je désire donc vous répéter cette salutation qui change le cœur : la paix soit avec vous ! Le soir de Pâques, Jésus a salué ainsi les disciples enfermés dans le cénacle. Ils l'avaient abandonné, ils pensaient l'avoir perdu pour toujours, ils étaient effrayés et déçus, certains étaient déjà partis. Mais c'est Jésus qui les retrouve, qui vient de nouveau les chercher. Il entre alors que les portes sont fermées dans le lieu où ils se trouvent, comme s'ils étaient enterrés vivants. Il leur apporte la paix, les recrée avec le pardon, souffle sur eux : c'est-à-dire qu'il leur insuffle l'Esprit Saint, qui est la respiration de Dieu en nous. Quand il n'y a pas d'air, quand il n'y a pas d'horizon, notre dignité s'étiole. N'oublions pas que Jésus ressuscité vient encore et apporte son souffle ! Il le fait souvent à travers les personnes qui franchissent nos portes fermées et qui, malgré tout ce qui s'est passé, voient la dignité que nous avons oubliée ou qui nous a été niée.

     Chers amis, votre présence ici est un témoignage de liberté. Je me souviens que lorsque le pape François entrait dans une prison, même lors de son dernier Jeudi saint, il se posait toujours cette question : « Pourquoi eux et pas moi ? » Les drogues et les dépendances sont une prison invisible que vous avez connue et combattue de différentes manières, mais nous sommes tous appelés à la liberté. En vous rencontrant, je pense à l'abîme de mon cœur et de tout cœur humain. C'est un psaume dans la Bible, qui appelle « abîme » le mystère qui nous habite (cf. Ps 63, 7). Saint Augustin a confessé que c'est seulement dans le Christ que l'agitation de son cœur a trouvé la paix. Nous cherchons la paix et la joie, nous en avons soif. Et de nombreuses déceptions peuvent nous décevoir et même nous emprisonner dans cette recherche.

     Cependant, regardons autour de nous. Nous lisons sur les visages des uns et des autres un mot qui ne trahit jamais : ensemble. C'est ensemble que l'on vainc le mal. C'est ensemble que l'on trouve la joie. L'injustice est combattue ensemble. Le Dieu qui a créé et qui connaît chacun - et qui est plus intime à moi que moi-même - nous a faits pour être ensemble. Bien sûr, il y a aussi des liens qui font mal et des groupes humains où la liberté fait défaut. Mais eux aussi ne peuvent être surmontés qu'ensemble, en faisant confiance à ceux qui ne profitent pas de notre peau, à ceux que nous pouvons rencontrer et qui nous rencontrent avec une attention désintéressée.

     La journée d’aujourd’hui, frères et sœurs, nous engage dans un combat qui ne peut être abandonné tant que, autour de nous, quelqu'un est encore emprisonné dans les différentes formes d'addiction. Notre combat est contre ceux qui font de la drogue et de toutes les autres dépendances – nous pensons à l'alcool ou aux jeux d'argent - leur grande affaire. Il existe d'énormes concentrations d'intérêts et des organisations criminelles ramifiées que les États ont le devoir de démanteler. Il est plus facile de lutter contre leurs victimes. Trop souvent, au nom de la sécurité, la guerre a été et est menée contre les pauvres, remplissant les prisons de ceux qui ne sont que le dernier maillon d'une chaîne de mort. Ceux qui tiennent la chaîne entre leurs mains parviennent à gagner en influence et en impunité. Nos villes doivent être débarrassées non pas des marginaux, mais de la marginalisation ; elles doivent être débarrassées non pas des désespérés, mais du désespoir. "Qu'elles sont belles les villes qui surmontent la méfiance malsaine et intègrent la différence, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Qu'elles sont belles les villes qui, même dans leur conception architecturale, sont pleines d'espaces qui relient, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l'autre" (François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 210).

     Le Jubilé nous ouvre à la culture de la rencontre comme chemin vers la sécurité, exige la restitution et la redistribution des richesses injustement accumulées, comme chemin vers la réconciliation personnelle et civile. Comme au ciel, comme sur la terre" : la cité de Dieu nous engage à prophétiser dans la cité des hommes. Et cela - nous le savons - peut aussi conduire au martyre aujourd'hui. La lutte contre le trafic de drogue, l'engagement éducatif auprès des pauvres, la défense des communautés indigènes et des migrants, la fidélité à la doctrine sociale de l'Église sont, en de nombreux endroits, considérés comme subversifs.

     Chers jeunes, vous n'êtes pas les spectateurs du renouveau dont notre terre a tant besoin : vous en êtes les protagonistes. Dieu fait de grandes choses avec ceux qu'il libère du mal. Un autre psaume, que les premiers chrétiens ont tant aimé, dit : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire » (Ps 117, 22). Jésus a été rejeté et crucifié en dehors des portes de sa ville. Sur lui, pierre angulaire sur laquelle Dieu reconstruit le monde, vous êtes-vous aussi des pierres précieuses dans l’édification d'une humanité nouvelle. Jésus qui a été rejeté vous invite tous, et si vous vous êtes sentis rejetés et finis, vous ne l'êtes plus. Vos erreurs, vos souffrances, mais surtout votre désir de vie, font de vous des témoins que changer est possible.

     L'Église a besoin de vous. L'humanité a besoin de vous. L'éducation et la politique ont besoin de vous. Ensemble, au-delà de toute dépendance dégradante, nous ferons prévaloir l'infinie dignité inscrite en chacun. Malheureusement, cette dignité n'apparaît parfois que lorsqu'elle est presque totalement perdue. C'est alors qu'un choc se produit et qu'il devient évident que se relever est une question de vie ou de mort. Aujourd'hui, c'est toute la société qui a besoin de cette secousse, qui a besoin de votre témoignage et du grand travail que vous accomplissez. Car nous avons tous la vocation d'être plus libres et, à être humains : la vocation à la paix. C'est la vocation la plus divine. Avançons donc ensemble, en multipliant les lieux de guérison, de rencontre et d'éducation : des chemins pastoraux et des politiques sociales qui partent de la rue et n'abandonnent jamais personne à la perte. Je vous prie aussi pour que mon ministère soit au service de l'espérance des personnes et des peuples, au service de tous.

     Je vous confie à la direction maternelle de Marie la Très Sainte. Et je vous bénis de tout cœur. Je vous remercie.

 

 

 

 

     26 juin 2025 – Message du Pape Léon XIV pour la Vème Journée Mondiale des Grands Parents et Personnes âgées

     Nous avons une liberté qu’aucune difficulté ne peut nous enlever : celle d’aimer et de prier. Tous, toujours, nous pouvons aimer et prier.

 

 

 

 

 

29 juin 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la solannité des Saints Pierre et Paul

      Très chers amis, l'histoire de Pierre et Paul nous enseigne que la communion à laquelle le Seigneur nous appelle est une harmonie de voix et de visages qui n'annule pas la liberté de chacun. Nos Patrons ont suivi des chemins différents, ont eu des idées différentes, ils se sont parfois confrontés et affrontés avec une franchise évangélique. Pourtant, cela ne les a pas empêchés de vivre la concordia apostolorum, c'est-à-dire une communion vivante dans l'Esprit, une harmonie féconde dans la diversité. Comme l'affirme saint Augustin, « un seul jour est consacré à la fête des deux apôtres. Mais eux aussi étaient une seule chose. Bien qu'ils aient été martyrisés à des jours différents, ils étaient une seule chose » (Discours 295, 7.7).

     Tout cela nous interroge sur le chemin de la communion ecclésiale, qui naît de l'élan de l'Esprit, unit les diversités et crée des ponts d'unité dans la variété des charismes, des dons et des ministères. Il est important d'apprendre à vivre ainsi la communion, comme unité dans la diversité, afin que la variété des dons, reliée dans la confession de l'unique foi, contribue à l'annonce de l'Évangile. C'est sur cette voie que nous sommes appelés à marcher, en regardant précisément à Pierre et à Paul, car nous avons tous besoin de cette fraternité. L'Église en a besoin, les relations entre les laïcs et les prêtres, entre les prêtres et les évêques, entre les évêques et le Pape en ont besoin ; tout comme en ont besoin la vie pastorale, le dialogue œcuménique et les relations d'amitié que l'Église souhaite entretenir avec le monde. Engageons-nous à faire de nos différences un laboratoire d'unité et de communion, de fraternité et de réconciliation, afin que chacun dans l'Église, avec son histoire personnelle, apprenne à marcher avec les autres.

     Les saints Pierre et Paul nous interpellent également sur la vitalité de notre foi. Dans l'expérience du disciple, en effet, il y a toujours le risque de tomber dans l'habitude, dans le ritualisme, dans des schémas pastoraux qui se répètent sans se renouveler et sans relever les défis du présent. Dans l'histoire des deux Apôtres, en revanche, nous sommes inspirés par leur volonté de s'ouvrir aux changements, de se laisser interroger par les événements, les rencontres et les situations concrètes des communautés, de rechercher de nouvelles voies pour l'évangélisation à partir des problèmes et des questions posés par nos frères et sœurs dans la foi.

     Au cœur de l'Évangile que nous avons entendu, il y a précisément la question que Jésus pose à ses disciples, et qu'il nous adresse aussi aujourd'hui, afin que nous puissions discerner si le cheminement de notre foi conserve son dynamisme et sa vitalité, si la flamme de la relation avec le Seigneur est encore allumée : « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16, 15).

     Chaque jour, à chaque heure de l'histoire, nous devons toujours prêter attention à cette question. Si nous ne voulons pas que notre être chrétien se réduise à un héritage du passé, comme nous l'a souvent rappelé le pape François, il est important de sortir du risque d'une foi fatiguée et statique, pour nous demander : qui est Jésus-Christ pour nous aujourd'hui ? Quelle place occupe-t-il dans notre vie et dans l'action de l'Église ? Comment pouvons-nous témoigner de cette espérance dans notre vie quotidienne et l'annoncer à ceux que nous rencontrons ?

     Frères et sœurs, l'exercice du discernement, qui naît de ces questions, permet à notre foi et à l'Église de se renouveler continuellement et d'expérimenter de nouvelles voies et de nouvelles pratiques pour l'annonce de l'Évangile. Cela, avec la communion, doit être notre premier désir. Je voudrais aujourd'hui m'adresser en particulier à l'Église qui est à Rome, car elle est appelée plus que toute autre à devenir signe d'unité et de communion, Église ardente d'une foi vivante, communauté de disciples qui témoignent de la joie et de la consolation de l'Évangile dans toutes les situations humaines.

 

 

6 juillet 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus.

     L’Évangile d’aujourd’hui (Lc 10, 1-12.17-20) nous rappelle l’importance de la mission à laquelle nous sommes tous appelés, chacun selon sa vocation et dans les situations concrètes où le Seigneur l’a placé.

     Jésus envoie soixante-douze disciples (Lc 10, 1-12.17-20). Ce nombre symbolique indique comment l’espérance de l’Évangile est destinée à tous les peuples : telle est la largeur du cœur de Dieu, telle est son abondante moisson, c’est-à-dire l’œuvre qu’Il accomplit dans le monde afin que tous ses enfants soient touchés par son amour et soient sauvés.

     En même temps, Jésus dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (v.2).

D’un côté, Dieu, tel un semeur, est sorti généreusement dans le monde pour semer et a mis dans le cœur de l’homme et dans l’histoire le désir de l’infini, d’une vie pleine, d’un salut qui le libère. C’est pourquoi la moisson est abondante, le Royaume de Dieu germe comme une graine dans la terre, et les femmes et les hommes d’aujourd’hui, même lorsqu’ils semblent submergés par tant d’autres choses, attendent une vérité plus grande, sont à la recherche d’un sens plus profond à leur vie, désirent la justice, portent en eux une aspiration à la vie éternelle.

     D’autre part, cependant, rares sont les ouvriers qui vont travailler dans le champ semé par le Seigneur et qui, avant même cela, sont capables de reconnaître, avec les yeux de Jésus, le bon grain prêt pour la moisson (cf. Jn 4, 35-38). Le Seigneur veut faire quelque chose de grand dans notre vie et dans l’histoire de l’humanité, pourtant, peu de personnes s’en rendent compte, s’arrêtent pour accueillir ce don, l’annoncent et le portent aux autres.

     Chers frères et sœurs, l’Église et le monde n’ont pas besoin de personnes qui accomplissent leurs devoirs religieux en affichant leur foi comme un signe extérieur ; ils ont plutôt besoin d’ouvriers désireux de travailler dans le champ de la mission, de disciples amoureux qui témoignent du Royaume de Dieu partout où ils se trouvent. Il y a peut-être des “chrétiens occasionnels” qui laissent parfois place à quelques bons sentiments religieux ou participent à certains événements ; mais rares sont ceux qui sont prêts à travailler chaque jour dans le champ de Dieu, en cultivant dans leur cœur la semence de l’Évangile pour ensuite la porter dans la vie quotidienne, en famille, sur les lieux de travail et d’étude, dans les différents milieux sociaux et auprès de ceux qui sont dans le besoin.

     Pour cela, il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup d’idées théoriques sur des concepts pastoraux ; il faut surtout prier le maître de la moisson. La relation avec le Seigneur, cultiver le dialogue avec Lui, est donc primordiale. Il fera alors de nous ses ouvriers et nous enverra dans le champ du monde comme témoins de son Royaume.

     Demandons à la Vierge Marie, qui a généreusement offert son “me voici” en participant à l’œuvre du salut, d’intercéder pour nous et de nous accompagner sur le chemin à la suite du Seigneur, afin que nous puissions nous aussi devenir des ouvriers joyeux du Royaume de Dieu.

 

 

10 juillet 2025 – Message du Pape Léon XIV signé du Vad Parolin, à l’occasion du Sommet AI FOR GOOD

     Au nom de Sa Sainteté Léon XIV, je voudrais adresser mes salutations cordiales à tous les participants au AI for Good Summit 2025, organisé par l’Union internationale des télécommunications (UIT), en collaboration avec d’autres agences des Nations unies, et co-organisé par le gouvernement suisse. Etant donné que ce sommet coïncide avec le 160e anniversaire de la fondation de l’UIT, je désire féliciter tous les membres et le personnel pour leur travail et leur engagement constant en vue de promouvoir la coopération mondiale afin d’apporter les bénéfices des technologies de la communication à toutes les personnes dans le monde.

     Connecter la famille humaine grâce à la communication télégraphique, radiophonique, téléphonique, numérique et spatiale présente des défis, en particulier dans les zones rurales et à faibles revenus, où environ 2,6 milliards de personnes n’ont toujours pas accès aux technologies de communication.

     L’humanité se trouve à un carrefour face à l’immense potentiel généré par la révolution numérique guidée par l’intelligence artificielle. L’impact de cette révolution est considérable, transformant des domaines tels que l’éducation, le travail, l’art, les soins de santé, l’administration, le domaine militaire et la communication. Ce changement historique exige responsabilité et discernement, afin de garantir que l’IA soit développée et utilisée pour le bien commun, en construisant des ponts de dialogue et en promouvant la fraternité, et en veillant à ce qu’elle serve les intérêts de l’humanité dans son ensemble.

     Alors que l’IA devient capable de s’adapter de manière autonome à de nombreuses situations en effectuant des choix purement techniques fondés sur des algorithmes, il est fondamental de prendre en compte ses implications anthropologiques et éthiques, les valeurs en jeu, les obligations et les cadres réglementaires nécessaires pour soutenir ces valeurs. En effet, même si l’IA peut simuler certains aspects du raisonnement humain et accomplir des tâches spécifiques avec une rapidité et une efficacité incroyables, elle ne peut reproduire le discernement moral ou la capacité à nouer des relations authentiques. Par conséquent, le développement de ces progrès technologiques doit aller de pair avec le respect des valeurs humaines et sociales, la capacité de juger avec une conscience tranquille et une plus grande responsabilité humaine. Ce n’est pas un hasard si cette époque de profonde innovation a poussé de nombreuses personnes à réfléchir sur ce que signifie être humains et au rôle de l’humanité dans le monde.

     Bien que la responsabilité de l’utilisation éthique des systèmes d’IA revienne en premier lieu à ceux qui les développent, les gèrent et les supervisent, cette responsabilité est également partagée par ceux qui les utilisent. L’IA nécessite donc une gestion éthique appropriée et des cadres réglementaires centrés sur la personne humaine, qui vont au-delà des simples critères d’utilité ou d’efficacité. En substance, nous ne devons jamais perdre de vue l’objectif commun de contribuer à cette «tranquillitas ordinis, c’est-à-dire la tranquillité de l’ordre», comme l’a définie saint Augustin (De Civitate Dei), et de promouvoir un ordre de relations sociales plus humain, ainsi que des sociétés pacifiques et justes au service du développement humain intégral et du bien de la famille humaine.

     Au nom du Pape Léon XIV, je souhaite profiter de cette occasion pour vous encourager à rechercher la clarté éthique et à établir une gestion coordonnée locale et mondiale de l’IA, fondée sur la reconnaissance commune de la dignité inhérente et des libertés fondamentales de la personne humaine. Le Saint-Père vous assure volontiers de ses prières dans votre engagement pour le bien commun.

 

 

30 juillet 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Notre époque a aussi besoin de guérison. Notre monde est traversé par un climat de violence et de haine qui porte atteinte à la dignité humaine. Nous vivons dans une société qui tombe malade à cause d'une « boulimie » des connexions des réseaux sociaux : nous sommes hyperconnectés, bombardés d'images, parfois même fausses ou déformées. Nous sommes submergés par de multiples messages qui suscitent en nous une tempête d'émotions contradictoires.

     Dans ce contexte, il est possible que nous ayons envie de tout éteindre. Nous pouvons en arriver à préférer ne plus rien entendre. Même nos paroles risquent d'être mal interprétées et nous pouvons être tentés de nous enfermer dans le silence, dans une incommunicabilité où, même si nous sommes proches, nous ne parvenons plus à nous dire les choses les plus simples et les plus profondes.

     À ce propos, je voudrais m'arrêter sur un passage de l'Évangile de Marc qui nous présente un homme qui ne parle pas et n'entend pas (cf. Mc 7, 31-37). Tout comme cela pourrait nous arriver aujourd'hui, cet homme a peut-être décidé de ne plus parler parce qu'il ne se sentait pas compris, et de devenir muet parce qu'il était resté déçu et blessé par ce qu'il avait entendu. En effet, ce n'est pas lui qui va vers Jésus pour être guéri, mais il est amené par d'autres personnes. On pourrait penser que ceux qui le conduisent vers le Maître sont ceux qui sont préoccupés par son isolement. La communauté chrétienne a également vu dans ces personnes l'image de l'Église, qui accompagne chaque personne vers Jésus afin qu'il écoute sa parole. L'épisode se déroule dans un territoire païen, nous sommes donc dans un contexte où d'autres voix tendent à couvrir la voix de Dieu.

     Le comportement de Jésus peut sembler étrange au premier abord, car il prend cette personne avec lui et l'emmène à l'écart (v. 33a). Il semble ainsi accentuer son isolement, mais à y regarder de plus près, cela nous aide à comprendre ce qui se cache derrière le silence et la fermeture de cet homme, comme s'il avait compris son besoin d'intimité et de proximité.

     Jésus lui offre tout d'abord une proximité silencieuse, à travers des gestes qui expriment une rencontre profonde : il touche les oreilles et la langue de cet homme (cf. v. 33b). Jésus n'use pas beaucoup de mots, il dit la seule chose qui lui est nécessaire à ce moment-là : « Ouvre-toi ! » (v. 34). Marc rapporte le mot en araméen, effatà, presque pour nous en faire ressentir “en direct” le son et le souffle. Ce mot, simple et magnifique, contient l'invitation que Jésus adresse à cet homme qui a cessé d'écouter et de parler. C'est comme si Jésus lui disait : « Ouvre-toi à ce monde qui t'effraie ! Ouvre-toi aux relations qui t'ont déçu ! Ouvre-toi à la vie que tu as renoncé à affronter ! ». Se fermer n'est en effet jamais une solution.

     Après sa rencontre avec Jésus, cette personne non seulement recommence à parler, mais elle le fait « correctement » (v. 35). Cet adverbe inséré par l'évangéliste semble vouloir nous en dire davantage sur les raisons de son silence. Peut-être cet homme avait-il cessé de parler parce qu'il avait l'impression de mal s'exprimer, peut-être ne se sentait-il pas à la hauteur.   Tous, nous faisons l'expérience d'être mal compris et de ne pas nous sentir compris. Nous avons tous besoin de demander au Seigneur de guérir notre façon de communiquer, non seulement pour être plus efficaces, mais aussi pour éviter de blesser les autres avec nos paroles.

     Reprendre correctement la parole est le début d'un cheminement, ce n'est pas encore le point d'arrivée. En effet, Jésus interdit à cet homme de raconter ce qui lui est arrivé (cf. v. 36). Pour vraiment connaître Jésus, il faut accomplir un cheminement, il faut rester avec Lui et passer aussi par sa Passion. Quand nous l'aurons vu humilié et souffrant, quand nous aurons fait l'expérience de la puissance salvifique de sa Croix, alors nous pourrons dire que nous l'avons vraiment connu. Pour devenir disciples de Jésus, il n'y a pas de raccourcis.

     Demandons au Seigneur de nous apprendre à communiquer de manière honnête et prudente. Prions pour tous ceux qui ont été blessés par les paroles des autres. Prions pour l'Église, afin qu'elle ne renonce jamais à sa mission d'amener les gens à Jésus, afin qu'ils puissent écouter sa Parole, en être guéris et devenir à leur tour porteurs de son message de salut.

 

2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 1ère partie

     Chers jeunes, les relations humaines, nos relations avec les autres sont indispensables à chacun d’entre nous, à commencer par le fait que tous les hommes et toutes les femmes dans le monde naissent enfants de quelqu’un. Notre vie commence par un lien et c’est par les liens que nous grandissons. Dans ce processus, la culture joue un rôle fondamental : c’est le code avec lequel nous nous comprenons nous-mêmes et interprétons le monde. Comme un dictionnaire, chaque culture contient à la fois des mots nobles et des mots vulgaires, des valeurs et des erreurs qu’il faut apprendre à reconnaître. En recherchant passionnément la vérité, nous ne recevons pas seulement une culture, mais nous la transformons par nos choix de vie. La vérité, en effet, est un lien qui relie les mots aux choses, les noms aux visages. Le mensonge, en revanche, sépare ces aspects, générant confusion et malentendus.

     Aujourd’hui, parmi les nombreuses connexions culturelles qui caractérisent notre vie, Internet et les réseaux sociaux sont devenus « une extraordinaire opportunité de dialogue, de rencontre et d’échange entre les personnes, et donnent accès à l’information et à la connaissance » (Pape François, Christus vivit, n. 87). Cependant, ces instruments s’avèrent ambigus lorsqu’ils sont dominés par des logiques commerciales et des intérêts qui brisent nos relations en mille morceaux. À cet égard, le Pape François rappelait que parfois les « mécanismes de la communication, de la publicité et des réseaux sociaux peuvent être utilisés pour faire de nous des êtres endormis, dépendants de la consommation » (Christus vivit, n. 105). Nos relations deviennent alors confuses, anxieuses ou instables. De plus, comme vous le savez, il existe aujourd’hui des algorithmes qui nous disent ce que nous devons voir, ce que nous devons penser et qui devraient être nos amis. Nos relations deviennent alors confuses, parfois angoissantes. Car l’homme qui se laisse dominer par l’instrument devient lui-même un instrument : oui, un instrument du marché et, à son tour, une marchandise. Seules des relations sincères et des liens stables permettent à des histoires de vie heureuses de s’épanouir.

     Chers jeunes, tout personne désire naturellement cette vie bonne, comme les poumons aspirent à l’air, mais combien il est difficile de la trouver ! Comme il est difficile de trouver une authentique amitié. Il y a plusieurs siècles, saint Augustin a saisi le désir profond de notre cœur, qui est celui de tout cœur humain, même sans connaître le développement technologique actuel d’aujourd’hui. Lui aussi a connu une jeunesse tumultueuse, mais il ne s’est pas contenté de cela, il n’a pas réduit au silence le cri de son cœur. Augustin cherchait la vérité, la vérité qui ne déçoit pas, la beauté qui ne passe pas. Et comment l’a-t-il trouvée ?  Comment a-t-il trouvé une amitié sincère, un amour capable de donner l’espérance ? En rencontrant celui qui le cherchait déjà, en rencontrant Jésus-Christ. Comment a-t-il construit son avenir ? En le suivant, Lui son ami de toujours. Selon ses propres mots : “Aucune amitié n’est fidèle si ce n’est en Christ. - Saint Augustin nous dit : “Il n’y a pas d’amitié authentique si elle n’est pas en Christ. Et la véritable amitié est toujours en Jésus-Christ, avec vérité, amour et respect” - Et ce n’est qu’en Lui qu’elle peut être heureuse et éternelle” (cf. Réfutation De deux lettres des Pélagiens, I, I, 1) ; « c’est l’aimer véritablement un ami, que d’aimer Dieu en lui » (Sermon 336, 2), nous dit Augustin. L’amitié avec le Christ, qui est à la base de la foi, n’est pas seulement une aide parmi tant d’autres pour construire l’avenir, elle est notre étoile polaire. Comme l’écrivait le bienheureux Pier Giorgio Frassati, « vivre sans foi, sans un patrimoine à défendre, sans lutter pour la Vérité, ce n’est pas vivre, c’est simplement exister » (cf. Lettres, 27 février 1925). Lorsque nos amitiés reflètent ce lien intense avec Jésus, elles deviennent assurément sincères, généreuses et authentiques.

     Chers jeunes, aimez-vous les uns les autres ! Aimez-vous dans le Christ ! Sachez voir Jésus dans les autres. L’amitié peut vraiment changer le monde. L’amitié est un chemin vers la paix. L’amitié est le chemin vers la paix.

 

 

2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 2ème partie

     Comment trouver le courage de choisir ? Où pouvons-nous trouver le courage de choisir et de prendre des décisions judicieuses ? Le choix est un acte humain fondamental. En l’observant attentivement, nous comprenons qu’il ne s’agit pas seulement de choisir quelque chose, mais de choisir quelqu’un. Lorsque nous choisissons, au sens fort, nous décidons qui nous voulons devenir. Le choix par excellence, en effet, est la décision concernant notre vie : quel homme veux-tu être ? Quelle femme veux-tu être ? Très chers jeunes, on apprend à choisir à travers les épreuves de la vie, et avant tout en se rappelant que nous avons été choisis. Cette mémoire doit être explorée et éduquée. Nous avons reçu la vie gratuitement, sans l’avoir choisie ! À notre origine, il n’y a pas eu notre décision, mais un amour qui nous a voulus. Au cours de l’existence, celui qui nous aide à reconnaître et à renouveler cette grâce dans les choix que nous sommes appelés à faire se révèle être un véritable ami.

     Chers jeunes, vous avez bien dit : “choisir, c’est aussi renoncer à autre chose, et cela nous bloque parfois”. Pour être libres, il faut partir d’une base stable, du roc qui soutient nos pas. Ce roc est un amour qui nous précède, nous surprend et nous dépasse infiniment : c’est l’amour de Dieu. C’est pourquoi, devant Lui, le choix devient un jugement qui n’enlève aucun bien, mais conduit toujours au meilleur.

Le courage de choisir vient de l’amour que Dieu nous manifeste dans le Christ. C’est Lui qui nous a aimés de tout son être, en sauvant le monde et en nous montrant ainsi que le don de la vie est le chemin pour réaliser notre personne. C’est pourquoi la rencontre avec Jésus correspond aux attentes les plus profondes de notre cœur, car Jésus est l’Amour de Dieu fait homme.

     À ce sujet, il y a vingt-cinq ans, ici même où nous nous trouvons, saint Jean-Paul II disait : « c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur; c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait ; c’est lui, la beauté qui vous attire tellement ; c’est lui qui vous provoque par la soif de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis ; c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie ; c’est lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer » (Veillée de prière lors de la 15ème Journée Mondiale de la Jeunesse, 19 août 2000). La peur fait place alors à l’espérance, car nous sommes certains que Dieu mène à bien ce qu’il commence.

     Nous reconnaissons sa fidélité dans les paroles de ceux qui aiment vraiment, parce qu’ils ont été vraiment aimés. « Tu es ma vie, Seigneur » : c’est ce que prononcent avec joie et liberté un prêtre et une consacrée : “Tu es ma vie, Seigneur”. “Je te prends pour épouse et pour époux”: c’est la phrase qui transforme l’amour d’un homme et d’une femme en signe efficace de l’amour de Dieu. Voici des choix radicaux, des choix pleins de sens : le mariage, l’ordre sacré, la consécration religieuse expriment le don de soi, libre et libérateur, qui nous rend vraiment heureux. Et c’est là que nous trouvons le bonheur, lorsque nous apprenons à nous donner nous-mêmes. Donner sa vie pour les autres.

     Ces choix donnent un sens à notre vie, la transformant à l’image de l’Amour parfait, qui l’a créée et rachetée de tout mal, même de la mort.

     Trouvons le courage de faire des choix difficiles et dire à Jésus : “Tu es ma vie, Seigneur”. “ Seigneur, Tu es ma vie”.

 

 

2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 3ème partie

     Dans la Bible, le mot “cœur” désigne généralement l’être profond d’une personne, qui inclut notre conscience. Notre conception du bien reflète donc la manière dont notre conscience a été façonnée par les personnes qui ont fait partie de notre vie : celles qui ont été gentilles avec nous, celles qui nous ont écoutés avec amour, celles qui nous ont aidés. Ces personnes ont contribué à vous élever dans la bonté et, par conséquent, à former votre conscience afin que vous recherchiez le bien dans vos choix quotidiens.

Chers jeunes, Jésus est l’ami qui nous accompagne toujours dans la formation de notre conscience. Si vous voulez vraiment rencontrer le Seigneur ressuscité, écoutez sa parole qui est l’Évangile du salut. Réfléchissez à votre façon de vivre et recherchez la justice afin de construire un monde plus humain. Servez les pauvres et témoignez ainsi du bien que nous aimerions toujours recevoir de nos prochains. Soyez unis à Jésus-Christ dans l’Eucharistie.    Adorez le Christ dans le Saint-Sacrement, source de la vie éternelle. Étudiez, travaillez et aimez à l’exemple de Jésus, le bon Maître qui marche toujours à nos côtés.

     À chaque étape, alors que nous recherchons ce qui est bon, demandons-Lui : reste avec nous, Seigneur (cf. Lc 24, 29). Reste avec nous, Seigneur. Reste avec nous, Seigneur.

 Reste avec nous, car sans toi, nous ne pouvons pas faire le bien que nous désirons. Tu veux notre bien ; en effet Seigneur, Tu es notre bien. Ceux qui te rencontrent veulent aussi que les autres te rencontrent, car ta parole est une lumière plus brillante que toutes les étoiles, qui éclaire même la nuit la plus sombre. Le Pape Benoît XVI aimait dire que ceux qui croient ne sont jamais seuls. En d’autres termes, nous rencontrons le Christ dans l’Église, c’est-à-dire dans la communion de ceux qui le cherchent sincèrement. Le Seigneur lui-même nous rassemble pour former une  communauté, pas n’importe quelle communauté, mais une communauté de croyants qui se soutiennent mutuellement. Combien le monde a besoin de missionnaires de l’Évangile, témoins de justice et de paix ! Combien l’avenir a besoin d’hommes et de femmes témoins de l’espérance ! Chers jeunes, telle est la tâche que le Seigneur ressuscité confie à chacun de nous !

     Saint Augustin a écrit : « C’est toi qui le pousses à prendre plaisir à te louer parce que tu nous as faits orientés vers toi et que notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi... Je veux, Seigneur, te chercher... et t’invoquer en croyant en toi » (Confessions, I, 1). À la suite de ces paroles d’Augustin, et en réponse à vos questions, j’aimerais inviter chacun de vous, chers jeunes, à dire au Seigneur : “Merci, Jésus, de m’avoir appelé. Mon désir est de rester l’un de tes amis, afin qu’en t’embrassant, je sois aussi un compagnon de route pour tous ceux que je rencontre. Fais, Seigneur, que ceux qui me rencontrent puissent te rencontrer, même à travers mes limites et mes fragilités”. En priant ces paroles, notre dialogue se poursuivra chaque fois que nous regarderons le Seigneur crucifié, car nos cœurs seront unis en Lui. Chaque fois que nous adorons le Christ dans l’Eucharistie, nos cœurs seront unis en lui. Enfin, je prie pour que vous persévériez dans la foi, avec joie et courage !  

     Et nous pouvons dire “Merci Jésus de nous aimer”. Merci Jésus de nous avoir aimé. Merci Jésus de nous avoir appelés. Reste avec nous, Seigneur. Reste avec nous. Reste avec nous Seigneur.

 

 

3 août 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé des jeunes, à Tor Vergata. En présence de plus d’un million de jeunes venus de 146 pays

     Nous nous retrouvons aujourd’hui pour célébrer l’Eucharistie, sacrement du don total de Soi que le Seigneur a fait pour nous. Nous pouvons imaginer revivre, dans cette expérience, le chemin parcouru le soir de Pâques par les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) : d’abord, ils s’éloignaient de Jérusalem, effrayés et déçus ; ils partaient convaincus qu’après la mort de Jésus, il n’y avait plus rien à attendre, plus rien à espérer. Et pourtant, ils l’ont précisément rencontré, ils l’ont accueilli comme compagnon de voyage, ils l’ont écouté pendant qu’il leur expliquait les Écritures, et enfin ils l’ont reconnu à la fraction du pain. Alors leurs yeux se sont ouverts et l’annonce joyeuse de Pâques a trouvé place dans leur cœur.

     La liturgie d’aujourd’hui ne nous parle pas directement de cet épisode, mais elle nous aide à réfléchir sur ce qu’il raconte : la rencontre avec le Ressuscité qui change notre existence, qui éclaire nos affections, nos désirs, nos pensées.

     La première lecture, tirée du Livre de Qohelet, nous invite à faire, comme les deux disciples dont nous avons parlé, l’expérience de notre limite, de la finitude des choses qui passent (cf. Qo 1, 2 ; 2, 21-23) ; et le psaume responsorial, qui lui fait écho, nous propose l’image d’une     « herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée » (Ps 90, 5-6). Ce sont deux rappels forts, peut-être un peu choquants, mais qui ne doivent pas nous effrayer, comme s’il s’agissait de sujets “tabous” à éviter. La fragilité dont ils nous parlent fait en effet partie de la merveille que nous sommes. Pensons au symbole de l’herbe : n’est-ce pas magnifique, un pré en fleurs ? Certes, elles sont délicates, faites de tiges fines, vulnérables, susceptibles de se dessécher, de se plier, de se briser, mais en même temps, elles sont immédiatement remplacées par d’autres qui poussent après elles, et dont les premières deviennent généreusement nutriments et servent d’engrais, en se consumant sur le sol. C’est ainsi que vit le champ, se renouvelant continuellement, et même pendant les mois froids d’hiver, quand tout semble silencieux, son énergie frémit sous terre et se prépare à exploser, au printemps, en mille couleurs.

     Nous aussi, chers amis, nous sommes ainsi faits : nous sommes faits pour cela. Non pour une vie où tout est acquis et immobile, mais pour une existence qui se régénère constamment dans le don, dans l’amour. Et ainsi, nous aspirons continuellement à un “plus” qu’aucune réalité créée ne peut nous donner ; nous ressentons une soif si grande et si brûlante qu’aucune boisson de ce monde ne peut l’étancher. Face à cette soif, ne trompons pas notre cœur en essayant de l’apaiser avec des substituts inefficaces ! Écoutons-la plutôt !    Faisons-en un tabouret sur lequel nous pouvons monter pour nous pencher, comme des enfants, sur la pointe des pieds, à la fenêtre de la rencontre avec Dieu. Nous nous trouverons face à Lui, qui nous attend, qui frappe même gentiment à la vitre de notre âme (cf. Ap 3, 20). Et il est beau, même à vingt ans, de Lui ouvrir grandement notre cœur, de le laisser y entrer, pour ensuite nous aventurer avec Lui vers les espaces éternels de l’infini.

     Saint Augustin, parlant de sa recherche intense de Dieu, se demandait : « Quel est donc l’objet de notre espérance […] ? Est-ce la terre ? Non. Est-ce quelque chose qui vient de la terre, comme l’or, l’argent, l’arbre, la moisson, l’eau […] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes » (Sermon 313/F, 3). Et il concluait : « Cherche celui qui les a faites, c’est Lui ton espérance » (ibid.). Puis, repensant au chemin qu’il avait parcouru, il priait en disant : « Tu [Seigneur] étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais [...]. Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi j’ai goûté [cf. Ps 33, 9 ; 1 P 2, 3] et j’ai faim et j’ai soif [cf. Mt 5, 6 ; 1 Co 4, 11] ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix » (Confessions, 10, 27).

     Il y a une question importante dans notre cœur, un besoin de vérité que nous ne pouvons ignorer, qui nous amène à nous      demander : qu’est-ce vraiment que le bonheur ? Quel est le véritable goût de la vie ? Qu’est-ce qui nous libère des marécages de l’absurdité, de l’ennui, de la médiocrité ?

     Ces derniers jours, vous avez vécu de nombreuses expériences enrichissantes. Vous avez rencontré des jeunes de votre âge, venus de différentes parties du monde et appartenant à différentes cultures. Vous avez échangé vos connaissances, partagé vos attentes, dialogué avec la ville à travers l’art, la musique, l’informatique, le sport. Au Circo Massimo, vous vous êtes approchés du sacrement de la pénitence, vous avez reçu le pardon de Dieu et vous avez demandé son aide pour mener une vie bonne.

     Dans tout cela, vous pouvez trouver une réponse importante : la plénitude de notre existence ne dépend pas de ce que nous accumulons ni, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, de ce que nous possédons (cf. Lc 12, 13-21). Elle est plutôt liée à ce que nous savons accueillir et partager avec joie (cf. Mt 10, 8-10 ; Jn 6, 1-13). Acheter, accumuler, consommer ne suffit pas. Nous avons besoin de lever les yeux, de regarder vers le haut, vers « les réalités d’en haut » (Col 3, 2), pour nous rendre compte que tout a un sens, parmi les réalités du monde, dans la mesure où cela sert à nous unir à Dieu et à nos frères dans la charité, en faisant grandir en nous « des sentiments de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur » (Col 3, 12), de pardon (cf. ibid., v. 13), de paix (cf. Jn 14, 27), comme ceux du Christ (cf. Ph 2, 5). Et dans cette perspective, nous comprendrons toujours mieux ce que signifie « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

     Très chers jeunes, notre espérance, c’est Jésus. C’est Lui, comme le disait saint Jean-Paul II, « qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, […] pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle » (XVe Journée mondiale de la Jeunesse, Veillée de prière, 19 août 2000). Restons unis à Lui, restons dans son amitié, toujours, en la cultivant par la prière, l’adoration, la communion eucharistique, la confession fréquente, la charité généreuse, comme nous l’ont enseigné les bienheureux Piergiorgio Frassati et Carlo Acutis, qui seront bientôt proclamés saints. Aspirez à de grandes choses, à la sainteté, où que vous soyez. Ne vous contentez pas de moins. Vous verrez alors grandir chaque jour, en vous et autour de vous, la lumière de l’Évangile.

 

10 août 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

     Dans l'Évangile, Jésus nous invite à réfléchir à la manière d'investir le trésor de notre vie (cf. Lc 12, 32-48). Il dit : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône » (v. 33).

     Il nous exhorte, en d'autres termes, à ne pas garder pour nous les dons que Dieu nous a faits, mais à les utiliser généreusement pour le bien des autres, en particulier ceux qui ont le plus besoin de notre aide. Il ne s'agit pas seulement de partager les biens matériels dont nous disposons, mais de mettre en jeu nos capacités, notre temps, notre affection, notre présence, notre empathie. En somme, tout ce qui fait de chacun de nous, selon les desseins de Dieu, un bien unique, sans prix, un capital vivant, palpitant, qui, pour grandir, demande à être cultivé et investi sous peine de se dessécher et de se dévaloriser. Ou bien il finira par être perdu, à la merci de ceux qui s'en approprient comme des voleurs pour en faire un simple objet de consommation.

     Le don de Dieu que nous sommes n'est pas fait pour se perdre ainsi. Il a besoin d'espace, de liberté, de relations pour se réaliser et s'exprimer : il a besoin d'amour qui seul transforme et ennoblit tous les aspects de notre existence, nous rendant toujours plus semblables à Dieu. Ce n'est pas un hasard si Jésus prononce ces paroles alors qu'il est en route vers Jérusalem, où il s'offrira lui-même sur la croix pour notre salut.

     Les œuvres de miséricorde sont la banque la plus sûre et la plus rentable où nous pouvons confier le trésor de notre existence, car là, comme nous l'enseigne l'Évangile, avec “deux petites pièces”, même une pauvre veuve devient la personne la plus riche du monde (cf. Mc 12, 41-44).

     Saint Augustin dit à ce propos : « On serait déjà content de tirer d'une livre de bronze une livre d'argent, ou d'une livre d'argent une livre d'or ; mais, de ce que l'on donne, on reçoit quelque chose de vraiment différent, non pas de l'or ou de l'argent, mais la vie éternelle » (Sermo 390, 2). Et il explique pourquoi : « La chose donnée sera changée parce que celui qui donne sera changé » (ibid.).

     Et pour comprendre ce que cela signifie, nous pouvons penser à une mère qui serre ses enfants dans ses bras : n'est-elle pas la personne la plus belle et la plus riche du monde ? Ou à deux fiancés, lorsqu'ils sont ensemble : ne se sentent-ils pas comme un roi et une reine ? Et nous pourrions donner bien d'autres exemples.

     C'est pourquoi, dans la famille, dans la paroisse, à l'école et sur le lieu de travail, où que nous soyons, essayons de ne perdre aucune occasion d'aimer. C'est la vigilance que Jésus nous demande : nous habituer à être attentifs, prêts, sensibles les uns aux autres comme Il l'est pour nous à chaque instant.

 

 


13 août 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Nous poursuivons notre chemin à l’école de l’Evangile, sur les traces de Jésus dans les derniers jours de sa vie. Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur une scène intime, dramatique et pourtant profondément vraie : le moment, pendant la Cène pascale, où Jésus révèle que l’un des Douze est sur le point de le trahir : «En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera, un qui mange avec moi» (Mc 14, 18).

     Des paroles fortes. Jésus ne les prononce pas pour condamner, mais pour montrer que l’amour, lorsqu’il est vrai, ne peut ignorer la vérité. La pièce à l’étage, où tout avait été soigneusement préparé quelques instants auparavant, s’emplit soudain d’une douleur silencieuse, faite de questions, de soupçons et de vulnérabilité. C’est une douleur que nous connaissons bien nous aussi, lorsque l’ombre de la trahison s’insinue dans les relations les plus chères.

     Pourtant, la manière dont Jésus parle de ce qui est sur le point d’arriver est surprenante. Il n’élève pas la voix, ne pointe pas du doigt, ne prononce pas le nom de Judas. Il parle de telle manière que chacun peut s’interroger. Et c’est précisément ce qui se passe. Saint Marc nous dit : «Ils devinrent tout tristes et se mirent à lui dire l’un après l’autre : “Serait-ce moi ?”» (Mc 14, 19).

     Chers amis, cette question — «Serait-ce moi ?» — est peut-être l’une des plus sincères que nous puissions nous poser. Ce n’est pas la question de l’innocent, mais celle du disciple qui se découvre fragile. Ce n’est pas le cri du coupable, mais le murmure de celui qui, tout en voulant aimer, sait qu’il peut blesser. C’est dans cette prise de conscience que commence le chemin du salut.

     Jésus ne dénonce pas pour humilier. Il dit la vérité parce qu’il veut sauver. Et pour être sauvés, il faut sentir : sentir que l’on est impliqué, comprendre qu’on est aimé malgré tout, sentir que le mal est réel mais n’a pas le dernier mot. Seul celui qui a connu la vérité d’un amour profond peut aussi accepter la blessure de la trahison.

     La réaction des disciples n’est pas la colère, mais la tristesse. Ils ne s’indignent pas, ils sont tristes. C’est une douleur qui naît de la possibilité réelle d’être impliqués. Cette tristesse, précisément, si elle est accueillie sincèrement, devient un lieu de conversion. L’Evangile ne nous enseigne pas à nier le mal, mais à le reconnaître comme une opportunité douloureuse pour renaître.

     Jésus ajoute ensuite une phrase qui nous inquiète et nous fait réfléchir : «Malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré!  Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître!» (Mc 14, 21). Ce sont des paroles dures, certes, mais il faut bien les comprendre : il ne s’agit pas d’une malédiction, mais d’un cri de douleur. En grec, ce «malheur» sonne comme une lamentation, un «hélas», une exclamation de compassion sincère et profonde

     Nous sommes habitués à juger. Dieu, lui, accepte la souffrance. Lorsqu’il voit le mal, il ne se venge pas, mais s’afflige. Et ce «mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître» n’est pas une condamnation infligée a priori, mais une vérité que chacun de nous peut reconnaître : si nous renions l’amour qui nous a engendrés, si, en trahissant, nous devenons infidèles à nous-mêmes, alors nous perdons véritablement le sens de notre venue au monde et nous nous excluons nous-mêmes du salut.

     Pourtant, précisément là, à l’endroit le plus sombre, la lumière ne s’éteint pas. Au contraire, elle commence à briller. Car si nous reconnaissons nos limites, si nous nous laissons toucher par la douleur du Christ, alors nous pouvons enfin naître de nouveau. La foi ne nous épargne pas la possibilité du péché, mais nous offre toujours une issue: celle de la miséricorde.

     Jésus ne se scandalise pas face à notre fragilité. Il sait bien qu’aucune amitié n’est à l’abri du risque de trahison. Mais Jésus continue à se fier. Il continue à s’asseoir à table avec les siens. Il ne renonce pas à rompre le pain, même avec celui qui le trahira. Telle est la force silencieuse de Dieu: il n’abandonne jamais la table de l’amour, pas même lorsqu’il sait qu’il sera laissé seul.

     Chers frères et sœurs, nous aussi nous pouvons nous demander aujourd’hui, sincèrement : «Serait-ce moi ?». Non pas pour nous sentir accusés, mais pour ouvrir un espace à la vérité dans nos cœurs. Le salut commence ici: par la conscience que nous pourrions être ceux qui trahissent la confiance en Dieu, mais aussi ceux qui la recueillent, la protègent et la renouvellent.

     Au fond, c’est cela l’espérance : savoir que, même si nous pouvons échouer, Dieu ne nous laisse jamais. Même si nous pouvons trahir, il ne cesse jamais de nous aimer. Et si nous nous laissons toucher par cet amour — humbles, blessés, mais toujours fidèles — alors nous pouvons véritablement renaître. Et commencer à vivre non plus comme des traîtres, mais comme des enfants toujours aimés.

 

 

 

15 août 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de l’Assomption

Chères sœurs et chers frères,

     aujourd'hui n'est pas dimanche, mais nous célébrons d'une manière différente la Pâque de Jésus qui change l'histoire. En Marie de Nazareth, il y a notre histoire, l'histoire de l'Église plongée dans notre humanité commune. En s'incarnant en elle, le Dieu de la vie, le Dieu de la liberté a vaincu la mort. Oui, aujourd'hui, nous contemplons comment Dieu vainc la mort : jamais sans nous. À lui appartient le règne, mais à nous appartient le “oui” à son amour qui peut tout changer. Sur la croix, Jésus a librement prononcé le “oui” qui devait vider de son pouvoir la mort, cette mort qui sévit encore lorsque nos mains crucifient et que nos cœurs sont prisonniers de la peur, de la méfiance. Sur la croix, la confiance a vaincu, l'amour qui voit ce qui n'est pas encore a vaincu, le pardon a vaincu.

     Et Marie était là : elle était là, unie à son Fils. Nous pouvons aujourd'hui deviner que Marie, c'est nous quand nous ne fuyons pas, c'est nous quand nous répondons par notre “oui” à son “oui”. Dans les martyrs de notre temps, dans les témoins de la foi et de la justice, de la douceur et de la paix, ce “oui” vit encore et continue de lutter contre la mort. Ainsi, ce jour de joie est un jour qui nous engage à choisir comment et pour qui vivre.

     La liturgie de cette Fête de l’Assomption nous propose le passage évangélique de la Visitation. Saint Luc rapporte le souvenir d'un moment crucial dans la vocation de Marie. Il est beau de revenir à ce moment, en ce jour où nous célébrons l'aboutissement de son existence. Toute histoire sur terre est brève et a une fin, même celle de la Mère de Dieu. Mais rien ne se perd. Ainsi, lorsqu'une vie s'achève, son caractère unique resplendit plus clairement. Le Magnificat, que l'Évangile met sur les lèvres de la jeune Marie, rayonne désormais de la lumière de toutes ses journées. Une seule journée, celle de la rencontre avec sa cousine Élisabeth, renferme le secret de toutes les autres journées, de toutes les autres saisons. Et les mots ne suffisent pas : il faut un chant qui continue d'être chanté dans l'Église, “de génération en génération” (Lc 1, 50), au soir de chaque journée. La fécondité surprenante d'Élisabeth, qui était stérile, confirme Marie dans sa confiance : elle anticipe la fécondité de son “oui”, qui se prolonge dans la fécondité de l'Église et de toute l'humanité, lorsque la Parole renouvelante de Dieu est accueillie. Ce jour-là, deux femmes se sont rencontrées dans la foi, puis elles sont restées trois mois ensemble pour se soutenir mutuellement, non seulement dans les choses pratiques, mais aussi dans une nouvelle façon de lire l'histoire.

     Ainsi, frères et sœurs, la Résurrection entre encore aujourd'hui dans notre monde. Les paroles et les choix de mort semblent prévaloir, mais la vie de Dieu interrompt le désespoir par des expériences concrètes de fraternité, par de nouveaux gestes de solidarité. Avant d'être notre destin ultime, en effet, la Résurrection modifie – corps et âme – notre façon d'habiter la terre. Le chant de Marie, son Magnificat, renforce dans l'espérance les humbles, les affamés, les serviteurs zélés de Dieu. Ce sont les femmes et les hommes des Béatitudes qui, même dans la tribulation, voient déjà l'invisible : les puissants renversés de leurs trônes, les riches les mains vides, les promesses de Dieu réalisées. Ce sont des expériences que, dans chaque communauté chrétienne, nous devons tous pouvoir dire avoir vécues. Elles semblent impossibles, mais la Parole de Dieu continue de se manifester. Lorsque naissent les liens par lesquels nous opposons le bien au mal, la vie à la mort, alors nous voyons que rien n'est impossible avec Dieu (cf.  Lc 1, 37).

     Parfois, malheureusement, là où prévalent les sécurités humaines, un certain bien-être matériel et cette insouciance qui endort les consciences, cette foi peut vieillir. Alors survient la mort, sous forme de résignation et de lamentations, de nostalgie et d'insécurité. Au lieu de voir le monde ancien toucher à sa fin, on en cherche encore le secours : le secours des riches, des puissants, qui s'accompagne généralement du mépris des pauvres et des humbles. Mais l'Église vit dans ses membres fragiles, elle rajeunit grâce à leur Magnificat. Aujourd'hui encore, dans les communautés chrétiennes pauvres et persécutées, les témoins de la tendresse et du pardon dans les lieux de conflit, les artisans de paix et les bâtisseurs de ponts dans un monde en morceaux sont la joie de l'Église, ils sont sa fécondité permanente, les prémices du Royaume qui vient. Beaucoup d'entre eux sont des femmes, comme la vieille Élisabeth et la jeune Marie : des femmes pascales, apôtres de la Résurrection. Laissons-nous convertir par leur témoignage !

     Frères et sœurs, lorsque dans cette vie “nous choisissons la vie” (cf. Dt 30, 19), alors en Marie, montée au Ciel, nous avons raison de voir notre destin. Elle nous est donnée comme le signe que la résurrection de Jésus n'a pas été un fait isolé, une exception. Tous, dans le Christ, nous pouvons engloutir la mort (cf. 1 Co 15, 54). Certes, c'est l'œuvre de Dieu, pas la nôtre. Cependant, Marie est cette entrelacement de grâce et de liberté qui pousse chacun de nous à la confiance, au courage, à l'engagement dans la vie d'un peuple. « Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 49) : puissions-nous chacun faire l'expérience de cette joie et en témoigner par un chant nouveau. N'ayons pas peur de choisir la vie ! Cela peut sembler dangereux, imprudent. Combien de voix nous murmurent sans cesse : “Pourquoi fais-tu cela ? Laisse tomber ! Pense à tes intérêts”. Ce sont des voix de mort. Nous, en revanche, nous sommes disciples du Christ. C'est son amour qui nous pousse, corps et âme, dans notre temps. Comme individus et comme Église, nous ne vivons plus pour nous-mêmes. C'est précisément cela – et cela seul – qui répand la vie, qui fait prévaloir la vie. Notre victoire sur la mort commence dès maintenant.

 

 

20 aout 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Arrêtons-nous sur l’un des gestes les plus bouleversants et lumineux de l’Evangile : le moment où Jésus, lors de la Dernière Cène, tend une bouchée à celui qui s’apprête à le trahir. Ce n’est pas seulement un geste de partage, c’est bien plus : c’est l’ultime tentative de l’amour de ne pas se rendre.

      Saint Jean, avec sa profonde sensibilité spirituelle, nous décrit ainsi ce moment : «Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer […]  Jésus, sachant que son heure était venue […] les aima jusqu’à la fin» ( Jn 13, 1-2). Aimer jusqu’au bout : telle est la clé pour comprendre le cœur du Christ. Un amour qui ne s’arrête pas face au rejet, à la déception, ni même à l’ingratitude.

     Jésus connaît l’heure, mais ne la subit pas : il la choisit. C’est lui qui reconnaît le moment où son amour devra endurer la blessure la plus douloureuse, celle de la trahison. Et au lieu de se retirer, d’accuser, de se défendre… il continue d’aimer : il lave les pieds, imbibe le pain et l’offre.

     «C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper»   (Jn 13, 26). Par ce geste simple et humble, Jésus montre pleinement son amour. Non pas qu’il ignore ce qui se passe, mais précisément parce qu’il voit clairement. Il a compris que la liberté des autres, même quand on se perd dans le mal, peut encore être atteinte par la lumière d’un geste doux.  Car il sait que le véritable pardon n’attend pas le repentir, mais s’offre d’abord, comme  don gratuit, avant même d’être reçu.

     Judas, malheureusement, ne comprend pas. Après la bouchée — dit l’Evangile — «Satan entra en lui» (v. 27). Ce passage nous frappe : comme si le mal, jusque-là caché, se manifestait après que l’amour eut montré son visage le plus désarmé. Et c’est précisément pour cela, frères et sœurs, que cette bouchée est notre salut: parce qu’elle nous dit que Dieu fait tout — absolument tout — pour aller vers nous, même à l’heure où nous le rejetons.

     C’est ici que le pardon se révèle dans toute sa puissance et manifeste le visage concret de l’espérance. Il n’est ni oubli, ni faiblesse. Il est la capacité de laisser l’autre libre, tout en l’aimant jusqu’au bout. L’amour de Jésus ne nie pas la vérité de la douleur, mais il ne permet pas au mal d’avoir le dernier mot. Tel est le mystère que Jésus accomplit pour nous, auquel nous aussi, parfois, nous sommes appelés à participer.

     Combien de relations se brisent, combien d’histoires se compliquent, combien de non-dits restent suspendus. Pourtant, l’Evangile nous montre qu’il y a toujours une façon de continuer à aimer, même lorsque tout semble irrémédiablement compromis. Pardonner ne signifie pas nier le mal, mais l’empêcher d’engendrer un autre mal. Il ne s’agit pas de dire qu’il ne s’est rien passé, mais de tout faire pour que le ressentiment ne décide pas de l’avenir.

Quand Judas quitte la pièce, «il faisait nuit» (v. 30). Mais aussitôt après, Jésus dit: «Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié» (v. 31). La nuit est encore là, mais une lumière a déjà commencé à briller. Et elle brille parce que le Christ reste fidèle jusqu’au bout, et ainsi son amour est plus fort que la haine.

     Chers frères et sœurs, nous aussi, nous vivons des nuits douloureuses et difficiles. Des nuits de l’âme, des nuits de déception, des nuits où quelqu’un nous a blessés ou trahis. Dans ces moments-là, la tentation est de se renfermer, de se protéger, de riposter. Mais le Seigneur nous montre l’espérance qui existe, d’une autre voie qui existe toujours. Il nous enseigne que nous pouvons offrir une bouchée même à ceux qui nous tournent le dos. Que nous pouvons répondre par le silence de la confiance. Et que nous pouvons avancer avec dignité, sans renoncer à l’amour.

     Demandons aujourd’hui la grâce de savoir pardonner, même lorsque nous nous sentons incompris, même lorsque nous nous sentons abandonnés. Car c’est précisément dans ces moments-là que l’amour peut atteindre son apogée. Comme Jésus nous l’enseigne, aimer signifie laisser l’autre libre — même de trahir — sans jamais cesser de croire que même cette liberté, blessée et perdue, peut être arrachée aux illusions des ténèbres et ramenée à la lumière du bien.

     Lorsque la lumière du pardon parvient à filtrer à travers les fissures les plus profondes du cœur, nous comprenons qu’il n’est jamais inutile. Même si l’autre ne l’accepte pas, même s’il semble vain, le pardon libère celui qui le donne : il dissout le ressentiment, restaure la paix et nous rend à nous-mêmes.

     Jésus, par le geste simple du pain offert, montre que toute trahison peut devenir une occasion de salut, si elle est choisie comme espace d’un amour plus grand. Il ne cède pas au mal, mais le vainc par le bien, l’empêchant d’éteindre ce qu’il y a de plus vrai en nous: la capacité d’aimer.

 

 

23 Aout 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux membres du « International Catholic Legislators Network
     Vous vous êtes réunis pour votre seizième rencontre annuelle, dont le thème cette année invite à réfléchir: «Le nouvel ordre mondial: la politique des grandes puissances, les domaines des multinationales et l’avenir de la prospérité humaine». Dans ces mots, je perçois à la fois une préoccupation et un désir. Nous sommes tous préoccupés par la direction que prend notre monde, et cependant, nous désirons une prospérité humaine authentique. Nous désirons un monde où chaque personne puisse vivre dans la paix, la liberté et la plénitude, selon le dessein de Dieu.

      Pour trouver notre équilibre dans les circonstances actuelles — spécialement vous, en tant que législateurs et responsables politiques catholiques — je suggère de nous tourner vers le passé, vers l’éminente figure de saint Augustin d’Hippone. Voix importante de l’Eglise à la fin de l’époque romaine, il fut témoin d’immenses bouleversements  et désagrégation sociale. En réponse, il écrivit La Cité de Dieu, une œuvre qui propose une vision d’espérance, une vision de sens qui nous parle encore aujourd’hui.

     Ce Père de l’Eglise a enseigné que, dans l’histoire humaine,  deux «cités» se mêlent: la cité de l’homme et la cité de Dieu. Elles symbolisent des réalités spirituelles — deux orientations du cœur humain et, par conséquent, de la civilisation humaine. La cité de l’homme, bâtie sur l’orgueil et l’amour de soi, se caractérise par la recherche du pouvoir, du prestige et du plaisir; la cité de Dieu, bâtie sur l’amour de Dieu jusqu’à l’altruisme, se caractérise par la justice, la charité et l’humilité. En ces termes, Augustin a encouragé les chrétiens à imprégner la société terrestre des valeurs du Royaume de Dieu, orientant ainsi l’histoire vers son accomplissement ultime en Dieu, en permettant toutefois également une authentique prospérité humaine dans cette vie. Une telle vision théologique peut offrir un point de référence face aux courants  actuels changeants : l’émergence de nouveaux centres de gravité, l’instabilité d’anciennes alliances et l’influence sans précédent des multinationales et des technologies, sans parler des nombreux conflits violents. La question cruciale pour nous croyants est donc: comment accomplir ce devoir ?

     Pour répondre à cette question, nous devons clarifier le sens de la prospérité humaine. Aujourd’hui, la vie prospère est souvent confondue avec une existence riche matériellement ou avec une vie d’autonomie individuelle sans restrictions et riche de plaisir. Le prétendu avenir idéal qui nous est présenté est souvent marqué par le confort technologique et la satisfaction du consommateur. Mais nous savons que cela ne suffit pas. Nous le voyons dans les sociétés riches, où de nombreuses personnes luttent contre la solitude, le désespoir et un sentiment de manque de sens.

     La véritable prospérité humaine découle de ce que l’Eglise définit le développement humain intégral, c’est-à-dire la pleine croissance de la personne dans toutes ses dimensions : physique, sociale, culturelle, morale et spirituelle. Cette vision de la personne humaine est enracinée dans la loi naturelle, l’ordre moral que Dieu a inscrit au cœur de l’homme et dont les vérités profondes sont illuminées par l’Evangile du Christ. A ce propos, l’authentique prospérité humaine se manifeste lorsque les personnes vivent de façon vertueuse, dans des communautés saines, en jouissant non seulement de ce qu’elles possèdent, mais aussi de ce qu’elles sont comme enfants de Dieu. Elle assure la liberté de chercher la vérité, d’adorer Dieu et de fonder une famille dans la paix. Elle inclut également l’harmonie avec la création et un sens de solidarité à travers les classes sociales et les nations. En effet, le Seigneur est venu afin que nous «ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance» (cf. Jn 10, 10).

     L’avenir de la prospérité humaine dépend de cet «amour» que nous choisissons comme principe d’organisation de notre société:  un amour égoïste, l’amour de soi, ou l’amour de Dieu et du prochain. Nous connaissons déjà naturellement la réponse. Dans votre vocation de législateurs et de responsables publics catholiques, vous êtes appelés à être des bâtisseurs de ponts entre la cité de Dieu et la cité de l’homme. Ce matin, je voudrais vous exhorter à continuer de travailler pour un monde où le pouvoir est contrôlé par la conscience et où la loi est au service de la dignité humaine. Je vous encourage en outre à rejeter la mentalité dangereuse et contreproductive selon laquelle rien ne changera jamais.

Je sais que les défis sont immenses, mais la grâce de Dieu qui agit dans les cœurs humains est plus puissante encore. Mon vénérable prédécesseur a souligné la nécessité de ce qu’il a appelé une «diplomatie de l’espérance» (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 9 janvier 2025). J’ajouterais que nous avons aussi besoin d’une «politique de l’espérance» et d’une «économie de l’espérance», enracinées dans la conviction que, dès maintenant, par la grâce du Christ, nous pouvons refléter sa lumière dans la cité terrestre.

 

27 août 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Nous nous arrêtons aujourd’hui sur une scène qui marque le début de la Passion de Jésus : le moment de son arrestation au jardin des Oliviers. L’évangéliste Jean, avec sa profondeur habituelle, ne présente pas un Jésus effrayé, qui fuit ou se cache. Au contraire, il nous montre un homme libre, qui s’avance et parle, affrontant à visage découvert l’heure où la lumière du plus grand amour peut se révéler.

     « Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : Qui cherchez-vous ? » (Jn 18, 4). Jésus sait. Pourtant, il décide de ne pas reculer. Il se rend. Non par faiblesse, mais par amour. Un amour si plein, si mûr, qu’il ne craint pas le rejet. Jésus n’est pas capturé : il se laisse capturer. Il n’est pas victime d’une arrestation, mais auteur d’un don. Ce geste incarne une espérance de salut pour notre humanité : savoir que, même dans les heures les plus sombres, nous pouvons rester libres d’aimer jusqu’au bout.

     Lorsque Jésus répond : « C’est moi. Je le suis », les soldats tombent à terre. Ce passage est mystérieux, car cette expression, dans la révélation biblique, rappelle le nom même de Dieu : « Je suis ». Jésus révèle que la présence de Dieu se manifeste précisément là où l’humanité fait l’expérience de l’injustice, de la peur et de la solitude. C’est précisément là que la vraie lumière est prête à briller sans craindre d’être submergée par les ténèbres qui avancent.

     Au cœur de la nuit, alors que tout semble s’écrouler, Jésus montre que l’espérance chrétienne n’est pas une fuite, mais une décision. Cette attitude est le fruit d’une prière profonde par laquelle nous ne demandons pas à Dieu de nous épargner la souffrance, mais d’avoir la force de persévérer dans l’amour, conscients que la vie offerte gratuitement par amour ne peut nous être ôtée par personne.

     « Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir » (Jean 18, 8). Au moment de son arrestation, Jésus ne se soucie pas de son propre salut : il souhaite seulement que ses amis puissent s’en aller. Cela démontre que son sacrifice est un véritable acte d’amour. Jésus se laisse capturer et emprisonner par les gardes uniquement pour qu’ils libèrent ses disciples.

     Jésus a vécu chaque jour de sa vie en prévision de cette heure dramatique et sublime. C’est pourquoi, lorsqu’elle arrive, il a la force de ne pas chercher à s’échapper. Son cœur sait bien que perdre sa vie par amour n’est pas un échec, mais il possède une fécondité mystérieuse. Comme le grain de blé qui, tombé en terre, ne reste pas seul, mais meurt et devient fécond.

     Jésus, lui aussi, est troublé par un chemin qui semble ne mener qu’à la mort et à la fin. Mais il est tout autant persuadé que seule une vie perdue par amour est finalement retrouvée. C’est là que réside la véritable espérance : non pas dans la tentative d’éviter la douleur, mais dans la conviction que, même au cœur de la souffrance la plus injuste, se cache la semence d’une vie nouvelle.

     Et nous ? Combien de fois défendons-nous notre vie, nos projets, nos certitudes, sans nous rendre compte que, ce faisant, nous restons seuls. La logique de l’Evangile est différente : seul ce qui est donné fleurit ; seul l’amour qui devient gratuit peut restaurer la confiance, même là où tout semble perdu.

     L’Evangile de Marc nous parle aussi d’un jeune homme qui, lors de l’arrestation de Jésus, s’enfuit nu (Mc 14, 51). C’est une image énigmatique mais profondément évocatrice. Nous aussi, en essayant de suivre Jésus, nous vivons des moments où nous sommes pris au dépourvu et dépouillés de nos certitudes. Ce sont les moments les plus difficiles, dans lesquels nous sommes tentés d’abandonner le chemin de l’Evangile, car l’amour semble un voyage impossible. Pourtant, c’est un jeune homme lui-même, à la fin de l’Evangile, qui annonce la résurrection aux femmes, non plus nu, mais revêtu de blanc.

     Telle est l’espérance de notre foi : nos péchés et nos hésitations n’empêchent pas Dieu de nous pardonner et de nous redonner le désir de le suivre à nouveau, afin de nous rendre capables de donner notre vie pour les autres.

     Apprenons, nous aussi, à nous en remettre à la bonne volonté du Père, en laissant notre vie être une réponse au bien reçu. Dans la vie, tout contrôler ne sert à rien. Il suffit de choisir chaque jour d’aimer librement. Telle est la véritable espérance : savoir que, même dans l’obscurité de l’épreuve, l’amour de Dieu nous soutient et permet au fruit de la vie éternelle de mûrir en nous.

 

 

28 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV à des élus et membres de la Société Civile du Val de Marne

     Je salue bien cordialement Son Excellence Monseigneur Dominique Blanchet, et je souhaite la bienvenue à vous tous, élus et personnalités civiles du Diocèse de Créteil, en pèlerinage à Rome.

     Je suis heureux de vous accueillir dans votre démarche de foi : vous retournerez à vos engagements quotidiens fortifiés dans l’espérance, mieux affermis pour œuvrer à la construction d’un monde plus juste, plus humain, plus fraternel, qui ne peut être rien d’autre qu’un monde davantage imprégné de l’Évangile. Devant les dérives de toutes sortes que connaissent nos sociétés occidentales, nous ne pouvons pas mieux faire, en tant que chrétiens, que de nous tourner vers le Christ et demander son secours dans l’exercice de nos responsabilités.

     C’est pourquoi votre démarche, plus qu’un simple enrichissement personnel, est d’une grande importance et d’une grande utilité pour les hommes et les femmes que vous servez. Et elle est d’autant plus méritoire qu’il n’est pas facile en France, pour un élu, en raison d’une laïcité parfois mal comprise, d’agir et de décider en cohérence avec sa foi dans l’exercice de responsabilités publiques.

     Le salut que Jésus a obtenu par sa mort et sa résurrection englobe toutes les dimensions de la vie humaine telles que la culture, l’économie et le travail, la famille et le mariage, le respect de la dignité humaine et de la vie, la santé, en passant par la communication, l’éducation et la politique. Le christianisme ne peut se réduire à une simple dévotion privée, car il implique une manière de vivre en société empreinte d’amour de Dieu et du prochain qui, dans le Christ, n’est plus un ennemi mais un frère.

     Votre région, lieu de vos engagements, est affrontée à de grandes questions de société comme la violence dans certains quartiers, l’insécurité, la précarité, les réseaux de drogue, le chômage, la disparition de la convivialité… Pour y faire face, le responsable chrétien est fort de la vertu de Charité qui l’habite depuis son baptême. Celle-ci est un don de Dieu, une « force capable de susciter de nouvelles voies pour affronter les problèmes du monde d’aujourd'hui et pour renouveler profondément de l’intérieur les structures, les organisations sociales, les normes juridiques. Dans cette perspective, la charité devient charité sociale et politique : elle nous fait aimer le bien commun et conduit à chercher efficacement le bien de tous » (Compendium de la Doctrine sociale de l’Églisen. 207). Voilà pourquoi le responsable chrétien est mieux préparé pour affronter les défis du monde présent, dans la mesure, bien sûr, où il vit et témoigne de sa foi agissante en lui, de sa relation personnelle au Christ qui l’éclaire et lui donne cette force. Jésus l’a affirmé avec vigueur : « En dehors de moi vous ne pourrez rien faire ! » (Jn 15, 5) ; il ne faut donc pas s’étonner que la promotion de “valeurs”, pour évangéliques qu’elles soient, mais “vidées” du Christ qui en est l’auteur, soient impuissantes à changer le monde.

     Alors, Monseigneur Blanchet me demandait des conseils à vous adresser. Le premier – et le seul – que je vous donnerai est celui de vous unir de plus en plus à Jésus, d’en vivre et d’en témoigner. Il n’y a pas de séparation dans la personnalité d’une personne publique : il n’y a pas d’un côté l’homme politique, de l’autre le chrétien. Mais il y a l’homme politique qui, sous le regard de Dieu et de sa conscience, vit chrétiennement ses engagements et ses responsabilités !

     Vous êtes donc appelés à vous fortifier dans la foi, à approfondir la doctrine – en particulier la doctrine sociale – que Jésus a enseignée au monde, et à la mettre en œuvre dans l’exercice de vos charges et dans la rédaction des lois. Ses fondements sont foncièrement en accord avec la nature humaine, la loi naturelle que tous peuvent reconnaître, même les non chrétiens, même les non croyants. Il ne faut donc pas craindre de la proposer et de la défendre avec conviction : elle est une doctrine de salut qui vise le bien de tout être humain, l’édification de sociétés pacifiques, harmonieuses, prospères et réconciliées.

     J’ai bien conscience que l’engagement ouvertement chrétien d’un responsable public n’est pas facile, particulièrement dans certaines sociétés occidentales où le Christ et son Église sont marginalisés, souvent ignorés, parfois ridiculisés. Je n’ignore pas non plus les pressions, les consignes de parti, les “colonisations idéologiques” – pour reprendre une heureuse expression du Pape François –, auxquelles les hommes politiques sont soumis. Il leur faut du courage : le courage de dire parfois “non, je ne peux pas !”, lorsque la vérité est en jeu. Là encore, seule l’union avec Jésus – Jésus crucifié ! – vous donnera ce courage de souffrir pour son nom. Il l’a dit à ses disciples :« Dans le monde, vous aurez à souffrir, mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).

     Chers amis, je vous remercie de votre visite et je vous assure de mes plus sincères encouragements pour la poursuite de vos activités au service de vos compatriotes. Gardez l’espérance d’un monde meilleur ; gardez la certitude qu’unis au Christ, vos efforts porteront du fruit et obtiendront leur récompense. Je vous confie, ainsi que votre pays, à la protection de Notre-Dame de l’Assomption, et je vous donne de grand cœur la Bénédiction Apostolique.

 

31 août 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

     Se retrouver ensemble à table, surtout les jours de repos et de fête, est un signe de paix et de communion, dans toutes les cultures. Dans l'Évangile (Lc 14, 1.7-14), Jésus est invité à déjeuner par l'un des chefs des pharisiens. Recevoir des invités élargit l'espace du cœur, être invité demande l'humilité d'entrer dans le monde de l'autre. Une culture de la rencontre se nourrit de ces gestes qui rapprochent.

     Il n'est pas toujours facile de se rencontrer. L'évangéliste remarque que les convives « observaient » Jésus qui était généralement regardé avec une certaine méfiance par les interprètes les plus rigoureux de la tradition. Néanmoins, la rencontre a lieu car Jésus se rend vraiment proche, il ne reste pas en dehors de la situation. Il se fait hôte véritable, avec respect et authenticité. Il renonce aux bonnes manières qui ne sont que formalités pour éviter de s'impliquer réciproquement. C’est ainsi que, dans son style propre, il décrit ce qu'il voit à l'aide d'une parabole et invite ceux qui l'observent à réfléchir. Il a en effet remarqué qu'il y a une course pour prendre les premières places. Cela se produit encore aujourd'hui, non pas en famille mais lorsqu’il est important de “se faire remarquer” ; alors, le fait d'être ensemble se transforme en compétition.

     Nous asseoir ensemble à la table eucharistique le jour du Seigneur c’est aussi laisser la parole à Jésus. Il se fait volontiers notre hôte et peut nous décrire tel qu'il nous voit. Il est très important de nous voir à travers son regard : repenser à la façon dont nous réduisons souvent la vie à une compétition, à la façon dont nous nous dégradons pour obtenir une certaine reconnaissance, à la façon dont nous nous comparons inutilement aux autres. S'arrêter pour réfléchir, se laisser ébranler par une parole qui remet en question les priorités qui occupent notre cœur : voilà une expérience de liberté. Jésus nous appelle à la liberté.

     Dans l'Évangile, Il utilise le mot “humilité” pour décrire la forme accomplie de la liberté (cf. Lc 14, 11). L'humilité, en effet, c’est la liberté par rapport à soi-même. Elle naît lorsque le Royaume de Dieu et sa justice ont vraiment suscité notre intérêt et que nous pouvons nous permettre de regarder au loin : pas le bout de nos pieds, mais au loin ! Ceux qui s'exaltent, en général, semblent n'avoir rien trouvé de plus intéressant qu'eux-mêmes et, mais au fond, ils sont très peu sûrs d'eux-mêmes. Ceux en revanche qui ont compris qu'ils sont précieux aux yeux de Dieu, ceux qui sentent profondément qu'ils sont fils ou filles de Dieu, possèdent de plus grandes choses dont ils peuvent se glorifier et une dignité qui brille d'elle-même. Celle-ci passe au premier plan, occupe la première place sans effort et sans stratégies, lorsque, au lieu de se servir des situations, ils apprennent à servir.

    Demandons que l'Église soit pour chacun un lieu d'apprentissage de l'humilité, cette maison où l'on est toujours les bienvenus, où les places ne sont pas à conquérir, où Jésus peut encore prendre la parole et nous éduquer à son humilité, à sa liberté.

 

 

5 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV au Conseil des Jeunes de la Méditerranée

     Jeunes, vous êtes le signe d’une génération qui n’accepte pas sans critique ce qui se passe, qui ne détourne pas le regard, qui n’attend pas que quelqu’un d’autre fasse le premier pas ; signe d’une jeunesse qui imagine un avenir meilleur et qui a choisi de s’engager pour le construire ; signe d’un monde qui ne cède pas à l’indifférence et à l’habitude, mais qui s’engage et travaille pour transformer le mal en bien.

     Soyez lumière et sel là où s’éteignent la flamme de la foi et le goût de la vie. Ne renoncez pas si quelqu’un ne vous comprend pas. Saint Charles de Foucauld disait que Dieu se sert aussi des vents contraires pour nous conduire à bon port.


 

 

6 septembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Je voudrais commencer avec un souvenir : quand nous étions enfants, mettre les mains dans la terre avait un charme particulier. Nous nous en souvenons, et l’observons peut-être encore : observer le jeu des enfants nous fait du bien ! Creuser dans la terre, rompre la croûte dure du monde et voir ce qu’il y a en-dessous…

     Ce que décrit Jésus dans la parabole du trésor dans le champ (cf. Mt 13, 44) n’est plus un jeu pour enfants, pourtant la joie de la surprise est la même. Et le Seigneur nous dit : ainsi est le Royaume de Dieu. Voire même : ainsi l’on trouve le Royaume de Dieu. L’espérance se ravive quand nous creusons et rompons la croûte de la réalité et que nous allons sous la superficie.

     Aujourd’hui, je voudrais rappeler en votre présence que, dès qu’ils ont eu la liberté de vivre publiquement comme des chrétiens, les disciples de Jésus ont commencé à creuser, en particulier dans les lieux de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. La Tradition d’Orient et d’Occident rappelle Flavie Julie Hélène, mère de l’empereur Constantin, comme l’âme de ces recherches. Une femme qui cherche. Une femme qui creuse. Le trésor qui ravive l’espérance est en effet la vie de Jésus : il faut se mettre sur ses traces.

     Combien d’autres choses aurait pu faire une impératrice ! Quels lieux nobles aurait-elle pu préférer à la périphérie de Jérusalem. Combien de plaisirs et d’honneurs à la cour. Nous aussi, sœurs et frères, nous pourrions nous reposer sur les positions acquises et sur les richesses, plus ou moins grandes, qui nous apportent la sécurité. Nous perdrions ainsi la joie que nous avions quand nous étions enfants, ce désir de creuser et d’inventer qui rend chaque jour nouveau. « Inventer » — vous le savez — signifie « trouver » en latin. La grande « invention » d’Hélène fut de retrouver la Sainte Croix. Voici le trésor caché pour lequel tout vendre ! La Croix de Jésus est la plus grande découverte de la vie, la valeur qui modifie toutes les valeurs.

     Hélène put le comprendre, peut-être, car elle avait porté sa propre croix pendant longtemps. Elle n’était pas née à la cour : on dit qu’elle était une aubergiste d’origine modeste, dont le futur empereur Constance tomba amoureux. Il l’épousa, mais pour des jeux de pouvoir, il n’hésita pas à la répudier, l’éloignant pendant des années de son fils Constantin. Devenu empereur, Constantin lui-même lui causa beaucoup de peines et de déceptions, mais Hélène resta toujours elle-même : une femme qui cherche. Elle avait décidé de devenir chrétienne et pratiquait toujours la charité, n’oubliant jamais les humbles dont elle était issue.

     Une telle dignité et fidélité à la conscience, chers frères et sœurs, changent encore aujourd’hui le monde : elles rapprochent du trésor, comme le travail de l’agriculteur. Cultiver son cœur demande des efforts. C’est le plus grand travail qui soit. Mais en creusant, on trouve, en s’abaissant, on se rapproche toujours plus de ce Seigneur qui s’est dépouillé lui-même pour devenir comme nous. Sa Croix est sous la croûte de notre terre.

     Nous pouvons marcher fièrement, piétinant distraitement le trésor qui se trouve sous nos pieds. Si, au contraire, nous devenons comme des enfants, nous connaîtrons un autre Royaume, une autre force. Dieu est toujours sous nos pieds, prêt à nous soulever vers les hauteurs.

 

 

11 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux nouveaux Evêques et Evêques des pays de Mission

     Ceux que Jésus appelle à être ses disciples et à annoncer l’Evangile, en particulier les Douze, sont appelés à faire preuve d’une liberté intérieure, d’une pauvreté d’esprit et d’une disponibilité au service qui naissent de l’amour, afin d’incarner le même choix que Jésus,

 

 

 

 

14 septembre 2025 – Paroles du Pape Léon XIV lors de la Commémoration des martyrs et témoins de la foi du XXème siècle, en la Basilique Saint Paul Hors les Murs

     « Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde » (Gal 6, 14). Ces paroles de l’apôtre Paul, près de la tombe duquel nous sommes réunis, nous introduisent à la commémoration des martyrs et des témoins de la foi du XXIème siècle, en cette fête de l’Exaltation de la Sainte Croix.

     Aux pieds de la croix du Christ, notre salut, décrite comme “l’espérance des chrétiens” et la “gloire des martyrs” (cf. Vêpres de la Liturgie byzantine pour la Fête de l’Exaltation de la Croix), je salue les Représentants des Églises Orthodoxes, des Anciennes Églises Orientales, des Communions chrétiennes et des Organisations œcuméniques, que je remercie d’avoir accepté mon invitation à cette célébration. À vous tous ici présents, mon accolade de paix.

Nous sommes convaincus que le martyre jusqu’à la mort est « la communion la plus vraie avec le Christ qui répand son sang et qui, dans ce sacrifice, rend proches ceux qui jadis étaient loin (cf. Ep 2, 13) » (Lett. enc. Ut unum sint, n. 84). Aujourd’hui encore, nous pouvons affirmer avec Jean-Paul II que, là où la haine semblait imprégner chaque aspect de la vie, ces audacieux serviteurs de l’Évangile et martyrs de la foi ont démontré de manière évidente que « l’amour est plus fort que la mort » (Commémoration des Témoins de la foi au XXème siècle, 7 mai 2000).

     Nous nous souvenons de ces frères et sœurs le regard tourné vers le Crucifié. Par sa croix Jésus nous a révélé le vrai visage de Dieu, son infinie compassion pour l’humanité ; il a pris sur lui la haine et la violence du monde, pour partager le sort de tous ceux qui sont humiliés et opprimés : « c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé » (Is 53, 4).

     Aujourd'hui encore, de nombreux frères et sœurs, à cause de leur témoignage de foi dans des situations difficiles et des contextes hostiles, portent la même croix du Seigneur : comme Lui, ils sont persécutés, condamnés, tués. Jésus dit d’eux : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi » (Mt 5, 10-11). Ce sont des femmes et des hommes, des religieuses et des religieux, des laïcs et des prêtres, qui paient de leur vie leur fidélité à l’Évangile, leur engagement pour la justice, leur lutte pour la liberté religieuse là où elle est encore violée, leur solidarité avec les plus pauvres. Selon les critères du monde, ils ont été “vaincus”. En réalité, comme nous le dit le Livre de la Sagesse : « Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait » (Sa 3, 4).

     Frères et sœurs, au cours de l’Année jubilaire, nous célébrons l’espérance de ces témoins courageux de la foi. C’est une espérance pleine d’immortalité, parce que leur martyre continue à diffuser l’Évangile dans un monde marqué par la haine, la violence et la guerre ; c’est une espérance pleine d’immortalité, car, bien qu’ayant été tués dans leur corps, personne ne pourra étouffer leur voix ou effacer l’amour qu’ils ont donné ; c’est une espérance pleine d’immortalité, parce que leur témoignage demeure comme une prophétie de la victoire du bien sur le mal.

     Oui, leur espérance est désarmée. Ils ont témoigné de leur foi sans jamais recourir à la force et à la violence, mais en embrassant la faible et douce force de l’Évangile, selon les paroles de l’apôtre Paul : « C’est très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en mois sa demeure. […] Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Cor 12, 9-10).

     Je pense à la force évangélique de Sœur Dorothy Stang, engagée auprès des ‘‘sans-terre’’ en Amazonie : à ceux qui s’apprêtaient à la tuer en lui demandant une arme, elle a répondu en brandissant la Bible : « Voici ma seule arme ». Je pense au Père Ragheed Ganni, prêtre chaldéen de Mossoul en Irak, qui a renoncé à se battre pour témoigner de la conduite d’un vrai chrétien. Je pense au frère Francis Tofi, anglican et membre du Melanesian Brotherood, qui a donné sa vie pour la paix dans les Iles Salomon. Les exemples seraient nombreux, parce que malheureusement, malgré la fin des grandes dictatures du XXème siècle, la persécution des chrétiens n’est toujours pas terminée aujourd’hui, pire elle s’est même intensifiée dans certaines parties du monde.

     Ces audacieux serviteurs de l’Évangile et martyrs de la foi, « forment comme une grande fresque de l’humanité chrétienne[…]. C’est la fresque de l’Évangile des Béatitudes, vécu jusqu’à l’effusion du sang » (S. Jean-Paul II, Commémoration œcuménique des Témoins de la foi du XXème siècle, 7 mai 2000).

     Chers frères et sœurs, nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas oublier. Nous voulons nous souvenir. Nous le faisons, sûrs que, comme au cours des premiers siècles, au troisième millénaire aussi « le sang des martyrs est semence de nouveaux chrétiens » (Tertullien). Nous voulons préserver la mémoire ensemble avec nos frères et sœurs des autres Églises et Communions chrétiennes. Je tiens donc à réaffirmer l’engagement de l’Église Catholique à conserver la mémoire des témoins de la foi de toutes les traditions chrétiennes. La Commission pour les Nouveaux Martyrs, au Dicastère pour les Causes des Saints, remplit cette tâche, en collaborant avec le Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

     Comme nous l’avons reconnu lors du récent Synode, l’œcuménisme du sang unit les « chrétiens de différentes appartenances qui donnent ensemble leur vie pour la foi en Jésus-Christ. Le témoignage de leur martyre est plus éloquent que toute parole : l’unité vient de la Croix du Seigneur » (XVIème Assemblée synodale, Document final, n. 23). Puisse le sang de tant de témoins rapprocher le jour béni où nous boirons au même calice du salut.

     Chers amis, un enfant pakistanais, Abish Masih, tué dans un attentat contre l’Église catholique, avait écrit dans son propre cahier : «Making the world a better place», « rendre le monde meilleur ». Que le rêve de cet enfant nous pousse à témoigner courageusement de notre foi, pour être ensemble le levain d’une humanité pacifique et fraternelle

 

15 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV au terme du Chapitre Général de l’Ordre de Saint Augustin

     J’aime rappeler cette exhortation de saint Augustin : « Aimez ce que vous devez être » (Sermon 216, 8). Je trouve que c’est une indication précieuse, surtout pour ne pas tomber dans l’erreur d’imaginer la formation religieuse comme un ensemble de règles à observer ou de choses à faire ou, encore, comme un vêtement déjà confectionné à revêtir passivement. Au centre de tout, au contraire, il y a l’amour. La vocation chrétienne, et celle religieuse en particulier, naît seulement quand on ressent l’attraction de quelque chose de grand, d’un amour qui peut nourrir et rassasier le cœur. C’est pourquoi notre première préoccupation devrait être celle d’aider, spécialement les jeunes, à entrevoir la beauté de l’appel et à aimer ce que, en embrassant la vocation, ils pourront devenir. La vocation et la formation sont des réalités préétablies : elles sont une aventure spirituelle qui engage toute l’histoire d’une personne, et il s’agit avant tout d’une aventure d’amour avec Dieu.

     L’amour, que, comme nous le savons, saint Augustin a mis au centre de sa recherche spirituelle, est un critère fondamental aussi pour la dimension de l’étude théologique et de la formation intellectuelle. Dans la connaissance de Dieu, il n’est jamais possible d’arriver à Lui par notre seule raison et par une série d’informations théoriques, mais il s’agit avant tout de se laisser étonner par sa grandeur, de s’interroger et d’interroger le sens des choses qui se produisent pour y retrouver les traces du Créateur, et surtout de l’aimer et de le faire aimer.    A ceux qui étudient, Augustin suggère la générosité et l’humilité, qui naissent précisément de l’amour : la générosité de communiquer aux autres ses propres recherches, afin que cela profite à leur foi ; l’humilité pour ne pas tomber dans la vanité de ceux qui recherchent la science pour elle-même, en se sentant supérieurs aux autres parce qu’ils la possèdent.

 

 

 

 

 

 

17 septembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     Le Samedi Saint est également un jour de repos. Selon la Loi juive, on ne doit pas travailler le septième jour : en effet, après six jours de création, Dieu se reposa (cf. Gn 2, 2). Maintenant, le Fils aussi, après avoir accompli son œuvre de salut, se repose. Non pas parce qu'il est fatigué, mais parce qu'il a terminé son travail. Non pas parce qu'il a abandonné, mais parce qu'il a aimé jusqu'au bout. Il n'y a plus rien à ajouter. Ce repos est le sceau de l'œuvre accomplie, la confirmation que ce qui devait être fait a vraiment été porté à terme. C'est un repos rempli de la présence cachée du Seigneur.

     Nous avons du mal à nous arrêter et à nous reposer. Nous vivons comme si la vie n'était jamais suffisante. Nous courons pour produire, pour prouver, pour ne pas perdre de terrain. Mais l'Évangile nous enseigne que savoir s'arrêter est un geste de confiance que nous devons apprendre à accomplir. Le Samedi Saint nous invite à découvrir que la vie ne dépend pas toujours de ce que nous faisons, mais aussi de la façon dont nous savons nous détacher de ce que nous avons pu faire.

     Dans le sépulcre, Jésus, la Parole vivante du Père, se tait. Mais c'est précisément dans ce silence que la vie nouvelle commence à germer. Comme une graine dans la terre, comme l'obscurité avant l'aube. Dieu n'a pas peur du temps qui passe, car il est aussi le Seigneur de l'attente. Ainsi, même notre temps “inutile”, celui des pauses, des vides, des moments stériles, peut devenir le sein de la résurrection. Chaque silence accueilli peut être le prélude à une nouvelle Parole. Chaque temps suspendu peut devenir un temps de grâce, si nous l'offrons à Dieu.

     Jésus, enseveli dans la terre, est le visage doux d'un Dieu qui n'occupe pas tout l'espace. C'est le Dieu qui laisse faire, qui attend, qui se retire pour nous laisser la liberté. C'est le Dieu qui fait confiance, même quand tout semble fini. Et nous, en ce samedi suspendu, nous apprenons que nous ne devons pas nous précipiter pour ressusciter : il faut d'abord rester, accueillir le silence, nous laisser embrasser par la limite. Parfois, nous cherchons des réponses rapides, des solutions immédiates. Mais Dieu œuvre en profondeur, dans le temps lent de la confiance. Le samedi de l'ensevelissement devient ainsi le sein d'où peut jaillir la force d'une lumière invincible, celle de Pâques.

 

 

 

17 septembre 2025 - Lettre du Pape Léon XIV aux séminaristes du grand Séminaire de Trujillo
     Votre première tâche : être avec le Seigneur, vous laisser former par Lui, Le connaître et L’aimer pour devenir semblables à Lui. C’est pourquoi l’Église a toujours voulu que les séminaires existent : des lieux où l’on garde cette expérience et où se préparent ceux qui seront envoyés pour servir le peuple saint de Dieu. De là jaillissent aussi les attitudes que je souhaite partager avec vous, car elles ont toujours constitué le fondement solide du ministère sacerdotal.

     Avant toute chose, il est nécessaire de laisser le Seigneur éclairer nos motivations et purifier nos intentions (cf. Rm 12, 2). Le sacerdoce ne peut se réduire à « obtenir l’ordination » comme s’il s’agissait d’un but extérieur ou d’une solution facile à ses problèmes personnels. Ce n’est pas une fuite devant ce qu’on ne veut pas affronter, ni un refuge contre les difficultés affectives, familiales ou sociales ; ce n’est ni une promotion ni un abri, mais le don total de soi. Seul celui qui est libre peut se donner : lié par l’intérêt ou la peur, nul ne se donne vraiment, car « la volonté n’est vraiment libre que lorsqu’elle n’est pas esclave » (saint Augustin, Cité de Dieu, XIV, 11, 1). L’essentiel n’est pas d’être « ordonné », mais de devenir véritablement prêtre.

     Vu selon les critères du monde, le ministère se confond avec un droit personnel, une position à distribuer ; il devient une simple prérogative ou une fonction bureaucratique. En réalité, il naît du choix du Seigneur (cf. Mc 3, 13), qui appelle avec une prédilection particulière certains hommes à partager Son ministère de salut, afin qu’ils reproduisent en eux Son image et témoignent sans cesse de Sa fidélité et de Son amour. Ceux qui recherchent le sacerdoce pour des raisons superficielles se trompent de fondement et bâtissent sur le sable (cf. Mt 7, 26-27).

     La vie au séminaire est un chemin de rectification intérieure. Il faut laisser le Seigneur examiner nos cœurs et manifester clairement ce qui motive nos décisions. La droiture d’intention consiste à pouvoir dire chaque jour, avec simplicité et vérité : « Seigneur, je veux être ton prêtre, non pour moi-même, mais pour ton peuple. » Cette transparence se cultive par la confession fréquente, la direction spirituelle sincère et l’obéissance confiante envers ceux qui accompagnent notre discernement. L’Église demande des séminaristes au cœur pur, qui cherchent le Christ sans duplicité et ne se laissent pas emprisonner par l’égoïsme ou la vanité.
     Cela exige un discernement continu. La sincérité devant Dieu et devant les formateurs protège de l’autojustification et aide à corriger en temps voulu ce qui n’est pas conforme à l’Évangile. Le séminariste qui apprend à vivre dans cette clarté devient un homme mûr, libéré de l’ambition et du calcul humain, libre de se donner sans réserve. Ainsi, l’ordination sera la confirmation joyeuse d’une vie façonnée par le Christ dès le séminaire, et le commencement d’un chemin authentique.

     Le cœur du séminariste se forme dans la relation personnelle avec Jésus. La prière n’est pas un exercice secondaire : c’est en elle que l’on apprend à reconnaître Sa voix et à se laisser conduire par Lui. Celui qui ne prie pas ne connaît pas le Maître ; et celui qui ne Le connaît pas ne peut ni L’aimer vraiment ni se configurer à Lui. Le temps passé en prière est l’investissement le plus fécond de la vie : c’est là que le Seigneur façonne nos sentiments, purifie nos désirs et fortifie notre vocation. Ceux qui ne parlent pas assez avec Dieu ne peuvent pas parler de Dieu ! Le Christ se laisse rencontrer de manière privilégiée dans l’Écriture sainte, qu’il faut aborder avec révérence et foi, en cherchant l’Ami qui s’y révèle.

     Là, ceux qui se préparent au sacerdoce découvrent comment le Christ pense, comment Il voit le monde, comment Il se laisse toucher par les pauvres ; peu à peu, ils adoptent Ses critères et Ses attitudes. « Nous devons regarder Jésus, la compassion avec laquelle Il voit notre humanité blessée, la gratuité avec laquelle Il a offert Sa vie pour nous sur la croix » (François, Lettre aux prêtres du diocèse de Rome, 5 août 2023).

     L’Église a toujours reconnu que la rencontre avec le Seigneur devait s’enraciner dans l’intelligence et devenir doctrine. C’est pourquoi l’étude est un chemin indispensable pour que la foi devienne solide, raisonnée et capable d’éclairer les autres. Celui qui se forme pour le sacerdoce ne se livre pas à l’étude pour une érudition vaine, mais par fidélité à sa vocation. Le travail intellectuel, surtout théologique, est une forme d’amour et de service nécessaire à la mission, toujours en pleine communion avec le Magistère. Sans étude sérieuse, il n’y a pas de véritable ministère pastoral, car celui-ci consiste à conduire les personnes à connaître et aimer le Christ et, en Lui, à trouver le salut. On rapporte qu’un séminariste demanda à saint Alberto Hurtado en quelle matière il devait se spécialiser ; le saint répondit : « Spécialise-toi en Jésus-Christ ! » Voilà la voie la plus sûre : faire de l’étude un moyen de s’unir plus intimement au Seigneur et de Le proclamer avec clarté.

      Prière et recherche de la vérité ne sont pas deux chemins parallèles, mais une seule route qui conduit au Maître. Une piété sans doctrine devient une sentimentalité fragile ; une doctrine sans prière devient stérile et froide. Nourrissez-les toutes deux avec équilibre et passion : c’est seulement ainsi que vous pourrez proclamer authentiquement ce que vous vivez et vivre avec cohérence ce que vous proclamez. Lorsque l’esprit s’ouvre à la vérité révélée et que le cœur s’enflamme dans la prière, la formation porte du fruit et prépare à un sacerdoce solide et lumineux.
     La vie spirituelle et la vie intellectuelle sont indispensables, mais elles convergent vers l’autel, lieu où l’identité sacerdotale se construit et se manifeste dans sa plénitude (cf. saint Jean XXIII, Sacerdotii Nostri Primordia, II). Là, dans le Saint Sacrifice, le prêtre apprend à offrir sa vie, à l’exemple du Christ sur la croix. En se nourrissant de l’Eucharistie, il découvre l’unité entre ministère et sacrifice et comprend que sa vocation consiste à être un sacrifice uni au Christ (cf. Rm 12, 1). Ainsi, lorsque la croix est assumée comme une part inséparable de la vie, l’Eucharistie cesse d’être seulement un rite : elle devient le véritable centre de l’existence.

      L’union avec le Christ dans le sacrifice eucharistique se prolonge dans la paternité sacerdotale, qui engendre non selon la chair, mais selon l’Esprit (cf. 1 Co 4, 14-15). Être père n’est pas une fonction que l’on exerce, c’est un être que l’on devient. Un vrai père ne vit pas pour lui-même, mais pour sa famille : il se réjouit quand ses enfants grandissent, souffre quand ils se perdent, attend quand ils s’égarent (cf. 1 Th 2, 11-12). De même, le prêtre porte dans son cœur tout le peuple, il intercède pour lui, l’accompagne dans ses luttes et le soutient dans la foi. La paternité sacerdotale consiste à rendre visible le visage du Père, afin que ceux qui rencontrent le prêtre perçoivent intuitivement l’amour de Dieu.

     Cette paternité s’exprime dans des attitudes de don : le célibat comme amour indivis pour le Christ et pour Son Église ; l’obéissance comme confiance en la volonté de Dieu ; la pauvreté évangélique comme disponibilité pour tous ; la miséricorde et la force qui accompagnent les blessures et soutiennent dans la souffrance. C’est à ces signes qu’on reconnaît un vrai père, capable de guider ses enfants spirituels vers le Christ avec fermeté et amour. Il n’existe pas de paternité à moitié, pas plus qu’il n’existe de sacerdoce à moitié.

     Vous, candidats au sacerdoce, êtes appelés à fuir la médiocrité, au milieu de dangers bien réels : la mondanité qui brouille la vision surnaturelle de la réalité, l’activisme qui épuise, la distraction numérique qui vole l’intériorité, les idéologies qui détournent de l’Évangile et, non moins grave, la solitude de ceux qui cherchent à vivre sans le presbytérat et sans leur évêque. Un prêtre isolé est vulnérable. La fraternité et la communion sacerdotale font partie intégrante de la vocation. L’Église a besoin de pasteurs saints qui se donnent ensemble, non de fonctionnaires solitaires ; c’est seulement ainsi qu’ils seront des témoins crédibles de la communion qu’ils annoncent.
 

 

18 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV à des Instituts religieux

      Le deuxième aspect sur lequel je voudrais m’arrêter est la valeur fondamentale, dans la consécration religieuse, de l’obéissance comme acte d’amour. Jésus nous en a donné l’exemple dans sa relation avec le Père: «Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé» (Jn 5, 30). A ce propos, saint Augustin souligne avec force la relation étroite qui existe, dans la vie chrétienne, entre l’obéissance et le véritable amour: «Vous avez à cœur la charité — dit-il dans un discours — or l’obéissance en est la fille […], la racine est sous terre, les fruits à découvert. Je ne crois pas à ce qui est accroché au sol si je ne vois pas ce qui pend à la branche. Avez-vous la charité? Montrez-moi son fruit! Faites-moi voir l’obéissance […]. Que je puisse serrer la fille dans mes bras pour reconnaître la [fécondité de] la mère» (Sermon 359 B, 12). Aujourd’hui, parler d’obéissance n’est pas très à la mode: on la considère comme une renonciation de sa propre liberté. Mais il n’en est pas ainsi.    L’obéissance, dans sa signification la plus profonde d’écoute concrète et généreuse de l’autre, est un grand acte d’amour par lequel on accepte de mourir à soi afin que notre frère ou notre sœur puissent croître et vivre. Professée et vécue avec foi, elle trace un chemin lumineux de don, qui peut aider beaucoup le monde dans lequel nous vivons à redécouvrir la valeur du sacrifice, la capacité de relations durables et une maturité dans la coexistence qui va au-delà du «sentiment» du moment pour s’enraciner dans la fidélité. L’obéissance est une école de liberté dans l’amour.

 

 

20 septembre 2025 – Discours d Pape Léon XIV au Jubilé des Juristes

    Quelle meilleure occasion qu’est le Jubilé, pour réfléchir de plus près à la justice et à sa fonction, que nous savons indispensable tant pour le développement ordonné de la société que comme vertu cardinale qui inspire et oriente la conscience de chaque homme et de chaque femme ! La justice est appelée, en effet, à remplir une fonction supérieure dans la coexistence humaine, qui ne peut être réduite à la simple application de la loi ou à l’action des juges, ni se limiter aux aspects procéduraux.

     « Tu aimes la justice, tu réprouves le mal » (Ps 45, 8), nous rappelle l’expression biblique, exhortant chacun de nous à faire le bien et à éviter le mal. Ou encore, que de sagesse contient la maxime “rendre à chacun son dû” ! Pourtant, tout cela n’épuise pas le désir profond de justice qui est présent en chacun de nous, cette soif de justice qui est l’instrument essentiel pour édifier le bien commun dans toute société humaine. En effet, la justice conjugue la dignité de la personne, sa relation avec l’autre et la dimension de la communauté faite de coexistence, de structures et de règles communes. Une circularité de la relation sociale qui place au centre la valeur de chaque être humain, à préserver par la justice face aux différentes formes de conflit qui peuvent surgir dans l’action individuelle, ou dans la perte du sens commun qui peut également toucher les appareils et les structures.

     La tradition nous enseigne que la justice est avant tout une vertu, c’est-à-dire une attitude ferme et stable qui ordonne notre conduite selon la raison et la foi. [1] La vertu de justice consiste en particulier dans « la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû ». [2] Dans cette perspective, pour le croyant, la justice dispose « à respecter les droits de chacun et à établir dans les relations humaines l’harmonie qui promeut l’équité à l’égard des personnes et du bien commun », [3] objectif qui garantit un ordre protégeant les faibles, ceux qui réclament justice parce que victimes d’oppression, exclus ou ignorés.

     Il existe de nombreux épisodes évangéliques dans lesquels l’action humaine est évaluée par une justice capable de vaincre le mal de l’abus, comme le rappelle l’insistance de la veuve qui pousse le juge à retrouver le sens de la justice (cf. Lc 18, 1-8). Mais aussi une justice supérieure qui paie l’ouvrier de la dernière heure comme celui qui travaille toute la journée (cf. Mt 20,1-16) ; ou celle qui fait de la miséricorde la clé d’interprétation de la relation et incite à pardonner en accueillant le fils qui était perdu et qui a été retrouvé (cf. Lc 15, 11-32), ou encore à pardonner non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois (cf. Mt 18, 21-35). C’est la force du pardon, propre au commandement de l’amour, qui émerge comme élément constitutif d’une justice capable de conjuguer le surnaturel et l’humain.

     La justice évangélique ne détourne donc pas de la justice humaine, mais elle l’interroge et la redessine : elle la stimule à aller toujours plus loin, car elle la pousse à rechercher la réconciliation. En effet, le mal ne doit pas seulement être sanctionné, mais réparé. Pour cela, il faut porter un regard profond sur le bien des personnes et le bien commun. C’est une tâche ardue, mais pas impossible pour ceux qui, conscients d’exercer un service plus exigeant que d’autres, s’engagent à mener une vie irréprochable.

      Comme on le sait, la justice se concrétise lorsqu’elle tend vers les autres, lorsque chacun reçoit ce qui lui est dû, jusqu’à atteindre l’égalité en dignité et en opportunités entre les êtres humains. Nous sommes toutefois conscients que l’égalité effective n’est pas celle qui est formelle devant la loi. Cette égalité, bien qu’étant une condition indispensable à la bonne administration de la justice, n’empêche pas qu’il y ait des discriminations croissantes dont le premier effet est précisément le manque d’accès à la justice. La véritable égalité, en revanche, est la possibilité donnée à chacun de réaliser ses aspirations et de voir les droits inhérents à sa dignité garantis par un système de valeurs communes et partagées, capables d’inspirer les normes et les lois sur lesquelles se fonde le fonctionnement des institutions.

     Aujourd’hui, ce qui interpelle les acteurs de la justice, c’est précisément la recherche ou la récupération des valeurs oubliées dans la vie en communauté, leur préservation et leur respect. Il s’agit d’un processus utile et nécessaire, face à l’affirmation de comportements et de stratégies qui témoignent d’un mépris pour la vie humaine dès son apparition, qui nient les droits fondamentaux à l’existence personnelle et ne respectent pas la conscience dont découlent les libertés. C’est précisément à travers les valeurs qui sont à la base de la vie sociale que la justice assume son rôle central pour la coexistence des personnes et des communautés humaines. Comme l’écrivait saint Augustin : « La justice n’est pas la justice si elle n’est pas prudente, forte et tempérante ». [4] Cela exige la capacité de toujours penser à la lumière de la vérité et de la sagesse, d’interpréter la loi en profondeur, au-delà de la dimension purement formelle, afin de saisir le sens intime de la vérité que nous servons. Tendre vers la justice exige donc de pouvoir l’aimer comme une réalité à laquelle on ne peut parvenir qu’en conjuguant une attention constante, un désintéressement radical et un discernement assidu. En effet, lorsqu’on exerce la justice, on se met au service des personnes, du peuple et de l’État, dans un dévouement total et constant. La grandeur de la justice ne diminue pas lorsqu’on l’exerce dans les petites choses, mais elle se manifeste toujours lorsqu’elle est appliquée avec fidélité au droit et au respect de la personne, où qu’elle se trouve dans le monde. [5]

     « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5, 6). Par cette béatitude, le Seigneur Jésus a voulu exprimer la tension spirituelle à laquelle il faut être ouvert, non seulement pour parvenir à une véritable justice, mais surtout pour la rechercher de la part de ceux qui sont appelés à la réaliser dans les différentes situations historiques.   Avoir “faim et soif” de justice équivaut à être conscient qu’elle exige un effort personnel pour interpréter la loi de la manière la plus humaine possible, mais surtout qu’elle demande de tendre vers une “satiété” qui ne peut trouver son accomplissement que dans une justice plus grande, transcendant les situations particulières.

      Chers amis, le Jubilé nous invite également à réfléchir sur un aspect de la justice qui n’est    souvent pas suffisamment mis en évidence : à savoir la réalité de nombreux pays et peuples qui “ont faim et soif de justice”, car leurs conditions de vie sont tellement iniques et inhumaines qu’elles en deviennent inacceptables. Il faudrait donc appliquer au panorama international actuel ces sentences perpétuellement valables : « La république ne peut être gouvernée sans la justice ; donc, où il n’y a pas une véritable justice, le droit ne peut être. Car ce qui se fait avec droit se fait avec justice, et ce qui se fait sans justice ne peut se faire avec droit. […] Il suit indubitablement qu’où il n’y a pas justice, il n’y a pas république. Or la justice est cette vertu qui rend à chacun ce qui lui appartient. Qu’elle est donc cette justice de l’homme, qui dérobe l’homme même au vrai Dieu ». [6] Que les paroles exigeantes de saint Augustin inspirent chacun d’entre nous à toujours exprimer au mieux l’exercice de la justice au service du peuple, le regard tourné vers Dieu, afin de respecter pleinement la justice, le droit et la dignité des personnes.


[1] Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 1804.

[2]Id., n. 1807.

[3]Ibid.

[4] S. Augustin, Lettres 167, 2, 5.

[5] Cf. Id., De doctrina christiana IV, 18, 35.

[6] Id., De civitate Dei, XIX, 21, 1.

 

 

 

21 septembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans la paroisse Saint Anne au Vatican, la paroisse du Pape

     L’Évangile nous invite à examiner attentivement notre lien avec le Seigneur et, par conséquent, entre nous. Jésus établit une alternative très nette entre Dieu et la richesse, nous demandant de prendre une position claire et cohérente : « Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres », donc « vous ne pouvez pas servir Dieu et la richesse » (cf. Lc 16,13). Il ne s’agit pas d’un choix contingent, comme tant d’autres, ni d’une option révisable au gré des situations. Il faut décider d’un véritable style de vie. Il s’agit de choisir où placer notre cœur, de clarifier qui nous aimons sincèrement, qui nous servons avec dévouement, et quel est vraiment notre bien.

     C’est pourquoi Jésus oppose la richesse à Dieu : le Seigneur parle ainsi parce qu’il sait que nous sommes des créatures indigentes, que notre vie est pleine de besoins. Depuis notre naissance, pauvres et nus, nous avons tous besoin de soins et d’affection, d’un foyer, de nourriture, de vêtements. La soif de richesse risque de prendre la place de Dieu dans notre cœur, lorsque nous croyons qu’elle seule peut sauver notre vie, comme le pense l’intendant malhonnête de la parabole (cf. Lc 16,3-7). La tentation est de penser que, sans Dieu, nous pourrions encore bien vivre, tandis que sans richesse nous serions malheureux et accablés de mille besoins. Devant l’épreuve, nous nous sentons menacés, mais au lieu de demander de l’aide avec confiance et de partager fraternellement, nous nous mettons à calculer, à accumuler, devenant soupçonneux et méfiants envers les autres.

      Ces pensées transforment le prochain en concurrent, en rival, ou en quelqu’un dont tirer profit. Comme le prophète Amos l’avertit, ceux qui veulent faire de la richesse un instrument de domination n’attendent que le moment d’« acheter pour de l’argent les indigents » (Am 8,6), exploitant leur pauvreté. Au contraire, Dieu destine les biens de la création à tous. Notre indigence de créatures témoigne alors d’une promesse et d’un lien dont le Seigneur prend soin personnellement. Le psalmiste décrit ce style providentiel : Dieu « abaisse son regard sur les cieux et sur la terre » ; il « relève le faible de la poussière, il retire le pauvre du fumier » (Ps 113,6-7). Ainsi agit le Père bon, toujours et envers tous : non seulement envers ceux qui manquent de biens matériels, mais aussi envers ceux qui sont accablés par la misère spirituelle et morale, qu’ils soient puissants ou faibles, pauvres ou riches.

      La Parole du Seigneur ne divise pas les hommes en classes rivales, mais elle pousse chacun à une révolution intérieure, une conversion qui commence dans le cœur. Alors nos mains s’ouvriront : pour donner, non pour saisir. Alors nos esprits s’ouvriront : pour concevoir une société meilleure, non pour chercher les meilleures affaires. Comme l’écrit saint Paul : « Je recommande avant tout que l’on fasse des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité » (1 Tm 2,1). Aujourd’hui, en particulier, l’Église prie pour que les dirigeants des nations soient libérés de la tentation d’utiliser la richesse contre l’homme, en la transformant en armes qui détruisent les peuples et en monopoles qui humilient les travailleurs. Celui qui sert Dieu devient libre de la richesse, mais celui qui sert la richesse en reste esclave ! Celui qui cherche la justice transforme la richesse en bien commun ; celui qui cherche la domination transforme le bien commun en proie pour sa propre avidité.
      Les Saintes Écritures éclairent cet attachement aux biens matériels, qui trouble notre cœur et déforme notre avenir.

 

21 septembre 2025 – Méditation du Pape Léon lors de la prière mariale de l’Angelus

     La parabole dans l’Évangile (Lc 16, 1-13) nous invite à réfléchir sur l’usage des biens matériels et, plus généralement, sur la manière dont nous gérons le bien le plus précieux qui soit, à savoir notre propre vie.

    Dans le récit, nous voyons qu’un gérant est appelé par son maître à “rendre des comptes”. Cette image nous dit quelque chose d’important : nous ne sommes pas maîtres de notre vie ni des biens dont nous jouissons ; tout nous a été donné en cadeau par le Seigneur qui a confié ce patrimoine à nos soins, à notre liberté et à notre responsabilité. Un jour, nous serons appelés à rendre compte de la manière dont nous avons géré notre vie, nos biens et les ressources de la terre, tant devant Dieu que devant les hommes, la société et surtout ceux qui viendront après nous.

     Le gérant de la parabole a simplement cherché son profit personnel et, lorsque vient le jour où il doit rendre des comptes et où son administration lui est retirée, il doit réfléchir à ce qu’il va faire pour son avenir. Dans cette situation difficile, il comprend que l’accumulation de biens matériels n’est pas la valeur la plus importante, car les richesses de ce monde sont éphémères. Alors, il a une idée lumineuse : il appelle les débiteurs et “réduit” leurs dettes, renonçant ainsi à la part qui lui revenait. De cette manière, il perd de sa richesse matérielle, mais gagne des amis qui seront prêts à l’aider et à le soutenir.

     S’inspirant de ce récit, Jésus nous exhorte : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (v. 9).

     En effet, le gérant de la parabole, tout en gérant les richesses malhonnêtes de ce monde, parvient à trouver un moyen de se faire des amis, en sortant ainsi de la solitude de son égoïsme ; à plus forte raison, nous qui sommes disciples et vivons dans la lumière de l’Évangile, nous devons utiliser les biens du monde et notre propre vie en pensant à la véritable richesse, qui est l’amitié avec le Seigneur et avec nos frères.

     Très chers amis, la parabole nous invite à nous demander : comment gérons-nous les biens matériels, les ressources de la terre et notre propre vie que Dieu nous a confiés ? Nous pouvons suivre le critère de l’égoïsme, en mettant la richesse au premier plan et en ne pensant qu’à nous-mêmes ; mais cela nous isole des autres et répand le poison d’une compétition qui génère souvent des conflits. Ou bien nous pouvons reconnaître tout ce que nous avons comme un don de Dieu à gérer, et l’utiliser comme un instrument de partage, pour créer des réseaux d’amitié et de solidarité, pour édifier le bien, pour construire un monde plus juste, plus équitable et plus fraternel.

 

 

1er octobre 2025 – Discours du Pape à l’occasion des 10 ans de Laudato Si’

    Dans les Ecritures, le cœur n’est pas seulement le centre des sentiments et des émotions, mais aussi le lieu de la liberté. Bien que le cœur inclue la raison, il la transcende et la transforme, influençant et intégrant tous les aspects de la personne et ses relations fondamentales. Le cœur est le lieu où la réalité extérieure a le plus grand impact, où s’opère la recherche la plus profonde, où les désirs les plus authentiques sont découverts, où l’on trouve son identité profonde et où se forment les décisions. Ce n’est qu’en retournant au cœur qu’une véritable conversion écologique peut avoir lieu. Nous devons passer de la collecte de données à la prise en charge, et du discours environnemental à une conversion écologique qui transforme les modes de vie tant personnels que collectifs. Pour les croyants, cette conversion n’est en fait pas différente de celle qui nous oriente vers le Dieu vivant. Nous ne pouvons pas aimer Dieu, que nous ne voyons pas, tout en méprisant ses créatures. Nous ne pouvons pas non plus nous dire disciples de Jésus-Christ sans partager sa vision de la Création et son souci de tout ce qui est fragile et blessé.

 

 

4 octobre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Jubilaire

     Dans le texte biblique (Lc 16, 13-14), l’évangéliste remarque que certaines personnes, après avoir écouté Jésus, se moquaient de lui. Son discours sur la pauvreté leur paraissait absurde. Plus précisément, elles se sentaient visées à cause de leur attachement à l’argent.

     Chers amis, vous êtes venus comme pèlerins d’espérance, et le Jubilé est un temps d’espérance concrète, où notre cœur peut trouver le pardon et la miséricorde, afin que tout puisse recommencer d’une manière nouvelle. Le Jubilé ouvre aussi à l’espérance d’une distribution plus juste des richesses, à la possibilité que la terre appartienne à tous, car en réalité ce n’est pas le cas. En cette année, nous devons choisir qui servir: la justice ou l’injustice, Dieu ou l’argent.

     Espérer, c’est choisir. Cela signifie au moins deux choses. La plus évidente est que le monde change si nous changeons. Le pèlerinage se fait pour cela: c’est un choix. On franchit la Porte Sainte pour entrer dans un temps nouveau. La  seconde signification est plus profonde et subtile: espérer, c’est choisir, parce que celui qui ne choisit pas se désespère. Une des conséquences les plus fréquentes de la tristesse spirituelle, c’est-à-dire de l’acédie, est de ne rien choisir. Celui qui en souffre est alors saisi d’une paresse intérieure qui est pire que la mort. Espérer, au contraire, c’est choisir.

     Je voudrais aujourd’hui rappeler une femme qui, par la grâce de Dieu, a su choisir: une jeune fille courageuse et à contre-courant, Claire d’Assise. Nous savons que François, en choisissant la pauvreté évangélique, dut rompre avec sa famille. Mais c’était un homme: le scandale fut moindre. Le choix de Claire fut encore plus impressionnant: une jeune fille qui voulait être comme François, qui voulait vivre, en femme, libre comme ces frères!

     Claire a compris ce que demande l’Evangile. Mais même dans une ville qui se croit chrétienne, l’Evangile pris au sérieux peut sembler une révolution. Alors, comme aujourd’hui, il faut choisir! Claire a choisi, et cela nous donne une grande espérance. Nous voyons en effet deux conséquences de son courage à suivre ce désir: la première est que beaucoup d’autres jeunes filles de ce territoire trouvèrent le même courage et choisirent la pauvreté de Jésus, la vie des Béatitudes; la deuxième conséquence est que ce choix ne fut pas un feu de paille, mais il a duré dans le temps jusqu’à nos jours. Le choix de Claire a inspiré des choix de vocations dans le monde entier, et continue à le faire aujourd’hui.

     Jésus dit: «Nul ne peut servir deux maîtres». C’est ainsi que l’Eglise reste jeune et attire les jeunes. Claire d’Assise nous rappelle que l’Evangile plaît aux jeunes. Cela demeure vrai: les jeunes aiment les personnes qui ont fait des choix et assument les conséquences de leur choix. Cela donne envie à d’autres de choisir à leur tour. C’est une sainte imitation: on ne devient pas une «photocopie», mais chacun — lorsqu’il choisit l’Evangile — choisit de devenir lui-même. Il se perd et il se retrouve. L’expérience le prouve: c’est ce qui se passe.

Prions donc pour les jeunes; et prions pour être une Eglise qui ne sert ni l’argent ni elle-même, mais le Royaume de Dieu et sa justice. Une Eglise qui, comme sainte Claire d’Assise, a le courage d’habiter la cité autrement. Cela donne de l’espérance!

 

 

9 octobre 2025 – Message du Pape Léon XIV pour l’ouverture de l’Année Universitaire Pontificale Urbananienne

     J’aime imaginer ce que saint Augustin recommanderait aujourd’hui: que l’étude authentique ne soit jamais une fin en soi, mais l’instrument pour élever l’âme vers les réalités terrestres (cf. Saint Augustin, De Doctrina Christiana, I, 36). Il s’agit de ne pas considérer l’étude comme un simple exercice intellectuel, mais comme un chemin qui conduit à la Sagesse, dans lequel convergent la vérité recherchée et le Dieu qui se laisse trouver.

     La mission de chaque université, en effet, dépasse les salles de cours et les curricula

académiques et se projette au service des peuples, en particulier là où les personnes attendent des paroles d’espérance et des signes de charité, des indices de vérité et des garanties de liberté. Cela vaut d’autant plus pour votre université qui, en tant que prolongement académique du Collège pontifical urbain, porte depuis près de quatre cents ans dans son identité l’empreinte missionnaire de l’Eglise universelle. 

 

 

 

 

 

 

15 octobre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
     Laissons le mystère du Christ, culminant dans la Résurrection, répandre sa lumière de salut au contact de la réalité humaine et historique actuelle, avec ses questions et ses défis.

     Notre vie est ponctuée d'innombrables événements, remplis de nuances et d'expériences différentes. Parfois nous nous sentons joyeux, parfois tristes, ou encore comblés, ou stressés, gratifiés, démotivés. Nous vivons occupés, nous nous concentrons pour obtenir des résultats, nous atteignons même des objectifs élevés et prestigieux. À l'inverse, nous restons suspendus, précaires, dans l'attente de succès et de reconnaissances qui tardent à arriver ou qui n'arrivent pas du tout. En somme, nous expérimentons une situation paradoxale : nous voudrions être heureux, mais il est très difficile de l'être continuellement et sans ombres.   

     Nous devons accepter nos limites et, en même temps, avec l'envie irrépressible d'essayer de les dépasser. Nous sentons au fond de nous qu'il nous manque toujours quelque chose.

En vérité, nous n'avons pas été créés pour le manque, mais pour la plénitude, pour jouir de la vie et de la vie en abondance, selon l'expression de Jésus dans l'Évangile de Jean (cf. 10,10).

Ce désir infini de notre cœur peut trouver sa réponse ultime non pas dans les rôles, non pas dans le pouvoir, non pas dans l'avoir, mais dans la certitude qu'il y a quelqu'un qui est le garant de cet élan constitutif de notre nature humaine ; dans l’assurance que cette attente ne sera pas déçue ou anéantie. Cette certitude coïncide avec l'espérance. Il ne s'agit pas de penser de manière optimiste : souvent l'optimisme nous déçoit, voit nos attentes imploser, tandis que l'espérance promet et tient.

     Jésus Ressuscité est la garantie de cet abri sûr ! Il est la source qui satisfait notre soif, la soif infinie de plénitude que l'Esprit Saint répands dans nos cœurs. En effet, la résurrection du Christ n'est pas un simple événement dans l'histoire humaine, mais l'événement qui l'a transformée de l'intérieur.

     Pensons à une source d'eau. Quelles sont ses caractéristiques ? Elle désaltère et rafraîchit les créatures, elle irrigue la terre, les plantes, elle rend fertile et vivant ce qui autrement resterait aride. Elle rafraîchit le voyageur fatigué en lui offrant la joie d'une oasis de fraîcheur. Une source apparaît comme un don gratuit pour la nature, pour les créatures, pour les êtres humains. Sans eau, on ne peut pas vivre.

     Le Ressuscité est la source vive qui ne se tarit pas et ne s'altère pas. Elle reste toujours pure et préparée pour celui qui a soif. Et plus nous goûtons au mystère de Dieu, plus nous sommes attirés par lui, sans jamais être complètement rassasiés. Saint Augustin, dans le dixième livre des Confessions, saisit précisément cette aspiration inépuisable de notre cœur et l'exprime dans le célèbre Hymne à la beauté : « Tu as exhalé ton parfum, j’ai respiré et j’aspire à toi, j'ai goûté, j'ai faim et soif ; tu m'as touché, et j'ai brûlé du désir de ta paix » (X, 27, 38).

     Jésus, par sa Résurrection, nous a assuré une source de vie permanente : Il est le Vivant (cf. Ap 1,18), celui qui aime la vie, le vainqueur de toute mort. Il est donc en mesure de nous procurer le repos dans notre parcours terrestre et de nous assurer une tranquillité parfaite dans l'éternité. Seul Jésus, mort et ressuscité, répond aux questions les plus profondes de notre cœur : y a-t-il vraiment une fin pour nous ? Notre existence a-t-elle un sens ? Et comment la souffrance de tant d'innocents pourra-t-elle être rachetée ?

     Jésus Ressuscité ne fait pas tomber une réponse "d'en haut", mais il se fait notre compagnon dans ce voyage souvent fatigant, douloureux, mystérieux. Lui seul peut remplir notre gourde vide, quand la soif devient insupportable.

     Et il est aussi le point d'arrivée de notre marche. Sans son amour, le voyage de la vie deviendrait une errance sans but, une erreur tragique sans destination. Nous sommes des créatures fragiles. L'erreur fait partie de notre humanité, c'est la blessure du péché qui nous fait tomber, abandonner, désespérer. Ressusciter, en revanche, signifie se relever et se mettre debout. Le Ressuscité nous garantit un abri sûr, il nous ramène à la maison, où nous sommes attendus, aimés, sauvés. Faire le voyage avec Lui à nos côtés signifie expérimenter que nous sommes soutenus malgré tout, désaltérés et rafraîchis dans les épreuves et les labeurs qui, comme de lourdes pierres, menacent de bloquer ou de dévier notre histoire.

     De la Résurrection du Christ jaillit l'espérance qui nous fait déjà goûter, malgré les difficultés de la vie, un calme profond et joyeux : cette paix que Lui seul nous donnera à la fin, sans fin.

 

 

15 octobre 2025 – Résumé de l’enseignement du Pape Léon XIV en langue française, lors de l’Audience Générale
     Laissons à présent la lumière de la résurrection illuminer le mystère du Christ dans la réalité humaine et historique actuelle avec ses défis et ses interrogations.

     Quoi qu’il arrive, dans une vie rythmée par d’innombrables évènements joyeux ou tristes, nous sentons au plus profond de nous-mêmes un manque. Or nous n’avons pas été créés pour le manque mais pour la plénitude, c’est-à-dire pour que nous ayons la vie en abondance. Ce désir abyssal de notre cœur ne peut trouver sa réponse ultime dans les charges, le pouvoir ou la possession, mais seulement dans la certitude que quelqu’un se porte garant de cet élan constitutif de notre nature humaine. Et cette certitude coïncide avec l’espérance.

     Jésus ressuscité est la source qui étanche notre soif infinie de plénitude, insufflée dans notre cœur par le Saint-Esprit. Et plus nous goûtons au mystère de Dieu, plus nous sommes attirés par lui, sans pouvoir jamais être complètement rassasiés. Jésus n’offre pas une réponse à chacune de nos questions, mais il nous accompagne sur le chemin de vie qui conduit à Lui.

 

 

 

19 octobre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de canonisation de : Ignatius Choukrallah Maloyan, Peter To Rot, Vincenza Maria Poloni, Maria del Monte Carmelo Rendiles Martínez, Maria Troncatti, José Gregorio Hernández Cisneros, - Bartolo Longo

     La question qui conclut l’Évangile qui vient d’être proclamé ouvre notre réflexion : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Cette interrogation nous révèle ce qui est le plus précieux aux yeux du Seigneur : la foi, c’est-à-dire le lien d’amour entre Dieu et l’homme. Aujourd’hui même, sept témoins se tiennent devant nous, les nouveaux saints et saintes qui, par la grâce de Dieu, ont maintenu allumée la lampe de la foi. Bien plus, ils sont devenus eux-mêmes des lampes capables de diffuser la lumière du Christ.

     Par rapport aux biens matériels et culturels, scientifiques et artistiques, la foi excelle non pas parce que ceux-ci seraient méprisables, mais parce que sans la foi, ils perdent leur sens. La relation avec Dieu est de la plus haute importance car Il a créé toutes choses à partir de rien, au commencement des temps, et Il sauve du néant tout ce qui finit dans le temps. Une terre sans foi serait peuplée d’enfants vivant sans Père, c’est-à-dire de créatures sans salut.

     C’est pourquoi Jésus, le Fils de Dieu fait homme, s’interroge sur la foi : si celle-ci disparaissait du monde, que se passerait-il ? Le ciel et la terre resteraient tels quels, mais il n’y aurait plus d’espérance dans nos cœurs ; la liberté de tout un chacun serait vaincue par la mort ; notre désir de vie sombrerait dans le néant. Sans la foi en Dieu, nous ne pouvons pas espérer le salut. La question de Jésus nous inquiète donc, certes, mais seulement si nous oublions que c’est Jésus lui-même qui la pose. Les paroles du Seigneur, en effet, restent toujours Évangile, c’est-à-dire annonce joyeuse du salut. Ce salut consiste dans le don de la vie éternelle que nous recevons du Père, par le Fils, avec la force de l’Esprit Saint.

     Chers amis, c’est précisément pour cette raison que le Christ parle à ses disciples de la « nécessité de prier sans cesse, sans jamais se lasser » (Lc 18, 1) : comme nous ne nous lassons pas de respirer, ne nous lassons pas non plus de prier ! Comme le souffle soutient la vie du corps, la prière soutient la vie de l’âme : en effet, la foi s’exprime dans la prière et la prière authentique vit de la foi.

      Jésus nous montre ce lien à travers une parabole : un juge reste sourd aux demandes pressantes d’une veuve, dont l’insistance le conduit finalement à agir. À première vue, cette ténacité devient pour nous un bel exemple d’espérance, surtout en période d’épreuve et de tribulation. Cependant, la persévérance de la femme et le comportement du juge, qui agit à contrecœur, préparent une question provocante de Jésus : Dieu, le bon Père, « ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? » (Lc 18, 7).

     Faisons résonner ces paroles dans notre conscience : le Seigneur nous demande si nous croyons que Dieu est un juge juste envers tous. Le Fils nous demande si nous croyons que le Père veut toujours notre bien et le salut de toute personne. À ce sujet, deux tentations mettent notre foi à l’épreuve : la première tire sa force du scandale du mal, nous conduisant à penser que Dieu n’écoute pas les pleurs des opprimés et n’a pas pitié de la douleur des innocents. La deuxième tentation est de prétendre que Dieu devrait agir comme nous le voulons : la prière cède alors la place à un ordre donné à Dieu, pour lui dire comment faire pour être juste et efficace.

     Jésus, témoin parfait de la confiance filiale, nous libère de ces deux tentations. Il est l’innocent qui, surtout pendant sa passion, prie ainsi : “Père, que ta volonté soit faite” (cf. Lc 22, 42). Ce sont les mêmes paroles que le Maître nous transmet dans la prière du Notre Père. Quoi qu’il arrive, Jésus s’en remet au Père en tant que Fils ; c’est pourquoi, en tant que frères et sœurs dans le Christ, nous proclamons : « Vraiment, Père très saint, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, par ton Fils bien-aimé, Jésus le Christ » (Missel romain, Prière eucharistique 2, Préface).

     La prière de l’Église nous rappelle que Dieu fait justice à tous, en donnant sa vie pour tous. Ainsi, lorsque nous crions au Seigneur : “Où es-tu ?” nous transformons cette invocation en prière, et reconnaissons alors que Dieu est là où souffre l’innocent. La croix du Christ révèle la justice de Dieu. Et la justice de Dieu c’est le pardon : Il voit le mal et le rachète, en le prenant sur lui. Lorsque nous sommes crucifiés par la souffrance et la violence, par la haine et la guerre, le Christ est déjà là, sur la croix pour nous et avec nous. Il n’y a pas de pleurs que Dieu ne console ; il n’y a pas de larmes qui restent loin de son cœur. Le Seigneur nous écoute, nous étreint tels que nous sommes, pour nous transformer tel qu’il est. Ceux qui refusent la miséricorde de Dieu, en revanche, restent incapables de miséricorde envers leur prochain.  Ceux qui n’accueillent pas la paix comme un don ne sauront pas donner la paix.

     Chers amis, nous comprenons maintenant que les questions de Jésus sont une invitation vigoureuse à l’espérance et à l’action : quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi en la providence de Dieu ? C’est cette foi, en effet, qui soutient notre engagement pour la justice, précisément parce que nous croyons que Dieu sauve le monde par amour, nous libérant du fatalisme. Demandons-nous donc : lorsque nous entendons l’appel de ceux qui sont en difficulté, sommes-nous témoins de l’amour du Père, comme le Christ l’a été envers tous ? Il est l’humble qui appelle les tyrans à la conversion, le juste qui nous rend justes, comme en témoignent les nouveaux saints d’aujourd’hui : non pas des héros ou des chantres d’un idéal quelconque, mais des hommes et des femmes authentiques.

 

 

25 octobre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV aux participants du Jubilé des services du protocole institutionnel ; salle des bénédictions du Palais apostolique
         L’Évangile nous invite à cultiver l’espérance à travers un langage qui peut paraître dur :

     « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » (Lc 13,3.5) Jésus répète deux fois cet avertissement, à partir d’épisodes de violence et de malheur : des Galiléens avaient été tués sur ordre du gouverneur romain, et d’autres étaient morts dans l’effondrement d’une tour. De tels drames, malheureusement, se répètent tout au long de l’histoire humaine. Mais face à cette triste récurrence du mal, le Seigneur indique une nouveauté de vie, nous invitant à faire la différence : « Convertissez-vous ! »

     Dieu est toujours prêt à nous offrir le salut et à nous délivrer du mal, si nous le voulons, c’est-à-dire si nous répondons librement à sa providence : telle est la conversion à laquelle le Christ nous appelle.

     Le mot grec metanoia exprime bien cela : il signifie changement de mentalité, transformation du mode de vie, de pensée et d’action. La nouvelle direction à laquelle le Seigneur nous invite est un chemin allant de notre présent à son éternité. Ainsi agit la vertu d’espérance : elle nous surprend intimement par la promesse d’une existence libérée du sens unique qui conduit à une mort sans rachat.

    Très chers frères et sœurs, la conversion dont parle Jésus est un véritable travail quotidien qui concerne toutes nos activités. C’est à travers cet engagement que se révèle le sens que nous donnons à la vie et la direction de notre cœur.

     Face aux souffrances et aux épreuves de l’histoire, l’Évangile nous rappelle que vivre sans espérance, c’est demeurer immobile dans la certitude de mourir, tandis que convertir sa vie à l’espérance, que le Christ nous insuffle, c’est porter dans son cœur la lumière du Ressuscité.

     Cette transformation nous concerne tous : chaque conscience, mais aussi toute l’Église, chaque citoyen, et donc aussi l’État. Oui : si un État ne se convertit pas des injustices qui le menacent et de la corruption qui le ronge, il risque de mourir.
 

 

 

7 Novembre 2025 – Message du Pape Léon XIV à l’occasion de la VII Conférence Nationale Italienne sur les addictions
     Les adolescents et les jeunes ont besoin de former leur conscience, de développer leur vie intérieure, et d’établir avec leurs pairs des relations positives, ainsi qu’un dialogue constructif avec les adultes, pour devenir les artisans libres et responsables de leur propre existence.

 

 

8 novembre 2025 - Message vidéo Pape Léon XIV,  aux jeunes rassemblés devant la cathédrale de Košice
     Jésus vous appelle à être des témoins de la communion, des bâtisseurs de ponts et des semeurs de confiance dans un monde souvent marqué par la division et la méfiance.
     N’ayez donc pas peur de montrer que vous êtes chrétiens, de vivre l’Évangile avec enthousiasme et de partager la joie qui jaillit de la rencontre avec le Seigneur.

     Souvenez-vous toujours de ces paroles et ayez le courage d’en transmettre le sens à d’autres :

      « Dans chaque situation de notre vie, nous ferons l’expérience que nous ne sommes jamais seuls, car en tant qu’enfants, nous sommes toujours aimés, pardonnés et encouragés par Dieu. » (Message de Sa Sainteté le Pape Léon XIV pour la 40ᵉ Journée mondiale de la jeunesse)

     C’est en effet cette certitude qui vous rend libres, vous élève au-dessus de l’indifférence et vous pousse à aimer d’un cœur ouvert et généreux.

     Soyez des témoins de cette joie ! Apportez la lumière du Christ dans vos familles, vos écoles, vos universités, vos lieux de travail et vos communautés.

     Ainsi, le visage jeune de l’Église continuera de rayonner au cœur de l’Europe centrale, où la foi de vos ancêtres demeure aujourd’hui encore une source de vie nouvelle.
     Avec affection, je vous accorde ma bénédiction apostolique et je confie chacun de vous à la protection de la Vierge Marie, Mère de l’Église et Reine de la paix.

      Et que la bénédiction de Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, descende sur vous et y demeure toujours. Amen

 

 

13 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants au Congrès sur l’enfance et l’Adolescence sur la dignité des mineurs à l’ère du numérique
     Je vous salue, vous tous qui participez à cette rencontre sur la dignité des enfants et des adolescents à l’ère de l’intelligence artificielle. Je vous suis reconnaissant pour votre présence et pour vos contributions précieuses.

     L’intelligence artificielle transforme de nombreux aspects de notre vie quotidienne, y compris l’éducation, les divertissements et la sécurité des mineurs. Son utilisation soulève d’importantes questions éthiques, en particulier en ce qui concerne la protection de la dignité et du bien-être des mineurs.

     Les enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables à la manipulation à travers les algorithmes de l’IA qui peuvent influencer leurs décisions et leurs préférences. Il est essentiel que les parents et les éducateurs prennent conscience de ces dynamiques, et que des instruments soient développés pour contrôler et guider l’interaction des jeunes avec la technologie.

     Les gouvernements et les organisations internationales ont la responsabilité de concevoir et de mettre en œuvre des politiques qui protègent la dignité des mineurs à l’ère de l’intelligence artificielle. Cela inclut la mise à jour des lois sur la protection des données pour répondre aux nouveaux défis soulevés par les technologies émergentes, et promouvoir des normes éthiques pour le développement et l’utilisation de l’IA.

     Toutefois, la protection de la dignité des mineurs ne peut se réduire aux seules politiques; elle exige également une éducation au numérique. Comme mon prédécesseur l’a remarqué un jour à propos d’un projet de protection promu par trois grandes associations catholiques en Italie, les adultes doivent redécouvrir leur vocation d’«artisans de l’éducation» et s’efforcer d’y être fidèles [1].

     Il est assurément important d’élaborer et de faire appliquer des directives éthiques, mais cela ne suffit pas. Il faut un travail éducatif quotidien et constant, mené par des adultes qui sont eux-mêmes formés et soutenus par des réseaux de collaboration. Ce processus implique de comprendre les risques que l’utilisation de l’IA et l’accès numérique précoce, illimité et non contrôlé peut poser aux relations et au développement des jeunes. Ce n’est qu’en prenant une part active dans la compréhension de ces risques et des effets sur leur vie personnelle et sociale que les mineurs peuvent être soutenus dans leur approche du numérique en tant qu’outil pour renforcer leur capacité de faire des choix responsables pour eux et pour les pauvres. 

     Cela représente déjà en soi un exercice vital pour protéger la spécificité et l’interdépendance humaines, qui doivent toujours être guidées par le respect pour la dignité humaine en tant que valeur fondamentale. Ce n’est qu’en adoptant une approche éducative, éthique et responsable qu’il sera possible de garantir que l’intelligence artificielle représente un allié, et non une menace, dans la croissance et le développement des enfants et des adolescents. 

     Chers amis, je vous souhaite une conférence fructueuse, qui puisse contribuer à établir de solides bases pour les enfants, les jeunes et pour toute la communauté ecclésiale et sociale. J’invoque sur vous, sur votre travail les bénédictions du Seigneur.

Merci!

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[1] Cf. François, Message aux participants à la Conférence «Promoting Child Safeguarding in the Time of COVID-19 and Beyond», 4 novembre 2021.


20 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux Evêques d’Italie

      Nous vivons une époque marquée par des fractures, dans les contextes nationaux et internationaux : souvent, des messages et des langages tendant à l’hostilité et la violence sont propagés ; la course à l’efficacité laisse en retrait les plus fragiles ; l’omnipotence technologique limite la liberté ; la solitude consume l’espérance, tandis que de nombreuses incertitudes pèsent comme des inconnues sur notre avenir.  

 

      L’Eglise en Italie peut et doit continuer de promouvoir un humanisme intégral, qui aide et soutient les parcours existentiels des personnes et de la société; un sens de l’humain qui exalte la valeur de la vie et le soin de chaque créature, qui intervient de manière prophétique dans le débat public pour diffuser une culture de la légalité et la solidarité.

     N’oublions pas dans ce contexte le défi qui nous est posé par l’univers numérique. La pastorale ne peut se limiter à « utiliser » les médias, mais doit éduquer et habiter le numérique de façon humaine, sans que la vérité ne se perde derrière la multiplication des connexions, pour que le réseau puisse être véritablement un espace de liberté, de responsabilité et de fraternité.

 

26 novembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générame

     La Pâque du Christ éclaire le mystère de la vie et nous permet de le regarder avec espérance. Cela n'est pas toujours facile ni évident. Partout dans le monde, beaucoup de vies semblent difficiles, douloureuses, pleines de problèmes et d'obstacles à surmonter. Et pourtant, l'être humain reçoit la vie comme un don : il ne la demande pas, il ne la choisit pas, il en fait l'expérience dans son mystère, du premier jour jusqu'au dernier. La vie a une spécificité extraordinaire : elle nous est offerte, nous ne pouvons pas nous la donner nous-mêmes, mais elle doit être nourrie constamment : il faut un soin qui la maintienne, la dynamise, la préserve, la relance.

     On peut dire que la question de la vie est l'une des questions abyssales du cœur humain. Nous sommes entrés dans l'existence sans avoir rien fait pour le décider. De cette évidence jaillissent comme un fleuve en crue les questions de tous les temps : qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Quel est le sens ultime de tout ce voyage ?

Vivre, en effet, implique un sens, une direction, une espérance. Et l'espérance agit comme une force profonde qui nous fait avancer dans les difficultés, qui nous empêche d'abandonner dans la fatigue du voyage, qui nous rend certains que le pèlerinage de l'existence nous conduit à la maison. Sans l'espérance, la vie risque d'apparaître comme une parenthèse entre deux nuits éternelles, une brève pause entre l'avant et l'après de notre passage sur terre. Espérer dans la vie, c'est plutôt anticiper le but, croire comme certain ce que nous ne voyons ni ne touchons encore, faire confiance et nous en remettre à l'amour d'un Père qui nous a créés parce qu'il nous a voulus avec amour et qu'il nous veut heureux.

Très chers amis, il existe dans le monde une maladie répandue : le manque de confiance dans la vie. Comme si l'on s'était résigné à une fatalité négative, à un renoncement. La vie risque de ne plus représenter une opportunité reçue en don, mais une inconnue, presque une menace dont il faut se préserver pour ne pas être déçu. C'est pourquoi le courage de vivre et de générer la vie, de témoigner que Dieu est par excellence « l'amant de la vie », comme l'affirme le Livre de la Sagesse (11, 26), est aujourd'hui un appel plus que jamais urgent.

     Dans l'Évangile, Jésus confirme constamment sa diligence à guérir les malades, à soigner les corps et les esprits blessés, à redonner vie aux morts. Ce faisant, le Fils incarné révèle le Père : il restitue leur dignité aux pécheurs, accorde la rémission des péchés et inclut tout le monde, spécialement les désespérés, les exclus, les éloignés, dans sa promesse de salut.

Engendré par le Père, Christ est la vie et il a engendré la vie sans compter jusqu'à nous donner la sienne, et il nous invite également à donner notre vie. Engendrer signifie donner la vie à quelqu'un d'autre. L'univers des vivants s'est étendu grâce à cette loi qui, dans la symphonie des créatures, connaît un admirable “crescendo” culminant dans le duo de l'homme et de la femme : Dieu les a créés à son image et leur a confié la mission de donner la vie à son image, c'est-à-dire par amour et dans l'amour.

     Dès le début, l'Écriture Sainte nous révèle que la vie, dans sa forme la plus élevée, celle de l'être humain, reçoit le don de la liberté et devient un drame. Ainsi, les relations humaines sont également marquées par la contradiction, jusqu'au fratricide. Caïn perçoit son frère Abel comme un concurrent, une menace, et dans sa frustration, il ne se sent pas capable de l'aimer et de l'estimer. Et voilà la jalousie, l'envie, le sang (Gn 4, 1-16). La logique de Dieu, en revanche, est tout autre. Dieu reste fidèle pour toujours à son dessein d'amour et de vie ; il ne se lasse pas de soutenir l'humanité même lorsque, à l'instar de Caïn, elle obéit à l'instinct aveugle de la violence dans les guerres, les discriminations, les racismes, les multiples formes d'esclavage.

     Donner la vie signifie donc faire confiance au Dieu de la vie et promouvoir l'humain dans toutes ses expressions : tout d'abord dans la merveilleuse aventure de la maternité et de la paternité, même dans des contextes sociaux où les familles ont du mal à supporter le poids du quotidien, souvent freinées dans leurs projets et leurs rêves. Dans cette même logique, donner la vie signifie s'engager pour une économie solidaire, rechercher le bien commun dont tous puissent profiter équitablement, respecter et prendre soin de la création, offrir du réconfort par l'écoute, la présence, l'aide concrète et désintéressée.

     Frères et sœurs, la Résurrection de Jésus-Christ est la force qui nous soutient dans cette épreuve, même lorsque les ténèbres du mal obscurcissent notre cœur et notre esprit. Lorsque la vie semble s'être éteinte, bloquée, voici que le Seigneur Ressuscité passe encore, jusqu'à la fin des temps, et marche avec nous et pour nous. Il est notre espérance.

 

 

1er décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les jeunes du Liban, sur la place devant le Patriarcat d'Antioche des Maronites (Bkerké)
     Regardons les merveilleux exemples que nous ont laissés les saints ! Pensons à Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis, deux jeunes qui ont été canonisés en cette année sainte du Jubilé. Regardons les nombreux saints libanais. Quelle beauté singulière se manifeste dans la vie de sainte Rafqua qui a résisté pendant des années avec force et douceur à la souffrance de la maladie ! Combien de gestes de compassion a accomplis le bienheureux Yakub El-Haddad en aidant les personnes les plus abandonnées et oubliées de tous !

     Quelle puissante lumière émane de la pénombre dans laquelle a décidé de se retirer saint Charbel, lui qui est devenu l’un des symboles du Liban dans le monde. Ses yeux sont toujours représentés fermés, comme pour retenir un mystère infiniment plus grand. À travers les yeux de saint Charbel, fermés pour mieux voir Dieu, nous continuons à percevoir plus clairement la lumière de Dieu. Le chant qui lui est dédié est magnifique : “Ô toi qui dors et dont les yeux sont lumière pour les nôtres, sur tes paupières a fleuri un grain d’encens”. Chers jeunes, qu’en vos yeux aussi la lumière divine brille et que s’épanouisse l’encens de la prière. Dans un monde de distractions et de vanités, prenez chaque jour un temps pour fermer les yeux et pour regarder seulement Dieu. S’Il semble parfois silencieux ou absent, Il se révèle à ceux qui le cherchent dans le silence. Tout en vous efforçant de faire le bien, je vous demande d’être contemplatifs comme saint Charbel : en priant, en lisant l’Écriture Sainte, en participant à la messe, en vous attardant à l’adoration. Le Pape Benoît XVI disait aux chrétiens du Levant : « Je vous invite à cultiver en permanence une véritable amitié avec Jésus par la force de la prière » (Exhort. ap. Ecclesia in Medio Oriente, 63).

     Mes très chers amis, parmi tous les saints et toutes les saintes, resplendit la Toute Sainte, Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Beaucoup de jeunes portent toujours avec eux un chapelet, dans leur poche, au poignet ou autour du cou. Comme il est beau de regarder Jésus avec les yeux du cœur de Marie ! Ici même, où nous nous trouvons en ce moment, combien il est doux de lever les yeux vers Notre-Dame du Liban, avec espoir et confiance !

     Chers jeunes, permettez-moi enfin de vous transmettre cette prière, simple et magnifique, attribuée à saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix, Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie ». Que cette prière maintienne vive en vous la joie de l’Évangile et l’enthousiasme chrétien. “Enthousiasme” signifie “avoir Dieu dans l’âme”. Lorsque le Seigneur habite en nous, l’espérance qu’Il nous donne devient féconde pour le monde. L’espérance, voyez-vous, est une vertu pauvre car elle se présente les mains vides : ce sont des mains libres pour ouvrir les portes qui semblent fermées par la fatigue, la douleur ou la déception.

 

 

2 décembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée sur le Front de Mer, à Beyrouth en présence de 150 000 fidèles.

     au terme de ces journées intenses que nous avons partagées dans la joie, nous rendons grâce au Seigneur pour les nombreux dons de sa bonté, pour la manière dont Il se rend présent au milieu de nous, pour la Parole qu’Il nous offre en abondance et pour ce qu’Il nous a donné de vivre ensemble.

     Jésus aussi – comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile –a des paroles de gratitude envers le Père et, s’adressant à Lui, Il prie en disant : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange » (Lc 10, 21).

     Cependant, la louange ne trouve pas toujours sa place en nous. Parfois, accablés par les difficultés de la vie, préoccupés par les nombreux problèmes qui nous entourent, paralysés par l’impuissance face au mal et opprimés par tant de situations difficiles, nous sommes davantage portés à la résignation et à la plainte qu’à l’émerveillement du cœur et à l’action de grâce.

     C’est à vous, cher peuple libanais, que j’adresse cette invitation à cultiver toujours des attitudes de louange et de gratitude. À vous qui êtes les destinataires d’une beauté rare dont le Seigneur a enrichi votre terre et qui, en même temps, êtes les spectateurs et les victimes de la manière dont le mal, sous de multiples formes, peut obscurcir cette magnificence.

     Depuis cette esplanade qui surplombe la mer, je peux moi aussi contempler la beauté du Liban chantée dans les Écritures. Le Seigneur y a planté ses hauts cèdres, les nourrissant et les rassasiant (cf. Ps 103, 16), Il a parfumé les vêtements de l’épouse du Cantique des Cantiques avec le parfum de cette terre (cf. Ct 4, 11), et à Jérusalem, ville sainte revêtue de lumière pour la venue du Messie, Il a annoncé : « La gloire du Liban viendra chez toi : cyprès, orme et mélèze ensemble, pour faire resplendir le lieu de mon sanctuaire ; et ce lieu où je pose mes pieds, je le glorifierai » (Is 60, 13).

     Mais en même temps, cette beauté est assombrie par la pauvreté et les souffrances, par les blessures qui ont marqué votre histoire – je viens de me rendre sur le lieu de l’explosion, au port, pour prier – ; elle est assombrie par les nombreux problèmes qui vous affligent, par un contexte politique fragile et souvent instable, par la crise économique dramatique qui vous oppresse, par la violence et les conflits qui ont réveillé d’anciennes peurs.

     Dans un tel contexte, la gratitude cède facilement la place au désenchantement, le chant de louange ne trouve pas sa place dans la désolation du cœur, la source de l’espérance est asséchée par l’incertitude et la désorientation.

     La Parole du Seigneur, cependant, nous invite à trouver les petites lumières qui brillent au cœur de la nuit, pour nous ouvrir à la gratitude et pour nous inciter à nous engager ensemble en faveur de cette terre.

     Comme nous l’avons entendu, Jésus ne rend pas grâce au Père en raison des œuvres extraordinaires, mais parce qu’Il révèle sa grandeur précisément aux petits et aux humbles, à ceux qui n’attirent pas l’attention, qui semblent compter peu ou pas du tout, ceux qui n’ont pas de voix. Le Royaume que Jésus vient inaugurer a en effet cette caractéristique dont nous a parlé le prophète Isaïe : il est un germe, un petit rameau qui pousse sur un tronc (cf. Is 11, 1), une petite espérance qui promet la renaissance quand tout semble mourir. C’est ainsi que le Messie est annoncé et, venant dans la petitesse d’un germe, il ne peut être reconnu que par les petits, par ceux qui, sans grandes prétentions, savent reconnaître les détails cachés, les traces de Dieu dans une histoire apparemment perdue.

     Cela est aussi une indication pour nous, afin que nous puissions avoir le regard assez clairvoyant pour reconnaître la petitesse du germe qui pousse et grandit même au sein d’une histoire douloureuse. Les petites lumières qui brillent dans la nuit, les petites pousses qui apparaissent, les petites graines plantées dans le jardin aride de cette époque, nous pouvons les voir nous aussi, ici aussi, aujourd’hui aussi. Je pense à votre foi simple et authentique, enracinée dans vos familles et nourrie par les écoles chrétiennes ; je pense au travail constant des paroisses, des congrégations et des mouvements pour répondre aux demandes et besoins des gens ; je pense aux nombreux prêtres et religieux qui se dépensent dans leur mission au milieu de multiples difficultés ; je pense aux laïcs, engagés dans le domaine de la charité et de la promotion de l’Évangile dans la société. Pour ces lumières qui tentent avec peine d’éclairer l’obscurité de la nuit, pour ces petits germes invisibles qui ouvrent cependant l’espérance en l’avenir, nous devons aujourd’hui dire comme Jésus : “Nous te louons, ô Père!”. Nous te remercions d’être avec nous et de ne pas nous laisser vaciller.

     En même temps, cette gratitude ne doit pas être une consolation intimiste et illusoire. Elle doit nous conduire à la transformation du cœur, à la conversion de la vie, à considérer que c’est précisément dans la lumière de la foi, dans la promesse de l’espérance et dans la joie de la charité que Dieu a pensé notre vie. C’est pourquoi nous sommes tous appelés à cultiver ces germes, à ne pas nous décourager, à ne pas céder à la logique de la violence et à l’idolâtrie de l’argent, à ne pas nous résigner face au mal qui se répand.

     Chacun doit faire sa part et nous devons tous unir nos efforts pour que cette terre retrouve sa splendeur. Et nous n’avons qu’un seul moyen de le faire : désarmons nos cœurs, faisons tomber les armures de nos fermetures ethniques et politiques, ouvrons nos confessions religieuses à la rencontre réciproque, réveillons au plus profond de nous-mêmes le rêve d’un Liban uni, où triomphent la paix et la justice, où tous puissent se reconnaître frères et sœurs et où, enfin, puisse se réaliser ce que nous décrit le prophète Isaïe : «  Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble » (Is 11, 6).

     Tel est le rêve qui vous est confié ; c’est ce que le Dieu de la paix met entre vos mains : Liban, relève-toi ! Sois une maison de justice et de fraternité ! Sois une prophétie de paix pour tout le Levant !

     Frères et sœurs, je voudrais moi aussi répéter les paroles de Jésus : “Je proclame ta louange ô Père”. Je rends grâce au Seigneur de m’avoir permis de partager ces journées avec vous, tout en portant dans mon cœur vos souffrances et vos espérances. Je prie pour vous, afin que cette terre du Levant soit toujours éclairée par la foi en Jésus-Christ, soleil de justice, et que grâce à Lui, elle garde l’espérance qui ne passe pas.

 

5 décembre - Aux participants à la Conférence « Artificial Intelligence and Care of Our Common Home »

     L’avènement de l’intelligence artificielle s’accompagne de changements rapides et profonds dans la société, qui touchent des dimensions essentielles de la personne humaine, telles que la pensée critique, le discernement, l’apprentissage et les relations interpersonnelles.
     Comment pouvons-nous garantir que le développement de l’intelligence artificielle serve véritablement le bien commun et ne soit pas uniquement utilisé pour accumuler richesse et pouvoir entre les mains de quelques-uns ? Il s’agit d’une question urgente, car cette technologie a déjà un impact réel sur la vie de millions de personnes, chaque jour et partout dans le monde. Comme nous le rappelle la doctrine sociale de l’Église, et comme le montre clairement le travail interdisciplinaire que vous menez, relever ce défi nécessite de poser une question encore plus fondamentale : que signifie être humain à ce moment de l’histoire ?

     Les êtres humains sont appelés à être des collaborateurs dans l’œuvre de la création, et non de simples consommateurs passifs de contenus générés par la technologie artificielle. Notre dignité réside dans notre capacité à réfléchir, à choisir librement, à aimer inconditionnellement et à entrer dans des relations authentiques avec les autres. L’intelligence artificielle a certes ouvert de nouveaux horizons à la créativité, mais elle soulève également de sérieuses préoccupations quant à ses répercussions possibles sur l’ouverture de l’humanité à la vérité et à la beauté, ainsi que sur sa capacité d’émerveillement et de contemplation. Reconnaître et préserver ce qui caractérise la personne humaine et garantit son développement équilibré est essentiel pour établir un cadre adéquat permettant de gérer les conséquences de l’intelligence artificielle.
     À cet égard, nous devons nous arrêter et réfléchir avec une attention particulière à la liberté et à la vie intérieure de nos enfants et de nos jeunes, ainsi qu’à l’impact possible de la technologie sur leur développement intellectuel et neurologique. Les nouvelles générations doivent être aidées, et non entravées, dans leur cheminement vers la maturité et la responsabilité. Le bien-être de la société dépend de leur capacité à développer leurs talents et à répondre aux exigences de leur temps et aux besoins des autres, avec générosité et liberté d’esprit. La capacité d’accéder à de vastes quantités de données et d’informations ne doit pas être confondue avec la capacité d’en tirer un sens et une valeur. Cette dernière nécessite une volonté de se confronter au mystère et aux questions fondamentales de notre existence, même lorsque ces réalités sont souvent marginalisées ou ridiculisées par les modèles culturels et économiques dominants. Il sera donc essentiel d’apprendre aux jeunes à utiliser ces outils avec leur propre intelligence, en veillant à ce qu’ils s’ouvrent à la recherche de la vérité, à une vie spirituelle et fraternelle, en élargissant leurs rêves et les horizons de leurs décisions. Nous soutenons leur désir d’être différents et meilleurs, car jamais auparavant il n’a été aussi évident qu’un profond revirement de direction était nécessaire dans notre conception de la maturité
     Afin de construire avec nos jeunes un avenir qui réalise le bien commun et exploite le potentiel de l’intelligence artificielle, il est nécessaire de restaurer et de renforcer leur confiance dans la capacité humaine à guider le développement de ces technologies. C’est une confiance qui, aujourd’hui, est de plus en plus érodée par l’idée paralysante que son développement suit une voie inévitable. Cela nécessite une action coordonnée et concertée impliquant la politique, les institutions, les entreprises, la finance, l’éducation, la communication, les citoyens et les communautés religieuses. Les acteurs de ces domaines sont appelés à prendre un engagement commun en assumant cette responsabilité conjointe. Cet engagement passe avant tout intérêt partisan ou profit, qui se concentre de plus en plus entre les mains de quelques-uns. Ce n’est que grâce à une large participation qui donne à chacun, même le plus humble, la possibilité d’être entendu avec respect, qu’il sera possible d’atteindre ces objectifs ambitieux.

 

12 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV, aux dirigeants et fonctionnaires des services de renseignement italiens

     Tout d’abord, le respect de la dignité de la personne humaine. L’activité de sécurité ne doit jamais perdre de vue cette dimension fondamentale et ne peut en aucun cas manquer au respect de la dignité et des droits de chacun. Dans certaines circonstances difficiles, lorsque le bien commun à poursuivre nous semble plus nécessaire que tout le reste, on peut courir le risque d’oublier cette exigence éthique ; il n’est donc pas toujours facile de trouver un juste équilibre. Comme l’a affirmé la Commission européenne pour la démocratie par le droit, les agences de sécurité doivent souvent recueillir des informations sur les individus et, de ce fait, portent fortement atteinte aux droits individuels. [1]
     Il est donc nécessaire que des limites soient établies selon le critère de la dignité de la personne et que l’on demeure vigilant face aux tentations auxquelles un travail comme le vôtre vous expose. Veillez à ce que vos actions soient toujours proportionnées au bien commun à poursuivre et à ce que la protection de la sécurité nationale garantisse en toute circonstance les droits des personnes, leur vie privée et familiale, la liberté de conscience et d’information, ainsi que le droit à un procès équitable. Dans cette perspective, il est indispensable que les activités des Services soient régies par des lois dûment promulguées et publiées, qu’elles soient soumises au contrôle et à la vigilance de l’autorité judiciaire, et que les budgets fassent l’objet de contrôles publics et transparents.
     Le second aspect concerne l’éthique de la communication. Le monde de la communication a profondément changé au cours des dernières décennies et, aujourd’hui, la révolution numérique fait tout simplement partie de notre vie et de notre manière d’échanger des informations et de nouer des relations. De plus, l’avènement de technologies nouvelles et toujours plus avancées nous offre de plus grandes possibilités, mais nous expose en même temps à des dangers constants. L’échange massif et continu d’informations exige une vigilance critique sur certaines questions d’importance vitale : la distinction entre la vérité et les fausses informations, l’exposition indue de la vie privée, la manipulation des plus fragiles, la logique du chantage, l’incitation à la haine et à la violence.
     Il convient de veiller avec rigueur à ce que les informations confidentielles ne soient pas utilisées pour intimider, manipuler, faire chanter ou discréditer, au détriment de responsables politiques, de journalistes ou d’autres acteurs de la société civile. Tout cela vaut également pour le domaine ecclésial. En effet, dans plusieurs pays, l’Église est victime de services de renseignement qui agissent à des fins mauvaises, en opprimant sa liberté. Ces risques doivent toujours être évalués et exigent une haute stature morale chez ceux qui se préparent à exercer un travail comme le vôtre, comme chez ceux qui l’exercent depuis longtemps.
     Je suis pleinement conscient du rôle délicat et de la responsabilité qui sont les vôtres. À ce sujet, je voudrais également rappeler vos collègues qui ont perdu la vie lors de missions délicates, menées dans des contextes difficiles. Leur dévouement n’a peut-être pas fait la une des journaux, mais il demeure vivant dans les personnes qu’ils ont aidées et dans les crises qu’ils ont contribué à résoudre.
     Enfin, je voudrais exprimer ma reconnaissance pour les efforts des services de renseignement italiens afin d’assurer également la sécurité du Saint-Siège et de l’État de la Cité du Vatican. Je souhaite ici adresser une parole de gratitude pour la collaboration avec la Gendarmerie, avec le Vatican et le Saint-Siège, dans de nombreux services où cette capacité et cette possibilité de servir les autres deviennent réalité grâce à la bonne coopération avec vous.
     Je vous encourage à poursuivre votre mission en visant toujours le bien commun, en apprenant à évaluer avec discernement et équilibre les diverses situations qui se présentent à vous, et en demeurant solidement ancrés dans ces principes juridiques et éthiques qui placent au-dessus de tout la dignité de la personne humaine.
     
[1] Cf. Commission de Venise, Rapport sur le contrôle démocratique des services de sécurité (1ᵉʳ-2 juin 2007), § 2.

 

 

14 décembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jubilé des détenus

     Nous célébrons aujourd’hui le Jubilé de l’espérance pour le monde carcéral, pour les détenus et pour tous ceux qui s’occupent de la réalité pénitentiaire. Par un choix lourd de sens, nous le faisons ce troisième dimanche de l’Avent, que la liturgie dit de “Gaudete !”, d’après les mots qui ouvrent l’antienne d’entrée de la messe (cf. Ph 4, 4). Dans l’année liturgique, c’est le dimanche “de la joie” qui nous rappelle la dimension lumineuse de l’attente : la confiance que quelque chose de beau, de joyeux va arriver.

     À ce propos, le 26 décembre dernier, le Pape Françoisen ouvrant la Porte Sainte de l’église du Notre Père, dans la maison d’arrêt de Rebibbia, lançait une invitation à chacun : « Je vais vous dire deux choses – affirmait-il – Premièrement : la corde en main, avec l’ancre de l’espérance. Deuxièmement : ouvrez en grand les portes du cœur ». En faisant référence à l’image d’une ancre lancée vers l’éternité, au-delà de toute barrière d’espace et de temps (cf. He 6,17-20), il nous invitait à garder vivante la foi en la vie qui nous attend, et à toujours croire en la possibilité d’un avenir meilleur. Mais en même temps, il nous exhortait à être, avec un cœur généreux, des artisans de justice et de charité dans les milieux où nous vivons.

     À l’approche de la clôture de l’Année jubilaire, nous devons reconnaître que, malgré les efforts d’un grand nombre, il y a encore beaucoup à faire en ce sens, également dans le monde carcéral. Les paroles du prophète Isaïe que nous avons entendues – « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête » (Is 35,10) – nous rappellent que Dieu est Celui qui rachète, qui libère, et elles résonnent comme une mission importante et exigeante pour nous tous. Certes, la prison est un environnement difficile, et les meilleures intentions peuvent y rencontrer nombre d’obstacles. C’est précisément pour cette raison qu’il ne faut pas se lasser, se décourager ou reculer, mais aller de l’avant avec ténacité, courage et esprit de collaboration. Nombreux sont ceux en effet qui ne comprennent pas encore qu’il faut pouvoir se relever après une chute, qu’aucun être humain ne se résume à ses actes et que la justice est toujours un processus de réparation et de réconciliation.

     Mais lorsque, y compris dans des conditions difficiles, on préserve la beauté des sentiments, la sensibilité, l’attention aux besoins des autres, le respect, la capacité de miséricorde et de pardon, alors des fleurs merveilleuses s’épanouissent du sol dur de la souffrance et du péché, et des gestes, des projets et des rencontres uniques dans leur humanité mûrissent, même entre les murs des prisons. Il s’agit d’un travail sur ses propres sentiments et pensées, nécessaire aux personnes privées de liberté, mais avant tout à ceux qui ont la lourde charge de représenter la justice auprès d’elles et pour elles. Le Jubilé est un appel à la conversion et, à ce titre, il est source d’espérance et de joie.

     C’est pourquoi il est important de regarder avant tout vers Jésus, vers son humanité, vers son Royaume où « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent [...], les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 5). Toutefois, si parfois ces miracles se produisent grâce à des interventions extraordinaires de Dieu, ils sont le plus souvent confiés à notre compassion, à l’attention, à la sagesse et à la responsabilité de nos communautés et de nos institutions.

     Cela nous amène à une autre dimension de la prophétie que nous avons entendue : l’engagement à promouvoir dans tous les milieux – et aujourd’hui, nous insistons particulièrement sur les prisons – une civilisation fondée sur de nouveaux critères, et en fin de compte sur la charité, comme le disait saint Paul VI à la fin de l’Année jubilaire 1975 : « Celle-ci – la charité – voudrait être, surtout sur le plan de la vie publique, […] le principe de la nouvelle heure de grâce et de bonne volonté que le calendrier de l’histoire ouvre devant nous : la civilisation de l’amour ! » (Audience générale, 31 décembre 1975).

     À cette fin, le Pape François souhaitait notamment que, pour l’Année sainte, puissent être accordées « des formes d’amnistie ou de remise de peine visant à aider les personnes à retrouver confiance en elles-mêmes et dans la société » (Bulle Spes non confundit, n. 10), et que de réelles possibilités de réinsertion soient offertes à tous (cf. ibid.). J’espère que de nombreux pays donneront suite à son souhait. Le Jubilé, comme nous le savons, dans son origine biblique était précisément une année de grâce où chacun se voyait offrir la possibilité de recommencer à bien des égards (cf. Lv 25, 8-10).

     L’Évangile que nous avons entendu nous en parle également. Jean-Baptiste, tout en prêchant et en baptisant, invitait le peuple à se convertir et à traverser à nouveau symboliquement le fleuve, comme au temps de Josué (cf. Jos 3, 17), pour entrer en possession de la nouvelle “terre promise”, c’est-à-dire un cœur réconcilié avec Dieu et avec les frères. Sa figure de prophète est éloquente en ce sens : il était droit, austère, franc au point qu’il se fera emprisonner pour le courage de ses paroles, car il n’était pas « un roseau agité par le vent » (Mt 11, 7). Et en même temps, il était riche de miséricorde et de compréhension envers ceux qui, sincèrement repentis, cherchaient difficilement à changer (cf. Lc 3, 10-14).

     À ce propos, saint Augustin, dans son célèbre commentaire sur l’épisode évangélique de la femme adultère pardonnée (cf. Jn 8, 1-11), conclut en disant : « Les bourreaux une fois partis, il n’y avait plus effectivement que la misère et la miséricorde. Et le Seigneur lui dit : […] garde-toi de pécher à l’avenir (Jn 8, 10-11) » (Sermo 302, 14).

Chers amis, la tâche que le Seigneur vous confie – à tous, détenus et responsables du monde carcéral – n’est pas facile. Les problèmes à affronter sont nombreux. Pensons à la surpopulation, à l’engagement encore insuffisant pour garantir des programmes éducatifs stables de réhabilitation et des opportunités de travail. Et n’oublions pas, au niveau plus personnel, le poids du passé, les blessures du corps et du cœur à guérir, les déceptions, la patience infinie qu’il faut avoir envers soi-même et envers les autre lorsqu’on entreprend des chemins de conversion, et la tentation d’abandonner ou de ne plus pardonner. Mais le Seigneur, au-delà de tout cela, continue de nous répéter qu’une seule chose est importante : que personne ne soit perdu (cf. Jn 6, 39) et que tous « soient sauvés » (1 Tm 2, 4).

      Que personne ne soit perdu ! Que tous soient sauvés ! C’est ce que veut notre Dieu, c’est son Royaume, c’est le but de son action dans le monde. À l’approche de Noël, nous voulons nous aussi embrasser son rêve avec encore plus de force, constants dans notre engagement (cf. Jc 5, 8) et confiants. Car nous savons que, même devant les plus grands défis, nous ne sommes pas seuls : le Seigneur est proche (cf. Ph 4, 5), il marche avec nous et, avec Lui à nos côtés, quelque chose de beau et de joyeux arrivera toujours.

 

 

14 décembre 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus

     L'Évangile d'aujourd'hui nous fait rendre visite à Jean-Baptiste en prison, incarcéré à cause de sa prédication (cf. Mt 14, 3-5). Mais il ne perd pas espérance et devient pour nous le signe que la prophétie, même enchaînée, reste une voix libre en quête de vérité et de justice.

     Depuis sa prison, Jean-Baptiste entend en effet « parler des œuvres du Christ » (Mt 11, 2), qui sont différentes de celles qu'il attendait. Il envoie alors quelqu'un Lui demander : « Es-Tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (v. 3). Ceux qui recherchent la vérité et la justice, ceux qui attendent la liberté et la paix interrogent Jésus. Est-il vraiment le Messie, c'est-à-dire le Sauveur promis par Dieu par la bouche des prophètes ?

     Dans sa réponse, Jésus porte le regard sur ceux qu'Il a aimés et servis. Ce sont eux, les derniers, les pauvres, les malades, qui parlent pour Lui. Le Christ annonce qui Il est à travers ce qu'Il fait. Et ce qu'Il fait est pour nous un signe de salut. En effet, lorsqu'elle rencontre Jésus, la vie dépourvue de lumière, de parole et de goût retrouve un sens : les aveugles voient, les muets parlent, les sourds entendent. L'image de Dieu, défigurée par la lèpre, retrouve son intégrité et sa santé. Même les morts, totalement insensibles, reviennent à la vie (cf. v. 5). Tel est l'Évangile de Jésus, la bonne nouvelle annoncée aux pauvres : quand Dieu vient dans le monde, ça se voit !

     La parole de Jésus nous libère de la prison du découragement et de la souffrance : toute prophétie trouve en Lui l'accomplissement attendu. C'est le Christ, en effet, qui ouvre les yeux de l'homme à la gloire de Dieu. Il donne la parole aux opprimés, auxquels la violence et la haine ont ôté la voix ; Il vainc l'idéologie qui rend sourd à la vérité ; Il guérit des apparences qui déforment le corps.

     Le Verbe de la vie nous rachète ainsi du mal qui conduit le cœur à la mort. C'est pourquoi, en tant que disciples du Seigneur, nous sommes appelés en cette période de l'Avent à unir l'attente du Sauveur à l'attention pour ce que Dieu fait dans le monde. Nous pourrons alors expérimenter la joie de la liberté de qui rencontre son Sauveur : « Gaudete in Domino semper – Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Phil 4, 4). C'est précisément par cette invitation que s'ouvre la messe d'aujourd'hui, le troisième dimanche de l'Avent appelé pour cette raison dimanche de Gaudete. Réjouissons-nous donc, car Jésus est notre espérance, surtout dans les moments d'épreuve, lorsque la vie semble perdre son sens et que tout nous paraît plus sombre, que les mots nous manquent et que nous avons du mal à écouter notre prochain.

     Que la Vierge Marie, modèle d'attente, d'attention et de joie, nous aide à imiter l'œuvre de son Fils, en partageant avec les pauvres le pain et l'Évangile.

19 décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV, aux jeunes de l’Action catholique italienne
     Lorsque vous priez devant la crèche, demandez à pouvoir être comme ces anges qui annoncent la gloire de Dieu et la paix aux hommes. Cette paix est l’engagement de toute personne de bonne volonté, et surtout de nous, chrétiens, qui sommes appelés non seulement à être bons, mais à devenir meilleurs chaque jour. À devenir saints, comme Pier Giorgio Frassati – qui faisait partie de l’Action catholique – et comme Carlo Acutis : je vous encourage à imiter leur passion pour l’Évangile et leurs œuvres, toujours animées par la charité. En agissant comme eux, votre annonce de paix sera lumineuse, car en compagnie de Jésus, vous serez vraiment libres et heureux, prêts à tendre la main à votre prochain, surtout à ceux qui sont dans le besoin.

 

25 décembre 2025 – Message Urbi et Orbi du Pape Léon XIV en la solennité de Noël de l’Année Sainte de l’Incarnation

     Le Verbe éternel du Père, que les cieux ne peuvent contenir, a choisi de venir au monde ainsi. Par amour, il a voulu naître d’une femme, afin de partager notre humanité ; par amour, il a accepté la pauvreté et le rejet et il s’est identifié à ceux qui sont mis au rebut et exclus.

Dans la Nativité de Jésus se profile déjà le choix fondamental qui guidera toute la vie du Fils de Dieu, jusqu’à sa mort sur la croix : le choix de ne pas nous faire porter le poids du péché, mais de le porter Lui-même pour nous, d’en assumer la charge. Lui seul pouvait le faire. Mais Il a montré en même temps ce que nous seuls pouvons faire, c’est-à-dire assumer chacun notre part de responsabilité. Oui, car Dieu, qui nous a créés sans nous, ne peut nous sauver sans nous (cf. saint Augustin, Discours 169, 11. 13), sans notre libre volonté d’aimer. Celui qui n’aime pas n’est pas sauvé, il est perdu. Et celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas (cf. 1 Jn 4, 20).

    

 

 

 

 

 

2026

 

 

 

 

1er janvier 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Solennité de Marie Mère de Dieu. Basilique Saint-Pierre

     Aujourd’hui, en cette solennité de Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, qui marque le début de la nouvelle année civile, la liturgie nous offre le texte d’une très belle bénédiction : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’Il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’Il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26).

     Dans le livre des Nombres, elle fait suite aux indications concernant la consécration des nazirs, soulignant la dimension sacrée et féconde du don dans la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. L’homme offre au Créateur tout ce qu’il a reçu et Celui-ci répond en tournant vers lui son regard bienveillant, comme au commencement du monde (cf. Gn 1, 31).

     Le peuple d’Israël, à qui cette bénédiction s’adressait, était un peuple de libérés, d’hommes et de femmes nés de nouveau après un long esclavage, grâce à l’intervention de Dieu et à la réponse généreuse de son serviteur Moïse. En Égypte, ce peuple jouissait de certaines sécurités — la nourriture ne manquait pas, tout comme un toit et une certaine stabilité —, mais cela au prix de la servitude, de l’oppression d’une tyrannie qui réclamait toujours plus en donnant toujours moins (cf. Ex 5, 6-7). À présent, dans le désert, beaucoup de ces certitudes du passé ont disparu, mais il y a en échange la liberté qui se concrétise par une voie ouverte vers l’avenir, par le don d’une loi de sagesse et la promesse d’une terre où vivre et grandir sans plus de chaînes ni de fers : en somme, une nouvelle naissance.

      Ainsi, la liturgie nous rappelle, en ce début de nouvelle année, que chaque jour peut devenir, pour chacun, le début d’une vie nouvelle grâce à l’amour généreux de Dieu, à sa miséricorde et à la réponse de notre liberté. Il est beau de penser l’année qui commence comme un chemin ouvert à découvrir et où nous aventurer, libres par grâce et porteurs de liberté, pardonnés et dispensateurs de pardon, confiants dans la proximité et la bonté du Seigneur qui nous accompagne toujours.

     Nous gardons tout cela à l’esprit alors que nous célébrons le mystère de la Maternité Divine de Marie qui, par son “oui”, a contribué à donner un visage humain à la Source de toute miséricorde et de toute bienveillance : le visage de Jésus dont l’amour du Père nous touche et nous transforme, par ses yeux d’enfant, puis de jeune homme.

     En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté.

     Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.

     Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties - comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.

     Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.

 

 

 

24 Janvier 2026 - Message du Pape Léon XIV pour la 60e Journée Mondiale des Communications Sociales 2026
Garder les voix et les visages humains
Chers frères et sœurs !
     Le visage et la voix sont des traits uniques, distinctifs, de chaque personne ; ils manifestent son identité irréductible et constituent l’élément fondamental de toute rencontre. Les anciens le savaient bien. Ainsi, pour définir la personne humaine, les anciens Grecs ont utilisé le mot « visage » (prósōpon), qui, étymologiquement, indique ce qui se tient devant le regard, le lieu de la présence et de la relation. Le terme latin persona (de per-sonare) inclut, quant à lui, le son : non pas n’importe quel son, mais la voix inimitable de quelqu’un.
     Le visage et la voix sont sacrés. Ils nous ont été donnés par Dieu, qui nous a créés à son image et à sa ressemblance, nous appelant à la vie par la Parole qu’Il nous a adressée ; Parole qui a d’abord résonné à travers les siècles dans les voix des prophètes, puis qui s’est faite chair dans la plénitude des temps. Cette Parole – cette communication que Dieu fait de Lui-même – nous avons aussi pu l’entendre et la voir directement (cf. 1 Jn 1,1-3), car elle s’est manifestée dans la voix et dans le Visage de Jésus, Fils de Dieu.
     Dès le moment de la création, Dieu a voulu l’homme comme son interlocuteur et, comme le dit saint Grégoire de Nysse, il a imprimé sur son visage un reflet de l’amour divin, afin qu’il puisse vivre pleinement son humanité par l’amour. Garder les visages et les voix humaines signifie donc garder ce sceau, ce reflet indélébile de l’amour de Dieu. Nous ne sommes pas une espèce faite d’algorithmes biochimiques définis à l’avance. Chacun de nous a une vocation irremplaçable et inimitable, qui émerge de la vie et se manifeste précisément dans la communication avec les autres.
     La technologie numérique, si nous manquons à cette garde, risque au contraire de modifier radicalement certains des piliers fondamentaux de la civilisation humaine, que nous tenons parfois pour acquis. En simulant des voix et des visages humains, la sagesse et la connaissance, la conscience et la responsabilité, l’empathie et l’amitié, les systèmes connus sous le nom d’intelligence artificielle n’interfèrent pas seulement dans les écosystèmes de l’information, mais envahissent aussi le niveau le plus profond de la communication, celui de la relation entre personnes humaines.
     Le défi n’est donc pas technologique, mais anthropologique. Garder les visages et les voix signifie, en dernière analyse, nous garder nous-mêmes. Accueillir avec courage, détermination et discernement les opportunités offertes par la technologie numérique et l’intelligence artificielle ne signifie pas nous cacher les points critiques, les zones d’ombre, les risques.

Ne pas renoncer à sa propre pensée
     Depuis longtemps, de multiples preuves montrent que des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement sur les réseaux sociaux – profitable pour les plateformes – favorisent les émotions rapides et pénalisent, au contraire, les expressions humaines qui demandent plus de temps, comme l’effort de compréhension et la réflexion. En enfermant des groupes de personnes dans des bulles de consensus facile et d’indignation facile, ces algorithmes affaiblissent la capacité d’écoute et de pensée critique et augmentent la polarisation sociale.
     À cela s’est ajoutée une confiance naïve et acritique dans l’intelligence artificielle comme « amie » omnisciente, dispensatrice de toute information, archive de toute mémoire, « oracle » de tout conseil. Tout cela peut éroder davantage notre capacité de penser de manière analytique et créative, de comprendre les significations, de distinguer entre syntaxe et sémantique.
     Bien que l’IA puisse fournir un soutien et une assistance dans la gestion de tâches communicatives, se soustraire à l’effort de sa propre pensée, en se contentant d’une compilation statistique artificielle, risque à long terme d’affaiblir nos capacités cognitives, émotionnelles et communicatives.
     Ces dernières années, les systèmes d’intelligence artificielle assument de plus en plus aussi le contrôle de la production de textes, de musique et de vidéos. Une grande partie de l’industrie créative humaine risque ainsi d’être démantelée et remplacée par l’étiquette « Powered by AI », transformant les personnes en simples consommateurs passifs de pensées non pensées, de produits anonymes, sans paternité, sans amour, tandis que les chefs-d’œuvre du génie humain dans les domaines de la musique, de l’art et de la littérature sont réduits à un simple champ d’entraînement pour les machines.
     La question qui nous importe, cependant, n’est pas ce que la machine peut ou pourra faire, mais ce que nous pouvons et pourrons faire, en grandissant en humanité et en connaissance, grâce à un usage sage d’outils aussi puissants à notre service. Depuis toujours, l’homme est tenté de s’approprier le fruit de la connaissance sans la fatigue de l’engagement, de la recherche et de la responsabilité personnelle. Renoncer au processus créatif et céder aux machines ses propres fonctions mentales et son imagination signifie pourtant ensevelir les talents que nous avons reçus afin de grandir comme personnes en relation avec Dieu et avec les autres. Cela signifie cacher notre visage et réduire notre voix au silence.

Être ou feindre : simulation des relations et de la réalité
     Lorsque nous parcourons nos flux d’informations (feeds), il devient de plus en plus difficile de comprendre si nous interagissons avec d’autres êtres humains ou avec des « bots » ou des « influenceurs virtuels ». Les interventions non transparentes de ces agents automatisés influencent les débats publics et les choix des personnes. En particulier, les chatbots fondés sur de grands modèles linguistiques (LLM) se révèlent étonnamment efficaces dans la persuasion occulte, grâce à une optimisation continue de l’interaction personnalisée. La structure dialogique, adaptative et mimétique de ces modèles linguistiques est capable d’imiter les sentiments humains et de simuler ainsi une relation. Cette anthropomorphisation, qui peut même paraître amusante, est en même temps trompeuse, surtout pour les personnes les plus vulnérables. Car les chatbots rendus excessivement « affectueux », en plus d’être toujours présents et disponibles, peuvent devenir les architectes cachés de nos états émotionnels et envahir ainsi la sphère de l’intimité des personnes.
     La technologie qui exploite notre besoin de relation peut non seulement avoir des conséquences douloureuses sur le destin des individus, mais aussi porter atteinte au tissu social, culturel et politique des sociétés. Cela se produit lorsque nous substituons aux relations avec les autres celles avec des IA entraînées à cataloguer nos pensées et à construire autour de nous un monde de miroirs, où tout est fait « à notre image et à notre ressemblance ». De cette manière, nous nous laissons voler la possibilité de rencontrer l’autre, toujours différent de nous, avec lequel nous pouvons et devons apprendre à dialoguer. Sans l’accueil de l’altérité, il ne peut y avoir ni relation ni amitié.
     Un autre grand défi posé par ces systèmes émergents est celui de la distorsion (bias), qui conduit à acquérir et à transmettre une perception altérée de la réalité. Les modèles d’IA sont façonnés par la vision du monde de ceux qui les construisent et peuvent à leur tour imposer des modes de pensée en reproduisant les stéréotypes et les préjugés présents dans les données auxquelles ils puisent. Le manque de transparence dans la conception des algorithmes, joint à une représentation sociale insuffisante des données, tend à nous maintenir prisonniers de réseaux qui manipulent nos pensées et perpétuent, voire approfondissent, les inégalités et les injustices sociales existantes.
     Le risque est grand. Le pouvoir de la simulation est tel que l’IA peut aussi nous illusionner en fabriquant des « réalités » parallèles, en s’appropriant nos visages et nos voix. Nous sommes plongés dans une multidimensionnalité où il devient de plus en plus difficile de distinguer la réalité de la fiction.
     À cela s’ajoute le problème de l’inexactitude. Des systèmes qui présentent une probabilité statistique comme une connaissance nous offrent en réalité, au mieux, des approximations de la vérité, qui sont parfois de véritables « hallucinations ». L’absence de vérification des sources, conjuguée à la crise du journalisme de terrain, qui exige un travail continu de collecte et de vérification des informations sur les lieux mêmes où se produisent les événements, peut favoriser un terrain encore plus fertile pour la désinformation, provoquant un sentiment croissant de méfiance, de désorientation et d’insécurité.

Une alliance possible
     Derrière cette immense force invisible qui nous concerne tous, il n’y a qu’une poignée d’entreprises, celles dont les fondateurs ont récemment été présentés comme les créateurs de la « personnalité de l’année 2025 », c’est-à-dire les architectes de l’intelligence artificielle. Cela suscite une inquiétude importante concernant le contrôle oligopolistique des systèmes algorithmiques et d’intelligence artificielle capables d’orienter subtilement les comportements, et même de réécrire l’histoire humaine – y compris l’histoire de l’Église – souvent sans que l’on puisse réellement s’en rendre compte.
     Le défi qui nous attend ne consiste pas à arrêter l’innovation numérique, mais à la guider, en étant conscients de son caractère ambivalent. Il appartient à chacun de nous d’élever la voix en défense des personnes humaines, afin que ces outils puissent réellement être intégrés par nous comme des alliés.
     Cette alliance est possible, mais elle doit se fonder sur trois piliers : la responsabilité, la coopération et l’éducation.
     D’abord la responsabilité. Celle-ci peut se décliner, selon les rôles, en honnêteté, transparence, courage, capacité de vision, devoir de partager la connaissance, droit à l’information. Mais, de manière générale, personne ne peut se soustraire à sa propre responsabilité face à l’avenir que nous construisons.
     Pour ceux qui sont à la tête des plateformes en ligne, cela signifie veiller à ce que leurs stratégies d’entreprise ne soient pas guidées par le seul critère de la maximisation du profit, mais aussi par une vision à long terme qui tienne compte du bien commun, de la même manière que chacun d’eux a à cœur le bien de ses propres enfants.
     Aux créateurs et aux développeurs de modèles d’IA sont demandées transparence et responsabilité sociale quant aux principes de conception et aux systèmes de modération qui sous-tendent leurs algorithmes et les modèles développés, afin de favoriser un consentement éclairé de la part des utilisateurs.
     La même responsabilité est demandée aux législateurs nationaux et aux régulateurs supranationaux, auxquels il revient de veiller au respect de la dignité humaine. Une réglementation adéquate peut protéger les personnes d’un lien émotionnel avec les chatbots et contenir la diffusion de contenus faux, manipulatoires ou trompeurs, en préservant l’intégrité de l’information face à sa simulation mensongère.
     Les entreprises de médias et de communication ne peuvent à leur tour permettre que des algorithmes orientés vers la conquête à tout prix de quelques secondes d’attention supplémentaires l’emportent sur la fidélité à leurs valeurs professionnelles, orientées vers la recherche de la vérité. La confiance du public se conquiert par la précision et la transparence, non par la course à un engagement quelconque. Les contenus générés ou manipulés par l’IA doivent être signalés et clairement distingués des contenus créés par les personnes. Il faut protéger la paternité et la propriété souveraine du travail des journalistes et des autres créateurs de contenu. L’information est un bien public. Un service public constructif et significatif ne se fonde pas sur l’opacité, mais sur la transparence des sources, l’inclusion des sujets concernés et un niveau élevé de qualité.
     Nous sommes tous appelés à coopérer. Aucun secteur ne peut affronter seul le défi de guider l’innovation numérique et la gouvernance de l’IA. Il est donc nécessaire de créer des mécanismes de sauvegarde. Toutes les parties prenantes – de l’industrie technologique aux législateurs, des entreprises créatives au monde académique, des artistes aux journalistes, aux éducateurs – doivent être impliquées dans la construction et la mise en œuvre d’une citoyenneté numérique consciente et responsable.
     C’est précisément à cela que vise l’éducation : accroître nos capacités personnelles de réflexion critique, évaluer la fiabilité des sources et les intérêts possibles qui se cachent derrière la sélection des informations qui nous parviennent, comprendre les mécanismes psychologiques qu’elles activent, permettre à nos familles, communautés et associations d’élaborer des critères pratiques pour une culture de la communication plus saine et plus responsable.
     C’est pourquoi il est de plus en plus urgent d’introduire dans les systèmes éducatifs à tous les niveaux une alphabétisation aux médias, à l’information et à l’IA, que certaines institutions civiles promeuvent déjà. Comme catholiques, nous pouvons et devons apporter notre contribution, afin que les personnes – surtout les jeunes – acquièrent une capacité de pensée critique et grandissent dans la liberté de l’esprit. Cette alphabétisation devrait en outre être intégrée dans des initiatives plus larges d’éducation permanente, atteignant également les personnes âgées et les membres marginalisés de la société, qui se sentent souvent exclus et impuissants face aux rapides changements technologiques.
     L’alphabétisation aux médias, à l’information et à l’IA aidera tous à ne pas se conformer à la dérive anthropomorphisante de ces systèmes, mais à les traiter comme des instruments, à utiliser toujours une validation externe des sources – qui pourraient être imprécises ou erronées – fournies par les systèmes d’IA, à protéger leur vie privée et leurs données en connaissant les paramètres de sécurité et les options de contestation. Il est important d’éduquer et de s’éduquer à utiliser l’IA de manière intentionnelle et, dans ce contexte, de protéger sa propre image (photos et audio), son visage et sa voix, afin d’éviter qu’ils soient utilisés dans la création de contenus et de comportements nuisibles, tels que les fraudes numériques, le cyberharcèlement, les deepfakes qui violent la vie privée et l’intimité des personnes sans leur consentement. De même que la révolution industrielle exigeait une alphabétisation de base pour permettre aux personnes de réagir à la nouveauté, la révolution numérique exige aussi une alphabétisation digitale (avec une formation humaniste et culturelle) pour comprendre comment les algorithmes modèlent notre perception de la réalité, comment fonctionnent les biais de l’IA, quels sont les mécanismes qui déterminent l’apparition de certains contenus dans nos flux d’informations (feeds), quels sont et comment peuvent évoluer les présupposés et les modèles économiques de l’économie de l’IA.
     Nous avons besoin que le visage et la voix redeviennent l’expression de la personne. Nous avons besoin de préserver le don de la communication comme la vérité la plus profonde de l’homme, vers laquelle doit s’orienter toute innovation technologique.
     En proposant ces réflexions, je remercie ceux qui œuvrent pour les objectifs ici envisagés et je bénis de tout cœur tous ceux qui travaillent pour le bien commun à travers les moyens de communication.

Du Vatican, le 24 janvier 2026, mémoire de saint François de Sales.

LÉON PP. XIV


[1] « Être créé à l’image de Dieu signifie que, dès le moment de sa création, l’homme a reçu un caractère royal […]. Dieu est amour et source d’amour : le divin Créateur a également inscrit ce trait sur notre visage, afin que, par l’amour – reflet de l’amour divin –, l’être humain reconnaisse et manifeste la dignité de sa nature et la ressemblance avec son Créateur » (cf. saint Grégoire de Nysse, La création de l’homme : PG 44, 137).

 

28 janvier 2026 - Lettre du Pape Léon XIV au presbyterium de l’archidiocèse de Madrid à l’occasion de l’Assemblée presbytérale « Convivium ». Publiée sur le site du Vatican le 9 février 2026

     Chers fils, Je suis heureux de pouvoir vous adresser cette lettre à l’occasion de votre Assemblée presbytérale et de le faire avec un sincère désir de fraternité et d’unité. Je remercie votre archevêque et, du fond du cœur, chacun d’entre vous pour votre disponibilité à vous réunir en tant que presbyterium, non seulement pour traiter des questions communes, mais aussi pour vous soutenir mutuellement dans la mission que vous partagez.   

     J’apprécie l’engagement avec lequel vous vivez et exercez votre sacerdoce dans des paroisses, des services et des réalités très diverses ; je sais que souvent ce ministère se déroule dans la fatigue, dans des situations complexes et dans un dévouement silencieux dont seul Dieu est témoin. C’est précisément pour cette raison que je souhaite que ces paroles vous parviennent comme un geste de proximité et d’encouragement, et que cette rencontre favorise un climat d’écoute sincère, de communion véritable et d’ouverture confiante à l’action du Saint-Esprit, qui ne cesse d’œuvrer dans votre vie et dans votre mission.
     Le temps que vit l’Église nous invite à nous arrêter ensemble pour une réflexion sereine et honnête. Non pas tant pour nous en tenir à des diagnostics immédiats ou à la gestion des urgences, mais pour apprendre à lire en profondeur le moment que nous vivons, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et aussi les possibilités que le Seigneur ouvre devant nous. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire d’éduquer notre regard et de nous exercer au discernement, afin de pouvoir percevoir plus clairement ce que Dieu est déjà en train d’accomplir, souvent de manière silencieuse et discrète, au milieu de nous et de nos communautés.

     Cette lecture du présent ne peut faire abstraction du cadre culturel et social dans lequel la foi est aujourd’hui vécue et exprimée. Dans de nombreux milieux, nous constatons des processus avancés de sécularisation, une polarisation croissante du discours public et une tendance à réduire la complexité de la personne humaine, en l’interprétant à partir d’idéologies ou de catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d’être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang de l’insignifiant, tandis que s’affirment des formes de coexistence qui font abstraction de toute référence transcendante.
     À cela s’ajoute un changement culturel profond qui ne peut être ignoré : la disparition progressive des références communes. Pendant longtemps, la graine chrétienne a trouvé un terrain largement préparé, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd’hui, ce substrat commun s’est considérablement affaibli. Bon nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien, ne sont plus évidents et, dans bien des cas, ne sont même plus compréhensibles. L’Évangile ne se heurte pas seulement à l’indifférence, mais aussi à un horizon culturel différent, où les mots n’ont plus le même sens et où la première annonce ne peut être considérée comme acquise.
     Cependant, cette description n’épuise pas ce qui se passe réellement. Je suis convaincu – et je sais que beaucoup d’entre vous le perçoivent dans l’exercice quotidien de votre ministère – qu’au cœur de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’ouvre aujourd’hui une nouvelle inquiétude. L’absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté ; une liberté détachée de la vérité n’a pas généré la plénitude promise ; et le progrès matériel, à lui seul, n’a pas réussi à combler le désir profond du cœur humain.
     En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines lectures herméneutiques et philosophiques qui ont voulu interpréter la destinée de l’homme, loin d’offrir une réponse suffisante, ont souvent laissé un sentiment accru de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que nous constatons que de nombreuses personnes commencent à s’ouvrir à une recherche plus honnête et plus authentique, une recherche qui, accompagnée de patience et de respect, les conduit à nouveau à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que pour le prêtre, ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même ou de se résigner, mais d’être fidèle et généreusement disponible. Tout cela naît de la reconnaissance que l’initiative vient toujours du Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.

     Ainsi se dessine le type de prêtres dont Madrid — et l’Église tout entière — a besoin en ce moment. Certainement pas des hommes définis par la multiplication des tâches ou par la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie et exprimée dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi. Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique — être alter Christus —, en laissant Dieu façonner notre vie, unifier notre cœur et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, le dévouement fidèle à l’Église et le service concret aux personnes qui nous ont été confiées.

     Chers fils, permettez-moi aujourd’hui de vous parler du sacerdoce en utilisant une image que vous connaissez bien : votre cathédrale. Non pas pour décrire un édifice, mais pour en tirer une leçon. Car les cathédrales, comme tout lieu sacré, existent, tout comme le sacerdoce, pour conduire à la rencontre avec Dieu et à la réconciliation avec nos frères, et leurs éléments recèlent une leçon pour notre vie et notre ministère.
     En contemplant sa façade, nous apprenons déjà quelque chose d’essentiel. C’est la première chose que l’on voit, et pourtant elle ne dit pas tout : elle indique, suggère, invite. De même, le prêtre ne vit pas pour s’exhiber, mais pas non plus pour se cacher. Sa vie est appelée à être visible, cohérente et reconnaissable, même si elle n’est pas toujours comprise. La façade n’existe pas pour elle-même : elle conduit à l’intérieur. De la même manière, le prêtre n’est jamais une fin en soi. Toute sa vie est appelée à renvoyer à Dieu et à accompagner le passage vers le Mystère, sans usurper sa place.

     En arrivant au seuil, nous comprenons qu’il ne convient pas que tout entre à l’intérieur, car c’est un espace sacré. Le seuil marque un passage, une séparation nécessaire. Avant d’entrer, quelque chose reste à l’extérieur. Le sacerdoce se vit également ainsi : être dans le monde, mais sans être du monde (cf. Jn 17, 14). C’est à ce carrefour que se situent le célibat, la pauvreté et l’obéissance ; non pas comme un renoncement à la vie, mais comme la forme concrète qui permet au prêtre d’appartenir entièrement à Dieu sans cesser de marcher parmi les hommes.
      La cathédrale est aussi une maison commune, où chacun a sa place. C’est ainsi que l’Église est appelée à être, en particulier envers ses prêtres : une maison qui accueille, qui protège et qui n’abandonne pas. Et c’est ainsi que doit être vécue la fraternité presbytérale : comme l’expérience concrète de se sentir chez soi, responsables les uns des autres, attentifs à la vie du frère et disposés à se soutenir mutuellement. Mes enfants, personne ne devrait se sentir exposé ou seul dans l’exercice de son ministère : résistez ensemble à l’individualisme qui appauvrit le cœur et affaiblit la mission !

     En parcourant le sanctuaire, nous remarquons que tout repose sur les colonnes qui soutiennent l’ensemble. L’Église y a vu l’image des Apôtres (cf. Ep 2, 20). La vie sacerdotale ne se soutient pas non plus d’elle-même, mais dans le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Église, et gardé par le Magistère (cf. 1 Co 11, 2 ; 2 Tm 1, 13-14). Lorsque le prêtre reste ancré dans ce fondement, il évite de construire sur le sable des interprétations partielles ou des accents circonstanciels, et s’appuie sur le roc solide qui le précède et le dépasse (cf. Mt 7, 24-27).
     Avant d’arriver au presbytère, la cathédrale nous montre des lieux discrets mais fondamentaux : dans les fonts baptismaux naît le Peuple de Dieu ; dans le confessionnal, il est continuellement régénéré. Dans les sacrements, la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal. C’est pourquoi, chers fils, célébrez les sacrements avec dignité et foi, en étant conscients que ce qui s’y produit est la véritable force qui édifie l’Église et qu’ils sont la fin ultime à laquelle tout notre ministère est ordonné. Mais n’oubliez pas que vous n’êtes pas la source, mais le canal, et que vous avez aussi besoin de boire de cette eau. C’est pourquoi, ne cessez pas de vous confesser, de toujours revenir à la miséricorde que vous annoncez.

     À côté de l’espace central s’ouvrent différentes chapelles. Chacune a son histoire, sa dédicace. Bien que différentes dans leur art et leur composition, elles partagent toutes la même orientation ; aucune n’est tournée vers elle-même, aucune ne rompt l’harmonie de l’ensemble. Il en va de même dans l’Église avec les différents charismes et spiritualités par lesquels le Seigneur enrichit et soutient votre vocation. Chacun reçoit une façon particulière d’exprimer sa foi et de nourrir son intériorité, mais tous restent orientés vers le même centre
     Regardons le centre de tout, mes chers fils : c’est là que se révèle ce qui donne un sens à ce que vous faites chaque jour et d’où jaillit votre ministère. Sur l’autel, par vos mains, le sacrifice du Christ s’actualise dans la plus haute action confiée à des mains humaines ; dans le tabernacle, demeure Celui que vous avez offert, confié à nouveau à vos soins. Soyez des adorateurs, des hommes de prière profonde, et enseignez à votre peuple à faire de même.    

     Au terme de ce parcours, pour être les prêtres dont l’Église a besoin aujourd’hui, je vous laisse le même conseil que votre saint compatriote, saint Jean d’Avila : « Soyez tout à lui » (Sermon 57). Soyez saints ! Je vous confie à Sainte Marie de l’Almudena et, le cœur rempli de gratitude, je vous donne la bénédiction apostolique, que j’étends à tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux.

    Vatican, le 28 janvier 2026, Mémoire de saint Thomas d’Aquin, prêtre et docteur de l’Église.
 

 

2 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Présentation de Jésus au Temple

     Aujourd’hui, en cette fête de la Présentation du Seigneur, l’Évangile nous parle de Jésus qui est reconnu et annoncé dans le Temple comme le Messie par Siméon et Anne (cf. Lc 2, 22-40). Il nous présente la rencontre entre deux mouvements d’amour : celui de Dieu qui vient sauver l’homme et celui de l’homme qui attend sa venue avec une foi vigilante.

     Du côté de Dieu, le fait que Jésus soit présenté comme le fils d’une famille pauvre dans le grand cadre de Jérusalem nous montre comment Il s’offre à nous dans le plein respect de notre liberté et dans le partage total de notre pauvreté. En effet, il n’y a rien de contraignant dans son agir, mais seulement la puissance désarmante de sa gratuité désarmée. Du côté de l’homme, en revanche, les deux vieillards Siméon et Anne représentent l’attente du peuple d’Israël à son apogée, comme le sommet d’une longue histoire de salut qui s’étend du jardin d’Eden à la cour du Temple ; une histoire marquée par des ombres et des lumières, des chutes et des reprises, mais toujours traversée par un seul désir vital : rétablir la pleine communion de la créature avec son Créateur. Ainsi, à quelques pas du “Saint des Saints”, la Source de lumière s’offre comme une lampe pour le monde, et l’Infini se donne au fini d’une manière tellement humble qu’elle passe presque inaperçue.

     Nous célébrons la 30e Journée de la Vie Consacrée dans la perspective de cette scène, en y reconnaissant une icône de la mission des religieux et des religieuses dans l’Église et dans le monde, comme l’a exhorté le Pape François : « “Vous réveillez le monde”, parce que la note qui caractérise la vie consacrée est la prophétie » (Lett. ap. À tous les consacrés à l’occasion de l’Année de la vie consacrée, 21 novembre 2014, II, 2). Chers amis, l’Église vous demande d’être des prophètes : des messagers et des messagères qui annoncent la présence du Seigneur et en préparent le chemin. Pour reprendre les expressions de Malachie, que nous avons entendues dans la première lecture, vous êtes invités à devenir, dans votre généreux “dessaisissement de soi” pour le Seigneur, des braseros pour le feu du Fondeur et des vases pour la lessive du Blanchisseur (cf. Mal 3, 1-3), afin que le Christ, unique et éternel Ange de l’Alliance, présent encore aujourd’hui parmi les hommes, puisse fondre et purifier les cœurs par son amour, sa grâce et sa miséricorde. Et c’est ce que vous êtes appelés à faire avant tout par le sacrifice de votre existence, enracinés dans la prière et prêts à vous consumer dans la charité (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 44).

     Vos fondateurs et fondatrices, dociles à l’action du Saint-Esprit, vous ont laissé de merveilleux modèles pour vivre concrètement cette mission. Dans une tension constante entre la terre et le ciel, ils se sont laissés conduire avec foi et courage, de la Table eucharistique, les uns vers le silence des cloîtres, les autres vers les défis de l’apostolat, d’autres encore vers l’enseignement dans les écoles ou la misère des rues, d’autres enfin vers les fatigues de la mission. Et avec la même foi, ils sont à chaque fois retournés, humblement et avec sagesse, au pied de la Croix et devant le Tabernacle pour tout offrir, et retrouver en Dieu la source et la fin de toutes leurs actions. Avec la force de la grâce, ils se sont également lancés dans des entreprises risquées, se faisant présence priante dans des milieux hostiles et indifférents, main généreuse et épaule amicale dans des contextes de déclin et d’abandon, témoignage de paix et de réconciliation au milieu de situations de guerre et de haine, prêts même à subir les conséquences d’une action à contre-courant qui les rendait dans le Christ « signe de contradiction » (Lc 2, 34), parfois jusqu’au martyre.

     Le Pape Benoît XVI a écrit que « l’interprétation de la Sainte Écriture demeurerait incomplète si on ne se mettait pas à l’écoute de qui a véritablement vécu la Parole de Dieu » (Exhort. ap. postsyn. Verbum Domini, n. 48) ; et nous voulons nous souvenir de nos frères et sœurs qui nous ont précédés comme protagonistes de cette « tradition prophétique, où la Parole de Dieu prend à son service la vie même du prophète » (ibid., n. 49). Nous le faisons surtout pour recueillir leur témoignage.

     Aujourd’hui encore, par la profession des conseils évangéliques et les multiples services de charité que vous offrez, vous êtes appelés à témoigner que Dieu est présent dans l’histoire comme salut pour tous les peuples (cf. Lc 2, 30-31), et cela dans une société où la foi et la vie semblent s’éloigner de plus en plus l’une de l’autre, au nom d’une conception fausse et réductrice de la personne. Vous êtes appelés à témoigner que le jeune, le vieillard, le pauvre, le malade, le prisonnier occupent d’abord une place sacrée sur son Autel et dans son Cœur, et qu’en même temps chacun d’eux est un sanctuaire inviolable de sa présence, devant lequel il convient de s’agenouiller pour le rencontrer, l’adorer et le glorifier.

     En témoignent les nombreux “avant-postes de l’Évangile” que beaucoup de vos communautés maintiennent dans les contextes les plus divers et les plus difficiles, même au milieu des conflits. Elles ne partent pas, elles ne fuient pas. Elles restent, dépouillées de tout, pour être un rappel, plus éloquent que mille paroles, du caractère sacré et inviolable de la vie dans sa plus pure essence, se faisant l’écho, par leur présence – même là où grondent les armes et où semblent prévaloir l’arrogance, l’intérêt et la violence – des paroles de Jésus : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car […] leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18, 10).

     Et je voudrais m’arrêter, à ce propos, sur la prière du vieillard Siméon que nous récitons tous chaque jour : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut » (Lc 2, 29-30). La vie religieuse, en effet, avec son détachement serein de tout ce qui passe, enseigne l’indissociabilité entre le souci le plus authentique des réalités terrestres et l’espérance aimante des réalités éternelles, choisies déjà dans cette vie comme fin ultime et exclusive, capable d’illuminer tout le reste. Siméon a vu en Jésus le salut et il est libre face à la vie et à la mort. « Homme juste et religieux » (Lc 2, 25), avec Anne qui « ne s’éloignait pas du Temple » (ibid. v. 37), il garde les yeux fixés sur les biens à venir.

     Le Concile Vatican II nous rappelle que « l’Église [...] n’aura que dans la gloire céleste sa consommation, lorsque viendra le temps où [...] avec le genre humain, tout l’univers [...] trouvera dans le Christ sa définitive perfection » (Conc. Ecum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 48). Cette prophétie vous est également confiée, à vous, hommes et femmes aux pieds bien plantés sur terre mais en même temps « constamment tournés vers les biens éternels » (Missel romain, Collecte de la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie). Le Christ est mort et ressuscité pour « rendre libre […] ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » (He 2, 15). Et vous, engagés à le suivre de plus près en participant à son “anéantissement” pour vivre dans son Esprit (cf. Conc. œcum. Vat. II, Décret Perfectae caritatis, 28 octobre 1965, n. 5), vous pouvez montrer au monde, avec la liberté de ceux qui aiment et pardonnent sans mesure, le chemin pour surmonter les conflits et semer la fraternité.

     Chères consacrés, l’Église remercie aujourd’hui le Seigneur et vous remercie pour votre présence, et elle vous encourage à être, là où la Providence vous envoie, un ferment de paix et un signe d’espérance. Nous confions votre œuvre à l’intercession de Marie Très Sainte et de tous vos Saints Fondateurs et Fondatrices, tandis que, sur l’Autel, nous renouvelons ensemble l’offrande de notre vie à Dieu.

 

 

5 février 2026 - Message du Saint-Père aux participants au Congrès théologique pastoral sur l'événement de Guadalupe [Mexico, 24-26 février 2026] – publié sur le site du Vatican le 24 février 2026

     Je vous salue cordialement et vous remercie pour votre travail de réflexion autour du signe d’inculturation parfaite que, en sainte Marie de Guadalupe, le Seigneur a voulu offrir à son peuple. En réfléchissant à l’inculturation de l’Évangile, il convient de reconnaître la manière dont Dieu lui-même s’est manifesté et nous a offert le salut.

     Il a voulu se révéler non pas comme un être abstrait ni comme une vérité imposée de l’extérieur, mais en entrant progressivement dans l’histoire et en dialoguant avec la liberté de l’homme. « Après avoir, à maintes reprises et sous diverses formes, parlé autrefois à nos pères par les prophètes » (He 1,1), Dieu s’est pleinement révélé en Jésus-Christ, en qui non seulement il communique un message, mais il se communique lui-même ; c’est pourquoi, comme l’enseigne saint Jean de la Croix, après le Christ il ne reste plus d’autre parole à attendre, il n’y a plus rien à dire, car tout a été dit en lui (cf. Montée du Carmel, II, 22, 3-5). Évangéliser consiste avant tout à rendre Jésus-Christ présent et accessible. Toute action de l’Église doit chercher à introduire l’être humain dans une relation vivante avec lui, qui éclaire l’existence, interpelle la liberté et ouvre à un chemin de conversion, disposant à accueillir le don de la foi comme réponse à l’Amour qui donne sens et soutient la vie dans toutes ses dimensions.
     Cependant, l’annonce de la Bonne Nouvelle se réalise toujours dans une expérience concrète. En tenir compte, c’est reconnaître et imiter la logique du mystère de l’Incarnation, par lequel le Christ « s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14), assumant notre condition humaine avec tout ce qu’elle comporte dans sa configuration temporelle. Il s’ensuit qu’on ne peut ignorer la réalité culturelle de ceux qui reçoivent l’annonce et que l’inculturation n’est pas une concession secondaire ni une simple stratégie pastorale, mais une exigence intrinsèque de la mission de l’Église. Comme l’a souligné saint Paul VI, l’Évangile — et, par conséquent, l’évangélisation — ne s’identifie à aucune culture particulière, mais il est capable de les imprégner toutes sans se soumettre à aucune (Evangelii nuntiandi, 20).  

      Inculturer l’Évangile, dans cette perspective, signifie suivre le même chemin que Dieu a parcouru : entrer avec respect et amour dans l’histoire concrète des peuples afin que le Christ puisse être véritablement connu, aimé et accueilli à partir de leur propre expérience humaine et culturelle. Cela implique d’assumer les langues, les symboles, les manières de penser, de sentir et de s’exprimer de chaque peuple, non seulement comme des véhicules extérieurs de l’annonce, mais comme des lieux réels où la grâce désire habiter et agir.
     Toutefois, il est nécessaire de préciser que l’inculturation n’équivaut pas à une sacralisation des cultures ni à leur adoption comme cadre interprétatif décisif du message évangélique, pas plus qu’elle ne peut se réduire à un accommodement relativiste ou à une adaptation superficielle du message chrétien. Aucune culture, aussi précieuse soit-elle, ne peut s’identifier purement et simplement à la Révélation ni devenir le critère ultime de la foi. Légitimer tout ce qui est culturellement donné ou justifier des pratiques, des visions du monde ou des structures qui contredisent l’Évangile et la dignité de la personne reviendrait à méconnaître que toute culture — comme toute réalité humaine — doit être éclairée et transformée par la grâce qui jaillit du mystère pascal du Christ.

      L’inculturation est plutôt un processus exigeant et purificateur par lequel l’Évangile, demeurant intact dans sa vérité, reconnaît, discerne et assume les semina Verbi présents dans les cultures, tout en purifiant et en élevant leurs valeurs authentiques, en les libérant de ce qui les obscurcit ou les défigure. Ces semences du Verbe, comme traces de l’action préalable de l’Esprit, trouvent en Jésus-Christ leur critère d’authenticité et leur plénitude.
     Dans cette perspective, sainte Marie de Guadalupe est une leçon de la pédagogie divine sur l’inculturation de la vérité salvifique. En elle, une culture n’est pas canonisée ni ses catégories absolutisées, mais elles ne sont pas non plus ignorées ou méprisées : elles sont assumées, purifiées et transfigurées pour devenir un lieu de rencontre avec le Christ. La Morenita manifeste la manière dont Dieu s’approche de son peuple : respectueux dans son point de départ, intelligible dans son langage, ferme et délicat dans sa conduite vers la rencontre avec la Vérité pleine, avec le Fruit béni de son sein. Sur la tilma, parmi des roses peintes, la Bonne Nouvelle entre dans l’univers symbolique d’un peuple et rend visible sa proximité, offrant sa nouveauté sans violence ni contrainte. Ainsi, ce qui s’est produit au Tepeyac ne se présente ni comme une théorie ni comme une tactique, mais comme un critère permanent pour le discernement de la mission évangélisatrice de l’Église, appelée à annoncer le Vrai Dieu par qui l’on vit sans l’imposer, mais aussi sans diluer la nouveauté radicale de sa présence salvifique.

     Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du continent américain et du monde, la transmission de la foi ne peut plus être présumée, en particulier dans les grands centres urbains et dans des sociétés plurielles, marquées par des visions de l’homme et de la vie qui tendent à reléguer Dieu dans la sphère privée ou à s’en passer. Dans ce contexte, renforcer les processus pastoraux exige une inculturation capable de dialoguer avec ces réalités culturelles et anthropologiques complexes, sans les assumer de manière acritiques, afin de susciter une foi adulte et mûre, soutenue dans des contextes exigeants et souvent adverses. Cela implique de concevoir la transmission de la foi non comme une répétition fragmentaire de contenus ni comme une préparation purement fonctionnelle aux sacrements, mais comme un véritable chemin de disciple, dans lequel la relation vivante avec le Christ forme des croyants capables de discerner, de rendre raison de leur espérance et de vivre l’Évangile avec liberté et cohérence.
 

 

15 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans la paroisse Sainte Marie Regina Pacis, à Ostia.

     C’est la grâce de l’Esprit Saint qui inscrit dans notre cœur de façon indélébile et conduit à leur accomplissement les commandements de l’antique alliance (cf. Mt 5, 17-37).

     À travers le Décalogue, après la libération d’Égypte, Dieu avait scellé l’alliance avec son peuple, en offrant un projet de vie et une voie de salut. Les «Dix paroles» se situent donc et se comprennent dans le cadre du chemin de libération, grâce auquel un ensemble de tribus divisées et opprimées se transforme en un peuple uni et libre. Ces commandements apparaissent ainsi, sur le long chemin à travers le désert, comme la lumière qui montre le chemin; et leur observance se comprend et se réalise non pas tant comme une exécution formelle de préceptes, mais comme un acte d’amour, de réponse reconnaissante et confiante au Seigneur de l’Alliance. La loi donnée par Dieu à son peuple n’est donc pas en contradiction avec sa liberté, mais au contraire, elle est la condition pour la faire fleurir.

     Le livre du Siracide (cf. 15, 16-21), et le Psaume 118, nous invitent à voir dans les commandements du Seigneur non pas une loi oppressive, mais sa pédagogie pour l’humanité qui recherche la plénitude de vie et la liberté.

     À ce propos, au début de la Constitution pastorale Gaudium et spes, nous trouvons l’une des plus belles expressions du Concile Vatican II, dans laquelle on sent presque battre le cœur de l’Église. Le Concile affirme: «Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur». (Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 1).

     Cette prophétie de salut se diffuse de façon surabondante dans la prédication de Jésus qui commence sur les rives du lac de Galilée avec l’annonce des Béatitudes (cf. Mt 5, 12) et se poursuit en indiquant le sens authentique et plein de la loi de Dieu. Le Seigneur dit: «Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres: Tu ne tueras point; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal. Eh bien! moi je vous dis: Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal; mais s’il dit à son frère: “Crétin!”, il en répondra au Sanhédrin; et s’il lui dit: “Renégat!”, il en répondra dans la géhenne de feu» (Mt 5, 21-22). Il indique ainsi, comme voie de plénitude de l’homme, une fidélité à Dieu fondée sur le respect et sur le soin de l’autre dans son caractère sacré inviolable, qui doit être cultivé dans le cœur avant même que dans les gestes et dans les paroles. C’est là, en effet, que naissent les sentiments les plus nobles, mais aussi les profanations les plus douloureuses: les fermetures, les envies, les jalousies, de sorte que si quelqu’un pense du mal de son frère, en nourrissant de mauvais sentiments à son égard, c’est comme s’il le tuait déjà au fond de lui. Ce n’est pas un hasard si saint Jean affirme: «Quiconque hait son frère est un homicide» (Jn 3, 15).

     Comme ces paroles sont vraies! Et s’il nous arrivait à nous aussi de juger les autres et de les mépriser, rappelons-nous que le mal que nous voyons dans le monde puise ses racines précisément là où le cœur devient froid, dur et pauvre de miséricorde.

     C’est ce que l’on constate également ici, à Ostie, où malheureusement, la violence existe et blesse aussi, gagnant parfois du terrain parmi les jeunes et les adolescents, alimentée peut-être par l’usage de substances; ou bien perpétrée par des organisations criminelles qui exploitent les personnes en les impliquant dans leurs crimes et poursuivent des intérêts iniques par des moyens illégaux et immoraux.

     Il y a cent dix ans, le Pape Benoît XV voulut cette paroisse intitulée à Santa Maria Regina Pacis. Il le fit en pleine Première Guerre mondiale, en pensant également à votre communauté comme à un rayon de lumière dans le ciel plombé de la guerre. Aujourd’hui, malheureusement, de nombreux nuages obscurcissent encore le monde, avec la diffusion de logiques contraires à l’Évangile, qui exaltent la suprématie du plus fort, encouragent l’abus et alimentent la séduction de la victoire à tout prix, sourde au cri de ceux qui souffrent et sont sans défense.

     Opposons à cette dérive la force désarmante de la douceur, en continuant à demander la paix et à en accueillir et cultiver le don avec ténacité et humilité. Saint Augustin enseignait que «la paix [il n’est pas] difficile de la posséder. […] Voulons-nous la posséder? Sans travail elle est à nous, nous la tenons» (Sermon 357, 1). Et cela parce que notre paix est le Christ, elle se conquiert en se laissant conquérir et transformer par Lui, en lui ouvrant notre cœur, et en l’ouvrant, avec sa grâce, à tous ceux qu’Il place lui-même sur notre chemin.

 

 

18 février 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de l’Association « Pro Petri Sede »

     L’Évêque de Rome, en effet, a reçu du Christ la charge de rassembler dans l’unité le peuple fidèle, et d’annoncer l’Évangile du Salut par toute la terre ; et le charisme de ses Successeurs implique la liberté souveraine de pouvoir le faire. Or l’annonce du Royaume est entravée en bien des lieux dans le monde, et de bien des manières. Combien il est donc important, dans les temps troublés que nous vivons, que “Pierre” garde sa totale liberté pour dire la vérité, dénoncer l’injustice, défendre les droits des plus faibles, promouvoir la paix, et surtout annoncer Jésus-Christ mort et ressuscité, seul horizon possible d’une humanité réconciliée.

 

18 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe des Cendres célébrée en la Basilique Sainte Sabine, en l’Aventin (extraits)

    le péché est personnel, mais il prend forme dans les milieux réels et virtuels que nous fréquentons, dans les attitudes avec lesquelles nous nous conditionnons mutuellement, souvent au sein de véritables “structures de péché” d’ordre économique, culturel, politique et même religieux. Opposer le Dieu vivant à l’idolâtrie – nous enseigne l’Écriture – c’est oser la liberté et la retrouver à travers un exode, un cheminement…

 

 

 

 

22 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans la paroisse romaine du Sacré-Cœur, près de la Gare Termini-Jean Paul II

    Avec le rite des Cendres, nous avons commencé le chemin du Carême. Le Carême est un temps liturgique intense, qui nous offre l’occasion de redécouvrir la richesse de notre Baptême, pour vivre comme des créatures pleinement renouvelées grâce à l’Incarnation, à la mort et à la Résurrection de Jésus.
     … Le récit de la Genèse nous ramène à notre condition de créatures, mises à l’épreuve non pas tant par un interdit, comme on le croit souvent, que par une possibilité : la possibilité d’une relation. L’être humain est libre de reconnaître et d’accueillir l’altérité du Créateur, qui Lui-même reconnaît et accueille l’altérité des créatures.
     Pour empêcher cette possibilité, le serpent insinue la prétention de pouvoir supprimer toute différence entre les créatures et le Créateur, séduisant l’homme et la femme par l’illusion de devenir comme Dieu. Satan les pousse à s’emparer de quelque chose que – selon lui – Dieu voudrait leur refuser afin de les maintenir dans un état d’infériorité. Cette fresque de la Genèse est un chef-d’œuvre inégalé qui représente le drame de la liberté.
     L’Évangile semble répondre à l’ancien dilemme : puis-je réaliser pleinement ma vie en disant « oui » à Dieu ? Ou bien, pour être libre et heureux, dois-je me libérer de Lui ?
     La scène des tentations du Christ affronte en profondeur cette question dramatique. Elle nous conduit à découvrir la véritable humanité de Jésus qui, comme l’enseigne la Constitution conciliaire Gaudium et spes, révèle l’homme à lui-même : « C’est dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l’homme trouve sa vraie lumière » (GS 22). En effet, nous voyons le Fils de Dieu qui, s’opposant aux embûches de l’antique Adversaire, nous montre l’homme nouveau, l’homme libre, manifestation d’une liberté qui s’accomplit en disant « oui » à Dieu.
     Cette humanité nouvelle naît de la source baptismale. Ainsi – spécialement en ce temps de Carême – nous sommes appelés à redécouvrir la grâce du Baptême comme source de vie qui habite en nous et qui, de manière dynamique, nous accompagne dans le respect le plus total de notre liberté.
     Tout d’abord, c’est le Sacrement lui-même qui est dynamique, car ce qu’il offre ne s’épuise pas dans l’espace et le temps du rite : c’est une grâce qui accompagne constamment toute la vie, soutenant notre suite du Christ. Mais le Baptême est dynamique aussi parce qu’il nous remet toujours en marche : la grâce est une voix intérieure qui nous pousse à nous conformer à Jésus, libérant notre liberté afin qu’elle trouve son accomplissement dans l’amour de Dieu et du prochain.
     Nous comprenons ainsi la nature relationnelle du Baptême, qui appelle à vivre l’amitié avec Jésus et, ainsi, à entrer dans sa communion avec le Père. Cette relation pleine de grâce nous rend capables de vivre une proximité authentique avec les autres, une liberté qui – contrairement à ce que le diable propose à Jésus – n’est pas recherche de pouvoir personnel, mais amour qui se donne et qui nous rend tous frères et sœurs. Saint Paul affirme en effet : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 mars 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus

     Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine, la guérison de l’aveugle-né et la résurrection de Lazare, depuis les premiers siècles de l’histoire de l’Église, éclairent le chemin de ceux qui, à Pâques, recevront le baptême et commenceront une nouvelle vie. Ces grandes pages évangéliques, que nous lisons à partir de ce dimanche, sont offertes aux catéchumènes, mais elles sont en même temps réécoutées par toute la communauté, car elles aident à devenir chrétiens ou, si on l’est déjà, à l’être avec plus d’authenticité et de joie.

     Jésus est en effet la réponse de Dieu à notre soif. Comme il le suggère à la Samaritaine, la rencontre avec lui active au plus profond de chacun « une source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14). Combien de personnes, dans le monde entier, recherchent encore aujourd’hui cette source spirituelle ! « Parfois, je parviens à l’atteindre, écrivait la jeune Etty Hillesum dans son journal, mais le plus souvent, elle est recouverte de pierres et de sable : ainsi Dieu est enseveli. Il faut alors le déterrer à nouveau » [1]. Très chers amis, il n’y a pas de meilleure manière d’utiliser notre énergie que de la consacrer à libérer notre cœur. C’est pourquoi le Carême est un don : nous entrons dans la troisième semaine et nous pouvons désormais intensifier notre cheminement !

     Dans l’Évangile, il est également écrit que « ses disciples arrivèrent et s’étonnèrent de le voir parler à une femme » (Jn 4, 27). Ils ont tellement de mal à s’approprier sa mission que le Maître doit les provoquer : « Ne dites-vous pas : « Encore quatre mois, et c’est la moisson » ? Eh bien, je vous le dis : levez les yeux et regardez les champs qui sont déjà blonds pour la moisson » (Jn 4, 35). Le Seigneur dit encore à son Église : « Lève les yeux et reconnais les surprises de Dieu ! ». Dans les champs, quatre mois avant la moisson, on ne voit presque rien. Mais là où nous ne voyons rien, la Grâce est déjà à l’œuvre et les fruits sont prêts à être récoltés. La moisson est abondante : peut-être les ouvriers sont-ils peu nombreux, parce qu’ils sont distraits par d’autres activités. Jésus, en revanche, est attentif. Cette femme samaritaine, selon les coutumes, il aurait dû simplement l’ignorer ; au contraire, Jésus lui parle, l’écoute, lui accorde sa confiance sans arrière-pensée et sans mépris.

     Combien de personnes recherchent dans l’Église cette même délicatesse, cette disponibilité ! Et comme il est beau de perdre la notion du temps pour prêter attention à ceux que nous rencontrons, tels qu’ils sont. Jésus en oubliait même de manger, tant il était nourri par la volonté de Dieu d’atteindre chacun au plus profond de lui-même (cf. Jn 4, 34).     

     Ainsi, la Samaritaine devient la première d’une multitude d’évangélisatrices. De son village de méprisés et de rejetés, beaucoup, grâce à son témoignage, viennent à la rencontre de Jésus, et en eux aussi, la foi jaillit comme une eau pure.

     Frères et sœurs, demandons aujourd’hui à Marie, Mère de l’Église, de pouvoir servir, avec Jésus et comme Jésus, l’humanité assoiffée de vérité et de justice. Ce n’est pas le moment des oppositions entre un temple et un autre, entre « nous » et « les autres » : les adorateurs que Dieu recherche sont des hommes et des femmes de paix, qui l’adorent en Esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23-24).

 

 

8 mars – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à la paroisse Sainte Marie de la Présentation (Rome)

      Comme au puits de l’Évangile, des hommes et des femmes blessés dans leur âme, offensés dans leur dignité et assoiffés d’espoir viennent dans cette paroisse. C’est à vous qu’incombe la tâche urgente et libératrice de montrer la proximité de Jésus, sa volonté de racheter notre existence des maux qui la menacent en proposant une vie juste, vraie et pleine. À partir de l’Eucharistie, cœur battant de toute communauté chrétienne, je vous encourage à faire en sorte que les activités paroissiales soient le signe d’une Église qui, comme une mère, prend soin de ses enfants, sans les condamner, mais en les accueillant, en les écoutant et en les soutenant face au danger. Que la parole de l’Évangile, qui jaillit en nous comme une source de vérité, aide chacun à ouvrir les yeux, afin de savoir évaluer avec sagesse ce qui est bien et ce qui est mal, formant ainsi des consciences libres et adultes.
 


 

 

 

13 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV, aux participants au cours annuel sur le for interne, organisé par la Pénitencerie apostolique

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous !
Éminence, Excellence, chers prêtres, diacres et vous tous qui nous accompagnez, bonjour et bienvenue !
     Je suis très heureux de rencontrer ceux qui, dans les premiers pas de leur ministère sacerdotal, ou dans l’attente d’être ordonnés, perfectionnent leur formation comme confesseurs à travers le Cours sur le for interne, offert chaque année par la Pénitencerie apostolique.
     J’adresse un salut cordial à Son Éminence le cardinal Angelo De Donatis, Pénitencier majeur, au Régent Mgr Nykiel et à tous les membres de la Pénitencerie, aux pénitenciers ordinaires et extraordinaires des basiliques papales et à vous tous, participants à ce cours. Celui-ci fut fortement voulu par saint Jean-Paul II, qui le soutint par sa passion pastorale ; il fut confirmé par le pape Benoît XVI avec sa sagesse théologique, ainsi que par le pape François, qui a toujours eu un grand souci du visage miséricordieux de l’Église.
     Moi aussi je vous exhorte à poursuivre ce service, en approfondissant et en élargissant l’offre de formation, afin que le quatrième sacrement soit toujours mieux connu, correctement célébré et ainsi vécu sereinement et efficacement par tout le peuple saint de Dieu.
     Le sacrement de la réconciliation – nous le savons – a connu dans l’histoire un développement notable, tant dans la compréhension théologique que dans la forme de sa célébration. L’Église, mère et maîtresse, en a progressivement reconnu le sens et la fonction, élargissant la possibilité de sa célébration. Pourtant, à la possibilité répétée de recevoir ce sacrement ne correspond pas toujours, chez les baptisés, un réel empressement à y recourir : c’est comme si l’infini trésor de la miséricorde de l’Église restait « inutilisé », à cause d’une distraction répandue parmi les chrétiens qui, bien souvent, demeurent longtemps en état de péché plutôt que de s’approcher du confessionnal avec simplicité de foi et de cœur pour accueillir le don du Seigneur ressuscité.
     Ce fut le IVᵉ Concile du Latran, en 1215, qui établit que chaque chrétien est tenu de se confesser sacramentellement au moins une fois par an ; et le Catéchisme de l’Église catholique, après le Concile Vatican II, a confirmé cette norme (cf. CEC, n° 1457), qui est aussi loi de l’Église : « Tout fidèle parvenu à l’âge de discrétion est tenu par l’obligation de confesser fidèlement ses péchés graves au moins une fois par an » (CIC 989).
     Saint Augustin affirme : « Celui qui reconnaît ses péchés et les condamne est déjà d’accord avec Dieu. Dieu condamne tes péchés ; et si toi aussi tu les condamnes, tu t’unis à Dieu » (In Iohannis evangelium tractatus 12, 13 : CCL 36, 128). Reconnaître nos péchés, surtout en ce temps de Carême, signifie donc « nous accorder » avec Dieu, nous unir à Lui.
     Le sacrement de la réconciliation est alors un « laboratoire d’unité » : il rétablit l’unité avec Dieu, par le pardon des péchés et l’infusion de la grâce sanctifiante. Cela engendre l’unité intérieure de la personne et l’unité avec l’Église ; c’est pourquoi il favorise aussi la paix et l’unité dans la famille humaine. On pourrait se demander : les chrétiens qui portent de graves responsabilités dans les conflits armés ont-ils l’humilité et le courage de faire un sérieux examen de conscience et de se confesser ?
     Mais – demandons-nous encore – l’homme, petite et simple créature, peut-il vraiment « rompre l’unité » avec le Créateur ? Cette image n’est-elle pas partielle et, en définitive, appauvrissante de la Révélation que Jésus nous a faite de Dieu ?
     En réalité, le péché ne rompt pas l’unité entendue comme dépendance ontologique de la créature envers le Créateur : même le pécheur demeure totalement dépendant de Dieu Créateur, et cette dépendance, lorsqu’elle est reconnue, peut ouvrir le chemin de la conversion. Le péché rompt plutôt l’unité spirituelle avec Dieu : il consiste à lui tourner le dos. Cette possibilité dramatique est aussi réelle que le don de la liberté que Dieu lui-même a fait aux êtres humains. Nier la possibilité que le péché rompe réellement l’unité avec Dieu revient en réalité à méconnaître la dignité de l’homme, qui est – et demeure – libre et donc responsable de ses actes.
     Très chers jeunes prêtres et ordinands, soyez toujours conscients de la très haute mission que le Christ lui-même, à travers l’Église, vous confie : reconstruire l’unité des personnes avec Dieu par la célébration du sacrement de la réconciliation. La vie entière d’un prêtre peut s’accomplir pleinement dans la célébration assidue et fidèle de ce sacrement. En effet, combien de prêtres sont devenus saints dans le confessionnal ! Pensons seulement à saint Jean-Marie Vianney, à saint Léopold Mandić et, plus récemment, à saint Pio de Pietrelcina et au bienheureux Michał Sopoćko.
     L’unité rétablie avec Dieu est aussi unité avec l’Église, qui est le corps mystique du Christ : nous sommes membres du « Christ total ». Le thème de votre cours cette année – « L’Église appelée à être maison de miséricorde » – serait incompréhensible si l’on ne partait pas de la racine qu’est Jésus Christ ressuscité. L’Église accueille les personnes comme « maison de miséricorde » parce qu’elle accueille d’abord continuellement son Seigneur dans la Parole écoutée et proclamée et dans la grâce des sacrements.
     Pour cette raison, dans la célébration de la confession sacramentelle, tandis que les pénitents sont réconciliés avec Dieu et avec l’Église, l’Église elle-même se construit : elle est enrichie par la sainteté renouvelée de ses enfants repentants et pardonnés. Dans le confessionnal, chers frères, nous collaborons à l’édification continue de l’Église : une, sainte, catholique et apostolique ; et ce faisant nous donnons aussi de nouvelles énergies à la société et au monde.
     L’unité avec Dieu et avec l’Église est enfin le présupposé de l’unité intérieure des personnes, aujourd’hui si nécessaire dans ce temps de fragmentation que nous traversons. Cette unité intérieure apparaît comme un désir réel surtout chez les jeunes générations. Les promesses non tenues d’un consumérisme débridé et l’expérience frustrante d’une liberté détachée de la vérité peuvent se transformer, par la miséricorde divine, en occasions d’évangélisation : en faisant apparaître le sentiment d’inachèvement, elles permettent de susciter ces questions existentielles auxquelles seul le Christ répond pleinement. Dieu s’est fait homme pour nous sauver, et il le fait aussi en éduquant notre sens religieux, notre irrépressible désir de vérité et d’amour, afin que nous puissions accueillir le Mystère en qui « nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28).
     Ce dynamisme d’unité avec Dieu, avec l’Église et en nous-mêmes est un fondement de la paix entre les hommes et les peuples : seule une personne réconciliée est capable de vivre de manière désarmée et désarmante ! Celui qui dépose les armes de l’orgueil et se laisse continuellement renouveler par le pardon de Dieu devient un artisan de réconciliation dans la vie quotidienne. En lui ou en elle s’accomplissent les paroles attribuées à saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ».
     Très chers amis, n’oubliez jamais de vous approcher vous-mêmes, avec une fidélité constante, du sacrement du pardon, afin d’être toujours les premiers bénéficiaires de la miséricorde divine dont vous êtes devenus – ou deviendrez – les ministres. Que Marie, Mère de la miséricorde, accompagne toujours votre chemin et éclaire vos pas. Sur vous et sur votre engagement quotidien, j’accorde de tout cœur la bénédiction apostolique. Merci.

 

 

16 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de la rédaction du TG2 de la RAI-Radio-télévision italienne à l'occasion des ses 50 ans de fondation, avec leurs familles

     J’adresse mes salutations au Conseil d’administration, au directeur et à l’équipe rédactionnelle de TG2, et je vous adresse mes félicitations pour le cinquantième anniversaire de ce journal télévisé.

     Cet « anniversaire » nous invite à réfléchir au chemin parcouru, qui illustre les défis auxquels le journalisme télévisé a été confronté et ceux qui restent à venir. Je pense au passage de l’analogique au numérique, dans lequel vous avez joué un rôle de premier plan en saisissant les opportunités et en comprenant qu’aucune innovation technologique ne peut remplacer la créativité, le discernement critique et la liberté de pensée. Et si le défi de notre époque est celui de l’intelligence artificielle, je pense à la nécessité de réguler la communication selon le paradigme humain et non technologique. Ce qui signifie, en fin de compte, savoir faire la distinction entre les moyens et les fins.

     Les traits distinctifs qui vous ont caractérisés dès le début sont la laïcité et le pluralisme des sources d’information, même au sein de la télévision d’État. La laïcité comprise comme un rejet des préjugés idéologiques et comme une vision ouverte de la réalité. Nous savons tous combien il est difficile de se laisser surprendre par les faits, par les rencontres, par les regards et les voix des autres ; combien la tentation est forte de ne rechercher, de ne voir et de n’écouter que ce qui confirme nos propres opinions. Mais il ne peut y avoir de bonne communication, ni de véritable liberté ni de pluralisme sain, sans cette ouverture.

     Tout au long de l’histoire de TG2, des perspectives culturelles diverses ont coexisté. Cette diversité, surtout lorsqu’elle est animée par un esprit d’amitié, a constitué une valeur ajoutée à votre identité, une source de richesse, un exemple de dialogue, qui a encore beaucoup à nous enseigner aujourd’hui, à une époque dominée par la polarisation, l’étroitesse d’esprit idéologique et les slogans qui nous empêchent de voir et de comprendre la complexité de la réalité.

     Toujours, mais surtout dans les circonstances dramatiques de la guerre, telles que celles que nous vivons actuellement, les médias doivent se prémunir contre le risque de devenir de la propagande. Et la tâche des journalistes, qui consiste à vérifier l’information pour ne pas devenir le porte-parole des puissants, devient encore plus urgente et délicate — je dirais même essentielle.

     C’est à vous qu’il revient de montrer les souffrances que la guerre inflige toujours aux populations ; de montrer le visage de la guerre et de la raconter à travers le regard des victimes, afin de ne pas la transformer en jeu vidéo. Ce n’est pas facile dans les quelques minutes d’un journal télévisé et de ses reportages approfondis. Mais tel est le défi.

 

 

21 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à l'Assemblée générale du Mouvement des Focolari

     Tout charisme dans l’Église exprime un aspect de l’Évangile que l’Esprit Saint met en lumière à un moment donné de l’histoire, pour le bien de l’Église et du monde entier.

    « Que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jn 17,21).
     Ce ferment d’unité est aujourd’hui plus que jamais nécessaire, car le poison de la division et de la conflictualité tend à contaminer les cœurs et les relations sociales, et doit être combattu par le témoignage évangélique de l’unité, du dialogue, du pardon et de la paix. À travers vous aussi, Dieu a préparé, au fil des décennies, un grand peuple de paix, appelé en ce moment de l’histoire à faire contrepoids et rempart face aux nombreux semeurs de haine qui ramènent l’humanité vers des formes de barbarie et de violence.

 

     … En ce temps, vous êtes appelés à discerner ensemble quels aspects de votre vie commune et de votre apostolat sont essentiels et doivent être conservés, et quels instruments et pratiques, bien que utilisés depuis longtemps, ne sont pas essentiels au charisme, ou ont présenté des aspects problématiques et doivent donc être abandonnés.
     Cette phase exige aussi un engagement fort en faveur de la transparence de la part de ceux qui exercent des responsabilités, à tous les niveaux. La transparence est en effet, d’une part, une condition de crédibilité et, d’autre part, une exigence puisque le charisme est un don de l’Esprit Saint dont tous les membres sont responsables. Ils ont donc le droit et le devoir de se sentir coresponsables de l’Œuvre à laquelle ils ont adhéré avec dévouement total. Rappelez-vous également que l’implication des membres est toujours une richesse : elle favorise la croissance, tant des personnes que de l’Œuvre, fait émerger les ressources latentes et les potentialités de chacun, responsabilise et valorise la contribution de tous.
     La responsabilité du discernement commun, confiée à tous, englobe aussi la manière dont le charisme de l’unité doit se traduire en styles de vie communautaire qui fassent resplendir la beauté de la nouveauté évangélique tout en respectant la liberté et la conscience de chacun, en valorisant les dons et l’unicité de chaque personne. Nous pouvons réfléchir au fait que Jésus, dans sa prière sacerdotale, après avoir dit « qu’ils soient un », ajoute « qu’eux aussi soient en nous » (Jn 17,21), reliant ainsi l’unité entre les disciples à une unité plus haute, celle entre le Père et le Fils. Cela signifie que l’unité que vous cherchez à vivre et à témoigner se réalise d’abord « en Dieu », dans l’accomplissement de sa sainte volonté, et par conséquent dans l’engagement partagé de la communion et de la vie communautaire, soutenu et guidé par ceux qui en ont la charge. L’unité est un don, mais aussi une tâche et un appel qui interpellent chacun. Tous sont appelés à discerner la volonté de Dieu et à réaliser la vérité de l’Évangile dans les diverses situations de la vie communautaire ou apostolique. Et tous, dans ce chemin de discernement, doivent pratiquer la fraternité, la sincérité, la franchise et surtout l’humilité, la liberté intérieure par rapport à soi-même et à son propre point de vue. L’unité de tous en Dieu est un signe évangélique doté d’une force prophétique pour le monde.
     Ainsi, l’unité ne doit pas être comprise comme une uniformité de pensée, d’opinion ou de style de vie, ce qui pourrait au contraire conduire à dévaloriser ses propres convictions, au détriment de la liberté personnelle et de l’écoute de sa conscience. Chiara Lubich affirmait que la base de toute règle est la charité (cf. Préambule aux Statuts). Il est donc nécessaire que l’unité soit toujours nourrie et soutenue par la charité réciproque, qui exige grandeur d’âme, bienveillance et respect ; cette charité qui ne se vante pas, ne s’enfle pas d’orgueil, ne cherche pas son intérêt, ne tient pas compte du mal subi, mais se réjouit de la vérité (cf. 1 Co 13,4-6).

 

28 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à Monaco au stade Louis II. (extraits)

     Si les hommes oublient la Loi qui commande de ne pas tuer, Dieu n’oublie pas la promesse qui prépare le monde au salut.

      De même qu’au commencement des temps Dieu donna la vie à l’être à partir du néant, de même, à la plénitude des temps, Il rachètera toute vie de la mort qui ruine la création.

     La joie de la foi et la force de notre témoignage découlent de cette rédemption, en tout lieu et en tout temps. L’histoire de Jésus résume en effet le destin de chacun de nous, à commencer par les plus petits et les opprimés. Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! Cependant face à l’insistance du mal la justice éternelle de Dieu se dresse, qui sans cesse nous délivre de nos tombeaux, comme pour Lazare, et nous donne une vie nouvelle. Il convertit la dureté du cœur en transformant le pouvoir en service, en manifestant le véritable nom de sa toute-puissance : miséricorde. C’est la miséricorde qui sauve le monde : elle prend soin de chaque existence humaine, depuis son apparition dans le sein maternel jusqu’au moment où elle se flétrit, et dans toute ses fragilités.

 

    La voix des prophètes, témoigne de la manière dont Dieu accomplit son dessein de salut.  Ézéchiel annonce que l’œuvre divine commence par une libération (Ez 37,23) et s’accomplit par la sanctification du peuple (cf. v. 28) : un chemin de conversion. Il ne s’agit pas d’une initiative privée ou individuelle, mais d’une initiative qui nous engage tous, qui transforme nos relations avec Dieu et avec notre prochain.

     La libération prend avant tout la forme d’une purification des « idoles immondes » (v. 23). Que sont-elles ? Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l’achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c’est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l’esprit de l’homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leur yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s’en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse.  L’affranchissement des idoles libére d’un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité.

     Dieu ne nous abandonne pas dans ces tentations. Il vient au secours de l’homme, faible et triste, qui croit que les idoles du monde lui sauveront la vie. Comme l’enseigne saint Augustin, « l’homme se libère de leur emprise lorsqu’il croit en Celui qui, pour le relever, a donné un exemple d’humilité » (De civitate Dei, VII, 33). Cet exemple, c’est la vie même de Jésus, Dieu fait homme pour notre salut. Au lieu de nous punir, Il détruit le mal par son amour, accomplissant ainsi une promesse solennelle : « Je les purifierai. Alors ils seront mon peuple et moi Je serai leur Dieu » (Ez 37, 23). Le Seigneur change l’histoire du monde en nous appelant de l’idolâtrie à la vraie foi, de la mort à la vie.

     Chaque vie brisée est une blessure infligée au Corps du Christ. Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! La paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre.

     Rendez heureux beaucoup de personnes par votre foi en manifestant la joie authentique, celle qui ne se gagne pas par un pari, mais qui se partage par la charité. La source de cette joie est l’amour de Dieu : amour pour la vie naissante et indigente, à accueillir et à soigner sans cesse ; amour pour la vie jeune et âgée, à encourager dans les épreuves de chaque âge ; amour pour la vie, en bonne santé comme malade, parfois solitaire, qui a toujours besoin d’être accompagnée avec attention.    

     Donner la vie de Dieu. Une tâche sublime et impossible sans donner notre vie au prochain. Une tâche passionnante et féconde, lorsque l’Évangile éclaire nos pas.

 

4 avril 2026 – Homélie de Léon XIV lors de la Messe de la Nuit de Pâques

     « Le pouvoir sanctifiant de cette nuit […] dissipe la haine, dispose à l’amitié et soumet toute puissance » (Annonce de la Pâque).

     C’est ainsi, chers frères et sœurs, que le diacre, au début de cette célébration, a salué la lumière du Christ ressuscité, symbolisée par le cierge pascal. À partir de ce cierge unique, nous avons tous allumé nos lumières et, chacun portant une flamme tirée du même feu, nous avons éclairé cette grande basilique. C’est le signe de la lumière pascale qui nous unit dans l’Église comme des lampes pour le monde. Nous avons répondu “amen” à l’annonce du diacre, affirmant notre engagement à embrasser cette mission, et nous répéterons dans un instant notre “oui” en renouvelant nos promesses baptismales.

     Cette veillée, chers frères et sœurs, est une veillée lumineuse, la plus ancienne de la tradition chrétienne appelée “mère de toutes les veillées”. Nous revivons en elle le mémorial de la victoire du Seigneur de la vie sur la mort et les enfers. Nous le faisons après avoir parcouru, ces derniers jours, comme dans une unique grande célébration, les mystères de la Passion du Dieu fait pour nous « homme de douleur » (Is 53, 3), « méprisé, abandonné des hommes » (ibid.), torturé et crucifié.

     Y a-t-il une charité plus grande ? Une gratuité plus totale ? Le Ressuscité est le Créateur même de l’univers qui, comme aux origines de l’histoire, nous a donné l’existence à partir de rien ; de même, sur la croix, pour nous montrer son amour sans limites, il nous a donné la vie.

     La première Lecture nous l’a rappelé, à travers le récit des origines. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (cf. Gn 1, 1), tirant le cosmos du chaos, l’harmonie du désordre, et en confiant, à nous qui sommes faits à son image et à sa ressemblance, la tâche d’en être les gardiens. Et même lorsque, par le péché, l’homme n’a pas répondu à ce projet, le Seigneur ne l’a pas abandonné mais lui a révélé, de manière encore plus surprenante, dans le pardon, son visage miséricordieux.

     Le “saint mystère de cette nuit” plonge donc ses racines là où s’est consommé le premier échec de l’humanité, et il s’étend à travers les siècles comme un chemin de réconciliation et de grâce.

     La liturgie nous a proposé quelques étapes de ce cheminement à travers les textes sacrés que nous avons entendu. Elle nous a rappelé comment Dieu a retenu la main d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Isaac, pour nous montrer qu’il ne voulait pas notre mort mais plutôt que nous nous consacrions à être, entre ses mains, des membres vivants d’une descendance de sauvés (cf. Gn 22, 11-12.15-18). De même, elle nous a invités à réfléchir sur la manière dont le Seigneur a libéré les Israélites de l’esclavage d’Égypte, faisant de la mer, lieu de mort et obstacle insurmontable, la porte d’entrée vers le commencement d’une vie nouvelle et libre. Et ce même message est revenu comme un écho dans les paroles des prophètes, où nous avons entendu les louanges du Seigneur en tant qu’époux qui appelle et rassemble (cf. Is 54, 5-7), source qui désaltère, eau qui féconde (cf. Is 55, 1.10), lumière qui montre le chemin de la paix (cf. Bar 3, 14), Esprit qui transforme et renouvelle le cœur (Ez 36, 26).

     À tous ces moments de l’histoire du salut, nous avons vu comment Dieu répond à la dureté du péché qui divise et tue, par la puissance de l’amour qui unit et redonne la vie. Nous les avons évoqués ensemble en entrecoupant le récit avec des psaumes et des prières pour nous rappeler que, par la Pâque du Christ, ensevelis avec lui dans la mort, nous pouvons nous aussi marcher dans une vie nouvelle ; morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ (cf. Rm 6, 4-11), consacrés dans le baptême à l’amour du Père, unis dans la communion des saints, devenus par grâce des pierres vivantes pour édifier son Royaume (cf. 1 P 2, 4-5).

     C’est dans cette lumière que nous lisons le récit de la Résurrection, que nous avons entendu dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le matin de Pâques, les femmes, surmontant leur peine et leur peur, se sont mises en route. Elles voulaient se rendre au tombeau de Jésus. Elles s’attendaient à le trouver scellé avec une grande pierre à l’entrée et des soldats montant la garde. Voilà ce qu’est le péché : une barrière très lourde qui nous enferme et nous sépare de Dieu, et cherche à faire mourir en nous ses paroles d’espérance. Marie de Magdala et l’autre Marie, cependant, ne se sont pas laissées intimider. Elles se sont rendues au sépulcre et, grâce à leur foi et à leur amour, elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Dans le tremblement de terre et dans l’ange assis sur le rocher renversé, elles ont vu la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que n’importe quelle force du mal, capable de “dissiper la haine” et de “soumettre toute puissance”. L’homme peut tuer le corps, mais la vie du Dieu d’amour est une vie éternelle, qui va au-delà de la mort et qu’aucun tombeau ne peut emprisonner. Ainsi, le Crucifié règne-t-il depuis la croix. L’ange s’est assis sur la pierre et Jésus s’est présenté à elles, vivant, en disant : « Je vous salue ! » (Mt 28, 9).

     Tel est, chers amis, notre message au monde aujourd’hui, la rencontre dont nous voulons témoigner par les paroles de la foi et les œuvres de la charité, en chantant par notre vie l’“Alléluia” que nous proclamons avec nos lèvres (cf. saint Augustin, Sermo 256, 1). À l’exemple des femmes qui se sont précipitées pour annoncer la nouvelle à leurs frères, nous aussi nous voulons cette nuit quitter cette basilique, pour apporter à tout le monde la bonne nouvelle que Jésus est ressuscité et que, par sa force, ressuscités avec Lui, nous pouvons donner vie à un monde nouveau, de paix et d’unité, comme « une multitude d’hommes et en même temps […] un seul homme, car, bien qu’il y ait beaucoup de chrétiens, le Christ est unique » (Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 127,3).

     C’est à cette mission que se consacrent les frères et sœurs ici présents, venus de diverses régions du monde, qui vont bientôt recevoir le baptême. Après le long chemin du catéchuménat, ils renaissent aujourd’hui dans le Christ pour être des créatures nouvelles (cf. 2 Co 5, 17), témoins de l’Évangile. Pour eux, et pour nous tous, répétons ce que saint Augustin disait aux chrétiens de son temps : « Annonce le Christ, sème […], répands partout ce que tu as conçu dans ton cœur » (Sermo 116, 23-24).

     Sœurs, frères, de nos jours encore, des tombeaux sont à ouvrir, et les pierres qui les scellent sont souvent si lourdes et si bien surveillées qu’elles semblent inamovibles. Certaines oppriment le cœur de l’homme, comme la méfiance, la peur, l’égoïsme, la rancœur. D’autres, conséquence de ces dernières, brisent les liens entre nous, comme la guerre, l’injustice, la fermeture entre les peuples et les nations. Ne nous laissons pas paralyser par elles ! Au fil des siècles, nombre d’hommes et de femmes, avec l’aide de Dieu, les ont fait rouler, parfois au prix de grands efforts, parfois au prix de leur vie, mais avec de bons fruits dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Ils ne sont pas des figures inaccessibles mais des personnes comme nous qui, fortifiées par la grâce du Ressuscité, dans la charité et la vérité, ont eu le courage de parler, comme le dit l’apôtre Pierre, « avec les paroles de Dieu » (1 P 4, 11) et d’agir « avec la force que Dieu leur a donnée, afin que Dieu soit glorifié en tout » (ibid.).

     Laissons-nous inspirer par leur exemple et, en cette Nuit sainte, faisons nôtre leur engagement, afin que partout et toujours dans le monde grandissent et s’épanouissent les don pascals de la concorde et de la paix.

 

 

 

5 avril 2026 – Message Urbi et Orbi du Pape Léon XIV en la Solennité de Pâques. Depuis la Loggia centrale de la Basilique Saint-Pierre

     Par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15) !

 

 

8 avril 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     La Constitution du Concile Vatican II Lumen Gentium (LG) sur l’Église consacre un chapitre entier, le cinquième, à la vocation universelle à la sainteté de tous les fidèles : chacun de nous est appelé à vivre dans la grâce de Dieu, à pratiquer les vertus et à se conformer au Christ. La sainteté, selon la Constitution conciliaire, n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un don qui engage chaque baptisé à tendre vers la perfection de la charité, c’est-à-dire vers la plénitude de l’amour envers Dieu et envers son prochain. La charité est, en effet, le cœur de la sainteté à laquelle tous les croyants sont appelés : infusée par le Père, à travers son Fils Jésus, cette vertu « oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, 42). Le plus haut degré de sainteté, comme aux origines de l’Église, est le martyre, « témoignage suprême de la foi et de la charité » (LG, 50) : c’est pourquoi le texte conciliaire enseigne que tout croyant doit être prêt à confesser le Christ jusqu’à verser son sang (cf. LG, 42), comme cela s’est toujours produit et se produit encore aujourd’hui. Cette disponibilité au témoignage se manifeste chaque fois que les chrétiens laissent dans la société des signes de foi et d’amour, en s’engageant pour la justice.

     Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté. Il sanctifie l’Église, dont il est le Chef et le Pasteur : la sainteté est, dans cette perspective, son don, qui se manifeste dans notre vie quotidienne chaque fois que nous l’accueillons avec joie et y répondons avec engagement. À ce propos, saint Paul VI, lors de l’audience générale du 20 octobre 1965, rappelait que l’Église, pour être authentique, désire que tous les baptisés soient « des saints, c’est-à-dire véritablement ses enfants dignes, forts et fidèles ». Ceci s’accomplit comme une transformation intérieure, par laquelle la vie de chaque personne est conformée au Christ par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Rm 8,29; LG, 40).

     Lumen Gentium décrit la sainteté de l'Église catholique comme l'une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu'elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu'elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8). La triste réalité du péché dans l'Église, c'est-à-dire en chacun de nous, invite chacun de nous à entreprendre un changement de vie sérieux, en nous confiant au Seigneur, qui nous renouvelle dans la charité. Cette grâce infinie précisément, qui sanctifie l'Église, nous remet une mission à accomplir jour après jour : celle de notre conversion. Ainsi, la sainteté n’a pas seulement une nature pratique, comme si elle pouvait se réduire à un engagement éthique, aussi grand soit-il, mais elle concerne l'essence même de la vie chrétienne, tant personnelle que communautaire.

     Dans cette perspective, la vie consacrée joue un rôle décisif, et la Constitution conciliaire en parle au chapitre six (cf. nn 43-47). Chez le peuple saint de Dieu, elle constitue un signe prophétique du monde nouveau, vécu ici et maintenant dans l’histoire. En effet, ces conseils évangéliques qui façonnent toute expérience de la vie consacrée : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, sont des signes du Royaume de Dieu, déjà présents dans le mystère de l’Église. Ces trois vertus ne sont pas des prescriptions qui enchainent la liberté, mais des dons libérateurs de l’Esprit Saint, par lesquels certains fidèles sont totalement consacrés à Dieu. La pauvreté exprime une confiance totale en la Providence, libérant du calcul et de l’intérêt personnel ; l’obéissance a pour modèle le don de soi que le Christ a fait au Père, libérant de la suspicion et de la domination ; la chasteté est le don d’un cœur entier et pur dans l’amour, au service de Dieu et de l’Église.

     En se conformant à ce mode de vie, les personnes consacrées témoignent de la vocation universelle à la sainteté de toute l’Église, sous la forme d’un engagement radical. Les conseils évangéliques manifestent la pleine participation à la vie du Christ, jusqu’à la croix : c’est précisément par le sacrifice du Crucifié que nous sommes tous rachetés et sanctifiés !   

     Contemplant cet événement, nous savons qu’il n’est aucune expérience humaine que Dieu ne rachète : même la souffrance, vécue en union avec la Passion du Seigneur, devient un chemin vers la sainteté. La grâce qui convertit et transforme la vie nous fortifie ainsi dans chaque épreuve, nous indiquant pour but non pas un idéal lointain, mais la rencontre avec Dieu, qui s’est fait homme par amour. Que la Vierge Marie, Mère toute sainte du Verbe incarné, soutienne et protège toujours notre chemin.

 

 

12 avril 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale du Regina Caeli

     Aujourd’hui, deuxième Dimanche de Pâques, dédié par saint Jean-Paul II à la Divine Miséricorde, nous lisons dans l’Évangile l’apparition de Jésus ressuscité à l’apôtre Thomas (cf. Jn 20, 19-31). L’événement se produit huit jours après Pâques, alors que la communauté est réunie, et c’est là que Thomas rencontre le Maître, qui l’invite à regarder les marques des clous, à mettre la main dans la plaie de son côté et à croire (cf. v. 27). C’est une scène qui nous invite à réfléchir sur notre rencontre avec Jésus ressuscité. Où le trouver ? Comment le reconnaître ? Comment croire ? Saint Jean, qui raconte l’événement, nous donne des indications précises : Thomas rencontre Jésus le huitième jour, au sein de la communauté réunie, et le reconnaît aux signes de son sacrifice. De cette expérience jaillit sa profession de foi, la plus haute de tout le quatrième Évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28).

     Certes, il n’est pas toujours facile de croire. Cela n’a pas été facile pour Thomas, et ce n’est pas facile pour nous non plus. La foi a besoin d’être nourrie et soutenue. C’est pourquoi, le “huitième jour”, c’est-à-dire chaque dimanche, l’Église nous invite à faire comme les premiers disciples : à nous réunir et à célébrer ensemble l’Eucharistie. En elle, nous écoutons les paroles de Jésus, nous prions, nous professons notre foi, nous partageons les dons de Dieu dans la charité, nous offrons notre vie en union avec le Sacrifice du Christ, nous nous nourrissons de son Corps et de son Sang, pour être à notre tour témoins de sa Résurrection, comme l’indique le terme “Messe”, c’est-à-dire “envoi”, “mission” (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1332).

     L’Eucharistie dominicale est indispensable à la vie chrétienne. Ce sont certains martyrs de l’Église africaine des premiers siècles, les martyrs d’Abitène, qui nous ont laissé à ce sujet un très beau témoignage. Face à l’offre de sauver leur vie à condition de renoncer à célébrer l’Eucharistie, ils ont répondu qu’ils ne pouvaient pas vivre sans célébrer le jour du Seigneur. C’est là que notre foi se nourrit et grandit. C’est là que nos efforts, bien que limités, par la grâce de Dieu, se fondent comme les actions des membres d’un seul corps – le Corps du Christ – dans la réalisation d’un seul grand projet de salut qui embrasse toute l’humanité. C’est à travers l’Eucharistie que nos mains aussi deviennent les “mains du Ressuscité”, témoins de sa présence, de sa miséricorde, de sa paix, dans les signes du travail, des sacrifices, de la maladie, du passage des années, qui y sont souvent gravés, comme dans la tendresse d’une caresse, d’une poignée de main, d’un geste de charité.

     Chers frères et sœurs, dans un monde qui a tant besoin de paix, cela nous engage plus que jamais à être assidus et fidèles à notre rencontre eucharistique avec le Ressuscité, afin d’en repartir comme témoins de la charité et porteurs de réconciliation. Que la Vierge Marie nous aide à le faire, elle qui est bienheureuse parce qu’elle a cru sans avoir vu (cf. Jn 20, 29).

 

13 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV au Corps Diplomatique, la Société Civile au Centre des Congrès de Djamaa el Djazair, à Alger

      Il faut éduquer au sens critique et à la liberté,

 

 

 

14 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en la Basilique Saint Augustin d’Annaba, en Algérie

     Envoyé par l’Esprit de Dieu, dont « on ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8), Jésus est pour Nicodème un hôte particulier. Il l’appelle à une vie nouvelle en confiant à son interlocuteur - mais à nous aussi - une tâche surprenante : « Il vous faut naître d’en haut » (ibid., 7). C’est l’invitation adressée à chaque homme et à chaque femme qui cherche le salut ! La mission de toute l’Église, et par conséquent de la communauté chrétienne en Algérie, jaillit de l’appel de Jésus : renaître d’en haut, c’est-à-dire de Dieu. Dans cette perspective, la foi triomphe des épreuves terrestres et la grâce du Seigneur fait fleurir le désert. Mais la beauté de cette exhortation s’accompagne d’une épreuve, que l’Évangile nous appelle à traverser ensemble.

     Les paroles du Christ ont en effet toute la force d’un devoir : vous devez renaître d’en haut ! Cet impératif résonne à nos oreilles comme un commandement impossible. Nous comprenons cependant, en écoutant attentivement Celui qui le donne, qu’il ne s’agit ni d’une imposition sévère, ni d’une contrainte, et encore moins d’une condamnation à l’échec. Au contraire, le devoir exprimé par Jésus est un don de liberté puisqu’il nous révèle une possibilité inespérée : renaître d’en haut, grâce à Dieu. Il nous faut donc le faire, selon sa volonté aimante qui désire renouveler l’humanité en l’appelant à une communion de vie partant de la foi. Alors que le Christ nous demande de renouveler complètement notre existence, Il nous donne aussi la force de le faire. Saint Augustin en témoigne, lui qui prie ainsi : « Donne, ô Seigneur, ce que tu commandes, et commande ce que tu veux » (Confessions, X, 29, 40).

     Alors, lorsque nous nous demandons comment un avenir de justice et de paix, de concorde et de salut est possible, nous posons à Dieu la même question que Nicodème : notre histoire peut-elle vraiment changer ? Nous sommes tellement encombrés de problèmes, d’embûches et de tribulations ! Notre vie peut-elle vraiment recommencer complètement ? Oui ! Cette affirmation du Seigneur, pleine d’amour, remplit nos cœurs d’espérance. Peu importe à quel point nous sommes accablés par la douleur ou le péché : le Crucifié porte tous ces fardeaux avec nous et pour nous. Peu importe à quel point nous sommes découragés par nos faiblesses : c’est précisément là que se manifeste la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts pour donner la vie au monde (cf. Rm 8, 1). Chacun de nous peut faire l’expérience de la liberté de la vie nouvelle qui vient de la foi dans le Rédempteur. Une fois encore, saint Augustin nous en donne l’exemple : il faut voir d’abord sa conversion avant de le considérer pour sa sagesse. Dans cette renaissance, providentiellement accompagnée par les larmes de sa mère, sainte Monique, il est devenu lui-même en s’écriant : « Je ne serais pas, mon Dieu, je ne serais pas du tout, si tu n’étais pas en moi. Ou mieux, je ne serais pas, si je n’étais en toi » (Confessions, I, 2).

     Oui, assurément : les chrétiens naissent d’en haut, régénérés par Dieu en tant que frères et sœurs de Jésus ; et l’Église qui les nourrit par les sacrements est un sein maternel accueillant pour tous les peuples de la terre. Comme nous venons de l’entendre, les Actes des Apôtres en témoignent en décrivant le style qui caractérise l’humanité renouvelée par l’Esprit-Saint (cf. Ac 4, 32-37). Aujourd’hui encore, nous devons accueillir et mettre en œuvre cette règle apostolique, en la méditant comme un critère authentique de réforme ecclésiale : une réforme qui, pour être vraie, commence par le cœur et qui, pour devenir efficace, concerne chacun.

     En premier lieu, en effet, « la multitude de ceux qui avaient embrassé la foi n’avait qu’un seul cœur et une seule âme » (v.4, 32). Cette unité spirituelle est une concordia : un mot exprimant bien la communion des cœurs qui battent à l’unisson parce qu’ils sont unis à celui du Christ. L’Église naissante ne repose pas sur un contrat social mais sur une harmonie dans la foi, dans les sentiments, dans les idées, dans les choix de vie, harmonie qui a pour centre l’amour de Dieu fait homme pour sauver tous les peuples de la terre.

     En second lieu, nous admirons l’effet concret de cette unité spirituelle des croyants : « Tout était commun entre eux » (v. 32). Tout le monde a tout, en participant aux biens de chacun comme les membres d’un seul corps. Personne n’est privé de quoi que ce soit, puisque chacun partage ce qui lui appartient. En transformant la possession en don, ce dévouement fraternel n’est utopique que pour les cœurs qui rivalisent entre eux et pour les âmes avides en faveur d’elles-mêmes. Au contraire, la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité, c’est-à-dire à aimer chaque créature de l’amour que Dieu nous offre dans le Christ. C’est pourquoi, en particulier face à la misère et à l’oppression, les chrétiens ont pour règle fondamentale la charité : faisons à qui se trouve à côté de nous ce que nous voudrions que l’on nous fasse (cf. Mt 7, 12). Animée par cette loi, inscrite par Dieu dans les cœurs, l’Église est toujours naissante, parce que là où règne le désespoir, elle enflamme l’espérance ; là où règne la misère, elle introduit la dignité ; là où il y a conflit, elle apporte la réconciliation.

     En troisième lieu, le texte des Actes nous révèle le fondement de cette vie nouvelle qui concerne tous les peuples, quelles que soient leurs langues et leurs cultures : « Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et tous jouissaient d’une grande faveur » (v. 33). La charité qui les anime, avant d’être un engagement moral, est un signe de salut. Les Apôtres proclament que notre vie peut changer parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts. La première tâche des pasteurs, ministres de l’Évangile, est donc de rendre témoignage à Dieu d’un seul cœur et d’une seule âme devant le monde, sans que les préoccupations ne nous corrompent par la peur, ni que les modes ne nous affaiblissent par le compromis. Avec vous, frères dans l’épiscopat, et avec vous, prêtres, renouvelons sans cesse cette mission pour le bien de ceux qui nous sont confiés, afin que l’Église tout entière soit, dans son service, un message de vie nouvelle pour ceux que nous rencontrons.

     Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ. Témoignez de l’Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour : Vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez. Votre présence dans le pays fait penser à l’encens : un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs. Cet encens est un petit élément précieux qui n’est pas au centre de l’attention mais qui invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent. La louange, la bénédiction, la supplication s’élèvent de l’encensoir de notre cœur, en répandant la suave odeur (cf. Ep 5,1) de la miséricorde, de l’aumône et du pardon. Votre histoire est faite d’accueil généreux et de persévérance dans l’épreuve : c’est ici que les martyrs ont prié, c’est ici que saint Augustin a aimé son troupeau en cherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente. Soyez les héritiers de cette tradition en témoignant, dans la charité fraternelle, de la liberté de ceux qui naissent d’en haut comme une espérance de salut pour le monde.

 

 

16 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à l’Aéroport international de Bamenda, au Cameroun
     Le courage des Apôtres se transforme en conscience critique, en prophétie, en dénonciation du mal, et c’est là le premier pas pour changer les choses. Obéir à Dieu, en effet, n’est pas un acte de soumission qui nous opprime ou nous prive de notre liberté ; au contraire, l’obéissance à Dieu nous rend libres, car elle signifie Lui confier notre vie et laisser sa Parole inspirer notre façon de penser et d’agir. Ainsi, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, rapportant la dernière partie du dialogue entre Jésus et Nicodème : « Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31). Celui qui obéit à Dieu avant d’obéir aux hommes ou à la pensée humaine et terrestre retrouve sa liberté intérieure, parvient à découvrir la valeur du bien et à ne pas se résigner au mal, redécouvre le chemin de la vie, devient artisan de paix et de fraternité.

     Frères et sœurs, la consolation des cœurs brisés et l’espoir d’un changement de société sont possibles si nous nous en remettons à Dieu et à sa Parole. Nous devons cependant toujours garder dans notre cœur l’appel de l’apôtre Pierre et le remémorer : obéir à Dieu, et non aux hommes. Lui obéir parce que Lui seul est Dieu. Et cela nous invite à promouvoir l’inculturation de l’Évangile et à veiller attentivement, y compris sur notre propre religiosité, afin de ne pas tomber dans le piège de suivre ces courants qui mélangent de manière confuse la foi catholique avec d’autres croyances et traditions de type ésotérique ou gnostique qui, en réalité, ont souvent des finalités politiques et économiques. Seul Dieu libère, seule sa Parole ouvre des chemins de liberté, seul son Esprit fait de nous des personnes nouvelles capables de changer ce pays.

 

 

 

 

17 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe à Douala, au Cameroun

     l’Évangile que nous venons d’entendre (Jn 6, 1-15) est Parole de salut pour toute l’humanité. Cette Bonne Nouvelle est aujourd’hui proclamée partout. Pour l’Église du Cameroun, elle résonne comme une annonce providentielle de l’amour de Dieu et de notre communion.

     Le témoignage de l’apôtre Jean nous parle d’une grande foule (cf. vv. 2-5) ; comme nous le sommes ici maintenant. Pour toutes ces personnes, cependant, il y a très peu de nourriture : seulement « cinq pains d’orge et deux poissons » (v. 9). En observant cette disproportion, Jésus nous demande aujourd’hui, comme il demanda à ses disciples : comment allez-vous résoudre ce problème ? Voyez cette foule affamée, accablée par la fatigue. Qu’allez-vous faire ?

     Cette question est adressée à chacun d’entre nous. Elle est adressée aux pères et aux mères qui veillent sur leur famille. Elle est adressée aux pasteurs de l’Église qui veillent sur le troupeau du Seigneur. Elle est adressée à tous ceux qui ont la responsabilité sociale et politique de veiller sur le peuple et sur son bien. Le Christ pose cette question aux puissants et aux faibles, aux riches et aux pauvres, aux jeunes et aux personnes âgées, car nous avons tous faim de la même manière. Cette indigence nous rappelle que nous sommes des créatures. Nous avons besoin de manger pour vivre. Nous ne sommes pas Dieu : mais, justement, où Dieu est-il face à la faim des peuples ?

     En attendant nos réponses, Jésus donne la sienne : « Il prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient » (v. 11). Un grave problème est résolu par la bénédiction du peu de nourriture disponible, et son partage avec ceux qui ont faim. La multiplication des pains et des poissons s’opère dans le partage : voilà le miracle ! Il y a du pain pour tous s’il est donné à tous. Il y a du pain pour tous s’il est pris, non par une main qui s’empare, mais par une main qui donne. Observons bien le geste de Jésus : quand le Fils de Dieu prend le pain et les poissons, avant tout il rend grâce. Il est reconnaissant envers le Père pour un bien qui devient don et bénédiction pour tout le peuple.

     Ce faisant, la nourriture abonde : elle n’est pas rationnée pour cause d’urgence, elle n’est pas volée par ceux qui se disputent, elle n’est pas gaspillée par ceux qui mangent à leur faim alors que d’autres n’ont rien à manger. En passant des mains du Christ à celles de ses disciples, la nourriture se multiplie pour tous, et même surabonde (cf. v. 12-13). Émerveillée par ce que Jésus a fait, la foule s’exclame : « C’est vraiment lui le Prophète » (v. 14), c’est-à-dire celui qui parle au nom de Dieu, le Verbe du Tout-Puissant. Et c’est vrai. Cependant Jésus n’utilise pas ces termes en vue d’un succès personnel. Il ne veut pas devenir roi (cf. v. 15) car il est venu pour servir par amour, et non pour dominer.

     Le miracle qu’il accomplit est un signe de cet amour : il nous montre non seulement comment Dieu nourrit l’humanité du pain de la vie, mais aussi comment nous pouvons porter cette nourriture à tous les hommes et toutes les femmes qui, comme nous, ont faim de paix, de liberté et de justice. Tout geste de solidarité et de pardon, toute initiative pour le bien est une bouchée de pain pour l’humanité qui a besoin d’attention. Et pourtant, cela ne suffit pas. À la nourriture qui nourrit le corps, il faut joindre en effet, avec la même charité, la nourriture de l’âme qui nourrit notre conscience, nous soutient dans les heures sombres de la peur, dans les ténèbres de la souffrance. Cette nourriture, c’est le Christ qui sans cesse nourrit son Église en abondance et nous fortifie en chemin par son Corps.

     Sœurs et frères, l’Eucharistie que nous célébrons est la source d’une foi renouvelée, parce que Jésus est présent au milieu de nous. Le Sacrement ne ravive pas un souvenir lointain dans le temps, mais réalise une “compagnie” qui nous transforme, parce qu’il nous sanctifie. Heureux les invités au repas du Seigneur ! Autour de l’Eucharistie, cette même table devient une annonce d’espérance face aux épreuves de l’histoire et aux injustices que nous voyons autour de nous. Elle devient le signe de la charité de Dieu qui, dans le Christ, nous invite à partager ce que nous avons, pour être multiplié dans la fraternité ecclésiale.

     Le Seigneur embrasse le ciel et la terre, Il connaît notre cœur et toutes les situations, joyeuses ou tristes, que nous vivons. En se faisant homme pour nous sauver, Il a voulu partager les besoins de l’humanité, à commencer par les plus simples et les plus quotidiens. La faim révèle alors non seulement notre indigence, mais surtout son amour : nous devons nous le rappeler chaque fois que nos regards croisent ceux de nos frères et sœurs qui manquent du nécessaire. Leurs yeux nous répètent la question posée par Jésus à ses disciples : que faites-vous pour toute ces personnes ? Certes, être témoins du Christ, en imitant ses gestes d’amour, comporte souvent des difficultés et des obstacles, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nous-mêmes où l’orgueil peut corrompre le cœur. C’est alors qu’il nous faut répéter avec le psalmiste : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? » (Ps 27, 1). Même si parfois nous hésitons, Dieu nous encourage toujours : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur » (v. 14).

     Chers jeunes, c’est surtout à vous que j’adresse cette invitation, car vous êtes les enfants bien-aimés de la terre d’Afrique ! Comme frères et sœurs de Jésus, multipliez vos talents par la foi, par la ténacité et par l’amitié qui vous habitent. Soyez les premiers à incarner les visages et les mains qui portent au prochain le pain de la vie : un aliment de sagesse qui libère de tout ce qui ne nourrit pas, détourne nos bons désirs et vole notre dignité.

Beaucoup connaissent la pauvreté, tant matérielle que spirituelle, dans votre pays pourtant si fertile, le Cameroun. Ne cédez pas à la méfiance et au découragement. Refusez toutes formes d’abus et de violences, qui illusionnent en promettant des gains faciles et endurcissent le cœur le rendant insensible. N’oubliez pas que votre peuple est plus riche encore que cette terre, car son trésor, ce sont ses valeurs : la foi, la famille, l’hospitalité, le travail. Soyez donc les acteurs de l’avenir, en suivant la vocation que Dieu donne à chacun, sans vous laisser acheter par des tentations qui gaspillent les énergies et ne servent pas au progrès de la société.

     Pour faire de votre noble esprit une prophétie du monde nouveau, prenez pour exemple ce que nous avons entendu dans les Actes des Apôtres. Les premiers chrétiens témoignaient courageusement du Seigneur Jésus face aux difficultés et aux menaces, et ils persévéraient au milieu des outrages (cf. Ac 5, 40-41). Ces disciples « tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, enseignaient sans cesse et annonçaient la Bonne Nouvelle : le Christ, c’est Jésus » (v. 42), c’est-à-dire le Messie, le Libérateur du monde. Oui, le Seigneur libère du péché et de la mort. Annoncer sans relâche cet Évangile est la mission de tout chrétien : c’est la mission que je confie tout particulièrement, à vous les jeunes, et à toute l’Église qui vit au Cameroun. Devenez la bonne nouvelle pour votre pays, comme le fut, par exemple, le Bienheureux Floribert Bwana Chui pour le peuple congolais.

     Frères et sœurs, enseigner c’est laisser une trace, comme le fait le laboureur avec sa charrue dans les champs, afin que la semence porte du fruit. C’est ainsi que l’annonce chrétienne change notre histoire, en transformant les esprits et les cœurs. Annoncer Jésus ressuscité, c’est tracer des sillons de justice dans une terre souffrante et opprimée, des sillons de paix au milieu des rivalités et de la corruption, des sillons de foi qui nous libèrent de la superstition et de l’indifférence. Nous allons maintenant, avec cet Évangile dans le cœur, partager le Pain eucharistique qui nous rassasie pour la vie éternelle. Dans une foi joyeuse, demandons au Seigneur de multiplier entre nous ses bienfaits, pour le bien de tous.

 

17 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l’Université Catholique d’Afrique centrale, à Yaoundé, eu Cameroun

     Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire que les universités, et à plus forte raison les universités catholiques, deviennent de véritables communautés de vie et de recherche, qui initient étudiants et les enseignants à une fraternité dans le savoir, « pour faire l’expérience communautaire de la joie de la Vérité et pour en approfondir la signification et les implications pratiques. Ce que l’Évangile et la doctrine de l’Église sont aujourd’hui appelés à promouvoir – dans une généreuse synergie avec toutes les instances qui fermentent la croissance de la conscience humaine universelle – c’est une authentique culture de la rencontre ; bien plus, une culture de la rencontre entre toutes les cultures authentiques et vivantes, grâce à l’échange réciproque des dons respectifs de chacun dans l’espace de lumière entrouvert par l’amour de Dieu pour toutes ses créatures. Comme l’a souligné le Pape Benoît XVI, la vérité est logos qui crée un dia-logos et donc une communication et une communion » (François, Veritatis Gaudium, n. 4b).

     Alors que beaucoup dans le monde semblent perdre leurs repères spirituels et éthiques, se retrouvant prisonniers de l’individualisme, de l’apparence et de l’hypocrisie, l’Université est, par excellence, un lieu d’amitié, de coopération, mais aussi d’intériorité et de réflexion. À ses origines, au Moyen Âge, ses fondateurs lui ont donné pour objectif la Vérité. Aujourd’hui encore, professeurs et étudiants sont appelés à se donner comme idéal et, en même temps, comme mode de vie, la recherche commune de la vérité. En effet, comme l’a écrit saint John Henry Newman, « tous les principes vrais regorgent de Dieu, tous les phénomènes conduisent à Lui ». [1]

     D’autre part, ce que Newman appelait la “douce lumière”, c’est-à-dire « la lumière de la foi, dans la mesure où elle est unie à la vérité de l’amour, n’est pas étrangère au monde matériel, car l’amour se vit toujours corps et âme. La lumière de la foi est une lumière incarnée, qui procède de la vie lumineuse de Jésus. Elle éclaire aussi la matière, fait confiance à son ordre, reconnaît qu’en elle s’ouvre un chemin d’harmonie et de compréhension toujours plus large. Le regard de la science tire ainsi profit de la foi. Celle-ci invite le chercheur à rester ouvert à la réalité, dans toute sa richesse inépuisable. La foi réveille le sens critique dans la mesure où elle empêche la recherche de se complaire dans ses formules et l’aide à comprendre que la nature est toujours plus grande. En invitant à s’émerveiller devant le mystère du créé, la foi élargit les horizons de la raison pour mieux éclairer le monde qui s’ouvre à la recherche scientifique » (François, Lumen fidei, n. 34).

     Chers amis, l’Afrique peut contribuer de manière fondamentale à élargir les horizons trop étroits d’une humanité qui a du mal à espérer. Sur votre magnifique continent, la recherche est particulièrement mise au défi de s’ouvrir à des perspectives interdisciplinaires, internationales et interculturelles. Et aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de repenser la foi au sein des réalités culturelles et des défis actuels, afin d’en faire ressortir la beauté et la crédibilité dans les différents contextes, en particulier ceux qui sont le plus marqués par les injustices, les inégalités, les conflits, la dégradation matérielle et spirituelle.

     La grandeur d’une nation ne peut se mesurer uniquement en fonction de l’abondance de ses ressources naturelles, ou de la richesse matérielle de ses institutions. En effet, aucune société ne peut prospérer si elle ne repose sur des consciences droites, éduquées à la vérité. En ce sens, la devise de votre Université, “Au service de la vérité et de la justice”, vous rappelle que la conscience humaine, comprise comme sanctuaire intérieur où les hommes et les femmes se découvrent interpellés par la voix de Dieu, est le terrain sur lequel il convient de poser les bases solides et durables de toute société. Former des consciences libres et saintement inquiètes est une condition pour que la foi chrétienne apparaisse comme une proposition pleinement humaine, capable de transformer la vie des individus et de la société, de susciter des changements prophétiques face aux drames et à la pauvreté de notre temps, et d’encourager une recherche de Dieu toujours plus profonde, jamais assouvie.

     C’est en effet dans la conscience que s’élabore le discernement moral, grâce auquel est librement recherché ce qui est vrai et honnête. Lorsque la conscience prend soin d’être éclairée et droite, elle devient la source d’une action cohérente, orientée vers le bien, la justice et la paix.

     Dans les sociétés contemporaines, et donc également au Cameroun, on observe une érosion des repères moraux qui guidaient autrefois la vie collective. Il en résulte que l’on a tendance aujourd’hui à approuver de manière superficielle certaines pratiques autrefois considérées comme inacceptables. Cette dynamique s’explique en partie par les changements sociaux, les contraintes économiques et les dynamiques politiques qui influencent les comportements individuels et collectifs. Les chrétiens, et tout particulièrement les jeunes catholiques africains, ne doivent pas avoir peur des “choses nouvelles”. En particulier, votre Université peut former les pionniers d’un nouvel humanisme dans le contexte de la révolution numérique dont le continent africain connaît bien, non seulement les aspects séduisants, mais aussi la face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares. Ne détournez pas le regard : c’est un service rendu à la vérité et à l’humanité tout entière. Sans cet effort éducatif, l’adaptation passive aux logiques dominantes sera considérée comme une compétence, et la perte de liberté comme un progrès.

     Cela vaut d’autant plus face à la généralisation des systèmes d’intelligence artificielle, qui organisent de manière toujours plus omniprésente nos milieux mentaux et sociaux. Comme toute grande transformation historique, celle-ci exige non seulement des compétences techniques, mais aussi une formation humaniste capable de mettre en lumière les logiques économiques, les préjugés intégrés et les formes de pouvoir qui façonnent la perception du réel. Le défi que posent ces systèmes est plus profond qu’il n’y paraît : il ne concerne pas seulement l’utilisation de nouvelles technologies, mais le remplacement progressif de la réalité par sa simulation. Dans les environnements numériques, structurés pour persuader, l’interaction est optimisée au point de rendre la rencontre réelle superflue. L’altérité des personnes en chair et en os est neutralisée et la relation réduite à une réponse fonctionnelle. Chers amis, vous, en revanche, vous êtes des personnes réelles ! La création elle-même a un corps, un souffle, une vie qui doit être écoutée et à préserver. « Elle gémit et souffre » (cf. Rm 8, 22) comme chacun de nous.

     Lorsque la simulation devient la norme, la capacité humaine de discernement est diminuée et nos liens sociaux s’enferment dans des circuits autoréférentiels qui ne nous exposent plus au réel. Nous vivons alors comme dans des bulles imperméables les unes aux autres, nous nous sentons menacés par quiconque est différent et nous nous déshabituons à la rencontre et au dialogue. C’est ainsi que se propagent la polarisation, les conflits, les peurs et la violence. Ce n’est pas un simple risque d’erreur qui est en jeu, mais une transformation du rapport même à la vérité. Sans résistance à la persuasion de ces systèmes et sans exposition physique et spirituelle à l’autre en chair et en os, la réalité devient facultative et l’humain gouvernable par des systèmes invisibles, imperceptibles à la conscience.

      C’est précisément dans ce domaine que l’Université catholique a le devoir d’assumer une responsabilité de premier plan. En effet, elle ne se limite pas à transmettre des connaissances spécialisées, mais forme des esprits capables de discerner et des cœurs disposés à l’amour et au service. Elle prépare surtout les futurs dirigeants, les fonctionnaires publics, les professionnels et autres acteurs sociaux de demain à accomplir avec droiture les missions qui leur seront confiées ; à exercer leurs responsabilités avec probité ; à inscrire leur action dans une éthique au service du bien commun.

     L’Afrique a besoin d’être libérée du fléau de la corruption. Et cette prise de conscience doit se fortifier chez un jeune dès les années de formation, grâce à la rigueur morale, au désintéressement et à la cohérence de vie de ses éducateurs et enseignants. Jour après jour, posez les fondements indispensables à la construction d’une identité morale et intellectuelle cohérente. En témoignant de la vérité, surtout face aux illusions de l’idéologie et des modes, créez un environnement où l’excellence académique s’allie naturellement à la droiture humaine.

 

 

20 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à l’esplanade de Saurimo, en Angola

     Partout dans le monde, l’Église vit comme un peuple qui marche à la suite du Christ, notre frère et Rédempteur : Lui, le Ressuscité, nous éclaire la route vers le Père et, par la force de l’Esprit, il nous sanctifie afin que nous transformions notre mode de vie selon son amour. Telle est la Bonne Nouvelle, l’Évangile qui coule comme le sang dans nos veines, en nous soutenant tout au long de la route.

Dans la joie et la beauté de notre assemblée réunie au nom de Jésus, écoutons avec un cœur ouvert sa Parole de salut, car elle nous fait réfléchir sur la raison et sur la fin pour lesquelles nous suivons le Seigneur.

     En effet, lorsque le Fils de Dieu s’incarne, il pose des gestes éloquents pour manifester la volonté du Père : il éclaire les ténèbres en rendant la vue aux aveugles, il donne la parole aux opprimés en déliant la langue des muets, il rassasie notre faim de justice en multipliant le pain pour les pauvres et les faibles. Quiconque entend parler de ces œuvres se met à la recherche de Jésus. En même temps, le Seigneur voit dans notre cœur et nous demande si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt, par calcul ou par amour. Il dit en effet à ceux qui le suivaient : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6, 26). Ses paroles révèlent les intentions de ceux qui ne souhaitent pas rencontrer une personne, mais seulement consommer des objets. La foule voit Jésus comme un instrument au service d’autre chose, un prestataire de services. S’il ne leur donnait pas à manger, ses gestes et ses enseignements ne les intéresseraient pas.

     Cela se produit lorsque la foi authentique est remplacée par un échange superstitieux, dans lequel Dieu devient une idole que l’on recherche seulement lorsque l’on en a besoin, et tant que l’on en a besoin. Même les plus beaux dons du Seigneur, qui prend toujours soin de son peuple, deviennent dès lors une exigence, une récompense ou un moyen de chantage, et sont mal interprétés par ceux-là mêmes qui les reçoivent. Le récit évangélique nous fait donc comprendre qu’il existe de mauvaises raisons de rechercher le Christ, surtout lorsqu’il est considéré comme un gourou ou un porte-bonheur. Même la fin que cette foule se propose est inadéquate : en effet, elle ne cherche pas un maître à aimer, mais un chef à vénérer pour son propre intérêt.

     L’attitude de Jésus à notre égard est bien différente : en effet, il ne rejette pas cette recherche peu sincère, mais l’encourage à se convertir. Il ne chasse pas la foule, mais invite chacun à examiner ce qui bat dans son cœur. Le Christ nous appelle à la liberté : il ne veut ni serviteurs ni clients, mais il cherche des frères et sœurs auxquels se dévouer de tout son être. Pour répondre avec foi à cet amour, il ne suffit pas d’entendre parler de Jésus : il faut accueillir le sens de ses paroles. Il ne suffit pas non plus de voir ce que Jésus fait : il faut suivre et imiter son initiative. Lorsque, dans le signe du pain partagé, nous voyons la volonté du Sauveur qui se donne lui-même pour nous, alors nous nous approchons de la véritable rencontre avec Jésus qui devient sequela, mission et vie.

     L’avertissement que le Seigneur adresse à la foule se transforme ainsi en une invitation : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Par ces mots, le Christ nous révèle son véritable don : il ne nous appelle pas à nous désintéresser du pain quotidien, qu’il multiplie au contraire en abondance et nous enseigne à demander dans la prière. Il nous enseigne la bonne manière de rechercher le pain de vie, cette nourriture qui nous soutient pour toujours. Le désir de la foule trouve ainsi une réponse encore plus grande et surprenante : Jésus ne nous donne pas une nourriture qui s’épuise, mais un pain qui ne nous fait pas périr, parce qu’il est aliment de vie éternelle.

     Son don éclaire notre présent : aujourd’hui, en effet, nous voyons que de nombreux désirs des gens sont frustrés par les violents, exploités par les tyrans et trompés par la richesse. Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns. Face à ces maux, le Christ écoute le cri des peuples et renouvelle notre histoire : de chaque chute, il nous relève ; dans chaque souffrance, il nous réconforte ; dans la mission, il nous encourage. À l'image du pain vivant qu'il nous donne sans cesse, l'Eucharistie, ainsi son histoire ne connaît pas de fin, et c'est pourquoi elle enlève la fin de notre histoire, à savoir la mort, que le Ressuscité ouvre par la force de son Esprit. Le Christ vit ! Il est notre Rédempteur. Tel est l’Évangile que nous partageons, faisant de tous les peuples de la terre des frères. Telle est l’annonce qui transforme le péché en pardon. Telle est la foi qui sauve la vie !

     Le témoignage pascal concerne donc certes le Christ, le Crucifié qui est ressuscité, mais c’est précisément pour cette raison qu’il nous concerne aussi : c’est en Lui que s’exprime l’annonce de notre résurrection. Nous ne sommes pas venus au monde pour mourir. Nous ne sommes pas nés pour devenir esclaves de la corruption de la chair, ni de celle de l’âme : toute forme d’oppression, de violence, d’exploitation et de mensonge nie la résurrection du Christ, don suprême de notre liberté. Cette libération du mal et de la mort, en effet, ne se produit pas seulement à la fin des temps, mais dans l’histoire de chaque jour. Que devons-nous faire pour accueillir ce don ? L’Évangile lui-même nous l’enseigne : « L’œuvre de Dieu : c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). Oui, nous croyons ! Aujourd’hui, ensemble, nous le disons avec force et avec gratitude envers Toi, Seigneur Jésus. Nous voulons Te suivre et Te servir en notre prochain : ta parole est pour nous règle de vie, critère de vérité.

     En partageant l’Eucharistie, pain de vie éternelle, nous sommes appelés à servir notre peuple avec un dévouement qui relève de toute chute, qui reconstruit ce que la violence détruit et qui partage avec joie les liens fraternels. À travers nous, l’initiative de la grâce divine porte de bons fruits surtout dans l’adversité, comme le montre l’exemple du protomartyr Étienne (cf. Ac 6, 8-15).

     Très chers amis, le témoignage des martyrs et des saints nous encourage et nous incite à suivre un chemin d’espérance, de réconciliation et de paix, sur lequel le don de Dieu devient l’engagement de l’homme au sein de la famille, de la communauté chrétienne et de la société civile. En le parcourant ensemble, à la lumière de l’Évangile, l’Église en Angola grandit à la mesure de cette fécondité spirituelle qui commence par l’Eucharistie et se poursuit dans la prise en charge complète de chaque personne et de tout le peuple. En particulier, la vitalité des vocations que vous vivez est signe de la réponse au don du Seigneur, toujours abondant pour celui qui l’accueille avec un cœur pur. Grâce au Pain de vie nouvelle que nous partageons aujourd’hui nous pouvons poursuivre le chemin de l’Église tout entière, ayant pour but le Royaume de Dieu, pour lumière la foi et pour âme la charité.

 

21 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV au monde de la Culture, Universitaire, au Campus Universitaire Léon XIV et l’Université Nationale à Malabo. Guinée Equatoriale

Monsieur le Recteur,
Illustres Autorités académiques,
Mesdames et Messieurs !

     Je tiens vous à exprimer ma gratitude pour l’invitation à cet événement qui marque l’inauguration d’un nouveau campus de l’Université nationale de Guinée équatoriale. Je vous remercie également pour la courtoisie dont vous avez fait preuve en donnant mon nom à ce campus, conscient qu’un tel honneur dépasse la personne et renvoie plutôt aux valeurs que nous souhaitons transmettre ensemble.

     L’inauguration d’un centre universitaire est plus qu’un simple acte administratif et transcende également le simple agrandissement des infrastructures et des espaces destinés à l’étude. Cette inauguration est un geste de confiance envers l’être humain : une affirmation du bien-fondé de continuer à miser sur la formation des nouvelles générations et sur cette tâche, aussi exigeante que noble, qui consiste à rechercher la vérité et à mettre la connaissance au service du bien commun.

     C’est pourquoi ce moment revêt une signification qui dépasse largement les limites matérielles du lieu et des bâtiments. Aujourd’hui s’ouvre aussi un espace pour l’espoir, pour la rencontre et pour le progrès. Toute véritable œuvre éducative est en effet appelée à grandir non seulement en tant que structure, mais aussi en tant qu’organisme vivant.

C’est peut-être pour cette raison que l’image de l’arbre s’avère particulièrement éloquente pour évoquer la mission universitaire. Pour la population de Guinée équatoriale, le ceiba, arbre national, revêt une grande valeur évocatrice. Un arbre enfonce ses racines profondément, s’élève avec patience et force vers le ciel et recèle en lui une fertilité qui n’existe pas pour elle-même.

     Par sa grandeur, la solidité de son tronc et l’ampleur de ses branches, cet arbre semble offrir une parabole de ce qu’une institution universitaire est appelée à être : une réalité bien enracinée dans le sérieux de l’étude, dans la mémoire vive d’un peuple et dans la recherche persévérante de la vérité. Ainsi seulement pourra-t-elle croître avec vigueur ; ainsi seulement sera-t-elle capable de s’élever sans perdre le contact avec la réalité historique dans laquelle elle s’inscrit et d’offrir aux nouvelles générations, outre les outils de la réussite professionnelle, des raisons de vivre, des critères de discernement et des raisons de servir.

     L’histoire de l’homme peut aussi être lue à travers la symbolique de certains arbres bibliques. Dans le jardin du Livre de la Genèse, à côté de l’arbre de vie, se dresse également l’arbre de la connaissance du bien et du mal (cf. Gn 2, 9), dont Dieu ordonne à l’homme et à la femme de ne pas manger les fruits. Il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une condamnation de la connaissance en tant que telle, comme si la foi craignait l’intelligence ou considérait avec suspicion le désir de savoir. L’être humain a reçu la capacité de connaître, de nommer, de discerner, de s’émerveiller devant le monde et de s’interroger sur son sens (cf. Gn 2, 19).

     Le problème ne réside donc pas dans la connaissance, mais dans son détournement vers une intelligence qui ne cherche plus à correspondre à la réalité, mais à la plier à ses propres exigences, en la jugeant selon la convenance de celui qui prétend la connaître. Là, la connaissance cesse d’être une ouverture et devient une possession ; elle cesse d’être un chemin vers la sagesse et se transforme en une affirmation orgueilleuse d’autosuffisance, ouvrant la voie à des égarements susceptibles de devenir inhumains.

     Cependant, l’histoire biblique ne prend pas fin devant cet arbre. La tradition chrétienne contemple un autre arbre, celui de la Croix, non pas comme une négation de l’intelligence humaine, mais comme signe de sa rédemption (cf. Col 2, 2-3). Si la Genèse présente la tentation d’une connaissance séparée de la vérité et du bien, la croix révèle au contraire une vérité qui, loin d’imposer sa domination, s’offre par amour et élève l’homme à la dignité avec laquelle il a été conçu dès son origine. Là, l’être humain est invité à laisser guérir son désir de connaître : à redécouvrir que la vérité ne se fabrique pas, ne se manipule pas et ne se possède pas comme un trophée, mais qu’elle s’accueille, se cherche avec humilité et se sert avec responsabilité.

     C’est pourquoi, dans une perspective chrétienne, le Christ n’apparaît pas comme une échappatoire fidéiste face à la difficulté intellectuelle, comme si la foi commençait là où la raison s’arrête. Au contraire : en Lui se manifeste la profonde harmonie entre vérité, raison et liberté. La vérité s’offre comme une réalité qui précède l’homme, lui parle et l’appelle à sortir de lui-même, et c’est pourquoi elle peut être recherchée avec confiance. La foi, loin de mettre fin à cette recherche, la purifie de toute autosuffisance et l’ouvre à une plénitude vers laquelle la raison tend, même si elle ne peut la saisir complètement.

     Ce faisant, l’arbre de la Croix ramène l’amour de la connaissance à sa source originelle. Il nous enseigne que connaître signifie s’ouvrir à la réalité, en accueillir le sens et en préserver le mystère. Ainsi, la recherche de la vérité demeure-t-elle véritablement humaine : humble, sérieuse et ouverte à une vérité qui nous précède, nous appelle et nous transcende.

     En effet, il ne suffit pas qu’un arbre porte du fruit : la qualité de ce fruit compte aussi, car c’est à ses fruits qu’on reconnaît l’arbre (cf. Mt 7, 20). De même, une université se jauge à la qualité des étudiants qu’elle offre à la vie de la communauté, plus qu’au nombre de diplômés ou à l’étendue de ses infrastructures. Tel est le désir sincère que l’Église catholique exprime dans son engagement séculaire dans le domaine de l’éducation : que les professionnels excellent grâce à leurs connaissances et à leur savoir-faire ; fruits mûrs pour une véritable fécondité, capables d’aller au-delà de la simple apparence du succès.

     Chers frères et sœurs, ici, dans les espaces de cette enceinte, le ceiba de Guinée équatoriale est appelé à porter des fruits de progrès solidaire, d’une connaissance qui ennoblit et développe l’être humain de manière complète. Il est appelé à offrir des fruits d’intelligence et de droiture, de compétence et de sagesse, d’excellence et de service. Si des générations d’hommes et de femmes, profondément façonnés par la vérité et capables de transformer leur existence en un don pour les autres, se forment ici, alors le ceiba continuera à se dresser comme un symbole éloquent : enraciné dans le meilleur de cette terre, élevé par la noblesse du savoir et fécond en fruits capables d’honorer la Guinée équatoriale et d’enrichir toute la famille humaine.

     C’est dans cet esprit que j’invoque sur vous tous — sur les autorités, les professeurs, les étudiants, le personnel de cette université et sur vos familles — l’abondance des bénédictions de Dieu Tout-Puissant qui, en Jésus-Christ, Vérité incarnée, a révélé à l’homme la vérité sur lui-même et sur sa très haute dignité (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 22). Et je vous confie tous à la protection maternelle de la Très Sainte Vierge Marie, Siège de la Sagesse, afin que ces fruits, en plus d’être abondants, soient aussi très bons. Merci beaucoup !

 

 

22 avril 2026 – Visite du Pape Léon XIV à la prison BATA, en Guinée Equatoriale

     Personne n’est exclu de l’amour de Dieu ! Chacun de nous, avec son histoire, ses erreurs et ses souffrances, continue d’être précieux aux yeux du Seigneur. Nous pouvons le dire avec certitude, car Jésus nous l’a révélé à chaque rencontre, à chaque geste et à chaque parole. Même arrêté, condamné et mis à mort sans aucune faute, il nous a aimés jusqu’au bout, montrant qu’il croyait en la possibilité que l’amour puisse changer même le cœur le plus endurci.

     Vos familles, vos communautés et votre foi constituent une grande force pour cette nation. Vous aussi, vous faites partie de ce pays. L’administration de la justice a pour but de protéger la société, mais pour être efficace, elle doit toujours miser sur la dignité et les potentialités de chaque personne. Une véritable justice ne cherche pas tant à punir qu’à aider à reconstruire la vie des victimes, comme celle des coupables, ainsi que celle des communautés meurtries par le mal. Il n’y a pas de justice sans réconciliation. C’est une tâche immense, dont une partie peut s’accomplir en prison et une autre, encore plus grande, doit impliquer l’ensemble de la communauté nationale, afin de prévenir et de réparer les blessures causées par l’injustice.

     Je voudrais en effet vous parler avant tout d’espérance et de changement. Même si la prison semble être un lieu de solitude et de désolation, cette peut devenir un temps de réflexion, de réconciliation et de croissance personnelle. Il faut tout mettre en œuvre, par exemple, pour que vous ayez la possibilité, en prison, d’étudier et de travailler dans la dignité. La vie ne se définit pas uniquement par les erreurs commises, qui sont généralement le résultat de circonstances difficiles et complexes : il y a toujours la possibilité de se relever, d’apprendre et de devenir une nouvelle personne.

     Frères et sœurs, vous n’êtes pas seuls, vos familles vous aiment et vous attendent, et au-delà de ces murs, nombreux sont ceux qui prient pour vous. Et même si certains craignaient d’avoir été abandonnés de tous, Dieu ne vous abandonnera jamais et l’Église sera à vos côtés

     Chers frères, Dieu ne se lasse jamais de pardonner. Il ouvre toujours une porte nouvelle à ceux qui reconnaissent leurs erreurs et souhaitent changer. Ne laissez pas le passé vous priver de tout espoir en l’avenir. Chaque jour peut être un nouveau commencement.

     Confions ce chemin à la Vierge Marie, Mère de la Miséricorde. Qu’elle accompagne vos vies, console vos cœurs et protège vos familles. Aujourd’hui, je tiens à vous assurer de ma proximité et de ma prière pour vous et pour tout le peuple de Guinée équatoriale. Et souvenez-vous toujours : une personne qui se relève après être tombée est plus forte qu’avant.

 

 

 

23 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au stade de Malabo, en Guinée Equatoriale

    Les Écritures d’entendre nous interpellent, demandant à chacun de nous si et comment nous savons lire les pages bibliques que nous partageons aujourd’hui. Il s’agit d’une invitation aussi sérieuse que providentielle, car elle nous prépare à lire ensemble le livre de l’histoire, c’est-à-dire les pages de notre vie, que Dieu continue d’inspirer par sa sagesse.
     En accompagnant un voyageur qui, de Jérusalem, retourne précisément en Afrique, le diacre Philippe lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30). Ce pèlerin, un eunuque de la reine d’Éthiopie, lui répond aussitôt avec une humble sagesse : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » (v. 31). Sa question devient ainsi non seulement un appel à la vérité, mais aussi l’expression d’une curiosité. Regardons attentivement celui qui parle : c’est un homme riche, comme sa terre, mais esclave. Tous les trésors qu’il administre ne lui appartiennent pas : ce qui lui appartient, ce sont les efforts qui profitent à d’autres. Cet homme possède intelligence et culture, et il le démontre tant dans le travail que dans la prière, mais il n’est pas pleinement libre. Cet état est douloureusement imprimé sur son corps : il s’agit en effet d’un eunuque. Il ne peut pas engendrer la vie : ses énergies sont toutes au service d’un pouvoir qui le contrôle et le domine.
     Au moment même où il retourne dans sa patrie, l’Afrique, devenue pour lui un lieu d’esclavage, l’annonce de l’Évangile le libère. La parole de Dieu, qu’il tient entre ses mains, porte un fruit surprenant dans sa vie : lorsqu’il rencontre Philippe, témoin du Christ crucifié et ressuscité, l’eunuque devient non seulement un lecteur de la Bible, c’est-à-dire un spectateur, mais aussi le protagoniste d’un récit qui l’implique, car il le concerne directement. Le texte sacré lui parle et suscite en lui une quête de vérité. C’est ainsi que cet Africain entre dans l’Écriture, accueillante à tout lecteur désireux de comprendre la parole de Dieu. Il entre dans l’histoire du salut, accueillante à chaque homme et chaque femme, particulièrement les opprimés, les marginalisés et aux plus démunis. Au texte écrit correspond désormais le geste vécu : en recevant le baptême, il n’est plus un étranger, mais il devient fils de Dieu, notre frère dans la foi. Esclave et sans descendance, cet homme renaît à une vie nouvelle et libre au nom du Seigneur Jésus : c’est de sa rédemption que nous parlons encore aujourd’hui, au moment même où nous lisons les Écritures !
     Tout comme lui, nous sommes nous aussi devenus chrétiens par le baptême, héritant de la même lumière, c’est-à-dire de la même foi, pour lire la Parole de Dieu. Pour réfléchir sur les prophéties, pour prier les psaumes, pour étudier la Loi et proclamer l’Évangile par notre vie. En effet, tous les textes bibliques révèlent leur véritable sens dans la foi, car c’est dans la foi qu’ils ont été écrits et transmis jusqu’à nous : c’est pourquoi leur lecture est un acte toujours personnel et toujours ecclésial, et non un exercice solitaire ou purement technique.
     Ensemble, nous lisons l’Écriture comme un bien commun de l’Église, ayant pour guide le Saint-Esprit qui a inspiré sa rédaction et par la Tradition apostolique qui l’a préservée et diffusée sur toute la terre. Comme le demande l’eunuque, nous pouvons nous aussi comprendre la parole de Dieu grâce à un guide qui nous accompagne sur le chemin de la foi, à l’instar du diacre Philippe, qui « prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus » (v. 35). Le voyageur africain lisait une prophétie qui s’est accomplie pour lui à l’époque comme elle s’accomplit pour nous aujourd’hui : le serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe (cf. Is 53, 7-8 ) est Jésus, celui qui, par sa passion, sa mort et sa résurrection, nous rachète du péché et de la mort. Il est le Verbe fait homme, en qui s’accomplit toute parole de Dieu : il en révèle l’intention originelle, le sens plein et la fin ultime.
     En effet, comme le Christ le dit, “seul celui qui vient de Dieu a vu le Père” (cf. Jn 6, 46). Dans le Fils, le Père lui-même manifeste sa gloire : Dieu se fait voir, entendre, toucher. À travers les gestes de Jésus, le Rédempteur, il donne toute sa plénitude à ce qu’il fait depuis toujours : donner la vie. Il crée le monde, il le sauve, il l’aime à jamais. À ceux qui l’écoutent, Jésus rappelle un signe de cette providence constante : « Au désert, vos pères ont mangé la manne » (v. 49). Il fait ainsi référence à l’expérience de l’exode : un chemin de libération de l’esclavage, qui est pourtant devenu une errance épuisante, longue de quarante ans, parce que le peuple n’a pas cru à la promesse du Seigneur, allant jusqu’à regretter l’Égypte (cf. Ex 16, 3). Sous le joug du pharaon, en effet, le peuple mangeait les fruits de la terre ; Dieu, en revanche, le conduit dans le désert, où le pain ne peut venir que de sa providence. La manne est donc une épreuve, une bénédiction et une promesse, que Jésus vient accomplir. À ce signe ancien succède désormais le sacrement de la nouvelle et éternelle Alliance : l’Eucharistie, pain consacré par celui qui est descendu du ciel pour devenir notre nourriture. Si ceux qui ont mangé la manne « sont morts » (Jn 6, 49), celui qui mange ce pain vit éternellement (cf. v. 51) car le Christ est vivant ! Il est le Ressuscité, et il continue à donner sa vie pour tous.
     Par l’exode définitif qu’est la Pâque de Jésus, chaque peuple est libéré de l’esclavage du mal. Alors que nous célébrons cet événement de salut, le Seigneur nous appelle à un choix décisif : « Il a la vie éternelle, celui qui croit » (v. 47). En Jésus, une possibilité surprenante nous est donnée : Dieu se donne lui-même pour nous. Ai-je confiance que son amour est plus fort que ma mort ? En décidant de croire en lui, chacun de nous choisit entre un désespoir certain et une espérance que Dieu rend possible. Alors, notre soif de vie et de justice trouve son apaisement dans la parole de Jésus : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (v. 51).
     Merci, Seigneur ! Nous te louons et te bénissons, car tu as voulu devenir pour nous l’Eucharistie, le pain de vie éternelle, afin que nous puissions vivre pour toujours. En ce moment même, chers amis, alors que nous célébrons ce sacrement de salut, nous pouvons nous exclamer avec joie : « Le Christ est tout pour nous ! » En Lui, nous trouvons la plénitude de la vie et du sens : « Si tu es opprimé par l’iniquité, Il est la justice ; si tu as besoin d’aide, Il est la force ; si tu crains la mort, Il est la vie ; si tu désires le Ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière ; (Saint Ambroise, De Virginitate, 16, 99). En la compagnie du Seigneur, nos problèmes ne disparaissent pas, mais ils sont éclairés : comme chaque croix trouve sa rédemption en Jésus, de même, dans l’Évangile, l’histoire de notre vie trouve un sens. C’est pourquoi aujourd’hui, chacun de nous peut dire : « Béni soit Dieu qui n'a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour » (Ps 65, 20). Il nous aime le premier, toujours : sa parole est pour nous l’Évangile, et nous n’avons rien de mieux à annoncer au monde. Cette évangélisation nous engage tous, à partir du baptême, qui est sacrement de fraternité, bain de pardon et source d’espérance. À travers notre témoignage, l’annonce du salut devient geste, devient service, devient pardon : en un mot, devient Église !

 

 

25 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres du Parti populaire européen au Parlement européen

Illustres Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
     Je vous adresse à tous une chaleureuse bienvenue à cette rencontre, en saluant tout particulièrement votre Président, M. Manfred Weber, ainsi que Mme Mairead McGuinness, Envoyée spéciale de l’Union européenne chargée de la promotion de la liberté de religion ou de conviction en dehors de l’Union européenne.
     Notre rencontre s’inscrit dans le sillage de celles qui ont eu lieu avec mes prédécesseurs, saint Jean-Paul II et le pape Benoît XVI, ainsi que du message que le pape François vous a adressé en juin 2023, n’ayant pu vous recevoir personnellement en raison d’une hospitalisation. Je suis donc heureux de reprendre le fil de ce dialogue avec le Parti populaire européen, qui puise son inspiration politique chez des personnalités comme Adenauer, De Gasperi et Schuman, unanimement reconnus comme les Pères fondateurs de l’Europe contemporaine.
      Comme Benoît XVI il y a vingt ans, moi aussi « j’apprécie la reconnaissance, de la part de votre groupe, de l’héritage chrétien de l’Europe ». [1] Le projet européen, né des cendres de la Seconde Guerre mondiale, est certes issu d’une nécessité pratique — éviter qu’un tel conflit ne se reproduise —, mais il est également imprégné d’un horizon idéal, à savoir la volonté de donner naissance à une collaboration mettant fin à des siècles de divisions et permettant aux peuples du continent de redécouvrir le patrimoine humain, culturel et religieux qui les unit. Les Pères fondateurs étaient animés par leur foi personnelle et considéraient les principes chrétiens comme un facteur commun et unificateur, capable de dépasser l’esprit de revanche et de conflit qui avait conduit à la guerre.
     Le pape François a forgé une expression belle et simple qui résume cette idée : « l’unité est supérieure au conflit », [2] car la recherche de l’unité a le courage d’aller au-delà de la surface conflictuelle et d’apprécier les autres dans leur dignité la plus profonde, [3] permettant ainsi de donner naissance à quelque chose de nouveau et de constructif, tandis que le conflit exalte les divergences, la quête et l’affirmation du pouvoir, et conduit à la destruction.
     La tâche propre de toute action politique est d’offrir un horizon idéal, car la politique exige un regard large sur l’avenir, sans crainte, lorsque cela est nécessaire pour le bien commun, de faire des choix difficiles, voire impopulaires. En ce sens, elle est la « forme la plus haute de la charité », [4] puisqu’elle peut être entièrement consacrée à l’édification du bien commun.
     Poursuivre un idéal ne signifie pas exalter une idéologie. Celle-ci est toujours le fruit d’une falsification de la réalité et d’une violence exercée sur elle. Toute idéologie déforme les idées et asservit l’homme à son propre projet, étouffant ses aspirations véritables, son désir de liberté, de bonheur et de bien-être personnel et social. L’Europe contemporaine est née précisément de la constatation de l’échec des projets idéologiques qui l’avaient détruite et divisée. 
     Poursuivre un idéal signifie, pour reprendre les paroles de De Gasperi, placer la personne humaine au centre « avec son ferment de fraternité évangélique, son sens du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [5]
     C’est dans cet horizon que la politique peut encore être menée aujourd’hui, et vers lequel l’activité politique doit être orientée. Vous vous appelez Parti populaire européen. Le peuple est au centre de votre engagement et vous ne pouvez vous en détacher. Le peuple n’est pas seulement un sujet passif, destinataire des propositions et décisions politiques. Il est avant tout appelé à être un sujet actif, coresponsable de toute action politique. La présence parmi les gens et leur implication dans le processus politique constituent le meilleur antidote aux populismes qui recherchent un consensus facile, et aux élitismes qui tendent à agir sans consensus : deux tendances répandues dans le paysage politique actuel. Une politique « populaire » exige du temps, le partage de projets et l’amour de la vérité.
     L’un des problèmes de la politique ces dernières années est la diminution constante de la concorde, de la collaboration et de l’implication mutuelle entre le peuple et ses représentants. Il est nécessaire de recréer un tissu de « peuple », un contact personnel entre le citoyen et le député, afin de pouvoir répondre efficacement, à la lumière de l’horizon idéal, aux problèmes concrets des personnes. En recourant à une métaphore, on pourrait dire que, à l’ère du « triomphe numérique », une action politique véritablement orientée vers le bien commun requiert un retour à « l’analogique ».
     C’est peut-être là le véritable antidote à une politique souvent criarde, faite seulement de slogans, incapable de répondre aux besoins réels des personnes. Pour vaincre une certaine désaffection envers la politique, il faut reconquérir les personnes en allant à leur rencontre personnelle et en reconstruisant un réseau de relations sur le territoire, afin que chacun puisse se sentir membre d’une communauté et acteur de son destin.
      Que signifie concrètement cela pour ceux qui se réclament, dans leur action, des valeurs chrétiennes-démocrates ? Il s’agit d’abord de redécouvrir et d’assumer l’héritage chrétien dont vous êtes issus, sans toutefois faire disparaître « la nécessaire ligne de démarcation entre le témoignage religieux de nature prophétique — réservé à la communauté ecclésiale — et le témoignage chrétien agissant sur le plan des choix politiques concrets ». [6] Être chrétien en politique ne signifie pas être confessionnel, mais laisser l’Évangile éclairer les décisions à prendre, y compris celles qui ne rencontrent pas un consensus facile. Cela signifie travailler pour que ne disparaisse pas le lien entre loi naturelle et loi positive, entre racines chrétiennes et action politique.
     Être chrétien engagé en politique exige un regard réaliste, partant des problèmes concrets des personnes, et visant avant tout à favoriser des conditions de travail dignes, capables de stimuler l’ingéniosité et la créativité face à un marché souvent déshumanisant et peu satisfaisant ; à vaincre la peur, apparemment très européenne, de fonder une famille et d’avoir des enfants ; à affronter les causes profondes des migrations, en prenant soin de ceux qui souffrent, tout en tenant compte des capacités réelles d’accueil et d’intégration dans la société. Cela demande également d’aborder sans idéologie les autres grands défis actuels, comme la sauvegarde de la création et l’intelligence artificielle, qui offre de grandes opportunités mais comporte aussi des dangers.
     Être chrétien engagé en politique signifie investir dans la liberté, non pas une liberté banalisée réduite au simple plaisir, mais une liberté enracinée dans la vérité, qui protège la liberté religieuse, de pensée et de conscience en tout lieu et en toute condition humaine, en évitant d’alimenter « un court-circuit des droits de l’homme », [7] qui finit par laisser place à la force et à la domination.
     Je vous laisse ces brèves réflexions, dans l’espoir qu’elles puissent constituer une base de réflexion pour votre engagement. En vous adressant mes meilleurs vœux pour votre service aux peuples européens, je vous accorde volontiers la Bénédiction apostolique. Merci !

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[1] Benoît XVI, Discours aux participants au Congrès promu par le Parti populaire européen (30 mars 2006) : AAS 98 (2006), 344.
[2] François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 228 : AAS 105 (2013), 1113.
[3] Cf. ibid.
[4] Pie XI, Audience aux dirigeants de la Fédération universitaire catholique (18 décembre 1927).
[5] A. De Gasperi, Notre patrie Europe, Discours à la Conférence parlementaire européenne, 21 avril 1954.
[6] Cf. Marialuisa L. Sergio, dans : Alcide De Gasperi, Journal 1930-1943, Bologne 2018, 24.
[7] Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège (9 janvier 2026).


 

25 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la Rencontre nationale des enseignants de religion catholique, promue par la Conférence épiscopale italienne

     Saint Augustin écrivait : « L’homme, une parcelle de ta création, veut te louer [, ô Dieu]. C’est toi qui le pousses à se réjouir de tes louanges, parce que tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi […]. Que je te cherche, Seigneur, en t’invoquant, et que je t’invoque en croyant en toi » (Confessions, 1,1). Il parlait d’une recherche intérieure à laquelle sont depuis toujours liées, chez l’être humain, les grandes questions de l’existence, la relation avec Dieu, avec la création et avec les autres. Ainsi, la soif d’infini, inscrite en chaque personne, peut devenir une énergie pour promouvoir la paix, pour renouveler la société et pour en combler les contradictions.
     Dans ce contexte, votre service, expression de la sollicitude de l’Église pour les nouvelles générations, est comme un tremplin à partir duquel enfants et jeunes peuvent apprendre à se lancer dans la fascinante aventure du dialogue intérieur. En cela, il constitue un élément indispensable de cette alliance éducative dont on ressent aujourd’hui tant le besoin.
     De plus, l’enseignement de la religion catholique est une discipline de grande valeur culturelle, utile pour comprendre les dynamiques historiques et sociales, ainsi que les expressions de la pensée, du génie et des arts qui ont façonné et continuent de façonner le visage de l’Italie, de l’Europe et de nombreux pays du monde.
     Tout cela entre dans vos cours, à la lumière de l’enseignement toujours actuel de l’Église, en dialogue avec les autres domaines du savoir et de la recherche religieuse, et surtout dans l’étude des pages inépuisables de la Bible, à travers lesquelles nous connaissons le Christ, Fils de Dieu fait homme, révélation du visage du Père et modèle parfait de l’humanité. Ainsi, vous rendez accessible aux nouvelles générations, dans le plein respect de la liberté de chacun, ce qui pourrait autrement rester incompris et flou, en montrant que la véritable laïcité n’exclut pas le fait religieux, mais sait au contraire en faire une richesse éducative. Cela fait partie d’une attitude plus large, indispensable à tout dialogue, à l’école comme dans la société : connaître et aimer ce que l’on est, pour pouvoir rencontrer l’autre avec respect et ouverture

     À la lumière de cela, je voudrais partager avec vous quelques réflexions qui me tiennent à cœur.
     Comme titre de votre troisième Rencontre nationale, vous avez choisi l’expression « Le cœur parle au cœur » (Cor ad cor loquitur), inspirée de la devise de saint John Henry Newman, docteur de l’Église et co-patron du monde éducatif. Ces paroles contiennent la proposition d’un chemin où la vérité est le but et la relation personnelle le moyen pour y parvenir. Elles vous engagent, à travers l’enseignement, à aider les jeunes à reconnaître une voix qui résonne déjà en eux, à ne pas l’enfouir ni la confondre avec les bruits qui les entourent. À une époque où nous sommes constamment assaillis de stimulations de toute sorte, faire taire cette voix est très facile. C’est pourquoi apprendre à l’écouter ou à la retrouver est l’un des plus grands dons que l’on puisse faire aux nouvelles générations. L’homme ne peut vivre sans vérité ni sans sens authentique, et les jeunes, même lorsqu’ils paraissent parfois apathiques ou insensibles, cachent souvent, derrière une apparente indifférence, l’inquiétude et la souffrance de ceux qui « ressentent trop » et de manière trop intense, sans parvenir à nommer ce qu’ils éprouvent.
     Faire école signifie donc former les personnes à l’écoute du cœur, et ainsi à la liberté intérieure et à la capacité de pensée critique, selon des dynamiques où foi et raison ne s’ignorent pas, ni ne s’opposent, mais cheminent ensemble dans la recherche humble et sincère de la vérité. C’est pourquoi éduquer demande la patience de semer sans prétendre à des résultats immédiats, dans le respect des temps de croissance de chacun. Et surtout – Newman l’enseigne – cela demande de l’amour.
     Très chers, la vérité passe par les personnes, et pour vos élèves, ces personnes, c’est aussi vous, appelés à être des maîtres crédibles parce qu’amoureux de Dieu et d’eux, à transmettre des valeurs sans protagonisme ni moralisme, à offrir des regards qui relèvent et à être témoins de cette cohérence humble et proche qui rend aimables et désirables même les contenus les plus exigeants. Vos élèves n’ont pas besoin de réponses toutes faites, mais de proximité et d’honnêteté de la part d’adultes qui les accompagnent avec autorité et responsabilité, tandis qu’ils affrontent les grandes questions de la vie. Ils se souviendront des regards et des paroles de ceux qui ont su reconnaître en eux un don unique, de ceux qui les ont pris au sérieux, de ceux qui n’ont pas eu peur de partager avec eux un bout de chemin, en se montrant eux-mêmes hommes et femmes qui cherchent, pensent, vivent et croient. Tout cela, bien sûr, sans rien enlever à la nécessité d’une solide compétence, animée par la passion de l’étude, la rigueur culturelle et la préparation pédagogique, car l’enseignement de la religion catholique exige aussi une mise à jour constante, un esprit de projet et le recours à des langages adaptés.
     L’école aujourd’hui – en Italie, mais pas seulement – est confrontée à des défis dramatiques et en même temps exaltants. C’est pourquoi l’Église, qui marche avec vous, vous y envoie comme « serviteurs du monde éducatif, chorégraphes de l’espérance, chercheurs infatigables de la sagesse, artisans crédibles d’expressions de beauté » (Lettre apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, 11,3).
     Je vous remercie et vous encourage à persévérer dans cet engagement, tandis que je vous confie à l’intercession de la Vierge Marie et des saints éducateurs. Je me souviens de vous dans la prière et, de tout cœur, je vous accorde la Bénédiction apostolique, que j’étends à vos familles, à vos élèves et à tous vos proches. Merci !

 

26 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 10 nouveaux prêtres, en la Basilique Saint Pierre de Rome

     Ce dimanche est un dimanche plein de vie ! Même si la mort nous entoure, la promesse de Jésus s’accomplit déjà : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Il y a beaucoup de générosité et d’enthousiasme dans la disponibilité des jeunes que l’Église demande aujourd’hui d’ordonner prêtres. En nous rassemblant, si nombreux et si différents, autour du seul Maître, nous ressentons une force qui nous régénère. C’est l’Esprit Saint qui unit les personnes et les vocations dans la liberté, afin que personne ne vive plus pour lui-même. Le dimanche – chaque dimanche – nous appelle à sortir du « tombeau » de l’isolement, de la fermeture pour que nous nous rencontrions dans le jardin de la communion dont le Ressuscité est le gardien.

     Le service du prêtre, sur lequel l’appel de ces frères nous invite à réfléchir, est un ministère de communion. En effet, la « vie en abondance » nous est donnée dans la rencontre très personnelle avec la personne du Fils, mais elle nous ouvre aussitôt les yeux sur un peuple de frères et de sœurs qui font déjà l’expérience ou qui cherchent encore à « pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Voici un premier secret de la vie du prêtre. Chers ordinands, plus votre lien avec le Christ est profond, plus votre appartenance à l’humanité commune est radicale. Il n’y a ni opposition, ni rivalité entre le ciel et la terre : ils s’unissent pour toujours en Jésus. Ce mystère vivant et dynamique engage le cœur dans un amour indissoluble ; il l’engage et le comble. Certes, tout comme l’amour des époux, l’amour qui inspire le célibat pour le Royaume de Dieu doit être préservé et sans cesse renouvelé, car tout véritable amour mûrit et devient fécond avec le temps. Vous êtes appelés à aimer d’une manière spécifique, délicate et difficile et, plus encore, à vous laisser aimer dans la liberté. Une manière qui fera de vous, outre de bons prêtres, des citoyens honnêtes, disponibles, des artisans de paix et d’amitié sociale.

     À cet égard, on est frappé dans l’Évangile (Jn 10, 1-10), par la référence que fait Jésus à des figures et à des actes d’agression. Entre Lui et ceux qu’Il aime, s’immiscent des étrangers, des voleurs et des brigands qui franchissent les limites, qui ne viennent « que pour voler, égorger, faire périr » dit Jésus (v. 10), et qui surtout ont une voix différente de la sienne, méconnaissable (cf. v. 5). Les paroles du Seigneur sont d’un grand réalisme : Il connaît la cruauté du monde dans lequel Il marche avec nous. Il évoque par ses paroles des formes d’agression physique, mais surtout spirituelle. Cela ne l’empêche cependant pas de donner sa vie. La dénonciation ne devient pas renoncement, le danger n’incite pas à la fuite. Voici un deuxième secret pour la vie du prêtre : la réalité ne doit pas nous faire peur. C’est le Seigneur de la vie qui nous appelle. Bien-aimés, que le ministère qui vous est confié communique la paix de Celui qui sait pourquoi il est en sécurité même au milieu des dangers.

     Aujourd’hui, le besoin de sécurité rend les esprits agressifs, renferme les communautés sur elles-mêmes, pousse à chercher des ennemis et des boucs émissaires. La peur est souvent présente autour de nous et peut-être même en nous. Votre sécurité ne doit pas résider dans la fonction que vous occupez, mais dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, dans l’histoire du salut à laquelle vous participez avec votre peuple. C’est un salut qui fait déjà beaucoup de bien accompli en silence, chez les personnes de bonne volonté, dans les paroisses et dans les milieux auxquels vous serez proches, comme des compagnons de route. Ce que vous annoncez et célébrez vous protégera, même dans les situations et les moments difficiles.

     Les communautés où vous serez envoyés sont des lieux où le Ressuscité est déjà présent, où beaucoup l’ont déjà suivi de manière exemplaire. Vous reconnaîtrez ses plaies, vous distinguerez sa voix, vous trouverez ceux qui vous le montreront. Ce sont les communautés qui vous aideront, vous aussi, à devenir saints ! Et vous, aidez-les à marcher unies derrière Jésus, le Bon Pasteur, afin qu’elles soient des lieux – des jardins – ou la vie ressuscite et se communique. Souvent, il manque aux gens un lieu où découvrir qu’ensemble c’est mieux, qu’ensemble c’est beau, qu’il est possible de vivre ensemble. Faciliter la rencontre, aider à rapprocher ceux qui autrement ne se fréquenteraient jamais, rapprocher les opposés ne fait qu’un avec l’Eucharistie et la Réconciliation. Rassembler, c’est toujours et encore implanter l’Église.

     Il y a une image significative dans l’Évangile par laquelle, à un certain moment, Jésus commence à parler de Lui-même. Il se décrit comme le « berger », mais ceux qui l’écoutent semblent ne pas comprendre. Il change alors de métaphore : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis » (Jn 10, 7). iIl y avait à Jérusalem une porte qui s’appelait justement ainsi : « la porte des brebis », près de la piscine de Bethzatha. C’est par là que les brebis et les agneaux entraient dans le temple, après avoir été plongés dans l’eau et avant d’être envoyés au sacrifice. On pense spontanément au Baptême.

     « Moi, je suis la porte » dit Jésus. Le Jubilé nous a montré à quel point cette image parle encore au cœur de millions de personnes. Pendant des siècles, la porte – souvent un véritable portail – a invité à franchir le seuil de l’Église. Dans certains cas, les fonts baptismaux étaient construits à l’extérieur, comme l’ancienne piscine de Bethzatha, sous les portiques de laquelle « étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents » (Jn 5, 3). Chers ordinands, sentez-vous partie intégrante de cette humanité souffrante qui attend la vie en abondance. En initiant d’autres à la foi, vous raviverez la vôtre. Avec les autres baptisés, vous franchirez chaque jour le seuil du Mystère, ce seuil qui a le visage et le nom de Jésus. Ne cachez jamais cette porte sainte, ne la bloquez pas, ne soyez pas un obstacle pour ceux qui veulent entrer. « Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés » (Lc 11, 52) : c’est le reproche amer de Jésus à ceux qui ont caché la clé d’un passage qui devait être ouvert à tous.

     Aujourd’hui plus que jamais, surtout là où les chiffres semblent indiquer un fossé entre les gens et l’Église, gardez la porte ouverte ! Laissez entrer et soyez prêts à sortir. C’est un autre secret pour votre vie : vous êtes un canal, pas un filtre. Beaucoup croient déjà savoir ce qu’il y a au-delà du seuil. Ils apportent avec eux des souvenirs, peut-être d’un passé lointain ; souvent, il y a quelque chose de vivant qui ne s’est pas éteint et qui attire ; parfois il y a autre chose qui saigne encore et repousse. Le Seigneur sait et attend. Soyez le reflet de sa patience et de sa tendresse. Vous appartenez à chacun et vous êtes là pour tous ! Tel est le profil fondamental de votre mission : garder le seuil libre et le montrer, sans avoir besoin de beaucoup de mots.

     D’autre part, Jésus insiste et précise : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage » (Jn 10, 9). Il n’étouffe pas notre liberté. Il existe des appartenances qui étouffent, des communautés dans lesquelles il est facile d’entrer et presque impossible de sortir. Il n’en va pas ainsi de l’Église du Seigneur, il n’en va pas ainsi de la communauté de ses disciples. Celui qui est sauvé, dit Jésus, « entre, sort et trouve un pâturage ». Nous cherchons tous un refuge, un repos et des soins : la porte de l’Église est ouverte. Non pas pour nous éloigner de la vie : la vie ne s’épuise pas dans la paroisse, dans l’association, dans le mouvement, dans le groupe. Celui qui est sauvé « sort et trouve un pâturage ».

     Bien-aimés, sortez et découvrez la culture, les gens, la vie ! Émerveillez-vous pour ce que Dieu fait pousser sans que nous l’ayons semé. Ceux pour qui vous serez prêtres – fidèles laïcs et familles, jeunes et personnes âgées, enfants et malades – vivent dans des pâturages que vous devez connaître. Parfois, vous aurez l’impression de ne pas en avoir les cartes. Mais le Bon Pasteur les possède, et c’est sa voix, si familière, qu’il faut écouter. Combien de personnes se sentent perdues aujourd’hui ! Beaucoup ont l’impression de ne plus pouvoir s’orienter. Il n’y a donc pas de témoignage plus précieux que celui qui confie : « Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom » (Ps 22, 2-3). Son nom est Jésus : « Dieu sauve » ! Vous en êtes les témoins. « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie » (Ps 22, 6).

 

 

26 avril 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli, dimanche du Bon Pasteur

     L’Évangile nous rapporte les paroles de Jésus qui se compare à un berger, puis à la porte de la bergerie (cf. Jn 10, 1-10).

     Jésus oppose le berger et le voleur. Il affirme en effet : « Celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit » (v. 1). Et plus loin, de manière encore plus claire : « Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (v. 10). La différence est claire : le berger a un lien particulier avec ses brebis et, par conséquent, il peut entrer par la porte de la bergerie ; si, au contraire, quelqu’un doit escalader la clôture, c’est certainement un voleur qui veut voler les brebis.

     Jésus nous dit qu’il est lié à nous par une relation d’amitié : il nous connaît, nous appelle par notre nom, nous guide et, comme le berger le fait avec ses brebis, vient nous chercher quand nous nous égarons et panser nos blessures quand nous sommes malades (cf. Ez 34,16). Jésus ne vient pas comme un voleur pour nous dérober notre vie et notre liberté, mais pour nous conduire sur les bons chemins. Il ne vient pas pour asservir ou tromper notre conscience, mais pour l’illuminer de la lumière de sa sagesse. Il ne vient pas pour ternir nos joies terrestres, mais pour les ouvrir à un bonheur plus complet et plus durable. Celui qui se confie en Lui n’a rien à craindre : Il ne mortifie pas notre vie, mais vient pour nous la donner en abondance (cf. v. 10).

     Nous sommes invités à veiller sur la clôture de notre cœur et de notre vie, car celui qui y entre peut multiplier la joie ou, comme un voleur, nous la voler. Les « voleurs » peuvent prendre bien des visages : ce sont ceux qui, malgré les apparences, étouffent notre liberté ou ne respectent pas notre dignité ; ce sont les convictions et les préjugés qui nous empêchent d’avoir un regard serein sur les autres et sur la vie ; ce sont les idées fausses qui peuvent nous conduire à faire des choix négatifs ; ce sont des modes de vie superficiels ou marqués par le consumérisme, qui nous vident intérieurement et nous poussent à vivre toujours en dehors de nous-mêmes.

     Nous pouvons nous interroger : par qui voulons-nous nous laisser guider dans notre vie ? Quels sont les « voleurs » qui ont tenté de pénétrer dans notre enclos ? Y sont-ils parvenus, ou avons-nous été capables de les repousser ?

     L’Évangile nous invite à faire confiance au Seigneur : Il ne vient pas nous voler quoi que ce soit, bien au contraire, Il est le Bon Pasteur, qui multiplie la vie et nous l’offre en abondance.

 

 

10 mai 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli

     dans l’Évangile, nous avons entendu quelques paroles adressées par Jésus à ses disciples lors de la Cène. Alors qu’il fait du pain et du vin le signe vivant de son amour, le Christ dit : « Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements » (Jn 14, 15). Cette affirmation nous libère d’un malentendu, à savoir l’idée que nous sommes aimés si nous observons les commandements : notre justice serait alors une condition de l’amour de Dieu. Au contraire, l’amour de Dieu est la condition de notre justice. Nous observons véritablement les commandements, selon la volonté de Dieu, si nous reconnaissons son amour pour nous, tel que le Christ le révèle au monde. Les paroles de Jésus sont donc une invitation à la relation, et non un chantage ou une suspension incertaine.

     C’est pourquoi le Seigneur nous commande de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés (cf. Jn 13, 34) : c’est l’amour de Jésus qui fait naître en nous l’amour. Le Christ lui-même est le critère, la norme de l’amour véritable : celui qui est fidèle pour toujours, pur et inconditionnel. Celui qui ne connaît ni « mais » ni « peut-être », celui qui se donne sans vouloir posséder, celui qui donne la vie sans rien prendre en échange. Puisque Dieu nous aime le premier, nous aussi nous pouvons aimer ; et quand nous aimons vraiment Dieu, nous nous aimons vraiment les uns les autres. Il en va de même pour la vie : seul celui qui l’a reçue peut vivre, et ainsi seul celui qui a été aimé peut aimer. Les commandements du Seigneur sont donc un mode de vie qui nous guérit des faux amours ; ils constituent un style spirituel, qui est un chemin vers le salut.

     C’est précisément parce qu’il nous aime que le Seigneur ne nous laisse pas seuls face aux épreuves de la vie : il nous promet le Paraclet, c’est-à-dire l’Avocat, l’« Esprit de vérité » (Jn 14, 17). C’est un don que « le monde ne peut recevoir » (ibid.), tant qu’il s’obstine dans le mal qui opprime le pauvre, exclut le faible, tue l’innocent. Celui, en revanche, qui répond à l’amour que Jésus porte à tous, trouve dans le Saint-Esprit un allié qui ne faillit jamais : « Vous le connaissez – dit Jésus – car il demeure auprès de vous et sera en vous » (ibid.). Nous pouvons alors, toujours et partout, témoigner de Dieu, qui est amour : ce mot ne désigne pas une idée de l’esprit humain, mais la réalité de la vie divine, par laquelle toutes choses ont été créées à partir du néant et rachetées de la mort.

     En nous offrant l’amour vrai et éternel, Jésus partage avec nous son identité de Fils bien-aimé : « Je suis dans le Père, vous en moi, et moi en vous » (v. 20). Cette communion de vie captivante contredit l’Accusateur, c’est-à-dire l’adversaire du Paraclet, l’esprit opposé à notre défenseur. En effet, alors que le Saint-Esprit est la force de la vérité, cet Accusateur est le « père du mensonge » (Jn 8, 44), qui veut opposer l’homme à Dieu et les hommes entre eux : exactement le contraire de ce que fait Jésus, qui nous sauve du mal et nous unit en tant que peuple de frères et sœurs dans l’Église.

     Très chers amis, remplis de gratitude pour ce don, confions-nous à l’intercession de la Vierge Marie, Mère de l’Amour Divin.

 

 

14 mai 2026 - Message vidéo du Pape Léon XIV pour « Thy Kingdom come 2026 »

      S’il est vrai que parfois nous trébuchons et que nous oublions Dieu ainsi que notre besoin de lui, au plus profond de notre être nous savons que lui seul peut combler nos désirs les plus profonds et notre inquiétude intérieure. Peut-être la plus belle expression de cela se trouve-t-elle dans les écrits de saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (Confessions, I, i, 1). En Jésus, Dieu s’est véritablement fait proche. Il s’est révélé à nous dans la chair, et par son Esprit Saint il est avec nous maintenant.
 

 

14 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV à l'université Sapienza de Rome

     L’inquiétude a un visage triste : nous ne devons pas nous cacher que beaucoup de jeunes vont mal. Pour tous, il existe des saisons difficiles ; mais certains peuvent avoir l’impression qu’elles ne finissent jamais. Aujourd’hui, cela dépend de plus en plus du chantage des attentes et de la pression de la performance. C’est le mensonge envahissant d’un système déformé, qui réduit les personnes à des chiffres en exacerbant la compétition et en nous abandonnant à des spirales d’anxiété. Ce malaise spirituel de nombreux jeunes nous rappelle précisément que nous ne sommes pas la somme de ce que nous possédons, ni une matière assemblée par hasard dans un cosmos muet. Nous sommes un désir, non un algorithme ! C’est précisément cette dignité particulière qui me conduit à partager avec vous deux questions.

     À vous, les jeunes, ce malaise demande : « Qui es-tu ? » Être nous-mêmes, en effet, est l’engagement caractéristique de la vie de tout homme et de toute femme. « Qui es-tu ? » est la question que nous nous posons les uns aux autres ; la question que nous adressons silencieusement à Dieu ; la question à laquelle nous seuls pouvons répondre, pour nous-mêmes, mais à laquelle nous ne pouvons jamais répondre seuls. Nous sommes nos liens, notre langage, notre

 

 

28 mai 2026 – Discours du Pape L éon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour l'Évangélisation - Section pour les questions fondamentales de l'évangélisation dans le monde

     Le monde a plus que jamais soif d’espérance. Il désire vivre dans la paix et dans la certitude que l’engagement pour bâtir une ville digne des fils de Dieu n’est pas uniquement possible, mais réel, car empreint d’une espérance qui offre de véritables objectifs, non illusoires.

     L’annonce de l’Évangile, qui insuffle l’espérance, n’est pas une proposition utopique : c’est un témoignage qui attire autant qu’il manifeste l’appel à l’amour et à la vérité.

     Nous ne pouvons pas sous-estimer que, surtout dans les pays occidentaux, la crise de la foi, avec d’autres facteurs socio-culturels, a donné lieu à une indifférence diffuse envers la religion. La foi, pour beaucoup, apparaît désormais comme sans importance dans leur vie. Le risque sous-jacent — dont la gravité n’est pas toujours perçue — est que l’on perde ce qu’il y a de plus profondément humain, c’est-à-dire la recherche de sens. Les grandes questions existentielles restent sans réponse, tandis qu’une culture technologique qui devrait répondre à chaque besoin se propage. Dans ce contexte aussi, la rencontre avec le Christ est en mesure de redonner du sens et de la valeur à la vie des personnes, et l’Église redécouvre l’actualité pérenne du mandat qu’elle a reçu par le Seigneur ressuscité.

     La forte demande de spiritualité qui, surtout parmi les jeunes, progresse et s’est exprimée de manière évidente à l’occasion du Jubilé des jeunes, mérite une grande attention. La nouvelle génération n’est pas fermée à l’Évangile ; au contraire, beaucoup, quand ils le redécouvrent, désirent mieux le connaître, car ils perçoivent qu’en celui-ci réside le secret pour être véritablement heureux. Je suis certain que votre Dicastère est particulièrement attentif à cette question, que nos contemporains posent avec toujours plus d’insistance, et qui demande une réponse crédible et cohérente. L’évangélisation ne s’appuie pas sur l’efficacité des structures ou sur l’importance sociale, encore moins sur le consensus que l’on peut recevoir à n’importe quel moment.  Ce qui reste essentiel est plutôt d’avoir confiance envers la conduite de l’Esprit Saint, suivre les chemins qu’Il indique pour conduire au Christ, à sa parole qui sauve, à son amour qui renouvelle la vie.

     L’évangélisation doit se mesurer aujourd’hui, de façon particulière, également à travers des changements dans les dynamiques et conditions dans la transmission de la foi de génération en génération. Dans certaines régions du monde, cette transmission s’est pratiquement interrompue, et cela requiert la capacité de réaliser soi-même de nouveaux défis. Les causes de cette situation sont connues et multiples ; ce qui en résulte est cependant, chez les nouvelles générations, une « pauvreté » spirituelle, un manque de motivations et d’instruments pour pouvoir mûrir en pleine liberté cette adhésion à la foi qui donne du sens à la vie. Grâce à Dieu, les expériences à travers lesquelles les communautés chrétiennes, les associations, les mouvements, les groupes ecclésiaux rencontrent les jeunes, les écoutent et dialoguent avec eux sont nombreuses et variées, dans le monde entier. Le climat culturel diffus dans les sociétés hypermédiatisées et consuméristes réduit la capacité à apprendre avec patience et à accomplir avec difficulté un parcours de recherche personnelle de la vérité, avec persévérance et sens critique. Chaque message risque d’être perçu comme une opinion parmi tant d’autres.

     La transmission de la foi, dans ce contexte, passe nécessairement à travers la rencontre avec les personnes et les communautés qui expriment la joie de la foi chrétienne et la cohérence d’un style de vie évangélique. Ce n’est certainement pas en édulcorant les contenus et en baissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attirant, mais en témoignant avec humilité et courage du « chemin, de la vérité et de la vue » qui a converti et sanctifié nombre de personnes. Comme l’affirmait Benoît XVI: « Ce dont nous avons besoin à cette période de l’histoire sont des hommes qui, à travers une foi illuminée et vécue, rendent Dieu crédible dans ce monde. […] Nous avons besoin d’hommes qui gardent le regard droit vers Dieu, apprenant de là la véritable humanité. Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit illuminée par la lumière de Dieu et à qui Dieu ouvre le cœur, de façon à ce que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres. C’est seulement au travers d’hommes touchés par Dieu que Dieu peut revenir parmi les hommes» (L’Europe de Benoît dans la crise des cultures, Sienne 2005, 63-64). La sainteté de la vie, par conséquent, reste toujours la forme la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne qui surmonte les temps et se propose à chaque culture.

 

 

 

28 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux Evêques de la Conférence épiscopale italienne

    Je désire exprimer mon affection à ceux qui vivent leur foi dans la simplicité de la vie quotidienne et à ceux qui, peut-être sans le savoir, portent dans leur cœur une soif de Dieu.

     C’est ce que nous avons la grâce de constater de diverses manières, même à une époque comme la nôtre, marquée par la complexité. J’en ai fait l’expérience directe lors de mes récentes visites à Pompéi, à Naples et à Acerra. De nombreux signes nous parlent de lassitude, de fragmentation, de solitude. Dans nos communautés, nous pouvons parfois ressentir la fatigue de transmettre la foi, la difficulté d’impliquer les nouvelles générations.   

      L’Évangile nous réveille. Quand Jésus regarde les foules, il ne voit pas un problème à résoudre, il voit une moisson, il voit le champ de Dieu : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ! Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Lc 10, 2). Semeur infatigable, Dieu sort chaque jour dans le monde et répand généreusement dans les cœurs le désir de l’infini, d’une vie pleine, d’un salut qui libère. Oui, grâce à Dieu, la moisson est abondante. Voici notre première tâche : faire nôtre le regard du Seigneur. Ne pas nous contenter de nous plaindre des sols durcis ni de nous arrêter simplement aux données statistiques, mais savoir voir, avec les yeux du Ressuscité, la moisson que Dieu lui-même nous prépare.

    Que le Saint-Esprit nous donne des cœurs enflammés de l’élan du Christ; et qu’il suscite de nombreux et saints ouvriers pour travailler à nos côtés.

   C’est de l’Évangile que naît la foi, en tant que rencontre vivante avec le Christ, mort et ressuscité, présent dans son Église.

    Aujourd’hui, dans le contexte où nous sommes appelés à agir, confrontés à d’autres perspectives de vie et à des défis anthropologiques inédits, remettre l’Évangile au centre est le don qui donne de l’enthousiasme.

    Nous sommes donc appelés à nous demander : quel visage de Dieu laissons-nous transparaître dans la prédication, la catéchèse, la liturgie, la charité, la vie de nos communautés ?

     Comment favorisons-nous la rencontre avec le Christ et que signifie aujourd’hui, pour nous et pour nos Églises, initier d’autres personnes à la vie chrétienne ?

     Voici le regain d’intérêt pour l’initiation chrétienne, qui ne peut être envisagée uniquement comme une préparation aux sacrements. Elle est le «sein » dans lequel une communauté fait naître à la foi et introduit à la vie pascale, à la communion avec le Seigneur, à la fraternité ecclésiale. Il s’agit de redécouvrir le baptême comme une réalité vivante et existentielle; et «il n’est pas possible de comprendre pleinement le baptême si ce n’est à l’intérieur de l’initiation chrétienne, c’est-à-dire du parcours par lequel le Seigneur, à travers le ministère de l’Église et le don de l’Esprit, nous introduit dans la foi pascale et nous insère dans la communion trinitaire et ecclésiale» (Document final de la XVIe Assemblée du Synode des évêques, 24).

     La foi se transmet et grandit là où existent des communautés vivantes et accueillantes, capables de prier et d’écouter; des communautés où la Parole de Dieu n’est pas reléguée à la marge, mais éclaire les choix, où l’Eucharistie est véritablement source et sommet, où les pauvres ne sont pas de simples bénéficiaires d’un service, mais des frères et sœurs à travers lesquels le Seigneur nous parle; où les jeunes sont des visages, des voix et des histoires avec lesquels dialogue; où les familles ne sont pas laissées seules; où les blessures ne sont pas cachées, mais présentées au Seigneur avec humilité; où la foi devient un engagement concret dans la société, la politique et la culture.

     Nous, évêques, sommes appelés à une écoute profonde : écouter la Parole de Dieu, écouter le Peuple de Dieu, et donc écouter les signes des temps, écouter aussi ce qui remet en question nos habitudes pastorales. Là où l’écoute est authentique, la communauté ne se replie pas sur elle-même mais devient un lieu de discernement et de mission et, à cette fin, sait se renouveler.

     L’organisation de la Conférence épiscopale doit être repensée à la lumière des exigences de la mission et de l’évolution du contexte historique. Il ne s’agit pas d’imiter des schémas organisationnels extérieurs, ni de tout réduire à l’efficacité administrative, mais de se demander quelle organisation aide aujourd’hui les pasteurs et les Églises locales à mieux annoncer l’Évangile, à marcher ensemble, à rendre possible une participation effective, ordonnée et féconde. Lorsqu’elle est vécue dans l’Esprit, cette vérification n’affaiblit pas la communion mais la purifie

     Ayons le courage de l’essentiel ! Le courage de communautés moins soucieuses de tout conserver et plus libres d’annoncer le Christ. Le courage d’une catéchèse qui soit un chemin d’initiation et de formation permanente à la vie chrétienne. Le courage de paroisses accueillantes et missionnaires, où les familles se retrouvent et se renouvellent grâce à la sève de l’Évangile. Le courage d’organismes de participation vivants. Le courage d’écouter les jeunes sans brider leurs questions. Le courage de nous laisser évangéliser par les pauvres. Le courage d’une structure nationale toujours plus au service de la communion missionnaire des Églises en Italie. Un peuple est engendré par des mères et des pères dans la foi, par des communautés qui savent dire, par leur vie avant même que par leurs paroles : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41).

 

 

30 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV Aux membres de la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice

     Au milieu des fragilités, une nouvelle espérance apparaît. Même si les divisions semblent s’intensifier, un dénominateur commun apparaît qui nous unit tous incontestablement : notre humanité commune. En effet, c’est précisément lorsqu’elle est confrontée à des circonstances défavorables que la personne humaine est appelée à reconsidérer les questions fondamentales qui ont poussé peu à peu le cœur d’innombrables générations à une réflexion plus sérieuse : « Où allons-nous ? Vers quel but souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ?» (Magnifica humanitas, n. 6).

     Ces questions sont une manifestation claire de la quête de vérité de l’humanité, et font naître le désir de quelque chose de plus, une soif de Dieu et une signification durable. Elles témoignent également des aspects essentiels de notre humanité : les dons de raison et de liberté donnés par Dieu à travers lesquels nous pouvons parvenir à la vérité et suivre ce qui est bon. Bien que la liberté soit souvent entendue comme la capacité à faire ce que l’on veut, il est impératif de retrouver une signification authentique de la liberté qui nous permette de découvrir sa dimension de relation, car c’est précisément là que nous pouvons parler de l’accomplissement d’une personne, tant comme individu que comme société. Saint Jean-Paul II nous a rappelé que cet accomplissement se trouve lorsque la liberté est vécue comme «le don d'elle-même et l'accueil de l'autre» (Evangelium vitae, n. 19), c’est-à-dire lorsque la liberté est utilisée pour aimer. Au contraire, «lorsque sa dimension individualiste est absolutisée, elle est vidée de son sens premier, sa vocation et sa dignité mêmes sont démenties» (ibid.).

     Ce que nous découvrons ici sont les deux « cités » décrites par saint Augustin, qui continuent de caractériser non seulement le cœur humain, mais aussi les civilisations que nous créons. La Cité de l’Homme, édifiée sur l’orgueil et l’amour de soi, est caractérisée par l’individualisme égoïste. La Cité de Dieu, édifiée sur l’amour de Dieu jusqu’à l’altruisme et l’entretien des relations humaines, est ce qui rend véritablement possible l’édification d’une civilisation de l’amour. À cet égard, nous pouvons découvrir que ce qui se cache derrière la crise des démocraties contemporaines et l’affaiblissement du multilatéralisme est, en fait, une crise anthropologique qui découle du fait d’avoir en grande partie oublié le Créateur. Loin de nous désespérer, toutefois, nous sommes appelés à apporter notre contribution, en nous souvenant que «la civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation » (Magnifica humanitas, n. 213).

     Un autre aspect de la promotion et de l’engagement en vue d’une authentique civilisation de l’amour est le dialogue. Un dialogue fondé sur la vérité qui reconnaît et apprécie l’humanité commune de chaque personne. En effet, garder à l’esprit la dignité innée de chaque individu permet de surmonter l’égoïsme et les intérêts particuliers en faveur du bien commun. Cette même dignité fournit également le contexte dans lequel nous pouvons parler d’un pluralisme sain qui reconnaît la richesse des contributions qui viennent de personnes d’origines différentes et qui conduisent à la coexistence pacifique.

 

 

30 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV Aux membres du Renouveau charismatique catholique

      Tout d’abord, le baptême dans l’Esprit. Votre parcours de foi partagée puise dans l’expérience personnelle de l’Esprit Saint, qui a permis à la grâce du Baptême de devenir efficace en chacun de vous, vous guidant à une connaissance claire de l’amour de Dieu. C’est la première expérience puissante de la grâce que saint Augustin lui-même vécut après sa conversion, qu’il décrivit par ces mots émouvants : « ô Christ Jésus, mon soutien et mon rédempteur. Qu’elle devint suave soudain pour moi la privation des suaves bagatelles ! Les voir partir de moi avait été ma crainte, maintenant les faire partir était une joie. Tu les jetais dehors en effet, loin de moi, toi, véritable et souveraine suavité tu les jetais dehors et tu entrais prenant leur place, plus doux que tonte volupté » (Confessions, IX, 1, 1).

     Le Saint Esprit vous a également permis de goûter la volupté du Christ. Pour vous aussi, la vie a changé depuis ce moment. Dieu a cessé d’être une simple idée et est devenue l’expression réelle et ultime de la paternité. Son Esprit a apporté la réconciliation intérieure, la paix et la liberté des attachements mondains et l’oppression du péché. Il a également rendu possible une nouvelle perspective caractérisée par l’ouverture et l’espérance envers les autres et l’avenir, dans la certitude que rien ne peut jamais nous séparer de l’amour du Christ (cf. Rm 8, 38–39). De cette expérience de l’Esprit Saint arrive le désir d’être des témoins et des annonciateurs de son amour, apportant sa consolation aux personnes oppressées par un sentiment de vide et de solitude.

 

 

 

6 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux autorités, la société civile et le corps diplomatique

     Je voudrais évoquer deux figures de ce pays qui, depuis cinq siècles, nourrissent la vie de l’Église et la quête spirituelle de nombreuses personnes, même au-delà de ses frontières visibles. Il s’agit de Jean de la Croix et de Thérèse d’Ávila, dont la passion pour le mystère divin a fait d’eux des amis. Leur mystique est une mystique « des yeux ouverts », c’est-à-dire qu’elle n’est pas étrangère à l’histoire, mais qu’au contraire, elle nous conduit à la racine des questions, au cœur de la réalité. En particulier, le thème de la nuit, si cher à saint Jean de la Croix, dont nous célébrons l’Année Jubilaire, nous aide à interpréter les transformations et à supporter les tensions qui rendent notre époque si obscure. Dans sa soif de lumière, paradoxalement, il a appris à apprécier l’obscurité — « nuit bienheureuse » (Nuit obscure, 3) — comme le temps où l’âme se libère de ce qu’elle croyait connaître et posséder. Aujourd’hui encore, c’est l’inconnu qui nous effraie le plus, provoquant chez beaucoup l’obscurcissement de la raison et la violence des émotions, et face auquel peut prévaloir le sentiment de ne plus avoir de repères et de se sentir désorienté. C’est pourquoi nous avons besoin, dans la vie publique aussi, d’hommes et de femmes qui pressentent dans l’obscurité, la lumière ; dans la fin, un commencement possible, presque l’irruption d’une vérité comme une lumière qui aveugle encore, mais qui — si nous faisons confiance et trouvons la paix — nous conduira délicatement vers elle-même : « Ô nuit qui m’as guidé ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as réuni l’Aimé avec son aimée, l’aimée transformée en son Aimé ! » (ibid., 5).

     Sainte Thérèse décrit ce même parcours à travers l’image du château intérieur. En avançant de pièce en pièce vers le lieu le plus intime — c’est-à-dire, chacun vers son propre cœur, sanctuaire de la vérité —, l’espace s’élargit, l’esprit s’ouvre, les contradictions se résolvent, les tensions se dissolvent, les autres trouvent leur place, l’univers devient un foyer. Il ne s’agit pas d’une fuite intimiste, mais d’une ouverture radicale au totus Alius et semper Novus, qui se réalise lorsque nous revenons à nous-mêmes. Cette dimension de l’être humain est la raison pour laquelle il faut protéger la liberté religieuse et la liberté de conscience.

     Aujourd’hui, la tentation de gagner en popularité en attisant le feu des polarisations semble grandir, au lieu de s’atténuer ; la dignité humaine continue d’être bafouée. C’est pourquoi nous avons besoin de culture, d’intériorité, d’une éducation libre et de qualité, nous avons besoin de transcendance. Et pourtant, depuis ces nuits sombres, des hommes et des femmes fidèles à la vérité ont été poussés à avancer de pièce en pièce jusqu’au point où, dans la conscience, la justice et la paix s’étreignent. C’est de leur liberté que nous apprenons à être libres.

     L’Église catholique est au service de cette soif du cœur humain. Non pas de manière imposante, mais par le témoignage évangélique soutenu par une multitude de martyrs et de saints, et elle est aujourd’hui disposée à se mettre au service de l’avenir d’un peuple en quête de réconciliation et de paix.

 

 

6 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée avec 600 000 jeunes. plaza de Lima (Madrid) 5ème et 6ème question

     Au cours des siècles d’histoire de l’Église, nous, chrétiens, avons vécu dans toutes sortes de sociétés, traversant les changements des cultures que nous avons partagées et contribué à façonner. Il y a un texte ancien, qui s’appelle la Lettre à Diognète, qui nous offre à ce sujet une belle intuition : « Les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps » (VI). Telle est notre manière de vivre : les disciples de Jésus sont toujours contemporains, mais jamais prisonniers du temps qui passe. Nous sommes libres en Christ ! Et le Christ nous a libérés par son amour. Grâce à cet amour, nous sommes toujours libres face à toute contrainte et à toute tromperie. Nous sommes libres des modes, car nous sommes disciples de la vérité ; nous sommes ouverts à l’avenir, car nous savons que la mort ne nous attend pas. Au contraire, le sens de l’histoire culmine dans la communion éternelle de vie que Dieu prépare pour tous. Dans cette perspective, vous surtout, les jeunes, êtes appelés à donner une nouvelle orientation à la société, en devenant les protagonistes du changement à partir de vos liens quotidiens, de ce que vous vivez en famille, à l’université et au travail. En vous voyant, chers jeunes, pleins de cet enthousiasme motivé par la foi, je me réjouis de penser à votre capacité à témoigner du Christ dans le monde, y compris dans la réalité numérique, pour communiquer les valeurs et la beauté de l’Évangile (cf. Christus vivit, n. 105 ; Salutation lors du Jubilé des missionnaires numériques, 29 juillet 2025).

     Je vous invite donc tous à être ensemble le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13). Pour vivre ainsi, il faut avant tout comprendre la société actuelle, en vivant avec sagesse, afin de pouvoir ensuite la transformer en tant que témoins de l’Évangile. Le jeune chrétien, en effet, rayonne tant dans la joie que dans l’épreuve, donnant du goût à la réalité parce qu’il l’habite comme une personne qui savoure la vie en son for intérieur, sans attendre que la richesse, le plaisir ou le pouvoir lui en donnent la saveur. Telle est notre liberté, qui trouve sa source dans la foi, capable de donner lumière et saveur à toute société, à toute expérience humaine. En revanche, quand la vie n’a plus de goût, c’est comme si elle nous était arrachée : nous ne la sentons plus comme la nôtre. Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle.

      C’est pourquoi je voudrais vous confier à tous une mission : soyez humains. Oui, soyez humains ! : des hommes et des femmes de chair et d’os. Pas des apparences mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font volontiers aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent. Soyez humains comme l’est le Christ, l’homme parfait, le Ressuscité qui partage avec nous l’histoire en tout temps. En cultivant cet engagement, regardez les Apôtres, les premiers chrétiens, habitants d’un monde païen. À leur exemple, soyez des missionnaires de l’Évangile face aux pauvretés matérielles et spirituelles de notre temps, sachant bien que notre foi est un style de vie qui s’accomplit dans la charité (cf. Ga 5, 6). Telle est, chers jeunes, la vertu qui change l’histoire plus que toute autre. Vous pouvez changer le cours de l’histoire ! Faites-le avec amour !  

 

 

8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les membres du Parlement espagnol

     L’Église « chemine avec l’humanité », partage ses espoirs et ses blessures, écoute les interrogations de chaque époque et se laisse interpeller « par tout ce qui concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu le mandat de légiférer. Elle reconnaît « l’autonomie des réalités terrestres » et « la distinction entre communauté ecclésiale et communauté politique » ; et, précisément à partir de cette conscience, elle apporte une réflexion née du désir de servir le bien commun et de rappeler ce qui rend véritablement humaine la vie en société (cf. Magnifica humanitas, nn. 18-19).

     Dans cet hémicycle, la vie en société prend une forme juridique. Ici, les divergences sont écoutées, mises en ordre et, lorsque cela est possible, se transforment en décision commune. C’est pourquoi, au-delà de la légitime diversité des positions, toute tâche législative finit par se confronter à une question décisive : quelle conception de la personne humaine inspire les lois et quel type de société ces lois construisent-elles ?

     Face à cette question, l’Espagne possède une mémoire particulièrement riche. Son identité géographique et politique s’est tissée au fil d’une histoire où la foi et la raison, l’art et le droit, la tradition et la pensée ont su se rencontrer de manière féconde. Dans ses cathédrales et ses universités, dans sa littérature immortelle, dans ses institutions juridiques et dans l’esprit même de son peuple, demeure vivant un héritage qui a façonné une manière de vivre la liberté, de pratiquer la justice et d’ordonner la vie commune.

     Depuis les pages universelles du Don Quichotte, où Cervantes proclamait que « la liberté […] est l’un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes » (Don Quichotte de la Manche, II, 58), jusqu’à la profondeur spirituelle de sainte Thérèse d’Ávila, et de la grande tradition juridique espagnole à l’inquiétude métaphysique d’Unamuno, qui rappelait que l’homme « ne se résigne pas à mourir tout à fait » (Du sentiment tragique de la vie, I), l’Espagne a su considérer l’être humain comme bien plus qu’un simple rouage de l’ordre social, économique ou politique : elle l’a reconnu comme une créature ouverte à la vérité, dotée de liberté et animée par une soif d’éternité qu’aucune réalité temporelle ne parvient à éteindre ; en un mot, comme quelqu’un dont la dignité précède toute utilité et au service duquel l’action législative est soumise.

     Pour cette raison, lorsque l’on évoque aujourd’hui la personne humaine, ce souvenir nous conduit naturellement à Salamanque et à la pensée qui y a mûri. La présence symbolique dans cette salle des rois Isabelle et Ferdinand renvoie à ce moment où l’Espagne s’est trouvée confrontée à des responsabilités historiques d’une portée universelle ; quelques années plus tard, Salamanque allait assumer, avec une lucidité singulière, la réflexion morale et juridique qu’exigeait ce contexte. Dans cette université, il y a cinq cents ans, alors que s’ouvraient de nouveaux mondes et d’immenses possibilités dans les relations entre les peuples, certains maîtres ont compris que la raison ne pouvait être invoquée pour légitimer tout ce que la force ou l’intérêt présentaient comme opportun. Ils ont ainsi introduit dans la réflexion historique la question de la valeur irréductible de tout être humain et des limites morales du pouvoir. Il faut reconnaître que la société et l’Église elle-même n’ont pas toujours été à la hauteur des intuitions qui trouvaient un écho dans leur propre tradition chrétienne.

     Cependant, cette interrogation a ouvert un horizon intellectuel et moral qui a dépassé son propre contexte historique. L’intuition du totus orbis, d’une communauté humaine plus vaste que n’importe quel pouvoir particulier, permettait d’affirmer l’existence de liens juridiques et moraux entre les peuples. Depuis l’Espagne, la réflexion de l’École de Salamanque — et en particulier celle de frère Francisco de Vitoria, ainsi que d’autres dominicains et jésuites — a contribué à forger une conscience juridique et morale capable de rappeler que l’autorité s’accompagne toujours d’une responsabilité et que tout être humain doit être reconnu comme sujet de droits et de devoirs. Cette aspiration continue de résonner aujourd’hui encore : que la dignité, la justice et le bien commun soient la mesure des relations sociales, tant au niveau national qu’international.

     C’est là l’un des grands héritages de l’Espagne : avoir su unir l’action historique à la lucidité de la raison morale. Cette contribution, née sur les rives du Tormes, a transcendé les salles de classe et les bibliothèques, pour s’inscrire dans une conscience plus large, partagée par la communauté internationale qui continue de se demander comment construire la paix sur la reconnaissance de la personne et non sur l’imposition de la force. Cet héritage vit également au sein de ces Cortes, chaque fois que le législateur se demande comment faire en sorte que le possible soit juste, que le légal soit véritablement humain et que la volonté de la majorité préserve les biens qui appartiennent à tous et respecte ce qu’aucune majorité ne peut légitimement enfreindre.

     La question de Salamanque continue d’accompagner la tâche de ceux qui servent la vie publique. Aujourd’hui, les nouveaux mondes qui s’ouvrent à nous ne se dessinent plus sur les cartes : ils se déploient dans la technique, l’économie, la biomédecine et l’univers numérique, où le pouvoir humain touche des domaines de plus en plus sensibles de la vie personnelle et sociale.

     Le progrès offre des possibilités admirables, et nous le voyons aujourd’hui de manière singulière dans le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Comme je l’ai rappelé dans ma récente Encyclique, la technologie en soi n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent (cf. Magnifica humanitas, n. 9) ; c’est pourquoi, face aux transformations de notre temps, notre discernement doit se concentrer sur la place qu’occupe la personne humaine dans nos décisions, et sur la manière dont se posent aujourd’hui, sous un jour nouveau, la dignité du travail, la solidarité, la politique sociale et le bien commun.

     Ce discernement part d’un postulat fondamental : toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment (cf. Benoît XVI, Discours devant le Parlement fédéral allemand, 22 septembre 2011). Elle appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe, et c’est pourquoi elle doit guider tout ordre juridique positif. La foi chrétienne la proclame à partir de la Révélation ; la raison humaine peut la reconnaître comme une exigence inscrite dans la vérité de l’homme (cf. ibid.). Lorsque cette conviction reste vivante, le droit devient une protection pour tous et une garantie face à l’imposition d’intérêts et d’agendas particuliers.

     Sur cette base, il m’appartient aujourd’hui de prononcer une parole sereine et ferme devant ceux qui ont la grave responsabilité d’organiser juridiquement la vie en société. Cette vie en société peut être menacée par la culture du rejet, comme l’a si souvent mis en garde le Pape François (cf. Discours à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 27 septembre 2021). En ce sens, si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation. Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité.

     Le bien commun est, d'une certaine manière, “la forme sociale de la dignité humaine” (cf. Magnifica humanitas, n. 59). Il ne consiste pas en une simple somme d'intérêts particuliers, mais en « l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux associations et à chacun de leurs membres d'atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre perfection » (Gaudium et spes, n. 26). Lorsque le bien commun cesse d’être un horizon partagé, l’action publique risque de se fragmenter en intérêts partiels, incapables de préserver ce qui appartient à tous.

     Dans ce contexte, la famille revêt une importance particulière, en tant que première réalité humaine et fondement naturel de la communauté. C’est au sein du foyer que se côtoient les générations et que se transmet une mémoire vivante qui assure la continuité intérieure de la société. Là où la famille est soutenue, la stabilité spirituelle et sociale des nations s’en trouve également renforcée. La famille sera toujours la première école d’humanité où l’on apprend, avant tout autre lieu, la grammaire élémentaire de la vie en communauté : accueillir la vie, prendre soin de l’autre, pardonner, servir et appartenir.

     Les organismes éducatifs occupent eux aussi une place déterminante dans cette tâche. C’est là que les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, désireux que leurs enfants apprennent à nouer des relations, à penser de manière critique et à acquérir des valeurs solides, placent en eux de grands espoirs, les considérant comme de précieux alliés dans l’éducation de leurs enfants. Cette collaboration doit toujours respecter le “droit premier et inaliénable” des parents de “choisir le type d’éducation et de formation que reçoivent leurs enfants, en cohérence avec leurs propres convictions morales, culturelles et religieuses” (cf. Magnifica humanitas, n. 143 ; cf. Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 18. 4).

     L’affirmation de la dignité humaine ne peut rester abstraite alors que tant de personnes sont contraintes de tout quitter pour rechercher la paix, la sécurité et un avenir. Le drame tragique de la migration interpelle aujourd’hui la conscience des nations et les fondements éthiques de l’ordre international. De nombreux hommes, femmes et enfants sont contraints, par des circonstances souvent dramatiques, de quitter leurs communautés et de laisser derrière eux leurs proches, leur histoire et leurs liens. Cette réalité dépasse toute lecture purement démographique ou économique : elle constitue une question éminemment morale et juridique. Là où une personne est victime de discrimination en raison de son origine nationale, ethnique, religieuse ou linguistique, ou de sa condition économique ou sociale, le principe universel de l’égale dignité de tous les êtres humains est gravement bafoué.

La situation des migrants et des réfugiés exige une réponse qui se concentre sur les personnes, s’attaque aux causes qui les obligent à partir et aille au-delà de la simple gestion des flux. Il en découle une double exigence de justice sociale : offrir des voies sûres et légales, un accueil respectueux et de réelles possibilités d’intégration ; et promouvoir, en même temps, le droit de rester sur sa propre terre, en œuvrant pour que personne ne soit contraint de quitter son foyer par manque de paix, de sécurité ou de conditions de vie dignes, en raison des inégalités économiques et des effets de la crise climatique (cf. Magnifica humanitas, n. 81).

     Ces dernières années, les itinéraires de plus en plus dangereux ont mis en évidence le coût extrêmement élevé de cette réalité si souvent occultée ou ignorée. De nombreuses personnes restent aux mains de trafiquants et de passeurs qui profitent de leur désespoir. Il est nécessaire de renforcer la prévention, le sauvetage et l’aide aux victimes, notamment dans le cadre d’une coopération régionale et multilatérale.

     Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur. C’est pourquoi une réponse coordonnée, solidaire et efficace est indispensable, capable de garantir la protection, l’accueil et de réelles opportunités d’intégration à ceux qui émigrent. Lorsque la réponse institutionnelle est proche, juste et coordonnée, les frontières cessent d’être des lieux d’abandon et peuvent devenir des espaces de protection responsable de la dignité humaine.

      Mesdames et Messieurs,

     le monde traverse une profonde crise spirituelle et culturelle, qui se manifeste par de multiples formes de violence, de polarisation et de méfiance réciproque. Dans ce contexte, la paix apparaît comme une aspiration politique et, plus encore, comme une véritable exigence morale. Elle exige un discours public respectueux de ceux qui pensent différemment, des institutions au service de la rencontre, une mémoire historique en quête de vérité et de réconciliation, ainsi qu’une vie sociale capable de soutenir l’amitié civique et le respect mutuel au milieu des divergences.

     Sur le plan international, la paix exige du courage diplomatique, un sens des responsabilités éthiques et une vision d’avenir fondée sur le respect de l’identité de chaque peuple et sur l’obligation pour les États de régler leurs différends par les voies pacifiques qu’offre le droit international. Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier, mais aussi de cette conscience commune de l’humanité qui reconnaît les liens de justice entre les nations. Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable.

     C’est pourquoi il est préoccupant de voir, en divers endroits du monde, et aussi en Europe, le réarmement se présenter à nouveau comme une réponse presque inévitable face à la fragilité du contexte international. La véritable sécurité, en revanche, naît de la justice, du dialogue patient, du respect du droit international et d’une politique capable de faire passer la vie des peuples avant les intérêts qui tirent profit de la guerre. Le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire exige également une vigilance éthique rigoureuse, afin que les décisions concernant la vie et la mort ne soient jamais confiées à des automatismes ni soustraites à la responsabilité morale de la personne humaine (cf. Discours à l’Université « La Sapienza », 14 mai 2026).

     La communauté internationale est appelée à redécouvrir la valeur indispensable du dialogue comme voie patiente vers des accords justes et durables, fondés sur le respect des traités, sur la transparence de l’action diplomatique et sur la volonté sincère de faire passer la paix avant le recours à la force. C’est de là que naissent la confiance et l’espoir.

Comme le rappelle la devise de l’Union Europeenne, In varietate concordia, la véritable unité n’uniformise pas, mais crée une cohésion dans la diversité, faisant des cultures, des sensibilités et des traditions une occasion d’enrichissement mutuel.

Il est également urgent de construire une culture de la réciprocité au sein même des sociétés. La pluralité politique ne devrait pas dégénérer en une disqualification permanente de l’adversaire. Dans une coexistence mûre, même le conflit peut devenir un chemin vers la paix, lorsque les différences sont atténuées par l’écoute et orientées vers la reconnaissance des besoins, des aspirations et des capacités de chacun.

     Mais la paix n’est pas seulement une réalité politique ou institutionnelle. Elle naît aussi dans la conscience, là où la rancœur, l’indifférence et la haine cèdent la place à la réconciliation. C’est pourquoi elle s’instaure et se protège aussi à travers le langage. Les mots peuvent ouvrir des chemins ou les fermer ; ils peuvent éclairer la réalité ou la déformer jusqu’à rendre la rencontre impossible. Ceux qui exercent une responsabilité publique ont donc une obligation particulière de veiller sur la parole afin de « désarmer le langage » (Message pour le Carême 2026, 13 février 2026). La fermeté n’exige pas le mépris ; la divergence n’entraîne pas l’humiliation.

     De ce respect de l’autre découle également le devoir de préserver l’espace où mûrissent ses convictions, sa conscience et sa relation avec Dieu. L’attention portée à cette sphère intérieure permet de mieux comprendre une question décisive pour toute société véritablement démocratique : la liberté de pensée, de conscience et de religion, droit fondamental qui protège la sphère la plus intime des personnes. La liberté sur laquelle se fonde l’État contemporain, si elle est authentique, reconnaît la dimension religieuse de l’être humain, la respecte et la protège juridiquement ; elle évite que quiconque doive renoncer à contribuer à la société dans laquelle il vit en raison de sa foi.

     Sans confondre le plan juridique avec le plan moral, il convient également de rappeler que la liberté a besoin d’une pleine compréhension d’elle-même. Être libre ne signifie pas seulement être exempt de contraintes ou disposer de nombreuses possibilités de choix ; cela signifie pouvoir reconnaître le bien et y adhérer de manière responsable. C’est pourquoi toute société véritablement libre exige également une juste délimitation du pouvoir public, afin que la liberté des personnes, des communautés et des associations ne soit pas indûment restreinte (cf. Dignitatis humanae, n. 1). Dans cette perspective, l’autonomie légitime de l’ordre temporel ne doit jamais être interprétée comme une hostilité envers le phénomène religieux. La foi ne prétend pas s’imposer par des privilèges ou des contraintes ; cependant, elle ne peut pas non plus être reléguée au silence comme si elle était sans importance pour la vie publique.

     Dans ce contexte, le secret sacramentel de la confession revêt une importance particulière pour l’Église catholique. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la liberté religieuse qui garantit aux communautés croyantes un espace propre de vie, d’organisation et de discipline interne (cf. Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Acte final d’Helsinki, 1er août 1975, Principe VII). Le protéger juridiquement, comme c’est le cas de manière analogue dans certaines professions, signifie préserver un espace sacré de liberté intérieure, où le croyant peut ouvrir son âme à Dieu sans craindre de pressions extérieures, comme le reconnaissent également les normes internationales (cf. Cour pénale internationale, Règlement de procédure et de preuve, règle 73. 3).

     Mesdames et Messieurs,

      permettez-moi de m’attarder un instant sur certaines images qui ornent cette Assemblée. Dans cette Salle des Séances, la lumière naturelle pénètre par la verrière qui surplombe la salle. Cette lumière venue d’en haut peut nous rappeler que la politique doit elle aussi reconnaître une dimension qui la précède et la dépasse.

     De même, les peintures qui évoquent, en haut du mur principal, la réception de l’Évangile et du Décalogue, rappellent quelque chose d’essentiel. Sans confondre l’ordre politique avec l’ordre religieux, ces signes invitent à reconnaître que la liberté moderne a également été préparée par une longue éducation de la conscience, profondément marquée par la tradition chrétienne. Dans cette école intérieure, les peuples ont appris que le droit doit servir le bien, que la justice impose des limites à la force, que le pouvoir a besoin de légitimité, que les pauvres font pleinement partie de la communauté, que l’étranger doit être accueilli conformément à sa dignité et que la vie humaine ne peut jamais être traitée comme une marchandise.

     Une loi n’atteint pas sa véritable grandeur par le simple fait d’avoir été formellement approuvée ; elle l’atteint lorsque, en plus d’être valide dans sa forme, elle peut se présenter devant la dignité de la personne et sortir de cet examen sans honte.

     Je vous invite donc à lever les yeux : non pas pour vous éloigner de la réalité, mais pour vous rappeler que toute décision des autorités publiques touche des personnes en chair et en os, en particulier celles qui ont le moins de force pour se faire entendre. Car la hauteur de vue consiste précisément à regarder avec plus de profondeur ce qui est en jeu dans chaque décision publique. C’est pourquoi, outre les réponses techniques et les réformes juridiques, un renouveau moral s’impose également.

 

 

 

8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les Évêques d'Espagne

      J’ai eu l’idée de vous proposer l’image d’un voyage dont la destination est Dieu, vers qui nous levons les yeux. C’est un voyage sui generis, car nous ne nous déplaçons pas réellement physiquement, mais c’est un voyage dans lequel nous voulons laisser notre cœur s’envoler.

     Une tentation lors des voyages est de nous focaliser sur ce que nous laissons derrière nous, les lieux, les choses, les formes, sans nous ouvrir, dans la docilité à l’Esprit, à la nouveauté de ce que nous rencontrons. À cette tentation s’ajoute celle des bagages que, pour des raisons similaires, nous remplissons d’objets inutiles qui finissent par devenir un fardeau. D’autre part, il ne faut pas non plus oublier ce que nous apprennent les vicissitudes de tant d’émigrants : une personne seule, sans racines et sans ressources, est quelqu’un qui souffre terriblement et qui a beaucoup de mal à établir des liens solides là où elle arrive.

     Ainsi, dans cette première phase de notre périple, notre réponse à la question de savoir comment relever ce défi que nous nous sommes fixé doit allier avec prudence liberté et courage, afin d’abandonner les structures qui ne nous aident pas, qui ne répondent pas à nos attentes, voire qui nous éloignent de notre but, tout en conservant comme un trésor ce qui nous aide à l’atteindre. Comment ne pas évoquer ici l’immense patrimoine chrétien de votre terre, l’immense capacité de rassemblement que cette richesse nous procure : par sa beauté qui touche même le non-croyant, ou par les liens d’appartenance qu’elle a su tisser dans l’identité spirituelle de chaque recoin de ce peuple bien-aimé, et qui demeurent présents même dans les moments où sa foi vacille. Un immense défi, certes, auquel nous sommes appelés à répondre avec courage, afin que ce patrimoine produise les fruits dont il est capable.

     Un autre trésor que nous ne pouvons oublier dans notre sac est le viatique du pèlerin. Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie nous est encore plus nécessaire que la nourriture matérielle, car il nous ouvre le chemin du salut. Il ne s’agit pas de savoir comment rendre la célébration plus ou moins attrayante, mais de sentir que, si nous faisons partie de Lui, son absence nous cause un malaise que l’on peut comparer à la faim physique. La vie sacramentelle rythme notre existence comme celle d’un enfant qui reçoit la nourriture de sa mère, comme celle d’un sportif qui dose ses forces pour atteindre la ligne d’arrivée.

     Par ailleurs, lorsqu’on voyage, nous avons souvent beaucoup de mal à communiquer avec les autres. Que ce soit en raison des différences de langue et de culture, de la méfiance face à l’inconnu, ou encore des querelles et des malentendus qui peuvent survenir même entre des personnes proches, nous nous sentons limités lorsqu’il s’agit de nous exprimer ou de comprendre notre interlocuteur. C’est une expérience que nous pouvons transposer à l’annonce de l’Évangile, à l’accueil de l’autre, à la capacité de répondre aux interrogations du monde qui nous entoure ou à la nécessité de susciter la coresponsabilité des membres de la communauté dans nos actions pastorales. Si nous avons dit précédemment que nous devons abandonner tout ce qui nous freine et nous éloigne, le mot d’ordre doit désormais être que notre patrimoine soit toujours un instrument et une occasion de dialogue avec ceux que nous rencontrons sur notre chemin.

     Comme c’est le cas pour les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques, notre voyage peut nous faire traverser ces immenses plaines castillanes, vides à nos yeux. Les rares rencontres de ces pèlerins avec quelques personnes âgées ou des travailleurs étrangers peuvent être une métaphore de nombreuses situations sociales que l’on perçoit malheureusement dans certaines de vos réalités ecclésiales. Ce n’est pas la première fois que l’Espagne est confrontée à une situation analogue : dans le passé, par exemple, lorsque l’Église a dû reconstruire sa présence sur les franges de terre brûlée, des modèles d’évangélisation ont vu le jour qui ont ensuite été exportés vers l’Amérique et qui peuvent nous aider ici dans notre mission.

     Comme à l’époque, nous sommes appelés à construire une nouvelle réalité, à travers un dialogue respectueux et l’utilisation de nouveaux langages, comme l’a fait le célèbre saint alfaqui de Grenade, frère Hernando de Talavera, et comme l’a répété plus tard en Amérique saint Toribio de Mogrovejo, dont nous célébrons le troisième centenaire de la canonisation, en le présentant précisément comme un modèle d’évêque en sortie en cette période de mission et de réorganisation ecclésiale. Même si les langages de cette ère numérique sont différents et que les cultures qui composent aujourd’hui la mosaïque de nos réalités, avec des migrants venus des quatre coins du monde, ont également changé, l’esprit doit rester le même.

     Quels sont les points essentiels de cet esprit ? Le premier concerne la capacité à communiquer, à dialoguer avec chaque réalité présente sur notre territoire, à s’abaisser non seulement pour comprendre, mais aussi pour partager. Ce n’est qu’en mettant en commun tout ce qu’il y a de bon dans notre propre patrimoine, chacun apportant sa pierre à l’édifice, que nous pourrons construire une réalité nouvelle dans laquelle la foi pourra s’enraciner profondément. Pour cela, il faut logiquement commencer par apprendre le langage de l’autre, initier des processus et tisser des liens où semer la graine du Royaume. Le deuxième est l’appel à créer des réalités capables elles-mêmes de communiquer leur propre expérience de foi. Capables de porter — comme l’a fait Toribio — l’expérience de Grenade en Amérique, c’est-à-dire de mettre dans nos bagages les ressources qui nous permettront d’affronter avec franchise les défis toujours nouveaux de l’évangélisation en toute circonstance.

     Après les plaines désertes, nous trouverons aussi de grandes villes, où le silence et l’éloignement ne sont pas spatiaux mais intimes. Les réponses seront différentes, mais les processus pour y parvenir, analogues : écoute, compréhension, respect, générosité et franchise.

     Les pèlerins partent souvent de nuit et, bien souvent, cette obscurité initiale du chemin peut les effrayer. Nous pourrions évoquer l’hymne des vêpres, La noche es tiempo de salvación (La nuit est temps de salut), pour dire que, si nous sommes en bonne compagnie, les difficultés du chemin et le risque de s’égarer s’amenuisent. C’est le Seigneur qui nous guide, c’est Lui le maître de l’histoire et de chacune de nos histoires, c’est Lui qui détermine les temps. Nous marchons à sa suite, mieux encore, nous marchons avec Lui comme les membres d’un seul corps. Ce lien profond exige de l’Église, en cette période de polarisations et d’oppositions de plus en plus dures, un témoignage d’unité dans la pluralité : une communion capable d’accueillir la richesse des dons, des charismes, des sensibilités que l’Esprit Saint suscite au sein du Peuple de Dieu. L’image du Christ se reconnaît dans la mosaïque vivante de l’Église, où de nombreuses tesselles, sans se confondre, convergent pour manifester la beauté de l’unique Seigneur.

     Dans cette tâche, le ministère de l’évêque assume une responsabilité particulière. Nous sommes appelés à être un principe visible de communion, en premier lieu de la communion avec le Christ, en gardant avec amour la foi reçue, dans la docilité à la Parole de Dieu et à la Tradition vivante de l’Église ; ensuite, dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle, avec le presbyterium et avec la communauté diocésaine elle-même, avec la vie consacrée, avec les mouvements, avec les associations et avec chaque charisme authentique que l’Esprit donne pour l’édification commune. Votre mission vous demande de garder l’unité, de favoriser le dialogue, de guérir les fractures et d’accompagner le chemin du peuple confié à vos soins.

     La communion ainsi vécue possède également une force missionnaire. Une Église réconciliée en son sein peut s’adresser avec plus de liberté à ses frères d’autres confessions chrétiennes et d’autres religions, à ceux qui ne croient pas, aux autorités civiles et à tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent pour le bien commun.

     Cet appel à être signe de communion dans le Christ, en marchant dans l’unité et en tendant la main au frère que nous rencontrons, nous place face à un autre défi qui touche aujourd’hui le cœur de beaucoup : la difficulté d’assumer des engagements définitifs et de prendre des décisions vitales profondes. Chez tant de jeunes, et pas seulement chez eux, la question : “À qui suis-je destiné ?” résonne comme une recherche sincère de sens, d’appartenance et de don. Le cœur humain ne se comble pas en accumulant des expériences, des possibilités ou des certitudes provisoires. Il se comble lorsqu’il découvre un appel, lorsqu’il comprend que la vie n’atteint sa plénitude que si elle est donnée.

C’est pourquoi la pastorale vocationnelle ne peut se réduire à une simple recherche de chiffres. Elle naît de communautés vivantes, de prêtres heureux, de familles capables de témoigner de la beauté de la fidélité, d’une Église qui sait montrer avec simplicité que suivre le Christ n’appauvrit pas l’existence, mais l’enrichit. Là où l’Évangile est vécu dans la joie, le service et la communion, l’appel du Seigneur peut lui aussi être à nouveau entendu comme une promesse de vie.

     Nous avons déjà évoqué les bagages trop chargés, et les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques savent bien qu’il ne faut emporter dans son sac à dos que l’essentiel. Comme l’a proposé à maintes reprises le Pape François, dans le contexte vocationnel actuel, il faut affirmer que la préservation des structures ne peut prévaloir sur le bien de la vocation. Les séminaristes ont droit à la meilleure formation possible et l’Église, quant à elle, a droit à des prêtres bien formés. Pour que les séminaires soient de véritables maisons de formation, il faut qu’ils garantissent une expérience adéquate de la vie communautaire ; qu’ils disposent de formateurs entièrement consacrés à l’étude et à l’enseignement, ayant une expérience de l’accompagnement spirituel ; et qu’ils soient dotés de centres supérieurs de théologie équipés des moyens nécessaires pour remplir leur mission. Pour cela, il est indispensable, outre d’unir nos forces, d’apprendre à travailler ensemble pour relever ces défis.

      Dans ce domaine, les difficultés peuvent être vécues comme des opportunités. Il nous est parfois difficile de présenter la vocation des laïcs et leur intégration dans ce cheminement de vie que nous accomplissons en tant qu’Église. D’autre part, nous constatons que dans de nombreuses œuvres, traditionnellement gérées par des religieux, on fait appel à des collaborateurs laïcs pour pouvoir mener à bien la mission. C’est une difficulté que nous pouvons transformer en occasion de rencontre, de dialogue et de communication. Il dépend de nous que ces laïcs perçoivent leur participation à ce service ecclésial comme un appel que Dieu leur adresse pour qu’ils assument leur responsabilité de chrétiens, en s’imprégnant de l’esprit, en se sentant partie prenante de la mission que le Seigneur a confiée aux religieux qui l’ont mise en place.

     Comme vous le voyez, notre chemin est fait de rencontres, parmi lesquelles ne manqueront pas les personnes qui traversent des moments d’obscurité et qui nous demandent de devenir pour elles des samaritains. L’une des situations les plus douloureuses concerne ceux qui ont été blessés précisément par qui devaient prendre soin d’eux, y compris par des membres du clergé. Face à ce fléau, la communauté ecclésiale est appelée à répondre par l’écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé en faveur de la prévention et d’une culture de la bienveillance. Chaque personne blessée doit pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables chemins de guérison.

     Cette même logique s’applique également aux défis d’un monde sécularisé. Beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps ne rejettent pas simplement Dieu ; souvent, ils portent dans leur cœur une soif profonde de sens, de vérité, d’appartenance et d’espoir, même s’ils ne savent pas comment la nommer. L’Église est appelée à reconnaître ces aspirations, à les écouter avec respect et à offrir, comme Pierre et Jean l’ont fait au paralytique près de la porte du temple, le trésor qui lui a été confié : Jésus-Christ, au nom duquel l’homme peut se lever et marcher (cf. Ac 3, 1-10). Même lorsqu’elle collabore avec d’autres institutions, religieuses ou civiles, même lorsqu’elle offre une aide matérielle, une éducation, une assistance ou une promotion humaine, l’Église ne cesse jamais d’offrir ce qui lui est propre : l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Ce message touche la société, qui n’hésite pas à manifester son appréciation pour nombre de ces œuvres. Ainsi, chaque geste de charité chrétienne qui naît de l’Évangile porte en lui une promesse plus grande encore : redonner à la personne la conviction d’être aimée.

     Au cours de notre voyage, nous parcourons ce que saint Jean-Paul II a voulu appeler la « Terre de Marie ». [1] En la Très Sainte Vierge, vous avez votre première compagne de route et votre principal trésor, car elle nous montre par sa vie comment accueillir la Parole et la garder dans le cœur, comment accompagner les disciples sur ce chemin et rester présente sur la route de l’Église en tant que mère de communion et d’espérance. À elle, je confie votre ministère, afin qu’elle vous aide à être, au milieu du peuple qui vous est confié, ce levain caché dont parle l’Évangile. Petit aux yeux du monde, mais capable, lorsqu’il reste uni au Christ, de faire fermenter la pâte (cf. Mt 13, 33). La force de l’Église ne naît pas de la grandeur des moyens, mais de la sainteté de ses enfants, de la communion de ses pasteurs, de la fidélité humble et persévérante de ceux qui se laissent guider par l’Esprit.

     Sur ce chemin vous accompagne aussi saint Jean d’Avila, patron du clergé espagnol, en cette année où nous commémorons le cinquième centenaire de son ordination sacerdotale. Saint Paul VI l’a défini comme « un maître de vie spirituelle bienveillant et sage, un rénovateur exemplaire de la vie ecclésiale et des mœurs chrétiennes » et, en même temps, « un simple prêtre ». [2] En ce saint docteur, l’Église reconnaît la vie sacerdotale que chaque évêque est appelé à préserver et à faire grandir au sein de son propre presbyterium.

     En le regardant, je pense à ceux qui sont les plus proches compagnons des évêques dans ce cheminement, à ces “simples prêtres” au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Notre cheminement avec eux devrait transmettre la valeur de cette essence : être des prêtres épris du Christ, enracinés dans la prière, fidèles à l’Église, proches du peuple et capables d’allier une doctrine solide, un zèle apostolique et une charité pastorale. Des prêtres qui trouvent dans l’évêque non seulement une autorité reconnue, mais un père qui les accompagne ; et dans les autres prêtres, des frères avec lesquels partager les fatigues et les joies de ce pèlerinage riche en rencontres, au cours duquel nous cherchons tous le Christ.

     Concluons ce pèlerinage spirituel par une prière du saint docteur qui nous rappelle que tout renouveau ecclésial naît d’un cœur configuré au Christ : « Si tu me commandes, Seigneur, de faire ce que tu as fait, donne-moi ton cœur » (Sermon 57, 20). Que telle soit aussi notre supplication : Seigneur, donne-nous ton cœur, un cœur capable de lever les yeux vers toi, de se mettre en route, d’écouter, de discerner, de servir, de corriger avec charité, d’écouter avec patience et d’annoncer avec joie. Car l’Église qui reçoit le cœur du Christ porte en elle la colonne de feu qui la guide, la soutient, la défend et la réconforte, le bagage nécessaire pour affronter n’importe quel défi.

Que Dieu vous bénisse. Merci beaucoup.

__________________

[1]Homélie lors de la célébration de la Parole et de l’Acte marial national, Saragosse, 6 novembre 1982, 1.

[2]Homélie lors de la canonisation du bienheureux Jean d’Avila, 31 mai 1970.

 

8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec la communauté diocésaine au stade « Santiago Bernabéu », Espagne

      Chers frères et sœurs, Madrid est une grande ville où cohabitent des traditions et des « âmes » différentes. Dieu connaît chacun des cœurs de ses habitants. Il les connaît comme Lui seul sait et peut le faire, c’est-à-dire dans l’amour et, par conséquent, dans la liberté. Il est miséricorde infinie et veut que tous soient sauvés. Il le désire au point de s’incarner et de prendre sur lui tout le péché, le mal et ce qu’il y a de négatif dans le monde. Voici Jésus-Christ ! Voici la Bonne Nouvelle, la grâce que nous avons reçue et que nous sommes appelés à partager avec tous ! Car nous sommes tous, sans exception, faits pour la vie et la vie en plénitude. La présence de l’Église dans une grande ville est une parabole de ce mystère du salut. Je pense au livre de Jonas, un joyau de la Bible que je vous invite à lire ou à relire, personnellement et en communauté. Il n’est pas fortuit que ce soit précisément dans les villes que les apôtres aient implanté l’Église naissante, rencontrant non seulement le rejet, mais aussi l’accueil là où, de la manière la plus naturelle, les personnes sont confrontées à la diversité et au changement.

      Que rien ne vous trouble, que rien ne vous effraie !

 

 

9 juin 2026 – Dialogue du Pape Léon XIV avec les jeunes à Barcelone, en Espagne, lors de la Veillée de prière, au Stade olympique Lluís Companys

3ème question

     Merci pour ton témoignage et merci également pour ta question sur le pardon. C’est vraiment un signe de la grâce de Dieu que cette question surgisse d’un passé si marqué par la souffrance et que, malgré la douleur, on ait le courage de se demander comment il est possible de pardonner à celui qui nous a fait du mal. Je voudrais également dire deux choses à ce sujet.

     La première complète ce que je disais précédemment sur la présence de Dieu dans les moments de souffrance ; au fond, toi aussi, tu poses cette question à propos de ton enfance, mais le contexte dans lequel se sont déroulés les événements de ta vie nous invite à élargir le champ de notre question : devons-nous nous demander “où était Dieu” ou devons-nous nous interroger sur l’homme et sur l’humanité, sur la façon dont nous sommes parfois prisonniers du mal au point de devenir violents envers les autres, sur notre incapacité à cultiver l’amour et à respecter les autres dans leur dignité et leur liberté ?

     Tant de faits divers, encore aujourd’hui, témoignent d’un climat malsain dans les relations familiales, marquées par les abus et l’oppression, et en particulier par la violence à l’égard des femmes, qui débouche malheureusement souvent sur des féminicides. Nous sommes tous appelés à nous attaquer à cette réalité dramatique, qui a des racines anthropologiques et culturelles, que ce soit à titre personnel ou en tant que société, car il nous appartient de l’affronter sous tous ses aspects. Nous ne pouvons pas attribuer à Dieu ce qui a été confié à notre responsabilité. Nous ne pouvons pas imaginer que Dieu, d’en haut, réponde automatiquement à nos besoins ou empêche miraculeusement le mal de se produire. Il nous a dotés d’intelligence et de volonté, Il nous a donné une conscience, Il nous a revêtus de dignité et de liberté, et surtout, Il est venu à notre rencontre pour nous indiquer, en son Fils Jésus-Christ, le chemin à suivre afin que notre vie soit pleinement humaine et que la justice, la paix et la fraternité règnent dans notre société. Il nous a donné son Esprit, précisément pour que l’amour soit la clé de toutes nos relations humaines. Si la violence existe, si l’égoïsme l’emporte, si même l’amour entre proches se transforme en haine, c’est nous-mêmes, les dynamiques de notre société, la culture de l’individualisme, la tentation de la violence que nous devons interroger, et non Dieu.

     Une deuxième réflexion concerne le pardon. Nous devons apprendre à considérer le pardon, ce remède puissant contre le mal qui guérit nos blessures intérieures, comme faisant partie d’un processus, d’un cheminement. L’Évangile lui-même, si nous le lisons comme un livre de consignes, de commandements et de devoirs, risque de nous causer beaucoup de découragement et de frustration, car Jésus nous invite au pardon et nous constatons que nous n’en sommes pas capables. Or, il n’en est rien. C’est avant tout au Seigneur que nous devons implorer le pardon ; continuer à demander – peut-être toute notre vie durant – que le Seigneur élargisse en nous l’espace de l’amour précisément là où nous avons été blessés, qu’il nous aide à nous réconcilier avec nous-mêmes et avec cette partie de notre histoire marquée par la souffrance, qu’il transforme lentement le ressentiment en miséricorde et en compassion.

     C’est un long chemin, c’est un processus qui demande beaucoup de patience, c’est un travail que nous devons accomplir sur nous-mêmes, tant sur le plan personnel qu’à travers d’autres parcours d’accompagnement et de réconciliation intérieure. Il ne faut pas se décourager : dans le pardon, on avance à petits pas. La réconciliation avec l’histoire est progressive et, surtout, nous ne devons pas penser que le pardon équivaut toujours et dans tous les cas à revenir à la situation antérieure ou à vivre une relation épanouie avec ceux qui nous ont blessés, en particulier lorsque le fait a également été marqué par la violence. On peut garder un cœur ouvert envers cette personne, rejeter toute forme de haine ou de vengeance, s’efforcer de réparer la relation dans la mesure du possible et, peut-être, prier pour elle. Tout cela nous aide à entrer de plus en plus dans la dynamique du pardon et à nous réconcilier avec Dieu et avec les autres. Nous sommes des pécheurs pardonnés, nous sommes en paix et nous sommes capables de pardonner. Nous sommes ainsi capables d’être des artisans de paix.

 

 

 

9 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV avec les jeunes à Barcelone, en Espagne, lors de la Veillée de prière, au Stade olympique Lluís Companys

     Notre cheminement, nos désirs et tout ce que nous embrassons et vivons au quotidien, dans les joies et les défaites, dans les aspirations et les projets, sont l’expression de notre quête permanente : nous sommes des mendiants d’amour, nous avons faim et soif de vérité, nous sommes en quête d’un sens profond qui nous soutienne, nous anime et nous aide à comprendre le mystère de notre vie. Alors que nous avançons lentement, à petits pas, nous sommes appelés à dialoguer avec la pénombre de notre propre condition humaine : la vérité nous manque, nous ne connaissons pas en profondeur le mystère de nous-mêmes et le vrai visage des autres, nous ne parvenons pas toujours à comprendre la vérité cachée de la réalité qui nous entoure et des événements qui se présentent à nos yeux. Nous cherchons une lumière qui éclaire le chemin.

     Mais Nicodème nous parle aussi du chemin de la foi. Il ne s’agit pas d’un chemin parallèle à celui de notre existence humaine, mais ces deux parcours sont toujours intimement liés.  Dieu a tant aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils unique et, en Lui, s’est uni pour toujours à notre chair. Il est toujours auprès du Père et auprès de nous ; ainsi, chaque fois que le mystère de notre vie se déploie à la lumière d’un nouveau jour, dans tout ce que nous sommes et faisons, nous sommes en présence de Dieu et nous sommes gardés par son étreinte éternelle : notre vie « est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Et pourtant, nous faisons parfois l’expérience de la nuit de la foi, de la fatigue de croire, de la lassitude de l’esprit, du sentiment de disproportion face à l’appel de l’Évangile, de l’amertume de nos échecs et de la peur de ne pas être à la hauteur.

     Nicodème nous enseigne que ces nuits — qui accompagnent notre vie, notre chemin de foi et l’histoire dans laquelle nous vivons — sont un lieu de bénédiction, un espace de renaissance, un sein qui donne toujours naissance à une vie nouvelle. Ces nuits nous dépouillent et nous ramènent à l’essentiel ; elles nous enlèvent les masques humains et religieux que nous portons le jour, pour ne pas être reconnus ou pour donner une image de nous-mêmes différente de ce que nous sommes ; elles nous laissent à nu, dans nos lumières et dans nos ombres, nous ramenant à l’humilité de savoir nous regarder en vérité, au-delà de la présomption de penser que notre chemin est déjà accompli et que nous avançons comme si nous avions une lumière claire sur tout, sur tous et même sur Dieu.

     Cet “espace vide” que la nuit crée, même lorsqu’il se présente sous la forme de la souffrance ou de l’insatisfaction, de la désillusion ou de l’incrédulité, peut être l’occasion de recevoir une vie nouvelle, de changer et de se renouveler, de “renaître d’en haut”, comme le dit Jésus à Nicodème. Dieu, en effet, n’est pas venu pour juger le monde avec son péché et la nuit de son infidélité, mais il a envoyé son Fils pour le sauver, pour donner au monde la vie éternelle.

     Pour cela nous sommes aussi appelés à ne pas juger les “nuits” ; ni les nuits de notre vie, ni celles de l’Église, ni celles de la société qui nous entoure. Dans la nuit, nous devons au contraire nous mettre en route comme le fait Nicodème, continuer à interroger le Seigneur, nous ouvrir au souffle de l’Esprit pour accueillir la nuit non plus comme le signe d’un échec, mais comme le début d’une vie nouvelle.

     En réfléchissant à notre cheminement personnel, mais aussi aux “nuits” de notre chemin ecclésial et de votre pays, dans ses villes, de ses pauvretés anciennes et nouvelles, de sa société et de sa culture, nous pouvons alors nous demander : quelles sont les “nuits” que nous traversons ? Que nous suggèrent-elles ? En y pénétrant et en regardant avec humilité et sans préjugés la réalité de ce que nous sommes, qu’est-ce que nous sommes appelés à changer ? Où devons-nous nous renouveler, dans quelle direction voulons-nous aller, quelle société voulons-nous construire ?

     Ne cessons pas de chercher, de nous interroger et de dialoguer, avec Dieu et entre nous, même au cœur de la nuit. Marchons ensemble dans la foi qui harmonise la diversité de nos idées et de nos sensibilités, pour rechercher la vérité qui nous guide vers le bien commun, afin que ce pays soit un espace accueillant pour tous, où chacun est respecté dans sa dignité de personne et aimé pour ce qu’il est. Ouvrons-nous au don de l’Esprit, en cherchant le Seigneur comme Nicodème et en accueillant la lumière de son Évangile, avec la certitude que nous ferons l’expérience en nous d’une vie nouvelle, d’une présence qui bénit, d’un amour gratuit qui nous aidera à passer de la nuit à la lumière. Car Dieu veut que rien ne se perde et désire dès maintenant nous donner la vie éternelle, pour nous conduire vers le bonheur qui n’a pas de fin.

     Que le Seigneur nous accorde, par l’intercession de la Vierge Marie, de nous ouvrir à Lui et de nous laisser embraser par le souffle de son Esprit.

 

 

10 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les organismes diocésains de charité et d'assistance, église de Sant Agustín (Barcelone)

     Dieu souhaite le bonheur de tous et veut que, dès notre plus jeune âge et tout au long de notre vie, nous conservions un cœur comme celui des enfants (cf. Mt 18, 3) : capable de faire confiance, plein de bonté. Il veut que nous soyons ses amis et que nous ne nous éloignions pas de Lui. C’est pourquoi, plutôt que de se demander si l’on deviendra prêtre, médecin, enseignant, père de famille ou toute autre chose, il est plus important de se demander si l’on veut être l’ami de Jésus. Car l’amitié avec Jésus nous donne de la joie, nous rend libres et nous aide à discerner, pas à pas, la vocation et le chemin que Dieu a prévus pour chacun

 

 

11 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au  Stade de Gran Canaria, Espagne

     Dieu rappelle aux Israélites la gratuité avec laquelle il les a aimés. Il les a choisis non parce qu’ils possédaient des privilèges, des qualités ou des mérites particuliers, mais par pur amour (cf. Dt 7, 7-9), et il continuera toujours à les aimer, même lorsque, à cause de la dureté de leur cœur, ils ne répondront pas à ses sentiments.
     Telle est la charité de Dieu, dans laquelle notre vocation à aimer trouve ses racines : elle n’est fondée ni sur le calcul, ni sur le seul sentiment, ni réductible à une simple philanthropie. Elle pénètre tout notre être : feu pour l’âme, lumière pour l’intelligence, impulsion irrésistible pour la liberté, paix mais aussi tourment pour le cœur qui bat à l’unisson d’autres cœurs, engageant toute la personne. Car aimer est inscrit dans la nature même de l’homme ; c’est même la condition de son plein accomplissement

 

 

17 juin 2026 - Discours du Pape Léon XIV Au Centro de Investigación y Formación de Protección al Menor (CEPROME)

      Je voudrais vous inviter à réfléchir à la façon dont les premiers disciples, dès leur rencontre avec Jésus-Christ, ont été captivés, et comment ce moment a marqué leur vie au point qu’ils se sont engagés sur un chemin de conversion, jusqu’à se donner sans réserve pour Lui. Mais cette expérience n’appartient pas au passé : nous sommes tous appelés à vivre cette rencontre avec le Ressuscité et à avoir l’occasion de nous identifier à Lui. Cela passe sans aucun doute par l’évangélisation, et c’est là que votre travail prend tout son sens : pour qu’il y ait une véritable expérience d’amour avec le Seigneur, il est nécessaire que nous disposions d’espaces sûrs. La rencontre avec le Christ nous marque de manière positive et nous projette vers une vie pleine d’amour et de liberté,

 

 

20 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Célébration de la Parole et vénération des reliques de saint Augustin, à Pavie - Italie

     À une époque où beaucoup semblent avoir perdu le goût spirituel ou ne perçoivent plus l’attrait de la foi chrétienne, nous sommes appelés à annoncer l’Évangile de Jésus-Christ avec joie et liberté, afin de faire découvrir la beauté de la foi pour la vie personnelle et pour la société.

 

 

 

22 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants au Centre d'été du Vatican « Estate Ragazzi in Vaticano »

     Federico :
     Cher pape Léon, ici, à l’Été des Enfants, nous nous amusons énormément sans téléphone et nous savons que tout cela est possible grâce à vous. Mais nous devons reconnaître que, pendant le reste de l’année, lorsque nous rentrons chez nous, il est presque impossible de se détacher des écrans.
     Nous nous sentons souvent un peu prisonniers du numérique et nous craignons de perdre de vue nos véritables amis ou de nous enfermer dans notre propre monde.
     Comment pouvons-nous devenir des champions de la technologie, en l’utilisant pour faire de belles choses sans oublier les amis qui nous entourent ?
     Merci.

Pape Léon XIV :
     Tout d’abord, bonjour à tous ! Bonjour aux grands et aux petits.
     Je suis très heureux d’être ici avec vous ce matin.
     Alors, comment se détacher un peu des écrans ? Voilà la question.
     En ce moment, si je vois bien, il n’y a qu’une seule personne qui tient un écran dans ses mains, et c’est parce qu’elle prend une photo. Sinon, personne n’en a, n’est-ce pas ?
     C’est déjà une chose importante : la technologie peut être très utile et très bonne pour beaucoup de choses, mais lorsque nous sommes ensemble, il n’est pas nécessaire d’avoir constamment un téléphone portable ou une tablette à la main.
     D’ailleurs, nous sommes heureux lorsque, de temps en temps, nous ne sommes pas attachés à une tablette ou à un téléphone.
     C’est donc un premier point.
     Il est très important de construire des amitiés, de se rencontrer, de jouer ensemble, peut-être même d’étudier ensemble comme des personnes, et non comme des ordinateurs, des machines ou des robots technologiques.
     Nous sommes des êtres humains, des personnes, et le contact avec les autres est très important.
     Voilà donc une première réponse.

     Il en va de même dans la famille. Une famille réunie ne peut pas simplement être composée de personnes assises ensemble, chacune regardant son propre téléphone.
     Il est très important d’apprendre à dialoguer, à converser, à être bien avec les autres, à jouer ensemble et aussi à prier ensemble.
     Car même si nous pouvons avoir la Bible ou des prières dans notre téléphone, Dieu ne veut pas regarder notre téléphone : Dieu veut regarder notre cœur et notre vie.
     Il est donc important d’être libres face à ces choses qui peuvent certes être amusantes, utiles et belles, mais il est encore plus important de développer notre humanité à travers l’amitié, la conversation et toutes les activités que vous vivez ici pendant ces semaines.
     Je pense que c’est vraiment essentiel.
     Il y a aussi un autre aspect, surtout pour les plus grands : il faut être attentifs au mécanisme d’une certaine forme de dépendance que les programmes et les applications installent volontairement dans les téléphones.
     Ils cherchent à nous rendre dépendants de cette technologie.
     C’est pourquoi il est souvent utile de fixer des limites, par exemple :
     « Après une certaine heure, je ne regarde plus mon téléphone »,
     ou encore :
     « À certains moments, je préfère discuter avec ma famille et passer du temps avec elle. »
     Je pense que cela nous aide à prendre un peu de distance.
     Nous ne sommes pas tous reliés à un câble, n’est-ce pas ?
     Nous sommes des êtres humains.
     Il faut vivre et développer cette dimension humaine.
     Et aussi la dimension spirituelle de notre vie : chercher Dieu dans la prière, chercher Dieu ensemble, en famille, et vivre un peu plus libres de cette dépendance à la technologie.
     Merci.

Michela :
     Cher pape Léon,
     Le thème de cette année à l’Été des Enfants est « Le Tour du monde en 80 jours ».
     Il nous fait voyager avec notre imagination et découvrir de nombreux univers différents.
     Vous qui avez beaucoup voyagé au cours de votre vie, visité tant de lieux lointains et rencontré tant de personnes différentes, pourriez-vous nous révéler un secret de vos voyages ?

Pape Léon XIV :
     Je vais raconter une petite histoire qui rejoint la première question.
     Quand nous étions enfants, nous avons tous appris à lire les cartes routières.
     Si nous devions aller de Rome à Naples ou de Rome à Tivoli, nous étudiions d’abord le trajet : nous cherchions une carte et nous regardions quel chemin était le meilleur.
      Aujourd’hui, tout le monde utilise un GPS dans sa voiture ou sur son téléphone.
     Or, plusieurs fois dans ma vie — cela m’est arrivé en Italie, dans d’autres pays d’Europe, au Pérou et même une fois aux États-Unis — j’ai suivi le GPS, qui m’a conduit sur une mauvaise route. Je me suis retrouvé bloqué et incapable d’atteindre ma destination.
     C’est pourquoi je dis, en lien avec la première question, qu’il est important de ne pas devenir trop dépendant de la technologie.
     Il vaut mieux apprendre à réfléchir par soi-même et développer un esprit critique pour savoir où nous allons dans la vie, dans nos voyages et dans tout ce que nous entreprenons.

     Il faut bien étudier et utiliser les capacités que Dieu nous a données.
     Je n’ai pas besoin du téléphone lorsque mon cerveau fonctionne !
     Bien sûr, il peut m’aider et me fournir des informations, mais il est aussi important de bien se préparer avant de voyager.
     Voilà ce que j’ai appris :
     une personne bien préparée peut toujours trouver une solution lorsqu’un imprévu survient.
     Car Dieu nous a donné une capacité merveilleuse à travers notre intelligence et notre cerveau.
     Je pense que c’est une leçon utile pour tout le monde.


 

 

26 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe d’ouverture du Consistoire Extraordinaire

      De même que la grâce divine précède la liberté humaine, de même la foi de l’Église précède la nôtre et exige qu’on en témoigne avec ardeur.

 

 

26 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de l’ouverture du Consistoire

     Je souhaite vous demander une aide particulière. Le ministère que le Seigneur m’a confié ne peut être exercé seul. Il a besoin de votre expérience, de votre sagesse pastorale, de votre connaissance des Églises et des peuples qui vous sont confiés. Je compte sur vous pour m’aider à discerner ce que l’Esprit dit aujourd’hui à l’Église. J’ai besoin de votre soutien : fort, explicite et public. J’ai besoin de me sentir soutenu par vous, comme par des frères.

     Je vous demande donc de m’accompagner non seulement au cours de ces journées de travail, mais aussi dans le service quotidien de la communion de l’Église universelle. Aidez-moi à écouter ce qui émerge des Églises, à reconnaître les signes d’espérance qui grandissent souvent dans le silence, mais aussi à ne pas ignorer les difficultés, les incompréhensions et les résistances qui peuvent ralentir le cheminement. J’ai besoin de votre liberté, de votre franchise et de votre loyauté. Un conseil sincère est toujours un acte de communion.

5 juillet 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus

     L’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui (Mt 11, 25-30) nous invite à partager la louange que Jésus adresse au Père, « Seigneur du ciel et de la terre » (v. 25). Le Fils de Dieu fait homme manifeste son amour en associant chaque créature à cette action de grâce.

     La simplicité d’un geste aussi spontané et joyeux correspond au style de Dieu qui aime se révéler « aux tout-petits », tandis qu’il reste caché « aux sages et aux savants » (cf. v. 25). Ceux-ci, en effet, sont tellement imbus de leurs propres idées qu’ils ne reconnaissent pas la présence du Christ, le Messie qui rend visite à son peuple. La sagesse humaine devient alors arrogance et la doctrine dégénère en orgueil. La véritable sagesse de Dieu se révèle au contraire dans l’humilité de la chair et son enseignement s’adresse à ceux qui peinent le plus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau » (v. 28), dit le Seigneur. Aller vers Jésus, c’est répondre à son amour et partager sa vie jusqu’à la croix, comme il nous l’a expliqué lui-même : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). C’est précisément ce don de soi par amour qui est le « joug » de Jésus (cf. Mt 11, 29), c’est-à-dire la synthèse de son enseignement, le cœur de sa sagesse, ardente de charité envers tous.

     Frères et sœurs, comment le poids de la croix peut-il être « léger » et « doux » (cf. v. 30) ? Pour une seule raison : parce que le Seigneur le porte le premier et avec nous tous, sans jamais nous laisser seuls face à ce qui nous accable. En véritable maître, Jésus prend en charge l’humanité blessée par le mal, il en prendre soin. La sagesse qu’Il nous donne est alors une annonce de salut et son joug nous relève de toute chute. À la suite du Christ, notre route n'est donc pas une ascèse qui mortifie : elle est une école de liberté, qui prend au sérieux le drame de l'histoire et en éclaire toujours le sens, surtout dans les moments les plus sombres. En effet, ce n'est que dans la croix de Jésus que le mal est racheté : ce n'est que dans sa passion que notre fatigue mortelle trouve réconfort et rédemption.

     Dans l’esclavage, le Christ est libération. Sous le fléau de la guerre, le Christ est espérance. À l’heure du péché, le Christ est pardon. Telle est la vraie sagesse, c’est-à-dire le chemin que nous voulons parcourir ensemble, unis en tant que disciples en son nom. Jésus nous l’enseigne en tant que Fils, en devenant notre frère : par la force du Saint-Esprit, il manifeste lui-même à l’Église la vérité sur Dieu et sur l’homme, car « personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (v. 27).

     Chers amis, tout en rendant grâce au Seigneur pour cette confiance pleine d’amour qu’il nous accorde, demandons l’intercession de Marie, Reine de la paix, pour le bien de l’Église et du monde entier.

 

8 juillet 2026 - Videomessaggio del Santo Padre in occasione dell'“Ankawa Youth Meeting” [Iraq, 8-11 luglio 2026]

     Il n’est pas toujours facile d’être une lumière dans le monde (cf. Mt 5, 13). En effet, en ce moment présent, vous êtes appelés à faire rayonner cette lumière dans une situation souvent marquée par la guerre et l’instabilité. Le Seigneur a placé une grande confiance en vous, en vous confiant cette mission, et moi aussi, j’ai une grande confiance en vous tous. Vous devez être la lumière du Christ au milieu d’une obscurité qui peut parfois sembler accablante. N’ayez pas peur ! Et ne pensez pas que vous êtes seuls dans cette tâche. Je suis avec vous ; l’Église est avec vous. Placez votre confiance en Jésus, écoutez-Le dans la prière et à travers la direction d’autres personnes, et laissez-le vous guider.

     La lumière est essentielle à la vie de plusieurs manières, et j’aimerais en mentionner trois qui peuvent vous guider dans cette mission. Tout d’abord, la lumière est nécessaire pour voir, ce qui nous rappelle le don de la foi. La foi en Dieu n’est pas un mécanisme pour affronter les difficultés de la vie. C’est plutôt la reconnaissance de la réalité et le fait de vivre dans la vérité, en apprenant à voir le monde, les autres et nous-mêmes comme Dieu le fait. Cela exige de parcourir la vie avec nos cœurs et nos yeux fixés sur notre véritable patrie (cf. He 11, 14) tout en sachant que Dieu est avec nous même si nous ne pouvons pas le voir. La façon dont vous vivez doit également témoigner de votre foi, afin que les autres puissent voir en vous la vérité et le sens qu’eux aussi désirent, et ainsi en venir à partager la même lumière.

La deuxième caractéristique de la lumière est d’apporter de la chaleur, qui symbolise l’amour.  

     Pour être lumière pour le monde, nous devons d’abord partager la lumière et la vie mêmes du Christ. Pour participer à la mission, nous devons d’abord découvrir une relation vivante avec Dieu. Nous devons apprendre à le connaître. En nous ouvrant à son amour transformateur, nous recevons la grâce nécessaire pour suivre Jésus et pour embrasser la vie qu’il nous appelle à mener. C’est pourquoi il est si important de passer chaque jour du temps en prière et de s’approcher de Dieu à travers les sacrements, en particulier la confession et l’Eucharistie. Enracinez vos cœurs dans le fondement solide de l’amour de Dieu pour vous ; découvrez le cœur du Christ, et n’ayez pas peur de bâtir votre vie sur lui (cf. 1 Jn 4, 16). Ce faisant, non seulement vous vous réaliserez comme vous le désirez, mais vous serez également capables de partager la chaleur de l’amour de Dieu et le pouvoir réconciliateur de sa grâce avec les personnes qui vous entourent.

     Enfin, la lumière est nécessaire à la croissance et à une vie nouvelle, et elle est une image d’espérance. Enracinés dans la charité, vous êtes appelés de façon particulière à être des artisans de paix, à unir les personnes qui vous entourent et à insuffler aux autres l’espérance d’un avenir caractérisé par une paix durable. Vous ne pourrez peut-être pas contrôler votre situation ou les défis que vous serez appelés à affronter, mais vous pourrez toujours choisir de laisser la paix du Christ régner dans vos cœurs (cf. Co 3, 15). La vertu de l’espérance nous inspire à regarder vers le ciel. Cela ne signifie pas oublier le monde, mais avoir la confiance de partager avec lui la paix et la vie qui viennent du Christ, dont la lumière illumine la Nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 23).

      Chers jeunes, ne doutez jamais de la bonté de Dieu, et n’ayez pas peur du dessein que le Seigneur a pour chacune de vos vies. Le prophète Jérémie a lui aussi dû affronter des moments difficiles, et il témoigne que les desseins du Seigneur sont «de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance» (Jr 29, 11). En confiant chacun de vous à la protection maternelle et à la direction de Marie, Mère de l’Église, je prie pour que, en ces jours de renouveau spirituel, vous puissiez découvrir en elle le véritable exemple d’une vie entièrement confiée à la grâce de Dieu.

 

19 juillet 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus, à Castel Gandolfo

     Après la parabole du semeur, Jésus continue de s’adresser aux foules à travers plusieurs images : le bon grain et l’ivraie, la graine de moutarde, le levain dans la farine (cf. Mt 13, 24-43).

     Il s’agit de trois petites paraboles qui visent à rappeler l’avènement du Royaume de Dieu dans l’histoire, son action dans la vie des hommes, la manière dont il grandit, se développe et transforme le monde de l’intérieur. Par ces récits, Jésus nous met en garde contre la tentation de considérer Dieu comme une figure puissante, qui s’impose par la force, qui occupe l’espace pour dominer, qui arrive de manière triomphante. Au contraire, Dieu privilégie la petitesse, signe de son amour discret, qui nous laisse libres de l’accueillir ou de le refuser, qui cherche à se frayer un chemin même au milieu de l’ivraie, qui agit de manière cachée et invisible comme la plus petite des graines et qui fait lever la pâte en silence.

     Frères et sœurs, à travers ces paraboles, Jésus nous dit quelque chose d’important sur la manière dont Dieu agit dans notre vie et dans l’histoire. Parfois, nous nous attendons à quelque chose de spectaculaire, nous souhaitons un Dieu qui intervienne d’en haut pour arracher immédiatement l’ivraie du mal. Nous imaginons un Dieu fort et puissant et, malheureusement, c’est à cette image que nous adaptons également notre manière d’être chrétiens et d’être Église. Au contraire, le Royaume de Dieu se répand même au milieu de l’ivraie et nous demande un regard capable de saisir le bien qui germe même dans les ténèbres du mal, sans tout juger aussitôt ; il vient comme la plus petite des graines et exige donc la patience de savoir accompagner les processus, en le reconnaissant dans la petitesse du quotidien et dans la simplicité de la vie ordinaire ; il grandit de manière invisible, comme le levain dans la farine, et ainsi, il nous libère du découragement et nous invite à avoir confiance même lorsqu’il nous semble que Dieu est absent. Car en réalité, Il nous accompagne toujours et son amour est toujours à l’œuvre pour nous.

     Ce style de Dieu doit également devenir la manière dont, tant comme individus qu’en tant qu’Église, nous habitons la réalité qui nous entoure. Nous sommes appelés à adopter un style évangélique, sans nous opposer précipitamment par des jugements arrogants, sans nous imposer par le pouvoir et la force, sans perdre confiance dans l’œuvre de Dieu. Il s’agit – disait alors le cardinal Ratzinger – de nous soumettre à la logique de la graine, qui n’est pas celle du succès et de la grandeur, mais qui nous demande de nous faire petits et de servir la vie des personnes (cf. Discours au Congrès des catéchistes et des professeurs de religion, 10 décembre 2000). Ainsi, nous deviendrons nous-mêmes comme une petite graine d’Évangile qui germe et comme un levain d’amour qui transforme la pâte du monde.

     Prions la Très Sainte Vierge Marie, qui a su accueillir la graine de la Parole dans la petitesse, afin qu’elle nous soutienne sur notre chemin et intercède pour nous.

 

 

 

26 juillet 2026 - Message vidéo du Saint-Père à l'occasion du Festival Halleluya 2026 [Fortaleza (Brésil), 22-26 juillet 2026]

     Inspirons-nous de l'exemple de saint Carlo Acutis : il nous montre comment garder le Christ toujours au centre de notre vie, y compris dans l'usage des technologies. En prenant son exemple comme référence, je vous encourage à faire un bon usage des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle, en utilisant ces outils avec modération et discipline. En effet, ils peuvent nous entraîner dans un monde irréel, où l'éphémère, les apparences et l'illusion finissent par prendre la place des vraies valeurs et de ce qui compte réellement.

 

26 juillet 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus

     Au centre de l’enseignement de Jésus, l’on trouve le mystère du Royaume de Dieu, que l’Évangile d’aujourd’hui compare à une perle et à un trésor (cf. Mt 13, 44-52). Les paraboles laissent entrevoir la surprise de celui qui trouve ce qu’il ne pouvait même pas espérer, au point que vendre ou tout abandonner n’apparaît plus comme un renoncement, mais comme un gain. En effet, dès les premières pages, les évangélistes décrivent l’appel de Jésus à le suivre comme irrésistible : libre, certes, mais urgent et capable de susciter une réponse immédiate et animée par le désir. C’est là un premier aspect important de la manière dont Dieu est proche et se laisse trouver : la rencontre avec son Royaume est un tournant qui ne restreint pas la vie, mais l’élargit. Si quelque chose doit désormais changer, c’est pour offrir davantage de possibilités, et non pour en retirer.

     Il y a un deuxième aspect auquel Jésus semble accorder beaucoup d’importance : celui qui trouve le trésor caché dans le champ est probablement un paysan ; la perle, en revanche, est reconnue comme ayant une grande valeur par un marchand, peut-être un voyageur.      

     Viennent ensuite deux autres paraboles dont les protagonistes sont des pêcheurs et un scribe expert en choses anciennes et nouvelles. Il y en a d’autres encore, où le Royaume se laisse entrevoir chez une femme qui pétrit la farine, chez une autre qui range sa maison, chez un roi qui prépare la guerre, chez un homme qui projette de construire une tour, chez des administrateurs qui gèrent des paiements ou des investissements, chez des bergers et des agriculteurs. En somme, le Royaume de Dieu révèle son inestimable beauté sous différentes formes, mais il appelle tout le monde – hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, pauvres et riches – à un profond renouveau. Tous peuvent le saisir et sont attirés par lui.

     Aujourd’hui encore, l’Église est une communion de personnes différentes par leur origine, leur culture, leurs compétences, leur niveau de responsabilité, mais toutes appelées à se reconnaître comme « un » en Jésus-Christ : c’est Lui le trésor caché, la perle précieuse, le filet qui rassemble ceux qui sont dispersés. En effet, dès le début, Jésus a appelé et rassemblé autour de lui des personnes qui, autrement, ne se seraient jamais côtoyées. C’est ainsi qu’il a montré que Dieu ne fait pas acception de personnes et que son élection est une prédilection, en particulier pour ceux qui sont petits et mis au rebut.

     Frères et sœurs, il ne nous reste plus qu’à demander un don, celui-là même que le jeune roi Salomon avait invoqué (cf. 1 R 3, 5.7-12). C’est le don de discerner la perle de grande valeur, de savoir reconnaître le trésor pour lequel il vaut la peine de tout vendre. Alors que l’industrie de la consommation modifie nos goûts, suscitant sans cesse de nouveaux besoins pour ensuite nous vendre des réponses qui ne rassasient pas et empoisonnent parfois le cœur, nous devons apprendre à saisir ce qui compte vraiment : le trésor de la relation avec Dieu qui nous ouvre à la joie et nous aide à vivre au mieux nos relations les uns avec les autres.

 

 

 

1er aout 2026 - Message vidéo du pape Léon XIV aux participants à la Journée nationale de la Jeunesse au Pérou [Chulucunas, 30 juillet-2 août 2026]

     « Sois courageux, le Christ vit ». C’est précisément la certitude de la présence vivante du Seigneur parmi nous qui est le feu intérieur qui nous pousse à être courageux et à sortir du confort de l’individualisme, pour faire partie d’une communauté de frères et sœurs dans la foi, pour tisser de véritables liens d’amitié et témoigner ainsi qu’il est possible de vivre unis dans le Christ.

     Je vous invite à ouvrir grand vos cœurs pour accueillir les dons que le Seigneur voudra répandre sur vous au cours de ces journées. Et ne gardez pas pour vous seuls ce que vous vivrez lors de cette Journée ; ne le laissez pas se limiter aux photos de vos téléphones portables ou aux vidéos sur les réseaux sociaux : partagez-le, reflétez-le dans vos vies, car beaucoup de personnes ont aujourd’hui besoin de ce témoignage joyeux et contagieux qu’un jeune amoureux du Christ peut transmettre. N’ayez pas peur d’être des instruments de Dieu pour raviver l’espérance de tant de personnes, de tant de cœurs qui souffrent.
 

 

6 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Visite pastorale à Assise avec les jeunes participant au « Go! Franciscan Youth Meeting 2026 »

     Merci, Giovanni, pour cette question que je qualifierai de courageuse, pleine du désir de ce qui ne passe pas. Nous sommes aujourd’hui enclins à parler en termes négatifs du provisoire. Autrefois, c’était au contraire l’Église qui enseignait avec insistance le sens du provisoire : ce monde passe, le temps s’écoule, les choses terrestres sont changeantes. Dieu seul demeure, car Dieu est éternel. Nous devons donc nous demander ce qui a changé, afin de ne pas faire partie de ceux qui regrettent le passé et qui, de ce fait, n’affrontent pas le présent et n’assument pas leurs responsabilités pour l’avenir.

     Partout dans le monde ou presque, la stabilité des sociétés traditionnelles est en train de disparaître, celle grâce à laquelle des générations entières ne voyaient que des changements minimes au cours d’une vie. En leur sein, tout était très réglementé et prédéterminé. À l’époque, le témoignage de l’Église invitait à ne pas se résigner à un destin déjà écrit, à discerner la valeur de chaque geste individuel par rapport à l’éternité. Aujourd’hui, en revanche, avec une conception parfois confuse de la liberté, nous nous berçons de l’illusion que la vie ne se résout jamais une fois pour toutes, car le contexte dans lequel nous vivons évolue rapidement et nous changeons nous aussi considérablement. Mais cela accroît également la peur et le risque de se perdre. Dans ce contexte, le courage de faire un choix définitif est peut-être l’acte le plus révolutionnaire.

     Décider pour toujours ne nous enferme pas dans une cage, mais nous ouvre à un dynamisme plus grand. Aimer, c’est un exode, une route à découvrir, un chemin que Dieu parcourt avec nous, et c’est là le vrai sens de toute vocation. La Bible nous inspire à vivre ainsi : comme ceux qui sont appelés à se lever, à parcourir leur propre histoire en recevant du Seigneur, comme un don, une direction et un sens, pour aimer selon ses desseins (cf. 1 Co 13 et 1 Jn 4). La foi, la confiance, la fiabilité révèlent ici leur lien indissoluble. Ainsi, dans la foi, nous démasquons l’illusion selon laquelle les problèmes se résolvent en fuyant, en trahissant ou en essayant de faire quelques pas sur des chemins toujours différents, sans jamais aller loin. On peut en effet multiplier les expériences, les contacts, les consommations, tout en restant toujours au même point. Le coût humain est élevé et le vide intérieur est profond. Il n’est pas rare d’en arriver à utiliser les autres et à être utilisé soi-même. Le « pour toujours », alors, est une grâce à laquelle Dieu lui-même nous aide à répondre par notre fidélité, pour une plénitude de vie (cf. Jn 10, 10).

     Dès l’adolescence, il est donc important d’apprendre à se connaître, à se décider et à s’engager – c’est-à-dire à répondre au Seigneur qui appelle – sans cesser de le faire à l’âge adulte, au regard des décisions déjà prises et face à celles qui restent à prendre. C’est une aventure dans laquelle personne ne doit se sentir seul et qui, comme la foi, durera jusqu’au dernier instant. D’après mon expérience, je peux dire que le Seigneur ne m’a jamais laissé seul : il m’a toujours accompagné, en me donnant aussi des personnes avec lesquelles cheminer. Ainsi, dans ma vocation de prêtre, de membre de la communauté augustinienne, de missionnaire, j’ai trouvé comme une lumière qui m’a guidé jusqu’à aujourd’hui, jusqu’au moment où j’ai dû dire « oui » aussi à un appel tout à fait particulier : celui d’être Pape.

En adhérant au projet unique que Dieu révèle à chacun de nous, l’appel fondamental, inscrit dans chaque cœur, est un appel à la communion ; on ne l’entend pas une seule fois, mais chaque jour. Le péché obscurcit la clarté sur ce point, en introduisant dans les liens fondamentaux la méfiance, la rivalité et le soupçon. Grâce à Dieu, en revanche, toute vocation est aussi un chemin de rédemption et de guérison. L’invitation de Jésus, qui nous appelle à le suivre, illumine notre dignité et nous fait honorer celle des autres, en éprouvant de la confiance et en donnant confiance : cette dynamique est si libératrice qu’elle mérite toute notre passion. Merci.

 

 

 

 

6 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la fête de la Transfiguration, en la  basilique papale Sainte-Marie-des-Anges à Assise,  pour les participants à la rencontre « Go! Franciscan Youth Meeting »

     Chers jeunes : aujourd’hui, l’Europe et le monde entier cherchent en vous de nouveaux saints : osez croire en la parole de l’Évangile, devenez des êtres humains dotés de la liberté de Jésus-Christ, embrassez la sœur pauvreté ! Le titre de votre rencontre – Go! – est une mission, un envoi sur des chemins dont nous n’avons pas de carte, car ils s’ouvrent en écoutant le cœur, en obéissant à l’Esprit, en suivant le Ressuscité là où il a voulu nous précéder. Go! Allez ! Ou mieux encore : allons-y ! Let’s go ! Aux marges, là où l’injustice et l’arrogance de quelques-uns bafouent la dignité et les rêves de beaucoup, de trop nombreux fils et filles de Dieu.

 

 

 

 

 

22 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux autorités et à la société civile, lors de sa Visite pastorale en République de Saint-Marin.

     Il n’existe pas de véritable liberté civile sans liberté personnelle, c’est-à-dire sans respect et promotion de la dignité de la personne humaine, dont la liberté est une composante essentielle.
     Cette liberté est donnée et garantie, en dernière analyse, par Dieu, dont la voix résonne dans la conscience de chaque être humain.
     Promouvoir la liberté implique de défendre les espaces de la conscience. Et ici, ma pensée va aux nombreux hommes et femmes qui, à toutes les époques et en tous lieux, sont des martyrs de la liberté précisément parce qu’ils témoignent de la primauté de la conscience.
     Solidement formés par la recherche de la vérité, ils sont pleinement responsables de leurs décisions et donc libres de tout lien autre que celui qui, propre à la créature, les unit à Dieu.
     Saint Thomas More, Patron des gouvernants et des responsables politiques, est exemplaire à cet égard.
     Aujourd’hui encore, dans de nombreuses régions du monde, il ne manque pas de personnes qui demeurent fidèles à leur conscience, même dans des contextes de grande adversité, témoignant ainsi de la véritable liberté, celle qui découle du fait d’être fils et filles de Dieu.
     Avec admiration, nous exprimons notre solidarité envers tous ceux qui, en ce moment même, paient personnellement le prix de leur refus de trahir leur conscience.
     En outre, la liberté se réalise dans le don, dans la communion, dans la rencontre et dans le dialogue.
     Elle est comme une plante qui grandit et produit des branches et des feuilles afin d’offrir à tous de l’oxygène, de l’ombre, du parfum, des fruits et de nouvelles semences.
     Et comment pourrait-il en être autrement, puisqu’elle jaillit de la source qu’est l’Amour Un et Trine ?
     Cette référence théologique pourra peut-être sembler excessive, mais je crois qu’elle est aujourd’hui nécessaire face à l’idolâtrie qui corrompt à la racine ces projets politiques et économiques qui se présentent au nom de la liberté, mais qui sont en réalité esclaves des idoles et du pouvoir.
     Dans la vision chrétienne, liberté et communion tiennent ou tombent ensemble.
     De nombreux saints et saintes ont donné naissance à des expériences de vie communautaire dans lesquelles les personnes expriment leur liberté dans l’obéissance à une règle fondée sur l’Évangile.

 

 

 

22 août 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux fidèles réunis sur la place, depuis le balcon du Palais public, à San Marino

     Puissiez-vous toujours vivre dans une authentique liberté, dans la véritable liberté en Jésus-Christ, dans la vérité.

 

22 août 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la Communauté Ecclésiale, lors de sa Visite à Saint Marin

          Nous croyons que l’Évangile est un chemin de liberté pour les hommes et les femmes de tous les temps, et qu’en Jésus-Christ et dans sa Parole, les joies, les blessures et les questions les plus profondes de l’humanité trouvent leur sens et leur réponse définitive.
 

 

22 août 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux jeunes réunis sur la place à la sortie de la basilique à San Marino

     La véritable liberté, nous ne la trouvons qu’en Jésus-Christ, nous la trouvons dans la vérité.
     Jésus est venu pour nous donner la vie, Il est venu pour nous aider à reconnaître la vérité dans un monde si souvent rempli de mensonges et de tromperies.
     Mais si vous avez Jésus-Christ dans votre cœur, si vous avez la vérité et la liberté de suivre Jésus, vous n’avez besoin d’avoir peur de rien d’autre.

 

22 août 2026 - Visite pastorale au Meeting pour l'amitié entre les peuples et à la ville de Rimini : aux participants au 47e Meeting pour l'amitié entre les peuples

     Suivre Jésus-Christ après les tragédies et les nouveaux départs du XXe siècle implique, en effet, une prise de conscience lucide : on ne combat pas le mal par le mal. Comme au ciel, ainsi sur terre, l’amour est la loi de la vie, la méthode de la rédemption, celle du Messie crucifié. Au faux réalisme qui réarme les esprits, les paroles et les nations, la culture catholique doit aujourd’hui opposer le réalisme de la miséricorde selon lequel il ne peut y avoir d’ennemis et tous, même les adversaires, sont des frères et sœurs qu’il faut regarder dans les yeux et rencontrer dans la vérité. Le péché existe certes, mais l’amour rédempteur du Christ est plus fort encore : il nous engage à purifier nos pensées, nos intérêts, nos habitudes, nos fréquentations, nos projets, nos investissements – tous les aspects de notre vie – de tout ce que la culture du pouvoir a souillé.

     Libérons donc la vie en commun de la méfiance, la culture de l’arrogance, l’éducation de l’idéologie, le travail de l’idolâtrie du profit, la technologie et la finance des affaires de la mort.

     À partir des organisations que nous avons créées et au sein desquelles nous œuvrons, démasquons les rapports de pouvoir injustes à l'origine de la pauvreté, des inégalités, de la guerre et des catastrophes environnementales. Désarmons le développement technologique lorsqu’il devient envahissant et destructeur. Il faut des pionniers courageux qui commencent par changer de cap pour rendre convaincante et crédible la conversion exigée de tous.

     Qu’il n’y ait pas seulement ceux qui attisent le feu de la lassitude et du désespoir, qu’il y ait aussi ceux qui ravivent les rêves et les visions ! Ces deux voies sont incompatibles, car l’une exploite la division, l’aliénation et le désespoir, tandis que l’autre est au service du Royaume de Dieu et de sa justice.

     Partout, en particulier en marge de la société et parmi ceux qui souffrent, vous trouverez des personnes prêtes à construire la civilisation de l’amour. Ne permettez à personne de minimiser ce mot, qui est le nom même de Dieu : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16). Dans l’amour, il n’y a jamais de contrainte ni d'endoctrinement, jamais de séduction, de tromperie ou de recrutement. L’amour ne réside que dans la liberté, dans le dialogue vivant et dans le don généreux de soi.

 

 

 

22 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au Port de Rimini

     Le monde dans lequel nous vivons offre de nombreuses formes de divertissement, dont certaines, cependant, mènent davantage à la dispersion et à la ruine qu’à un véritable « retour à soi-même », et laissent un vide dans le cœur. Certains appellent cela « évasion », comme si la vie ordinaire était une prison dont il fallait s’échapper. Mais nous savons que le lieu le plus authentique où trouver le réconfort, où rencontrer Dieu pour nous rencontrer véritablement les uns les autres, n’est pas à l’extérieur, dans le chaos, mais en nous-mêmes, au plus profond de l’âme.

     L’Évangile (Mt 16, 13-20) nous confronte à une question qui interpelle chacun d’entre nous sur le chemin de notre foi : qui est vraiment Jésus pour moi ?

     Le récit évangélique nous montre à quel point cette question est décisive pour l’expérience de disciple.

     La foi ne nous est pas donnée une fois pour toutes. Nous devons au contraire sans cesse redécouvrir le visage du Christ et son Évangile, approfondir son message et renouveler les choix de notre vie afin qu’ils soient cohérents avec ce que nous professons, en surmontant la tentation de tout savoir déjà et de faire de la foi une simple habitude.

     Dans notre vie quotidienne, nous pouvons vérifier si le Seigneur Jésus n’est pour nous qu’un grand personnage historique qui a dit et fait des choses importantes, ou s’il est le Christ de Dieu, Celui qui a été envoyé pour nous faire entrer dans l’amour du Père et transformer notre vie ainsi que le monde dans lequel nous vivons.

 

 

30 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus, à Castel Gandolfo

     L’Évangile nous parle de Jésus qui révèle à ses disciples le Mystère de sa Pâque imminente : le Messie – dit-il – devra « partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter » (Mt 16, 21).

     Ce qu’il affirme est très loin de leurs attentes d’un Messie triomphant et puissant, avec l’aide duquel ils pourraient vaincre et piétiner leurs ennemis (cf. Ps 108, 14). Ils avaient déjà eu l’occasion, au cours du temps passé avec Lui, de s’étonner de ses nombreux gestes et paroles. Ce dernier message, cependant, dépasse véritablement toutes leurs prévisions. Pierre, en particulier, manifeste son désaccord et réprimande Jésus en lui disant : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas » (v. 22).

     Peu avant, il avait reconnu en Lui « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Or, à présent, surpris et peut-être déçu par ce qu’il entend, en contradiction avec la très belle profession de foi qu’il vient de faire, il le réprimande. Il semble Lui dire : “Oui, je crois que tu es le Messie, mais ce n’est pas ainsi que l’on sauve le monde”. Son élan de zèle, certes animé par un amour sincère, nous donne néanmoins matière à réflexion.

     Pour nous aussi, il n’est pas toujours facile de comprendre et d’accepter les voies de Dieu, surtout lorsqu’elles sont éloignées des nôtres. Nous sommes alors tentés de penser, à l’encontre de toute logique de foi, que c’est le Seigneur qui se trompe, ou pire encore, qu’il ne nous écoute pas ou ne s’intéresse pas à nous. Face à cette incertitude, Pierre, malgré son impulsivité, nous enseigne deux choses importantes.

     La première est de ne jamais interrompre, même dans ces moments-là, le dialogue avec le Seigneur, mais au contraire de lui exprimer avec confiance notre difficulté à comprendre ce qu’il nous demande.

     La deuxième est de ne jamais juger l’œuvre de Dieu, mais plutôt de nous mettre à l’écoute, avec humilité et dans la prière, de ce qu’il nous révèle à travers son action, même lorsque cela ne correspond pas à nos attentes.

     Et la grandeur du Premier des Apôtres se manifeste aussi en cela.

     Jésus lui répond : « Passe derrière moi, Satan ! » (v. 23), et lui explique ainsi qu’aux autres disciples que, pour marcher sur ses traces, ils devront renoncer à eux-mêmes, prendre leur croix et le suivre (cf. v. 24). Pierre le fera : après l’avoir écouté, il relèvera le défi et restera fidèle aux paroles du Christ qu’il reconnaîtra comme son Rédempteur, tout au long de son existence, jusqu’au martyre.

     Demandons au Seigneur d’avoir, nous aussi, dans notre vie de foi et dans notre prière, la même sincérité que Pierre, pour Lui dire humblement ce que nous ressentons vraiment, même lorsque notre cœur est troublé, et, en même temps, de savoir cultiver sa même docilité, en acceptant ce qu’Il nous demande au-delà de nos attentes.

     Que Marie, qui a été obéissante aux desseins de Dieu jusqu’au pied de la croix de son Fils Jésus, nous aide.

9 septembre 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale

     La Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), qui consacre son premier chapitre à la dignité de la personne humaine, souligne que celle-ci est le fondement et la condition de ces « valeurs qui sont aujourd’hui les plus estimées », mais qu’il est nécessaire qu’elles ne perdent pas le lien avec « leur source divine », afin d’échapper aux éventuelles déformations dues à la « corruption du cœur humain » (GS, 11).

     Le chemin qui a permis de mettre en lumière les traits et les droits fondamentaux de la dignité de la personne représente certainement l’une des pages les plus significatives de l’histoire humaine. Cependant, le parcours à accomplir n’est pas terminé et doit faire face aux contradictions, anciennes et nouvelles, qui empêchent sa pleine mise en œuvre.

L’Église apporte clairement sa contribution, en rappelant que la dignité humaine découle de l’être même de la personne. J’ai eu l’occasion de le réaffirmer également dans la récente encyclique Magnifica humanitas: « chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. » (n° 50).     

     La dignité infinie de l’être humain trouve donc son fondement dans son identité de créature faite « “à l’image de Dieu”, capable de connaître et d’aimer son Créateur », projet et don d’amour qui transcende les autres réalités créées, lesquelles sont confiées à ses soins « pour qu’il les gouverne et s’en serve à la gloire de Dieu » (GS, 12).

     C’est dans la foi que nous pouvons comprendre le fondement ultime de la dignité de la personne, car le Fils, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n° 22).

     La personne implique toujours une relation, une communion, une participation vis-à-vis de Dieu et des autres ; il s’agit donc d’une relation filiale avec Dieu le Père et d’une relation fraternelle avec le Christ et avec tous les hommes. Elle exclut tout repli sur soi. Être une personne, c’est se percevoir comme un don à partager, en grandissant et en mûrissant dans l’accueil, la réciprocité et le service.

     Cette dignité relève de la responsabilité de chacun : en même temps, elle exige aussi de la solidarité et une attention mutuelle, en surmontant les nombreuses falsifications et manipulations qui en déforment encore aujourd’hui la perception et en entravent la réalisation. En effet, en raison des choix contraires à sa dignité opérés au cours de l’histoire, aujourd’hui encore « l’homme se trouve divisé en lui-même » et « toute la vie humaine, tant individuelle que collective, présente les traits d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres ». Cette condition fragile et limitée peut toutefois être envisagée avec espérance, car « le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors “le prince de ce monde” (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché » (GS, 13).

     La constitution Gaudium et spes affirme en outre que la dignité humaine concerne la personne dans sa totalité et qu’il faut donc dépasser les visions dualistes : l’être humain est « une unité de l’âme et du corps ». La réduction du corps à un “objet” dont on peut disposer arbitrairement constitue toujours une négation de la dignité de la personne : « il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle […] », et il faut « il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour », en veillant « sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur » (GS, 14), puisque nous sommes tous marqués par le péché.

     Enfin, Gaudium et spes évoque trois expressions particulièrement significatives de la dignité de la personne : l’intelligence, qui fait de l’être humain un chercheur insatiable de vérité (n° 15) ; la conscience, grâce à laquelle il donne unité et sens à sa vie (n° 16) ; la liberté, qui fait de lui l’acteur responsable de ses propres décisions (n° 17). Ces dimensions sont étroitement liées entre elles : c’est dans la conscience que la vérité est reconnue comme telle et que la liberté peut la vivre comme son fondement et sa possibilité. Le Saint-Esprit, qui donne vie en Christ, nous rend libres et nous assure sans cesse de notre dignité d’enfants de Dieu, en nous libérant de la peur et en nous guidant vers le but ultime, cette vie en plénitude au-delà de la mort que le Christ nous a promise : c’est en Lui seul que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière, c’est de Lui que nous recevons la lumière sur l’énigme de la douleur et de la mort, et c’est avec Lui que nous allons à la rencontre de la résurrection.

Chers frères et sœurs, créés à l’image de Dieu, par le Christ et en vue de Lui, nous avons reçu une dignité unique et indélébile. Engageons-nous à la promouvoir et à la défendre toujours, à la lumière et avec la force de l’Évangile.

 

 

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