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Vie chrétienne
2026
Aujourd’hui, en cette solennité de Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, qui marque le début de la nouvelle année civile, la liturgie nous offre le texte d’une très belle bénédiction : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’Il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’Il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26).
Dans le livre des Nombres, elle fait suite aux indications concernant la consécration des nazirs, soulignant la dimension sacrée et féconde du don dans la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. L’homme offre au Créateur tout ce qu’il a reçu et Celui-ci répond en tournant vers lui son regard bienveillant, comme au commencement du monde (cf. Gn 1, 31).
Le peuple d’Israël, à qui cette bénédiction s’adressait, était un peuple de libérés, d’hommes et de femmes nés de nouveau après un long esclavage, grâce à l’intervention de Dieu et à la réponse généreuse de son serviteur Moïse. En Égypte, ce peuple jouissait de certaines sécurités — la nourriture ne manquait pas, tout comme un toit et une certaine stabilité —, mais cela au prix de la servitude, de l’oppression d’une tyrannie qui réclamait toujours plus en donnant toujours moins (cf. Ex 5, 6-7). À présent, dans le désert, beaucoup de ces certitudes du passé ont disparu, mais il y a en échange la liberté qui se concrétise par une voie ouverte vers l’avenir, par le don d’une loi de sagesse et la promesse d’une terre où vivre et grandir sans plus de chaînes ni de fers : en somme, une nouvelle naissance.
Ainsi, la liturgie nous rappelle, en ce début de nouvelle année, que chaque jour peut devenir, pour chacun, le début d’une vie nouvelle grâce à l’amour généreux de Dieu, à sa miséricorde et à la réponse de notre liberté. Il est beau de penser l’année qui commence comme un chemin ouvert à découvrir et où nous aventurer, libres par grâce et porteurs de liberté, pardonnés et dispensateurs de pardon, confiants dans la proximité et la bonté du Seigneur qui nous accompagne toujours.
Nous gardons tout cela à l’esprit alors que nous célébrons le mystère de la Maternité Divine de Marie qui, par son “oui”, a contribué à donner un visage humain à la Source de toute miséricorde et de toute bienveillance : le visage de Jésus dont l’amour du Père nous touche et nous transforme, par ses yeux d’enfant, puis de jeune homme.
En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté.
Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte.
Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties - comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde.
Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté.
Saint Jean-Paul II, méditant sur ce mystère, invitait à regarder ce que les bergers avaient trouvé à Bethléem : « La tendresse désarmante de l’Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l’humble simplicité de Marie et de Joseph » ont transformé leur vie en faisant d’eux des « messagers du salut » (Homélie lors de la messe de Marie, Mère de Dieu, 34eJournée mondiale de la paix, 1er janvier 2001).
Il le disait à la fin du grand Jubilé de l’an 2000, avec des mots qui peuvent nous faire réfléchir nous aussi : « Combien de dons – affirmait-il - combien d’occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants! Dans l’expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l’écoute du cri des pauvres du monde [...] nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l’histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre » (ibid.), et il concluait : « Comme aux pasteurs qui accourent pour l’adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l’histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique » (ibid.).
Chers frères et sœurs, en cette fête solennelle, au début de la nouvelle année, à l’approche de la fin du Jubilé de l’espérance, approchons-nous avec foi de la crèche comme le lieu par excellence de la paix “désarmée et désarmante”, lieu de bénédiction où nous nous souvenons des prodiges que le Seigneur a accomplis dans l’histoire du salut et dans notre existence, afin de repartir comme les humbles témoins de la grotte, en « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2,20) pour tout ce que nous avons vu et entendu. Que ce soit notre engagement, notre résolution pour les mois à venir, pour notre vie chrétienne.
1er janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Alors que le rythme des mois se répète, le Seigneur nous invite à transformer notre époque en inaugurant enfin une ère de paix et d’amitié entre tous les peuples. Sans ce désir du bien, il serait inutile de tourner les pages du calendrier et de remplir nos agendas.
Le Jubilé qui touche à sa fin nous a enseigné la manière de cultiver l’espérance d’un monde nouveau : en tournant notre cœur vers Dieu afin de transformer les fautes en pardon, la souffrance en consolation, les résolutions vertueuses en bonnes œuvres. C’est ainsi que Dieu Lui-même habite l’histoire et la sauve de l’oubli, en donnant au monde le Rédempteur : Jésus. Il est le Fils unique qui devient notre frère, Il éclaire les consciences de bonne volonté, afin que nous puissions construire l’avenir comme une maison accueillante pour tout homme et toute femme qui vient au jour.
À cet égard, la fête de Noël nous conduit aujourd’hui à tourner notre regard vers Marie qui fut la première à sentir battre le cœur du Christ. Dans le silence de son sein virginal, le Verbe de la vie s’annonce comme une palpitation de grâce.
Depuis toujours, Dieu, qui est un créateur bon, connaît le cœur de Marie et notre cœur. Il nous fait connaître le sien en se faisant homme : c’est pourquoi le cœur de Jésus bat pour chaque homme et pour chaque femme. Pour ceux qui sont prêts à l’accueillir, comme les bergers, et pour ceux qui ne le veulent pas, comme Hérode. Son cœur n’est pas indifférent à ceux qui n’ont pas de cœur envers le prochain : il bat pour les justes afin qu’ils persévèrent dans leur dévouement, et pour les injustes afin qu’ils changent de vie et trouvent la paix.
Le Sauveur vient dans le monde en naissant d’une femme : arrêtons-nous pour adorer cet événement qui resplendit en Marie Très Sainte et se reflète dans chaque enfant à naître, révélant l’image divine qui est imprimée dans notre corps.
En cette Journée, prions tous ensemble pour la paix : d’abord entre les nations ensanglantées par les conflits et la misère, mais aussi dans nos foyers, dans les familles blessées par la violence et la souffrance. Certains que le Christ, notre espérance, est le soleil de justice qui ne s’éteint jamais, demandons avec confiance l’intercession de Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église.
2 janvier 2026 – Message vidéo du Pape Léon XIV aux jeunes, à l'occasion du SEEK26 [Columbus (Ohio), Denver (Colorado) et Fort Worth (Texas), 1-5 janvier 2026]
Vers la fin du premier chapitre de l’Evangile selon Saint Jean, il nous est dit quelque chose sur les deux premiers disciples de Jésus, dont l’un était André. Ils étaient disciples de Jean le Baptiste, et lorsque Jean, parlant de Jésus, l’appela l’Agneau de Dieu, ils commencèrent aussitôt à suivre Jésus (cf. v. 36). Quand Jésus les vit, il se retourna et prononça les premières paroles rapportées dans l’Évangile selon saint Jean : « Que cherchez-vous ? » (v. 38).
Jésus adresse cette question aux disciples parce qu’il connaît leurs cœurs. Ils étaient inquiets, au bon sens du terme. Ils ne voulaient pas se contenter de la routine ordinaire de la vie. Ils étaient ouverts à Dieu et désiraient ardemment trouver un sens. Aujourd’hui, Jésus pose la même question à chacun de vous. Chers jeunes, que cherchez-vous ? Pourquoi êtes-vous ici à cette conférence ? Peut-être que vos cœurs aussi sont inquiets, en quête de sens et d’accomplissement, d’une orientation pour votre vie. La réponse se trouve dans une personne. Seul le Seigneur Jésus nous apporte la vraie paix et la vraie joie, et comble chacun de nos désirs les plus profonds.
Les disciples lui répondent en lui demandant où il demeure. Il ne leur suffisait pas que quelqu’un d’autre leur dise que Jésus était l’Agneau de Dieu ; ils voulaient le connaître personnellement en passant du temps avec lui. Durant cette conférence, vous aussi aurez l’occasion de passer du temps avec le Seigneur. Comme pour André, peut-être que pour certains d’entre vous ce sera la première véritable rencontre avec le Christ. Pour d’autres, ce week-end sera l’occasion d’approfondir votre relation avec lui, ainsi que votre compréhension de la foi catholique. Soyez ouverts à ce que le Seigneur a préparé pour vous !
Les deux disciples restèrent d’abord avec Jésus seulement quelques heures, mais cette rencontre changea leur vie pour toujours. La première chose qu’André fit fut d’aller dire à son frère Simon : « Nous avons trouvé le Messie » (v. 41), autrement dit : « Nous avons trouvé celui que nous cherchions ! ». C’est la réponse que nous pouvons tous donner lorsque nous apprenons à connaître le Seigneur. Ce passage nous dit donc ce que signifie être missionnaire. Après avoir rencontré Jésus, André ne put s’empêcher de partager avec son frère ce qu’il avait trouvé. En effet, le zèle missionnaire naît d’une rencontre avec le Christ. Nous désirons partager avec les autres ce que nous avons reçu, afin qu’eux aussi puissent connaître la plénitude d’amour et de vérité que l’on trouve uniquement en lui. Je prie pour qu’au moment de quitter cette conférence, vous soyez tous animés de ce même zèle missionnaire, pour partager avec les personnes qui vous entourent la joie reçue d’une rencontre authentique avec le Seigneur.
Chers jeunes, alors que vous vous approchez de Jésus au cours de ce week-end, à travers l’amitié, les sacrements et l’Adoration eucharistique, n’ayez pas peur de lui demander à quoi il vous appelle. Certains d’entre vous, comme André et Simon Pierre, pourraient être appelés au sacerdoce, pour servir le peuple de Dieu par la célébration des sacrements, par la prédication de la Parole de Dieu, en marchant avec le peuple de Dieu. D’autres pourraient être appelés à la vie religieuse, à se donner entièrement à Dieu ; d’autres encore peuvent être appelés au mariage et à la vie familiale. Si vous sentez que le Seigneur vous appelle, n’ayez pas peur. Permettez-moi de souligner une fois encore que lui seul connaît les désirs les plus profonds, peut-être cachés, de votre cœur, et le chemin qui vous conduira à la vraie plénitude. Laissez-vous conduire et guider par lui !
Demandons à Marie, Mère de Dieu de nous conduire vers Jésus Christ, son Fils, afin que nous puissions vraiment le connaître, connaître son amour pour nous et le merveilleux dessein qu’il a pour chacune de nos vies. Ainsi, nos cœurs trouveront véritablement la paix en celui que nous cherchons.
7 janvier 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins francophones, au terme de l’Audience Générale
En cette fin de d’année jubilaire, conscients d’avoir vécu un temps de grâce, ne laissons pas s’éteindre l’espérance qui nous habite, mais qu’elle nous porte à la rencontre de tous les hommes pour leur annoncer la bonne nouvelle du Salut.
7 janvier 2026 – Lettre Lettre du Saint-Père Léon XIV aux ministres généraux de la Conférence de la Famille franciscaine à l’occasion de l’ouverture du VIIIe centenaire de la mort de saint François d’Assise [ publiée le 10 janvier 2026]
Chers frères, puisse l’exemple et l’héritage spirituel de Saint François, fort dans la foi, ferme dans l’espérance et ardent dans la charité active envers le prochain, susciter en tous l’importance de mettre sa confiance dans le Seigneur, de se donner à une existence fidèle à l’Évangile, d’accueillir et d’éclairer par la foi et par la prière chaque circonstance et chaque action de la vie.
11 janvier 2026 – homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe dans la Chapelle Sixtine en la fête du Baptême de Jésus. Le Pape y célébrant des Baptêmes
Lorsque le Seigneur entre dans l’histoire, il vient à la rencontre de la vie de chacun avec un cœur ouvert et humble. Il cherche notre regard avec le sien, plein d’amour, et dialogue avec nous en nous révélant la Parole du salut. Fait homme, le Fils de Dieu réalise pour tous une possibilité surprenante, qui inaugure un temps nouveau et inattendu, même pour les prophètes.
Jean-Baptiste s’en rend immédiatement compte et demande à Jésus : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi ? » (Mt 3, 14). Comme une lumière dans les ténèbres, le Seigneur se trouve là où nous ne l’attendons pas : il est le Saint parmi les pécheurs, qui veut habiter parmi nous sans garder ses distances, mais en assumant pleinement tout ce qui est humain. « Laisse faire », répond Jésus à Jean, « car il convient que nous accomplissions toute justice » (v. 15). Quelle justice ? Celle de Dieu, qui dans le baptême de Jésus opère notre justification : dans son infinie miséricorde, le Père nous rend justes par son Christ, l’unique Sauveur de tous. Comment cela se produit-il ? Celui qui est baptisé par Jean dans le Jourdain fait de ce geste un signe nouveau de mort et de résurrection, de pardon et de communion. Voici le sacrement que nous célébrons aujourd’hui pour vos enfants : parce que Dieu les aime, ils deviennent chrétiens, nos frères et sœurs.
Les enfants que vous tenez maintenant dans vos bras sont transformés en créatures nouvelles. Tout comme ils ont reçu la vie de vous, leurs parents, ils reçoivent maintenant le sens de cette vie : la foi. Lorsque nous savons qu’un bien est essentiel, nous le recherchons immédiatement pour ceux que nous aimons. Qui d’entre nous, en effet, laisserait les nouveau-nés sans vêtements ni nourriture, en attendant qu’ils choisissent eux-mêmes, une fois grands, comment s’habiller et quoi manger ? Très chers amis, si la nourriture et les vêtements sont nécessaires pour vivre, la foi est plus que nécessaire, car avec Dieu, la vie trouve le salut.
Son amour providentiel se manifeste sur terre à travers vous, mères et pères qui demandez la foi pour vos enfants. Bien sûr, le jour viendra où ils deviendront trop lourds à porter dans vos bras ; et le jour viendra aussi où ce sera eux qui vous soutiendront. Que le baptême, qui nous unit dans l’unique famille de l’Église, sanctifie à tout moment toutes vos familles, en donnant force et constance à l’affection qui vous unit.
Les gestes que nous allons accomplir dans un instant en sont de magnifiques témoignages : l’eau du baptistère est le lavage dans l’Esprit, qui purifie de tout péché ; la robe blanche est le vêtement neuf que Dieu le Père nous donne pour la fête éternelle de son Royaume ; la bougie allumée à la flamme pascale est la lumière du Christ ressuscité, qui illumine notre chemin. Je vous souhaite de le poursuivre avec joie tout au long de l’année qui vient de commencer et tout au long de votre vie, certain que le Seigneur accompagnera toujours vos pas.
11 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
La fête du Baptême de Jésus, que nous célébrons aujourd’hui, marque le début du temps ordinaire : ce temps de l’année liturgique nous invite à suivre ensemble le Seigneur, à écouter sa Parole et à imiter ses gestes d’amour envers le prochain. C’est ainsi, en effet, que nous confirmons et renouvelons notre baptême, ce sacrement qui fait de nous des chrétiens, nous libérant du péché et nous transformant en enfants de Dieu, par la puissance de son Esprit de vie.
L’Évangile que nous entendons aujourd’hui raconte comment naît ce signe efficace de la grâce. Lorsqu’il se fait baptiser par Jean dans le Jourdain, Jésus voit « l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui » (Mt 3, 16). Au même moment, du ciel ouvert, on entend la voix du Père qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (v. 17). Alors toute la Trinité se rend présente dans l’histoire : comme le Fils descend dans les eaux du Jourdain, ainsi le Saint-Esprit descend sur lui et, à travers lui, nous est donné comme force de salut.
Très chers amis, Dieu ne regarde pas le monde de loin, sans toucher notre vie, nos maux et nos attentes ! Il vient parmi nous avec la sagesse de son Verbe fait chair, nous impliquant dans un projet d’amour surprenant pour toute l’humanité.
C’est pourquoi Jean-Baptiste, émerveillé, demande à Jésus : « Toi, tu viens à moi ? » (v. 14). Oui, dans sa sainteté, le Seigneur se fait baptiser comme tous les pécheurs pour révéler l’infinie miséricorde de Dieu. Le Fils unique, en qui nous sommes frères et sœurs, vient en effet pour servir et non pour dominer, pour sauver et non pour condamner. Il est le Christ rédempteur : il prend sur lui ce qui est nôtre, y compris le péché, et nous donne ce qui est sien, c’est-à-dire la grâce d’une vie nouvelle et éternelle.
Le sacrement du baptême réalise cet événement en tout temps et en tout lieu, en introduisant chacun de nous dans l’Église, qui est le peuple de Dieu, formé d’hommes et de femmes de toutes nations et de toutes cultures, régénérés par son Esprit. Consacrons donc cette journée à nous souvenir du grand don reçu, en nous engageant à en témoigner avec joie et cohérence. Aujourd’hui même, j'ai baptisé quelques nouveau-nés, qui sont devenus nos nouveaux frères et sœurs dans la foi : comme il est beau de célébrer comme une seule famille l’amour de Dieu qui nous appelle par notre nom et nous libère du mal ! Le premier des sacrements est un signe sacré qui nous accompagne pour toujours. Dans les heures sombres, le baptême est lumière ; dans les conflits de la vie, le baptême est réconciliation ; à l’heure de la mort, le baptême est la porte du ciel.
Prions ensemble la Vierge Marie, en lui demandant de soutenir chaque jour notre foi et la mission de l’Église.
14 janvier 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous avons ouvert le cycle de catéchèse sur le Concile Vatican II. Aujourd'hui, nous commençons à approfondir la Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine. Il s'agit de l'un des documents les plus beaux et les plus importants du concile et, pour nous y introduire, il peut être utile de rappeler les paroles de Jésus : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). C'est un point fondamental de la foi chrétienne, que Dei Verbum nous rappelle : Jésus-Christ transforme radicalement la relation de l'homme avec Dieu, qui sera désormais une relation d'amitié. C'est pourquoi l’unique condition de la nouvelle alliance est l'amour.
Saint Augustin, dans son commentaire sur ce passage du quatrième Évangile, insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils (Commentaire sur l'Évangile de Jean, Homélie 86). En effet, une ancienne devise disait “Amicitia aut pares invenit, aut facit”, “l'amitié naît entre égaux, ou rend tels”. Nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils.
C'est pourquoi, comme nous pouvons le voir dans toute l'Écriture, il y a dans l'Alliance un premier moment de distance, dans la mesure où le pacte entre Dieu et l'homme reste toujours asymétrique : Dieu est Dieu et nous sommes des créatures ; mais, avec la venue du Fils dans la chair humaine, l'Alliance s'ouvre à sa fin ultime : en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité. Notre ressemblance avec Dieu ne s'obtient donc pas par la transgression et le péché, comme le suggère le serpent à Ève (cf. Gn 3, 5), mais dans la relation avec le Fils fait homme.
Les paroles du Seigneur Jésus que nous avons rappelées – “je vous ai appelés amis” – sont reprises dans la Constitution Dei Verbum, qui affirme : « Par cette révélation, en effet, Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1Tm 1, 17), dans son grand amour, parle aux hommes comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15) et il s’entretient avec eux (cf. Bar 3, 38), pour les inviter et les admettre à la communion avec lui » (n° 2). Le Dieu de la Genèse conversait déjà avec les premiers parents, dialoguant avec eux (cf. Dei Verbum, 3) ; et lorsque ce dialogue est interrompu par le péché, le Créateur ne cesse de rechercher la rencontre avec ses créatures et d'établir à chaque fois une alliance avec elles. Dans la Révélation chrétienne, lorsque Dieu, pour venir à notre rencontre, s'incarne dans son Fils, le dialogue qui avait été interrompu est définitivement rétabli : l'Alliance est nouvelle et éternelle, rien ne peut nous séparer de son amour. La Révélation de Dieu a donc le caractère dialogique de l'amitié et, comme dans l'expérience de l'amitié humaine, elle ne supporte pas le mutisme, mais se nourrit de l'échange de paroles vraies.
La Constitution Dei Verbum nous le rappelle également : Dieu nous parle. Il est important de saisir la différence entre la parole et le bavardage : ce dernier s'arrête à la surface et ne réalise pas de communion entre les personnes, tandis que dans les relations authentiques, la parole ne sert pas seulement à échanger des informations et des nouvelles, mais à révéler qui nous sommes. La parole possède une dimension révélatrice qui crée une relation avec l'autre. Ainsi, en nous parlant, Dieu se révèle à nous comme un Allié qui nous invite à l’amitié avec Lui.
Dans cette perspective, la première attitude à cultiver est l'écoute, afin que la Parole divine puisse pénétrer nos esprits et nos cœurs ; en même temps, nous sommes appelés à parler avec Dieu, non pas pour lui communiquer ce qu'il sait déjà, mais pour nous révéler à nous-mêmes.
D'où la nécessité de la prière, dans laquelle nous sommes appelés à vivre et à cultiver l'amitié avec le Seigneur. Cela se réalise tout d'abord dans la prière liturgique et communautaire, où ce n'est pas nous qui décidons ce que nous voulons entendre de la Parole de Dieu, mais c'est Lui-même qui nous parle à travers l'Église ; cela se réalise également dans la prière personnelle, qui se déroule dans l'intimité du cœur et de l'esprit. Le temps consacré à la prière, à la méditation et à la réflexion ne peut manquer dans la journée et la semaine du chrétien. Ce n'est que lorsque nous parlons avec Dieu que nous pouvons aussi parler de Lui.
Notre expérience nous montre que les amitiés peuvent prendre fin à cause d'un geste spectaculaire de rupture, ou d'une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu'à la perdre. Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c'est précisément l'amitié avec Dieu qui est notre salut.
La fête du Baptême de Jésus que nous avons célébré dimanche dernier, réveille en tous le souvenir de notre Baptême. Il constitue pour chacun un encouragement à témoigner toujours la joie de l’adhésion au Christ, Fils préféré du Père et notre Frère qui illumine le chemin de la vie
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que la paix soit avec vous.
Bonjour à tous, bienvenue.
Je vous avoue très sincèrement que je suis très ému de vous rencontrer. Quand j’ai appris que certains d’entre vous avaient demandé cette audience, j’ai immédiatement répondu : « Oui, nous trouverons le temps ». Je voulais au moins avoir l’occasion de partager un moment qui, pour vous, au milieu de tant de douleur et de souffrance, est vraiment une mise à l’épreuve de notre foi, une mise à l’épreuve de ce en quoi nous croyons. On se demande souvent : « Pourquoi, Seigneur ? ». Quelqu’un m’a rappelé un moment similaire, précisément lors de la messe des funérailles où, au lieu de faire un sermon, le prêtre parlait comme dans un dialogue entre la personne et Dieu lui-même, avec cette question qui nous accompagne toujours : « Pourquoi, Seigneur, pourquoi ? ».
Ce sont des moments de grande peine et de grande souffrance. L’un de vos êtres le plus aimé, le plus cher, a perdu la vie dans une catastrophe d’une extrême violence, ou bien se trouve pour longtemps hospitalisé, le corps défiguré des conséquences d’un terrible incendie qui a frappé l’imagination du monde entier. Et cela au moment le plus imprévu, en un jour où tout le monde se réjouissait et faisait la fête pour s’échanger des vœux de joie et de bonheur.
Que dire en pareille circonstance ? Quel sens donner à de tels événements ? Où trouver une consolation à la hauteur de ce que vous éprouvez ?... une consolation qui ne soit pas de vaines paroles superficielles mais qui touche en profondeur et ranime l’espérance ? Il n’y a qu’une parole, frères et sœurs, qui convienne : celle du Fils de Dieu sur la Croix – dont vous êtes si proches aujourd’hui – et qui, du profond de son abandon et de sa peine cria vers le Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46).
La réponse du Père à la supplique de son Fils se fait attendre trois jours, dans le silence. Mais quelle réponse ! Jésus ressuscite glorieux, vivant pour toujours dans la joie et la lumière éternelle de Pâques.
Je ne peux pas vous expliquer, frères et sœurs, pourquoi il vous est demandé, à vos proches comme à vous-mêmes, de traverser une telle épreuve. L’affection et les paroles humaines de compassion que je vous adresse aujourd’hui paraissent bien limitées et impuissantes. En revanche, le Successeur de Pierre que vous êtes venus rencontrer aujourd’hui vous l’affirme avec force et conviction : votre espérance n’est pas vaine car le Christ est vraiment ressuscité ! La Sainte Église en est témoin et l’annonce avec certitude. Saint Paul, qui l’avait vu vivant, le disait au chrétiens de Corinthe : « Si nous avons mis notre espérance dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 19.20).
Chers frères et sœurs, rien ne pourra jamais vous séparer de l’amour du Christ (cf. Rm 8, 35), de même vos proches qui souffrent ou que vous avez perdu. La foi qui nous habite éclaire les moments les plus sombres et les plus douloureux de nos vies d’une lumière irremplaçable, qui nous aide à continuer courageusement la route vers le but. Jésus nous précède sur ce chemin de mort et de résurrection qui demande patience et persévérance. Soyez assurés de sa proximité et de sa tendresse, Il n’est pas loin de ce que vous vivez, au contraire, Il le partage et le porte avec vous. De même l’Église tout entière le porte avec vous. Soyez assurés de sa prière – et de ma prière personnelle – pour le repos de vos défunts, pour le soulagement de ceux que vous aimez et qui souffrent, et pour vous-mêmes qui les accompagnez de votre tendresse et de votre amour.
Votre cœur est aujourd’hui transpercé, comme le fut celui de Marie au pied de la Croix, Marie qui voyait son Fils. Notre Dame des Douleurs est toute proche de vous en ces jours, et c’est à elle que je vous confie. Adressez-lui sans retenue vos larmes et cherchez auprès d’elle le réconfort maternel qu’elle pourra vous donner. Comme Marie, vous saurez attendre avec patience, dans la nuit de la souffrance mais la certitude de la foi, que se lève un jour nouveau ; et vous retrouverez la joie.
En signe de réconfort, je vous donne à chacun, ainsi qu’à tous vos proches qui souffrent, la Bénédiction Apostolique.
Prions ensemble : Notre Père…
Et à Notre Mère, Notre Dame des Douleurs, disons : Je vous salue Marie…
Que la paix et la consolation de la foi vous accompagnent toujours. Amen.
18 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
(cf. Jn 1, 29-34)
Jean-Baptiste reconnaît en Jésus le Sauveur, proclame sa divinité et sa mission au peuple d’Israël, puis se retire, sa tâche accomplie, comme en témoignent ses paroles : « L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était » (v. 30).
Le Baptiste est un homme très aimé des foules, au point d’être craint par les autorités de Jérusalem (cf. Jn 1, 19). Il lui aurait été facile d’exploiter cette renommée, mais il ne cède en rien à la tentation du succès et de la popularité. Devant Jésus, il reconnaît sa petitesse et fait place à la grandeur de celui-ci. Il sait qu’il a été envoyé pour préparer la voie au Seigneur (Mc 1, 3 ; cf. Is 40, 3), et lorsque le Seigneur vient, c’est avec joie et humilité qu’il reconnaît sa présence et se retire de la scène.
Combien son témoignage est important pour nous aujourd’hui ! En effet, l’approbation, le consensus et la visibilité revêtent souvent une importance excessive, au point d’influencer les idées, les comportements et les états d’esprit des personnes, de causer des souffrances et des divisions, de produire des modes de vie et des relations éphémères, décevants et emprisonnants. En réalité, nous n’avons pas besoin de ces “succédanés de bonheur”. Notre joie et notre grandeur ne reposent pas sur des illusions passagères de succès et de popularité, mais sur le fait de nous savoir aimés et désirés par notre Père qui est aux cieux.
C’est l’amour dont nous parle Jésus : celui d’un Dieu qui, aujourd’hui encore, vient parmi nous non pas pour nous émerveiller avec des effets spéciaux, mais pour partager nos peines et prendre sur lui nos fardeaux, nous révélant qui nous sommes vraiment et ce que nous valons à ses yeux.
Que le Seigneur ne nous trouve pas distraits à son passage. Ne gaspillons pas notre temps et notre énergie à courir après ce qui n’est qu’apparence. Apprenons de Jean le Baptiste à garder l’esprit vigilant, à aimer les choses simples et les paroles sincères, à vivre avec sobriété et profondeur d’esprit et de cœur, à nous contenter du nécessaire et à trouver possiblement chaque jour un moment privilégié, où nous pouvons nous arrêter en silence pour prier, réfléchir, écouter, en somme pour “faire le désert” afin de rencontrer le Seigneur et rester avec Lui
Que la Vierge Marie, modèle de simplicité, de sagesse et d’humilité, vienne à notre aide.
25 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Après avoir reçu le baptême, Jésus commence sa prédication et appelle ses premiers disciples : Simon – dit Pierre –, André, Jacques et Jean (cf. Mt 4, 12-22). En observant de près cette scène de l’Évangile d’aujourd’hui, nous pouvons nous poser deux questions : l’une sur le moment où Jésus commence sa mission et l’autre sur le lieu qu’il choisit pour prêcher et appeler les apôtres. Demandons-nous : quand commence-t-il ? Où commence-t-il ?
Tout d’abord, l’évangéliste nous dit que Jésus a commencé sa prédication « lorsqu’il apprit que Jean avait été arrêté » (v. 12). Cela se passe donc à un moment qui ne semble pas être le meilleur : le Baptiste vient d’être arrêté et les chefs du peuple sont peu disposés à accueillir la nouveauté du Messie. C’est un moment qui suggérerait la prudence, mais c’est précisément dans cette situation sombre que Jésus commence à apporter la lumière de la bonne nouvelle : « Le royaume des cieux est proche » (v. 17).
Dans notre vie personnelle et ecclésiale aussi, parfois à cause de résistances intérieures ou de circonstances que nous ne jugeons pas favorables, nous pensons que ce n’est pas le bon moment pour annoncer l’Évangile, pour prendre une décision, pour faire un choix, pour changer une situation. Le risque, cependant, est de rester bloqué dans l’indécision ou prisonnier d’une prudence excessive, alors que l’Évangile nous demande le risque de la confiance : Dieu est à l’œuvre à tout moment et chaque moment est bon pour le Seigneur, même si nous ne nous sentons pas prêts ou si la situation ne semble pas être la meilleure.
Le récit évangélique nous montre également le lieu où Jésus commence sa mission publique : « Il quitta Nazareth et vint s’établir à Capharnaüm » (v. 13). Il reste toutefois en Galilée, un territoire habité principalement par des païens, qui, en raison du commerce, est aussi une terre de passage et de rencontres ; nous pourrions dire un territoire multiculturel traversé par des personnes d’origines et d’appartenances religieuses différentes. Ainsi, l’Évangile nous dit que le Messie vient d’Israël, mais qu’il dépasse les frontières de sa propre terre pour annoncer le Dieu qui se fait proche de tous, qui n’exclut personne, qui n’est pas venu seulement pour ceux qui sont purs, mais qui, au contraire, se mêle aux situations et aux relations humaines. Nous aussi, chrétiens, nous devons donc vaincre la tentation de nous fermer : l’Évangile doit en effet être annoncé et vécu en toutes circonstances et dans tous les milieux, afin qu’il soit levain de fraternité et de paix entre les personnes, entre les cultures, les religions et les peuples.
Frères et sœurs, comme les premiers disciples, nous sommes appelés à accueillir l’appel du Seigneur, dans la joie de savoir que chaque moment et chaque lieu de notre vie sont visités par Lui et traversés par son amour. Prions la Vierge Marie, afin qu’elle nous obtienne cette confiance intérieure et nous accompagne sur notre chemin.
25 janvier 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière des Vêpres en la solennité de la conversion de Saint Paul Apôtre, basilique Saint Paul Hors les Murs
Alors que nous sommes réunis auprès de la dépouille mortelle de l’Apôtre des Gentils, nous nous rappelons que sa mission est aussi celle de tous les chrétiens d’aujourd’hui : annoncer le Christ et inviter tout le monde à avoir confiance en lui. En effet, toute véritable rencontre avec le Seigneur est un moment qui transforme, qui donne une nouvelle vision et une nouvelle orientation pour accomplir la tâche d’édifier le Corps du Christ (cf. Ep 4, 12).
Il est du devoir commun de tous les chrétiens de dire au monde, avec humilité et joie : « Regardez le Christ ! Approchez-vous de Lui ! Accueillez sa Parole qui illumine et console ! » (Homélie de la messe pour le début du Pontificat, 18 mai 2025).
Puisse aujourd’hui encore le Saint-Esprit trouver en nous l’intelligence docile pour communiquer d’une seule voix la foi aux hommes et aux femmes de notre temps !
Dans le passage de la Lettre aux Éphésiens nous entendons sans cesse répéter le qualificatif “un” : un seul corps, un seul Esprit, une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu (cf. Ep 4, 4-6). Comment ces paroles inspirées pourraient-elles ne pas nous toucher profondément ? Comment notre cœur pourrait-il ne pas brûler sous leur impact ?
28 janvier 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
En poursuivant la lecture de la Constitution conciliaire Dei Verbum sur la Révélation divine, nous réfléchissons aujourd'hui sur le lien entre l'Écriture Sainte et la Tradition. Nous pouvons prendre comme toile de fond deux scènes évangéliques. Dans la première, qui se déroule au Cénacle, Jésus, dans son grand discours-testament adressé à ses disciples, affirme : « Je vous ai dit ces choses pendant que je suis encore avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. […] Quand il viendra, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière » (Jn 14, 25-26 ; 16, 13).
La deuxième scène nous conduit, quant à elle, sur les collines de Galilée. Jésus ressuscité se montre à ses disciples, qui sont surpris et dubitatifs, et leur donne une mission : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, […] leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). Dans ces deux scènes, le lien étroit entre la parole prononcée par le Christ et sa diffusion au cours des siècles est évident.
C'est ce qu'affirme le Concile Vatican II en recourant à une image évocatrice : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture sont donc reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin » (Dei Verbum, 9). La Tradition ecclésiale se ramifie tout au long de l'histoire à travers l'Église qui garde, interprète et incarne la Parole de Dieu. Catéchisme de l'Église Catholique (cf. n° 113) renvoie à cet égard à une devise des Pères de l'Église : « La Sainte Écriture est écrite dans le cœur de l'Église avant d'être écrite sur des supports matériels », c'est-à-dire dans le texte sacré.
Dans le sillage des paroles du Christ que nous avons citées plus haut, le Concile affirme que « la Tradition d'origine apostolique progresse dans l'Église avec l'aide du Saint-Esprit » (DV, 8). Cela se produit grâce à la pleine compréhension par « la réflexion et l'étude des croyants », à travers l'expérience qui naît d'une « intelligence plus profonde des choses spirituelles » et, surtout, grâce à la prédication des successeurs des apôtres qui ont reçu « un charisme certain de vérité ». En résumé, « l'Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu'elle croit » (ibid.).
À ce propos, célèbre est l'expression de saint Grégoire le Grand : « La Sainte Écriture grandit avec ceux qui la lisent » [1]. Et saint Augustin avait déjà affirmé qu'« il n'y a qu'un seul discours de Dieu qui se développe dans toute l'Écriture et qu'il n'y a qu'un seul Verbe qui résonne dans la bouche de tant de saints » [2]. La Parole de Dieu n'est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique qui se développe et croit au sein de la Tradition. Grâce à l'Esprit Saint, celle-ci la comprend dans toute la richesse de sa vérité et l'incarne dans les coordonnées changeantes de l'histoire.
À cet égard, ce que proposait le saint docteur de l'Église John Henry Newman dans son ouvrage intitulé Le développement de la doctrine chrétienne est suggestif. Il affirmait que le christianisme, tant comme expérience communautaire que comme doctrine, est une réalité dynamique, comme l'a indiqué Jésus lui-même dans les paraboles de la graine (cf. Mc 4, 26-29) : une réalité vivante qui se développe grâce à une force vitale intérieure. [3]
L'apôtre Paul exhorte à plusieurs reprises son disciple et collaborateur Timothée : « O Timothée, garde le dépôt qui t'a été confié » (1Tm 6, 20 ; cf. 2 Tm 1, 12.14). La constitution dogmatique Dei Verbum fait écho à ce texte paulinien lorsqu'elle dit : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église », interprété par le « Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ » (n° 10). Le terme « dépôt » est, dans son sens originel, de nature juridique et impose au dépositaire le devoir de conserver le contenu, qui dans ce cas est la foi, et de le transmettre intact.
Le « dépôt » de la Parole de Dieu est encore aujourd'hui entre les mains de l'Église et nous tous, dans les différents ministères ecclésiaux, devons continuer à le préserver dans son intégrité, comme une étoile polaire pour notre cheminement dans la complexité de l'histoire et de l'existence.
En conclusion, très chers amis, écoutons encore la Dei Verbum, qui exalte l'interdépendance entre la Sainte Écriture et la Tradition : elles sont - affirme-t-il - si étroitement liées et unies entre elles qu'elles ne peuvent subsister indépendamment l'une de l'autre, et ensemble, selon leur propre manière, sous l'action d'un seul Esprit Saint, elles contribuent efficacement au salut des âmes (cf. n° 10).
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[1] Homélie sur Ezéchiel I, VII, 8 : PL 76, 843D.
[2] Commentaires sur les Psaumes 103, IV, 1
[3] Cfr. J.H. Newman, Lo sviluppo della dottrina cristiana, Milano 2003, p. 104.
29 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour la Doctrine de la Foi
Le fondement de la vie du Corps du Christ est l’amour du Père, qui nous a été révélé dans le Fils fait homme, présent et œuvrant en nous par le don de l’Esprit; c’est pourquoi «ce n’est pas l’Eglise qui attire, mais le Christ, et si un chrétien ou une communauté ecclésiale attire, c’est parce qu’à travers ce “canal” passe la sève vitale de la Charité qui jaillit du Cœur du Sauveur»
31 janvier 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de l’inauguration de la mosaïque mariale et de la statue de sainte Rose de Lima (Pérou) dans les Jardins du Vatican
Rappelons-nous ce que dit le Concile Vatican II : « Il est donc évident pour tous que tous les fidèles du Christ, quel que soit leur rang ou leur état, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité. … Pour atteindre cette perfection, les fidèles doivent utiliser leurs forces comme ils les ont reçues, comme un don du Christ. Ils doivent suivre ses traces et se conformer à son image en recherchant la volonté du Père en toutes choses. Ils doivent se consacrer de tout leur être à la gloire de Dieu et au service de leur prochain. De cette manière, la sainteté du Peuple de Dieu se transformera en une moisson abondante de bien, comme le montre admirablement la vie de tant de saints dans l’histoire de l’Église » (Constitution dogmatique Lumen gentium, 40).
Chers amis, ces belles images que nous contemplons aujourd’hui nous rappellent la grandeur de la vocation à laquelle Dieu nous appelle, à savoir la vocation universelle à la sainteté. Je vous encourage, avec la grâce de Dieu, à être des témoins et des exemples de cette sainteté dans le monde d’aujourd’hui. Car telle est la volonté de Dieu : notre propre sanctification (cf. 1 Thess 4, 3 ; Eph 1, 4). Que la Vierge Marie et tous les saints intercèdent pour nous sur notre chemin vers notre patrie céleste.
1er février 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus.
Dans la liturgie d’aujourd’hui, on proclame une page magnifique de la Bonne Nouvelle que Jésus annonce à toute l’humanité : l’Évangile des Béatitudes (Mt 5, 1-12). Celles-ci sont en effet des lumières que le Seigneur allume dans la pénombre de l’histoire, révélant le projet de salut que le Père réalise par le Fils, avec la puissance de l’Esprit Saint.
Sur le Mont, le Christ remet à ses disciples la loi nouvelle, inscrite dans les cœurs et non plus sur la pierre : elle renouvelle notre vie et la rend bonne, même lorsqu’elle semble avoir échoué et être misérable aux yeux du monde. Dieu seul peut vraiment appeler heureux les pauvres et les affligés (cf. vv. 3-4), car Il est le bien suprême qui se donne à tous avec un amour infini. Dieu seul peut rassasier ceux qui recherchent la paix et la justice (cf. vv. 6.9), car Il est le juste juge du monde, l’auteur de la paix éternelle. En Dieu seulement les doux, les miséricordieux et les purs de cœur trouvent la joie (vv. 5.7-8), car Il est l’accomplissement de leur attente. Dans la persécution, Dieu est source de rédemption ; dans le mensonge, il est l’ancre de la vérité. C’est pourquoi Jésus proclame: « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse ! » (v. 12).
Ces Béatitudes demeurent un paradoxe uniquement pour ceux qui considèrent que Dieu serait différent de celui que le Christ révèle. Ceux qui s’attendent à ce que les tyrans soient toujours maîtres sur la terre sont surpris par les paroles du Seigneur. Ceux qui ont l’habitude de penser que le bonheur appartient aux riches pourraient croire que Jésus est une illusion. Mais l’illusion réside précisément dans le manque de foi au Christ : il est le pauvre qui partage sa vie avec tous, le doux qui persévère dans la souffrance, l’artisan de paix persécuté jusqu’à la mort sur la croix.
C’est ainsi que Jésus éclaire le sens de l’histoire : non pas celle écrite par les vainqueurs, mais celle que Dieu accomplit en sauvant les opprimés. Le Fils regarde le monde avec le réalisme de l’amour du Père ; à l’opposé se trouvent, comme le disait le Pape François, « les professionnels de l’illusion. Il ne faut pas les suivre, parce qu’ils sont incapables de nous donner l’espérance » (Angelus, 17 février 2019). Dieu, au contraire, donne cette espérance en premier lieu à ceux que le monde rejette comme misérables.
Alors, chers frères et sœurs, les Béatitudes deviennent pour nous un test du bonheur, et nous amènent à nous demander si nous le considérons comme une conquête que l’on achète ou comme un don que l’on partage ; si nous le plaçons dans des objets qui se consomment ou dans des relations qui nous accompagnent. C’est en effet “à cause du Christ” (cf. v. 11) et grâce à Lui que l’amertume des épreuves se transforme en joie des rachetés : Jésus ne parle pas d’une consolation lointaine, mais d’une grâce constante qui nous soutient toujours, surtout à l’heure de l’affliction.
Les Béatitudes élèvent les humbles et dispersent les superbes dans les pensées de leur cœur (cf. Lc 1, 51-52). C’est pourquoi nous implorons l’intercession de la Vierge Marie, servante du Seigneur, que toutes les générations disent bienheureuse.
4 février 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
L'origine divine de l'Écriture rappelle que l'Évangile, confié au témoignage des baptisés, tout en embrassant toutes les dimensions de la vie et de la réalité, les transcende : il ne peut être réduit à un simple message philanthropique ou social, mais c’est l'annonce joyeuse de la vie pleine et éternelle que Dieu nous a donnée en Jésus.
Rendons grâce au Seigneur qui, dans sa bonté, ne laisse pas notre vie manquer de la nourriture essentielle de sa Parole, et prions pour que nos paroles, et plus encore notre vie, n'obscurcissent pas l'amour de Dieu qui y est raconté.
4 février 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins francophones, au terme de l’Audience Générale
Fréquentons assidument les Saintes Ecritures pour qu’elles forment nos cœurs et inspirent nos actions. Puisse la Parole de Dieu s’incarner en nous pour rendre notre monde meilleur.
6 février 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie
Je suis heureux de vous rencontrer en ces jours où vous êtes réunis pour l’Assemblée plénière du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Au centre de vos travaux se trouvent les thèmes de la formation chrétienne et des Rencontres mondiales, réalités importantes pour toute l’Église.
Les Rencontres mondiales impliquent un grand nombre de participants et exigent un travail d’organisation complexe, à l’écoute et en collaboration avec les communautés locales et avec des personnes et des organismes qui, pour beaucoup, ont une longue et précieuse expérience de l’évangélisation.
Je voudrais toutefois m’arrêter en particulier sur le thème de la formation chrétienne. Les paroles de saint Paul, que vous avez choisies comme titre de votre rencontre, indiquent une orientation précise à cet égard. Si nous considérons le verset dont elles sont extraites dans son intégralité, nous lisons : « Mes petits enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ! » (Gal 4, 19). L’Apôtre s’adresse aux Galates en les appelant « mes petits enfants », faisant référence à une « douleur » par laquelle, non sans souffrance, il les a conduits à accueillir le Christ. La formation est ainsi placée dans le contexte de la « génération », du « don de la vie », de la « naissance », dans une dynamique qui, même dans la douleur, conduit le disciple à une union vitale avec la personne même du Sauveur, vivant et agissant en lui, capable de transformer « la vie dans la chair » (cf. Rom 7, 5) en « la vie du Christ en nous » (cf. 2 Co 13, 5 ; Ga 2, 20).
C’est un thème cher à l’Apôtre et présent dans divers passages de ses lectures. Par exemple, s’adressant aux Corinthiens, il dit : « Car, bien que vous ayez d’innombrables guides dans le Christ, vous n’avez pas beaucoup de pères. Car c’est moi qui vous ai engendrés dans le Christ Jésus par l’Évangile » (1 Co 4, 15).
Il est vrai que dans l’Église, parfois, la figure du formateur en tant que « pédagogue », engagé dans la transmission d’instructions et de compétences religieuses, a prévalu sur celle du « père » capable de générer la foi. Notre mission, cependant, est beaucoup plus noble, et nous ne pouvons donc pas nous contenter de transmettre une doctrine, une observance, une éthique, mais nous sommes appelés à partager ce que nous vivons, avec générosité, amour sincère pour les âmes, volonté de souffrir pour les autres et dévouement sans réserve, comme des parents qui se sacrifient pour le bien de leurs enfants.
Cela nous conduit à un autre aspect de la formation : sa dimension communautaire. De même que la vie humaine se transmet grâce à l’amour d’un homme et d’une femme, la vie chrétienne se transmet à travers l’amour d’une communauté. Ce n’est pas le prêtre seul, ni le catéchiste, ni le leader charismatique qui engendre la foi, mais l’Église (cf. François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2012, 111), l’Église unie et vivante, composée de familles, de jeunes, de célibataires, de personnes consacrées, inspirée par la charité et donc désireuse d’être féconde, de transmettre à tous et surtout aux nouvelles générations la joie et la plénitude de sens qu’elle vit et expérimente. Le désir des parents de donner la vie à leurs enfants ne naît pas du besoin d’avoir quelque chose, mais du désir de donner, de partager la surabondance d’amour et de joie qui habite en eux, et c’est là que toute œuvre de formation trouve également ses racines.
Jésus, après la Résurrection, confie le mandat missionnaire aux Apôtres, leur disant de « faire de toutes les nations des disciples », de « les baptiser » et de « leur enseigner à observer tout ce que je vous ai prescrit » (cf. Mt 28, 19-20). Je rappelle ces expressions parce qu’elles résument d’autres éléments fondamentaux de la mission du formateur, que je voudrais également souligner.
Tout d’abord, la nécessité de favoriser des parcours de vie cohérents, engageants et personnels qui conduisent au baptême et aux sacrements, ou à leur redécouverte, car sans eux il n’y a pas de vie chrétienne (cf. Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, 22 février 2007, 6).
Ensuite, l’importance d’aider ceux qui s’engagent dans un cheminement de foi à mûrir et à préserver un nouveau mode de vie qui englobe tous les domaines de l’existence, tant privés que publics, tels que le travail, les relations et la conduite quotidienne (cf. Saint Jean-Paul II, Discours aux participants à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la culture, 16 mars 2002, 3).
En outre, il est essentiel de cultiver, dans nos communautés, les aspects de la formation qui visent au respect de la vie humaine à tous ses stades, en particulier ceux qui contribuent à prévenir toute forme d’abus envers les mineurs et les personnes vulnérables, ainsi qu’à accompagner et à soutenir les victimes.
Comme nous pouvons le constater, l’art de former n’est pas facile et ne peut être improvisé : il exige de la patience, de l’écoute, de l’accompagnement et de la vérification, tant au niveau personnel que communautaire, et ne peut être séparé de l’expérience et de la compagnie de ceux qui l’ont vécu, afin d’apprendre et de suivre leur exemple. C’est ainsi qu’au fil des siècles, des géants spirituels tels que saint Ignace de Loyola, saint Philippe Néri, saint Joseph Calasanz, saint Gaspard del Bufalo et saint Jean Leonardi ont émergé. C’est dans cet esprit que saint Augustin, peu après avoir été élu évêque, a composé son traité De catechizandis rudibus, dont les lignes directrices restent utiles et précieuses aujourd’hui encore.
C’est pourquoi, chers amis, à la lumière de ces modèles, je vous encourage dans votre engagement et je vous remercie de l’aide que vous apportez au Dicastère dans la réflexion sur ces thèmes. Les défis auxquels vous êtes confrontés peuvent parfois sembler dépasser vos forces et vos ressources, mais vous ne devez pas vous décourager. Commencez modestement, en suivant avec foi la logique évangélique du « grain de sénevé » (cf. Mt 13, 31-32), confiants que le Seigneur ne manquera jamais de vous fournir l’énergie, les personnes et les grâces nécessaires au moment opportun. Regardez Marie : en nous donnant le Christ, elle « a œuvré par charité pour que naissent dans l’Église des fidèles, membres de ce Chef » (saint Augustin, De sancta virginitate 6, 6). Imitez sa foi et confiez-vous toujours à son intercession.
Frères et sœurs, je vous réitère mes remerciements, je vous promets de vous garder dans ma prière et je vous bénis de tout cœur.
8 février 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus s’adresse à ceux qui les vivent, en disant que grâce à eux, la terre n’est plus la même et le monde n’est plus dans les ténèbres. « Vous êtes le sel de la terre. […] Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14). C’est en effet la joie véritable qui donne du goût à la vie et révèle ce qui n’existait pas auparavant. Cette joie émane d’un style de vie, d’une manière d’habiter la terre et de vivre ensemble qui doit être désirée et choisie. C’est la vie qui resplendit en Jésus, la saveur nouvelle de ses gestes et de ses paroles. Après l’avoir rencontré, tout ce qui s’éloigne de sa pauvreté d’esprit, de sa douceur et de sa simplicité de cœur, de sa faim et de sa soif de justice, qui activent la miséricorde et la paix comme dynamiques de transformation et de réconciliation, semble insipide et terne.
Le prophète Isaïe énumère des gestes concrets qui mettent fin à l’injustice : partager son pain avec celui qui a faim, accueillir chez soi les pauvres et les sans-abri, vêtir celui que nous voyons nu, sans négliger ses voisins et les membres de sa famille (cf. Is 58, 7). « Alors – poursuit le prophète – ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement (v. 8). D’un côté, la lumière, celle qu’on ne peut cacher, car elle est grande comme le soleil qui chasse les ténèbres chaque matin ; de l’autre, une blessure qui brûlait auparavant et qui guérit maintenant.
Il est douloureux, en effet, de perdre le goût et de renoncer à la joie ; pourtant, il est possible d’avoir cette blessure dans le cœur. Jésus semble mettre en garde ceux qui l’écoutent, afin qu’ils ne renoncent pas à la joie. Le sel qui a perdu sa saveur, dit-il, « n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens » (Mt 5, 13). Combien de personnes – peut-être cela nous est-il aussi arrivé – se sentent bonnes à jeter, imparfaites. C’est comme si leur lumière avait été cachée. Jésus nous annonce cependant un Dieu qui ne nous rejettera jamais, un Père qui garde notre nom, notre unicité. Chaque blessure, même profonde, guérira en accueillant la parole des Béatitudes et en nous remettant à marcher sur le chemin de l’Évangile.
Ce sont en effet des gestes d’ouverture aux autres et d’attention, ceux qui ravivent la joie. Certes, dans leur simplicité, ils nous placent à contre-courant. Jésus lui-même a été tenté, dans le désert, par d’autres voies : faire valoir son identité, l’exhiber, avoir le monde à ses pieds. Mais il a rejeté les voies qui lui auraient fait perdre sa véritable saveur, celle que nous retrouvons chaque dimanche dans le pain rompu : la vie donnée, l’amour qui ne fait pas de bruit.
Frères et sœurs, laissons-nous nourrir et éclairer par la communion avec Jésus. Sans aucune ostentation, nous serons alors comme une ville sur une montagne, non seulement visible, mais aussi chaleureuse et accueillante : la cité de Dieu où, au fond, tous désirent habiter et trouver la paix. Tournons maintenant notre regard et notre prière vers Marie, Porte du ciel, afin qu’elle nous aide à devenir et à rester disciples de son Fils.
11 février 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale.
Dans la catéchèse d'aujourd'hui, nous nous méditerons sur le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l'Église, lien exprimé par la Constitution conciliaire Dei Verbum, au chapitre six. L'Église est le lieu propre de l'Écriture Sainte. Sous l'inspiration du Saint-Esprit, la Bible est née du peuple de Dieu et est destinée au peuple de Dieu. Elle a pour ainsi dire son habitat dans la communauté chrétienne : c'est en effet dans la vie et dans la foi de l'Église qu'elle trouve l'espace où révéler sa signification et manifester sa force.
Vatican II rappelle que « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. » De plus, « l’Église eut et elle a toujours pour règle suprême de sa foi les Écritures, conjointement avec la sainte Tradition,» (Dei Verbum, 21).
L'Église ne cesse jamais de réfléchir à la valeur des Saintes Écritures. Après le Concile, un moment très important à cet égard a été l'Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église », en octobre 2008. Le Pape Benoît XVI en a récolté les fruits dans l'exhortation post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), où il affirme : « Le lien intrinsèque entre la Parole et la foi met vraiment en évidence que l’authentique herméneutique de la Bible ne peut se situer que dans la foi ecclésiale, qui a dans le ‘oui’ de Marie, son paradigme. [...] Le lieu originaire de l’interprétation scripturaire est la vie de l’Église. » (n°29).
Dans la communauté ecclésiale, l'Écriture trouve donc le cadre dans lequel elle peut accomplir sa tâche particulière et atteindre son but : faire connaître le Christ et ouvrir au dialogue avec Dieu. « L'ignorance de l'Écriture est en effet ignorance du Christ ». [1] Cette célèbre expression de saint Jérôme nous rappelle le but ultime de la lecture et de la méditation de l'Écriture : connaître le Christ et, à travers Lui, entrer en relation avec Dieu, relation qui peut être comprise comme une conversation, un dialogue. Et la Constitution Dei Verbum nous a présenté la Révélation précisément comme un dialogue, dans lequel Dieu parle aux hommes comme à des amis (cf. DV, 2). Cela se produit lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière : alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous.
La Sainte Écriture, confiée à l'Église, gardée et expliquée par elle, joue un rôle actif : en effet, par son efficacité et sa puissance, elle soutient et fortifie la communauté chrétienne. Tous les fidèles sont appelés à s'abreuver à cette source, tout d'abord dans la célébration de l'Eucharistie et des autres Sacrements. L'amour des Saintes Écritures et la familiarité avec elles doivent guider ceux qui exercent le ministère de la Parole : évêques, prêtres, diacres, catéchistes. Le travail des exégètes et de ceux qui pratiquent les sciences bibliques est précieux ; et la place de l'Écriture est centrale pour la théologie, qui trouve dans la Parole de Dieu son fondement et son âme.
Ce que l'Église désire ardemment, c'est que la Parole de Dieu puisse atteindre chacun de ses membres et en nourrir le cheminement de foi. Mais la Parole de Dieu pousse également l'Église au-delà d'elle-même, elle l'ouvre continuellement à la mission envers tous. En effet, nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien d'entre elles sont vides ! Parfois, nous entendons aussi des paroles sages, mais qui ne touchent pas notre destin ultime. La Parole de Dieu, en revanche, répond à notre soif de sens, de vérité sur notre vie. Elle est la seule Parole toujours nouvelle : en nous révélant le mystère de Dieu, elle est inépuisable, elle ne cesse jamais d'offrir ses richesses.
Très chers amis, en vivant dans l'Église, on apprend que l'Écriture Sainte est entièrement relative à Jésus-Christ, et on expérimente que c'est là la raison profonde de sa valeur et de sa puissance. Le Christ est la Parole vivante du Père, le Verbe de Dieu fait chair. Toutes les Écritures annoncent sa Personne et sa présence salvatrice, pour chacun de nous et pour l'humanité tout entière. Ouvrons donc notre cœur et notre esprit pour accueillir ce don, à l'école de Marie, Mère de l'Église.
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[1] S. Jérôme, Commentaire sur Isaïe, Prol. : PL 24, 17 B.
11 février 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins francophones lors de l’Audience Générale
A l’école de Marie, Mère de l’Église, accueillons le Christ, Parole vivante de Dieu, qui réalise notre conversion intérieure, renouvelant notre esprit et notre cœur pour vivre selon l’Évangile.
11 février 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux jeunes, malades et nouveaux époux, terme de l’Audience Générale
Que Notre-Dame de Lourdes que nous célébrons aujourd’hui, vous accompagne de son amour maternel, intercède pour vous auprès de Dieu et vous obtienne les grâces et vous soutienne dans sur votre route.
15 février 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Aujourd’hui encore, nous entendons dans l’Évangile une partie du « Discours sur la montagne » (cf. Mt 5, 17-37). Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus nous invite à entrer dans la nouveauté du Royaume de Dieu et, pour nous guider dans ce cheminement, il révèle la véritable signification des préceptes de la Loi de Moïse. Ceux-ci ne servent pas à satisfaire un besoin religieux extérieur pour se sentir en règle devant Dieu, mais à nous faire entrer dans une relation d’amour avec Lui et avec nos frères. C’est pourquoi Jésus dit qu’Il n’est pas venu pour abolir la Loi, « mais pour l’accomplir » (v. 17).
L’accomplissement de la Loi, c’est précisément l’amour qui en réalise le sens profond et le but ultime. Il s’agit d’acquérir une “justice supérieure” (cf. v. 20) à celle des scribes et des pharisiens, une justice qui ne se limite pas à observer les commandements, mais qui nous ouvre à l’amour et nous engage dans l’amour. Jésus examine en effet certains préceptes de la Loi qui se réfèrent à des situations concrètes de la vie, et il utilise une forme linguistique – les antinomies – précisément pour montrer la différence entre une justice religieuse formelle et la justice du Royaume de Dieu : d’un côté : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens », et de l’autre, Jésus affirme : « Mais moi, je vous dis » (cf. vv. 21-37).
Cette approche est très importante. Elle nous dit que la Loi a été donnée à Moïse et aux prophètes comme un moyen de commencer à connaître Dieu et son projet sur nous et sur l’histoire ou, pour reprendre une expression de saint Paul, comme un pédagogue qui nous a guidés vers Lui (cf. Gal 3, 23-25). Mais maintenant, Lui-même est venu parmi nous en la personne de Jésus qui a accompli la Loi, faisant de nous des fils du Père et nous donnant la grâce d’entrer en relation avec Lui comme des fils et comme des frères entre nous.
Frères et sœurs, Jésus nous enseigne que la vraie justice, c’est l’amour et que, dans chaque précepte de la Loi, nous devons saisir une exigence d’amour. En effet, il ne suffit pas de ne pas tuer physiquement une personne si ensuite je la tue avec des mots, ou si je ne respecte pas sa dignité (cf. vv. 21-22). De même, il ne suffit pas d’être formellement fidèle à son conjoint et de ne pas commettre d’adultère si cette relation manque de tendresse réciproque, d’écoute, de respect, de prise en charge de l’autre et de cheminement conjoint dans un projet commun (cf. vv. 27-28.31-32). À ces exemples, que Jésus lui-même nous offre, nous pourrions en ajouter d’autres encore. L’Évangile nous donne cet enseignement précieux : une justice minimale ne suffit pas, il faut un grand amour, possible grâce à la force de Dieu.
Invoquons ensemble la Vierge Marie, qui a donné au monde le Christ, Celui qui accomplit la Loi et le projet du salut : qu’elle intercède pour nous, qu’elle nous aide à entrer dans la logique du Royaume de Dieu et à vivre sa justice.
18 février 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe des Cendres célébrée en la Basilique Sainte Sabine, en l’Aventin
Au début de chaque Temps liturgique, nous redécouvrons avec une joie toujours nouvelle la grâce d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté convoquée pour écouter la Parole de Dieu. Le prophète Joël nous a rejoints par sa voix qui conduit chacun à sortir de son isolement et fait de la conversion une urgence indissociablement personnelle et publique : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! » (Jl 2, 16). Il mentionne les personnes dont l’absence serait facile à justifier : les plus fragiles et les moins aptes à se rassembler en grand nombre. Puis le prophète nomme l’époux et l’épouse : il semble les appeler hors de leur intimité afin qu’ils se sentent partie intégrante d’une communauté plus large. Viennent ensuite à leur tour les prêtres qui se trouvent déjà, presque par devoir, « entre le portail et l’autel » (v. 17) ; ils sont invités à pleurer et à trouver les mots justes pour tous : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple ! » (v. 17).
Le Carême, aujourd’hui encore, est un temps fort de communauté : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte » (Jl 2, 16). Nous savons combien il est de plus en plus difficile de rassembler les gens et de se sentir comme un peuple, non pas de manière nationaliste et agressive, mais dans une communion où chacun trouve sa place. C’est même ici que prend forme un peuple qui reconnaît ses propres péchés, à savoir que le mal ne vient pas de prétendus ennemis, mais qu’il a atteint les cœurs, qu’il est présent dans la vie de chacun et qu’il doit être affronté en assumant courageusement ses responsabilités. Nous devons admettre qu’il s’agit d’une attitude à contre-courant mais qui, alors qu’il est si naturel de se déclarer impuissant face à un monde en feu, constitue une véritable alternative, honnête et attirante. Oui, l’Église existe aussi comme prophétie pour des communautés qui reconnaissent leurs propres péchés.
Certes, le péché est personnel, mais il prend forme dans les milieux réels et virtuels que nous fréquentons, dans les attitudes avec lesquelles nous nous conditionnons mutuellement, souvent au sein de véritables “structures de péché” d’ordre économique, culturel, politique et même religieux. Opposer le Dieu vivant à l’idolâtrie – nous enseigne l’Écriture – c’est oser la liberté et la retrouver à travers un exode, un cheminement. Ne plus être paralysés, rigides, sûrs de nos positions, mais rassemblés pour bouger et changer. Comme il est rare de trouver des adultes qui se repentent, des personnes, des entreprises et des institutions qui admettent avoir commis des erreurs !
Aujourd’hui, il s’agit précisément de cette possibilité pour nous. Et ce n’est pas un hasard si de nombreux jeunes, même dans des contextes sécularisés, ressentent plus que par le passé l’appel de ce jour, le Mercredi des Cendres. Ce sont eux, en effet, les jeunes, qui saisissent distinctement qu’un mode de vie plus juste est possible et qu’il existe des responsabilités quant à ce qui ne va pas dans l’Église et dans le monde. Il convient donc de commencer là où l’on peut et avec ceux qui sont là. « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Nous sentons donc la portée missionnaire du Carême, non pas pour nous détourner du travail sur nous-mêmes, mais pour l’ouvrir à nombre de personnes inquiètes et de bonne volonté qui cherchent les voies d’un authentique renouveau de la vie, à l’horizon du Royaume de Dieu et de sa justice.
« Pourquoi les peuples diraient-ils : « Où donc est leur Dieu ? » » (Jl 2, 17). La question du prophète est comme un aiguillon. Elle nous rappelle aussi ces pensées qui nous concernent et qui surgissent chez ceux qui observent le peuple de Dieu de l’extérieur. Le Carême nous incite en effet à ces revirements – ces conversions – dont dépend la crédibilité de notre annonce.
Il y a soixante ans, quelques semaines après la fin du Concile Vatican II, saint Paul VI voulut célébrer publiquement le rite des cendres, rendant visible à tout le monde, lors d’une Audience générale dans la Basilique Saint-Pierre, le geste que nous sommes sur le point d’accomplir aujourd’hui. Il en parla comme d’une « cérémonie pénitentielle sévère et impressionnante » (Paul VI, Audience générale, 23 février 1966), qui heurte le sens commun et en même temps rejoint les questions de la culture. Il disait : « Nous, les modernes, nous pouvons nous demander si cette pédagogie est encore compréhensible. Nous répondons par l’affirmative. Parce qu’il s’agit d’une pédagogie réaliste. Elle est un rappel sévère à la vérité. Elle nous ramène à la vision juste de notre existence et de notre destin ».
Cette « pédagogie pénitentielle » – disait Paul VI – « surprend l’homme moderne sous deux aspects » : le premier est « celui de son immense capacité d’illusion, d’autosuggestion, de tromperie systématique de lui-même sur la réalité de la vie et ses valeurs ». Le second aspect est « le pessimisme fondamental » que le Pape Montini constatait partout : « La plupart des témoignages humains que nous offrent aujourd’hui la philosophie, la littérature, le spectacle – disait-il – concluent en proclamant la vanité inéluctable de toute chose, l’immense tristesse de la vie, la métaphysique de l’absurde et du néant. Ces témoignages sont une apologie des cendres ».
Nous pouvons aujourd’hui reconnaître la prophétie que contenaient ces paroles et sentir dans les cendres qui nous sont imposées le poids d’un monde en feu, de villes entières détruites par la guerre : les cendres du droit international et de la justice entre les peuples, les cendres d’écosystèmes entiers et de la concorde entre les personnes, les cendres de la pensée critique et des anciennes sagesses locales, les cendres de ce sens du sacré qui habite toute créature.
« Où donc est leur Dieu ? », se demandent les peuples. Oui, très chers amis, l’histoire nous le demande, et avant cela, notre conscience : appeler la mort par son nom, en porter les signes, mais témoigner de la résurrection. Reconnaître nos péchés pour nous convertir est déjà un présage et un témoignage de résurrection : cela signifie en effet ne pas s’arrêter dans les cendres, mais se relever et reconstruire. Alors, le Triduum pascal, que nous célébrerons au sommet du cheminement du Carême, libérera toute sa beauté et sa signification. Il le fera en nous ayant engagés, par la pénitence, dans le passage de la mort à la vie, de l’impuissance aux possibilités de Dieu.
C’est pourquoi les martyrs d’hier et d’aujourd’hui brillent comme des pionniers de notre chemin vers Pâques. L’ancienne tradition romaine des stations de Carême – dont celle d’aujourd’hui est la première – est instructive : elle renvoie autant au mouvement, en tant que pèlerins, qu’à la pause – statio – auprès des “mémoires” des martyrs sur lesquelles s’élèvent les basiliques de Rome. N’est-ce pas une invitation à nous mettre sur les traces des témoignages admirables dont le monde entier est désormais parsemé ? Reconnaître les lieux, les histoires et les noms de ceux qui ont choisi la voie des Béatitudes et en ont assumé les conséquences jusqu’au bout. Une myriade de semences qui, alors qu’elles semblaient perdues, ensevelies dans la terre, ont préparé la moisson abondante qu’il nous appartient de récolter. Le Carême, comme nous le suggère l’Évangile, en nous libérant du désir d’être vus à tout prix (cf. Mt 6, 2.5.16), nous apprend plutôt à voir ce qui naît, ce qui grandit, et nous pousse à le servir. C’est l’harmonie profonde qui s’établit dans le secret de celui qui jeûne, prie et aime avec le Dieu de la vie, notre Père et celui de tous. C’est vers Lui que nous réorientons, avec sobriété et joie, tout notre être, tout notre cœur.
22 février 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Aujourd’hui, Premier Dimanche de Carême, l’Évangile nous parle de Jésus qui, conduit par l’Esprit, se rend dans le désert et est tenté par le diable (cf. Mt 4, 1-11). Après avoir jeûné pendant quarante jours, il ressent le poids de son humanité : au niveau physique la faim et au niveau moral les tentations du diable. Il éprouve la même fatigue que nous ressentons tous sur notre chemin et, en résistant au démon, il nous montre comment vaincre les ruses et les pièges.
La liturgie, avec cette Parole de vie, nous invite à considérer le Carême comme un chemin lumineux où, par la prière, le jeûne et l’aumône, nous pouvons renouveler notre coopération avec le Seigneur dans la réalisation du chef-d’œuvre unique qu’est notre vie. Il s’agit de Lui permettre d’enlever les taches et de guérir les blessures que le péché a pu causer en elle, et de nous engager à la faire fleurir dans toute sa beauté jusqu’à la plénitude de l’amour, seule source du vrai bonheur.
Certes, il s’agit d’un chemin exigeant, et le risque est de nous décourager ou de nous laisser séduire par des voies de satisfaction moins fatigantes, comme la richesse, la renommée et le pouvoir (cf. Mt 4, 3-8). Ces tentations, qui ont également été celles de Jésus, ne sont toutefois que de piètres substituts à la joie pour laquelle nous sommes faits et, au final, elles nous laissent inévitablement et éternellement insatisfaits, inquiets et vides.
C’est pourquoi saint Paul VI enseignait que la pénitence, loin d’appauvrir notre humanité, l’enrichit, en la purifiant et en la renforçant dans sa marche vers un horizon qui a « pour terme l’amour et l’abandon dans le Seigneur » (Const. ap. Paenitemini, 17 février 1966, I). En effet, tout en nous rendant conscients de nos limites, la pénitence nous donne la force de les surmonter et de vivre, avec l’aide de Dieu, une communion toujours plus intense avec Lui et entre nous.
En ce temps de grâce, pratiquons-la généreusement, avec la prière et les œuvres de miséricorde : faisons place au silence ; faisons taire un peu les télévisions, les radios, les smartphones. Méditons la Parole de Dieu, approchons-nous des Sacrements ; écoutons la voix du Saint-Esprit qui nous parle dans le cœur, et écoutons-nous mutuellement, dans les familles, sur les lieux de travail, dans les communautés. Consacrons du temps à ceux qui sont seuls, en particulier aux personnes âgées, aux pauvres, aux malades. Renonçons au superflu et partageons ce que nous économisons avec ceux qui manquent du nécessaire. Alors, comme le dit saint Augustin, notre prière, « appuyée ainsi sur l’humilité et la charité, sur le jeûne et sur l’aumône, sur l’abstinence et le pardon, sur le soin de faire le bien sans rendre le mal, d’éviter le mal et de faire du bien » (Sermo 206, 3), atteindra le Ciel et nous donnera la paix.
À la Vierge Marie, la Mère qui assiste toujours ses enfants dans l’épreuve, confions notre cheminement de Carême.
28 février 2026 - Aux séminaristes de différents diocèses d'Espagne, avec leurs familles
Aujourd’hui, je voudrais me concentrer sur une chose qui soutient silencieusement tout le reste et qui, précisément pour cette raison, court le risque d’être considérée comme acquise sans être cultivée : avoir un regard surnaturel sur la réalité.
Il y a une phrase de l’auteur Chesterton qui peut servir de clé de lecture de tout ce que je voudrais partager avec vous : « Enlevez le surnaturel et vous ne trouverez pas le naturel, mais l’antinaturel » (cf. Heretics, VI). L’homme n’est pas fait pour vivre enfermé en lui-même, mais dans une relation vivante avec Dieu. Lorsque cette relation s’obscurcit ou s’affaiblit, la vie commence à se désordonner de l’intérieur. L’antinaturel n’est pas seulement ce qui est scandaleux ; il suffit de vivre en faisant abstraction de Dieu dans le quotidien, en le laissant à la marge des critères et des décisions avec lesquels on affronte l’existence.
Et si cela est vrai pour tout chrétien, cela l’est de manière particulièrement sérieuse dans le chemin de formation vers le sacerdoce. Qu’y aurait-il de plus antinaturel qu’un séminariste ou un prêtre qui parle de Dieu avec familiarité, mais qui vit intérieurement comme si sa présence n’existait que dans les mots, et non dans l’épaisseur de la vie ? Rien ne serait plus dangereux que de s’habituer aux choses de Dieu sans vivre de Dieu. En définitive, tout commence — et revient toujours — à la relation vivante et concrète avec Celui qui nous a choisis sans aucun mérite de notre part.
Avoir une vision surnaturelle ne signifie pas fuir la réalité, mais apprendre à reconnaître l’action de Dieu dans les événements concrets de chaque jour ; un regard qui ne s’improvise ni ne se délègue, mais qui s’apprend et s’exerce dans les circonstances ordinaires de la vie. C’est pourquoi, si la vision surnaturelle est si décisive pour la vie chrétienne, elle l’est à plus forte raison pour celui qui agira in persona Christi, et elle mérite d’être gardée avec une attention particulière dès la phase formative, car elle est le principe qui donne unité à tout le reste.
Ce regard croyant sur la réalité doit se traduire chaque jour en choix concrets de vie ; autrement, même des pratiques intrinsèquement bonnes — comme l’étude, la prière, la vie communautaire — peuvent se vider intérieurement et se dénaturer, devenant un simple accomplissement formel. Une manière simple et éprouvée de garder ce regard est de s’exercer à la pratique de la présence de Dieu, qui maintient le cœur éveillé et la vie constamment référée à Lui.
L’Écriture Sainte exprime cette vérité par une image simple dans le Psaume 1, lorsqu’elle décrit le juste comme un « arbre planté près des cours d’eau, qui donne du fruit en son temps et dont le feuillage ne se flétrit pas » (v. 3). Il n’est pas fécond par absence de difficultés, mais par le lieu où il a enraciné. Le vent, l’hiver, la sécheresse ou la taille font partie de sa croissance, mais ni la tempête ni l’aridité ne le détruisent lorsque ses racines sont profondes et proches de la source. L’Écriture connaît cependant aussi le paradoxe du figuier qui ne donne pas de fruit malgré les soins reçus (cf. Lc 13, 6-9).
On dit que les arbres « meurent debout » : ils restent dressés, conservent l’apparence, mais à l’intérieur ils sont déjà secs. Quelque chose de semblable peut se produire dans la vie du séminaire ou d’un séminariste — et plus tard dans la vie d’un prêtre — lorsqu’on confond la fécondité avec l’intensité des activités ou avec le simple soin extérieur des formes. La vie spirituelle ne porte pas du fruit à cause de ce qui se voit, mais à cause de ce qui est profondément enraciné en Dieu. Lorsque cette racine est négligée, tout finit par se dessécher intérieurement, jusqu’à ce que, silencieusement, on « meure debout ».
En définitive, le regard surnaturel naît de l’aspect le plus simple et le plus décisif de la vocation : demeurer avec le Maître. Jésus a appelé ceux qu’il a choisis afin qu’« ils soient avec lui » (Mc 3, 14). Tel est le fondement de toute formation sacerdotale : rester avec Lui et se laisser former de l’intérieur ; voir Dieu agir et reconnaître comment il œuvre dans sa propre vie et dans celle de son peuple. Ainsi, bien que les moyens humains, la psychologie et les instruments formatifs soient précieux et nécessaires, ils ne peuvent remplacer cette relation. Le véritable protagoniste de ce chemin est l’Esprit Saint, qui configure le cœur, enseigne à correspondre à la grâce et prépare une vie féconde au service de l’Église. Tout commence maintenant, dans les choses ordinaires de chaque jour, où chacun décide s’il demeure avec le Seigneur ou s’il cherche à se soutenir seul par ses propres forces.
1er mars 2026 – Méditation du Pape L éon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Place Saint-Pierre
Aujourd'hui, l'Évangile de la liturgie compose pour nous tous une icône pleine de lumière, racontant la Transfiguration du Seigneur (cf. Mt 17, 1-9). Pour la représenter, l'évangéliste puise dans la mémoire des Apôtres, peignant le Christ entre Moïse et Élie. Le Verbe fait homme se tient entre la Loi et la Prophétie : il est la Sagesse vivante, qui accomplit toute parole divine. Tout ce que Dieu a commandé et inspiré aux hommes trouve en Jésus sa manifestation pleine et définitive.
Comme au jour du baptême au Jourdain, aujourd'hui encore, sur la montagne, nous entendons la voix du Père qui proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », tandis que le Saint-Esprit enveloppe Jésus d'une « nuée lumineuse » (Mt 17, 5). Par cette expression vraiment singulière, l'Évangile décrit le style de la révélation de Dieu. Quand il se montre, le Seigneur révèle sa surabondance à notre regard : devant Jésus, dont le visage brille « comme le soleil » et dont les vêtements deviennent « blancs comme la lumière » (cf. v. 2), les disciples admirent la splendeur humaine de Dieu. Pierre, Jacques et Jean contemplent une gloire humble, qui ne s'exhibe pas comme un spectacle pour les foules, mais comme une confiance solennelle.
La Transfiguration anticipe la lumière de Pâques, événement de mort et de résurrection, de ténèbres et de lumière nouvelle que le Christ fait rayonner sur tous les corps flagellés par la violence, sur les corps crucifiés par la douleur, sur les corps abandonnés dans la misère. En effet, alors que le mal réduit notre chair à une marchandise d'échange ou à une masse anonyme, cette même chair resplendit de la gloire de Dieu. Le Rédempteur transfigure ainsi les plaies de l'histoire, illuminant notre esprit et notre cœur : sa révélation est une surprise de salut ! En sommes-nous fascinés ? Le vrai visage de Dieu trouve-t-il en nous un regard d'émerveillement et d'amour ?
Au désespoir de l'athéisme, le Père répond par le don de son Fils Sauveur ; de la solitude agnostique, le Saint-Esprit nous rachète en nous offrant une communion éternelle de vie et de grâce ; face à notre faible foi, se tient l'annonce de la résurrection future : voilà ce que les disciples ont vu dans la splendeur du Christ, mais pour le comprendre, il faut du temps (cf. Mt 17, 9). Un temps de silence pour écouter la Parole, un temps de conversion pour goûter la compagnie du Seigneur.
Alors que nous faisons l'expérience de tout cela pendant le Carême, demandons à Marie, Maîtresse de prière et Étoile du matin, de garder nos pas dans la foi.
1er mars 2026 – Homélie du Pape L éon XIV lors de la Messe à l’occasion de sa Visite pastorale à la paroisse Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Rome
Ce dimanche nous confronte au voyage d’Abraham (cf. Gn 12, 1-4) et à l’événement de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-9).
Avec Abraham, chacun de nous peut se reconnaître en voyage. La vie est un voyage qui demande de la confiance, qui demande de s’en remettre à la Parole de Dieu qui nous appelle et qui nous demande parfois de tout quitter. On peut alors être tenté de fuir la précarité comme un vertige qui bouleverse, alors que c’est précisément en son sein que l’on peut apprécier une promesse de grandeur inattendue. Il arrive chaque jour – parce que le monde raisonne ainsi – que nous prenions la mesure de tout, que nous nous efforcions de tout contrôler. Mais de cette manière, nous perdons l’occasion de découvrir le véritable trésor, la perle précieuse, comme nous l’enseigne l’Évangile, que Dieu a cachée de manière surprenante dans notre champ (cf. Mt 13, 44).
Le voyage d’Abraham commence par une perte : la terre et la maison qui gardent les souvenirs de son passé. Mais il s’accomplira dans une nouvelle terre et dans une immense descendance, où tout devient bénédiction. Nous aussi, si nous nous laissons appeler par la foi à cheminer, à prendre de nouvelles décisions de vie et d’amour, nous cesserons de craindre de perdre quelque chose, car nous sentirons que nous grandissons dans une richesse que personne ne peut nous voler.
Les disciples de Jésus ont eux aussi dû faire face à un voyage, celui qui les mènerait à Jérusalem (cf. Lc 9, 51). Là, dans la Ville sainte, le Maître accomplirait sa mission, donnant sa vie sur la croix et devenant pour tous et pour toujours une bénédiction. Nous savons combien Pierre et tous les autres ont résisté à l’idée de le suivre. Mais ils devaient comprendre qu’on ne peut être une bénédiction qu’en surmontant l’instinct de se défendre et en accueillant ce que Jésus confie au geste eucharistique : la volonté d’offrir son corps comme pain à manger, de vivre et de mourir pour donner la vie. Voici le dimanche, chers frères et sœurs : c’est la pause sur le chemin qui nous rassemble autour de Jésus. Jésus nous encourage à ne pas nous arrêter et à ne pas changer de direction. Il n’y a pas de plus grande promesse, il n’y a pas de trésor plus précieux que de vivre pour donner la vie !
Peu avant le jour de la Transfiguration, Jésus avait confié à ses disciples quel serait le point d’arrivée du voyage qu’ils faisaient, à savoir sa passion, sa mort et sa résurrection. Vous vous souvenez de l’opposition de Pierre et de la réaction de Jésus qui lui dit : « Tu m’es un scandale, car tu ne penses pas selon Dieu, mais selon les hommes » (Mt 16, 23). Et voilà que, six jours plus tard, Jésus demande à Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner sur la montagne. Ils ont encore dans les oreilles ces paroles difficiles à entendre ; ils ont encore dans l’esprit l’image pour eux inacceptable du Messie condamné à mort.
C’est cette obscurité intérieure des disciples que Jésus brise lorsqu’il se montre à eux, au sommet de la montagne, transfiguré dans une lumière éblouissante, inimaginable. Et dans cette vision glorieuse apparaissent à ses côtés Moïse et Élie, témoins du fait que toutes les Écritures s’accomplissent en Jésus (cf. Mt 17, 2-3).
Une fois de plus, Pierre devient le porte-parole de notre ancien monde et de son besoin désespéré d’arrêter les choses, de les contrôler. Un peu comme lorsque nous ne voulons pas qu’un rêve dans lequel nous nous réfugions se termine. Mais ici, il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un monde nouveau dans lequel entrer : la destination de notre voyage, une destination pleine de lumière et qui a les contours humains et divins de Jésus. En plantant des tentes, Pierre voudrait arrêter ce voyage, qui doit pourtant se poursuivre jusqu’à Jérusalem (cf. v. 4).
La voix qui sort de la nuée est celle du Père et ressemble à une supplication : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (v. 5). Cette voix résonne aujourd’hui pour nous : « Écoutez Jésus ! ». Et moi, très chers, parmi vous, je veux me faire l’écho de cet appel et vous dire : Je vous en prie, mes sœurs et mes frères, écoutons-le ! Il voyage avec nous, encore aujourd’hui, pour nous enseigner dans cette ville la logique de l’amour inconditionnel, de l’abandon de toute défense qui devient offense. Écoutons-le, entrons dans sa lumière pour devenir lumière du monde, à commencer par le quartier où nous vivons. Toute la vie de la paroisse et de ses groupes existe pour cela : c’est un service à la lumière, un service à la joie.
Lorsque nous constatons que tant de choses autour de nous ne vont pas, nous nous demandons parfois : mais ce que nous faisons a-t-il un sens ? La tentation du découragement s’insinue, avec la perte de motivation et d’élan. Au contraire, c’est précisément face au mystère du mal que nous devons témoigner de notre identité de chrétiens, de personnes qui veulent rendre perceptible le Royaume de Dieu dans les lieux et les temps où elles vivent.
Face à tout ce qui défigure l’homme et la vie, nous continuons à annoncer et à témoigner de l’Évangile, qui transfigure et donne la vie. Que la Très Sainte Vierge, Mère de l’Église, nous accompagne toujours et intercède pour nous.
8 mars 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine, la guérison de l’aveugle-né et la résurrection de Lazare, depuis les premiers siècles de l’histoire de l’Église, éclairent le chemin de ceux qui, à Pâques, recevront le baptême et commenceront une nouvelle vie. Ces grandes pages évangéliques, que nous lisons à partir de ce dimanche, sont offertes aux catéchumènes, mais elles sont en même temps réécoutées par toute la communauté, car elles aident à devenir chrétiens ou, si on l’est déjà, à l’être avec plus d’authenticité et de joie.
Jésus est en effet la réponse de Dieu à notre soif. Comme il le suggère à la Samaritaine, la rencontre avec lui active au plus profond de chacun « une source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14). Combien de personnes, dans le monde entier, recherchent encore aujourd’hui cette source spirituelle ! « Parfois, je parviens à l’atteindre, écrivait la jeune Etty Hillesum dans son journal, mais le plus souvent, elle est recouverte de pierres et de sable : ainsi Dieu est enseveli. Il faut alors le déterrer à nouveau » [1]. Très chers amis, il n’y a pas de meilleure manière d’utiliser notre énergie que de la consacrer à libérer notre cœur. C’est pourquoi le Carême est un don : nous entrons dans la troisième semaine et nous pouvons désormais intensifier notre cheminement !
Dans l’Évangile, il est également écrit que « ses disciples arrivèrent et s’étonnèrent de le voir parler à une femme » (Jn 4, 27). Ils ont tellement de mal à s’approprier sa mission que le Maître doit les provoquer : « Ne dites-vous pas : « Encore quatre mois, et c’est la moisson » ? Eh bien, je vous le dis : levez les yeux et regardez les champs qui sont déjà blonds pour la moisson » (Jn 4, 35). Le Seigneur dit encore à son Église : « Lève les yeux et reconnais les surprises de Dieu ! ». Dans les champs, quatre mois avant la moisson, on ne voit presque rien. Mais là où nous ne voyons rien, la Grâce est déjà à l’œuvre et les fruits sont prêts à être récoltés. La moisson est abondante : peut-être les ouvriers sont-ils peu nombreux, parce qu’ils sont distraits par d’autres activités. Jésus, en revanche, est attentif. Cette femme samaritaine, selon les coutumes, il aurait dû simplement l’ignorer ; au contraire, Jésus lui parle, l’écoute, lui accorde sa confiance sans arrière-pensée et sans mépris.
Combien de personnes recherchent dans l’Église cette même délicatesse, cette disponibilité ! Et comme il est beau de perdre la notion du temps pour prêter attention à ceux que nous rencontrons, tels qu’ils sont. Jésus en oubliait même de manger, tant il était nourri par la volonté de Dieu d’atteindre chacun au plus profond de lui-même (cf. Jn 4, 34).
Ainsi, la Samaritaine devient la première d’une multitude d’évangélisatrices. De son village de méprisés et de rejetés, beaucoup, grâce à son témoignage, viennent à la rencontre de Jésus, et en eux aussi, la foi jaillit comme une eau pure.
Frères et sœurs, demandons aujourd’hui à Marie, Mère de l’Église, de pouvoir servir, avec Jésus et comme Jésus, l’humanité assoiffée de vérité et de justice. Ce n’est pas le moment des oppositions entre un temple et un autre, entre « nous » et « les autres » : les adorateurs que Dieu recherche sont des hommes et des femmes de paix, qui l’adorent en Esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23-24).
8 mars 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux jeunes, lors de sa Visite dans la paroisse romaine Sainte Marie de la Présentation
Comment trouver Dieu, Jésus, parmi nous, concerne quelque chose que nous devons tous vivre, mais en sachant chercher. Un peu par hasard, peu avant de quitter la maison cet après-midi, j’ai pris un livre intitulé « Quelqu’un frappe à ton cœur » : ton cœur est une porte, et Jésus te cherche.
Parfois, ce n’est pas tant nous qui devons le chercher : c’est lui qui nous cherche déjà. Je dis aux enfants : vous avez parlé de la première communion, n’est-ce pas ? Combien d’entre vous ont fait leur première communion ? Voyons voir… Voilà, quel beau groupe ! Très bien ! Ce sera Jésus qui viendra chez vous, dans votre cœur, dans votre vie. Nous devons tous être prêts à ouvrir la porte pour trouver Jésus qui nous attend. Aujourd’hui encore, dans la messe, dans l’Évangile, nous entendrons parler de cette belle rencontre entre Jésus et la femme. Jésus est là, au puits, elle vient chercher de l’eau, mais Jésus lui offre l’eau de la vie. C’est le même don qu’il nous offre à tous, en particulier dans la communion, dans l’Eucharistie, mais aussi dans la communauté.
Et comme nous sommes réunis ici cet après-midi, Jésus veut venir à nous, dans notre maison, dans notre famille, parmi nos amis, même lorsque nous sommes ensemble à la paroisse, dans des groupes, dans différentes activités – des activités caritatives – et surtout dans la prière. Et combien il est important que nous apprenions tous à prier. À écouter Dieu, mais aussi à parler avec Dieu, avec les prières que nous avons mémorisées et que nous récitons toujours, mais aussi avec nos propres mots : parler avec Jésus, apporter à Jésus nos préoccupations, nos difficultés, les souffrances que nous vivons chaque jour. Jésus est près de nous. Ouvrons les yeux. Reconnaissons que même dans la personne à côté de nous, ou dans la personne qui souffre, la personne qui n’a pas où vivre, où dormir, qui se trouve dans la rue, la personne malade… Jésus se trouve aussi dans ces circonstances, et il nous demande d’apporter ce que nous avons reçu à ces personnes qui sont dans le besoin, qui ont des besoins.
8 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à la paroisse Sainte Marie de la Présentation (Rome)
Le Seigneur nous appelle à nous convertir, tout en purifiant notre cœur par son amour et par les œuvres de charité qu’il nous propose d’accomplir. À cet égard, la rencontre entre Jésus et la Samaritaine nous touche avec une grande intensité. En effet, l’Évangile, en plus de nous parler, parle de nous et nous aide à revoir notre relation avec Dieu.
La soif de vie et d’amour de la Samaritaine est notre soif : celle de l’Église et de l’humanité tout entière, blessée par le péché mais encore plus intimement habitée par le désir de Dieu. Nous le recherchons comme l’eau, même lorsque nous n’en sommes pas conscients, chaque fois que nous nous interrogeons sur le sens des événements, chaque fois que nous ressentons à quel point nous manque le bien que nous voulons pour nous-mêmes et pour ceux qui nous entourent.
Dans cette recherche, nous rencontrons Jésus. Il est déjà là, au puits, où la Samaritaine le trouve seul, sous le soleil de midi, fatigué du voyage. La femme se rend au puits à cette heure inhabituelle, peut-être pour éviter les regards pleins de préjugés des autres femmes. Jésus lit dans son cœur la raison de cette marginalisation : ses mariages ratés et sa cohabitation actuelle la rendent indigne de se joindre aux filles, aux épouses et aux mères du village. Pourtant, Jésus s’assoit près du puits comme s’il l’attendait. Ce rendez-vous surprenant est l’une des façons dont, comme aimait à le répéter le pape François, le Christ révèle le Dieu des surprises : les plus belles, celles qui changent la vie, où qu’elles se rencontrent et quelle que soit la façon dont elles se présentent devant le Seigneur.
Cet homme aime la Samaritaine comme personne ne l’avait fait auparavant. Alors qu’elle cherchait l’eau quotidienne, Il veut lui donner une eau nouvelle, vivante, capable d’étancher toute soif et d’apaiser toute inquiétude, car cette eau jaillit du cœur de Dieu, plénitude inépuisable de toute attente.
L’initiative de Jésus inaugure ainsi la recherche d’un bien plus grand que l’eau elle-même : « Si tu connaissais le don de Dieu », dit le Seigneur à la femme. Il ne s’agit pas d’un reproche, mais d’une promesse : « Je suis ici pour te faire connaître Dieu, qui se fait don pour toi ». Oui, précisément pour toi, qui ne le connaissais pas, qui te considérais comme éloignée et condamnée. Ce don te transformera : tu deviendras toi-même une source qui jaillit pour la vie éternelle. En échange de la soif d’autrefois, pleine d’amertume et d’aridité spirituelle, le Fils de Dieu offre en cadeau une vie renouvelée par l’eau qui jaillit de la miséricorde du Père. Tout se transforme dans la rencontre avec le Seigneur : la femme assoiffée devient source, l’exclue devient confidente. La femme pleine de honte est maintenant remplie de joie ; celle qui était muette dans le village devient missionnaire pour tous ses habitants.
Elle n’aurait jamais imaginé qu’elle, si désorientée et vaincue par la vie, pourrait un jour goûter l’eau fraîche, pur don de Dieu, devenant à son tour un don pour les autres. Comment cela se produit-il ? En rencontrant Jésus, en dialoguant avec Lui, Verbe vivant de Dieu fait homme pour notre salut.
Le récit évangélique montre avec précision le cheminement de croissance de la femme, qui reconnaît peu à peu les caractéristiques fondamentales de l’identité de Jésus : homme, prophète, Messie et Sauveur. En restant à ses côtés et en appréciant sa compagnie, la Samaritaine devient à son tour une source de vérité. L’eau nouvelle du don de Dieu a commencé à jaillir dans son cœur, et elle se sent immédiatement poussée à retourner en courant dans son village, enfin libérée de la honte et désireuse de faire connaître à tous son Libérateur, Jésus, Celui qui a permis toute cette merveille. Elle court vers ceux qui la condamnaient auparavant, alors que Dieu l’a pardonnée, et elle raconte, annonce, témoigne. Le besoin d’eau, qui l’avait poussée à se rendre au puits, cède maintenant la place au désir de communiquer la nouveauté bouleversante qui l’a transformée.
Par le baptême, nous avons tous reçu la grâce d’une eau nouvelle, qui lave toute faute et désaltère toute soif. Comme à la femme samaritaine, nous avons le temps de redécouvrir le don de ce sacrement qui, comme une porte, nous a introduits à la foi et à la vie chrétienne. En bon berger attentionné, le Seigneur nous attend et nous accompagne toujours, là où nous vivons et tels que nous sommes. Il guérit nos blessures avec miséricorde et se donne à nous, nous rendant capables de devenir à notre tour un don pour nos frères.
11 mars 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience générale
Dieu, qui a créé le monde et l'humanité et qui désire sauver chaque homme et chaque femme, accomplit son œuvre de salut dans l'histoire en choisissant un peuple concret et en habitant parmi lui. C'est pourquoi il appelle Abraham et lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer (cf. Gn 22, 17-18). Avec les enfants d'Abraham, après les avoir affranchis de l'esclavage, Dieu fait alliance avec eux, les accompagne, prend soin d'eux et les rassemble lorsqu'ils s'égarent. Ainsi, l'identité de ce peuple est donnée par l'action de Dieu et par la foi en lui. Il est appelé à être une lumière pour les autres nations, comme un phare qui attirera tous les peuples, toute l'humanité (cf. Is 2, 1-5).
Le Concile affirme que « Tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait transmise par le Verbe de Dieu lui-même, fait chair.» ( Lumen gentium, 9). C’est en effet le Christ qui, par le don de son Corps et de son Sang, rassemble définitivement ce peuple en lui. Il est désormais composé de personnes de toutes les nations ; il est unifié par la foi en lui, par l’adhésion à lui, par une vie animée par l’Esprit du Ressuscité. Ainsi est l’Église : le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ [1] et qui est lui-même le corps du Christ [2] ; non pas un peuple comme un autre, mais le peuple de Dieu, réuni par lui et composé d’hommes et de femmes de tous les peuples de la terre. Son principe unificateur n'est ni une langue, ni une culture, ni un groupe ethnique, mais la foi en Christ : l'Église est donc – selon une magnifique expression du Concile – « L’ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus » ( Lumen gentium, 9).
Il s’agit d’un peuple messianique, précisément parce que son chef, le Christ, est le Messie. Ceux qui lui appartiennent ne se vantent ni de mérites ni de titres, mais seulement du don d'être, en Christ et par Lui, fils et filles de Dieu. Avant toute tâche ou fonction, ce qui importe donc véritablement dans l'Église, c'est d'être greffés sur le Christ, d'être, par grâce, enfants de Dieu. C'est aussi le seul titre honorifique que nous devrions rechercher en tant que chrétiens. Nous sommes dans l'Église pour recevoir continuellement la vie du Père et pour vivre comme ses enfants et frères entre nous. Par conséquent, la loi qui anime les relations dans l'Église est l'amour, tel que nous le recevons et l'expérimentons en Jésus ; et son but est le Royaume de Dieu, vers lequel elle chemine avec toute l'humanité.
Unifiée dans le Christ, Seigneur et Sauveur de tout homme et de toute femme, l’Église ne peut jamais se replier sur elle-même, mais elle est ouverte à tous et est pour tous. Si les croyants en Christ y appartiennent, le Concile nous rappelle que « à faire partie du Peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés» (LG, 13). Même ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont donc, d’une certaine manière, orientés vers le Peuple de Dieu, et l’Église, coopérant à la mission du Christ, est appelée à répandre l’Évangile partout et à tous (cf. LG, 17), afin que chacun puisse entrer en contact avec le Christ. Cela signifie que dans l’Église, il y a et il doit y avoir une place pour chacun, et que chaque chrétien est appelé à proclamer l’Évangile et à témoigner dans tout milieu où il vit et travaille. C’est ainsi que ce peuple manifeste sa catholicité, accueillant les richesses et les ressources des différentes cultures et, en même temps, leur offrant la nouveauté de l’Évangile pour les purifier et les élever (cf. LG, 13).
En ce sens, l’Église est une mais inclut tout le monde. Un grand théologien l’a décrite ainsi : « Unique Arche du Salut, elle doit accueillir dans sa vaste nef toute la diversité humaine. Unique Salle du Banquet, la nourriture qu’elle distribue provient de toute la création. La robe sans couture du Christ est aussi – et c’est une seule et même chose – la robe multicolore de Joseph.» [3]
C’est un grand signe d’espérance – surtout à notre époque, marquée par tant de conflits et de guerres – de savoir que l’Église est un peuple où des femmes et des hommes de nationalités, de langues et de cultures différentes coexistent par la force de la foi : c’est un signe inscrit au cœur même de l’humanité, un rappel et une prophétie de cette unité et de cette paix auxquelles Dieu le Père appelle tous ses enfants.
__________________
[1] Cf. J. Ratzinger, Il nuovo popolo di Dio, Brescia 1992, 97.
[2] Cf. Y. M.-J. Congar, Un popolo messianico, Brescia 1976, 75.
[3] Cf. H. de Lubac, Cattolicismo. Aspetti sociali del dogma, Milano 1992, 222.
13 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV, aux participants au cours annuel sur le for interne, organisé par la Pénitencerie apostolique
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La paix soit avec vous !
Éminence, Excellence, chers prêtres, diacres et vous tous qui nous accompagnez, bonjour et bienvenue !
Je suis très heureux de rencontrer ceux qui, dans les premiers pas de leur ministère sacerdotal, ou dans l’attente d’être ordonnés, perfectionnent leur formation comme confesseurs à travers le Cours sur le for interne, offert chaque année par la Pénitencerie apostolique.
J’adresse un salut cordial à Son Éminence le cardinal Angelo De Donatis, Pénitencier majeur, au Régent Mgr Nykiel et à tous les membres de la Pénitencerie, aux pénitenciers ordinaires et extraordinaires des basiliques papales et à vous tous, participants à ce cours. Celui-ci fut fortement voulu par saint Jean-Paul II, qui le soutint par sa passion pastorale ; il fut confirmé par le pape Benoît XVI avec sa sagesse théologique, ainsi que par le pape François, qui a toujours eu un grand souci du visage miséricordieux de l’Église.
Moi aussi je vous exhorte à poursuivre ce service, en approfondissant et en élargissant l’offre de formation, afin que le quatrième sacrement soit toujours mieux connu, correctement célébré et ainsi vécu sereinement et efficacement par tout le peuple saint de Dieu.
Le sacrement de la réconciliation – nous le savons – a connu dans l’histoire un développement notable, tant dans la compréhension théologique que dans la forme de sa célébration. L’Église, mère et maîtresse, en a progressivement reconnu le sens et la fonction, élargissant la possibilité de sa célébration. Pourtant, à la possibilité répétée de recevoir ce sacrement ne correspond pas toujours, chez les baptisés, un réel empressement à y recourir : c’est comme si l’infini trésor de la miséricorde de l’Église restait « inutilisé », à cause d’une distraction répandue parmi les chrétiens qui, bien souvent, demeurent longtemps en état de péché plutôt que de s’approcher du confessionnal avec simplicité de foi et de cœur pour accueillir le don du Seigneur ressuscité.
Ce fut le IVᵉ Concile du Latran, en 1215, qui établit que chaque chrétien est tenu de se confesser sacramentellement au moins une fois par an ; et le Catéchisme de l’Église catholique, après le Concile Vatican II, a confirmé cette norme (cf. CEC, n° 1457), qui est aussi loi de l’Église : « Tout fidèle parvenu à l’âge de discrétion est tenu par l’obligation de confesser fidèlement ses péchés graves au moins une fois par an » (CIC 989).
Saint Augustin affirme : « Celui qui reconnaît ses péchés et les condamne est déjà d’accord avec Dieu. Dieu condamne tes péchés ; et si toi aussi tu les condamnes, tu t’unis à Dieu » (In Iohannis evangelium tractatus 12, 13 : CCL 36, 128). Reconnaître nos péchés, surtout en ce temps de Carême, signifie donc « nous accorder » avec Dieu, nous unir à Lui.
Le sacrement de la réconciliation est alors un « laboratoire d’unité » : il rétablit l’unité avec Dieu, par le pardon des péchés et l’infusion de la grâce sanctifiante. Cela engendre l’unité intérieure de la personne et l’unité avec l’Église ; c’est pourquoi il favorise aussi la paix et l’unité dans la famille humaine. On pourrait se demander : les chrétiens qui portent de graves responsabilités dans les conflits armés ont-ils l’humilité et le courage de faire un sérieux examen de conscience et de se confesser ?
Mais – demandons-nous encore – l’homme, petite et simple créature, peut-il vraiment « rompre l’unité » avec le Créateur ? Cette image n’est-elle pas partielle et, en définitive, appauvrissante de la Révélation que Jésus nous a faite de Dieu ?
En réalité, le péché ne rompt pas l’unité entendue comme dépendance ontologique de la créature envers le Créateur : même le pécheur demeure totalement dépendant de Dieu Créateur, et cette dépendance, lorsqu’elle est reconnue, peut ouvrir le chemin de la conversion. Le péché rompt plutôt l’unité spirituelle avec Dieu : il consiste à lui tourner le dos. Cette possibilité dramatique est aussi réelle que le don de la liberté que Dieu lui-même a fait aux êtres humains. Nier la possibilité que le péché rompe réellement l’unité avec Dieu revient en réalité à méconnaître la dignité de l’homme, qui est – et demeure – libre et donc responsable de ses actes.
Très chers jeunes prêtres et ordinands, soyez toujours conscients de la très haute mission que le Christ lui-même, à travers l’Église, vous confie : reconstruire l’unité des personnes avec Dieu par la célébration du sacrement de la réconciliation. La vie entière d’un prêtre peut s’accomplir pleinement dans la célébration assidue et fidèle de ce sacrement. En effet, combien de prêtres sont devenus saints dans le confessionnal ! Pensons seulement à saint Jean-Marie Vianney, à saint Léopold Mandić et, plus récemment, à saint Pio de Pietrelcina et au bienheureux Michał Sopoćko.
L’unité rétablie avec Dieu est aussi unité avec l’Église, qui est le corps mystique du Christ : nous sommes membres du « Christ total ». Le thème de votre cours cette année – « L’Église appelée à être maison de miséricorde » – serait incompréhensible si l’on ne partait pas de la racine qu’est Jésus Christ ressuscité. L’Église accueille les personnes comme « maison de miséricorde » parce qu’elle accueille d’abord continuellement son Seigneur dans la Parole écoutée et proclamée et dans la grâce des sacrements.
Pour cette raison, dans la célébration de la confession sacramentelle, tandis que les pénitents sont réconciliés avec Dieu et avec l’Église, l’Église elle-même se construit : elle est enrichie par la sainteté renouvelée de ses enfants repentants et pardonnés. Dans le confessionnal, chers frères, nous collaborons à l’édification continue de l’Église : une, sainte, catholique et apostolique ; et ce faisant nous donnons aussi de nouvelles énergies à la société et au monde.
L’unité avec Dieu et avec l’Église est enfin le présupposé de l’unité intérieure des personnes, aujourd’hui si nécessaire dans ce temps de fragmentation que nous traversons. Cette unité intérieure apparaît comme un désir réel surtout chez les jeunes générations. Les promesses non tenues d’un consumérisme débridé et l’expérience frustrante d’une liberté détachée de la vérité peuvent se transformer, par la miséricorde divine, en occasions d’évangélisation : en faisant apparaître le sentiment d’inachèvement, elles permettent de susciter ces questions existentielles auxquelles seul le Christ répond pleinement. Dieu s’est fait homme pour nous sauver, et il le fait aussi en éduquant notre sens religieux, notre irrépressible désir de vérité et d’amour, afin que nous puissions accueillir le Mystère en qui « nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28).
Ce dynamisme d’unité avec Dieu, avec l’Église et en nous-mêmes est un fondement de la paix entre les hommes et les peuples : seule une personne réconciliée est capable de vivre de manière désarmée et désarmante ! Celui qui dépose les armes de l’orgueil et se laisse continuellement renouveler par le pardon de Dieu devient un artisan de réconciliation dans la vie quotidienne. En lui ou en elle s’accomplissent les paroles attribuées à saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ».
Très chers amis, n’oubliez jamais de vous approcher vous-mêmes, avec une fidélité constante, du sacrement du pardon, afin d’être toujours les premiers bénéficiaires de la miséricorde divine dont vous êtes devenus – ou deviendrez – les ministres. Que Marie, Mère de la miséricorde, accompagne toujours votre chemin et éclaire vos pas. Sur vous et sur votre engagement quotidien, j’accorde de tout cœur la bénédiction apostolique. Merci.
15 mars 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
L’Évangile nous raconte la guérison d’un homme aveugle de naissance (cf. Jn 9, 1-41). À travers la symbolique de cet épisode, l’évangéliste Jean nous parle du mystère du salut : alors que nous étions dans les ténèbres, alors que l’humanité marchait dans les ténèbres (cf. Is 9,1), Dieu a envoyé son Fils, lumière du monde, pour ouvrir les yeux des aveugles et éclairer notre vie.
Les prophètes avaient annoncé que le Messie ouvrirait les yeux des aveugles (cf. Is 29,18 ; 35,5 ; Ps 146,8). Jésus lui-même confirme sa mission en montrant que « les aveugles recouvrent la vue » (Mt 11, 4) ; et il se présente en disant : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12). En effet, nous pouvons dire que nous sommes tous « aveugles de naissance », car, seuls, nous ne parvenons pas à voir en profondeur le mystère de la vie. C’est pourquoi Dieu s’est fait chair en Jésus, afin que la boue de notre humanité, pétrie du souffle de sa grâce, puisse recevoir une lumière nouvelle, capable de nous faire voir enfin les autres, Dieu et nous-mêmes dans la vérité.
Il est frappant de constater qu’au fil des siècles s’est répandue l’opinion, encore présente aujourd’hui, selon laquelle la foi serait une sorte de “saut dans le noir”, un renoncement à penser, de sorte qu’avoir la foi signifierait croire “aveuglément”. L’Évangile nous dit au contraire qu’au contact du Christ, les yeux s’ouvrent, au point que les autorités religieuses demandent avec insistance à l’aveugle guéri : « Comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » (Jn 9, 10) ; et encore : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » (v. 26).
Frères et sœurs, nous aussi, guéris par l’amour du Christ, nous sommes appelés à vivre un christianisme “les yeux ouverts”. La foi n’est pas un acte aveugle, une abdication de la raison, un repli dans quelque certitude religieuse qui nous éloigne du monde. Au contraire, la foi nous aide à regarder « du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à sa façon de voir » (Enc. Lumen fidei, n. 18) et, par conséquent, elle nous demande d’“ouvrir les yeux”, comme Lui le faisait, en particulier sur les souffrances des autres et sur les blessures du monde.
Aujourd’hui, notamment, face aux nombreuses questions que se pose le cœur humain et aux situations dramatiques d’injustice, de violence et de souffrance qui marquent notre époque, une foi éveillée, attentive et prophétique est nécessaire, une foi qui ouvre les yeux sur les ténèbres du monde et y apporte la lumière de l’Évangile à travers un engagement pour la paix, la justice et la solidarité.
15 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de sa Visite dans la paroisse romaine isse du Sacré-Cœur de Jésus à Ponte Mammolo
Au-delà de tout abîme dans lequel l’homme peut tomber à cause de ses péchés, le Christ vient apporter une lumière plus forte, capable de le libérer de l’aveuglement du mal, afin qu’il commence une vie nouvelle.
La rencontre entre Jésus et l’aveugle de naissance (cf. Jn 9, 1-41) peut en effet être comparée à la scène d’un accouchement, grâce auquel celui-ci, comme un enfant qui vient au monde, découvre un monde nouveau, en se voyant lui-même, en voyant les autres et la vie avec les yeux de Dieu (cf. 1 S 16, 9).
Demandons-nous donc : en quoi consiste ce regard ? Que révèle-t-il ? Que signifie « regarder avec les yeux de Dieu » ?
Selon le récit de l’évangéliste Jean, cela signifie avant tout dépasser les préjugés de ceux qui, face à un homme qui souffre, ne voient qu’un paria à mépriser, ou un problème à éviter, en se repliant dans la tour d’ivoire d’un individualisme égoïste. On entend si souvent des phrases du genre : « Tant que tout allait bien, ils étaient nombreux à être mes amis ; mais au moment de l’épreuve, beaucoup sont partis, ont disparu ! ». Jésus n’agit pas ainsi : il regarde l’aveugle avec amour, non pas comme un être inférieur ou une présence gênante, mais comme une personne chère et ayant besoin d’aide. Ainsi, leur rencontre devient une occasion pour que l’œuvre de Dieu se manifeste en chacun.
Dans le « signe », dans le miracle, Jésus révèle sa puissance divine et l’homme, comme s’il retraçait les gestes de la création – la boue, la salive –, retrouve pleinement sa beauté et sa dignité de créature faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ainsi, en recouvrant la vue, il devient témoin de la lumière.
Certes, cela implique un effort : il doit s’habituer à tant de choses qui lui étaient auparavant inconnues, apprendre à distinguer les couleurs et les formes, redéfinir ses relations, et ce n’est pas facile. Au contraire, l’hostilité qui l’entoure grandit, le provoque, et même ses parents n’ont pas le courage de le défendre (cf. Jn 9, 18-23). Il semble presque, de manière absurde, que ceux qui l’entourent veuillent effacer ce qui s’est passé. Mais ce n’est pas tout : lors de l’interrogatoire auquel est soumis l’aveugle qui voit désormais, c’est surtout Jésus qui est jugé, accusé d’avoir violé le sabbat pour le guérir.
18 mars 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Aujourd’hui, je voudrais m’attarder à nouveau sur le second chapitre de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG), consacré à l’Église comme peuple de Dieu.
Le peuple messianique (LG, 9) reçoit du Christ la participation à l’œuvre sacerdotale, prophétique et royale où s’accomplit sa mission salvifique. Les Pères conciliaires enseignent que le Seigneur Jésus a institué, par la nouvelle et éternelle Alliance, un royaume de prêtres, en constituant ses disciples en un « sacerdoce royal » (1 P 2, 9 ; cf. 1 P 2, 5 ; Ap 1, 6). Ce sacerdoce commun des fidèles est donné par le Baptême, qui nous rend capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité et de « professer devant les hommes la foi que par l’Église ils ont reçue de Dieu » (LG, 11). De plus, par le sacrement de la Confirmation, tous les baptisés « sont liés plus parfaitement à l’Église, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et ainsi plus strictement obligés tout à la fois à répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (ibid.). Cette consécration est à la base de la mission commune qui unit les ministres ordonnés et les fidèles laïcs.
À ce sujet, le pape François faisait remarquer : « Regarder le peuple de Dieu signifie rappeler que nous faisons tous notre entrée dans l’Église en tant que laïcs. Le premier Sacrement, celui qui scelle pour toujours notre identité et dont nous devrions toujours être fiers, est le Baptême. À travers lui et avec l’onction de l’Esprit Saint, (les fidèles) « sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint » (Lumen gentium, n. 10). Notre consécration première et fondamentale prend ses racines dans notre baptême» (Lettre au Président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, 19 mars 2016).
L’exercice du sacerdoce royal se réalise de multiples façons, toutes orientées vers notre sanctification, avant tout par la participation à l’offrande de l’Eucharistie. Par la prière, l’ascèse et la charité agissante, nous témoignons ainsi d’une vie renouvelée par la grâce de Dieu (cf. LG, 10). Comme le résume le Concile, « le caractère sacré et la structure organique de la communauté sacerdotale se réalisent par les sacrements et les vertus » (LG, 11).
Les Pères conciliaires enseignent ensuite que le peuple saint de Dieu participe également à la mission prophétique du Christ (cf. LG, 12). C’est dans ce contexte qu’ils introduisent le thème important du sens de la foi et du consensus des fidèles. La Commission Doctrinale du Concile précisait que ce sensus fidei « est comme une faculté de toute l’Église, grâce à laquelle elle reconnaît dans sa foi la révélation transmise, en distinguant le vrai du faux dans les questions de foi, et en même temps, elle y pénètre plus profondément et l’applique plus pleinement dans la vie » (cf. Acta Synodalia, III/1, 199). Le sens de la foi appartient donc aux fidèles non pas à titre individuel, mais en tant que membres du peuple de Dieu dans son ensemble.
Lumen gentium met l’accent sur ce dernier aspect et le relie à l’infaillibilité de l’Église, à laquelle est liée, en la servant, celle du Souverain Pontife. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint-Esprit (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel (cf. LG, 12). L’Église, donc, en tant que communion des fidèles qui inclut évidemment les pasteurs, ne peut se tromper dans la foi : l’organe de cette propriété, fondé sur l’onction du Saint-Esprit, est le sens surnaturel de la foi de tout le peuple de Dieu, qui se manifeste dans le consentement des fidèles. De cette unité, que le Magistère ecclésial préserve, il découle que chaque baptisé est un sujet actif de l’évangélisation, appelé à rendre un témoignage cohérent du Christ selon le don prophétique que le Seigneur insuffle à toute son Église.
L'Esprit Saint, qui nous vient du Christ Ressuscité, dispense en effet « parmi les fidèles de tous ordres les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église » (LG, 12). La vie consacrée, qui ne cesse de germer et de fleurir sous l’action de la grâce, offre une manifestation particulière de cette vitalité charismatique. Les formes d’association ecclésiales sont elles aussi un exemple lumineux de la variété et de la fécondité des fruits spirituels pour l’édification du Peuple de Dieu.
Très chers, réveillons en nous la conscience et la gratitude d’avoir reçu le don de faire partie du Peuple de Dieu ; ainsi que la responsabilité que cela implique.
22 mars 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
En ce cinquième dimanche de Carême, la liturgie nous propose l’Évangile de la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45).
Dans le cheminement du Carême, ce signe évoque la victoire du Christ sur la mort et du don de la vie éternelle, que nous recevons par le baptême (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1265). Jésus nous dit aujourd’hui également, comme à Marthe, la sœur de Lazare : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).
La liturgie nous invite ainsi à revivre, dans cette lumière, les événements de la Passion du Seigneur au cours de la Semaine Sainte imminente – l’entrée à Jérusalem, la Cène, le procès, la crucifixion, l’ensevelissement – afin d’en saisir le sens le plus authentique et de nous ouvrir au don de grâce qu’ils renferment.
C’est en effet dans le Christ ressuscité, vainqueur de la mort et vivant en nous par la grâce du baptême, que ces événements trouvent leur accomplissement, pour notre salut et pour la plénitude de la vie.
Sa grâce illumine ce monde, qui semble constamment en quête de nouveauté et de changement, même au prix de sacrifier des choses importantes – temps, énergies, valeurs, affections – comme si la renommée, les biens matériels, les divertissements, les relations éphémères pouvaient combler notre cœur ou nous rendre immortels. C’est le symptôme d’un besoin d’infini que chacun de nous porte en soi, mais dont la réponse ne peut être confiée à ce qui est éphémère. Rien de fini ne peut étancher notre soif intérieure, car nous sommes faits pour Dieu, et nous ne trouvons pas la paix tant que nous ne nous reposons pas en Lui (cf. Confessions, I, 1.1).
Le récit de la résurrection de Lazare nous invite donc à prêter l’oreille à ce besoin profond et, avec la force de l’Esprit Saint, à libérer nos cœurs des habitudes, des conditionnements et des modes de pensée qui nous enferment, tels des rochers, dans le tombeau de l’égoïsme, du matérialisme, de la violence et de la superficialité. Dans ces lieux, il n’y a pas de vie, mais seulement la désorientation, l’insatisfaction et la solitude.
À nous aussi, Jésus crie : « Viens dehors ! » (Jn 11, 43), nous exhortant à sortir, régénérés par sa grâce, de ces espaces étroits, pour marcher dans la lumière de l’amour, comme des femmes et des hommes nouveaux, capables d’espérer et d’aimer à l’image de sa charité infinie, sans calcul ni mesure.
Que la Vierge Marie nous aide à vivre ainsi ces jours saints : avec sa foi, avec sa confiance, avec sa fidélité, afin que se renouvelle pour nous aussi, chaque jour, l’expérience lumineuse de la rencontre avec son Fils ressuscité.
28 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV et dialogue, avec les jeunes, à Monaco.
Le bien est plus fort que le mal, même lorsque, parfois, il semble dans l’immédiat avoir le dessous. Mais ce n’est pas tout : cela nous rappelle aussi que le témoignage de la foi est une semence qui peut atteindre et féconder des cœurs et des lieux éloignés, bien au-delà de nos propres attentes et possibilités.
Dans cette église, la mémoire de saint Carlo Acutis, un autre jeune épris de Jésus, s’est jointe récemment à celle de la sainte martyre Dévote. Il est resté fidèle à son amitié avec le Christ jusqu’à la fin, en des temps et des circonstances très différents : dans la charité, dans l’apostolat sur le web, dont il est vénéré comme Patron, et enfin dans la maladie.
Très chers jeunes, ces deux saints nous encouragent et nous poussent à les imiter.
Aujourd’hui encore, comme cela a été rappelé, la foi rencontre des défis et des obstacles, mais rien ne peut en ternir la beauté et la vérité. Les hommes et les femmes de tous âges qui, de plus en plus nombreux, désirent connaître le Seigneur et demandent le baptême, en témoignent.
Vous avez parlé de tout cela dans vos témoignages. Benjamin, que je remercie pour ce qu’il a partagé, demande comment faire pour ne pas se laisser entraîner loin de soi-même, des autres et de Dieu par les distractions d’un monde – le nôtre – en constante mutation. Sa question est importante, et elle touche à un aspect fondamental de la vie chrétienne : la vitalité de la relation avec le Christ et, à travers elle, le sentiment d’unité qui se crée en nous-mêmes et avec les autres. À ce sujet, un grand formateur de jeunes a dit que « la racine de l’unité de vie se trouve dans le cœur, […] c’est une affaire de cœur, c’est un don de Dieu, qu’il faut demander avec humilité » (C.M. Martini, Da Betlemme al cuore dell’uomo, Edizioni Terra Santa, 2013).
Les époques moderne et postmoderne nous ont enrichis de nombreuses choses positives qui nous offrent des opportunités et des possibilités, jusque-là inconnues à bien des égards : du domaine culturel à celui de la médecine et de la santé, du domaine technique à celui de la communication. Elles nous confrontent cependant aussi à de grands défis que nous ne pouvons pas ignorer et que nous devons affronter avec lucidité et conscience. Comme l’a dit Benjamin, nous vivons dans un monde qui semble toujours pressé, avide de nouveautés, qui cultive une fluidité sans attaches, marqué par un besoin presque compulsif de changements constants : dans les modes, l’apparence, les relations, les idées et même dans les dimensions de la personne qui constituent son identité même.
Mais ce qui donne de la solidité à la vie, c’est l’amour : l’expérience fondamentale de l’amour de Dieu avant tout, puis, par ricochet, l’expérience éclairante et sacrée de l’amour mutuel. Si d’un côté s’aimer demande d’être ouvert à la croissance et donc au changement, cela exige d’un autre côté de la fidélité, de la constance et une disposition au sacrifice quotidien. C’est seulement de cette manière que l’inquiétude trouve la paix – nous aussi nous désirons la paix !– et que le vide intérieur dont parlait Andreia est comblé, non pas par des choses matérielles et éphémères, ni même par des marques d’approbation virtuelles que sont des milliers de like, ni par des appartenances contraignantes, artificielles, voire parfois violentes. Il est nécessaire de débarrasser la porte du cœur de toutes ces choses afin que l’air sain et oxygénant de la grâce revienne en rafraîchir et revitaliser les pièces, et que le vent puissant du Saint-Esprit recommence à gonfler les voiles de notre existence, en la poussant vers le vrai bonheur.
Tout cela, chers amis, a besoin de la prière, de moments de silence, d’écoute, pour faire taire la frénésie de l’action et de la parole, des messages, des reels, des chats, et pour approfondir et savourer la beauté d’être véritablement et concrètement ensemble. À ce propos, saint Carlo Acutis parlait de l’Eucharistie comme d’une “autoroute vers le Ciel” et de l’adoration eucharistique comme d’un bain de soleil, capable de faire bronzer l’âme.
Il pourrait y avoir ici une réponse à la question posée par Ethan concernant l’ultime préparation au baptême, la nuit de Pâques : vivre la Semaine Sainte en contemplant le mystère de la Passion, dans un climat d’écoute de la voix de l’Esprit et de ce qui se passe dans le cœur, en faisant de ce temps l’occasion d’un examen serein et profond de sa vie, passée et présente.
Et si cela vaut pour la vie spirituelle et la prière, il en va de même pour la pratique de la charité. Ethan demandait comment nous pouvons témoigner du don de la vie que nous recevons dans le Christ ; et Sophie demandait comment être des témoins d’espérance pour ceux qui, marqués par la souffrance, risquent de perdre la lumière et le réconfort de la foi. Face aux défis, Jésus nous a recommandé : « Ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz […]. Ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous » (Mt 10, 19-20). Il faisait référence aux persécutions endurées pour l’Évangile, mais nous pouvons appliquer ses paroles à toutes les circonstances où la charité nous demande d’affronter une épreuve importante pour nous-mêmes et pour les autres. Les paroles et les gestes de témoignage et d’espérance ne s’improvisent pas, et nous ne les donnons pas de nous-mêmes. Ils viennent d’une relation profonde avec Dieu, dans laquelle nous trouvons les réponses fondamentales de la vie. Si le canal de son action est ouvert en nous, et s’il y a réciprocité, alors nous faisons de cette relation d’amour un don commun et partagé, et nous pouvons avoir confiance que les paroles justes et la force nécessaire pour agir viendront, au moment opportun.
On peut interpréter en ce sens cette phrase magnifique, mais parfois mal comprise, de saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux » (In litteram Ioannis ad Parthos, 7, 8). Aime, c’est-à-dire sois un don gratuit pour Dieu et pour les autres ; sois proche, ne t’éloigne pas, même lorsque tu ne peux pas résoudre tous les problèmes ni régler toutes les difficultés. Reste, avec amour et avec foi. Monaco est un pays magnifique, mais c’est toi qui en apportes la véritable beauté, quand tu sais regarder dans les yeux ceux qui souffrent ou ceux qui se sentent invisibles dans les lumières de la ville.
C’est ainsi que sainte Dévote a trouvé la force de donner sa vie jusqu’au bout, et c’est ainsi que saint Carlo Acutis a vécu son chemin de sainteté, laissant un sillage de lumière même dans le monde du web.
Chers jeunes, n’ayez pas peur de tout donner, votre temps, vos énergies, à Dieu et à vos frères ; de vous dépenser sans compter pour le Seigneur et pour les autres. C’est ainsi seulement que vous trouverez une saveur toujours nouvelle et un sens toujours plus profond à la vie. Le monde a besoin de votre témoignage pour surmonter les dérives de notre époque et en affronter les défis, et surtout pour redécouvrir la douce saveur de l’amour de Dieu et du prochain.
À vous, jeunes catéchumènes, qui vous préparez au baptême, et à vous qui avez déjà reçu ce don de grâce, j’adresse mes vœux les plus chaleureux : puissiez-vous vivre dans le Christ une vie pleine et authentique. Puissiez-vous être, pour le bien de tous, dans la foi, l’espérance, la justice et la charité, des artisans de paix. Vous êtes le visage jeune de cette Église et de cet État. Monaco est un petit pays, mais il peut être un grand laboratoire de solidarité, une fenêtre d’espérance. Portez l’Évangile dans vos choix professionnels, dans votre engagement social et politique, pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, en diffusant la culture de l’attention aux autres. Vivez tout comme une mission et faites de toute chose un don à Dieu qui vous veut les uns pour les autres amis dans le Christ, et fidèles compagnons de route.
Je vous confie à l’intercession de Marie notre Mère, de sainte Dévote et de saint Carlo Acutis. Et je vous donne de tout cœur ma bénédiction
1er avril 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le vaste champ de l’apostolat des laïcs ne se limite pas à l’espace de l’Église, mais s’étend au monde. L’Église, en effet, est présente partout où ses enfants professent et témoignent de l’Évangile : sur les lieux de travail, dans la société civile et dans toutes les relations humaines, là où, par leurs choix, ils montrent la beauté de la vie chrétienne, qui anticipe ici et maintenant la justice et la paix qui seront pleines dans le Royaume de Dieu. Le monde a besoin « d’être imprégné de l’Esprit du Christ pour d’atteindre plus efficacement sa fin dans la justice, la charité et la paix » (LG, 36). Et cela n’est possible qu’avec la contribution, le service et le témoignage des laïcs !
1er avril 2026 – Paroles du Pape Léon XIV en langue française, au terme de l’Audience Générale
Demandons au Seigneur de renouveler nos sociétés par le ferment de l’Évangile. Que les fidèles appelés à vivre au cœur du monde soient animés par l’Esprit du Christ pour accomplir leur mission et travailler à l’avènement de son règne.
1er avril 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins portugais au terme de l’Audience Générale
Pour demeurer toujours comme pierres vivantes dans l’édifice spirituel de l’Eglise, nous devons offrir au monde un témoignage cohérent de notre foi. N’oublions pas que nous sommes tous des disciples missionnaires du Christ !
1er avril 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins polonais, au terme de l’Audience Générale
Adorant ces jours-ci le Saint-Sacrement près des Reposoirs, apprenez à rester fidèles auprès du Christ à l’heure du silence et de l’épreuve ; Quand résonneront les cloches de Pâques, que la participation à la procession de la Résurrection soit une profession de foi que l’amour et la paix sont plus forts que la mort.
1er avril 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins italiens, au terme de l’Audience Générale
Je souhaite à chacun de vous que les jours de la Semaine Sainte soient l’occasion propice pour renforcer la foi et l’adhésion à l’Evangile.
2 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe Chrismale, en la Basilique Saint Pierre
Nous savons qu’être envoyé demande avant tout un détachement, c’est-à-dire le risque de quitter ce qui est familier et sûr pour s’aventurer vers la nouveauté. Il est intéressant de noter que « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) descendu sur Lui après son baptême dans le Jourdain, Jésus retourne en Galilée et vient « à Nazareth, où il avait été élevé » (Lc 4, 16). C’est le lieu qu’Il doit désormais quitter. Il se déplace « selon son habitude » (v. 16), mais pour inaugurer un temps nouveau. Il devra désormais quitter définitivement ce village afin que mûrisse ce qui y a germé, sabbat après sabbat, dans l’écoute fidèle de la Parole de Dieu. De même, Il appellera d’autres personnes à partir, à prendre des risques afin qu’aucun lieu ne devienne une clôture, aucune identité une tanière.
Nous suivons Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est anéanti » (Ph 2, 6-7). Toute mission commence par ce genre de dépouillement dans lequel tout renaît. Notre dignité d’enfants de Dieu ne peut pas nous être enlevée, ni se perdre, pas plus que les affections, les lieux, les expériences qui sont à l’origine de notre vie ne peuvent être effacés. Nous sommes les héritiers de tant de biens et, à la fois, des limites d’une histoire dans laquelle l’Évangile doit apporter lumière et salut, pardon et guérison. Il n’y a donc pas de mission sans réconciliation avec nos origines, avec les dons et les limites de la formation reçue. Mais, en même temps, il n’y a pas de paix sans départs, il n’y a pas de conscience sans détachement, il n’y a pas de joie sans risque. Nous sommes le Corps du Christ si nous allons de l’avant, en faisant le point sur le passé sans en être prisonniers. Tout se retrouve et se multiplie si l’on a d’abord su lâcher prise, sans crainte. C’est un premier secret de la mission. Et on ne l’expérimente pas une seule fois, mais à chaque nouveau départ, à chaque nouvel envoi.
Le cheminement de Jésus nous révèle que la disponibilité à se perdre, à se dépouiller, n’est pas une fin en soi mais une condition à la rencontre et à l’intimité. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité. Nous avons du mal à nous lancer dans une mission aussi exposée, et pourtant il n’y a pas de “bonne nouvelle pour les pauvres” (cf. Lc 4, 18) si nous allons vers eux avec les signes du pouvoir ; ni de véritable libération si nous ne nous libérons pas de ce que nous possédons. Nous touchons ici à un deuxième secret de la mission chrétienne. Après la loi du détachement, il y a celle de la rencontre. Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. Saint Jean-Paul II a eu la lucidité et le courage de reconnaître qu’ « en raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n’en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les cœurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés ». [1]
Il est désormais primordial de rappeler que, ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir.
Il existe une dimension, peut-être la plus radicale, de la mission chrétienne. La dramatique “possibilité de l’incompréhension et du rejet” se manifeste déjà dans la violente réaction des habitants de Nazareth face à la parole de Jésus : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29). Bien que la lecture liturgique ait omis cette partie, ce que nous nous apprêtons à célébrer à partir de ce soir nous engage à ne pas fuir, mais à “passer au milieu” de l’épreuve, comme Jésus qui, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). La croix fait partie de la mission : l’envoi devient plus amer et effrayant, mais aussi plus gratuit et libérateur. L’occupation impérialiste du monde est alors interrompue de l’intérieur, la violence qui, jusqu’à aujourd’hui fait loi, est démasquée. Le Messie pauvre, prisonnier, opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle.
Dans la vie, nous pouvons traverser des situations où tout semble fini. Nous nous demandons alors si la mission n’a pas été vaine. C’est vrai, contrairement à Jésus, nous connaissons aussi des échecs qui dépendent de nos insuffisances ou de celles des autres, souvent d’un enchevêtrement de responsabilités, d’ombres et de lumières. Mais nous pouvons faire nôtre l’espérance de nombreux témoins.
Ce sont les saints qui font l’histoire.
En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort.
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[1] Saint Jean-Paul II, Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’an 2000 Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), n. 11.
2 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe Chrismale, en la Basilique Saint Pierre
Nous savons qu’être envoyé demande avant tout un détachement, c’est-à-dire le risque de quitter ce qui est familier et sûr pour s’aventurer vers la nouveauté. Il est intéressant de noter que « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) descendu sur Lui après son baptême dans le Jourdain, Jésus retourne en Galilée et vient « à Nazareth, où il avait été élevé » (Lc 4, 16). C’est le lieu qu’Il doit désormais quitter. Il se déplace « selon son habitude » (v. 16), mais pour inaugurer un temps nouveau. Il devra désormais quitter définitivement ce village afin que mûrisse ce qui y a germé, sabbat après sabbat, dans l’écoute fidèle de la Parole de Dieu. De même, Il appellera d’autres personnes à partir, à prendre des risques afin qu’aucun lieu ne devienne une clôture, aucune identité une tanière.
Nous suivons Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est anéanti » (Ph 2, 6-7). Toute mission commence par ce genre de dépouillement dans lequel tout renaît. Notre dignité d’enfants de Dieu ne peut pas nous être enlevée, ni se perdre, pas plus que les affections, les lieux, les expériences qui sont à l’origine de notre vie ne peuvent être effacés. Nous sommes les héritiers de tant de biens et, à la fois, des limites d’une histoire dans laquelle l’Évangile doit apporter lumière et salut, pardon et guérison. Il n’y a donc pas de mission sans réconciliation avec nos origines, avec les dons et les limites de la formation reçue. Mais, en même temps, il n’y a pas de paix sans départs, il n’y a pas de conscience sans détachement, il n’y a pas de joie sans risque. Nous sommes le Corps du Christ si nous allons de l’avant, en faisant le point sur le passé sans en être prisonniers. Tout se retrouve et se multiplie si l’on a d’abord su lâcher prise, sans crainte. C’est un premier secret de la mission. Et on ne l’expérimente pas une seule fois, mais à chaque nouveau départ, à chaque nouvel envoi.
Le cheminement de Jésus nous révèle que la disponibilité à se perdre, à se dépouiller, n’est pas une fin en soi mais une condition à la rencontre et à l’intimité. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité. Nous avons du mal à nous lancer dans une mission aussi exposée, et pourtant il n’y a pas de “bonne nouvelle pour les pauvres” (cf. Lc 4, 18) si nous allons vers eux avec les signes du pouvoir ; ni de véritable libération si nous ne nous libérons pas de ce que nous possédons. Nous touchons ici à un deuxième secret de la mission chrétienne. Après la loi du détachement, il y a celle de la rencontre. Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. Saint Jean-Paul II a eu la lucidité et le courage de reconnaître qu’ « en raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n’en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les cœurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés ». [1]
Il est désormais primordial de rappeler que, ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir.
Il existe une dimension, peut-être la plus radicale, de la mission chrétienne. La dramatique “possibilité de l’incompréhension et du rejet” se manifeste déjà dans la violente réaction des habitants de Nazareth face à la parole de Jésus : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29). Bien que la lecture liturgique ait omis cette partie, ce que nous nous apprêtons à célébrer à partir de ce soir nous engage à ne pas fuir, mais à “passer au milieu” de l’épreuve, comme Jésus qui, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). La croix fait partie de la mission : l’envoi devient plus amer et effrayant, mais aussi plus gratuit et libérateur. L’occupation impérialiste du monde est alors interrompue de l’intérieur, la violence qui, jusqu’à aujourd’hui fait loi, est démasquée. Le Messie pauvre, prisonnier, opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle.
Dans la vie, nous pouvons traverser des situations où tout semble fini. Nous nous demandons alors si la mission n’a pas été vaine. C’est vrai, contrairement à Jésus, nous connaissons aussi des échecs qui dépendent de nos insuffisances ou de celles des autres, souvent d’un enchevêtrement de responsabilités, d’ombres et de lumières. Mais nous pouvons faire nôtre l’espérance de nombreux témoins.
Ce sont les saints qui font l’histoire.
En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort.
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[1] Saint Jean-Paul II, Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’an 2000 Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), n. 11.
2 avril 2026 – Homélie de Léon XIV lors de la Messe In Cena Domini, célébrée à Saint Jean de Latran
La liturgie solennelle de ce soir nous fait entrer dans le Triduum de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Nous franchissons ce seuil, non comme spectateurs ou par inertie, mais parce que Jésus lui-même nous y implique spécialement : en qualité d’invités à la Cène où le pain et le vin deviennent pour nous Sacrement du salut. Nous participons à un banquet au cours duquel le Christ, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Son amour se fait geste et nourriture pour tous, en révélant la justice de Dieu. Là même où le mal fait rage dans le monde, Jésus aime définitivement, pour toujours, de tout son être.
Au cours de cette dernière Cène, Il lave les pieds de ses apôtres, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15). Le geste du Seigneur ne fait qu’un avec la table à laquelle Il nous invite. C’est un exemple du sacrement : tout en en confirmant le sens, Il nous confie une tâche que nous voulons assumer comme nourriture pour notre vie. L’évangéliste Jean choisit le mot grec hupódeigma pour raconter l’événement auquel il a assisté. Il signifie “ce qui est présenté juste sous les yeux”. Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral. Il nous confie sa propre forme de vie. Laver les pieds est un geste qui résume la révélation de Dieu, signe exemplaire du Verbe fait chair, sa mémoire incomparable. En s’appropriant la condition du serviteur, le Fils révèle la gloire du Père, bouleversant les critères mondains qui ternissent notre conscience.
Au même titre que la surprise muette de ses disciples, l’orgueil humain nous ouvre les yeux sur ce qui se passe : à l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi « réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion » (Homélie de la Messe in coena Domini, 20 mars 2008). Ces paroles du Pape Benoît XVI reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir. Nous ne comprenons pas, en revanche, que Dieu nous sert vraiment, certes, mais par le geste gratuit et humble du lavement des pieds : voilà la toute-puissance de Dieu. C’est ainsi que s’accomplit la volonté de consacrer sa vie à celui qui, sans ce don, ne peut exister. Le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui. Et le don divin nous transforme.
Par son geste, en effet, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint. Vrai Dieu et vrai homme, le Christ nous donne au contraire un exemple de dévouement, de service et d’amour. Nous avons besoin de son exemple pour apprendre à aimer, non pas parce que nous en sommes incapables mais pour nous éduquer nous-mêmes, les uns les autres, à l’amour véritable. Apprendre à agir comme Jésus, Signe que Dieu inscrit dans l’histoire du monde, est la tâche de toute une vie.
Il est le critère authentique, le « Maître et Seigneur » (Jn 13, 13) qui fait tomber tous les masques du divin et de l’humain. Il ne donne pas cet exemple quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence, afin qu’il soit bien clair que le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs. Il nous aime, et c’est pourquoi Il nous pardonne et nous purifie. Le Seigneur nous aime pas à condition de nous faire laver par sa miséricorde : il nous aime, et c’est pourquoi il nous lave, afin que nous puissions répondre à son amour.
Apprenons de Jésus ce service réciproque. Il ne nous demande pas en effet de le lui rendre, mais de le partager entre nous : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Pape François commentait ainsi : « C’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi » (Homélie de la messe in coena Domini, 28 mars 2013). Il ne parlait pas d’un impératif abstrait, d’un commandement formel et vide, mais il exprimait sa ferveur obéissante pour la charité du Christ, source et modèle de notre charité. L’exemple donné par Jésus, en effet, ne peut être imité par convenance, à contrecœur ou par hypocrisie, mais uniquement par amour.
Se laisser servir par le Seigneur est donc une condition pour servir comme Il l’a fait, Lui. « Si tu ne te laisses pas laver - dit Jésus à Pierre - tu n’auras pas part avec moi » (Jn 13, 8). Si tu ne m’accueilles pas comme serviteur, tu ne peux pas croire en moi et me suivre comme Seigneur. En lavant notre chair, Jésus purifie notre âme. En Lui, Dieu a donné un exemple non de la manière dont on domine, mais de celle dont on libère ; de la manière de donner sa vie, non celle de la détruire.
Alors, face à une humanité à genoux, face à de nombreux exemples de brutalité, agenouillons-nous nous aussi en tant que frères et sœurs des opprimés. C’est ainsi que nous voulons suivre l’exemple du Seigneur, en accomplissant ce que nous avons entendu dans le livre de l’Exode : « Ce jour sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14). Oui, toute l’histoire biblique converge vers Jésus, véritable agneau pascal. À travers Lui, les figures anciennes trouvent leur pleine signification, car le Christ sauveur célèbre la Pâque de l’humanité, ouvrant à chacun le passage du péché au pardon, de la mort à la vie éternelle : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24).
En renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur, précisément ce soir, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré. Le lien intrinsèque entre ces deux sacrements représente le don parfait de Jésus, Grand Prêtre et Eucharistie vivante pour l’éternité : dans le pain et le vin consacrés se trouve en effet le « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal, dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné » (Const. dogm. Sacrosanctum Concilium, 47). Dans les évêques et les prêtres, constitués « prêtres de la nouvelle Alliance » selon le commandement du Seigneur (Concile de Trente, De Missae Sacrificio, 1), réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être.
Le Jeudi-Saint est donc un jour de profonde gratitude et de fraternité authentique. Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour.
4 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Jour de Pâques, célébrée Place Saint-Pierre
La création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle, un chant de louange s’élève de la terre, notre cœur exulte de joie : le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle !
Cette annonce pascale embrasse le mystère de notre vie, la destinée de l’histoire, et elle nous atteint jusque dans les abîmes de la mort, par lesquels nous nous sentons menacés et parfois submergés. Elle nous ouvre à l’espérance qui ne faiblit pas, à la lumière qui ne se couche pas, à cette plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous !
C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir, une promesse que nous avons du mal à accepter, car le pouvoir de la mort nous menace sans cesse, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Au plus profond de nous-mêmes, lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol, lorsque les déceptions ou la solitude que nous vivons assèchent nos espérances, lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie.
Mais aussi en dehors de nous, la mort est toujours à l’affût. Nous la voyons présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit.
Dans cette réalité, la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur. Elle continue de nourrir dans notre esprit et au fil de l’histoire la semence de la victoire promise. Elle nous met en mouvement, comme Marie de Magdala et comme les Apôtres, pour nous faire découvrir que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit. Le Seigneur est vivant et demeure avec nous. Il ouvre notre cœur à l’espérance qui nous soutient par les fissures de résurrection qui s’ouvrent dans les ténèbres : le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime de notre vie. Nous sommes orientés une fois pour toutes vers la plénitude car, dans le Christ ressuscité, nous sommes nous aussi ressuscités.
Le Pape François nous le rappelait avec émotion dans sa première Exhortation apostolique, Evangelii gaudium, en affirmant que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas. Pourtant, il est aussi certain que commence à germer quelque chose de nouveau dans l’obscurité, qui tôt ou tard produira du fruit » (n° 276).
Frères et sœurs, la Pâque du Seigneur nous donne cette espérance, en nous rappelant que, dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour. C’est ce que nous dit l’Évangile proclamé aujourd’hui qui situe l’événement de la résurrection « le premier jour de la semaine » (Jn 20, 1). Le jour de la résurrection du Christ nous renvoie ainsi à la création, à ce premier jour où Dieu créa le monde, et il nous annonce en même temps qu’une vie nouvelle, plus forte que la mort, est en train de naître pour l’humanité.
Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité. Elle est un nouveau départ, elle est la vie enfin rendue éternelle par la victoire de Dieu sur l’ancien Adversaire.
Nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance. Et c’est à nous, ressuscités avec le Christ, qu’il revient de le porter dans les rues du monde. Courons donc comme Marie de Magdala, annonçons-le à chacun, portons par notre vie la joie de la résurrection afin que partout où plane encore le spectre de la mort, la lumière de la vie puisse resplendir.
Que le Christ, notre Pâques, nous bénisse et donne sa paix au monde entier !
8 avril 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
La Constitution du Concile Vatican II Lumen Gentium (LG) sur l’Église consacre un chapitre entier, le cinquième, à la vocation universelle à la sainteté de tous les fidèles : chacun de nous est appelé à vivre dans la grâce de Dieu, à pratiquer les vertus et à se conformer au Christ. La sainteté, selon la Constitution conciliaire, n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un don qui engage chaque baptisé à tendre vers la perfection de la charité, c’est-à-dire vers la plénitude de l’amour envers Dieu et envers son prochain. La charité est, en effet, le cœur de la sainteté à laquelle tous les croyants sont appelés : infusée par le Père, à travers son Fils Jésus, cette vertu « oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, 42). Le plus haut degré de sainteté, comme aux origines de l’Église, est le martyre, « témoignage suprême de la foi et de la charité » (LG, 50) : c’est pourquoi le texte conciliaire enseigne que tout croyant doit être prêt à confesser le Christ jusqu’à verser son sang (cf. LG, 42), comme cela s’est toujours produit et se produit encore aujourd’hui. Cette disponibilité au témoignage se manifeste chaque fois que les chrétiens laissent dans la société des signes de foi et d’amour, en s’engageant pour la justice.
Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté. Il sanctifie l’Église, dont il est le Chef et le Pasteur : la sainteté est, dans cette perspective, son don, qui se manifeste dans notre vie quotidienne chaque fois que nous l’accueillons avec joie et y répondons avec engagement. À ce propos, saint Paul VI, lors de l’audience générale du 20 octobre 1965, rappelait que l’Église, pour être authentique, désire que tous les baptisés soient « des saints, c’est-à-dire véritablement ses enfants dignes, forts et fidèles ». Ceci s’accomplit comme une transformation intérieure, par laquelle la vie de chaque personne est conformée au Christ par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Rm 8,29; LG, 40).
Lumen Gentium décrit la sainteté de l'Église catholique comme l'une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu'elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu'elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8). La triste réalité du péché dans l'Église, c'est-à-dire en chacun de nous, invite chacun de nous à entreprendre un changement de vie sérieux, en nous confiant au Seigneur, qui nous renouvelle dans la charité. Cette grâce infinie précisément, qui sanctifie l'Église, nous remet une mission à accomplir jour après jour : celle de notre conversion. Ainsi, la sainteté n’a pas seulement une nature pratique, comme si elle pouvait se réduire à un engagement éthique, aussi grand soit-il, mais elle concerne l'essence même de la vie chrétienne, tant personnelle que communautaire.
Dans cette perspective, la vie consacrée joue un rôle décisif, et la Constitution conciliaire en parle au chapitre six (cf. nn 43-47). Chez le peuple saint de Dieu, elle constitue un signe prophétique du monde nouveau, vécu ici et maintenant dans l’histoire. En effet, ces conseils évangéliques qui façonnent toute expérience de la vie consacrée : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, sont des signes du Royaume de Dieu, déjà présents dans le mystère de l’Église. Ces trois vertus ne sont pas des prescriptions qui enchainent la liberté, mais des dons libérateurs de l’Esprit Saint, par lesquels certains fidèles sont totalement consacrés à Dieu. La pauvreté exprime une confiance totale en la Providence, libérant du calcul et de l’intérêt personnel ; l’obéissance a pour modèle le don de soi que le Christ a fait au Père, libérant de la suspicion et de la domination ; la chasteté est le don d’un cœur entier et pur dans l’amour, au service de Dieu et de l’Église.
En se conformant à ce mode de vie, les personnes consacrées témoignent de la vocation universelle à la sainteté de toute l’Église, sous la forme d’un engagement radical. Les conseils évangéliques manifestent la pleine participation à la vie du Christ, jusqu’à la croix : c’est précisément par le sacrifice du Crucifié que nous sommes tous rachetés et sanctifiés !
Contemplant cet événement, nous savons qu’il n’est aucune expérience humaine que Dieu ne rachète : même la souffrance, vécue en union avec la Passion du Seigneur, devient un chemin vers la sainteté. La grâce qui convertit et transforme la vie nous fortifie ainsi dans chaque épreuve, nous indiquant pour but non pas un idéal lointain, mais la rencontre avec Dieu, qui s’est fait homme par amour. Que la Vierge Marie, Mère toute sainte du Verbe incarné, soutienne et protège toujours notre chemin.
8 avril 2026 - Message du Saint-Père pour la IVe "Fiesta de la Resurrección". Publié sur le site du Vatican, le 11 avril
Il faut des jeunes qui n’aient pas honte de l’Évangile, des communautés qui rayonnent d’espérance, des témoins capables de rendre le Seigneur présent dans chaque milieu, des vies enflammées qui rendent visible la beauté de la foi.
L’évangélisation ne naît pas, avant tout, de stratégies, mais de cœurs transformés par le Seigneur ressuscité.
Comme je voudrais qu’il y ait la fête dans le monde entier ! Comme je voudrais que partout la joie pascale trouve des voix, des visages et des chants ! Mais plus encore : comme je voudrais que l’existence même des chrétiens devienne un concert, une grande harmonie de foi, d’unité, de communion et de charité, capable d’annoncer au monde que le Christ vit !
Que le feu du cierge pascal sorte de vos églises. Qu’il consume toute tiédeur intérieure, toute résignation, toute médiocrité spirituelle. Qu’il pénètre là où la foi s’est affaiblie, là où l’enthousiasme apostolique s’est éteint, là où le christianisme risque de devenir une habitude sans ferveur. Et que s’enflamment les cœurs de ceux qui ont rencontré le Ressuscité (cf. Lc 24, 32). Le Christ est vivant et, pour cette raison, rien en nous n’est condamné à l’obscurité du péché.
Chers amis, l’Église attend beaucoup de vous. Elle attend votre joie, mais aussi votre profondeur spirituelle ; votre générosité, votre foi et votre courage pour vivre en véritables disciples du Seigneur. Laissez-vous toucher par Pâques. Appuyez-vous sur l’exemple de vos martyrs et honorez leur mémoire en faisant de vos vies et de vos actions le fruit de la semence féconde que leur sang a semée. Faites de votre existence un chant nouveau, qui renouvelle l’Église et apporte au monde la lumière du Ressuscité !Levez les yeux : contemplez le Christ et suivez-le jusqu’à la sainteté !
12 avril 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale du Regina Caeli
Aujourd’hui, deuxième Dimanche de Pâques, dédié par saint Jean-Paul II à la Divine Miséricorde, nous lisons dans l’Évangile l’apparition de Jésus ressuscité à l’apôtre Thomas (cf. Jn 20, 19-31). L’événement se produit huit jours après Pâques, alors que la communauté est réunie, et c’est là que Thomas rencontre le Maître, qui l’invite à regarder les marques des clous, à mettre la main dans la plaie de son côté et à croire (cf. v. 27). C’est une scène qui nous invite à réfléchir sur notre rencontre avec Jésus ressuscité. Où le trouver ? Comment le reconnaître ? Comment croire ? Saint Jean, qui raconte l’événement, nous donne des indications précises : Thomas rencontre Jésus le huitième jour, au sein de la communauté réunie, et le reconnaît aux signes de son sacrifice. De cette expérience jaillit sa profession de foi, la plus haute de tout le quatrième Évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v. 28).
Certes, il n’est pas toujours facile de croire. Cela n’a pas été facile pour Thomas, et ce n’est pas facile pour nous non plus. La foi a besoin d’être nourrie et soutenue. C’est pourquoi, le “huitième jour”, c’est-à-dire chaque dimanche, l’Église nous invite à faire comme les premiers disciples : à nous réunir et à célébrer ensemble l’Eucharistie. En elle, nous écoutons les paroles de Jésus, nous prions, nous professons notre foi, nous partageons les dons de Dieu dans la charité, nous offrons notre vie en union avec le Sacrifice du Christ, nous nous nourrissons de son Corps et de son Sang, pour être à notre tour témoins de sa Résurrection, comme l’indique le terme “Messe”, c’est-à-dire “envoi”, “mission” (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1332).
L’Eucharistie dominicale est indispensable à la vie chrétienne. Ce sont certains martyrs de l’Église africaine des premiers siècles, les martyrs d’Abitène, qui nous ont laissé à ce sujet un très beau témoignage. Face à l’offre de sauver leur vie à condition de renoncer à célébrer l’Eucharistie, ils ont répondu qu’ils ne pouvaient pas vivre sans célébrer le jour du Seigneur. C’est là que notre foi se nourrit et grandit. C’est là que nos efforts, bien que limités, par la grâce de Dieu, se fondent comme les actions des membres d’un seul corps – le Corps du Christ – dans la réalisation d’un seul grand projet de salut qui embrasse toute l’humanité. C’est à travers l’Eucharistie que nos mains aussi deviennent les “mains du Ressuscité”, témoins de sa présence, de sa miséricorde, de sa paix, dans les signes du travail, des sacrifices, de la maladie, du passage des années, qui y sont souvent gravés, comme dans la tendresse d’une caresse, d’une poignée de main, d’un geste de charité.
Chers frères et sœurs, dans un monde qui a tant besoin de paix, cela nous engage plus que jamais à être assidus et fidèles à notre rencontre eucharistique avec le Ressuscité, afin d’en repartir comme témoins de la charité et porteurs de réconciliation. Que la Vierge Marie nous aide à le faire, elle qui est bienheureuse parce qu’elle a cru sans avoir vu (cf. Jn 20, 29).
13 avril 2026 – Visite du Pape Léon XIV au Mémorial des martyrs Maqam Echahid. Algérie
Rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon. La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner. Cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération.
L’avenir appartient aux hommes et aux femmes de paix. En fin de compte, la justice triomphera toujours de l’injustice, tout comme la violence, n’aura jamais le dernier mot contrairement aux apparences.
À ceux qui recherchent des richesses éphémères, trompeuses et décevantes, qui finissent malheureusement souvent par corrompre le cœur humain et créer l’envie, la rivalité et les conflits, Jésus répète encore la question qu’il a posée il y a deux mille ans : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26). C’est une question fondamentale pour chacun à laquelle les défunts que nous honorons ici ont donné leur réponse : ils ont perdu la vie, mais dans un autre sens, en la donnant par amour pour leur peuple. La vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour.
14 avril 2026 – Lettre du Pape Léon XIV aux Cardinaux
L’Église appelle chaque baptisé à renouveler la rencontre avec le Christ, en passant d’une foi simplement reçue à une foi réellement vécue et exercée ; sur ce chemin est évoquée également la qualité même de la vie spirituelle, dans le primat de la prière, dans le témoignage qui précède les paroles et dans la cohérence entre foi et vie.
14 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en la Basilique Saint Augustin d’Annaba, en Algérie
Envoyé par l’Esprit de Dieu, dont « on ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8), Jésus est pour Nicodème un hôte particulier. Il l’appelle à une vie nouvelle en confiant à son interlocuteur - mais à nous aussi - une tâche surprenante : « Il vous faut naître d’en haut » (ibid., 7). C’est l’invitation adressée à chaque homme et à chaque femme qui cherche le salut ! La mission de toute l’Église, et par conséquent de la communauté chrétienne en Algérie, jaillit de l’appel de Jésus : renaître d’en haut, c’est-à-dire de Dieu. Dans cette perspective, la foi triomphe des épreuves terrestres et la grâce du Seigneur fait fleurir le désert. Mais la beauté de cette exhortation s’accompagne d’une épreuve, que l’Évangile nous appelle à traverser ensemble.
Les paroles du Christ ont en effet toute la force d’un devoir : vous devez renaître d’en haut ! Cet impératif résonne à nos oreilles comme un commandement impossible. Nous comprenons cependant, en écoutant attentivement Celui qui le donne, qu’il ne s’agit ni d’une imposition sévère, ni d’une contrainte, et encore moins d’une condamnation à l’échec. Au contraire, le devoir exprimé par Jésus est un don de liberté puisqu’il nous révèle une possibilité inespérée : renaître d’en haut, grâce à Dieu. Il nous faut donc le faire, selon sa volonté aimante qui désire renouveler l’humanité en l’appelant à une communion de vie partant de la foi. Alors que le Christ nous demande de renouveler complètement notre existence, Il nous donne aussi la force de le faire. Saint Augustin en témoigne, lui qui prie ainsi : « Donne, ô Seigneur, ce que tu commandes, et commande ce que tu veux » (Confessions, X, 29, 40).
Alors, lorsque nous nous demandons comment un avenir de justice et de paix, de concorde et de salut est possible, nous posons à Dieu la même question que Nicodème : notre histoire peut-elle vraiment changer ? Nous sommes tellement encombrés de problèmes, d’embûches et de tribulations ! Notre vie peut-elle vraiment recommencer complètement ? Oui ! Cette affirmation du Seigneur, pleine d’amour, remplit nos cœurs d’espérance. Peu importe à quel point nous sommes accablés par la douleur ou le péché : le Crucifié porte tous ces fardeaux avec nous et pour nous. Peu importe à quel point nous sommes découragés par nos faiblesses : c’est précisément là que se manifeste la force de Dieu qui a ressuscité le Christ d’entre les morts pour donner la vie au monde (cf. Rm 8, 1). Chacun de nous peut faire l’expérience de la liberté de la vie nouvelle qui vient de la foi dans le Rédempteur. Une fois encore, saint Augustin nous en donne l’exemple : il faut voir d’abord sa conversion avant de le considérer pour sa sagesse. Dans cette renaissance, providentiellement accompagnée par les larmes de sa mère, sainte Monique, il est devenu lui-même en s’écriant : « Je ne serais pas, mon Dieu, je ne serais pas du tout, si tu n’étais pas en moi. Ou mieux, je ne serais pas, si je n’étais en toi » (Confessions, I, 2).
Oui, assurément : les chrétiens naissent d’en haut, régénérés par Dieu en tant que frères et sœurs de Jésus ; et l’Église qui les nourrit par les sacrements est un sein maternel accueillant pour tous les peuples de la terre. Comme nous venons de l’entendre, les Actes des Apôtres en témoignent en décrivant le style qui caractérise l’humanité renouvelée par l’Esprit-Saint (cf. Ac 4, 32-37). Aujourd’hui encore, nous devons accueillir et mettre en œuvre cette règle apostolique, en la méditant comme un critère authentique de réforme ecclésiale : une réforme qui, pour être vraie, commence par le cœur et qui, pour devenir efficace, concerne chacun.
En premier lieu, en effet, « la multitude de ceux qui avaient embrassé la foi n’avait qu’un seul cœur et une seule âme » (v.4, 32). Cette unité spirituelle est une concordia : un mot exprimant bien la communion des cœurs qui battent à l’unisson parce qu’ils sont unis à celui du Christ. L’Église naissante ne repose pas sur un contrat social mais sur une harmonie dans la foi, dans les sentiments, dans les idées, dans les choix de vie, harmonie qui a pour centre l’amour de Dieu fait homme pour sauver tous les peuples de la terre.
En second lieu, nous admirons l’effet concret de cette unité spirituelle des croyants : « Tout était commun entre eux » (v. 32). Tout le monde a tout, en participant aux biens de chacun comme les membres d’un seul corps. Personne n’est privé de quoi que ce soit, puisque chacun partage ce qui lui appartient. En transformant la possession en don, ce dévouement fraternel n’est utopique que pour les cœurs qui rivalisent entre eux et pour les âmes avides en faveur d’elles-mêmes. Au contraire, la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité, c’est-à-dire à aimer chaque créature de l’amour que Dieu nous offre dans le Christ. C’est pourquoi, en particulier face à la misère et à l’oppression, les chrétiens ont pour règle fondamentale la charité : faisons à qui se trouve à côté de nous ce que nous voudrions que l’on nous fasse (cf. Mt 7, 12). Animée par cette loi, inscrite par Dieu dans les cœurs, l’Église est toujours naissante, parce que là où règne le désespoir, elle enflamme l’espérance ; là où règne la misère, elle introduit la dignité ; là où il y a conflit, elle apporte la réconciliation.
En troisième lieu, le texte des Actes nous révèle le fondement de cette vie nouvelle qui concerne tous les peuples, quelles que soient leurs langues et leurs cultures : « Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et tous jouissaient d’une grande faveur » (v. 33). La charité qui les anime, avant d’être un engagement moral, est un signe de salut. Les Apôtres proclament que notre vie peut changer parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts. La première tâche des pasteurs, ministres de l’Évangile, est donc de rendre témoignage à Dieu d’un seul cœur et d’une seule âme devant le monde, sans que les préoccupations ne nous corrompent par la peur, ni que les modes ne nous affaiblissent par le compromis. Avec vous, frères dans l’épiscopat, et avec vous, prêtres, renouvelons sans cesse cette mission pour le bien de ceux qui nous sont confiés, afin que l’Église tout entière soit, dans son service, un message de vie nouvelle pour ceux que nous rencontrons.
Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ. Témoignez de l’Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour : Vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez. Votre présence dans le pays fait penser à l’encens : un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs. Cet encens est un petit élément précieux qui n’est pas au centre de l’attention mais qui invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent. La louange, la bénédiction, la supplication s’élèvent de l’encensoir de notre cœur, en répandant la suave odeur (cf. Ep 5,1) de la miséricorde, de l’aumône et du pardon. Votre histoire est faite d’accueil généreux et de persévérance dans l’épreuve : c’est ici que les martyrs ont prié, c’est ici que saint Augustin a aimé son troupeau en cherchant la vérité avec passion et en servant le Christ avec une foi ardente. Soyez les héritiers de cette tradition en témoignant, dans la charité fraternelle, de la liberté de ceux qui naissent d’en haut comme une espérance de salut pour le monde.
18 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à l’Aéroport de Yaoundé-Ville, au Cameroun
Que la paix soit avec vous ! La paix du Christ dont la présence éclaire notre chemin et apaise les tempêtes de la vie.
Comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, la foi ne nous épargne pas les tumultes et les tribulations, et il peut sembler à certains moments que la peur l’emporte. Mais nous savons que, même dans ces moments là, Jésus ne nous abandonne pas, comme pour les disciples sur la mer de Galilée.
Saint Marc (cf. 6, 45-52) présente le Seigneur qui rejoint les disciples alors qu’ils peinent à ramer, à cause du vent contraire qui s’apaise dès qu’Il monte avec eux dans la barque. Saint Matthieu (cf. 14, 22-33) ajoute un détail : Pierre veut rejoindre le Maître en marchant sur les flots. Mais une fois descendu de la barque, il se laisse submerger par la peur et commence à s’enfoncer. Le Christ le saisit par la main, le sauve et lui reproche son incrédulité.
Dans la version de saint Jean (cf. Jn 6, 16-21), le Sauveur s’approche des disciples en marchant sur les eaux et leur dit : « C’est moi, n’ayez plus peur » (v. 20), et l’évangéliste souligne que « C’était déjà les ténèbres » (v. 17). Dans la tradition juive, les “eaux”, avec leur profondeur et leur mystère, évoquent souvent le monde des enfers, le chaos, le danger, la mort. Avec les ténèbres, elles évoquent les forces du mal que l’homme ne peut pas dominer seul. Mais en même temps, elles sont aussi perçues, dans le souvenir des prodiges de l’exode, comme un lieu de passage, un gué par lequel Dieu, avec puissance, libère son peuple de l’esclavage.
L’Église a de nombreuses fois fait l’expérience, dans sa navigation à travers les siècles, de tempêtes et de “vents contraires” ; et nous aussi nous pouvons nous identifier aux sentiments de peur et de doute éprouvés par les disciples au cours de la traversée du lac de Tibériade. C’est ce que nous ressentons dans les moments où nous avons l’impression de nous enfoncer, submergés par des forces adverses, quand tout semble sombre et que nous nous sentons seuls et fragiles. Mais il n’en est pas ainsi. Jésus est avec nous, toujours, plus fort que toute puissance du mal. Il nous rejoint dans chaque tempête et nous redit : “Je suis là avec toi : n’aie pas peur”. C’est pourquoi nous nous relevons après chaque chute, et nous ne nous laissons arrêter par aucune tempête. Nous allons de l’avant, avec courage et confiance, toujours. Et c’est grâce à Lui que, comme le disait le Pape François, beaucoup d’« hommes et de femmes […] honorent notre peuple, honorent notre Église […] : forts faire progresser leur vie, leur famille, leur travail, leur foi » (Catéchèse, 14 mai 2014, 2).
Jésus se fait proche de nous : il n’apaise pas immédiatement les tempêtes mais il nous rejoint au milieu des dangers, et il nous invite, dans les joies comme dans les peines, à rester ensemble, solidaires, comme les disciples dans la même barque ; à ne pas regarder de loin ceux qui souffrent, mais à nous rapprocher d’eux, à nous serrer les uns contre les autres. Personne ne doit être laissé seul face aux épreuves de la vie. Pour cela, chaque communauté a pour tâche de créer et de soutenir des structures de solidarité et d’entraide où, face aux crises – qu’elles soient sociales, politiques, sanitaires ou économiques –, chacun puisse donner et recevoir de l’aide, selon ses capacités et ses besoins. Les paroles de Jésus, “c’est moi”, nous rappellent que, dans une société fondée sur le respect de la dignité de la personne, la contribution de tout le monde est importante et a une valeur unique, indépendamment du status ou de la position de chacun aux yeux du monde.
L’exhortation “n’ayez pas peur” prend alors une dimension plus large, y compris sur le plan social et politique, comme un encouragement à affronter ensemble les problèmes et les défis – en particulier ceux liés à la pauvreté et à la justice –, avec un sens civique et de responsabilité civile. La foi ne sépare pas le spirituel du social. Au contraire, elle donne au chrétien la force d’interagir avec le monde, pour répondre aux besoins des autres, en particulier des plus faibles. Les efforts individuels et isolés ne suffisent pas au salut d’une communauté : une décision commune est nécessaire, qui intègre la dimension spirituelle et éthique de l’Évangile au cœur des institutions et des structures, en faisant de celui-ci des instruments pour le bien commun, et non des lieux d’intérêts, de conflits, ou le théâtre de luttes stériles.
Dans les Actes des Apôtres, (cf. Ac 6, 1-7), nous voyons comment l’Église affronte sa première crise de croissance. L’augmentation rapide du nombre des disciples (v. 1) pose à la communauté de nouveaux défis dans l’exercice de la charité, auxquels les apôtres ne parviennent plus à répondre seuls. Certains sont négligés dans le service des repas, et c’est pourquoi les murmures s’amplifient et un sentiment d’injustice menace l’unité. Le service quotidien aux pauvres était une pratique essentielle dans l’Église primitive ; il visait à soutenir les plus fragiles, en particulier les orphelins et les veuves. Il fallait toutefois l’intégrer aux besoins de l’annonce et de l’enseignement, qui étaient eux aussi pressants, et la solution n’était pas simple. Les apôtres se sont alors réunis, ils ont partagé leurs préoccupations, ils ont échangé leurs points de vue à la lumière des enseignements de Jésus et ils ont prié ensemble, parvenant ainsi à vaincre des obstacles et des malentendus qui, à première vue, semblaient insurmontables. Ils ont ainsi fait naître quelque chose de nouveau, en choisissant des hommes « estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (v. 3), et en les destinant, par l’imposition des mains, à un service concret qui était aussi une mission spirituelle. En écoutant la voix du Saint-Esprit, et attentifs au cri des souffrants, non seulement ils ont évité une fracture au sein de la communauté, mais ils l’ont dotée, par inspiration divine, d’instruments nouveaux et adaptés à sa croissance, en transformant un moment de crise en occasion d’enrichissement et de développement pour tous.
Parfois, la vie d’une famille et d’une société exige aussi cela : le courage de changer les habitudes et les structures, afin que la dignité de la personne reste toujours au centre et que les inégalités et les marginalisations soient surmontées. Dieu s’est identifié aux plus petits en s’incarnant, et cela fait de la sollicitude préférentielle envers les pauvres une option fondamentale de notre identité chrétienne (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 198 ; Exhort. ap. Dilexi te, nn.16-17).
19 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à Kilamba, en Angola.
l’Évangile des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Laissons-nous éclairer par cette Parole de vie.
Deux disciples du Seigneur, le cœur meurtri et triste, partent de Jérusalem pour retourner dans leur village d’Emmaüs. Ils ont vu mourir ce Jésus en qui ils avaient mis leur confiance et qu’ils avaient suivi, et maintenant, déçus et vaincus, ils rentrent chez eux. En chemin, « ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé » (v. 14). Ils ont besoin d’en parler, de se raconter encore ce qu’ils ont vu, de partager ce qu’ils ont vécu, au risque toutefois de rester prisonniers de la douleur, fermés à l’espérance.
Quand on est plongé depuis longtemps dans une histoire ainsi marquée par la douleur, on court le risque des deux disciples d’Emmaüs : perdre l’espoir et rester paralysé par le découragement. En effet, ils marchent, mais ils sont encore figés sur les événements survenus trois jours plus tôt, lorsqu’ils ont vu Jésus mourir ; ils conversent entre eux, mais sans espérer une voie de sortie ; ils parlent encore de ce qui s’est passé, avec la peine de ceux qui ne savent pas comment recommencer, ni même si c’est possible.
Très chers amis, la Bonne Nouvelle du Seigneur, aujourd’hui encore pour nous, est précisément celle-ci : Il est vivant, Il est ressuscité et Il marche à nos côtés tandis que nous parcourons le chemin de la souffrance et de l’amertume, ouvrant nos yeux pour que nous puissions reconnaître son œuvre et nous accordant la grâce de repartir et de reconstruire l’avenir.
Le Seigneur se joint aux deux disciples déçus et à court d’espoir et, en devenant leur compagnon de route, il les aide à rassembler les morceaux de cette histoire, à regarder au-delà de la douleur, à découvrir qu’ils ne sont pas seuls sur le chemin et qu’un avenir, où habite encore le Dieu de l’amour, les attend. Et lorsqu’Il s’arrête pour dîner avec eux, qu’Il s’assoit à table et rompt le pain, alors « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (v. 31).
Nous faisons l’expérience de la compagnie du Seigneur surtout dans notre relation avec Lui, dans la prière, dans l’écoute de sa Parole qui fait brûler nos cœurs comme celui des deux disciples, et surtout dans la célébration de l’Eucharistie. C’est ici que nous rencontrons Dieu.
Restez fidèles à ce que l’Église enseigne, ayez confiance en vos pasteurs et gardez le regard fixé sur Jésus qui se révèle en particulier dans la Parole et dans l’Eucharistie. Dans les deux, nous faisons l’expérience que le Seigneur ressuscité marche à nos côtés et, unis à lui, nous aussi, nous vainquons les morts qui nous assiègent et nous vivons comme des ressuscités.
À cette certitude de ne pas être seuls sur le chemin s’ajoute également un engagement généreux, capable d’apaiser les blessures et de raviver l’espoir. En effet, si les deux disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus lorsqu’il rompt le pain pour eux, cela signifie que nous devons nous aussi le reconnaître ainsi : non seulement dans l’Eucharistie, mais partout où une vie se fait pain rompu, partout où quelqu’un se fait don de compassion à l’instar de Lui.
Par la grâce du Christ Ressuscité, nous pouvons devenir ce pain rompu qui transforme la réalité. Et tout comme l’Eucharistie nous rappelle que nous formons un seul corps et un seul esprit, unis à l’unique Seigneur, nous aussi, nous pouvons et nous voulons construire un pays où les vieilles divisions seront définitivement surmontées, où la haine et la violence disparaîtront, où le fléau de la corruption sera guéri par une nouvelle culture de justice et de partage. Ce n’est qu’ainsi qu’un avenir d’espoir sera possible, surtout pour les nombreux jeunes qui l’ont perdu.
Il faut regarder vers l’avenir avec espérance et construire l’espérance de l’avenir. N’ayez pas peur de le faire ! Jésus Ressuscité, qui chemine avec vous et qui, pour vous, se donne comme le pain, vous encourage à être les témoins de sa résurrection et les acteurs d’une nouvelle humanité et d’une nouvelle société.
19 avril 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière ru Chapelet au sanctuaire Marial de Mamã Muxima en Angola
Nous avons prié ensemble le Saint Rosaire, une dévotion ancienne et simple, née dans l’Église comme une prière pour tous. Saint Jean-Paul II l’a définie comme la prière d’un christianisme qui a conservé la « fraîcheur des origines et qui se sent poussé par l’Esprit de Dieu à « avancer au large » […] pour redire, et même pour “crier” au monde, que le Christ est Seigneur et Sauveur » (Lett. ap. Rosarium Virginis Mariae, n. 1).
Nous avons médité les mystères glorieux de la vie de Jésus, en contemplant dans sa glorification notre destin et dans son amour notre mission. Le Christ, à Pâques, a vaincu la mort, nous montrant le chemin pour retourner vers le Père. Et pour que nous puissions, nous aussi, parcourir ce chemin lumineux et exigeant, en faisant participer le monde entier à sa beauté, il nous a donné son Esprit, qui nous anime et nous soutient dans notre cheminement et notre mission. Comme Marie, nous sommes nous aussi faits pour le Ciel, et c’est vers le Ciel que nous marchons avec joie, en regardant vers Elle, Mère bonne et modèle de sainteté, pour porter la lumière du Ressuscité à nos frères et sœurs que nous rencontrons, comme nous l’avons fait symboliquement au début de chaque “dizaine”, avec des représentants de chaque vocation et de tout âge.
Sanctuaire de la “Mère du cœur”. C’est un très beau titre, qui nous fait penser au Cœur de Marie : un cœur limpide et sage, capable de conserver et de méditer les événements extraordinaires de la vie du Fils de Dieu (cf. Lc 2,19.51). En priant ensemble, nous avons nous aussi fait de même, en nous laissant accompagner par Marie dans le souvenir de Jésus. Nous avons retracé avec Elle divers moments de la vie de son Fils, afin de nourrir en nous un amour universel comme le sien (cf. Rosarium Virginis Mariae, n. 11).
Réciter le Rosaire nous engage donc à aimer chaque personne avec un cœur maternel, de manière concrète et généreuse, et à nous dépenser pour le bien les uns des autres, en particulier celui des plus pauvres. Une mère aime tous ses enfants, bien qu’ils soient différents les uns des autres, de la même manière et de tout son cœur. Nous aussi, devant la Mère de notre cœur, nous voulons promettre de faire de même, en nous dévouant sans réserve pour que personne ne manque d’amour, et avec lui, du nécessaire pour vivre dignement et être heureux : pour que ceux qui ont faim aient de quoi se nourrir, pour que tous les malades puissent recevoir les soins nécessaires, pour que les enfants aient accès à une Instruction adéquate, pour que les personnes âgées puissent vivre sereinement leurs années de vieillesse. Une mère pense à toutes ces choses : Marie pense à toutes ces choses, et elle nous invite, nous aussi, à partager sa sollicitude.
La Vierge Marie nous demande de nous laisser toucher par les sentiments de son cœur, afin d’être, comme elle, des artisans de justice et des porteurs de paix
C’est l’amour qui doit triompher, non la guerre ! C’est ce que nous enseigne le cœur de Marie, le cœur de notre Mère à tous.
Offrons tout à Marie, en nous donnant tous à nos frères, et accueillons avec joie, par son intercession, la bénédiction du Seigneur, afin de la transmettre à tous ceux que nous rencontrons.
20 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à l’esplanade de Saurimo, en Angola
Partout dans le monde, l’Église vit comme un peuple qui marche à la suite du Christ, notre frère et Rédempteur : Lui, le Ressuscité, nous éclaire la route vers le Père et, par la force de l’Esprit, il nous sanctifie afin que nous transformions notre mode de vie selon son amour. Telle est la Bonne Nouvelle, l’Évangile qui coule comme le sang dans nos veines, en nous soutenant tout au long de la route.
Dans la joie et la beauté de notre assemblée réunie au nom de Jésus, écoutons avec un cœur ouvert sa Parole de salut, car elle nous fait réfléchir sur la raison et sur la fin pour lesquelles nous suivons le Seigneur.
En effet, lorsque le Fils de Dieu s’incarne, il pose des gestes éloquents pour manifester la volonté du Père : il éclaire les ténèbres en rendant la vue aux aveugles, il donne la parole aux opprimés en déliant la langue des muets, il rassasie notre faim de justice en multipliant le pain pour les pauvres et les faibles. Quiconque entend parler de ces œuvres se met à la recherche de Jésus. En même temps, le Seigneur voit dans notre cœur et nous demande si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt, par calcul ou par amour. Il dit en effet à ceux qui le suivaient : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6, 26). Ses paroles révèlent les intentions de ceux qui ne souhaitent pas rencontrer une personne, mais seulement consommer des objets. La foule voit Jésus comme un instrument au service d’autre chose, un prestataire de services. S’il ne leur donnait pas à manger, ses gestes et ses enseignements ne les intéresseraient pas.
Cela se produit lorsque la foi authentique est remplacée par un échange superstitieux, dans lequel Dieu devient une idole que l’on recherche seulement lorsque l’on en a besoin, et tant que l’on en a besoin. Même les plus beaux dons du Seigneur, qui prend toujours soin de son peuple, deviennent dès lors une exigence, une récompense ou un moyen de chantage, et sont mal interprétés par ceux-là mêmes qui les reçoivent. Le récit évangélique nous fait donc comprendre qu’il existe de mauvaises raisons de rechercher le Christ, surtout lorsqu’il est considéré comme un gourou ou un porte-bonheur. Même la fin que cette foule se propose est inadéquate : en effet, elle ne cherche pas un maître à aimer, mais un chef à vénérer pour son propre intérêt.
L’attitude de Jésus à notre égard est bien différente : en effet, il ne rejette pas cette recherche peu sincère, mais l’encourage à se convertir. Il ne chasse pas la foule, mais invite chacun à examiner ce qui bat dans son cœur. Le Christ nous appelle à la liberté : il ne veut ni serviteurs ni clients, mais il cherche des frères et sœurs auxquels se dévouer de tout son être. Pour répondre avec foi à cet amour, il ne suffit pas d’entendre parler de Jésus : il faut accueillir le sens de ses paroles. Il ne suffit pas non plus de voir ce que Jésus fait : il faut suivre et imiter son initiative. Lorsque, dans le signe du pain partagé, nous voyons la volonté du Sauveur qui se donne lui-même pour nous, alors nous nous approchons de la véritable rencontre avec Jésus qui devient sequela, mission et vie.
L’avertissement que le Seigneur adresse à la foule se transforme ainsi en une invitation : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Par ces mots, le Christ nous révèle son véritable don : il ne nous appelle pas à nous désintéresser du pain quotidien, qu’il multiplie au contraire en abondance et nous enseigne à demander dans la prière. Il nous enseigne la bonne manière de rechercher le pain de vie, cette nourriture qui nous soutient pour toujours. Le désir de la foule trouve ainsi une réponse encore plus grande et surprenante : Jésus ne nous donne pas une nourriture qui s’épuise, mais un pain qui ne nous fait pas périr, parce qu’il est aliment de vie éternelle.
Son don éclaire notre présent : aujourd’hui, en effet, nous voyons que de nombreux désirs des gens sont frustrés par les violents, exploités par les tyrans et trompés par la richesse. Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns. Face à ces maux, le Christ écoute le cri des peuples et renouvelle notre histoire : de chaque chute, il nous relève ; dans chaque souffrance, il nous réconforte ; dans la mission, il nous encourage. À l'image du pain vivant qu'il nous donne sans cesse, l'Eucharistie, ainsi son histoire ne connaît pas de fin, et c'est pourquoi elle enlève la fin de notre histoire, à savoir la mort, que le Ressuscité ouvre par la force de son Esprit. Le Christ vit ! Il est notre Rédempteur. Tel est l’Évangile que nous partageons, faisant de tous les peuples de la terre des frères. Telle est l’annonce qui transforme le péché en pardon. Telle est la foi qui sauve la vie !
Le témoignage pascal concerne donc certes le Christ, le Crucifié qui est ressuscité, mais c’est précisément pour cette raison qu’il nous concerne aussi : c’est en Lui que s’exprime l’annonce de notre résurrection. Nous ne sommes pas venus au monde pour mourir. Nous ne sommes pas nés pour devenir esclaves de la corruption de la chair, ni de celle de l’âme : toute forme d’oppression, de violence, d’exploitation et de mensonge nie la résurrection du Christ, don suprême de notre liberté. Cette libération du mal et de la mort, en effet, ne se produit pas seulement à la fin des temps, mais dans l’histoire de chaque jour. Que devons-nous faire pour accueillir ce don ? L’Évangile lui-même nous l’enseigne : « L’œuvre de Dieu : c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). Oui, nous croyons ! Aujourd’hui, ensemble, nous le disons avec force et avec gratitude envers Toi, Seigneur Jésus. Nous voulons Te suivre et Te servir en notre prochain : ta parole est pour nous règle de vie, critère de vérité.
En partageant l’Eucharistie, pain de vie éternelle, nous sommes appelés à servir notre peuple avec un dévouement qui relève de toute chute, qui reconstruit ce que la violence détruit et qui partage avec joie les liens fraternels. À travers nous, l’initiative de la grâce divine porte de bons fruits surtout dans l’adversité, comme le montre l’exemple du protomartyr Étienne (cf. Ac 6, 8-15).
Très chers amis, le témoignage des martyrs et des saints nous encourage et nous incite à suivre un chemin d’espérance, de réconciliation et de paix, sur lequel le don de Dieu devient l’engagement de l’homme au sein de la famille, de la communauté chrétienne et de la société civile. En le parcourant ensemble, à la lumière de l’Évangile, l’Église en Angola grandit à la mesure de cette fécondité spirituelle qui commence par l’Eucharistie et se poursuit dans la prise en charge complète de chaque personne et de tout le peuple. En particulier, la vitalité des vocations que vous vivez est signe de la réponse au don du Seigneur, toujours abondant pour celui qui l’accueille avec un cœur pur. Grâce au Pain de vie nouvelle que nous partageons aujourd’hui nous pouvons poursuivre le chemin de l’Église tout entière, ayant pour but le Royaume de Dieu, pour lumière la foi et pour âme la charité.
21 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV au monde de la Culture, Universitaire, au Campus Universitaire Léon XIV et l’Université Nationale à Malabo. Guinée Equatoriale
Toute véritable œuvre éducative est appelée à grandir non seulement en tant que structure, mais aussi en tant qu’organisme vivant.
C’est peut-être pour cette raison que l’image de l’arbre s’avère particulièrement éloquente pour évoquer la mission universitaire. Un arbre enfonce ses racines profondément, s’élève avec patience et force vers le ciel et recèle en lui une fertilité qui n’existe pas pour elle-même.
Par sa grandeur, la solidité de son tronc et l’ampleur de ses branches, cet arbre semble offrir une parabole de ce qu’une institution universitaire est appelée à être : une réalité bien enracinée dans le sérieux de l’étude, dans la mémoire vive d’un peuple et dans la recherche persévérante de la vérité. Ainsi seulement pourra-t-elle croître avec vigueur ; ainsi seulement sera-t-elle capable de s’élever sans perdre le contact avec la réalité historique dans laquelle elle s’inscrit et d’offrir aux nouvelles générations, outre les outils de la réussite professionnelle, des raisons de vivre, des critères de discernement et des raisons de servir.
L’histoire de l’homme peut aussi être lue à travers la symbolique de certains arbres bibliques. Dans le jardin du Livre de la Genèse, à côté de l’arbre de vie, se dresse également l’arbre de la connaissance du bien et du mal (cf. Gn 2, 9), dont Dieu ordonne à l’homme et à la femme de ne pas manger les fruits. Il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une condamnation de la connaissance en tant que telle, comme si la foi craignait l’intelligence ou considérait avec suspicion le désir de savoir. L’être humain a reçu la capacité de connaître, de nommer, de discerner, de s’émerveiller devant le monde et de s’interroger sur son sens (cf. Gn 2, 19).
Le problème ne réside donc pas dans la connaissance, mais dans son détournement vers une intelligence qui ne cherche plus à correspondre à la réalité, mais à la plier à ses propres exigences, en la jugeant selon la convenance de celui qui prétend la connaître. Là, la connaissance cesse d’être une ouverture et devient une possession ; elle cesse d’être un chemin vers la sagesse et se transforme en une affirmation orgueilleuse d’autosuffisance, ouvrant la voie à des égarements susceptibles de devenir inhumains.
Cependant, l’histoire biblique ne prend pas fin devant cet arbre. La tradition chrétienne contemple un autre arbre, celui de la Croix, non pas comme une négation de l’intelligence humaine, mais comme signe de sa rédemption (cf. Col 2, 2-3). Si la Genèse présente la tentation d’une connaissance séparée de la vérité et du bien, la croix révèle au contraire une vérité qui, loin d’imposer sa domination, s’offre par amour et élève l’homme à la dignité avec laquelle il a été conçu dès son origine. Là, l’être humain est invité à laisser guérir son désir de connaître : à redécouvrir que la vérité ne se fabrique pas, ne se manipule pas et ne se possède pas comme un trophée, mais qu’elle s’accueille, se cherche avec humilité et se sert avec responsabilité.
C’est pourquoi, dans une perspective chrétienne, le Christ n’apparaît pas comme une échappatoire fidéiste face à la difficulté intellectuelle, comme si la foi commençait là où la raison s’arrête. Au contraire : en Lui se manifeste la profonde harmonie entre vérité, raison et liberté. La vérité s’offre comme une réalité qui précède l’homme, lui parle et l’appelle à sortir de lui-même, et c’est pourquoi elle peut être recherchée avec confiance. La foi, loin de mettre fin à cette recherche, la purifie de toute autosuffisance et l’ouvre à une plénitude vers laquelle la raison tend, même si elle ne peut la saisir complètement.
Ce faisant, l’arbre de la Croix ramène l’amour de la connaissance à sa source originelle. Il nous enseigne que connaître signifie s’ouvrir à la réalité, en accueillir le sens et en préserver le mystère. Ainsi, la recherche de la vérité demeure-t-elle véritablement humaine : humble, sérieuse et ouverte à une vérité qui nous précède, nous appelle et nous transcende.
En effet, il ne suffit pas qu’un arbre porte du fruit : la qualité de ce fruit compte aussi, car c’est à ses fruits qu’on reconnaît l’arbre (cf. Mt 7, 20). De même, une université se jauge à la qualité des étudiants qu’elle offre à la vie de la communauté, plus qu’au nombre de diplômés ou à l’étendue de ses infrastructures. Tel est le désir sincère que l’Église catholique exprime dans son engagement séculaire dans le domaine de l’éducation : que les professionnels excellent grâce à leurs connaissances et à leur savoir-faire ; fruits mûrs pour une véritable fécondité, capables d’aller au-delà de la simple apparence du succès.
22 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en la Basilique de l’Immaculée Conception, à Mongomo, en Guinée Equatoriale
L’Eucharistie renferme véritablement tout le bien spirituel de l’Église : c’est le Christ, notre Pâque, qui se donne à nous, c’est le Pain vivant qui nous rassasie, c’est la présence qui nous révèle l’amour infini de Dieu pour toute la famille humaine et sa volonté de venir à la rencontre de chaque femme et de chaque homme, aujourd'hui encore.
Les Actes des Apôtres (8,1-8) nous racontent, en quelques versets, comment une Église qui annonce l’Évangile avec joie et sans crainte est aussi une Église qui, précisément pour cette raison, peut être persécutée. En outre, cependant, le Livre des Actes des Apôtres nous dit que, tandis que les chrétiens sont contraints de fuir et se dispersent, de très nombreuses personnes s’approchent de la Parole du Seigneur et peuvent voir de leurs propres yeux que les malades, dans leur corps et dans leur esprit, sont guéris : ce sont les signes prodigieux de la présence de Dieu qui suscitent une grande joie dans toute la ville (cf. vv. 6-8).
Ainsi, frères et sœurs, même si les situations personnelles, familiales et sociales que nous vivons ne sont pas toujours favorables, nous pouvons avoir confiance en l’œuvre du Seigneur qui fait germer le bon grain de son Royaume par des voies qui nous sont inconnues, même quand tout autour de nous semble aride, et même dans les moments d’obscurité. Avec cette confiance, enracinée davantage dans la force de son amour que dans nos mérites, nous sommes appelés à rester fidèles à l’Évangile, à l’annoncer, à le vivre pleinement et à en témoigner avec joie. Dieu ne nous fera pas manquer les signes de sa présence et, une fois encore, comme Jésus nous l’a dit dans l’Évangile que nous venons d’entendre, il sera pour nous “le pain de vie” qui rassasiera notre faim (cf. Jn 6, 35).
Quelle est cette faim que nous ressentons. Il y a une faim d’avenir, mais d’un avenir habité par l’espérance qui peut faire naître une nouvelle justice, qui peut porter des fruits de paix et de fraternité. Et il ne s’agit pas d’un avenir inconnu que nous devons attendre passivement, mais d’un avenir que nous sommes appelés, avec la grâce de Dieu, à construire dépend de vos choix ; il repose sur votre sens de responsabilité et sur l’engagement partagé pour préserver la vie et la dignité de chaque personne.
Il est donc nécessaire que tous les baptisés se sentent impliqués dans l’œuvre d’évangélisation, deviennent des apôtres de la charité et des témoins d’une nouvelle humanité.
Il faut des chrétiens qui prennent en main le destin. C’est pourquoi je voudrais vous encourager : n’ayez pas peur d’annoncer et de témoigner de l’Évangile ! Soyez les bâtisseurs d’un avenir d’espérance, de paix et de réconciliation.
23 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au stade de Malabo, en Guinée Equatoriale
Les Écritures d’entendre nous interpellent, demandant à chacun de nous si et comment nous savons lire les pages bibliques que nous partageons aujourd’hui. Il s’agit d’une invitation aussi sérieuse que providentielle, car elle nous prépare à lire ensemble le livre de l’histoire, c’est-à-dire les pages de notre vie, que Dieu continue d’inspirer par sa sagesse.
En accompagnant un voyageur qui, de Jérusalem, retourne précisément en Afrique, le diacre Philippe lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30). Ce pèlerin, un eunuque de la reine d’Éthiopie, lui répond aussitôt avec une humble sagesse : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » (v. 31). Sa question devient ainsi non seulement un appel à la vérité, mais aussi l’expression d’une curiosité. Regardons attentivement celui qui parle : c’est un homme riche, comme sa terre, mais esclave. Tous les trésors qu’il administre ne lui appartiennent pas : ce qui lui appartient, ce sont les efforts qui profitent à d’autres. Cet homme possède intelligence et culture, et il le démontre tant dans le travail que dans la prière, mais il n’est pas pleinement libre. Cet état est douloureusement imprimé sur son corps : il s’agit en effet d’un eunuque. Il ne peut pas engendrer la vie : ses énergies sont toutes au service d’un pouvoir qui le contrôle et le domine.
Au moment même où il retourne dans sa patrie, l’Afrique, devenue pour lui un lieu d’esclavage, l’annonce de l’Évangile le libère. La parole de Dieu, qu’il tient entre ses mains, porte un fruit surprenant dans sa vie : lorsqu’il rencontre Philippe, témoin du Christ crucifié et ressuscité, l’eunuque devient non seulement un lecteur de la Bible, c’est-à-dire un spectateur, mais aussi le protagoniste d’un récit qui l’implique, car il le concerne directement. Le texte sacré lui parle et suscite en lui une quête de vérité. C’est ainsi que cet Africain entre dans l’Écriture, accueillante à tout lecteur désireux de comprendre la parole de Dieu. Il entre dans l’histoire du salut, accueillante à chaque homme et chaque femme, particulièrement les opprimés, les marginalisés et aux plus démunis. Au texte écrit correspond désormais le geste vécu : en recevant le baptême, il n’est plus un étranger, mais il devient fils de Dieu, notre frère dans la foi. Esclave et sans descendance, cet homme renaît à une vie nouvelle et libre au nom du Seigneur Jésus : c’est de sa rédemption que nous parlons encore aujourd’hui, au moment même où nous lisons les Écritures !
Tout comme lui, nous sommes nous aussi devenus chrétiens par le baptême, héritant de la même lumière, c’est-à-dire de la même foi, pour lire la Parole de Dieu. Pour réfléchir sur les prophéties, pour prier les psaumes, pour étudier la Loi et proclamer l’Évangile par notre vie. En effet, tous les textes bibliques révèlent leur véritable sens dans la foi, car c’est dans la foi qu’ils ont été écrits et transmis jusqu’à nous : c’est pourquoi leur lecture est un acte toujours personnel et toujours ecclésial, et non un exercice solitaire ou purement technique.
Ensemble, nous lisons l’Écriture comme un bien commun de l’Église, ayant pour guide le Saint-Esprit qui a inspiré sa rédaction et par la Tradition apostolique qui l’a préservée et diffusée sur toute la terre. Comme le demande l’eunuque, nous pouvons nous aussi comprendre la parole de Dieu grâce à un guide qui nous accompagne sur le chemin de la foi, à l’instar du diacre Philippe, qui « prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus » (v. 35). Le voyageur africain lisait une prophétie qui s’est accomplie pour lui à l’époque comme elle s’accomplit pour nous aujourd’hui : le serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe (cf. Is 53, 7-8 ) est Jésus, celui qui, par sa passion, sa mort et sa résurrection, nous rachète du péché et de la mort. Il est le Verbe fait homme, en qui s’accomplit toute parole de Dieu : il en révèle l’intention originelle, le sens plein et la fin ultime.
En effet, comme le Christ le dit, “seul celui qui vient de Dieu a vu le Père” (cf. Jn 6, 46). Dans le Fils, le Père lui-même manifeste sa gloire : Dieu se fait voir, entendre, toucher. À travers les gestes de Jésus, le Rédempteur, il donne toute sa plénitude à ce qu’il fait depuis toujours : donner la vie. Il crée le monde, il le sauve, il l’aime à jamais. À ceux qui l’écoutent, Jésus rappelle un signe de cette providence constante : « Au désert, vos pères ont mangé la manne » (v. 49). Il fait ainsi référence à l’expérience de l’exode : un chemin de libération de l’esclavage, qui est pourtant devenu une errance épuisante, longue de quarante ans, parce que le peuple n’a pas cru à la promesse du Seigneur, allant jusqu’à regretter l’Égypte (cf. Ex 16, 3). Sous le joug du pharaon, en effet, le peuple mangeait les fruits de la terre ; Dieu, en revanche, le conduit dans le désert, où le pain ne peut venir que de sa providence. La manne est donc une épreuve, une bénédiction et une promesse, que Jésus vient accomplir. À ce signe ancien succède désormais le sacrement de la nouvelle et éternelle Alliance : l’Eucharistie, pain consacré par celui qui est descendu du ciel pour devenir notre nourriture. Si ceux qui ont mangé la manne « sont morts » (Jn 6, 49), celui qui mange ce pain vit éternellement (cf. v. 51) car le Christ est vivant ! Il est le Ressuscité, et il continue à donner sa vie pour tous.
Par l’exode définitif qu’est la Pâque de Jésus, chaque peuple est libéré de l’esclavage du mal. Alors que nous célébrons cet événement de salut, le Seigneur nous appelle à un choix décisif : « Il a la vie éternelle, celui qui croit » (v. 47). En Jésus, une possibilité surprenante nous est donnée : Dieu se donne lui-même pour nous. Ai-je confiance que son amour est plus fort que ma mort ? En décidant de croire en lui, chacun de nous choisit entre un désespoir certain et une espérance que Dieu rend possible. Alors, notre soif de vie et de justice trouve son apaisement dans la parole de Jésus : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (v. 51).
Merci, Seigneur ! Nous te louons et te bénissons, car tu as voulu devenir pour nous l’Eucharistie, le pain de vie éternelle, afin que nous puissions vivre pour toujours. En ce moment même, chers amis, alors que nous célébrons ce sacrement de salut, nous pouvons nous exclamer avec joie : « Le Christ est tout pour nous ! » En Lui, nous trouvons la plénitude de la vie et du sens : « Si tu es opprimé par l’iniquité, Il est la justice ; si tu as besoin d’aide, Il est la force ; si tu crains la mort, Il est la vie ; si tu désires le Ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière ; (Saint Ambroise, De Virginitate, 16, 99). En la compagnie du Seigneur, nos problèmes ne disparaissent pas, mais ils sont éclairés : comme chaque croix trouve sa rédemption en Jésus, de même, dans l’Évangile, l’histoire de notre vie trouve un sens. C’est pourquoi aujourd’hui, chacun de nous peut dire : « Béni soit Dieu qui n'a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour » (Ps 65, 20). Il nous aime le premier, toujours : sa parole est pour nous l’Évangile, et nous n’avons rien de mieux à annoncer au monde. Cette évangélisation nous engage tous, à partir du baptême, qui est sacrement de fraternité, bain de pardon et source d’espérance. À travers notre témoignage, l’annonce du salut devient geste, devient service, devient pardon : en un mot, devient Église !
25 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la Rencontre nationale des enseignants de religion catholique, promue par la Conférence épiscopale italienne
Saint Augustin écrivait : « L’homme, une parcelle de ta création, veut te louer [, ô Dieu]. C’est toi qui le pousses à se réjouir de tes louanges, parce que tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi […]. Que je te cherche, Seigneur, en t’invoquant, et que je t’invoque en croyant en toi » (Confessions, 1,1). Il parlait d’une recherche intérieure à laquelle sont depuis toujours liées, chez l’être humain, les grandes questions de l’existence, la relation avec Dieu, avec la création et avec les autres. Ainsi, la soif d’infini, inscrite en chaque personne, peut devenir une énergie pour promouvoir la paix, pour renouveler la société et pour en combler les contradictions.
Dans ce contexte, votre service, expression de la sollicitude de l’Église pour les nouvelles générations, est comme un tremplin à partir duquel enfants et jeunes peuvent apprendre à se lancer dans la fascinante aventure du dialogue intérieur. En cela, il constitue un élément indispensable de cette alliance éducative dont on ressent aujourd’hui tant le besoin.
De plus, l’enseignement de la religion catholique est une discipline de grande valeur culturelle, utile pour comprendre les dynamiques historiques et sociales, ainsi que les expressions de la pensée, du génie et des arts qui ont façonné et continuent de façonner le visage de l’Italie, de l’Europe et de nombreux pays du monde.
Tout cela entre dans vos cours, à la lumière de l’enseignement toujours actuel de l’Église, en dialogue avec les autres domaines du savoir et de la recherche religieuse, et surtout dans l’étude des pages inépuisables de la Bible, à travers lesquelles nous connaissons le Christ, Fils de Dieu fait homme, révélation du visage du Père et modèle parfait de l’humanité. Ainsi, vous rendez accessible aux nouvelles générations, dans le plein respect de la liberté de chacun, ce qui pourrait autrement rester incompris et flou, en montrant que la véritable laïcité n’exclut pas le fait religieux, mais sait au contraire en faire une richesse éducative. Cela fait partie d’une attitude plus large, indispensable à tout dialogue, à l’école comme dans la société : connaître et aimer ce que l’on est, pour pouvoir rencontrer l’autre avec respect et ouverture
À la lumière de cela, je voudrais partager avec vous quelques réflexions qui me tiennent à cœur.
Comme titre de votre troisième Rencontre nationale, vous avez choisi l’expression « Le cœur parle au cœur » (Cor ad cor loquitur), inspirée de la devise de saint John Henry Newman, docteur de l’Église et co-patron du monde éducatif. Ces paroles contiennent la proposition d’un chemin où la vérité est le but et la relation personnelle le moyen pour y parvenir. Elles vous engagent, à travers l’enseignement, à aider les jeunes à reconnaître une voix qui résonne déjà en eux, à ne pas l’enfouir ni la confondre avec les bruits qui les entourent. À une époque où nous sommes constamment assaillis de stimulations de toute sorte, faire taire cette voix est très facile. C’est pourquoi apprendre à l’écouter ou à la retrouver est l’un des plus grands dons que l’on puisse faire aux nouvelles générations. L’homme ne peut vivre sans vérité ni sans sens authentique, et les jeunes, même lorsqu’ils paraissent parfois apathiques ou insensibles, cachent souvent, derrière une apparente indifférence, l’inquiétude et la souffrance de ceux qui « ressentent trop » et de manière trop intense, sans parvenir à nommer ce qu’ils éprouvent.
Faire école signifie donc former les personnes à l’écoute du cœur, et ainsi à la liberté intérieure et à la capacité de pensée critique, selon des dynamiques où foi et raison ne s’ignorent pas, ni ne s’opposent, mais cheminent ensemble dans la recherche humble et sincère de la vérité. C’est pourquoi éduquer demande la patience de semer sans prétendre à des résultats immédiats, dans le respect des temps de croissance de chacun. Et surtout – Newman l’enseigne – cela demande de l’amour.
Très chers, la vérité passe par les personnes, et pour vos élèves, ces personnes, c’est aussi vous, appelés à être des maîtres crédibles parce qu’amoureux de Dieu et d’eux, à transmettre des valeurs sans protagonisme ni moralisme, à offrir des regards qui relèvent et à être témoins de cette cohérence humble et proche qui rend aimables et désirables même les contenus les plus exigeants. Vos élèves n’ont pas besoin de réponses toutes faites, mais de proximité et d’honnêteté de la part d’adultes qui les accompagnent avec autorité et responsabilité, tandis qu’ils affrontent les grandes questions de la vie. Ils se souviendront des regards et des paroles de ceux qui ont su reconnaître en eux un don unique, de ceux qui les ont pris au sérieux, de ceux qui n’ont pas eu peur de partager avec eux un bout de chemin, en se montrant eux-mêmes hommes et femmes qui cherchent, pensent, vivent et croient. Tout cela, bien sûr, sans rien enlever à la nécessité d’une solide compétence, animée par la passion de l’étude, la rigueur culturelle et la préparation pédagogique, car l’enseignement de la religion catholique exige aussi une mise à jour constante, un esprit de projet et le recours à des langages adaptés.
L’école aujourd’hui – en Italie, mais pas seulement – est confrontée à des défis dramatiques et en même temps exaltants. C’est pourquoi l’Église, qui marche avec vous, vous y envoie comme « serviteurs du monde éducatif, chorégraphes de l’espérance, chercheurs infatigables de la sagesse, artisans crédibles d’expressions de beauté » (Lettre apostolique Dessiner de nouvelles cartes d’espérance, 11,3).
Je vous remercie et vous encourage à persévérer dans cet engagement, tandis que je vous confie à l’intercession de la Vierge Marie et des saints éducateurs. Je me souviens de vous dans la prière et, de tout cœur, je vous accorde la Bénédiction apostolique, que j’étends à vos familles, à vos élèves et à tous vos proches. Merci !
26 avril 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli, dimanche du Bon Pasteur
L’Évangile nous rapporte les paroles de Jésus qui se compare à un berger, puis à la porte de la bergerie (cf. Jn 10, 1-10).
Jésus oppose le berger et le voleur. Il affirme en effet : « Celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit » (v. 1). Et plus loin, de manière encore plus claire : « Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (v. 10). La différence est claire : le berger a un lien particulier avec ses brebis et, par conséquent, il peut entrer par la porte de la bergerie ; si, au contraire, quelqu’un doit escalader la clôture, c’est certainement un voleur qui veut voler les brebis.
Jésus nous dit qu’il est lié à nous par une relation d’amitié : il nous connaît, nous appelle par notre nom, nous guide et, comme le berger le fait avec ses brebis, vient nous chercher quand nous nous égarons et panser nos blessures quand nous sommes malades (cf. Ez 34,16). Jésus ne vient pas comme un voleur pour nous dérober notre vie et notre liberté, mais pour nous conduire sur les bons chemins. Il ne vient pas pour asservir ou tromper notre conscience, mais pour l’illuminer de la lumière de sa sagesse. Il ne vient pas pour ternir nos joies terrestres, mais pour les ouvrir à un bonheur plus complet et plus durable. Celui qui se confie en Lui n’a rien à craindre : Il ne mortifie pas notre vie, mais vient pour nous la donner en abondance (cf. v. 10).
Nous sommes invités à veiller sur la clôture de notre cœur et de notre vie, car celui qui y entre peut multiplier la joie ou, comme un voleur, nous la voler. Les « voleurs » peuvent prendre bien des visages : ce sont ceux qui, malgré les apparences, étouffent notre liberté ou ne respectent pas notre dignité ; ce sont les convictions et les préjugés qui nous empêchent d’avoir un regard serein sur les autres et sur la vie ; ce sont les idées fausses qui peuvent nous conduire à faire des choix négatifs ; ce sont des modes de vie superficiels ou marqués par le consumérisme, qui nous vident intérieurement et nous poussent à vivre toujours en dehors de nous-mêmes.
Nous pouvons nous interroger : par qui voulons-nous nous laisser guider dans notre vie ? Quels sont les « voleurs » qui ont tenté de pénétrer dans notre enclos ? Y sont-ils parvenus, ou avons-nous été capables de les repousser ?
L’Évangile nous invite à faire confiance au Seigneur : Il ne vient pas nous voler quoi que ce soit, bien au contraire, Il est le Bon Pasteur, qui multiplie la vie et nous l’offre en abondance.
3 mai 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli
Pendant le temps pascal, à l’instar de l’Église naissante, nous revenons aux paroles de Jésus qui révèlent toute leur signification à la lumière de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Ce qui, auparavant, échappait aux disciples ou les troublait, refait maintenant surface dans leur mémoire, réchauffe leur cœur et leur donne de l’espérance.
L’Évangile proclamé ce dimanche nous plonge dans le dialogue du Maître avec les siens lors de la Cène. Nous écoutons notamment une promesse qui nous implique dès à présent dans le mystère de sa résurrection. Jésus dit : « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14, 3). Ainsi, les apôtres découvrent qu’en Dieu, il y a une place pour chacun. Deux d’entre eux en avaient fait l’expérience dès leur première rencontre avec Jésus, près du Jourdain, lorsqu’Il s’était aperçu qu’ils le suivaient et les avait invités à rester chez lui cet après-midi-là (cf. Jn 1, 39). Même maintenant, face à la mort, Jésus parle d’une maison, cette fois-ci très grande : c’est la maison de son Père et de notre Père où il y a de la place pour tous. Le Fils se décrit comme le serviteur qui prépare les chambres, afin que chaque frère et chaque sœur, en arrivant, trouve la sienne prête et se sente attendu depuis toujours et enfin retrouvé.
Chers amis, dans l’ancien monde où nous sommes encore en chemin, ce sont les lieux exclusifs, les expériences réservées à quelques-uns et le privilège d’entrer là où personne d’autre ne peut aller qui attirent l’attention. Cependant, dans le monde nouveau où le Ressuscité nous conduit, ce qui a le plus de valeur est à la portée de tous. Mais cela n’enlève rien à son attrait. Au contraire, ce qui est ouvert à tous procure désormais de la joie : la gratitude remplace la compétition ; l’accueil efface l’exclusion ; l’abondance n’entraîne plus d’inégalité. Surtout, personne n’est confondu avec quelqu’un d’autre, personne n’est perdu. La mort menace d’effacer le nom et la mémoire, mais en Dieu, chacun est enfin lui-même. En vérité, c’est là la place que nous recherchons toute notre vie, parfois prêts à tout pour obtenir un peu d’attention et de reconnaissance.
« Ayez la foi », nous dit Jésus. Voilà le secret ! « Croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14, 1). C’est précisément cette foi qui libère notre cœur de l’angoisse d’avoir et d’obtenir, de l’illusion de courir après une place prestigieuse pour avoir de la valeur. Chacun a déjà une valeur infinie dans le mystère de Dieu, qui est la seule réalité véritable. En nous aimant les uns les autres comme Jésus nous a aimés, nous nous donnons cette conscience. C’est le commandement nouveau : nous anticipons ainsi le ciel sur terre, nous révélons à tous que la fraternité et la paix sont notre destin. Dans l’amour, en effet, au milieu d’une multitude de frères, chacun découvre qu’il est unique.
Prions donc la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l’Église, pour que chaque communauté chrétienne soit une maison ouverte à tous et attentive à chacun.
6 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
En nous attardant aujourd’hui sur une partie du chapitre VII de la Constitution du Concile Vatican II sur l’Église, méditons sur l’une de ses caractéristiques fondamentales : la dimension eschatologique. En effet, l’Église chemine dans cette histoire terrestre en restant toujours tournée vers son but ultime, qui est la patrie céleste. Il s’agit d’une dimension essentielle que pourtant nous négligeons ou minimisons souvent, car nous sommes trop concentrés sur ce qui est immédiatement visible et sur les dynamiques plus concrètes de la vie de la communauté chrétienne.
L’Église est le peuple de Dieu en marche dans l’histoire, qui a pour but de toute son action le Royaume de Dieu (cf. LG, 9). Jésus a fondé l’Église précisément en annonçant ce Royaume d’amour, de justice et de paix (cf. LG 5). Nous sommes donc appelés à considérer la dimension communautaire et cosmique du salut en Christ et à tourner notre regard vers cet horizon final, afin de mesurer et d’évaluer tout dans cette perspective.
L’Église vit dans l’histoire au service de l’avènement du Royaume de Dieu dans le monde. Elle annonce à tous et en tout temps les paroles de cette promesse, en reçoit un gage dans la célébration des sacrements, en particulier de l’Eucharistie, et les met en œuvre et en expérimente la logique dans les relations d’amour et de service. Elle sait en outre qu’elle est le lieu et le moyen où l’union avec le Christ se réalise « plus étroitement » (LG, 48), tout en reconnaissant que le salut peut être donné par Dieu dans l’Esprit Saint même en dehors de ses limites visibles.
À cet égard, la Constitution Lumen Gentium fait une affirmation importante : l’Église est « sacrement universel de salut » (LG, 48), c’est-à-dire signe et instrument de cette plénitude de vie et de paix promise par Dieu. Cela signifie qu’elle ne s’identifie pas parfaitement au Royaume de Dieu, mais qu’elle en est le germe et le commencement, car l’accomplissement ne sera donné à l’humanité et au cosmos qu’à la fin des temps. Les croyants en Christ cheminent donc dans cette histoire terrestre, marquée par la maturation du bien mais aussi par les injustices et les souffrances, sans être ni illusionnés ni désespérés ; ils vivent guidés par la promesse reçue de « Celui qui fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). C’est pourquoi l’Église accomplit sa mission entre le “déjà” du commencement du Royaume de Dieu en Jésus et le “pas encore” de l’accomplissement promis et attendu. Gardienne d’une espérance qui éclaire le chemin, elle est également investie de la mission de prononcer des paroles claires pour rejeter tout ce qui mortifie la vie et en empêche le développement, et de prendre position en faveur des pauvres, des exploités, des victimes de la violence et de la guerre, ainsi que de tous ceux qui souffrent, dans leur corps et dans leur esprit (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 159).
Signe et sacrement du Royaume, l’Église est le peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre qui, à partir précisément de la promesse finale, lit et interprète à la lumière de l’Évangile les dynamiques de l’histoire, dénonçant le mal sous toutes ses formes et annonçant, par la parole et par les œuvres, le salut que le Christ veut réaliser pour toute l’humanité et son Royaume de justice, d’amour et de paix. L’Église, donc, ne s’annonce pas elle-même ; au contraire, en elle, tout doit renvoyer au salut en Christ.
Dans cette perspective, l’Église est appelée à reconnaître humblement la fragilité humaine et le caractère éphémère de ses propres institutions qui, bien qu’étant au service du Royaume de Dieu, portent l’empreinte fugace de ce monde (cf. LG, 48). Aucune institution ecclésiale ne peut être absolutisée ; au contraire, puisqu’elles vivent dans l’histoire et dans le temps, elles sont appelées à une conversion continuelle, au renouvellement des formes et à la réforme des structures, à la régénération constante des relations, afin qu’elles puissent véritablement correspondre à leur mission.
Dans la perspective du Royaume de Dieu, il faut également prendre en compte la relation entre les chrétiens qui accomplissent aujourd’hui leur mission et ceux qui ont déjà achevé leur existence terrestre et se trouvent dans un état de purification ou de béatitude. Lumen gentium affirme en effet que tous les chrétiens forment une seule Église, qu’il existe une communion et une participation aux biens spirituels fondée sur l’union avec le Christ de tous les croyants, une sollicitude fraternelle entre l’Église terrestre et l’Église céleste : cette communion des saints qui se vit en particulier dans la liturgie (cf. LG, 49-51). En priant pour les défunts et en suivant les traces de ceux qui ont déjà vécu en tant que disciples de Jésus, nous sommes nous aussi soutenus dans notre cheminement et nous renforçons l’adoration de Dieu : marqués par l’unique Esprit et unis dans l’unique liturgie, avec ceux qui nous ont précédés dans la foi, nous louons et rendons gloire à la Très Sainte Trinité.
Soyons reconnaissants aux Pères conciliaires de nous avoir rappelé cette dimension si importante et si belle de l’être chrétien, et efforçons-nous de la cultiver dans notre vie.
8 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de Messe et supplication à Notre-Dame du Rosaire de Pompéi
« Mon âme exalte le Seigneur ». Ces paroles, par lesquelles nous avons répondu à la première Lecture, jaillissent du cœur de la Vierge Marie lorsqu’elle présente à Élisabeth le fruit de son sein, Jésus, le Sauveur. Après elle, Zacharie, le père de Jean-Baptiste, et le vieillard Siméon chanteront pour le Christ. Ces trois cantiques rythment chaque jour la louange de l’Église dans la Liturgie des Heures. Ils sont le regard de l’ancien Israël, qui voit s’accomplir ses promesses ; ils sont le regard de l’Église Épouse, tournée vers son Époux divin ; ils sont implicitement le regard de l’humanité entière, qui trouve une réponse à son désir ardent de salut.
Il y a cent cinquante ans, en posant la première pierre de ce Sanctuaire, dans le lieu où l’éruption du Vésuve de l’an 79 après Jésus-Christ avait enseveli sous la cendre les signes d’une grande civilisation, les protégeant pendant des siècles, saint Bartolo Longo, avec son épouse la comtesse Marianna Farnararo De Fusco, jetait les bases non seulement d’un temple, mais d’une véritable cité mariale. Il exprimait ainsi la conscience d’un dessein de Dieu que saint Jean-Paul II, parlant en ce lieu de grâce le 7 octobre 2003, à la conclusion de l’Année du Rosaire, relançait pour le Troisième Millénaire, dans la perspective de la nouvelle évangélisation : « Aujourd’hui, disait-il, comme au temps de l’antique Pompéi, il est nécessaire d’annoncer le Christ à une société qui s’éloigne des valeurs chrétiennes et en perd même la mémoire ».
Il y a exactement un an, lorsque le ministère de Successeur de Pierre m’a été confié, c’était précisément le jour de la Supplique à la Vierge, cette très belle journée de la Supplique à la Vierge du Saint Rosaire de Pompéi ! Je devais donc venir ici, placer mon service sous la protection de la Vierge Sainte. Le fait d’avoir ensuite choisi le nom de Léon me place sur les traces de Léon XIII, qui eut, entre autres mérites, celui d’avoir développé un vaste Magistère sur le Saint Rosaire. À tout cela s’ajoute la récente canonisation de saint Bartolo Longo, apôtre du Rosaire. Ce contexte nous donne une clé pour réfléchir à la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.
L’Évangile de l’Annonciation nous introduit au moment où le Verbe de Dieu se fait chair dans le sein de Marie. De ce sein rayonne la Lumière qui donne son plein sens à l’histoire et au monde. La salutation que l’ange Gabriel adresse à la Vierge est une invitation à la joie : « Réjouis-toi, comblée de grâce » (Lc 1, 28 ; cf. So 3, 14). Oui, l’Ave Maria est une invitation à la joie : il dit à Marie, et en elle à nous tous, que sur les ruines de notre humanité éprouvée par le péché, et donc toujours inclinée aux abus, aux oppressions et aux guerres, est venue la caresse de Dieu, la caresse de la miséricorde, qui prend en Jésus un visage humain.
Marie devient ainsi Mère de la miséricorde. Disciple de la Parole et instrument de son incarnation, elle se révèle vraiment la « pleine de grâce ». Tout en elle est grâce ! En offrant au Verbe sa propre chair, elle devient aussi, comme l’enseigne le Concile Vatican II à la suite de saint Augustin, « mère des membres du Christ […] parce qu’elle a coopéré par la charité à la naissance des fidèles dans l’Église, qui sont les membres de ce Chef » (Constitution dogmatique Lumen gentium, 53 ; cf. saint Augustin, De sancta virginitate, 6). Dans le « Me voici » de Marie naît non seulement Jésus, mais aussi l’Église, et Marie devient à la fois Mère de Dieu — Theotokos — et Mère de l’Église.
Grand mystère ! Tout se réalise dans la puissance de l’Esprit Saint, qui couvre Marie de son ombre et rend fécond son sein virginal. Ce moment de l’histoire possède une douceur et une puissance qui attirent le cœur et le portent à cette hauteur contemplative où germe la prière du Saint Rosaire. Cette prière, née et développée progressivement au cours du deuxième millénaire, plonge ses racines dans l’histoire du salut, et trouve comme son prélude dans la Salutation de l’Ange à la Vierge. « Je vous salue, Marie ! » La répétition de cette prière dans le Rosaire est comme l’écho de la salutation de Gabriel, un écho qui traverse les siècles et guide le regard du croyant vers Jésus, vu avec les yeux et le cœur de sa Mère. Jésus adoré, contemplé, assimilé dans chacun de ses mystères, afin que nous puissions dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 19).
Précédé par la proclamation de la Parole de Dieu, enchâssé entre le Notre Père et le Gloria, l’Ave Maria qui se répète dans le Saint Rosaire est un acte d’amour. N’est-il pas propre à l’amour de répéter sans se lasser : « Je t’aime » ? C’est un acte d’amour qui, sur les grains du chapelet, comme on le voit bien dans le tableau marial de ce Sanctuaire, nous fait remonter vers Jésus et nous conduit à l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (Lumen gentium, 11). Saint Bartolo Longo en était convaincu lorsqu’il écrivait : « L’Eucharistie est le Rosaire vivant, et tous les mystères se retrouvent dans le saint Sacrement sous une forme active et vitale » (Il Rosario e la Nuova Pompei, 1914, p. 86).
Il avait raison. Dans l’Eucharistie, tous les mystères de la vie du Christ se retrouvent, pour ainsi dire, concentrés dans le mémorial de son sacrifice et dans sa présence réelle. Le Rosaire a une physionomie mariale, mais un cœur christologique et eucharistique (cf. Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, 1). Si la Liturgie des Heures rythme les temps de la louange de l’Église, le Rosaire rythme le mouvement de notre vie en la ramenant sans cesse à Jésus et à l’Eucharistie.
Des générations de croyants ont été formées et gardées par cette prière simple et populaire, et en même temps capable d’élévations mystiques et dépositaire de la théologie chrétienne la plus essentielle. Qu’y a-t-il en effet de plus essentiel que les mystères du Christ, que son saint Nom, prononcé avec la tendresse de la Vierge Marie ? C’est en ce Nom, et en aucun autre, que nous pouvons être sauvés (cf. Ac 4, 12). En le répétant dans chaque Ave Maria, nous faisons en quelque sorte l’expérience de la maison de Nazareth, comme si nous entendions à nouveau la voix de Marie et de Joseph durant les longues années où Jésus vécut avec eux.
Nous faisons aussi l’expérience du Cénacle, où les Apôtres, avec Marie, attendirent l’effusion de l’Esprit Saint. C’est ce que nous a montré la première Lecture. Comment ne pas penser que, durant ce temps entre l’Ascension et la Pentecôte, Marie et les Apôtres rivalisaient pour se souvenir des différents moments de la vie de Jésus ? Aucun détail ne devait leur échapper ! Tout devait être rappelé, assimilé, imité. Ainsi naît le chemin contemplatif de l’Église, dont le Rosaire, à la manière de l’Année liturgique, offre la synthèse dans la méditation quotidienne des saints Mystères. C’est à juste titre que le Rosaire a été considéré comme un résumé de l’Évangile, que saint Jean-Paul II a voulu compléter par les Mystères lumineux. Cette dimension fut également très vive chez saint Bartolo Longo, qui offrit aux pèlerins de profondes méditations afin de soustraire le Saint Rosaire à la tentation d’une récitation mécanique et de lui assurer le souffle biblique, christologique et contemplatif qui doit le caractériser.
Sœurs et frères, si le Rosaire est « prié » et, j’oserais dire, « célébré » de cette manière, il devient aussi, par conséquence naturelle, source de charité. Charité envers Dieu, charité envers le prochain : deux faces d’une même médaille, comme nous le rappelait la deuxième Lecture, tirée de la première Lettre de saint Jean, qui se concluait par cette exhortation : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). C’est pourquoi saint Bartolo Longo a été apôtre du Rosaire et, en même temps, apôtre de la charité. Dans cette Cité mariale, il accueillit des orphelins et des enfants de prisonniers, manifestant la force régénératrice de l’amour. Ici encore aujourd’hui, les plus petits et les plus faibles sont accueillis et pris en charge dans les Œuvres du Sanctuaire.
Le Rosaire tourne le regard vers les besoins du monde, comme le soulignait la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, en proposant particulièrement deux intentions qui demeurent d’une actualité pressante : la famille, qui souffre de l’affaiblissement du lien conjugal, et la paix, mise en danger par les tensions internationales et par une économie qui préfère le commerce des armes au respect de la vie humaine.
Lorsque saint Jean-Paul II proclama l’Année du Rosaire — l’année prochaine en marquera le vingt-cinquième anniversaire —, il voulut la placer d’une manière spéciale sous le regard de la Vierge de Pompéi. Depuis lors, les temps ne se sont pas améliorés. Les guerres qui se poursuivent encore dans tant de régions du monde exigent un engagement renouvelé, non seulement économique et politique, mais aussi spirituel et religieux. La paix naît au-dedans du cœur. Ce même Pontife, en octobre 1986, avait rassemblé à Assise les responsables des principales religions, invitant tous à prier pour la paix. À plusieurs reprises, y compris récemment, le pape François et moi-même avons demandé aux fidèles du monde entier de prier à cette intention.
Nous ne pouvons pas nous résigner aux images de mort que l’actualité nous présente chaque jour. Depuis ce Sanctuaire, dont la façade fut conçue par saint Bartolo Longo comme un monument à la paix, nous élevons aujourd’hui avec foi notre Supplique. Jésus nous a dit que la prière faite avec foi peut tout obtenir (cf. Mt 21, 22). Et saint Bartolo Longo, pensant à la foi de Marie, la définit comme « toute-puissante par grâce ». Par son intercession, que vienne du Dieu de la paix une effusion surabondante de miséricorde, qui touche les cœurs, apaise les rancœurs et les haines fratricides, et éclaire ceux qui ont des responsabilités particulières de gouvernement.
Frères et sœurs, aucune puissance terrestre ne sauvera le monde, mais seulement la puissance divine de l’amour, cette puissance divine de l’amour que Jésus, le Seigneur, nous a révélée et donnée. Croyons en Lui, espérons en Lui, suivons-Le !
8 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec le clergé et les personnes consacrées, dans la Cathédrale de Naples
Il y a une parole qui résonne dans mon cœur lorsque j’écoute le récit évangélique des deux disciples d’Emmaüs : le mot soin. Comme ces deux disciples, nous aussi, souvent, nous poursuivons notre chemin sans réussir à interpréter les signes de l’histoire et, parfois, découragés et déçus par tant de problèmes ou par les espérances personnelles et pastorales qui semblent ne pas se réaliser, nous avons le visage triste et l’amertume dans le cœur. Jésus, cependant, s’approche et marche avec nous ; il nous accompagne pour nous ouvrir à une lumière nouvelle : son attitude est celle de quelqu’un qui prend soin.
Le contraire du soin, c’est la négligence. Et aussitôt viennent à l’esprit quelques exemples : la négligence des routes et des coins de la ville, celle des espaces communs, celle des périphéries et, plus encore, toutes ces situations où c’est la vie elle-même qui est négligée, lorsqu’on a du mal à en garder la beauté et la dignité. Je voudrais cependant que nous nous arrêtions, avant tout, sur l’importance du soin intérieur, qui est soin de notre cœur, de notre humanité et de nos relations.
Je le dis d’abord à ceux qui, dans l’Église, sont appelés à un rôle de responsabilité, à un service de gouvernement, à une consécration particulière. Je pense avant tout aux prêtres, aux religieuses et aux religieux, car le poids du ministère et la fatigue intérieure qui en découle sont devenus aujourd’hui, à certains égards, encore plus lourds que par le passé.
Naples est une ville aux mille couleurs, où la culture et les traditions du passé se mêlent à la modernité et aux innovations ; c’est une ville où une religiosité populaire spontanée et bouillonnante s’entrelace avec de nombreuses fragilités sociales et avec les multiples visages de la pauvreté ; c’est une ville ancienne mais en mouvement constant, habitée par beaucoup de beauté et, en même temps, marquée par tant de souffrances, et même ensanglantée par la violence.
Dans ce contexte, l’action pastorale est appelée à une incarnation continuelle du message évangélique, afin que la foi chrétienne professée et célébrée ne se limite pas à quelque événement émotionnel, mais pénètre profondément le tissu de la vie et de la société. Cependant, le poids est grand, surtout pour les prêtres. Je pense à la fatigue d’écouter les histoires qui vous sont confiées, de saisir celles qui sont les plus cachées et qui ont besoin de venir à la lumière, de persévérer dans l’engagement d’une annonce évangélique capable d’offrir des horizons d’espérance et d’encourager le choix du bien ; je pense aux familles éprouvées et aux jeunes souvent désorientés que vous cherchez à accompagner, ainsi qu’à tous les besoins humains, matériels et spirituels que les pauvres vous confient en frappant aux portes de vos paroisses et de vos associations. À cela s’ajoute souvent un sentiment d’impuissance et de désarroi lorsque nous constatons que nos langages et notre manière d’agir ne semblent pas adaptés aux nouvelles questions et aux défis d’aujourd’hui, en particulier ceux des plus jeunes. La charge humaine et pastorale est certainement lourde ; elle risque d’alourdir, d’user, d’épuiser nos énergies, et parfois elle peut être encore aggravée par une certaine solitude et par le sentiment d’isolement pastoral.
C’est pourquoi nous avons besoin de soin. Avant tout, le soin de la vie intérieure et spirituelle, en nourrissant constamment notre relation personnelle avec le Seigneur dans la prière et en cultivant la capacité d’écouter ce qui s’agite en nous, afin de discerner et de nous laisser éclairer par l’Esprit. Cela exige aussi le courage de savoir s’arrêter, de ne pas avoir peur d’interroger l’Évangile sur les situations personnelles et pastorales que nous vivons, afin de ne pas réduire le ministère à une fonction à accomplir.
Le soin de notre ministère passe aussi par la fraternité et la communion. Une fraternité enracinée en Dieu, qui s’exprime dans l’amitié et l’accompagnement mutuel, ainsi que dans le partage de projets et d’initiatives pastorales. Elle doit être considérée « comme un élément constitutif de l’identité des ministres, non seulement comme un idéal ou un slogan » (Lettre apostolique Une fidélité qui engendre l’avenir, 16). En même temps, précisément parce qu’aujourd’hui nous sommes plus exposés aux dérives de la solitude, vivant dans un environnement culturel plus complexe et fragmenté, la fraternité demande à être cultivée et promue, peut-être aussi par de nouvelles « formes possibles de vie commune » (ibid., 17), dans lesquelles les prêtres puissent s’aider mutuellement et élaborer ensemble l’action pastorale. Il ne s’agit pas seulement de participer à quelques rencontres ou événements, mais de travailler à vaincre la tentation de l’individualisme. Pensons-nous, prêtres et religieux, ensemble ! Exerçons-nous à l’art de la proximité !
Le pape François a affirmé qu’à un certain individualisme répandu dans nos diocèses, « nous devons réagir par le choix de la fraternité ». Et il ajoutait : « Cette communion demande à être vécue en cherchant des formes concrètes adaptées aux temps et à la réalité du territoire, mais toujours dans une perspective apostolique, avec un style missionnaire, avec fraternité et simplicité de vie » (Rencontre avec les prêtres diocésains, Cassano all’Jonio, 21 juin 2014).
N’oublions pas non plus que cette exigence de communion nous concerne en premier lieu en tant que baptisés, appelés à former l’unique Église du Christ. Elle doit donc être recherchée, encouragée et vécue dans toutes nos relations humaines et pastorales, dans lesquelles les laïcs et les agents pastoraux ont un rôle de première importance. Marcher ensemble à la suite du Seigneur et poursuivre la mission évangélisatrice en valorisant les différents charismes et ministères répond à l’identité même de l’Église : l’Église est mystère de communion et chacun, à partir du Baptême, est appelé à être une pierre vivante de l’édifice, un apôtre de l’Évangile, un témoin du Royaume.
À ce sujet, je sais que vous avez vécu un temps de grâce en célébrant le Synode diocésain. Ce fut un processus qui a remis en mouvement toute la communauté ecclésiale, en l’appelant à s’interroger sur sa manière d’être et d’annoncer l’Évangile sur cette terre. Je voudrais vous inviter à garder et à faire vôtre avant tout la méthode du Synode : un exercice d’écoute mutuelle, une participation qui n’a exclu personne, une synergie humaine, pastorale et spirituelle entre les paroisses, les réalités associatives, les consacrés et les laïcs, en cherchant à donner aussi la parole à ceux qui restent habituellement aux marges. Cette écoute a clairement fait émerger les attentes, les blessures et les espérances, vous renvoyant l’image d’une Église appelée à sortir d’elle-même, à convertir son style, à s’incarner parmi les gens comme lumière d’espérance.
Ce que je vous demande donc, c’est ceci : écoutez-vous les uns les autres, marchez ensemble, créez une symphonie de charismes et de ministères, et trouvez ainsi les moyens de passer d’une pastorale de conservation à une pastorale missionnaire, capable de rejoindre la vie concrète des personnes.
C’est une mission qui exige l’apport de tous. Dans une ville marquée par les inégalités, le chômage des jeunes, le décrochage scolaire et les fragilités familiales, l’annonce de l’Évangile ne peut se passer d’une présence concrète et solidaire, qui implique tous et chacun : prêtres, religieux, laïcs. Tous sont des sujets actifs de la pastorale et de la vie de l’Église, et non de simples collaborateurs, afin que l’engagement et le témoignage de chacun puissent engendrer une communauté présente et attentive, capable d’être levain dans la pâte. Une communauté qui sait concevoir et proposer des parcours aidant les personnes à vivre l’expérience de l’Évangile et à en recevoir des élans pour renouveler la ville de Naples.
10 mai 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli
dans l’Évangile, nous avons entendu quelques paroles adressées par Jésus à ses disciples lors de la Cène. Alors qu’il fait du pain et du vin le signe vivant de son amour, le Christ dit : « Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements » (Jn 14, 15). Cette affirmation nous libère d’un malentendu, à savoir l’idée que nous sommes aimés si nous observons les commandements : notre justice serait alors une condition de l’amour de Dieu. Au contraire, l’amour de Dieu est la condition de notre justice. Nous observons véritablement les commandements, selon la volonté de Dieu, si nous reconnaissons son amour pour nous, tel que le Christ le révèle au monde. Les paroles de Jésus sont donc une invitation à la relation, et non un chantage ou une suspension incertaine.
C’est pourquoi le Seigneur nous commande de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés (cf. Jn 13, 34) : c’est l’amour de Jésus qui fait naître en nous l’amour. Le Christ lui-même est le critère, la norme de l’amour véritable : celui qui est fidèle pour toujours, pur et inconditionnel. Celui qui ne connaît ni « mais » ni « peut-être », celui qui se donne sans vouloir posséder, celui qui donne la vie sans rien prendre en échange. Puisque Dieu nous aime le premier, nous aussi nous pouvons aimer ; et quand nous aimons vraiment Dieu, nous nous aimons vraiment les uns les autres. Il en va de même pour la vie : seul celui qui l’a reçue peut vivre, et ainsi seul celui qui a été aimé peut aimer. Les commandements du Seigneur sont donc un mode de vie qui nous guérit des faux amours ; ils constituent un style spirituel, qui est un chemin vers le salut.
C’est précisément parce qu’il nous aime que le Seigneur ne nous laisse pas seuls face aux épreuves de la vie : il nous promet le Paraclet, c’est-à-dire l’Avocat, l’« Esprit de vérité » (Jn 14, 17). C’est un don que « le monde ne peut recevoir » (ibid.), tant qu’il s’obstine dans le mal qui opprime le pauvre, exclut le faible, tue l’innocent. Celui, en revanche, qui répond à l’amour que Jésus porte à tous, trouve dans le Saint-Esprit un allié qui ne faillit jamais : « Vous le connaissez – dit Jésus – car il demeure auprès de vous et sera en vous » (ibid.). Nous pouvons alors, toujours et partout, témoigner de Dieu, qui est amour : ce mot ne désigne pas une idée de l’esprit humain, mais la réalité de la vie divine, par laquelle toutes choses ont été créées à partir du néant et rachetées de la mort.
En nous offrant l’amour vrai et éternel, Jésus partage avec nous son identité de Fils bien-aimé : « Je suis dans le Père, vous en moi, et moi en vous » (v. 20). Cette communion de vie captivante contredit l’Accusateur, c’est-à-dire l’adversaire du Paraclet, l’esprit opposé à notre défenseur. En effet, alors que le Saint-Esprit est la force de la vérité, cet Accusateur est le « père du mensonge » (Jn 8, 44), qui veut opposer l’homme à Dieu et les hommes entre eux : exactement le contraire de ce que fait Jésus, qui nous sauve du mal et nous unit en tant que peuple de frères et sœurs dans l’Église.
Très chers amis, remplis de gratitude pour ce don, confions-nous à l’intercession de la Vierge Marie, Mère de l’Amour Divin.
13 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le Concile Vatican II a voulu consacrer le dernier chapitre de la Constitution dogmatique sur l’Église à la Vierge Marie (cf. Lumen gentium, 52-69). Elle « est saluée comme membre suréminent et absolument unique de l’Église, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité » (n° 53). Ces paroles nous invitent à comprendre comment, en Marie, qui, sous l’action du Saint-Esprit, a accueilli et engendré le Fils de Dieu venu dans la chair, on peut reconnaître à la fois le modèle, le membre par excellence et la mère de toute la communauté ecclésiale.
En se laissant façonner par l’œuvre de la Grâce, venue s’accomplir en elle, et en accueillant le don du Très-Haut par sa foi et son amour virginal, Marie est le modèle parfait de ce que toute l’Église est appelée à être, créature de la Parole du Seigneur et mère des enfants de Dieu engendrés dans la docilité à l’action du Saint-Esprit. En tant que croyante par excellence, en qui nous est offerte la forme parfaite de l’inconditionnelle ouverture au mystère divin dans la communion du peuple saint de Dieu, Marie est membre éminent de la communauté ecclésiale. Enfin, en tant qu’elle engendre des enfants dans le Fils, aimés dans l’Éternel Bien-Aimé venu parmi nous, Marie est mère de toute l’Église, qui peut s’adresser à elle avec une confiance filiale, dans la certitude d’être écoutée, protégée et aimée.
On pourrait exprimer l’ensemble de ces caractéristiques de la Vierge Marie en parlant d’elle comme de la femme icône du Mystère. Le terme femme met en évidence la réalité historique de cette jeune fille d’Israël, à qui il a été donné de vivre l’expérience extraordinaire de devenir la mère du Messie. L’expression icône souligne qu’en elle se réalise le double mouvement de descente et d’ascension : en Elle resplendissent tant l’élection gratuite de la part de Dieu que le libre consentement de la foi en Lui. Marie est donc la femme icône du Mystère, c’est-à-dire du dessein divin de salut, autrefois caché et révélé en plénitude en Jésus-Christ.
Le Concile nous a laissé un enseignement clair sur la place singulière réservée à la Vierge Marie dans l’œuvre de la Rédemption (cf. Lumen gentium, 60-62). Il a rappelé que le seul Médiateur du salut est Jésus-Christ (cf. 1 Tm 2, 5-6) et que sa Très Sainte Mère « n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ mais en manifeste au contraire la vertu. » (LG, 60). En même temps, « la bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, […] apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère. » (ibid., 61).
Le mystère de l’Église se reflète également dans la Vierge Marie : en Elle, le peuple de Dieu trouve représentés son origine, son modèle et sa patrie. En la Mère du Seigneur, l’Église contemple son propre mystère, non seulement parce qu’elle y retrouve le modèle de la foi virginale, de la charité maternelle et de l’alliance nuptiale à laquelle elle est appelée, mais aussi et surtout parce qu’elle reconnaît en elle son archétype, la figure idéale de ce qu’elle est appelée à être.
Comme on peut le voir, les réflexions sur la Vierge Mère rassemblées dans Lumen gentium nous enseignent à aimer l’Église et à servir en son sein l’accomplissement du Règne de Dieu qui vient et qui s’accomplira pleinement dans la gloire.
Laissons-nous donc interpeller par ce sublime modèle qu’est Marie, Vierge et Mère, et demandons-lui de nous aider, par son intercession, à répondre à ce qui nous est demandé à travers son exemple : est-ce que je vis avec une foi humble et active mon appartenance à l’Église ? Est-ce que je reconnais en Elle la communauté de l’alliance que Dieu m’a donnée pour correspondre à son amour infini ? Est-ce que je me sens partie intégrante de l’Église, dans l’obéissance aux pasteurs que Dieu lui donne ? Est-ce que je regarde Marie comme modèle, membre éminent et mère de l’Église, et est-ce que je Lui demande de m’aider à être un disciple fidèle de son Fils ?
Sœurs et frères, que le Saint-Esprit, descendu sur Marie et invoqué par nous avec humilité et confiance, nous donne de vivre pleinement ces merveilleuses réalités. Et, après avoir approfondi la Constitution Lumen gentium, demandons à la Vierge de nous obtenir ce don : que grandisse en chacun de nous l’amour pour la Sainte Mère Église. Ainsi soit-il !
13 mai 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux jeunes, malades et nouveaux époux, au terme de l’Audience Générale
Je vous remercie de votre présence et j’invoque sur vous et sur vos proches les dons du Saint-Esprit, afin que vous puissiez vivre un engagement chrétien toujours cohérent dans les différents appels et situations que la Providence réserve à chacun.
14 mai 2026 - Message vidéo du Pape Léon XIV pour « Thy Kingdom come 2026 »
S’il est vrai que parfois nous trébuchons et que nous oublions Dieu ainsi que notre besoin de lui, au plus profond de notre être nous savons que lui seul peut combler nos désirs les plus profonds et notre inquiétude intérieure. Peut-être la plus belle expression de cela se trouve-t-elle dans les écrits de saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi » (Confessions, I, i, 1). En Jésus, Dieu s’est véritablement fait proche. Il s’est révélé à nous dans la chair, et par son Esprit Saint il est avec nous maintenant.
15 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe Chapelle papale pour les obsèques du Cardinal Emil Paul Tscherrig
Face au mystère de la mort, nous voulons aussi rappeler que, au-delà des événements de ce monde, pour le bien duquel nous sommes appelés à nous dépenser dans cette vie, le fondement ultime de toute notre espérance se situe au-delà de l’histoire et repose sur la Pâque du Christ, sur sa victoire glorieuse sur le péché et sur la mort.
L’Évangile nous a rappelé comment Jésus, peu avant sa Passion, en a préfiguré le mystère en ramenant à la vie son ami Lazare, dont la libération du tombeau est un signe à contempler avec foi, pour en saisir le message profond. Un signe que nous pouvons retrouver dans les nombreux miracles de résurrection que la charité accomplit également à travers notre ministère et notre engagement quotidien pour l’Évangile. Tout cela, cependant, nous parle du plus grand miracle : celui de la résurrection pour la vie éternelle, qui couronne tous les efforts et le travail de cette vie et en accomplit les événements au-delà des limites du temps.
Cela nous renvoie également à la dimension essentielle de la mission de l’Église, qui embrasse et illumine tous les niveaux de son action terrestre. En effet, elle œuvre dans le temps, mais le but de ses efforts se situe au-delà des réalités de ce monde, visant à « tout ramener sous l’autorité du Christ, lui qui est le chef suprême » (Eph 1,10), et à la « rédemption complète de ceux que Dieu s’est acquis » (v. 14).
Nous ressentons comme adressées à nous les paroles de Jésus à Marthe : « Ton frère ressuscitera » (Jn 11, 23), « Je suis la résurrection et la vie » (v. 25).
16 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux confirmands de l'archidiocèse métropolitain de Gênes
Bienvenue à Saint-Pierre, au Vatican, à Rome. Vous êtes venus de Gênes, de différentes paroisses. Il y a une paroisse que je connais un peu mieux, Manesseno : où êtes-vous ? Vous êtes là ? Bravo ! Mais vous êtes tous formidables ! Bienvenue !
Bien. L’une des plus grandes joies de l’évêque — je pense dans tous les diocèses — est de célébrer les Confirmations, parce qu’il s’agit précisément du don de l’Esprit Saint.
Certains d’entre vous ont déjà reçu le sacrement, d’autres sont encore en train de s’y préparer. Il est très beau de recevoir ce sacrement, parce que la plénitude de l’Esprit Saint nous donne cet enthousiasme, cette force, cette capacité de suivre Jésus-Christ, de dire toujours « oui » au Seigneur, de ne pas avoir peur de le suivre avec courage, de vivre la foi dans un monde qui, bien souvent, veut nous éloigner de Jésus.
Et l’Esprit Saint est avec nous d’une manière particulière dimanche prochain, lorsque nous célébrerons la Pentecôte : le souvenir de l’expérience des premiers disciples, des Apôtres, qui reçoivent l’Esprit Saint pour ensuite annoncer l’Évangile, annoncer l’amour de Dieu. Et vous tous, vous participez et vous participerez à cette mission, parce que nous sommes tous envoyés : vers vos familles, vers vos amis, vers toutes les personnes. Vous aussi, vous devez être un témoignage vivant de l’Esprit qui habite en nous.
Alors, si donner la Confirmation est l’une des plus grandes joies de l’évêque, il y a aussi une autre chose qui est une tristesse. C’est que parfois, lorsque l’évêque donne la Confirmation, le don de l’Esprit Saint, on ne voit plus jamais les jeunes ! Ils disparaissent de la paroisse. Et à ce sujet, je voudrais vous demander ceci : portez une attention particulière à l’un des dons de l’Esprit Saint, que l’on appelle la persévérance.
N’oubliez pas ce que vous avez vécu pendant ce temps, ni la joie d’être venus à Rome pour faire la fête ensemble, prier ensemble. Que cette joie vive dans vos cœurs et que vous continuiez à être des disciples fidèles de Jésus-Christ ; que vous soyez persévérants dans la foi, que vous reveniez à la paroisse — il y a beaucoup d’activités, beaucoup d’occasions —, mais surtout dans la vie de foi, parce que Jésus-Christ veut marcher avec toi, avec chacun de vous et avec vous tous en communauté, ce qui est très important.
Nous ne vivons pas la foi tout seuls, nous la vivons ensemble. Et former ces relations d’amitié, de communauté, est une manière de vivre la persévérance comme disciples de Jésus.
Alors, n’oubliez pas cela ! Il est beau de venir à Rome, il est beau de recevoir le sacrement, il est très beau de recevoir la plénitude de l’Esprit Saint, mais il est très important que chacun de vous prenne aussi cet engagement, fasse cette promesse au Seigneur : vouloir vraiment continuer comme ses amis, ses disciples, ses missionnaires, et vouloir persévérer dans la foi. Je vous laisse donc avec cette parole.
Je vous invite à vous mettre debout, afin que nous puissions prier ensemble la prière que Jésus nous a enseignée. Ensuite, je vous donnerai la bénédiction et je saluerai quelques-uns d’entre vous en sortant. Que cette journée soit aussi pour vous une grande aide dans votre chemin de foi.
Prions : Notre Père…
17 mai 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale du Regina Caeli
Aujourd'hui, dans de nombreux pays du monde, on célèbre la solennité de l'Ascension du Seigneur.
L’image de Jésus — comme le dit le texte biblique (cf. Ac 1, 1-11) — s’élevant de la terre et montant vers le Ciel peut nous faire percevoir ce Mystère comme un événement lointain. En réalité, il n’en est rien. En effet, nous sommes unis à Jésus, comme les membres à la tête, en un seul corps, et son ascension au Ciel nous attire aussi, avec Lui, vers la pleine communion avec le Père. Saint Augustin disait à ce sujet : « Le fait que la tête s’en aille constitue l’espérance des membres » (Sermon 265, 1.2).
Toute la vie du Christ, à travers son humanité, est un mouvement ascendant qui embrasse et englobe toute la réalité du monde, élevant et rachetant l’homme de sa condition pécheresse, apportant lumière, pardon et espérance là où régnaient les ténèbres, l’injustice et le désespoir, afin de parvenir à la victoire définitive de Pâques, où le Fils de Dieu « en mourant a détruit notre mort, en ressuscitant nous a rendu la vie » (Préface pascale I).
L’Ascension ne nous parle donc pas d’une promesse lointaine, mais d’un lien vivant, qui nous attire, nous aussi, vers la gloire céleste, élargissant et élevant dès cette vie notre horizon et rapprochant toujours davantage notre façon de penser, de ressentir et d’agir de la mesure du cœur de Dieu.
Et nous connaissons le chemin de cette ascension (cf. Jn 14, 1-6). Nous le trouvons en Jésus, dans le don de sa vie, dans ses exemples et ses enseignements, tout comme nous le voyons tracé dans la Vierge Marie et chez les saints : ceux que l’Église nous propose comme modèles universels et ceux – comme aimait les appeler le pape François – « de la porte d’à côté » (cf. Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 7), avec lesquels nous partageons notre quotidien : pères, mères, grands-parents, personnes de tous âges et de toutes conditions, qui, avec joie et engagement, s’efforcent sincèrement de vivre selon l’Évangile.
Avec eux, grâce à leur soutien et à leurs prières, nous pouvons nous aussi apprendre à monter jour après jour vers le Ciel, en tournant nos pensées, comme le dit saint Paul, vers tout « ce qui est vrai […], juste, […] digne d’être aimé » (Ph 4, 8) et en mettant en pratique, avec l’aide de Dieu, ce que nous avons « vu et entendu » (v. 9), en faisant grandir, en nous et autour de nous, la vie divine que nous avons reçue au baptême et qui nous attire constamment vers le Ciel, vers le Père, et en répandant dans le monde les fruits précieux de la communion et de la paix.
Que Marie, Reine du Ciel, nous aide et éclaire et guide notre chemin à chaque instant.
20 mai 2026 - Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).
En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).
Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.
Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).
Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».
Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).
Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).
Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.
24 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Pentecôte
Chers frères et sœurs,
aujourd’hui le temps pascal trouve en cette solennité de la Pentecôte, son accomplissement. Pour mettre en lumière l’unité de cet événement du salut, l’Évangile nous ramène au “premier jour de la semaine” (cf. Jn 20, 19), c’est-à-dire à ce jour nouveau où Jésus ressuscité apparaît aux disciples en leur montrant « ses mains et son côté » (v. 20). Le Seigneur révèle son corps glorieux, précisément ses plaies, les blessures de la crucifixion. Ces signes de la Passion, plus éloquents que tout discours, sont transfigurés : Celui qui était mort vit à jamais.
En voyant le Seigneur, les disciples, eux aussi, reprennent vie : ils s’étaient enfermés dans le Cénacle, remplis de peur, mais Jésus y entre malgré les portes fermées et les comble de joie. Il passe à travers notre mort, ouvre le tombeau et l’ouvre en grand là où, pour nous, il n’y avait plus d’issue. À son geste, le Christ joint la parole : « La paix soit avec vous » (v. 19) ; et aussitôt après, il souffle sur les disciples le Saint-Esprit. Le Ressuscité est plein de vie : après avoir manifesté la vie du corps, en tant que vrai homme, il donne celle de Dieu, comme Fils aimé du Père, devenu pour nous frère et Rédempteur. Dans ce même cénacle où il a institué l’alliance nouvelle et éternelle, Jésus répand l’Esprit : le lieu du repas et de la trahison se transforme et, de tombeau des Apôtres, devient pour toute l’Église la motrice de résurrection. C’est pourquoi la Pentecôte est une fête pascale et la fête du corps du Christ, que nous sommes par grâce.
En célébrant ce mystère, je voudrais m’arrêter sur quelques aspects.
Tout d’abord, l’Esprit du Ressuscité est l’Esprit de la paix. En effet, dans sa Pâque, le Christ fait la paix entre Dieu et l’humanité, et le Saint-Esprit l’insuffle dans les cœurs et la répand dans le monde. Cette paix vient du pardon et nous conduit au pardon : elle commence par le pardon donné par Jésus lui-même qui a été trahi, condamné et crucifié par nous. En nous surprenant par son amour, c’est Lui-même, le Ressuscité, qui dit : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 23). Par ces paroles, Jésus nous confie une œuvre divine, car seul Dieu peut pardonner les péchés (cf. Mc 2, 7). Cette autorité est donnée en signe d’une réconciliation universelle : le Seigneur répand l’Esprit de paix d’un bout à l’autre de l’histoire, car Celui qui a racheté tous les hommes de la mort n’exclut personne. Le Saint-Esprit, en effet, est Seigneur et donne la vie depuis le commencement de la création lorsqu’Il planait sur les eaux (cf. Gn 1, 2), et maintenant, par sa rédemption, Il change l’histoire du monde : vraiment, la Pentecôte s’accomplit comme la fête de la Nouvelle Alliance, c’est-à-dire de l’alliance entre Dieu et tous les peuples de la terre. Tandis que le fracas venu du ciel, le vent et les langues de feu dans le Cénacle rappellent les signes anciens du Sinaï (cf. Ac 2, 2-3 ; Ex 19, 16-19), la loi sainte de Dieu s’écrit dans les cœurs, gravée par l’Esprit avec des lettres d’amour dans la chair du Christ et dans son corps, qui est l’Église.
Cette loi est le code de la paix : c’est le double commandement de l’amour que l’Esprit nous rappelle à chaque battement de cœur. Avec notre cœur, nous pouvons donc implorer : “Veni Sancte Spiritus”, car Il nous a déjà été donné. Nous pouvons le désirer, car il nous a déjà été promis. Nous pouvons l’accueillir, car Lui-même est le doux hôte de nos âmes.
Un deuxième aspect : l’Esprit du Ressuscité est l’Esprit de la mission : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21). Nous sommes ainsi associés à la mission de Jésus : celle de Celui qui sort de Dieu et retourne à Dieu par la puissance de l’Esprit qui procède du Père et du Fils, avec eux est adoré et glorifié, Dieu unique. Le Saint-Esprit est la charité vivante du Christ qui nous imprègne, nous stimule et nous soutient dans la mission (cf. 2 Co 5, 14). Tout en donnant aux Apôtres le pouvoir de s’exprimer dans la diversité des langues (cf. Ac 2, 4), ce même Esprit enseigne à l’humanité la parole du salut.
Maintenant que les Apôtres ont reçu en eux le Souffle du Ressuscité, cette annonce sort de leur bouche, elle a la voix de Pierre et de tous ceux qui sont avec lui. C’est précisément le jour de la Pentecôte que les Apôtres commencent à annoncer Jésus, crucifié et ressuscité : les « merveilles de Dieu » (Ac 2, 11) récapitulent la rédemption qui commence par la foi. En effet, la première œuvre du Saint-Esprit en nous est la foi par laquelle nous professons : « Jésus est Seigneur ! » (1 Co 12, 3). Cette foi vit et s’exprime dans chaque bonne action, dans chaque acte de miséricorde et de vertu. Ainsi nous sommes l’œuvre de Dieu : nous qui sommes venus ici aujourd’hui des quatre coins du monde, invités à la table du Seigneur, rassemblés pour écouter sa parole et envoyés pour en témoigner partout.
Bien-aimés, nous sommes véritablement participants de l’Évangile : toute l’Église en est la protagoniste, et non seulement la gardienne. Avec la force de l’Esprit, notre annonce devient pleine de joie et d’espérance, car nous sommes précisément la nouveauté du monde, la lumière et le sel de la terre (cf. Mt 5, 13-14). Ce n’est certainement ni par notre mérite ni par privilège, mais par la parole du Seigneur qui sanctifie le pécheur, guérit le lépreux, et fait de celui qui l’a renié un apôtre. D’un côté – nous le voyons bien –, il y a des changements qui ne renouvellent pas le monde, mais le font vieillir au milieu des erreurs et des violences. Par ailleurs, le Saint-Esprit illumine les esprits et suscite dans les cœurs de nouvelles énergies de vie. C’est ainsi qu’Il transfigure l’histoire en l’ouvrant au salut, c’est-à-dire au don que l’unique Seigneur partage avec tous. La mission de l’Église atteste ce partage, transformant la confusion du monde en communion avec Dieu et entre nous.
Cette mission commence en proclamant la vérité sur Dieu et sur l’homme, car l’Esprit du Ressuscité est l’« Esprit de vérité » (Jn 14, 17). Le Seigneur lui-même nous l’a promis, en demandant l’unité pour son Église, une unité fondée sur l’amour de Dieu, source de notre amour. L’Esprit, qui a parlé par la bouche des prophètes, favorise toujours l’unité dans la vérité, car Il suscite en nous la compréhension, la concorde et la cohérence de vie. Comme l’enseigne saint Augustin, “le Saint-Esprit a voulu que ce fût là le signe de sa présence” (cf. Discours 269, 1) : le don des langues qui se comprennent dans la foi unique. Le Paraclet nous défend alors contre tout ce qui fait obstacle à cette entente : contre les sectarismes, les hypocrisies, les modes qui obscurcissent la lumière de l’Évangile. La vérité que Dieu nous donne reste ainsi une parole libératrice pour tous les peuples, un message qui transforme de l’intérieur chaque culture.
En effet, L’Esprit du Ressuscité ne se répand pas une fois pour toutes, mais constamment. Tout comme l’Eucharistie est la présence vivante du Christ qui nous nourrit sans cesse, de même le Saint-Esprit imprime en nous son caractère dans le Baptême qui fait de nous des chrétiens ; dans la Confirmation qui fait de nous des témoins ; dans l’Ordre qui constitue des ministres et des pasteurs pour le peuple de Dieu. Dans chaque sacrement, Il est le dator munerum, la source de sainteté qui accroît les dons et les charismes dans la prière, dans les œuvres de miséricorde, dans l’étude de la parole de Dieu. Comme l’enseigne l’Apôtre : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien » (1 Co 12, 7). C’est précisément pour cela que nous sommes l’Église, le corps unique qui vit de Dieu et sert le monde. Grâce à l’Esprit, nous pouvons apporter à tous la paix véritable, la vérité qui sauve, c’est-à-dire le Christ Seigneur lui-même.
Bien-aimés, avec un cœur ardent, prions aujourd’hui pour que l’Esprit du Ressuscité nous sauve du mal de la guerre qui n’est pas vaincue par une superpuissance, mais par la Toute-puissance de l’amour. Prions pour qu’Il libère l’humanité de la misère qui n’est pas rachetée par une richesse incalculable, mais par un don inépuisable. Prions-le de nous guérir du fléau du péché, par la rédemption annoncée à tous les peuples au nom de Jésus. Telle est la grâce qui infuse le courage aux Apôtres : qu’elle nous l’insuffle aussi, aujourd’hui et toujours, par l’intercession de Marie, Mère de l’Église.
25 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV à la délégation du « Círculo Ecuestre » de Barcelone (Espagne)
Tout croyant dans le Christ est appelé à garder son existence ouverte à l’action de l’Esprit Saint, dans une attitude de disponibilité inlassable à vivre la charité chrétienne, cette vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose et notre prochain comme nous-mêmes, précisément par amour pour Dieu.
Je vous invite à garder votre regard fixé sur le Christ, car c’est seulement ainsi qu’il est possible de reconnaître sa présence dans les frères et sœurs les plus petits et les plus démunis.
27 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l'Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s'y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer.
La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
27 mai 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux francophones, lors de l’Audience Générale
Invoquons l’Esprit Saint pour qu’un renouveau liturgique, fidèle à la Tradition authentique, consolide la communion ecclésiale et la pleine participation des fidèles.
28 mai 2026 – Discours du Pape L éon XIV aux participants à l'Assemblée plénière du Dicastère pour l'Évangélisation - Section pour les questions fondamentales de l'évangélisation dans le monde
Le monde a plus que jamais soif d’espérance. Il désire vivre dans la paix et dans la certitude que l’engagement pour bâtir une ville digne des fils de Dieu n’est pas uniquement possible, mais réel, car empreint d’une espérance qui offre de véritables objectifs, non illusoires.
L’annonce de l’Évangile, qui insuffle l’espérance, n’est pas une proposition utopique : c’est un témoignage qui attire autant qu’il manifeste l’appel à l’amour et à la vérité.
Nous ne pouvons pas sous-estimer que, surtout dans les pays occidentaux, la crise de la foi, avec d’autres facteurs socio-culturels, a donné lieu à une indifférence diffuse envers la religion. La foi, pour beaucoup, apparaît désormais comme sans importance dans leur vie. Le risque sous-jacent — dont la gravité n’est pas toujours perçue — est que l’on perde ce qu’il y a de plus profondément humain, c’est-à-dire la recherche de sens. Les grandes questions existentielles restent sans réponse, tandis qu’une culture technologique qui devrait répondre à chaque besoin se propage. Dans ce contexte aussi, la rencontre avec le Christ est en mesure de redonner du sens et de la valeur à la vie des personnes, et l’Église redécouvre l’actualité pérenne du mandat qu’elle a reçu par le Seigneur ressuscité.
La forte demande de spiritualité qui, surtout parmi les jeunes, progresse et s’est exprimée de manière évidente à l’occasion du Jubilé des jeunes, mérite une grande attention. La nouvelle génération n’est pas fermée à l’Évangile ; au contraire, beaucoup, quand ils le redécouvrent, désirent mieux le connaître, car ils perçoivent qu’en celui-ci réside le secret pour être véritablement heureux. Je suis certain que votre Dicastère est particulièrement attentif à cette question, que nos contemporains posent avec toujours plus d’insistance, et qui demande une réponse crédible et cohérente. L’évangélisation ne s’appuie pas sur l’efficacité des structures ou sur l’importance sociale, encore moins sur le consensus que l’on peut recevoir à n’importe quel moment. Ce qui reste essentiel est plutôt d’avoir confiance envers la conduite de l’Esprit Saint, suivre les chemins qu’Il indique pour conduire au Christ, à sa parole qui sauve, à son amour qui renouvelle la vie.
L’évangélisation doit se mesurer aujourd’hui, de façon particulière, également à travers des changements dans les dynamiques et conditions dans la transmission de la foi de génération en génération. Dans certaines régions du monde, cette transmission s’est pratiquement interrompue, et cela requiert la capacité de réaliser soi-même de nouveaux défis. Les causes de cette situation sont connues et multiples ; ce qui en résulte est cependant, chez les nouvelles générations, une « pauvreté » spirituelle, un manque de motivations et d’instruments pour pouvoir mûrir en pleine liberté cette adhésion à la foi qui donne du sens à la vie. Grâce à Dieu, les expériences à travers lesquelles les communautés chrétiennes, les associations, les mouvements, les groupes ecclésiaux rencontrent les jeunes, les écoutent et dialoguent avec eux sont nombreuses et variées, dans le monde entier. Le climat culturel diffus dans les sociétés hypermédiatisées et consuméristes réduit la capacité à apprendre avec patience et à accomplir avec difficulté un parcours de recherche personnelle de la vérité, avec persévérance et sens critique. Chaque message risque d’être perçu comme une opinion parmi tant d’autres.
La transmission de la foi, dans ce contexte, passe nécessairement à travers la rencontre avec les personnes et les communautés qui expriment la joie de la foi chrétienne et la cohérence d’un style de vie évangélique. Ce n’est certainement pas en édulcorant les contenus et en baissant les exigences que l’on peut rendre le christianisme attirant, mais en témoignant avec humilité et courage du « chemin, de la vérité et de la vue » qui a converti et sanctifié nombre de personnes. Comme l’affirmait Benoît XVI: « Ce dont nous avons besoin à cette période de l’histoire sont des hommes qui, à travers une foi illuminée et vécue, rendent Dieu crédible dans ce monde. […] Nous avons besoin d’hommes qui gardent le regard droit vers Dieu, apprenant de là la véritable humanité. Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit illuminée par la lumière de Dieu et à qui Dieu ouvre le cœur, de façon à ce que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres. C’est seulement au travers d’hommes touchés par Dieu que Dieu peut revenir parmi les hommes» (L’Europe de Benoît dans la crise des cultures, Sienne 2005, 63-64). La sainteté de la vie, par conséquent, reste toujours la forme la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne qui surmonte les temps et se propose à chaque culture.
28 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux Evêques de la Conférence épiscopale italienne (extraits)
Je désire exprimer mon affection à ceux qui vivent leur foi dans la simplicité de la vie quotidienne et à ceux qui, peut-être sans le savoir, portent dans leur cœur une soif de Dieu.
C’est ce que nous avons la grâce de constater de diverses manières, même à une époque comme la nôtre, marquée par la complexité. J’en ai fait l’expérience directe lors de mes récentes visites à Pompéi, à Naples et à Acerra. De nombreux signes nous parlent de lassitude, de fragmentation, de solitude. Dans nos communautés, nous pouvons parfois ressentir la fatigue de transmettre la foi, la difficulté d’impliquer les nouvelles générations.
L’Évangile nous réveille. Quand Jésus regarde les foules, il ne voit pas un problème à résoudre, il voit une moisson, il voit le champ de Dieu : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ! Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Lc 10, 2). Semeur infatigable, Dieu sort chaque jour dans le monde et répand généreusement dans les cœurs le désir de l’infini, d’une vie pleine, d’un salut qui libère. Oui, grâce à Dieu, la moisson est abondante. Voici notre première tâche : faire nôtre le regard du Seigneur. Ne pas nous contenter de nous plaindre des sols durcis ni de nous arrêter simplement aux données statistiques, mais savoir voir, avec les yeux du Ressuscité, la moisson que Dieu lui-même nous prépare.
Que le Saint-Esprit nous donne des cœurs enflammés de l’élan du Christ; et qu’il suscite de nombreux et saints ouvriers pour travailler à nos côtés.
C’est de l’Évangile que naît la foi, en tant que rencontre vivante avec le Christ, mort et ressuscité, présent dans son Église.
Aujourd’hui, dans le contexte où nous sommes appelés à agir, confrontés à d’autres perspectives de vie et à des défis anthropologiques inédits, remettre l’Évangile au centre est le don qui donne de l’enthousiasme.
Nous sommes donc appelés à nous demander : quel visage de Dieu laissons-nous transparaître dans la prédication, la catéchèse, la liturgie, la charité, la vie de nos communautés ?
Comment favorisons-nous la rencontre avec le Christ et que signifie aujourd’hui, pour nous et pour nos Églises, initier d’autres personnes à la vie chrétienne ?
Voici le regain d’intérêt pour l’initiation chrétienne, qui ne peut être envisagée uniquement comme une préparation aux sacrements. Elle est le «sein » dans lequel une communauté fait naître à la foi et introduit à la vie pascale, à la communion avec le Seigneur, à la fraternité ecclésiale. Il s’agit de redécouvrir le baptême comme une réalité vivante et existentielle; et «il n’est pas possible de comprendre pleinement le baptême si ce n’est à l’intérieur de l’initiation chrétienne, c’est-à-dire du parcours par lequel le Seigneur, à travers le ministère de l’Église et le don de l’Esprit, nous introduit dans la foi pascale et nous insère dans la communion trinitaire et ecclésiale» (Document final de la XVIe Assemblée du Synode des évêques, 24).
La foi se transmet et grandit là où existent des communautés vivantes et accueillantes, capables de prier et d’écouter; des communautés où la Parole de Dieu n’est pas reléguée à la marge, mais éclaire les choix, où l’Eucharistie est véritablement source et sommet, où les pauvres ne sont pas de simples bénéficiaires d’un service, mais des frères et sœurs à travers lesquels le Seigneur nous parle; où les jeunes sont des visages, des voix et des histoires avec lesquels dialogue; où les familles ne sont pas laissées seules; où les blessures ne sont pas cachées, mais présentées au Seigneur avec humilité; où la foi devient un engagement concret dans la société, la politique et la culture.
Nous, évêques, sommes appelés à une écoute profonde : écouter la Parole de Dieu, écouter le Peuple de Dieu, et donc écouter les signes des temps, écouter aussi ce qui remet en question nos habitudes pastorales. Là où l’écoute est authentique, la communauté ne se replie pas sur elle-même mais devient un lieu de discernement et de mission et, à cette fin, sait se renouveler.
L’organisation de la Conférence épiscopale doit être repensée à la lumière des exigences de la mission et de l’évolution du contexte historique. Il ne s’agit pas d’imiter des schémas organisationnels extérieurs, ni de tout réduire à l’efficacité administrative, mais de se demander quelle organisation aide aujourd’hui les pasteurs et les Églises locales à mieux annoncer l’Évangile, à marcher ensemble, à rendre possible une participation effective, ordonnée et féconde. Lorsqu’elle est vécue dans l’Esprit, cette vérification n’affaiblit pas la communion mais la purifie
Ayons le courage de l’essentiel ! Le courage de communautés moins soucieuses de tout conserver et plus libres d’annoncer le Christ. Le courage d’une catéchèse qui soit un chemin d’initiation et de formation permanente à la vie chrétienne. Le courage de paroisses accueillantes et missionnaires, où les familles se retrouvent et se renouvellent grâce à la sève de l’Évangile. Le courage d’organismes de participation vivants. Le courage d’écouter les jeunes sans brider leurs questions. Le courage de nous laisser évangéliser par les pauvres. Le courage d’une structure nationale toujours plus au service de la communion missionnaire des Églises en Italie. Un peuple est engendré par des mères et des pères dans la foi, par des communautés qui savent dire, par leur vie avant même que par leurs paroles : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41).
31 mai 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
En célébrant aujourd’hui le Mystère du Dieu Trinité, il nous est donné de repenser au chemin parcouru à partir de son centre : la vie de Dieu qui nous a été donnée en Jésus-Christ. Cette vie est une communion dynamique, inépuisable et féconde qui nous implique désormais. En effet, l’Esprit qui unit le Père et le Fils a été répandu dans nos cœurs ; ainsi prend forme dans le monde l’Église, sacrement de communion, espace de rencontre, d’amour et de vie où le ciel et la terre se rejoignent déjà.
L’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui (Jn 3, 16-18) nous présente Nicodème, une personnalité importante d’Israël qui ressentit une profonde attirance pour Jésus. Il alla le trouver de nuit, afin de ne pas être vu, désireux de mieux connaître ce mystérieux Maître et de lui poser des questions. En l’accueillant, le Seigneur accorda de l’importance à sa recherche. Il le surprit en lui suggérant qu’il est possible, même pour un adulte, de renaître ; il lui fit comprendre que la vie de Dieu pouvait transformer sa propre vie.
Jésus parla à Nicodème de l’Esprit Saint et illumina sa nuit par cette vérité qui résonne aujourd’hui dans toutes nos églises :
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (v. 16).
Et encore :
« Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (v. 17).
Très chers frères et sœurs, dans le mystère de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, nous sommes chez nous, comme Nicodème s’est senti chez lui auprès de Jésus. La vie de Dieu est merveilleuse et captivante ; elle apporte la paix à notre cœur, souvent si inquiet, et nous fait rencontrer nos frères et sœurs dans la joie de l’Esprit.
La Trinité nous fait aimer toute chose et toute personne. Nous découvrons que toute créature est faite pour la communion, la relation et la rencontre. Par contraste, nous comprenons que les divisions, les polarisations et le mépris des différences apportent au monde destruction, tristesse et stérilité.
Nicodème faisait partie du Sanhédrin, le conseil des chefs d’Israël. Lorsqu’il entendit dans cette assemblée des paroles de mépris envers Jésus, il invita tous les membres à l’écouter avant de le condamner. Il avait reçu de Dieu, à travers le Christ lui-même, l’Esprit de communion qui ouvre le cœur à la vérité nouvelle et à la véritable nouveauté.
Celui qui n’accueille pas cet Esprit vieillit rapidement dans la plainte ; il se retrouve seul et ne connaît jamais la joie profonde. Aujourd’hui, au contraire, chers frères et sœurs, c’est la fête ! La fête de Dieu est notre fête.
C’est pourquoi saint Paul de Tarse écrit aux Corinthiens :
« Soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous mutuellement, ayez les mêmes sentiments, vivez en paix, et le Dieu de l’amour et de la paix sera avec vous » (2 Co 13, 11).
À présent, par la prière de l’Angélus, tournons-nous vers la Vierge Marie : que dans son « oui » à la volonté divine puisse fleurir aussi notre « oui » à l’amour de la Très Sainte Trinité
6 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux autorités, la société civile et le corps diplomatique
Je voudrais évoquer deux figures de ce pays qui, depuis cinq siècles, nourrissent la vie de l’Église et la quête spirituelle de nombreuses personnes, même au-delà de ses frontières visibles. Il s’agit de Jean de la Croix et de Thérèse d’Ávila, dont la passion pour le mystère divin a fait d’eux des amis. Leur mystique est une mystique « des yeux ouverts », c’est-à-dire qu’elle n’est pas étrangère à l’histoire, mais qu’au contraire, elle nous conduit à la racine des questions, au cœur de la réalité. En particulier, le thème de la nuit, si cher à saint Jean de la Croix, dont nous célébrons l’Année Jubilaire, nous aide à interpréter les transformations et à supporter les tensions qui rendent notre époque si obscure. Dans sa soif de lumière, paradoxalement, il a appris à apprécier l’obscurité — « nuit bienheureuse » (Nuit obscure, 3) — comme le temps où l’âme se libère de ce qu’elle croyait connaître et posséder. Aujourd’hui encore, c’est l’inconnu qui nous effraie le plus, provoquant chez beaucoup l’obscurcissement de la raison et la violence des émotions, et face auquel peut prévaloir le sentiment de ne plus avoir de repères et de se sentir désorienté. C’est pourquoi nous avons besoin, dans la vie publique aussi, d’hommes et de femmes qui pressentent dans l’obscurité, la lumière ; dans la fin, un commencement possible, presque l’irruption d’une vérité comme une lumière qui aveugle encore, mais qui — si nous faisons confiance et trouvons la paix — nous conduira délicatement vers elle-même : « Ô nuit qui m’as guidé ! Ô nuit plus aimable que l’aurore ! Ô nuit qui as réuni l’Aimé avec son aimée, l’aimée transformée en son Aimé ! » (ibid., 5).
Sainte Thérèse décrit ce même parcours à travers l’image du château intérieur. En avançant de pièce en pièce vers le lieu le plus intime — c’est-à-dire, chacun vers son propre cœur, sanctuaire de la vérité —, l’espace s’élargit, l’esprit s’ouvre, les contradictions se résolvent, les tensions se dissolvent, les autres trouvent leur place, l’univers devient un foyer. Il ne s’agit pas d’une fuite intimiste, mais d’une ouverture radicale au totus Alius et semper Novus, qui se réalise lorsque nous revenons à nous-mêmes. Cette dimension de l’être humain est la raison pour laquelle il faut protéger la liberté religieuse et la liberté de conscience.
Aujourd’hui, la tentation de gagner en popularité en attisant le feu des polarisations semble grandir, au lieu de s’atténuer ; la dignité humaine continue d’être bafouée. C’est pourquoi nous avons besoin de culture, d’intériorité, d’une éducation libre et de qualité, nous avons besoin de transcendance. Et pourtant, depuis ces nuits sombres, des hommes et des femmes fidèles à la vérité ont été poussés à avancer de pièce en pièce jusqu’au point où, dans la conscience, la justice et la paix s’étreignent. C’est de leur liberté que nous apprenons à être libres.
L’Église catholique est au service de cette soif du cœur humain. Non pas de manière imposante, mais par le témoignage évangélique soutenu par une multitude de martyrs et de saints, et elle est aujourd’hui disposée à se mettre au service de l’avenir d’un peuple en quête de réconciliation et de paix.
6 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée avec 600 000 jeunes. plaza de Lima (Madrid) 3ème et 4ème question
Nous pouvons parler de la manière d’écouter cette voix de Dieu, comment discerner si c’est vraiment Dieu qui nous parle ou autre chose, une autre tentation, une autre difficulté.
Pour reconnaître la voix de Dieu, le silence peut avant tout nous aider, je pense qu’il est très important que chacun d’entre nous s’efforce de développer sa capacité à rester en silence. Souvent, nous avons nos écouteurs, nous écoutons de la musique, nous nous laissons distraire et nous ne savons pas rester en silence. Je crois que c’est souvent précisément dans cette expérience du silence que Dieu peut nous parler ou que nous pouvons discerner la voix de Dieu. Lorsque nous recherchons le silence, nous décidons de ce que nous ne voulons pas entendre et des bruits qui ne doivent pas nous distraire. En nous libérant du vacarme de mille voix, nous reconnaissons que certaines trompent nos désirs, d’autres nous achètent sans nous nourrir, d’autres encore parlent par intérêt. Dans le silence, nous comprenons que les idéologies passent, tandis que la vérité demeure. Je voudrais également souligner ici l’importance de la recherche de la vérité, car de nombreuses voix et de nombreuses informations sur les réseaux sociaux nous trompent et nous racontent des mensonges. Recherchez toujours la vérité ! Dieu est la vérité ! Si cela vous éloigne de Dieu, ce n’est pas la vérité ! Ne l’oubliez pas !
Deuxièmement, soyez certains que Dieu connaît bien ta voix, votre voix : Il vous écoute et vous répondra. Ne craignez pas d’exprimer ce que vous ressentez dans votre cœur. Il y a un psaume qui dit : « Lui qui forma l’oreille, Il n’entendrait pas » (Ps 94, 9). Notre dialogue intérieur se transforme en prière, en louange et en supplication lorsqu’il est confié à Celui seul qui peut l’entendre. La prière est une voix libre précisément parce qu’elle ne s’exprime pas pour rendre des comptes, pour prouver que nous sommes prêts ou pour nous donner de l’importance. Lorsque nous nous faisons nous-mêmes prière, le Seigneur nous répond par son Verbe, qui s’est fait homme pour nous, en affirmant qu’Il nous aime de tout son être.
Troisièmement, pour reconnaître la voix de Dieu, il faut écouter la Parole. La Parole de Dieu est vivante parce qu’elle est le Christ, dont la voix continue de résonner dans l’Église qui est son Corps. Il accomplit toutes les Écritures, cet ancien et ce nouveau Testament donnés aux hommes comme promesse de salut. L’adoration eucharistique aussi, que nous vivons ensemble ce soir, est précisément le lieu idéal pour garder le silence, libérer notre cœur et “être” nous-mêmes devant le Seigneur, en dialoguant avec Lui, de sorte qu’Il s’exprime avec éloquence dans son amour devenu nourriture pour toute l’humanité.
En outre, chers jeunes, pour accompagner les autres à découvrir la beauté de notre foi, rappelez-vous qu’aucun de nous n’est né maître, et que devant le Seigneur, nous sommes tous des disciples. Partagez donc votre cheminement spirituel, témoignez-en par la cohérence de votre vie : la volonté de suivre Jésus vous renouvellera constamment, surtout dans les moments de lassitude. À cet égard, il est important de comprendre que personne n’est seul à croire en Jésus. Regardez combien vous êtes nombreux ici ! Et de la même manière, au sein de la communauté, dans les groupes de jeunes, au sein de la famille, nous pouvons tous découvrir la beauté de notre foi. Car en partageant votre cheminement spirituel la volonté de suivre Jésus vous renouvellera sans cesse. Il marche à notre rythme et éclaire notre chemin. À l’exemple du Maître : c’est ainsi que je vous invite à agir, en tant que pasteurs, éducateurs et comme des amis. Si vous priez avec amour, les jeunes apprécieront l’importance de la prière. Si vous brûlez de foi, vous transmettrez son feu vivant. Cherchez tous dans vos cœurs ce feu de l’amour de Dieu ! Car c’est là que se trouve la présence de Jésus, et la présence proche de Jésus se fait sentir même dans les moments où nous tombons, car Jésus ne nous abandonne pas. C’est aussi lorsque nous devenons une main tendue, une étreinte fraternelle, lorsque nous cherchons des occasions de servir les autres et lorsque nous cherchons comment toucher la vie de l’autre à travers ses blessures, sa tristesse, ses difficultés. C’est là que la foi en Jésus-Christ prend vie, et c’est là que Jésus nous aidera à nous soutenir mutuellement sur le chemin.
6 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée avec 600 000 jeunes. plaza de Lima (Madrid) 5ème et 6ème question
Au cours des siècles d’histoire de l’Église, nous, chrétiens, avons vécu dans toutes sortes de sociétés, traversant les changements des cultures que nous avons partagées et contribué à façonner. Il y a un texte ancien, qui s’appelle la Lettre à Diognète, qui nous offre à ce sujet une belle intuition : « Les chrétiens sont au monde ce que l’âme est au corps » (VI). Telle est notre manière de vivre : les disciples de Jésus sont toujours contemporains, mais jamais prisonniers du temps qui passe. Nous sommes libres en Christ ! Et le Christ nous a libérés par son amour. Grâce à cet amour, nous sommes toujours libres face à toute contrainte et à toute tromperie. Nous sommes libres des modes, car nous sommes disciples de la vérité ; nous sommes ouverts à l’avenir, car nous savons que la mort ne nous attend pas. Au contraire, le sens de l’histoire culmine dans la communion éternelle de vie que Dieu prépare pour tous. Dans cette perspective, vous surtout, les jeunes, êtes appelés à donner une nouvelle orientation à la société, en devenant les protagonistes du changement à partir de vos liens quotidiens, de ce que vous vivez en famille, à l’université et au travail. En vous voyant, chers jeunes, pleins de cet enthousiasme motivé par la foi, je me réjouis de penser à votre capacité à témoigner du Christ dans le monde, y compris dans la réalité numérique, pour communiquer les valeurs et la beauté de l’Évangile (cf. Christus vivit, n. 105 ; Salutation lors du Jubilé des missionnaires numériques, 29 juillet 2025).
Je vous invite donc tous à être ensemble le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13). Pour vivre ainsi, il faut avant tout comprendre la société actuelle, en vivant avec sagesse, afin de pouvoir ensuite la transformer en tant que témoins de l’Évangile. Le jeune chrétien, en effet, rayonne tant dans la joie que dans l’épreuve, donnant du goût à la réalité parce qu’il l’habite comme une personne qui savoure la vie en son for intérieur, sans attendre que la richesse, le plaisir ou le pouvoir lui en donnent la saveur. Telle est notre liberté, qui trouve sa source dans la foi, capable de donner lumière et saveur à toute société, à toute expérience humaine. En revanche, quand la vie n’a plus de goût, c’est comme si elle nous était arrachée : nous ne la sentons plus comme la nôtre. Face au vide de l’indifférence et du conformisme, face à la violence de la guerre et du mensonge, soyez vous-mêmes l’étincelle d’une humanité nouvelle.
C’est pourquoi je voudrais vous confier à tous une mission : soyez humains. Oui, soyez humains ! : des hommes et des femmes de chair et d’os. Pas des apparences mais des visages fiables. Des personnes qui recherchent la justice parce qu’elles en ont faim, comme du pain quotidien. Des personnes qui désirent une vie honnête et droite, parce qu’elles font volontiers aux autres ce qu’elles voudraient que les autres leur fassent. Soyez humains comme l’est le Christ, l’homme parfait, le Ressuscité qui partage avec nous l’histoire en tout temps. En cultivant cet engagement, regardez les Apôtres, les premiers chrétiens, habitants d’un monde païen. À leur exemple, soyez des missionnaires de l’Évangile face aux pauvretés matérielles et spirituelles de notre temps, sachant bien que notre foi est un style de vie qui s’accomplit dans la charité (cf. Ga 5, 6). Telle est, chers jeunes, la vertu qui change l’histoire plus que toute autre. Vous pouvez changer le cours de l’histoire ! Faites-le avec amour !
7 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Corpus Domini. Plaza de Cibeles (Madrid) en présence de plus d’un 1,2 million de fidèles
Éminences et Excellences,
chers prêtres, religieux, religieuses,
Majestés,
frères et sœurs,
le cœur débordant de joie, en ce début de voyage en Espagne, je préside cette célébration en ce jour de la solennité du Corpus Christi.
Nous sommes réunis autour de l’Eucharistie, don de la présence vivante du Christ parmi nous. C’est lui qui a voulu nous offrir sa vie pour nous faire entrer dans la communion du Père et faire de nous ses enfants. Il est ici, comme le Pain vivant descendu du ciel, qui nous nourrit de la vie même de Dieu, d’un amour plus fort que la mort.
Ce mémorial du Seigneur présent dans le Pain eucharistique est au cœur de votre foi et de l’histoire de votre peuple. Ici à Madrid, mais aussi dans tant d’autres lieux d’Espagne, le Corpus Christi n’est pas une fête de plus dans le calendrier liturgique, mais un retour aux racines de la foi pour renouveler l’amour et la fidélité à Dieu. Les processions solennelles de ce jour ont façonné pendant des siècles la piété, l’art, la musique, l’architecture et la vie du peuple espagnol. Encore aujourd’hui, elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays à travers la beauté et l’élégance des tapis de fleurs, des autels dans les rues, du soin apporté aux ostensoirs et à leur exposition, ainsi que des chants et des ornements. Il ne s’agit pas d'une manifestation extérieure, d’une survivance folklorique ou d’une simple parure esthétique : il s'agit ici de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et continue de passer au milieu de nous, qui se fait pain pour notre faim de vie et visite les recoins de notre cœur et de notre histoire, même les plus sombres.
Ainsi, si le Christ se donne en nourriture lors de la célébration eucharistique, la procession dit qu’Il ne reste pas enfermé dans le temple, mais qu’Il sort à notre rencontre. Jésus marche dans les rues, traverse les places, visite nos quartiers, habite les lieux de notre vie quotidienne. Il est le Dieu proche qui marche avec son peuple, le Seigneur de l’histoire, la consolation des faibles, la lumière pour les familles, l’espérance pour les malades, la paix pour ceux qui souffrent. Le Christ qui passe dans les rues dans l’ostensoir est le même qui s’identifie aux pauvres, aux opprimés, à ceux qui sont seuls et sans défense. Ce n’est pas un hasard si ici, en Espagne, l’Église a uni pendant des années la solennité du Corpus Christi à la Journée de la Charité.
Il ne s’agit pas seulement de sortir l’ostensoir, mais de sortir nous-mêmes de l’égoïsme, de l’indifférence, d’une foi confortable et privée, pour répondre à son invitation à la conversion, changer notre regard, accueillir sa présence qui nous transforme et fait de nous des bâtisseurs d’un monde nouveau.
C’est pourquoi la mémoire historique des processions du Corps et du Sang du Christ ne se laisse pas emprisonner dans la nostalgie ; elle devient, au contraire, une invitation aujourd’hui, pour notre vie personnelle, pour nos relations, pour la société, pour la construction de l’avenir. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’invitation à “se souvenir” que nous avons entendue dans la première lecture : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur, ton Dieu, t’a fait parcourir ces quarante années dans le désert » ; souviens-toi de comment, quand tu avais faim, il t’a nourri de la manne. Il s’agit de “se souvenir” précisément pour ne pas oublier qui est le Seigneur et pour ne pas succomber à la tentation de se fier à d’autres idoles et de se nourrir d’un pain qui ne rassasie pas.
Voici donc une exhortation pour l’Espagne d’aujourd’hui et de demain : que la religiosité qui anime ce pays depuis des siècles ne soit pas un musée du passé, mais une école de foi où on peut encore s’abreuver. Une école qui nous enseigne à nous agenouiller devant Dieu et devant notre prochain, car personne ne peut s’agenouiller devant le Seigneur et mépriser son prochain ; une école qui nous enseigne la gratuité de l’amour qui se fait don, afin qu’il circule parmi nous et brise les chaînes de tout égoïsme ; une école où nous apprenons que Dieu est une présence réelle et que nous sommes nous aussi appelés à être présents dans les situations et les défis de la société, à ne pas fuir et à nous engager personnellement dans la construction du bien commun.
Frères et sœurs, je souhaite rappeler ici saint Manuel González, l’évêque des tabernacles abandonnés. Sa vie nous rappelle que l’Eucharistie ne doit pas être honorée uniquement lors des grandes célébrations ou de manière occasionnelle, mais aussi dans la fidélité silencieuse de celui qui accompagne le Seigneur par une amitié humble et discrète qui se nourrit jour après jour. Je voudrais également rappeler les vers poétiques de saint Jean de la Croix : « Je connais bien moi la source qui jaillit et coule, bien que de nuit » (Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi). Dans la prison conventuelle de Tolède, où il était incarcéré dans des conditions extrêmement dures, précisément aux alentours de la fête du Corps et du Sang du Christ en 1578, il reconnaît, depuis la nuit de cette prison, la présence cachée du Seigneur d'où jaillit une lumière qui ne connaît pas de crépuscule et d’où coule une vie qui ne s’épuise pas. Jésus Eucharistie est « cette source éternelle qui est cachée », source qui coule et étanche la soif sans éblouir, sans s'imposer par une puissance extérieure, sans se présenter de manière spectaculaire (cf. ibid.).
Revenons à Lui par un amour vrai. Ouvrons-nous à la rencontre avec Lui, laissons-Le désaltérer les aridités de notre cœur, pour ensuite sortir sur les chemins de la vie et de l’histoire et porter parmi les gens ce courant d’eau fraîche, ce courant d’amour, de paix, de justice et de joie. Buvons à nouveau à cette source eucharistique, qui ne nous enferme pas dans une dévotion privée, mais nous envoie arroser nos frères, les familles, les pauvres, ceux qui souffrent, ceux qui ont perdu espoir. La grâce eucharistique nous transforme, et fait aussi de nous des acteurs de la transformation de l’histoire et un signe d’espérance pour ceux que nous rencontrons.
Que le Seigneur Jésus présent dans l’Eucharistie fasse de vous le pain rompu, donné et offert, afin qu’une vie pleine jaillisse pour vous, pour vos familles et pour votre pays.
7 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV avec le monde de la culture, de l’art, de l’économie et du sport »
Tisser des liens signifie, servir de manière désintéressée. Un regard objectif révèle que des hommes et des femmes animés par la foi ont construit des hôpitaux et des écoles, ont donné naissance à des initiatives solidaires et ont parlé un langage redonnant leur dignité aux personnes. C’est pourquoi il convient de se demander en toute honnêteté si le monde — et en particulier l’Europe — aurait forgé son identité sans l’empreinte spirituelle qui a imprégné son histoire. Il ne s’agit pas d’une provocation, mais d’une invitation à réfléchir à la question de savoir si l’éternité, qui a fait irruption dans le temps et l’espace par l’incarnation de Jésus-Christ, peut se réconcilier à nouveau avec le quotidien.
Est-il vraiment possible de croire que l’Europe — que nous aimons tant — serait elle-même sans l’empreinte de la foi ? Pourquoi craindre que l’éternité imprègne le quotidien ? Le cri de mes prédécesseurs résonne encore : « N’ayez pas peur ! Ouvrez grand les portes au Christ ! » Jésus-Christ ne nous enlève rien et nous donne tout.
Je veux me demander à haute voix : quelles sont les personnes exclues malgré leurs vertus et leurs capacités ?
8 juin 2026 - Prière du Pape Léon XIV, et hommage à la Vierge de l'Almudena ; cathédrale Sainte-Marie de l'Almudena
Dans un premier temps, un mur qui tombe provoque du bruit, du chaos, du désordre ; mais il ouvre aussi des espaces, rétablit des possibilités et favorise des renouveaux. Dans nos sociétés actuelles, il existe encore de nombreux murs qui ne protègent pas, mais divisent, éloignent et isolent. Et parfois, en pensant que les abattre implique de devoir affronter ce qui ne nous plaît pas, nous préférons le confort de simplement les consolider et, le plus souvent, les ignorer.
Et pourtant, Notre-Dame de l’Almudena, par sa présence et l’assurance de sa protection, nous dit quelque chose d’autre : pour construire du nouveau, du beau et du durable, il faut être prêt à détruire les murs, car pour reprendre la route, il faut des espaces qui nous permettent d’entrevoir l’horizon.
Convaincus que le Seigneur chemine avec son Peuple saint, qu’il écoute ses craintes et accueille avec sollicitude tous ses efforts en faveur du bien, je vous exhorte à ne pas faiblir dans votre témoignage de foi, pour contempler le dessein d’amour du Père ; de charité, pour vous unir, tel une unique famille de frères et de sœurs ; et d’espérance, pour vous soutenir dans votre action au coeur du monde.
9 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les bénévoles (Pavillon 3 de l’IFEMA Madrid)
Les chrétiens sont appelés à apporter au monde le levain de la gratuité.
Jésus a utilisé l’image du levain dans une parabole sur le Royaume des cieux, rapportée par l’évangéliste Matthieu : « Le Royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a mélangé à trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout soit levé » (Mt 13, 33).
La gratuité est un levain qui fait grandir la qualité humaine, éthique et spirituelle d’une société, car on pourrait dire qu’elle est un trait typique de la « cité de Dieu ». Dans un monde continuellement influencé par la logique de l’intérêt et du profit, où le terme « croissance » se réduit à la dimension économique et financière, il est nécessaire de penser et de vivre selon la logique la plus vraie, c’est-à-dire celle d’une croissance humaine intégrale. C’est la logique de l’Évangile, qui dit : « Et si vous ne faites du bien qu’à ceux qui vous font du bien, quel mérite avez-vous ? Les pécheurs aussi font de même. Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez être remboursés, quel mérite avez-vous ? » (Lc 6, 33-34).
Jésus-Christ est venu apporter au monde le levain du Royaume des cieux ; il l’a mélangé à la pâte de notre humanité malade pour la guérir de l’intérieur, avec l’eau et le sang de son sacrifice et avec le feu de l’Esprit Saint. Et après sa mort et sa Résurrection, il a envoyé ses disciples, avec la force de ce même Esprit, pour qu’ils soient dans le monde des signes et des instruments de son Royaume, le Royaume d’amour, de justice, de paix. Cela se réalise par la prédication, mais aussi, et je dirais même davantage, à travers un style de vie, une manière de penser et de se comporter qui est celle de l’Évangile. Or, une caractéristique essentielle de ce style est la gratuité.
Voici le secret : l’amour de Dieu, qui fait tourner le soleil et les astres, et qui touche le cœur de ceux qui ont rencontré le « Seigneur Jésus, qui a dit : “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir” » (Ac 20, 35).
Continuons sur cette voie ! Avec humilité et douceur, sans aucune présomption, mais fermes dans la foi et généreux dans le service. Que la Vierge Marie vous accorde d’être le levain du Royaume, toujours et partout.
9 juin 2026 – Dialogue du Pape Léon XIV avec les jeunes à Barcelone, en Espagne, lors de la Veillée de prière, au Stade olympique Lluís Companys
1ère question
Je voudrais avant tout partager ta joie et celle de tous ceux qui, à Pâques cette année, ont reçu le sacrement du Baptême.
De nombreux jeunes et adultes redécouvrent la foi chrétienne, peut-être après une période de leur vie où ils s’étaient un peu éloignés de Dieu. Il s’agit là d’un pas vraiment important. En effet, tout ce que nous découvrons, accueillons et vivons progressivement au fil du chemin contribue certainement à notre croissance, à notre maturité et à l’élargissement des espaces de vie en nous. Mais, en même temps, au milieu des joies, des succès et des échecs, nous nous rendons compte que nous avons besoin d’une autre eau pour nous combler plus profondément. Notre désir de vérité et de bonheur a besoin d’un horizon plus vaste. Et cette soif est un don que Dieu lui-même nous a fait : nous sommes faits pour l’infini et c’est pourquoi tout horizon fini, chaque étape, chaque conquête, tout en nous comblant, nous pousse en même temps à aller de l’avant et nous invite à continuer à chercher, à chercher en avançant, mais surtout à chercher en “descendant intérieurement”, c’est-à-dire en allant au plus profond de nous-mêmes.
Et j’en reviens à la question avec deux brèves réflexions. La première : il faut cultiver cette saine inquiétude. Dans nos sociétés, en effet, l’idolâtrie du profit et de la performance, la soif de devoir toujours produire et de devoir toujours gagner, ainsi que le culte de l’image de soi, ne sont que des anesthésiants destinés à endormir notre conscience et à l’adapter à une certaine idée de la société. Lorsque les personnes apprennent à s’arrêter, à donner de la valeur aux choses importantes, à apprécier le temps d’une manière nouvelle et à réfléchir à leur propre vie en se laissant éclairer par l’Évangile, elles développent également un esprit critique à l’égard d’un système social qui ne place pas la personne au centre et provoque des situations d’injustice et de pauvreté existentielles à divers niveaux. C’est pourquoi l’inquiétude fait peur, tout comme la découverte de l’intériorité, de la spiritualité et, plus encore, de l’Évangile.
La deuxième idée : c’est dans ce monde-ci que nous devons cultiver l’inquiétude, et non dans un autre. C’est au sein de cette société que toi et tant d’autres avez découvert la valeur d’une vie plus humaine, plus épanouie, ouverte à la rencontre avec Dieu et à la joie de la foi. Cela signifie que, malgré les difficultés, le lieu où Dieu se rend présent et où nous devons trouver ses traces, c’est toujours la réalité dans laquelle nous nous trouvons. Nous croyons que le Saint-Esprit agit et œuvre silencieusement dans toutes les situations de la vie et de l’histoire, même dans celles qui semblent les plus difficiles. Mais nous devons cultiver cette inquiétude et lui faire de la place ; comme je le disais, “chercher en nous-mêmes”, en essayant de ne pas nous laisser submerger par le rythme effréné et les séductions extérieures, en cultivant des moments de silence, en prenant peut-être quelques minutes par jour pour lire l’Évangile et parler avec Dieu, et en essayant aussi de faire ce chemin intérieur avec d’autres, en nous laissant accompagner dans les parcours ecclésiaux et en nous confrontant aux prêtres, aux religieux, aux personnes qui, comme nous, ont entrepris ce chemin.
9 juin 2026 – Dialogue du Pape Léon XIV avec les jeunes à Barcelone, en Espagne, lors de la Veillée de prière, au Stade olympique Lluís Companys
3ème question
Merci pour ton témoignage et merci également pour ta question sur le pardon. C’est vraiment un signe de la grâce de Dieu que cette question surgisse d’un passé si marqué par la souffrance et que, malgré la douleur, on ait le courage de se demander comment il est possible de pardonner à celui qui nous a fait du mal. Je voudrais également dire deux choses à ce sujet.
La première complète ce que je disais précédemment sur la présence de Dieu dans les moments de souffrance ; au fond, toi aussi, tu poses cette question à propos de ton enfance, mais le contexte dans lequel se sont déroulés les événements de ta vie nous invite à élargir le champ de notre question : devons-nous nous demander “où était Dieu” ou devons-nous nous interroger sur l’homme et sur l’humanité, sur la façon dont nous sommes parfois prisonniers du mal au point de devenir violents envers les autres, sur notre incapacité à cultiver l’amour et à respecter les autres dans leur dignité et leur liberté ?
Tant de faits divers, encore aujourd’hui, témoignent d’un climat malsain dans les relations familiales, marquées par les abus et l’oppression, et en particulier par la violence à l’égard des femmes, qui débouche malheureusement souvent sur des féminicides. Nous sommes tous appelés à nous attaquer à cette réalité dramatique, qui a des racines anthropologiques et culturelles, que ce soit à titre personnel ou en tant que société, car il nous appartient de l’affronter sous tous ses aspects. Nous ne pouvons pas attribuer à Dieu ce qui a été confié à notre responsabilité. Nous ne pouvons pas imaginer que Dieu, d’en haut, réponde automatiquement à nos besoins ou empêche miraculeusement le mal de se produire. Il nous a dotés d’intelligence et de volonté, Il nous a donné une conscience, Il nous a revêtus de dignité et de liberté, et surtout, Il est venu à notre rencontre pour nous indiquer, en son Fils Jésus-Christ, le chemin à suivre afin que notre vie soit pleinement humaine et que la justice, la paix et la fraternité règnent dans notre société. Il nous a donné son Esprit, précisément pour que l’amour soit la clé de toutes nos relations humaines. Si la violence existe, si l’égoïsme l’emporte, si même l’amour entre proches se transforme en haine, c’est nous-mêmes, les dynamiques de notre société, la culture de l’individualisme, la tentation de la violence que nous devons interroger, et non Dieu.
Une deuxième réflexion concerne le pardon. Nous devons apprendre à considérer le pardon, ce remède puissant contre le mal qui guérit nos blessures intérieures, comme faisant partie d’un processus, d’un cheminement. L’Évangile lui-même, si nous le lisons comme un livre de consignes, de commandements et de devoirs, risque de nous causer beaucoup de découragement et de frustration, car Jésus nous invite au pardon et nous constatons que nous n’en sommes pas capables. Or, il n’en est rien. C’est avant tout au Seigneur que nous devons implorer le pardon ; continuer à demander – peut-être toute notre vie durant – que le Seigneur élargisse en nous l’espace de l’amour précisément là où nous avons été blessés, qu’il nous aide à nous réconcilier avec nous-mêmes et avec cette partie de notre histoire marquée par la souffrance, qu’il transforme lentement le ressentiment en miséricorde et en compassion.
C’est un long chemin, c’est un processus qui demande beaucoup de patience, c’est un travail que nous devons accomplir sur nous-mêmes, tant sur le plan personnel qu’à travers d’autres parcours d’accompagnement et de réconciliation intérieure. Il ne faut pas se décourager : dans le pardon, on avance à petits pas. La réconciliation avec l’histoire est progressive et, surtout, nous ne devons pas penser que le pardon équivaut toujours et dans tous les cas à revenir à la situation antérieure ou à vivre une relation épanouie avec ceux qui nous ont blessés, en particulier lorsque le fait a également été marqué par la violence. On peut garder un cœur ouvert envers cette personne, rejeter toute forme de haine ou de vengeance, s’efforcer de réparer la relation dans la mesure du possible et, peut-être, prier pour elle. Tout cela nous aide à entrer de plus en plus dans la dynamique du pardon et à nous réconcilier avec Dieu et avec les autres. Nous sommes des pécheurs pardonnés, nous sommes en paix et nous sommes capables de pardonner. Nous sommes ainsi capables d’être des artisans de paix.
9 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV avec les jeunes à Barcelone, en Espagne, lors de la Veillée de prière, au Stade olympique Lluís Companys
Notre cheminement, nos désirs et tout ce que nous embrassons et vivons au quotidien, dans les joies et les défaites, dans les aspirations et les projets, sont l’expression de notre quête permanente : nous sommes des mendiants d’amour, nous avons faim et soif de vérité, nous sommes en quête d’un sens profond qui nous soutienne, nous anime et nous aide à comprendre le mystère de notre vie. Alors que nous avançons lentement, à petits pas, nous sommes appelés à dialoguer avec la pénombre de notre propre condition humaine : la vérité nous manque, nous ne connaissons pas en profondeur le mystère de nous-mêmes et le vrai visage des autres, nous ne parvenons pas toujours à comprendre la vérité cachée de la réalité qui nous entoure et des événements qui se présentent à nos yeux. Nous cherchons une lumière qui éclaire le chemin.
Mais Nicodème nous parle aussi du chemin de la foi. Il ne s’agit pas d’un chemin parallèle à celui de notre existence humaine, mais ces deux parcours sont toujours intimement liés. Dieu a tant aimé le monde qu’Il nous a donné son Fils unique et, en Lui, s’est uni pour toujours à notre chair. Il est toujours auprès du Père et auprès de nous ; ainsi, chaque fois que le mystère de notre vie se déploie à la lumière d’un nouveau jour, dans tout ce que nous sommes et faisons, nous sommes en présence de Dieu et nous sommes gardés par son étreinte éternelle : notre vie « est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Et pourtant, nous faisons parfois l’expérience de la nuit de la foi, de la fatigue de croire, de la lassitude de l’esprit, du sentiment de disproportion face à l’appel de l’Évangile, de l’amertume de nos échecs et de la peur de ne pas être à la hauteur.
Nicodème nous enseigne que ces nuits — qui accompagnent notre vie, notre chemin de foi et l’histoire dans laquelle nous vivons — sont un lieu de bénédiction, un espace de renaissance, un sein qui donne toujours naissance à une vie nouvelle. Ces nuits nous dépouillent et nous ramènent à l’essentiel ; elles nous enlèvent les masques humains et religieux que nous portons le jour, pour ne pas être reconnus ou pour donner une image de nous-mêmes différente de ce que nous sommes ; elles nous laissent à nu, dans nos lumières et dans nos ombres, nous ramenant à l’humilité de savoir nous regarder en vérité, au-delà de la présomption de penser que notre chemin est déjà accompli et que nous avançons comme si nous avions une lumière claire sur tout, sur tous et même sur Dieu.
Cet “espace vide” que la nuit crée, même lorsqu’il se présente sous la forme de la souffrance ou de l’insatisfaction, de la désillusion ou de l’incrédulité, peut être l’occasion de recevoir une vie nouvelle, de changer et de se renouveler, de “renaître d’en haut”, comme le dit Jésus à Nicodème. Dieu, en effet, n’est pas venu pour juger le monde avec son péché et la nuit de son infidélité, mais il a envoyé son Fils pour le sauver, pour donner au monde la vie éternelle.
Pour cela nous sommes aussi appelés à ne pas juger les “nuits” ; ni les nuits de notre vie, ni celles de l’Église, ni celles de la société qui nous entoure. Dans la nuit, nous devons au contraire nous mettre en route comme le fait Nicodème, continuer à interroger le Seigneur, nous ouvrir au souffle de l’Esprit pour accueillir la nuit non plus comme le signe d’un échec, mais comme le début d’une vie nouvelle.
En réfléchissant à notre cheminement personnel, mais aussi aux “nuits” de notre chemin ecclésial et de votre pays, dans ses villes, de ses pauvretés anciennes et nouvelles, de sa société et de sa culture, nous pouvons alors nous demander : quelles sont les “nuits” que nous traversons ? Que nous suggèrent-elles ? En y pénétrant et en regardant avec humilité et sans préjugés la réalité de ce que nous sommes, qu’est-ce que nous sommes appelés à changer ? Où devons-nous nous renouveler, dans quelle direction voulons-nous aller, quelle société voulons-nous construire ?
Ne cessons pas de chercher, de nous interroger et de dialoguer, avec Dieu et entre nous, même au cœur de la nuit. Marchons ensemble dans la foi qui harmonise la diversité de nos idées et de nos sensibilités, pour rechercher la vérité qui nous guide vers le bien commun, afin que ce pays soit un espace accueillant pour tous, où chacun est respecté dans sa dignité de personne et aimé pour ce qu’il est. Ouvrons-nous au don de l’Esprit, en cherchant le Seigneur comme Nicodème et en accueillant la lumière de son Évangile, avec la certitude que nous ferons l’expérience en nous d’une vie nouvelle, d’une présence qui bénit, d’un amour gratuit qui nous aidera à passer de la nuit à la lumière. Car Dieu veut que rien ne se perde et désire dès maintenant nous donner la vie éternelle, pour nous conduire vers le bonheur qui n’a pas de fin.
Que le Seigneur nous accorde, par l’intercession de la Vierge Marie, de nous ouvrir à Lui et de nous laisser embraser par le souffle de son Esprit.
10 juin 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la Prière du Rosaire à l’Abbaye Notre-Dame de Montserrat
Les murs de cette enceinte pourraient nous raconter les innombrables histoires de dévotion, de gratitude et d’espoir qu’ils ont contemplées au fil des siècles autour de la Mère de Dieu de Montserrat, et ils ont également été témoins du sang versé par amour pour Jésus-Christ.
De même, ils ont gardé en leur sein les joies et les peines, les réjouissances et les larmes de tant de fidèles, et ils ont également entendu les voix célestes du chant des enfants de la plus ancienne chorale d’Europe.
Lorsque mon prédécesseur, le pape François, a offert en 2023 la rose d’or à cette image vénérée, il nous invitait à considérer comment, pendant des centaines d’années, les fidèles, sans distinction, sont passés par ce sanctuaire en égrenant les grains du chapelet, car Marie, Mère de Dieu, est fondamentale dans la vie de tout chrétien. À cette même occasion, il a souligné que « devant la Mère [...] s’éveillent les sentiments les plus nobles d’une personne » (Discours aux membres de la Confrérie de Notre-Dame de Montserrat, 7 octobre 2023); en effet, elle suscite en nous de profondes conversions, comme celle de saint Ignace de Loyola qui, en ce lieu évocateur, après une nuit de prière devant la Vierge, a remis ses armes de chevalier, moment qui a marqué le début d’une vie nouvelle au service de Jésus-Christ.
Avec cette même attitude filiale, je vous invite aujourd’hui à accueillir l’invitation de Marie : « Faites tout ce qu'Il vous dira » (Jn 2, 5). Ces paroles prononcées à Cana en Galilée contiennent un véritable programme de vie chrétienne, car Marie nous conduit vers le Christ et nous enseigne à écouter sa voix, à obéir à sa parole et à Lui permettre de nous transformer. La volonté de Jésus est claire : « Voici ce que je vous commande : aimez-vous les uns les autres » (Jn 15, 17). Il s’agit d’un amour qui a en Lui-même sa mesure et sa source : «Comme je vous ai aimés» (v. 12). C’est pourquoi, lorsque Marie nous dit : « Faites tout ce qu’Il vous dira », elle nous invite à acquérir un cœur réconcilié avec les critères de l’Évangile.
Jésus nous montre le chemin de la miséricorde, de la réconciliation, de la vérité et de la douceur. En même temps, il démasque la violence qui peut se cacher dans nos paroles et nos attitudes : la critique qui humilie, la condamnation qui détruit et l’agressivité qui divise. Cette violence cachée peut souvent se dissimuler derrière des armures apparentes avec lesquelles nous essayons de protéger nos blessures, nos peurs ou la souffrance causée par les injustices.
Contemplons Marie de Montserrat qui nous montre Jésus comme un enfant sans défense reposant sur ses genoux, car la voici, auprès de son Fils, nous invitant à nous aimer les uns les autres. Déposons aujourd’hui à ses pieds les armures qui ont peu à peu endurci notre cœur.
L’Enfant-Dieu que Marie tient dans ses bras ne porte pas d’armure et c’est Lui-même qui, plus tard, nu sur la croix, s’abandonnera totalement au Père pour nous sauver par la force désarmée et désarmante de l’amour.
Levons les yeux vers Marie et supplions-la de nous aider à nous revêtir uniquement des armes de Dieu, comme l’exhorte saint Paul : « Ceignez vos reins de la vérité, revêtez-vous de la cuirasse de la justice, chaussez vos pieds de la promptitude à l’Évangile de la paix. Prenez le bouclier de la foi […] mettez le casque du salut et saisissez l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu » (Ep 6, 14-17).
Aujourd’hui, en tant que pèlerins à Montserrat, manifestons le désir sincère de réaffirmer notre service envers Dieu le Père qui nous a révélé Jésus-Christ, Lui qui nous dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé » (Mc 9, 37).
Considérons aussi comment la Vierge, dans sa main droite, tient la sphère du monde, signe de sa sollicitude maternelle, car le monde entier a sa place dans son cœur. Elle nous invite à nous reconnaître frères et sœurs, où personne n’est exclu et où la communion est plus forte que toute division.
Demandons à Marie, Reine de la paix, de nous enseigner à renoncer aux paroles blessantes, au jugement hâtif, aux médisances et aux calomnies. Et qu’elle nous apprenne à préserver et à cultiver l’amour au sein de la famille, entre amis, sur le lieu de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques et au sein des communautés chrétiennes, afin que la haine cède la place à l’espérance et à la paix.
10 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les organismes diocésains de charité et d'assistance, église de Sant Agustín (Barcelone)
Dieu souhaite le bonheur de tous et veut que, dès notre plus jeune âge et tout au long de notre vie, nous conservions un cœur comme celui des enfants (cf. Mt 18, 3) : capable de faire confiance, plein de bonté. Il veut que nous soyons ses amis et que nous ne nous éloignions pas de Lui. C’est pourquoi, plutôt que de se demander si l’on deviendra prêtre, médecin, enseignant, père de famille ou toute autre chose, il est plus important de se demander si l’on veut être l’ami de Jésus. Car l’amitié avec Jésus nous donne de la joie, nous rend libres et nous aide à discerner, pas à pas, la vocation et le chemin que Dieu a prévus pour chacun.
Il n’est pas facile, Renzo, de trouver la réponse à ta question sur le fait que certaines personnes subissent des épreuves et d’autres non. Penser à la vie de Jésus peut sans doute nous aider. La Parole de Dieu nous dit que notre Seigneur, « là où il passait, faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable » (Ac 10, 38) et pourtant, nous savons qu’Il a été crucifié. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car Il est ressuscité le troisième jour et a vaincu le mal, il a vaincu la mort. Par la vie de Jésus-Christ, Dieu nous montre que, même s’il y a la souffrance, Il n’abandonne jamais aucun de ses enfants, car Il nous réserve une joie éternelle où il n’y aura plus ni tristesse ni douleur. Ayons confiance, Jésus est avec nous, Il nous aide et nous accompagne, et Il nous donne la force de traverser les moments difficiles que nous pouvons rencontrer dans la vie.
Les grands-parents jouent un rôle très important dans la vie des familles. Ils ne devraient jamais se retrouver seuls. Souvent, ce sont eux qui s’occupent de leurs petits-enfants pendant que les parents vont travailler et, avec amour et dévouement, ils aident les enfants à découvrir l’amour de Dieu et du prochain, afin que celui-ci s’enracine dans leur cœur et qu’ils deviennent un jour des hommes et des femmes de bien. Et comment devons-nous répondre à cet amour ? Eh bien, par l’amour. C’est ce que Jésus veut que nous fassions. Prendre soin de nos grands-parents et les accompagner dans leur vieillesse, tout comme eux, en leur temps, ont pris soin de nous. Ne laissons pas la solitude et l’abandon devenir la norme dans la vie des personnes âgées. C’est une chose très triste. Ayons le cœur ouvert à chacun d’eux ; et même s’ils ne sont pas nos grands-parents, ne les laissons pas se sentir seuls ou sans protection. Car si nous ne voulons pas de la solitude pour nous-mêmes, nous ne devons pas non plus la permettre pour les autres.
Quant à savoir si nous devons toujours pardonner, Jésus nous répond par l’affirmative. Un jour, Pierre lui demanda : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? ». Et Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Jésus voulait ainsi dire : pardonne toujours. Mais il faut bien comprendre ce que signifie pardonner. Pardonner ne signifie pas dire que le mal était bien, ni laisser quelqu’un continuer à faire du mal. Cela ne signifie pas oublier par force, comme si rien ne s’était passé. Pardonner, c’est ne pas laisser la haine s’emparer de notre cœur. Jésus nous demande de pardonner car c’est la seule manière de faire l’expérience de la paix de Dieu et de guérir les blessures spirituelles. Lorsque nous pardonnons, nous imitons l’exemple de Jésus qui a pardonné à ceux qui le crucifiaient. Notre disposition à pardonner est la condition du pardon que nous recevons de Dieu.
Etre chrétien, c’est avant tout un don, une grâce.
Ancrés dans le Christ qui est la pierre vivante, nous faisons l’expérience de l’action du Saint-Esprit, avec la conviction que tout effort sincère pour coopérer avec Lui en faveur de notre prochain sera béni par le Père céleste, en qui nous plaçons notre espérance. En tant que membres du Corps mystique du Christ, nous sommes véritablement liés au destin de ceux que Dieu aime et invite à participer à sa vie.
Appelés à aimer Dieu, et par amour pour Lui, à aimer nos frères, nous sommes également envoyés à aller à la rencontre de tous. Le chrétien, en plus d’être bienveillant et aimable, doit être compatissant, aimer sans arrière-pensée et rechercher le bien des autres, sachant que, dans chaque frère et sœur qui souffre, c’est le Seigneur lui-même qui demande et reçoit, qui est accueilli ou rejeté, aimé ou méprisé.
La charité évangélique, fondée en Jésus-Christ et nourrie par son amour, donne forme et identité à la vie personnelle et communautaire de tout chrétien. C’est pourquoi chaque communauté ecclésiale diocésaine, animée par la charité et guidée par l’Esprit Saint, est appelée à se pencher, selon ses possibilités et capacités, avec discrétion, délicatesse et persévérance, sur les blessures et les besoins des plus petits et des plus vulnérables afin d’alléger leurs souffrances et de remédier à leur pauvreté. Elle le fait en imitant la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ qui, par amour pour nous, bien qu’il fût riche, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa grâce et de son salut, et qui nous appelle aussi à le reconnaître et à lui venir en aide dans les plus démunis (cf. Mt 25, 40).
Je suis heureux de vous rencontrer, vous tous qui, de différentes manières, vous engagez concrètement dans l’assistance, l’accompagnement et la promotion de ceux qui en ont le plus besoin, surtout en ces temps que nous traversons où le sens de la dignité sacrée de l’être humain semble s’être perdu.
Je tiens à souligner qu’en tant que chrétiens, nous sommes appelés à rendre présent l’amour de Dieu pour chaque homme et chaque femme, dans le tissu concret de l’histoire. Le livre de la Genèse nous raconte que Dieu « créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27). C’est là que réside la dignité inaliénable de tout être humain qui ne dépend ni des capacités qu’il possède ni des richesses qu’il accumule ou du rôle qu’il joue, mais du don qui le précède et le dépasse, fait par Dieu comme expression de son amour qui ne faillit jamais (cf. Magnifica humanitas, n. 50).
Le Seigneur nous invite donc à accueillir chaque femme comme une sœur et chaque homme comme un frère. En tant qu’enfants du même Père, chaque personne est par constitution faite pour la relation ; elle a été conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création (cf. ibid.). Les œuvres diocésaines de charité et d’assistance dont vous faites partie et que vous menez à bien avec effort et dévouement constituent une expression singulière de cette aspiration divine, dans la conscience que la personne humaine est au centre de l’action de l’Église (cf. Gaudium et spes, n. 24) et que la charité est « le plus grand commandement social » (CCE, n. 1889).
Je vous encourage, unis à vos pasteurs, à continuer à animer ces apostolats, en rendant témoignage à l’Évangile et en montrant au monde la beauté de la vie chrétienne qui anticipe ici et maintenant la justice et la paix qui seront pleines dans le Royaume de Dieu.
Soyez des témoins crédibles de l’espérance chrétienne au service attentionné de vos frères et sœurs.
11 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux et religieuses, les séminaristes et les agents pastoraux, Cathédrale Sainte-Anne (Palmas de Gran Canaria), Espagne
Les saints ont éprouvé la nostalgie de Dieu et, devant affronter les tempêtes de l’existence, ils ont su emmener Jésus dans leurs barques, mis leur confiance en Lui, embrassé la croix et ainsi apaisé les vagues de l’incertitude et de la peur (cf. Mt 8, 23-27).
Dans notre pèlerinage, le but est la rencontre avec le Christ ; il est le centre de la vie chrétienne, vers qui nous nous inclinons en adoration, autour de qui nous nous réunissons pour former un seul corps et avec qui nous nous offrons en «sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu» (Rm 12, 1).
11 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au Stade de Gran Canaria, Espagne
Après une journée riche de rencontres et de partage, en célébrant maintenant avec vous cette Eucharistie, je veux avant tout rendre grâce au Seigneur pour tout le bien qui s’accomplit ici chaque jour, en lui confiant l’engagement de chacun ainsi que les souffrances dont cette terre est témoin. Je vous invite aussi à prier ensemble, au cours de cette Sainte Messe, pour les âmes de nos frères et sœurs qui ont perdu la vie en mer.
Tout cela, nous le déposerons sur l’Autel avec le pain et le vin, tandis que nous entrons, avec la célébration vespérale de la Vigile, dans la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, à laquelle toute l’Espagne est consacrée. Demandons au Seigneur qu’en cet instant vivent en nous les mêmes sentiments d’humanité, de miséricorde et de compassion qui habitent le Cœur du Sauveur.
Laissons-nous guider dans notre méditation par les lectures que nous avons entendues.
Dans la première lecture, Dieu rappelle aux Israélites la gratuité avec laquelle il les a aimés. Il les a choisis non parce qu’ils possédaient des privilèges, des qualités ou des mérites particuliers, mais par pur amour (cf. Dt 7, 7-9), et il continuera toujours à les aimer, même lorsque, à cause de la dureté de leur cœur, ils ne répondront pas à ses sentiments.
Telle est la charité de Dieu, dans laquelle notre vocation à aimer trouve ses racines : elle n’est fondée ni sur le calcul, ni sur le seul sentiment, ni réductible à une simple philanthropie. Elle pénètre tout notre être : feu pour l’âme, lumière pour l’intelligence, impulsion irrésistible pour la liberté, paix mais aussi tourment pour le cœur qui bat à l’unisson d’autres cœurs, engageant toute la personne. Car aimer est inscrit dans la nature même de l’homme ; c’est même la condition de son plein accomplissement.
Ainsi nous apparaît l’amour dans l’humanité du Sauveur et dans les mouvements de son Très Saint Cœur : immuable et fidèle même face à l’incompréhension et au rejet, à la peur, à la tristesse et aux résistances humaines (cf. Lc 22, 39-46).
C’est dans ce visage de Dieu toujours « amoureux », entièrement et constamment désireux de notre bien et de notre bonheur plénier, que nous reconnaissons le chemin de la vie. Nous y apprenons une manière nouvelle d’exister et d’entrer en relation avec les autres, un autre critère pour évaluer nos choix, un style renouvelé et régénérateur de communion.
À ce sujet, le pape François, parlant de la charité du Christ, disait que « la meilleure réponse à l’amour de son Cœur est l’amour pour les frères » (Dilexit nos, 24 octobre 2024, n° 167), et il ajoutait : « il n’existe pas de geste plus grand que nous puissions lui offrir pour rendre amour pour amour ». « Rendre amour pour amour » : voilà le merveilleux échange, l’admirable commercium auquel l’Évangile nous invite à participer, en traduisant l’infinie mesure de l’amour de Dieu dans la générosité avec laquelle nous le servons chaque jour dans les frères et les sœurs qu’il place sur notre route, spécialement les plus pauvres, les plus vulnérables et ceux qui ne peuvent rien nous rendre en retour (cf. Lc 6, 32-36). C’est précisément ce qui se vit sur cette île dans l’accueil, le partage et le don désintéressé.
La gratuité du Cœur du Christ ne s’arrête pourtant pas là. Elle va plus loin : elle s’engage à aider chacun non seulement à survivre, mais aussi à retrouver confiance et à reprendre sa route, afin de grandir et de s’épanouir pleinement dans son unicité, pour le bien de tous.
À ce propos, le pape Benoît XVI écrivait que la charité, « dont Jésus-Christ s’est fait le témoin par sa vie terrestre [...], est la principale force motrice du véritable développement de toute personne et de l’humanité entière » (Caritas in veritate, 29 juin 2009, n° 1).
Dans la deuxième lecture, saint Jean nous a rappelé que « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous ayons la vie par lui » (1 Jn 4, 9). Ses paroles rappellent celles de Jésus, qui a déclaré être venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10, 10), et qui a ordonné au paralytique guéri : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » (Mc 2, 9).
Dans ces expressions, nous reconnaissons l’invitation à accueillir avec tendresse ceux qui souffrent, mais aussi à préparer et encourager ceux qui ont été blessés à se relever et à reprendre leur chemin vers une vie libre et digne.
En effet, notre charité ne doit pas être un simple assistanat. Elle vise à intégrer les personnes, pour leur plein épanouissement – spirituel, intellectuel et physique – ainsi que pour leur insertion digne et constructive dans la communauté (cf. Fratelli tutti, 3 octobre 2020, n° 129). C’est seulement ainsi que nos rencontres, même marquées par des situations difficiles et douloureuses, deviennent des occasions de semer l’espérance sur le chemin de l’humanité vers un avenir meilleur.
Je voudrais cependant m’arrêter encore, à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons entendue, sur une dernière caractéristique du Cœur du Christ : l’humilité (cf. Mt 11, 29).
Le Cœur de Jésus est humble. C’est pourquoi les « sages » et les « savants », c’est-à-dire ceux qui ont la prétention de se suffire à eux-mêmes, de tout savoir et de n’avoir besoin ni de Dieu ni des autres, n’en perçoivent pas les battements. Assourdis par le vacarme d’un « moi » envahissant, omniprésent et agité, ils manquent du silence nécessaire pour écouter, en eux-mêmes et chez leurs frères, le battement caché de l’amour.
« Il n’est pas rare que le bien-être nous rende aveugles, au point de nous faire croire que notre bonheur ne pourra se réaliser qu’en nous passant des autres » (Dilexi te, 4 octobre 2025, n° 108).
Jésus nous enseigne au contraire que, pour goûter la véritable joie de vivre, qui réside dans l’amour, il est nécessaire de descendre des piédestaux de l’orgueil qui divise, afin de se rencontrer dans l’humilité qui fait de nous des frères.
Saint Augustin disait : « Là où est la charité, là est la paix ; et là où est l’humilité, là est la charité » (In Epistolam Joannis ad Parthos, prologue).
C’est bien ainsi. Là où existe une authentique humilité, il y a l’amour ; et là où il y a l’amour, il y a la paix. Car c’est seulement dans l’humilité que nous découvrons réellement qui nous sommes et que nous pouvons nous aimer, nous rencontrer, nous donner et nous pardonner dans la vérité.
Très chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, nous adorons le Sacré-Cœur de Jésus, que nous représentons souvent couronné d’épines et embrasé d’une flamme, selon les visions reçues par Sainte Marguerite-Marie Alacoque.
Souvenons-nous que nous sommes la présence vivante du Seigneur dans le monde (cf. Lumen gentium, n° 8 ). Regardons-nous donc les uns les autres, non seulement aujourd’hui mais toujours, avec respect et confiance. Renouvelons aussi, dans cette conscience, notre engagement à accomplir en nous, par la charité, ce qui manque aux souffrances du Christ pour le bien de l’Église (cf. Col 1, 24).
Enflammés par la charité de son Cœur, devenons porteurs de sa miséricorde et de sa paix, afin que cessent les guerres dans le monde et qu’autour de nous grandisse une humanité nouvelle, réconciliée dans l’amour. Amen.
12 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au Port de Santa Cruz de Tenerife, Espagne
Chers frères et sœurs,
c’est une grâce de nous retrouver en ce jour où le Cœur de Jésus se laisse contempler par nous comme le cœur de l’histoire. Je me réjouis de célébrer l’Eucharistie avec vous, en rendant grâce pour la foi et la charité dont j’ai reçu tant de témoignages au cours de ce Voyage apostolique et qui font également de cet archipel, si réputé pour sa beauté et son accueil, un lieu où le Seigneur ressuscité nous précède et se manifeste. Devant nous, la mer évoque l’infini, tout comme le ciel, mais l’infini, c’est avant tout le désir qui unit le cœur de Dieu à tant de cœurs humains, dont les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses trouvent un écho dans le cœur de l’Église (cf. Gaudium et spes, n. 1). Aucun être humain n’est une île ; la situation géographique de ce diocèse et les défis pastoraux qui l’engagent témoignent que nous sommes nés pour la rencontre et qu’il n’y a pas d’obstacle, de distance, de danger ou de menace qui puisse empêcher chacun de poursuivre son voyage. Que ce soit en restant toute une vie au même endroit, ou en choisissant, voire en étant contraint de partir, personne ne reste jamais immobile. Tel est le secret du cœur : l’appel intime à l’exode et à la rencontre.
Ainsi, le Cœur de Jésus nous révèle comment ne pas nous perdre dans un dynamisme stérile : « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (1 Jn 4, 9). Il y a vie quand on donne la vie. Sinon, on tourne en rond dans le vide. En effet, « comme le rappelle le Concile, la personne humaine est invitée à la communion avec Dieu et ne peut “pleinement se trouver que par un don désintéressé d’elle-même” : sa vocation la plus profonde est d’entrer dans le mouvement trinitaire de l’amour reçu et partagé » (Magnifica humanitas, n. 48). Le pape François observait : « Beaucoup de personnes font l’expérience d’un profond déséquilibre qui les pousse à faire les choses à toute vitesse pour se sentir occupées, dans une hâte constante qui, à son tour, les amène à renverser tout ce qu’il y a autour d’eux. Cela a un impact sur la manière dont on traite l’environnement » (Laudato si’, n. 225). Ce sont là des paroles qui interpellent également la vocation touristique de Tenerife, tant pour celui qui choisit d’y passer ses vacances que pour celui qui vit et travaille sur l’île, au contact de visiteurs venus de tant de pays du monde. Que recherche le cœur humain ? Comment répondre à sa soif sans le tromper ? Combien il est important, surtout pour celui qui se laisse guider par l’Évangile, de ne pas tout réduire au commerce et au profit. « Ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés » (ibid., n. 223). Interprétez ainsi, chers frères et sœurs, votre vocation à l’accueil.
L’Évangile d’aujourd’hui semble radicaliser ce défi et nous rappelle la richesse des pauvres : un paradoxe qui renvoie directement à la vie de Jésus, à sa vérité, au chemin sur lequel il continue de nous demander de le suivre. Dans le passage que nous venons d’entendre, il bénit le Père pour cela : c’est aux petits — ce qui, dans ce contexte, signifie les plus humbles, ceux que personne ne juge capables de penser et de s’exprimer — que Dieu s’est révélé. Il les a enrichis de ce qui reste caché à ceux qui sont entourés d’admiration et de succès. Avec l’Exhortation apostolique Dilexi te, j’ai voulu attirer l’attention sur cette place privilégiée des pauvres dans la Révélation divine et dans la mission de l’Église.
C’est un mystère qui résonne d’une manière tout à fait particulière sur ces îles, situées au cœur des routes migratoires, ce qui en fait un lieu d’accueil de premier choix pour nos frères et sœurs dont le voyage est généralement exposé à des dangers et à des violences indescriptibles. Face à ceux qui spéculent sur le désespoir, en tant que chrétiens, nous pouvons non seulement offrir un reflet du Seigneur qui dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28). La plus grande grâce est que nous nous laissions évangéliser par ceux que nous secourons, que nous reconnaissions la sagesse mystérieuse de Dieu inscrite dans leur chair même : « Ayant grandi dans une extrême précarité, apprenant à survivre dans les conditions les plus défavorables, faisant confiance à Dieu avec la certitude que personne d’autre ne les prend au sérieux, s’aidant mutuellement dans les moments les plus sombres, les pauvres ont appris beaucoup de choses qu’ils gardent dans le mystère de leur cœur. Ceux d’entre nous qui n’ont pas connu les expériences similaires d’une vie vécue à la limite ont certainement beaucoup à recevoir de cette source de sagesse qu’est l’expérience des pauvres. Ce n’est qu’en mettant en relation nos plaintes avec leurs souffrances et leurs privations que nous pouvons recevoir une réprimande qui nous invite à simplifier notre vie » (Dilexi te, n. 102). Le Seigneur, qui réprimande et corrige ceux qu’il aime (cf. Ap 3, 19), désire rendre notre vie simple et joyeuse.
Chers frères et sœurs, merci pour ce que vous êtes, merci pour ce que vous faites, en faisant de cette île un lieu où l’on peut rencontrer le cœur du Christ dans le visage amical et hospitalier de personnes et de communautés fraternelles. « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16) : que cette confession de foi transmise par la Première lettre de l’apôtre Jean brille toujours en vous et vous incite à la prière et à l’action. Soyez attentifs aux adolescents et aux jeunes, aux riches et aux pauvres, aux résidents et aux hôtes : tous ont besoin d’être considérés par un regard qui voit au-delà des apparences et reconnaît la profondeur de leurs cœurs inquiets, qui souvent sontdéjà orientés, peut-être inconsciemment, vers le Royaume de Dieu et sa justice. Que l’on sente parmi vous que « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16). Tel est le cœur de l’Évangile, le cœur du Christ. Celui qui s’y plonge ne vit plus pour lui-même. Ouvrez à tous cet océan d’amour ! Tel est mon souhait et ma prière pour vous et pour tous ceux qui vous connaîtront.
14 juin 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Dans l’Évangile nous lisons en effet que le Christ, « voyant les foules, fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues » (Mt 9,36 - 10,8 ) (v. 36). Devenu notre frère, le Fils de Dieu regarde les personnes, il regarde l’humanité : il voit l’oppression qui écrase et la violence qui prive de toute force. Il voit les blessures des guerres et la vacuité du consumérisme. Il voit des visages figés comme des masques, des familles broyées par le mal et des jeunes séduits par de faux idéaux. Jésus voit et aime. Il aime et souffre pour nous, avec nous : sa compassion exprime non seulement une proximité fraternelle, mais aussi une volonté de rédemption.
L’Évangile mentionne les noms des douze premiers “ouvriers” : (Mt 9,36 - 10,8 ) ce sont des disciples devenus apôtres, c’est-à-dire des missionnaires et des prédicateurs. Parmi eux figurent Simon, dit Pierre, le premier, et aussi Judas Iscariote, le dernier, pour nous rappeler que l’on peut suivre Jésus et le trahir, mais que l’Évangile reste pour tous une parole vivante et vraie.
Lorsque cet Évangile est annoncé et mis en pratique, le mal s’effondre comme une maladie qui prend fin ((Mt 9,36 - 10,8 ) cf. v. 8), comme une nuit qui cède la place à l’aurore, comme la mort vaincue par le Ressuscité.
19 juin 2026 - Message vidéo du Pape Léon XIV à l'occasion du 50e anniversaire des « Steubenville Summer Youth Conferences » (19 juin 2026)
Si vous aviez rencontré saint François dans les rues d’Assise au XIIIe siècle, il vous aurait peut-être regardés avec un sourire serein et bienveillant en disant : « Pace e bene », c’est-à-dire « Paix et tout bien ». C’était la manière dont saint François saluait souvent les personnes, et cette expression traduisait l’un des plus profonds désirs de son cœur. Nous aussi, nous pouvons nous interroger : est-ce que je désire une véritable paix pour ceux que je rencontre ? Est-ce que je traite les autres d’une manière qui leur apporte la paix ?
Vous pourriez répondre que cela n’est pas toujours facile. Parfois, notre comportement, même envers ceux que nous aimons le plus, engendre davantage de frustration et de conflit que de paix. Nous devons cependant nous rappeler que saint François a pu semer la paix non pas grâce à ses propres forces, mais parce qu’il portait en lui la source même de la vraie paix.
J’ai souvent répété que la paix est un don de Dieu, un don que nous recevons lorsque nous invitons le Seigneur dans notre cœur. Nous sommes alors appelés à devenir des instruments de sa paix, en la répandant dans nos familles, nos communautés, nos pays et dans le monde entier.
Je vous invite donc à profiter des moments de silence durant cette conférence afin de découvrir la paix du Christ qu’il a promise à ses disciples (cf. Jn 14, 27).
Saint François était également connu pour être un homme particulièrement joyeux. Il se réjouissait de la beauté de la création, de l’infinie bonté et miséricorde de Dieu, ainsi que de la conversion des pécheurs. Pourtant, vous pourriez être surpris par la manière dont il expliquait ce qu’est la joie parfaite.
Un soir d’hiver, alors qu’il revenait à Assise avec frère Léon, l’un des premiers membres de l’ordre franciscain, saint François commença à énumérer une longue liste de choses apparemment bonnes qui ne conduisent pourtant pas à la joie parfaite. À un moment donné, frère Léon s’écria : « Père François, je vous prie de m’enseigner ce qu’est la joie parfaite ! »
Dans sa réponse, le saint décrivit une situation tragique faite de froid, de faim et de rejet — tout le contraire de ce que l’on pourrait attendre — puis ajouta que si de telles épreuves sont accueillies avec patience, sans plainte et par amour de Dieu, alors « voilà la joie parfaite ».
Est-il vraiment possible d’éprouver de la joie dans de telles circonstances ? Pourrions-nous nous demander. Cela n’est possible que si notre vie est fondée sur une relation avec Dieu comme Père aimant.
En effet, la joie de saint François — celle dont il parlait — ne peut être trouvée dans les appareils électroniques, dans les longues heures passées devant un écran ou dans le défilement incessant des réseaux sociaux. Ces activités font souvent perdre un temps précieux qui pourrait être consacré à la prière silencieuse, au développement d’amitiés authentiques, au temps partagé avec la famille, à l’approfondissement de la foi, à l’étude ou au sport.
La joie ne doit jamais être recherchée dans la drogue, l’abus d’alcool, la promiscuité, les relations superficielles, l’obsession de son image ou toute autre conduite destructrice. Plus étonnant encore, elle ne se trouve pas non plus dans la richesse, la beauté, la célébrité ou même la santé, car un jour nous laisserons tout cela derrière nous.
Seul l’amour de Dieu peut nous donner une joie véritable et parfaite.
Si nous avons la conviction profonde que Dieu prend soin de nous comme de ses enfants bien-aimés, nous ne serons ni déstabilisés ni découragés, même dans les situations difficiles. Beaucoup d’entre vous entendent depuis leur enfance que Dieu les aime. Mais le croyez-vous vraiment ?
Vous êtes précieux aux yeux de Dieu ! (cf. Is 43, 4)
Vous êtes aimés de lui sans aucune condition. En êtes-vous convaincus ?
Si vous cultivez une relation de confiance avec lui, par la prière régulière, par la réception des sacrements et par l’abandon confiant entre ses mains, alors l’anxiété, la tristesse et la solitude s’effaceront peu à peu tandis que sa grâce vous remplira et que son amour embrasera votre cœur.
Voilà le secret qui permet d’affronter les épreuves avec le sourire.
Ouvrez vos cœurs afin de découvrir cette réalité.
Ainsi, le message de saint François, comme le mien, est simple : la paix véritable et la joie parfaite sont des dons de Dieu qui nous sont accordés lorsque nous nous ouvrons à lui et que nous faisons confiance à sa puissance de transformation.
Que pouvons-nous lui offrir en retour d’un si grand amour et de dons si généreux ?
Rien d’autre que nous-mêmes.
Aujourd’hui, le Seigneur a besoin de missionnaires pour annoncer son nom à ceux qui ne le connaissent pas ; d’hommes et de femmes saints pour fonder des familles catholiques aimantes ; de prêtres pour être des pères spirituels et des ministres des sacrements ; de religieux et religieuses pour témoigner de la véritable joie de son Royaume.
Si vous avez le sentiment que le Seigneur vous appelle à l’une de ces vocations, ne vous fermez pas à cet appel et ne détournez pas le regard par peur. Faites un pas en avant et dites au Seigneur :
« Me voici, envoie-moi ! » (Is 6, 8 )
N’ayez pas peur non plus d’en parler à quelqu’un : un ami de confiance, un prêtre ou une religieuse.
Je souhaite à chacun d’être remplis de l’amour du Christ et que vous rencontriez d’autres jeunes désireux de lui donner entièrement leur vie, découvrant ainsi le véritable bonheur.
20 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Célébration de la Parole et vénération des reliques de saint Augustin, à Pavie - Italie
Le regard qui nous est demandé – et que l’Esprit Saint nous donne – est celui de Jésus. Au milieu des difficultés et des incompréhensions, il voit la main providentielle du Père dans les lis des champs et les oiseaux du ciel ; il nourrit son espérance dans la petite semence qui grandit ; il nous invite à lever les yeux vers les champs déjà mûrs pour la moisson.
Parce que le centre est le Christ, nous puisons tous à une seule source et nous soumettons notre action au discernement qui vient de sa lumière et de sa Parole.
L’essentiel est de vivre avec le Christ, et ce qui doit nous tenir à cœur est la diffusion de son Évangile.
Je le recommande particulièrement aux prêtres, qui peuvent parfois souffrir d’un sentiment de dispersion intérieure ou de fatigue devant la multitude des tâches : revenez toujours au centre, unifiez tout dans votre relation avec le Seigneur, et découvrez en lui la joie de la fraternité sacerdotale et du travail pastoral partagé avec les laïcs.
À une époque où beaucoup semblent avoir perdu le goût spirituel ou ne perçoivent plus l’attrait de la foi chrétienne, nous sommes appelés à annoncer l’Évangile de Jésus-Christ avec joie et liberté, afin de faire découvrir la beauté de la foi pour la vie personnelle et pour la société.
Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire d’accompagner les personnes dans la découverte ou la redécouverte de la foi.
Il faut annoncer le cœur de l’Évangile : Jésus, qui, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, nous révèle à la fois le mystère de Dieu et le mystère de l’homme.
Dans ce contexte, la figure de saint Augustin brille d’une lumière particulière.
Sa pensée, l’histoire de sa conversion et sa spiritualité nous rappellent l’importance et la primauté de l’intériorité :
« Ne sors pas de toi-même ; rentre en toi-même : la vérité habite l’homme intérieur. »
Le besoin de rentrer en soi, de ne pas se perdre dans la dispersion extérieure, de chercher un sens capable d’orienter notre existence et nos relations, est une exigence universelle. Aujourd’hui encore, cette quête réapparaît sous des formes diverses, notamment chez les jeunes.
Lorsque notre témoignage de foi est cohérent et passionné, nous devenons nous-mêmes des pierres vivantes qui composent l’édifice spirituel qu’est l’Église.
Unis au Christ, nous pouvons exercer notre sacerdoce saint en offrant chaque jour des sacrifices spirituels. Tissé de prière et de service du prochain, ce culte transforme notre vie en signe vivant de l’Évangile.
L’écoute de la Parole de Dieu engendre une vitalité spirituelle, stimule le témoignage dans les lieux de vie et pousse à se faire proche des pauvres.
Ici à Pavie, je souligne également l’importance de la pastorale universitaire et du dialogue avec la culture. La recherche intellectuelle et scientifique pousse les croyants à proposer une foi capable d’éclairer la quête de vérité, de justice et de beauté qui habite le cœur humain.
24 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II, en particulier sur la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), sur la liturgie.
Lorsque saint Augustin veut expliquer aux nouveaux baptisés le mystère du Corps du Christ, il reprend le passage de saint Paul que nous venons d’entendre : « Vous êtes le corps du Christ et, chacun selon sa part, ses membres » (1 Co 12, 27). Et il ajoute : « C’est votre mystère que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez : Amen, et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : “Le corps du Christ”, et vous répondez : “Amen”. Soyez donc des membres du corps du Christ, afin que votre “Amen” soit vrai. […] Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes » (Sermon 272, PL 38, 1247).
Immédiatement après avoir évoqué la Cène de Jésus, la Constitution sur la Liturgie parle de l’Eucharistie en ces termes d’inspiration augustinienne. Pour les chrétiens, prendre part à la table du Seigneur signifie en effet « être formés par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, rendre grâce à Dieu » (SC, 48). C’est en le recevant dans sa Parole et dans l’Eucharistie que nous devenons ce que nous recevons. Nous devenons le Corps dont le Chef est le Christ ressuscité, assis à la droite du Père (cf. Col 1, 18), qui nous prépare une place dans les cieux (cf. Jn 14, 3) : l’Eucharistie est ainsi le sacrement du Royaume à venir. C’est le Pain de la route, qui nous conduit vers la Patrie céleste, jusqu’au jour béni où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).
L’assemblée liturgique offre le Sacrifice « non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui » (SC, 48). Dans cette perspective, l’Eucharistie est la forme du sacrifice spirituel des chrétiens (cf. He 13, 16 ; Rm 12, 1), en tant que voie d’union avec Dieu et d’union réciproque. En y participant, ils apprennent « à s’offrir eux-mêmes et, jour après jour, à être consumés, par le Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux » (ibid.). Ainsi, en nous unissant au Christ, l’Eucharistie nous enseigne à adopter le mode de vie du Seigneur Jésus lui-même, marqué par le don gratuit de soi. Ce don nous fait donc entrer dans la dynamique de l’unité, qui offre un puissant antidote aux germes de division qui minent notre monde, nos communautés, nos familles, notre cœur (cf. SC, 47).
Très chers, lorsque nous participons à l’Eucharistie, nous sommes invités à écouter la Parole de Dieu et à nous nourrir à la table du Seigneur, où Lui-même s’offre au Père. Ces deux parties de la Messe, la Liturgie de la Parole et la Liturgie eucharistique, « sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte » (SC, 56).
En ce qui concerne la Parole, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas seulement d’acquérir une connaissance intellectuelle des Écritures, mais de recevoir la Parole « vivante et efficace » (He 4, 12), adressée par Dieu à tous et en même temps à chacun, Parole qui nourrit et alimente ensemble avec le Pain eucharistique, et nous fait passer de la décadence du péché à la vie nouvelle en Christ. « L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 55).
Le Concile œcuménique Vatican II a demandé « d’ouvrir plus largement les trésors de la Bible, afin que la table de la Parole de Dieu soit offerte aux fidèles avec une plus grande abondance » (SC, 51). La réforme liturgique a traduit cette demande par ce trésor qu’est le Lectionnaire, c’est-à-dire le livre qui rassemble toutes les Lectures bibliques destinées aux célébrations liturgiques. Cette richesse a été puisée à la source la plus pure de la Tradition vivante, qui allie la « fidélité à la tradition » à l’« ouverture à un progrès légitime » (SC, 23).
Le début du chapitre II de la Constitution sur la Liturgie est tissé de références au grand fleuve de la Tradition, qui s’étend des Pères de l’Église jusqu’à nous. Je cite : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné » (SC, 47).
Chers frères et sœurs, puisons avec foi à cette source de vie divine et laissons-nous transformer par le mystère que nous célébrons.
24 juin 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins de langue française au terme de l’Audience Générale
Puissions-nous trouver dans l’Eucharistie, source de l’unité du peuple chrétien, les forces nécessaires pour susciter la concorde et la charité dans nos familles et nos communautés souvent marquées par des conflits et des divisions.
24 juin 2026 – Résumé en langue française de l’Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous poursuivons notre catéchèse sur la constitution du Concile Vatican II sur la Liturgie. Pour les chrétiens, participer à l'Eucharistie, c'est se laisser former par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, et rendre grâce à Dieu.
La Parole reçue est une parole « vivante et efficace », adressée par Dieu à tous et en même temps à chacun. Il s’agit d’une Parole qui, avec le Pain eucharistique, nous nourrit et nous fait passer de la décadence du péché à la vie nouvelle en Christ. L’Eucharistie est la forme du sacrifice spirituel des chrétiens. En y participant, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, jour après jour, à être incorporés au Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux.
Elle leur enseigne à adopter le mode de vie du Seigneur Jésus lui-même, marqué par le don gratuit de soi. Notre Sauveur, lors de la Cène, la nuit où il fut livré, a institué le sacrifice eucharistique de son corps et de son sang, afin de perpétuer à travers les siècles, jusqu’à son retour, le sacrifice de la croix, et de confier ainsi à son épouse bien-aimée, l’Église, le mémorial de sa mort et de sa résurrection.
Puisons avec foi à cette source de vie divine qu’est l’Eucharistie et laissons-nous transformer par le mystère que nous célébrons.
28 juin 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
Encore dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 10, 37-42) nous entendons quelques exhortations de Jésus afin de marcher à sa suite et d’être témoins de son Royaume. Il ne s'agit pas d'un simple geste extérieur, mais de nous engager pleinement dans une relation d'amour avec Lui. Et pour porter du fruit, l’amour exige au moins trois choses : le détachement, la perte et l’accueil.
Tout d’abord, le détachement. Jésus dit : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (v. 37). Au moment où il commence à envoyer ses apôtres en mission, le Seigneur veut qu’ils soient libres de tout lien. Mais cela vaut pour chacun, même les liens affectifs les plus importants trouvent leur plénitude grâce à l’amour que le Christ nous offre. Pensons, par exemple, à la vie conjugale : on ne peut la vivre pleinement qu’en « quittant » la maison de ses parents (cf. Mt 19, 6) pour s’engager dans la relation conjugale. Pensons aussi à l’éducation des enfants : on les aide à s’épanouir et à être heureux en les apprenant à « marcher par eux-mêmes » et à faire leurs propres choix. Saint Augustin dit : « La séparation d’avec ce que l’on aime est douloureuse. Mais même le laboureur perd temporairement ce qu’il sème » (Discours 330, 2). Ce n’est qu’en « perdant » cette graine, semée dans la terre, qu’il pourra la voir fleurir.
En ce sens, l’amour est aussi une perte. Nous avons du mal à le comprendre, surtout dans un monde où perdre semble être une faiblesse et où l’on est obsédé par le fait d’avoir et de posséder. Cependant l’amour ne porte du fruit que dans le don de soi : lorsque nous sommes prêts à perdre un peu de nous pour faire de la place à l’autre, à perdre un peu de temps pour écouter un ami, à perdre un peu de confort pour partager une situation de détresse. Celui qui garde la vie seulement pour lui – dit l’Évangile – la perd en réalité (cf. v. 39), car elle ne s’ouvre pas à la joie de l’amour et devient stérile. C’est pourquoi Jésus nous invite à embrasser la Croix : Il s’est offert, Il s’est perdu lui-même et, c’est précisément ainsi, que nous avons pu recevoir sa vie en abondance. De la même manière, si nous vivons dans la logique du don, nous serons nous aussi capables de faire naître une vie nouvelle dans nos relations.
Enfin, l’accueil. L’amour, en effet, s’exprime à travers des choix et des actions concrètes, dans un engagement fait de petits gestes quotidiens, comme celui d’offrir un verre d’eau à celui qui a soif (cf. v. 42). Jésus, en envoyant ses disciples au-devant de lui, leur demande d’y aller sans provisions, c’est-à-dire d’être dans le besoin, car c’est ainsi qu’ils pourront susciter l’accueil chez ceux qu’ils rencontreront. Et ainsi, en accueillant ceux qui viennent au nom de Jésus, on accueille Jésus lui-même et le Père céleste qui l’a envoyé. L’amour pour le Seigneur passe toujours par l’accueil des frères.
Chers amis, prions la Vierge Marie, qui a aimé son Fils tout en sachant aussi le perdre : qu’elle nous aide à être des témoins humbles et joyeux de l’amour du Christ.
5 juillet 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
L’Évangile de la liturgie d’aujourd’hui (Mt 11, 25-30) nous invite à partager la louange que Jésus adresse au Père, « Seigneur du ciel et de la terre » (v. 25). Le Fils de Dieu fait homme manifeste son amour en associant chaque créature à cette action de grâce.
La simplicité d’un geste aussi spontané et joyeux correspond au style de Dieu qui aime se révéler « aux tout-petits », tandis qu’il reste caché « aux sages et aux savants » (cf. v. 25). Ceux-ci, en effet, sont tellement imbus de leurs propres idées qu’ils ne reconnaissent pas la présence du Christ, le Messie qui rend visite à son peuple. La sagesse humaine devient alors arrogance et la doctrine dégénère en orgueil. La véritable sagesse de Dieu se révèle au contraire dans l’humilité de la chair et son enseignement s’adresse à ceux qui peinent le plus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau » (v. 28), dit le Seigneur. Aller vers Jésus, c’est répondre à son amour et partager sa vie jusqu’à la croix, comme il nous l’a expliqué lui-même : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). C’est précisément ce don de soi par amour qui est le « joug » de Jésus (cf. Mt 11, 29), c’est-à-dire la synthèse de son enseignement, le cœur de sa sagesse, ardente de charité envers tous.
Frères et sœurs, comment le poids de la croix peut-il être « léger » et « doux » (cf. v. 30) ? Pour une seule raison : parce que le Seigneur le porte le premier et avec nous tous, sans jamais nous laisser seuls face à ce qui nous accable. En véritable maître, Jésus prend en charge l’humanité blessée par le mal, il en prendre soin. La sagesse qu’Il nous donne est alors une annonce de salut et son joug nous relève de toute chute. À la suite du Christ, notre route n'est donc pas une ascèse qui mortifie : elle est une école de liberté, qui prend au sérieux le drame de l'histoire et en éclaire toujours le sens, surtout dans les moments les plus sombres. En effet, ce n'est que dans la croix de Jésus que le mal est racheté : ce n'est que dans sa passion que notre fatigue mortelle trouve réconfort et rédemption.
Dans l’esclavage, le Christ est libération. Sous le fléau de la guerre, le Christ est espérance. À l’heure du péché, le Christ est pardon. Telle est la vraie sagesse, c’est-à-dire le chemin que nous voulons parcourir ensemble, unis en tant que disciples en son nom. Jésus nous l’enseigne en tant que Fils, en devenant notre frère : par la force du Saint-Esprit, il manifeste lui-même à l’Église la vérité sur Dieu et sur l’homme, car « personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (v. 27).
Chers amis, tout en rendant grâce au Seigneur pour cette confiance pleine d’amour qu’il nous accorde, demandons l’intercession de Marie, Reine de la paix, pour le bien de l’Église et du monde entier.
8 juillet 2026 - Videomessaggio del Santo Padre in occasione dell'“Ankawa Youth Meeting” [Iraq, 8-11 luglio 2026]
Il n’est pas toujours facile d’être une lumière dans le monde (cf. Mt 5, 13). En effet, en ce moment présent, vous êtes appelés à faire rayonner cette lumière dans une situation souvent marquée par la guerre et l’instabilité. Le Seigneur a placé une grande confiance en vous, en vous confiant cette mission, et moi aussi, j’ai une grande confiance en vous tous. Vous devez être la lumière du Christ au milieu d’une obscurité qui peut parfois sembler accablante. N’ayez pas peur ! Et ne pensez pas que vous êtes seuls dans cette tâche. Je suis avec vous ; l’Église est avec vous. Placez votre confiance en Jésus, écoutez-Le dans la prière et à travers la direction d’autres personnes, et laissez-le vous guider.
La lumière est essentielle à la vie de plusieurs manières, et j’aimerais en mentionner trois qui peuvent vous guider dans cette mission. Tout d’abord, la lumière est nécessaire pour voir, ce qui nous rappelle le don de la foi. La foi en Dieu n’est pas un mécanisme pour affronter les difficultés de la vie. C’est plutôt la reconnaissance de la réalité et le fait de vivre dans la vérité, en apprenant à voir le monde, les autres et nous-mêmes comme Dieu le fait. Cela exige de parcourir la vie avec nos cœurs et nos yeux fixés sur notre véritable patrie (cf. He 11, 14) tout en sachant que Dieu est avec nous même si nous ne pouvons pas le voir. La façon dont vous vivez doit également témoigner de votre foi, afin que les autres puissent voir en vous la vérité et le sens qu’eux aussi désirent, et ainsi en venir à partager la même lumière.
La deuxième caractéristique de la lumière est d’apporter de la chaleur, qui symbolise l’amour.
Pour être lumière pour le monde, nous devons d’abord partager la lumière et la vie mêmes du Christ. Pour participer à la mission, nous devons d’abord découvrir une relation vivante avec Dieu. Nous devons apprendre à le connaître. En nous ouvrant à son amour transformateur, nous recevons la grâce nécessaire pour suivre Jésus et pour embrasser la vie qu’il nous appelle à mener. C’est pourquoi il est si important de passer chaque jour du temps en prière et de s’approcher de Dieu à travers les sacrements, en particulier la confession et l’Eucharistie. Enracinez vos cœurs dans le fondement solide de l’amour de Dieu pour vous ; découvrez le cœur du Christ, et n’ayez pas peur de bâtir votre vie sur lui (cf. 1 Jn 4, 16). Ce faisant, non seulement vous vous réaliserez comme vous le désirez, mais vous serez également capables de partager la chaleur de l’amour de Dieu et le pouvoir réconciliateur de sa grâce avec les personnes qui vous entourent.
Enfin, la lumière est nécessaire à la croissance et à une vie nouvelle, et elle est une image d’espérance. Enracinés dans la charité, vous êtes appelés de façon particulière à être des artisans de paix, à unir les personnes qui vous entourent et à insuffler aux autres l’espérance d’un avenir caractérisé par une paix durable. Vous ne pourrez peut-être pas contrôler votre situation ou les défis que vous serez appelés à affronter, mais vous pourrez toujours choisir de laisser la paix du Christ régner dans vos cœurs (cf. Co 3, 15). La vertu de l’espérance nous inspire à regarder vers le ciel. Cela ne signifie pas oublier le monde, mais avoir la confiance de partager avec lui la paix et la vie qui viennent du Christ, dont la lumière illumine la Nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 23).
Chers jeunes, ne doutez jamais de la bonté de Dieu, et n’ayez pas peur du dessein que le Seigneur a pour chacune de vos vies. Le prophète Jérémie a lui aussi dû affronter des moments difficiles, et il témoigne que les desseins du Seigneur sont «de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance» (Jr 29, 11). En confiant chacun de vous à la protection maternelle et à la direction de Marie, Mère de l’Église, je prie pour que, en ces jours de renouveau spirituel, vous puissiez découvrir en elle le véritable exemple d’une vie entièrement confiée à la grâce de Dieu.
12 juillet 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus, à Castel Gandolfo.
L’Évangéliste Matthieu nous présente la parabole du semeur (cf. Mt13, 1-23) qui décrit la générosité et la confiance avec lesquelles Dieu répand sa Parole dans nos cœurs et sa puissance en nous.
Jésus lui-même, le Verbe fait homme qui a donné sa vie pour notre salut, est le grain que le Père continue de semer dans le monde afin que, en mourant, il porte beaucoup de fruit (cf. Jn 12, 24). C’est vrai, il rencontre parfois en nous un sol dur et insensible, d’autres fois distrait, semblable au sol battu des sentiers, au terrain caillouteux, aux buissons d’épines.
Mais il y a des moments où il trouve une terre réceptive et féconde, et alors se produisent des miracles d’amour capables de tout changer, comme nous l’avons certainement expérimenté nous aussi dans notre vie. C’est pourquoi le Père ne cesse de semer, car il sait que la puissance de son amour est plus forte que notre faiblesse (cf. 2 Co 12, 9-10).
Saint Jean Chrysostome, en parlant du “grain” de la Parole de Dieu, affirme : « Comment peut-on concevoir qu’on sème sur des épines, sur des pierres et dans des chemins ? Cela serait ridicule à l’égard d’une semence matérielle qu’on jette sur la terre ; mais à l’égard de nos âmes et de la parole de Dieu, c’est une chose qui ne peut être que très louable » (Homélies sur l’Évangile de Matthieu, 44, 3). Car entre les mains de Dieu, il est possible que « les pierres les plus dures peuvent se changer en une terre très-fertile. Les chemins les plus battus peuvent n’être plus foulés aux pieds, ni exposés à tous les passants, mais devenir un champ bien préparé et bien cultivé. Les épines peuvent disparaître pour faire place à la semence, afin que le grain croisse et pousse en haut, sans qu’il ne trouve rien qui l’empêche de monter » (ibid.).
La générosité de Dieu à notre égard n’est pas puérile, mais pleine de sagesse : elle sait discerner en nous la possibilité d’un bien dont nous n’avons parfois même pas conscience. C’est pourquoi le Seigneur, qui connaît bien les profondeurs de notre cœur, mieux que nous ne le connaissons nous-mêmes, ne cesse de croire en nous, en ce que nous sommes et en ce que nous pouvons devenir jour après jour si, avec foi, nous nous abandonnons à Lui.
Ainsi, grâce à la gratuité et à la confiance avec lesquelles le grain est semé, mais aussi à l’humilité et à la disponibilité avec lesquelles il est reçu, les fruits de l’Esprit Saint grandissent en nous et se répandent. Ce sont, comme l’enseigne saint Paul : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22). Combien notre monde a besoin de ces fruits : d’en être comblé et transformé !
Engageons-nous donc, surtout en ces jours de vacances, à consacrer du temps à l’écoute, à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu, en cultivant, parallèlement au repos et à des loisirs sains, de vrais moments de silence et de prière. Nous reprendrons nos occupations habituelles, renouvelés dans notre corps et dans notre esprit, prêts à annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile et de plus en plus capables de coopérer à la croissance du Royaume de Dieu.
Que Marie, Reine des Apôtres et Étoile de l’évangélisation, nous aide dans cette démarche.
26 juillet 2026 - Message vidéo du Saint-Père à l'occasion du Festival Halleluya 2026 [Fortaleza (Brésil), 22-26 juillet 2026]
Aujourd'hui, je voudrais redire combien il est beau d'être avec les jeunes. Votre enthousiasme est contagieux et réveille en chacun de nous un nouvel élan apostolique. Lors de mes derniers voyages et au Jubilé des Jeunes, j'ai constaté que chacun de vous possède une force missionnaire indispensable pour transformer ce monde, qui a tant besoin de l'Évangile. Ne perdez jamais cet élan missionnaire !
En effet, c'est cette ardeur que le Seigneur attend de tous les baptisés dans l'annonce de la Bonne Nouvelle. De nos jours encore, beaucoup de personnes ont besoin de découvrir que c'est Jésus qui répond à leurs aspirations les plus profondes, en révélant à l'être humain la vérité sur lui-même. Proclamez donc avec courage qu'une vie sans le Christ est une vie sans grâce ! Il est le Chemin, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14, 6) ; c'est Lui qui donne un sens à l'existence et à toute chose. Voilà la foi qui nous anime et qui mérite d'être partagée avec ceux que nous aimons et avec tous ceux qui en ont le plus besoin.
Il est cependant possible qu'avec le temps l'enthousiasme vécu pendant le Festival s'atténue. Pour maintenir vivante la flamme de la foi et témoigner de la Résurrection auprès de nos amis et de toutes les personnes que nous rencontrons, il est nécessaire de demeurer en présence de Dieu par la prière. Une véritable relation avec le Seigneur demande de la constance, de la persévérance et la ferme certitude que le Père du Ciel ne nous abandonne jamais ; bien au contraire, il vient à notre rencontre en son Fils.
N'ayez donc pas peur du Christ ! Il ne retire rien, il donne tout (cf. Benoît XVI, Sainte Messe pour le début du ministère pétrinien, 24 avril 2005). Celui qui se remet entre les mains du Sauveur reçoit le centuple (cf. Mc 10, 29-30) et sort toujours vainqueur. Dans le sport, nous voyons la joie de ceux qui remportent la victoire, mais aussi la tristesse de ceux qui perdent. Avec le Christ, nous sommes toujours vainqueurs (cf. Rm 8, 37) ! Les saints en sont les témoins.
Inspirons-nous de l'exemple de saint Carlo Acutis : il nous montre comment garder le Christ toujours au centre de notre vie, y compris dans l'usage des technologies. En prenant son exemple comme référence, je vous encourage à faire un bon usage des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle, en utilisant ces outils avec modération et discipline. En effet, ils peuvent nous entraîner dans un monde irréel, où l'éphémère, les apparences et l'illusion finissent par prendre la place des vraies valeurs et de ce qui compte réellement.
Chers jeunes, laissez l'Esprit Saint raviver en vous un amour toujours plus grand, capable de transformer votre jeunesse en une force d'évangélisation, faisant de chacun de vous une pierre vivante pour la construction de la « cité de la paix » à laquelle nous aspirons tous ou, selon l'expression de saint Augustin, de la Cité de Dieu présente au cœur de la cité des hommes.
26 juillet 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
Au centre de l’enseignement de Jésus, l’on trouve le mystère du Royaume de Dieu, que l’Évangile d’aujourd’hui compare à une perle et à un trésor (cf. Mt 13, 44-52). Les paraboles laissent entrevoir la surprise de celui qui trouve ce qu’il ne pouvait même pas espérer, au point que vendre ou tout abandonner n’apparaît plus comme un renoncement, mais comme un gain. En effet, dès les premières pages, les évangélistes décrivent l’appel de Jésus à le suivre comme irrésistible : libre, certes, mais urgent et capable de susciter une réponse immédiate et animée par le désir. C’est là un premier aspect important de la manière dont Dieu est proche et se laisse trouver : la rencontre avec son Royaume est un tournant qui ne restreint pas la vie, mais l’élargit. Si quelque chose doit désormais changer, c’est pour offrir davantage de possibilités, et non pour en retirer.
Il y a un deuxième aspect auquel Jésus semble accorder beaucoup d’importance : celui qui trouve le trésor caché dans le champ est probablement un paysan ; la perle, en revanche, est reconnue comme ayant une grande valeur par un marchand, peut-être un voyageur.
Viennent ensuite deux autres paraboles dont les protagonistes sont des pêcheurs et un scribe expert en choses anciennes et nouvelles. Il y en a d’autres encore, où le Royaume se laisse entrevoir chez une femme qui pétrit la farine, chez une autre qui range sa maison, chez un roi qui prépare la guerre, chez un homme qui projette de construire une tour, chez des administrateurs qui gèrent des paiements ou des investissements, chez des bergers et des agriculteurs. En somme, le Royaume de Dieu révèle son inestimable beauté sous différentes formes, mais il appelle tout le monde – hommes et femmes, jeunes et personnes âgées, pauvres et riches – à un profond renouveau. Tous peuvent le saisir et sont attirés par lui.
Aujourd’hui encore, l’Église est une communion de personnes différentes par leur origine, leur culture, leurs compétences, leur niveau de responsabilité, mais toutes appelées à se reconnaître comme « un » en Jésus-Christ : c’est Lui le trésor caché, la perle précieuse, le filet qui rassemble ceux qui sont dispersés. En effet, dès le début, Jésus a appelé et rassemblé autour de lui des personnes qui, autrement, ne se seraient jamais côtoyées. C’est ainsi qu’il a montré que Dieu ne fait pas acception de personnes et que son élection est une prédilection, en particulier pour ceux qui sont petits et mis au rebut.
Frères et sœurs, il ne nous reste plus qu’à demander un don, celui-là même que le jeune roi Salomon avait invoqué (cf. 1 R 3, 5.7-12). C’est le don de discerner la perle de grande valeur, de savoir reconnaître le trésor pour lequel il vaut la peine de tout vendre. Alors que l’industrie de la consommation modifie nos goûts, suscitant sans cesse de nouveaux besoins pour ensuite nous vendre des réponses qui ne rassasient pas et empoisonnent parfois le cœur, nous devons apprendre à saisir ce qui compte vraiment : le trésor de la relation avec Dieu qui nous ouvre à la joie et nous aide à vivre au mieux nos relations les uns avec les autres.
Que l'intercession de Marie, Trône de la Sagesse, oriente notre désir de vie vers Jésus, afin qu'il se réalise en plénitude.
1er août 2026 - Message du Saint-Père à l'occasion de la IIIe Journée nationale de la Jeunesse [Stade Banorte de Monterrey (Mexique), 15-16 août 2026]. Message publié sur le site du Vatican, le 15 août 2026
Manifester au monde quel est notre but de vie : nous unir à Jésus et ainsi, en participant à sa vie, atteindre la sainteté à laquelle nous sommes appelés.
Ce n’est qu’unis au Christ que nous pouvons amener le monde à croire en Lui, même au milieu des problèmes que vous voyez autour de vous, causés par la violence, l’indifférence et le manque de sens. … Ainsi, unis au Maître, vous pourrez être ses témoins, des signes d’espérance.
Sachez vous arrêter et prendre le temps, dans le silence, de discerner ce qui est vraiment bon et édifiant (cf. 1 Co 10, 23). Ainsi, unis au Maître, vous pourrez être ses témoins, des signes d’espérance.
2 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
Lorsque nous écoutons l’Évangile, nous entendons souvent parler des signes accomplis par Jésus : ce sont des gestes qui manifestent son attention particulière à notre égard, à savoir le salut qu’Il apporte au monde. On se souvient du Seigneur comme de Celui qui donne sens à la vie, en la libérant du mal et du péché.
En rendant la vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds, le Christ n’accomplit pas seulement des actions spectaculaires, mais il annonce à tous que le Royaume de Dieu est proche. C’est pourquoi l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 14, 13-21) témoigne que Jésus ne se contente pas de redonner leurs sens à ceux qui en sont privés, mais qu’il donne du goût à nos sens. Au sourd qui retrouve l’ouïe, le Seigneur adresse la Bonne Nouvelle qu’il faut écouter ; à l’aveugle qui retrouve la vue, il montre la splendide œuvre de la rédemption qui s’accomplit pour lui. De même, Jésus donne à ceux qui ont faim de quoi se nourrir : l’épisode de la multiplication des pains signifie que la rencontre avec le Seigneur est une expérience nourrissante. Dans le désert, c’est-à-dire là où l’on se trouve dans le besoin, le Christ est le pain de vie. Avec Lui, l’essentiel est surabondant : « Tous mangèrent à leur faim » et il en resta « douze paniers pleins » (v. 20). Ce chiffre souligne que le don du Seigneur est universel, et que sa providence à notre égard ne manque jamais.
Chers amis, le Christ comble véritablement la faim de l’humanité, notre faim de vérité et de vie. En même temps, son geste nous enseigne que rien ne se perd lorsqu’on le partage. L’accumulation et le gaspillage, en revanche, sont les deux faces d’un même mal : la cupidité. Cette maladie de l’âme nous fait perdre la raison, car elle nous enivre de richesses, au point d’oublier ceux qui pleurent de faim et crient de soif. Et ainsi, face à l’opulence des choses qui pourrissent, se dressent les mains tendues de ceux qui n’ont pas de quoi manger, les maisons incendiées de ceux qui n’ont pas la paix.
Dans le désert de la guerre et de l’arrogance, nous voyons avec quelle bienveillance le Seigneur « leva les yeux vers le ciel », « prononça la bénédiction », « rompit les pains et les donna » à ses disciples, afin qu’ils les distribuent à la foule (cf. v. 19). Dans ce miracle de la charité, nous reconnaissons les gestes caractéristiques de Jésus, qui trouvent leur point culminant dans la Cène. C’est alors, en effet, que le Fils de Dieu nous donne sa propre vie en tant qu’Il est notre frère en humanité. Tandis que nous savourons la grâce de l’Eucharistie, engageons-nous à témoigner de sa beauté dans nos gestes quotidiens, à commencer par la bénédiction de la table lorsque nous partageons le pain en famille et entre amis. En compagnie de Jésus, même les vacances peuvent devenir un temps de sérénité fraternelle, en incluant ceux qui, à nos côtés, sont dans le besoin.
Demandons donc à la Vierge Marie, mère attentionnée, de nous faire grandir dans la charité, afin que personne ne manque de pain quotidien.
5 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.
Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).
À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.
La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).
Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).
C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).
Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.
Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.
Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXV: PL 37, 1081).
Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.
6 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la fête de la Transfiguration, en la basilique papale Sainte-Marie-des-Anges à Assise, pour les participants à la rencontre « Go! Franciscan Youth Meeting »
Chers frères et sœurs,
très chers jeunes !
La fête de la Transfiguration, que nous célébrons aujourd’hui, est un mystère de lumière qui nous aide à approfondir notre rencontre, si joyeuse, mais aussi pleine d’interrogations sur le présent et l’avenir. Nous trouvons dans le récit évangélique le contraste entre la lumière et l’ombre, le silence et les paroles, l’émerveillement et l’incompréhension. Nous sommes à Assise, une ville vers laquelle affluent depuis des siècles de nombreux pèlerins – nous aussi aujourd’hui – car ici, tout murmure que notre vie peut changer de forme, laisser jaillir la lumière, réparer le monde. C’est ici qu’a commencé la transfiguration de François, de Claire, puis de milliers d’autres jeunes : ils ont accueilli l’Évangile sine glossa – nous dirions : sans concession – et la vie de Jésus a recommencé en eux.
Nous sommes ici pour comprendre où mène l’histoire et où nous allons nous-mêmes. Dans l’Évangile, nous voyons qu’il est possible de trouver un sens, d’entrevoir un chemin. Comme Pierre, Jacques et Jean, nous sommes un peu mis à l’écart et Jésus est avec nous. C’est cela qui compte : sa présence. Sur la montagne, les apôtres contemplent Jésus qui se tourne vers son propre avenir. Sur ce point, il y avait eu un malentendu entre eux. Six jours auparavant, Pierre avait reproché au Maître de parler ouvertement de la croix (cf. Mt 16, 21-26) : il s’attendait à la gloire pour le Messie, et peut-être aussi pour lui-même, sans tenir compte des résistances et des risques, mais surtout sans se demander ce qu’est la gloire. À présent, dans la Transfiguration de Jésus, c’est Dieu lui-même qui se révèle dans sa gloire, qui prend l’aspect d’une nuée qui protège et qui enveloppe. Il désigne le Fils, Il invite à l’écouter.
C’est en le suivant ensemble que l’on découvre le chemin de la vie. Sa beauté revêt un aspect nouveau, une intensité sans précédent, à tel point que Pierre voudrait arrêter le temps et prolonger cette vision. Généreusement, il propose de construire trois tentes, afin que se poursuive la conversation entre Jésus, Moïse et Élie. Or, c’est dans cette conversation qu’il faut entrer. On ne peut pas se contenter d’en être de simples spectateurs. Nous sommes en effet appelés à lire les Écritures avec le Maître, à interpréter notre époque et à prendre des décisions, en suivant son chemin. Nous sommes ici pour vaincre la résignation et la peur, pour dissiper les doutes qui nous retiennent, nous aussi, comme ils retenaient les apôtres. Jésus nous appelle à dialoguer avec son histoire, pour écrire de nouvelles pages d’histoire.
Alors que nous entendons dire que « son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17, 2), nous pensons au matin de Pâques, lorsqu’un ange du Seigneur roula la pierre qui fermait le sépulcre et annonça la résurrection. « Son aspect était comme un éclair et son vêtement blanc comme la neige » (Mt 28, 3). C’est la lumière d’un nouveau jour, vers lequel nous sommes tournés, alors qu’autour de nous, et parfois en nous, règnent encore les ténèbres. Nous en voyons l’aurore dans les saints canonisés, comme saint François et sainte Claire, et dans une myriade de frères et sœurs qui répondent au mal par le bien. Nous ne sommes pas seuls ! Ces derniers jours, vous en avez fait l’expérience : vous vous êtes rencontrés et écoutés, passant du brouhaha des voix qui se superposent et s’opposent à l’art de la conversation. Aujourd’hui, nous contemplons Jésus qui est transfiguré précisément dans la conversation avec le Père, avec ceux qui l’ont précédé, Moïse et Élie, et avec ses contemporains, les disciples.
L’Église existe pour nous entraîner dans cette dynamique d’écoute et de décision, où l’on comprend pour qui vivre et comment vivre. C’est la communauté où l’on apprend à discerner la voix de Dieu, qui ne coïncide jamais simplement avec nos opinions, et à oser cette obéissance à l’Esprit Saint qui a rendu audacieux et créatifs tous ceux qui ont accepté de suivre Jésus : nous nous défigurons en nous séparant de Lui et des autres ; nous nous transfigurons, au contraire, dans les liens qui nourrissent et appellent à la vie. La spiritualité franciscaine, dans laquelle vous avez été formés, est l’une des plus soucieuses de restaurer les relations fondamentales avec Dieu et avec toutes ses créatures : une harmonie à préserver et à cultiver, aujourd’hui plus que jamais.
En ce sens, au début de ma première Encyclique, j’ai écrit que « chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que “le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné”. Cette magnifique humanité devient en Jésus-Christ le Chemin, la Vérité et la Vie, ouvrant à chacun de nous la voie vers la plénitude » (Magnifica humanitas, n. 1).
Chers amis, la raison pour laquelle saint François, huit cents ans après sa mort, continue de nous attirer réside dans la magnifique humanité qui l’a conduit à abandonner les voies déjà tracées, afin d’en ouvrir une nouvelle, plus conforme au chemin de Jésus. Même dans une ville, chrétienne depuis des siècles comme Assise, cela a semblé révolutionnaire. « Le choix de Claire fut encore plus impressionnant: une jeune fille qui voulait être comme François, qui voulait vivre, en femme, libre comme ces frères ! » (Audience jubilaire, 4 octobre 2025). C’est là l’énergie du christianisme, celle de ses débuts et de ses multiples renouveaux.
Eh bien, chers jeunes : aujourd’hui, l’Europe et le monde entier cherchent en vous de nouveaux saints : osez croire en la parole de l’Évangile, devenez des êtres humains dotés de la liberté de Jésus-Christ, embrassez la sœur pauvreté ! Le titre de votre rencontre – Go! – est une mission, un envoi sur des chemins dont nous n’avons pas de carte, car ils s’ouvrent en écoutant le cœur, en obéissant à l’Esprit, en suivant le Ressuscité là où il a voulu nous précéder. Go! Allez ! Ou mieux encore : allons-y ! Let’s go ! Aux marges, là où l’injustice et l’arrogance de quelques-uns bafouent la dignité et les rêves de beaucoup, de trop nombreux fils et filles de Dieu. Le Pape François, s’inspirant du Poverello d’Assise, nous a mis en garde contre la tentation « d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains » (François, Evangelii gaudium, n. 270).
Il est possible de ne pas être compris, même par ses proches, comme ce fut le cas pour saint François. Pourtant, se soustraire à la culture du pouvoir et abattre les murs qui séparent les êtres humains les uns des autres, ce n’est jamais trahir la famille, la cité, la tradition, mais les libérer de leurs fantasmes, des ennemis inventés par la peur et l’ignorance, de la violence avec laquelle on voudrait imposer son petit ordre à une réalité qui nous dépasse de toutes parts. Faire confiance à Dieu, c’est retrouver, comme François et Claire, un monde de frères et de sœurs à apprécier et à servir, et non à exploiter et à dominer. Non pas un monde à défendre, mais à embrasser.
Consacrez-vous, chers jeunes, à la civilisation de l’amour, dont vous avez découvert les prémices dans de nombreux exemples de gratuité, et qui transfigure – à l’image du Christ – d’innombrables artisans de paix qui, aujourd’hui encore, s’engagent au service de la vie dans les contextes les plus tragiques de la mort. Unissez les meilleures énergies de votre magnifique humanité – les études, les compétences, le travail, les amitiés, l’amour, la prière – en concrétisant de différentes manières la vision de François. J’imagine que vous avez à cœur la prière qui lui est souvent attribuée, un texte du siècle dernier :
Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix :
là où règne la haine, que j’apporte l’amour,
là où règne l’offense, que j’apporte le pardon,
là où règne la discorde, que j’apporte l’union,
là où règne l’erreur, que j’apporte la vérité,
là où règne le doute, que j’apporte la foi,
là où règne le désespoir, que j’apporte l’espoir,
là où règnent les ténèbres, que j’apporte la lumière,
là où règne la tristesse, que j’apporte la joie.
Voilà « où » aller ! Va ! Mais voici surtout « comment » y aller :
Seigneur, fais que je ne cherche pas tant
à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer
Car c’est en donnant que l’on reçoit,
c’est en s’oubliant soi-même que l’on se retrouve,
c’est en pardonnant que l’on est pardonné,
c’est en mourant que l’on ressuscite à la vie éternelle.
Chers amis, puissent ces journées passées à Assise rester gravées dans votre mémoire et que votre retour chez vous, dans les différents pays d’Europe où vous vous rendrez, soit à l’image de la descente de Pierre, Jacques et Jean depuis la haute montagne de la Transfiguration. Un retour méditatif, ouvert sur l’avenir, engagé aux côtés de Jésus-Christ. Lui vous fait confiance, compte sur vous, reste toujours avec vous.
9 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
Aujourd’hui, l’Évangile nous parle de Jésus qui, sur le lac de Galilée, rejoint ses disciples au milieu d’une tempête, en marchant sur les eaux (cf. Mt 14, 22-33).
Après le miracle des pains et des poissons (cf. Mt 14, 13-21), le Maître invite ses disciples à monter dans la barque et à prendre le large, tandis qu’Il se retire seul sur la montagne pour prier. Loin du rivage, cependant, ils se retrouvent à la merci du vent et peinent à avancer.
Après une expérience couronnée de succès, au cours de laquelle ils avaient été les protagonistes d’un signe prodigieux, ils se retrouvent désormais impuissants et effrayés face à la menace des vagues et du vent contraire.
À la fin de la nuit, Jésus vient à leur rencontre sur les eaux agitées, et, effrayés, ils le prennent pour un fantôme (v. 26). Mais il leur dit : « Confiance, c’est moi, n’ayez plus peur ! » (v. 27). La présence du Seigneur change tout : Pierre parvient même à faire quelques pas sur les vagues pour aller vers Lui ; puis il prend peur, s’enfonce et Jésus le sauve. Lorsque le Maître monte dans la barque, la tempête s’apaise, et alors jaillit spontanément du cœur des disciples la profession de foi : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ! » (v. 33).
Pour en arriver là, il ne leur a pas suffi d’avoir assisté à un miracle, ni d’avoir connu le succès devant la foule : ils ont dû passer par l’expérience de leur faiblesse et, en elle, reconnaître la présence de Dieu. Ce n’est qu’ainsi qu’ils ont pu véritablement ouvrir les yeux et le cœur à sa proximité, retrouvant la paix même au milieu de la tempête.
Un jour, quelque temps plus tard, Jésus leur dira : « Amen, je vous le dis : si vous avez la foi et si vous ne doutez pas, […], vous pourrez même dire à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, et cela se produira. (Mt 21, 21). Et c’est précisément ce qu’ils ont vécu sur le lac : la paix du Christ, qui était monté sur la montagne pour prier, les a rejoints au milieu de la fureur des eaux.
Ce miracle nous enseigne donc une chose importante : tout d’abord, à ne pas nous enorgueillir face au succès et à ne jamais nous surestimer ; et en même temps, à ne pas désespérer, même dans les moments sombres, lorsque nous nous sentons impuissants face aux problèmes et que, malgré nos efforts, nous avons l’impression de reculer plutôt que d’avancer. En toute circonstance, Jésus ne nous abandonne pas et, si nous l’accueillons humblement dans la barque de notre vie – par la prière, les sacrements, l’écoute de sa Parole –, nous trouverons en Lui la paix, la lumière et la force pour notre chemin.
Que Marie nous aide à vivre ainsi, dans un abandon confiant en Dieu, elle qui a été proclamée bienheureuse pour sa foi (cf. Lc 1, 45).
12 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.
J’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
L’année liturgique propose, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.
12 août 2026 – Salutation du Pape Léon XIV en langue française, au terme de l’Audience Générale
Rassasiés à la table de l’Eucharistie, soyez pour le monde des témoins lumineux de l’amour du Christ.
12 août 2026 – Résumé en langue française de l’Enseignement du Pape Léon XIV, lors de l’Audience Générale
Le Concile présente le dimanche comme le fondement et le cœur de l’année liturgique. C’est la Pâques hebdomadaire où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité. Jaillissant de la Résurrection, le dimanche traverse les temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui oriente vers la seconde venue du Christ. En ce sens l’année liturgique est l’actualisation de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire, comblant tous les fidèles de sa grâce (cf. SC, 102c). Il est donc indispensable de sanctifier le dimanche par la célébration de l’Eucharistie et de rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe ceux qui n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future.
15 août 2026 - Assomption de la bienheureuse Vierge Marie
Chers frères et sœurs,
C’est avec une grande joie que, cette année encore, je célèbre avec vous la solennité de l’Assomption
Le Magistère de l’Église nous enseigne que « Marie, une fois achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée à la gloire céleste, corps et âme » (Pie XII, Const. Ap. Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950) et nous montre, dans ce Mystère, l’accomplissement de la plénitude de grâce que Dieu lui a donnée lors de sa Conception immaculée (cf. ibid.).
C’est pourquoi de nombreuses œuvres d’art la représentent, à la fin de sa vie terrestre, comme une très belle jeune femme s’élevant physiquement de la terre vers la voûte céleste. Elles s’inspirent de la scène décrite dans le passage de l’Apocalypse que nous avons entendu dans la première lecture : « Une femme vêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds » (cf. Ap 12, 1), pour signifier que le cœur de Marie est le lieu de rencontre entre le ciel et la terre, le temps et l’éternité.
Cette image semble, à première vue, contraster avec l’expérience de ce que le passage des années produit en nous. Avec l’âge, en effet, notre corps devient moins agile et plus lourd ; notre peau devient moins fraîche et montre les signes de la vieillesse ; nos cheveux ne prennent ni couleur ni éclat, mais deviennent gris puis blancs. Alors, qu’avons-nous en commun avec la merveilleuse jeune femme que l’on voit représentée sur les retables de nos autels ?
Pour le comprendre, nous devons associer les deux signes que nous avons évoqués : le corps incorruptible de la Mère de Dieu et son cœur immaculé. C’est en effet la pureté de l’âme qui, en Marie – comme en nous –, par la grâce de Dieu, illumine et transfigure toute la personne, la conduisant à la gloire du Ciel.
La glorification de Marie, corps et âme, nous enseigne que notre véritable beauté ne consiste pas à dissimuler les signes du temps qui passe, mais à montrer, même gravés dans notre chair, les signes de l’amour qui ne passe jamais (cf. 1 Co 13, 8).
Elle nous invite ainsi à remettre en question bon nombre de canons esthétiques, principalement de nature hédoniste et consumériste, que le monde nous impose et qui risquent de nous emprisonner dans de lourds conditionnements, nous faisant gaspiller des énergies précieuses dans ce qui n’a vraiment pas d’importance et ne dure pas éternellement. Dans notre expérience quotidienne, nous pouvons rencontrer des personnes dont le visage est marqué par les années et les souffrances, mais qui sont pourtant capables de rayonner de sérénité, de bienveillance et de paix autour d’elles ; tout comme nous pouvons en observer d’autres, peut-être séduisantes en apparence, mais dures et froides au fond d’elles-mêmes. Il est facile de comprendre où réside la vraie beauté et où, au contraire, il y a encore besoin de conversion, de pardon et de guérison.
Si nous voulons vraiment découvrir et cultiver la beauté divine qui nous enveloppe et pour laquelle nous sommes faits, et la diffuser autour de nous, nous devons apprendre à la lire dans le visage tendre d’un enfant comme dans les rides d’une personne âgée, dans la vivacité d’un jeune comme dans le calme d’un adulte, dans les parures de fête comme dans les vêtements et les outils de travail. Nous devons écouter les histoires d’amour uniques que chacune de ces réalités nous raconte, en y reconnaissant de petits éclats de ciel.
C’est l’amour qui est le plus bel ornement de l’homme : l’amour qui transfigure, transforme, ennoblit, élève ; qui rend léger, libre, proche de Dieu, même à travers les aléas de la vie.
Saint Paul VI, méditant sur le mystère de l’Assomption de la Vierge, disait que pour en comprendre la signification, « il faut rendre superlatifs et absolus les termes que nous utilisons dans le langage terrestre […], pour nous représenter l’éternel à petite échelle » (Homélie, 15 août 1969). Et à propos de cette rencontre, en la Mère de Dieu, entre l’infini et le fini, le Pape François écrivait : « Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus, avec de pauvres langes et une montagne de tendresse » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 286).
Le miracle que Marie, la jeune fille de Nazareth, a vécu dans son cœur innocent et qui l’a conduite à la gloire du Ciel est une rencontre entre les extrêmes, comme elle-même en témoigne dans les paroles inspirées du Magnificat que nous avons entendues dans l’Évangile (cf. Lc 1, 46-55). Dans ce cantique, à travers les expressions humbles de sa foi, la Mère du Ciel nous parle simplement de mystères grandioses : de Dieu qui, en elle, se fait homme pour sauver les hommes ; de l’Éternel qui, en elle, se manifeste dans le temps pour rouvrir, à nous aussi, la voie de l’éternité, tout en nous montrant, dans sa condition d’“humble servante”, la “petite échelle” dans laquelle, comme le disait saint Paul VI, nous pouvons nous aussi rencontrer le Seigneur.
Nous ne devons donc pas chercher loin la sublimité du Mystère que nous célébrons. Nous pouvons la rencontrer là où règne la véritable charité : dans les yeux d’un père et d’une mère qui rentrent à la maison après une journée de travail, fatigués, mais heureux d’être avec leurs enfants ; dans le visage des grands-pères et des grands-mères qui, malgré les maux de l’âge, retrouvent une énergie inattendue en s’occupant de leurs petits-enfants ; ou encore dans l’engagement de jeunes qui s’efforcent de grandir dans la droiture et l’honnêteté, prêts même à aller à contre-courant de “ce que font tous les autres” ; et enfin, dans l’œuvre de tant d’hommes et de femmes qui, chaque jour, avec foi et dévouement, contribuent à apporter un peu de Ciel sur terre et à faire tendre la terre vers le Ciel.
Frères et sœurs, le visage magnifique de Notre-Dame de l’Assomption est unique, il dépasse toute représentation possible, et pourtant, en même temps, il nous est familier : c’est celui des personnes qui sont à nos côtés, même en ce moment, celui des frères et sœurs avec lesquels nous partageons, dans la foi, l’offrande quotidienne de notre vie. C’est pourquoi la communauté des croyants se reconnaît elle-même dans la femme de l’Apocalypse, et le Concile Vatican II décrit Marie comme celle qui « représente et inaugure l’Église, […] un signe d’espérance assurée et de consolation » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 68). Dans sa sainte humanité, par la grâce de Dieu, se trouve aussi la nôtre ; nous y sommes aussi appelés, pour vivre sa même plénitude de vie et à partager sa même gloire.
Saint Augustin, parlant de la résurrection du Christ, invitait les chrétiens de son temps à en faire la boussole et le point de référence de leur existence. Il disait : « Le Christ est ressuscité pour ne plus mourir […]. Change donc tes pensées, suis ta lumière ; lève-toi, parce qu’elle s’est levée » (Enarratio in Psalmos 126, 7).
Faisons nôtre son invitation. Suivons la lumière du Ressuscité, en changeant de cap si nécessaire. Faisons-le, en particulier aujourd’hui, en tournant notre regard vers Marie que Dieu a couronnée de gloire dans son âme et dans son corps, et qu’il nous a donnée comme Mère, guide, compagne de route et protectrice sur le chemin du Ciel.
15 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus, à Castel Gandolfo
Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. Une fête d’une grande importance, tant pour la théologie catholique que pour la piété populaire. Elle est en effet très chère au cœur de nombreuses communautés, en particulier là où la cathédrale ou l’église paroissiale est dédiée à Notre-Dame de l’Assomption.
Pour contempler ce mystère de la foi, nous pouvons nous référer aux deux modèles iconographiques à travers lesquels les artistes l’ont représenté au fil des siècles.
Le premier, le plus ancien, qui fut le seul pendant près d’un millénaire, est celui de la “dormition” de la Mère de Dieu : elle apparaît allongée sur un catafalque, endormie dans la mort ; autour d’elle se trouvent les apôtres qui la vénèrent, émus et en prière ; au centre, debout, se tient Jésus ressuscité, qui tient dans ses bras l’âme de Marie, comme une enfant qui vient de naître. Il est venu la chercher pour l’emmener avec lui dans la gloire de Dieu, “au ciel”, comme nous le disons symboliquement. En effet, le Seigneur a accompli pour sa Mère ce qu’il avait promis à tous ses amis : « Quand je serai parti – vers le Père – et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi » (Jn 14, 3).
Ce premier modèle met en évidence la vérité centrale : c’est le Christ mort et ressuscité qui nous conduit vers le but auquel nous sommes destinés depuis toujours, la vie éternelle. C’est ce que des générations et des générations de fidèles ont contemplé en priant devant les icônes de la Dormition, et que l’on peut admirer à Rome, dans la grande mosaïque de l’abside de la basilique Sainte-Marie-Majeure.
L’iconographie plus récente, qui s’est développée par la suite en Occident, nous montre en revanche la Vierge Marie debout dans le ciel, enveloppée de lumière, souvent entourée d’anges et de saints. Ici, se trouve au centre le corps glorifié de la Vierge, en accord avec ce que l’on peut lire dans le Livre de l’Apocalypse : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12, 1).
Certains artistes ont combiné ces deux schémas en représentant en haut la Vierge glorieuse et en bas son tombeau vide, souvent rempli de fleurs multicolores, ainsi que les apôtres tournant leur regard vers elle, dans le ciel.
Ce deuxième modèle met en évidence la vérité selon laquelle Marie a été élevée au ciel corps et âme, c’est-à-dire dans l’intégralité de sa personne. Cette femme qui, sur terre, a donné chair et sang au Verbe incarné et l’a suivi jusqu’à l’union parfaite dans le sacrifice d’amour, a été attirée par Lui pour toujours dans la gloire.
Ainsi, cette iconographie nous permet elle aussi de contempler notre destin ultime. La plénitude de vie, que nous admirons aujourd’hui avec joie en Marie, nous attend également à la fin des temps, lorsque, comme le dit saint Paul, le Christ ressuscité « transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 21), revêtant ce qui est corruptible d’incorruptibilité et ce qui est mortel d’immortalité (cf. 1 Co 15, 54). Alors, avec notre chair transformée par l’amour du Rédempteur, nous vivrons éternellement, dans une fête sans fin.
Louons le Seigneur, qui a fait de grandes choses en sa Très Sainte Mère et en la nôtre !
22 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au Port de Rimini
Dans l’Évangile (cf. Mt 16, 13-20), Jésus demande à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (v. 15). Pierre répond, au nom de tous : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Nous aussi, deux millénaires plus tard, nous sommes appelés à renouveler cette même profession de foi : nous sommes ici parce que nous croyons que Jésus est le Messie, le Fils éternel du Père, consacré et envoyé dans le monde « pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28).
Oui, très chers amis, dans les paroles de Pierre, nous reconnaissons la vérité qui nous comble de joie et d’espérance, et nous trouvons le chemin qui mène à la vie : le chemin de Dieu qui se met au service de l’homme (cf. Ph 2, 5-8), du Maître qui se penche pour laver les pieds de ses disciples (cf. Jn 13, 12-15), du Berger qui se sacrifie pour son troupeau (cf. Jn 10, 11). Et c’est sous cet éclairage que nous considérons le geste de Jésus remettant les clés à Pierre (cf. Mt 16, 19-20), car dans l’Église, à tous les niveaux, l’autorité est service.
Le Pape, les évêques, les prêtres et les diacres sont les premiers appelés à la vivre ainsi, et tout le Peuple de Dieu doit se joindre à eux, chacun selon son appel spécifique. Le Serviteur de Dieu don Oreste Benzi en a très bien témoigné parmi vous ; il disait : « Notre vocation consiste […] à nous laisser conformer au Christ pauvre, au Christ serviteur, au Christ qui expie le péché du monde, au Christ, l’Homme-Dieu incarné qui vit parmi nous dans un partage direct à partir des plus démunis » (Con questa tonaca lisa, sous la direction de Valerio Lessi, Bologne 1991, p. 42).
Dans l’Église, en effet, la mission de « lier » et de « délier », si, d’une part, elle concerne le rôle de ceux qui, au nom du Seigneur, sommes appelés à exercer l’autorité, d’autre part, elle décrit un style et une tâche qui impliquent chaque baptisé : celle d’embrasser, de réunir, d’accueillir, de libérer, de pardonner, d’émanciper quiconque est prisonnier du péché et de ses conséquences, en faisant de nous des administrateurs justes et sages des biens que Dieu nous confie, afin que tout concoure, dans la charité, au bien de tous.
Dans la première lecture (cf. Is 22, 19-23), le prophète Isaïe nous a parlé de Sebna, un fonctionnaire à qui le roi Ezéchias avait confié un grand projet de renouveau religieux, moral et social de Jérusalem et du royaume de Juda. Mais, poussé par l’ambition et la cupidité, cet homme puissant avait commencé à abuser de l’autorité qui lui avait été conférée, amassant des richesses pour lui-même et pour son cercle d’amis et de parents, et régnant en maître sur le peuple. Il avait oublié que l’essentiel de la mission dans laquelle son Seigneur l’avait impliqué ne résidait pas dans les moyens financiers et le pouvoir, mais dans la possibilité, grâce à eux, de promouvoir un projet de renouveau pour le bien de toute la communauté. C’est pourquoi il fut destitué et sa mission confiée à Éliakim, un homme honnête et libre de toute influence, solide dans sa droiture comme un pieu enfoncé dans le mur, selon les paroles du Prophète (cf. v. 23).
Le message est clair : tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons est un don de Dieu, qui nous a été confié afin que, entre ses mains, nous puissions être les uns pour les autres des instruments de salut dans la justice, à partir des lieux et des personnes avec lesquelles nous vivons et travaillons chaque jour, pour nous tourner, avec un cœur grand et ouvert, vers le monde entier.
Saint Paul nous parle des desseins de Dieu et dit qu’ils sont insondables : non pas à cause de la complexité de ses raisonnements, mais à cause de l’immensité désarmante de son amour, qui dépasse toutes nos capacités et toutes nos attentes, « car c’est de lui, dit l’Apôtre, que viennent toutes choses, par lui et pour lui » (Rm 11, 36). Dieu est simple, car il est pure charité, et il nous appelle, nous aussi, à aimer d’un cœur semblable au sien, en conformant nos voies à ses voies et nos pensées à ses pensées (cf. v. 33)
23 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelis
L’Évangile de ce dimanche (Mt 16, 13-20) nous confronte à une question qui interpelle chacun d’entre nous sur le chemin de notre foi : qui est vraiment Jésus pour moi ?
Le récit évangélique nous montre à quel point cette question est décisive pour l’expérience de disciple. En effet, bien que les douze apôtres aient déjà partagé une grande partie de la vie et du ministère du Maître, Jésus n’a pas voulu tenir pour acquis qu’ils le connaissaient vraiment et qu’ils avaient saisi le mystère du Royaume de Dieu. Alors, après avoir demandé ce que les gens pensaient de Lui, il s’adresse directement à eux : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16, 15).
Frères et sœurs, ce passage est fondamental pour les disciples de tous les temps, pour chacun d’entre nous. En effet, la foi ne nous est pas donnée une fois pour toutes. Nous devons au contraire sans cesse redécouvrir le visage du Christ et son Évangile, approfondir son message et renouveler les choix de notre vie afin qu’ils soient cohérents avec ce que nous professons, en surmontant la tentation de tout savoir déjà et de faire de la foi une simple habitude.
La question qui nous est posée chaque jour – qui est Jésus pour moi et quel est le sens de sa présence dans ma vie – se pose surtout dans la prière et lorsque nous méditons l’Évangile ; mais aussi lorsque nous sommes confrontés aux souffrances et aux besoins de nos frères et sœurs, ou encore dans les relations et les situations qui interpellent le plus notre conscience. Dans notre vie quotidienne, nous pouvons vérifier si le Seigneur Jésus n’est pour nous qu’un grand personnage historique qui a dit et fait des choses importantes, ou s’il est le Christ de Dieu, Celui qui a été envoyé pour nous faire entrer dans l’amour du Père et transformer notre vie ainsi que le monde dans lequel nous vivons.
Chers amis, apprenons à ne pas nous enfermer dans nos convictions et nos certitudes religieuses, afin de rester ouverts à une relation authentique avec le Christ. En matière de foi chrétienne, on se contente parfois de “ce qu’on a entendu dire”, de lieux communs, de ce qui nous a été transmis, peut-être même avec de bonnes intentions. Mais Jésus nous appelle à une réponse personnelle, à le connaître de près, à nous laisser transformer par l’amitié avec Lui, dans une rencontre toujours nouvelle qui peut aussi nous demander d’emprunter des chemins inédits et de faire des choix différents de ceux que nous avions imaginés. Cela vaut tant pour notre cheminement personnel que pour celui de l’Église et pour les choix pastoraux, là où nous pensons parfois qu’il suffit de continuer comme nous l’avons toujours fait. Il est toutefois important de se demander régulièrement : qui est le Seigneur pour moi ? Est-ce que je le connais vraiment ? Que me demande son Évangile aujourd’hui ? Quelles démarches et quels choix dois-je faire ?
Invoquons la Vierge Marie, qui, dans son cœur, cherchait la volonté de Dieu à travers son Fils, pour qu’Elle nous guide toujours sur le chemin de la foi.
29 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en l’église Santa Santissima del lago (Castel Gandolfo)
Le prophète Jérémie nous parle de son besoin irrésistible de répondre à l’appel qu’il a reçu : « Tu m’as séduit, Yahvé — dit-il —, et je me suis laissé séduire […]. C’était en mon cœur comme un feu dévorant […]. Je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu » (Jr 20, 7.9). Dieu lui a révélé qu’il l’avait connu et choisi dès le sein maternel (cf. ibid., 1, 5), et qu’il aimait son peuple d’un amour éternel (cf. ibid., 31, 3) ; il lui a parlé de son dessein de salut, et Jérémie ne peut plus se taire. Il ressent un élan irrépressible qui le pousse à porter à tous son message, même s’il sait que cela l’obligera à dire et à faire des choses qui déplairont à beaucoup, à se heurter à des souffrances et des incompréhensions, jusqu’à devenir « prétexte continuel à la moquerie » (v. 7). Mais l’amour le pousse à agir pour le bien de son peuple, sans compromis, jusqu’au bout.
C’est également ce que Jésus nous enseigne dans l’Évangile. Peu auparavant, il a nourri cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons (cf. Mt 14, 15-21), puis quatre mille autres avec sept pains et quelques petits poissons (cf. Mt 15, 32-38). Maintenant, au-delà du succès rencontré par ces gestes, il explique à ses disciples le sens messianique de ce qu’il a accompli : il leur révèle qu’il devra « aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Mt 16, 21).
Jésus explique comment, après les nombreux miracles accomplis, il manifestera définitivement sa gloire : en donnant librement sa vie (cf. Jn 10, 17-18) et en s’offrant lui-même sur la croix comme pain rompu. Et il précise que quiconque voudra poursuivre sa mission devra faire de même : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » (v. 24).
Jésus révèle ainsi que seul l’amour sauve. L’amour que Dieu nous a manifesté en se faisant homme, en mourant et en ressuscitant pour nous et, en réponse, celui par lequel nous nous offrons nous aussi humblement à Lui et à nos frères : aussi bien dans la constance fidèle de la charité quotidienne que dans les gestes les plus extraordinaires, jusqu’au martyre parfois, comme cela arrive malheureusement encore aujourd’hui à de nombreux chrétiens dans différentes régions du monde.
Saint Augustin disait que «la joie du moissonneur […] fait connaître le motif qui l’excitait à semer » (Sermon 330, 2), et nous désirons faire nôtres ses sentiments : avec l’aide de Dieu, nous voulons répandre partout dans le monde les semences de son infinie charité, sans nous lasser, sans mesure, afin qu’aujourd’hui et toujours, quelqu’un puisse se réjouir d’en récolter les fruits.
Malheureusement, tous ne comprennent pas la beauté, la bonté et le caractère concret de ce rêve du Créateur ; beaucoup pensent même qu’il s’agit d’une utopie. Tendre l’autre joue (cf. Mt 5, 39), disent-ils, c’est agir en perdant ; donner face au refus, c’est être naïf ; pardonner sans limites (cf. Mt 18, 21-22), c’est être faible. Il n’y a pas lieu de s’en étonner.
Même Pierre a eu du mal à accepter cette manière nouvelle et différente de raisonner (cf. Mt 16, 22). Mais Jésus reste catégorique : seul le chemin de l’amour est le chemin de la vie.
Ne nous faisons pas d’illusions. La haine et la violence n’apportent rien de bon, seulement la destruction et la mort, toujours, même lorsqu’elles sont une réponse à des injustices subies. Nous le voyons chaque jour, depuis les petites réalités de notre vie familiale jusqu’à la grande scène du monde. Tout confirme ce que Jésus nous a enseigné : « Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 16, 25).
Chers frères et sœurs, nous avons tant besoin de vie, d’espérance, de sérénité, de paix, en nous-mêmes, dans nos villes, entre les peuples et les nations. C’est pourquoi, quelle que soit la blessure, quelle que soit l’offense, ne permettons pas au mal de défigurer notre humanité et de corrompre notre cœur ! Ne nous conformons pas à la mentalité du monde (cf. Rm 12, 2). Continuons à aimer, à donner, à pardonner, en nous offrant « en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (v. 1), afin de préserver et de faire grandir, en nous et chez les autres, la dignité infinie de l’image divine que nous portons dans notre âme. Et ne nous décourageons pas si cela est difficile : notre force est dans le Seigneur et, avec son aide, tout est possible (cf. Ph 4, 13).
Le rite de la procession sur le lac, que nous accomplirons dans quelques instants, nous le rappelle également. Il évoque un autre miracle de Jésus, survenu peu avant les événements que nous avons entendus, lorsque le Maître, sur le lac de Tibériade, rejoignit les disciples effrayés en marchant sur les eaux et les conduisit jusqu’au rivage en apaisant la tempête (cf. Mt 8, 23-27). C’est précisément au moment où ils étaient le plus apeurés, à la merci des vents contraires, qu’il les exhorta à avoir foi, à prier, afin de retrouver la paix et, avec Lui, de continuer à naviguer vers le but désiré.
C’est avec cette foi que, ce soir, nous participons à l’Eucharistie. Sur l’autel, nous nous offrons nous-mêmes, avec le pain et le vin. Et le Seigneur unit nos offrandes à la sienne, les consacre et nous les redonne, transformées dans son Corps et dans son Sang, afin que nous les partagions comme nourriture pour le chemin. Puis, comme les disciples, nous quitterons ensemble le rivage, en portant avec nous l’image de Marie, notre modèle et notre guide, afin d’apporter, le long des bords du lac, la bénédiction que nous avons reçue.
Ce sont des gestes simples par lesquels nous renouvelons notre confiance en Dieu et notre dévotion filiale envers sa Très Sainte Mère. Et ils sont d’autant plus évocateurs qu’ils sont rendus possibles — comme saint Paul VI aimait le rappeler — grâce au soin avec lequel la petite communauté qui vit ici garde tout au long de l’année ce lieu de paix, afin que, lors des moments solennels, tout le peuple de Dieu puisse s’y rassembler, tout comme Marie, qui a accueilli dans son sein et dans la maison de Nazareth le Fils de Dieu fait homme, afin que son salut puisse parvenir à tous.
Ainsi, ce lieu de dévotion mariale devient également un signe de la manière dont l’Église fait tout son possible, jour après jour, pour faire de nous tous un seul corps, dans la prière, dans les sentiments, dans les intentions, dans le développement ordonné et unanime de notre coexistence, et ce lieu devient aussi un symbole de l’amour avec lequel le Seigneur, par l’intermédiaire de sa Très Sainte Mère, a voulu s’approcher de nous comme l’un d’entre nous, jusqu’à se confondre avec la grande foule de notre humanité (cf. Homélie pour la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, 15 août 1977).
30 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus, à Castel Gandolfo
L’Évangile nous parle de Jésus qui révèle à ses disciples le Mystère de sa Pâque imminente : le Messie – dit-il – devra « partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter » (Mt 16, 21).
Ce qu’il affirme est très loin de leurs attentes d’un Messie triomphant et puissant, avec l’aide duquel ils pourraient vaincre et piétiner leurs ennemis (cf. Ps 108, 14). Ils avaient déjà eu l’occasion, au cours du temps passé avec Lui, de s’étonner de ses nombreux gestes et paroles. Ce dernier message, cependant, dépasse véritablement toutes leurs prévisions. Pierre, en particulier, manifeste son désaccord et réprimande Jésus en lui disant : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas » (v. 22).
Peu avant, il avait reconnu en Lui « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Or, à présent, surpris et peut-être déçu par ce qu’il entend, en contradiction avec la très belle profession de foi qu’il vient de faire, il le réprimande. Il semble Lui dire : “Oui, je crois que tu es le Messie, mais ce n’est pas ainsi que l’on sauve le monde”. Son élan de zèle, certes animé par un amour sincère, nous donne néanmoins matière à réflexion.
Pour nous aussi, il n’est pas toujours facile de comprendre et d’accepter les voies de Dieu, surtout lorsqu’elles sont éloignées des nôtres. Nous sommes alors tentés de penser, à l’encontre de toute logique de foi, que c’est le Seigneur qui se trompe, ou pire encore, qu’il ne nous écoute pas ou ne s’intéresse pas à nous. Face à cette incertitude, Pierre, malgré son impulsivité, nous enseigne deux choses importantes.
La première est de ne jamais interrompre, même dans ces moments-là, le dialogue avec le Seigneur, mais au contraire de lui exprimer avec confiance notre difficulté à comprendre ce qu’il nous demande.
La deuxième est de ne jamais juger l’œuvre de Dieu, mais plutôt de nous mettre à l’écoute, avec humilité et dans la prière, de ce qu’il nous révèle à travers son action, même lorsque cela ne correspond pas à nos attentes.
Et la grandeur du Premier des Apôtres se manifeste aussi en cela.
Jésus lui répond : « Passe derrière moi, Satan ! » (v. 23), et lui explique ainsi qu’aux autres disciples que, pour marcher sur ses traces, ils devront renoncer à eux-mêmes, prendre leur croix et le suivre (cf. v. 24). Pierre le fera : après l’avoir écouté, il relèvera le défi et restera fidèle aux paroles du Christ qu’il reconnaîtra comme son Rédempteur, tout au long de son existence, jusqu’au martyre.
Demandons au Seigneur d’avoir, nous aussi, dans notre vie de foi et dans notre prière, la même sincérité que Pierre, pour Lui dire humblement ce que nous ressentons vraiment, même lorsque notre cœur est troublé, et, en même temps, de savoir cultiver sa même docilité, en acceptant ce qu’Il nous demande au-delà de nos attentes.
Que Marie, qui a été obéissante aux desseins de Dieu jusqu’au pied de la croix de son Fils Jésus, nous aide.