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Eucharistie
Messe
2025
31 mai 2025 – Homélie du pape Léon XIV lors de la Messe d’ordination de 11 nouveaux prêtres, en la Basilique Saint-Pierre
Aujourd’hui est un jour de grande joie pour l’Eglise et pour chacun de vous, ordinands au sacerdoce, ainsi que pour vos familles, vos amis et vos compagnons de route pendant vos années de formation. Comme le souligne le rite de l’ordination à plusieurs reprises, le lien entre ce que nous célébrons aujourd’hui et le Peuple de Dieu est fondamental. La profondeur, l’ampleur et même la durée de la joie divine que nous partageons aujourd’hui est directement proportionnelle aux liens qui existent et qui grandiront entre vous, ordinands, et le peuple dont vous êtes issus, auquel vous appartenez et vers lequel vous êtes envoyés. Je m’arrêterai sur cet aspect, en gardant toujours à l’esprit que l’identité du prêtre découle de son union avec le Christ, souverain et éternel prêtre.
Nous sommes le peuple de Dieu. Le Concile Vatican II a ravivé cette conscience, anticipant presque une époque où les appartenances s’affaibliraient et où le sens de Dieu se ferait plus rare. Vous êtes le témoignage que Dieu ne se lasse pas de rassembler ses enfants, si différents soient-ils, et de les constituer en une unité vivante. Il ne s’agit pas d’une action impétueuse, mais de cette «brise légère» qui redonna espoir au prophète Elie lors de son découragement (cf. 1 R 19, 12). La joie de Dieu n’est pas bruyante, mais elle transforme réellement l’histoire et nous rapproche les uns des autres. Le mystère de la Visitation en est l’icône, que l’Eglise contemple en ce dernier jour du mois de mai. De la rencontre entre la Vierge Marie et sa cousine Elisabeth jaillit le Magnificat, chant d’un peuple visité par la grâce.
Les lectures que nous venons d’entendre nous aident à interpréter ce qui se passe aussi parmi nous. Jésus, avant tout, dans l’Evangile, n’apparaît pas écrasé par la mort imminente, ni par la désillusion des liens humains brisés ou inachevés. L’Esprit Saint, au contraire, intensifie ces liens menacés. Dans la prière, ils deviennent plus forts que la mort. Au lieu de penser à son propre destin, Jésus remet entre les mains du Père les relations qu’il a bâties ici-bas. Et nous en faisons partie! L’Evangile, en effet, est arrivé jusqu’à nous à travers des liens que le monde peut user, mais non détruire.
Chers ordinands, concevez-vous donc à la manière de Jésus! Etre de Dieu — serviteurs de Dieu, Peuple de Dieu — nous lie à la terre: non à un monde idéalisé, mais au monde réel. Comme Jésus, ce sont des personnes en chair et en os que le Père mettra sur votre chemin. Consacrez-vous à elles, sans vous en séparer, sans vous isoler, sans transformer le don reçu en une sorte de privilège. Le Pape François nous a souvent mis en garde contre cela, car l’autoréférentialité étouffe le feu de l’esprit missionnaire.
L’Eglise est fondamentalement tournée vers l’extérieur, comme le sont la vie, la passion, la mort et la résurrection de Jésus. Vous ferez vôtres ses paroles à chaque Eucharistie: ceci est «pour vous et pour la multitude». Personne n’a jamais vu Dieu. Et pourtant, il s’est tourné vers nous, il est sorti de lui-même. Le Fils en est devenu l’exégèse, le récit incarné. Et il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ne cherchez, ne cherchons pas un autre pouvoir!
Que le geste de l’imposition des mains, par lequel Jésus bénissait les enfants et guérissait les malades, renouvelle en vous la puissance libératrice de son ministère messianique. Dans les Actes des Apôtres, ce geste, que nous allons bientôt reproduire, est transmission de l’Esprit créateur. Ainsi, le Royaume de Dieu met en communion vos libertés personnelles, prêtes à sortir d’elles-mêmes, en greffant vos intelligences et vos jeunes forces dans la mission jubilaire que Jésus a confiée à son Eglise.
Dans son discours d’adieu aux anciens d’Ephèse, dont nous avons entendu un extrait dans la première Lecture, Paul leur livre le secret de toute mission: «L’Esprit Saint vous a établis gardiens» (Ac 20, 28). Non comme maîtres, mais comme gardiens. La mission est celle de Jésus. Il est ressuscité, donc vivant, et il nous précède. Aucun de nous n’est appelé à le remplacer. Le jour de l’Ascension nous éduque à sa présence invisible. Il nous fait confiance, il nous fait de la place; il a même dit: «C’est votre intérêt que je parte» (Jn 16, 7). Nous aussi, les évêques, chers ordinands, en vous intégrant aujourd’hui à la mission, nous vous faisons de la place. Et vous, faites de la place aux fidèles et à toute créature dont le Ressuscité est proche et en qui il aime nous visiter et nous surprendre. Le Peuple de Dieu est plus vaste que ce que nous voyons. Ne lui imposons pas de limites.
De ce discours poignant de saint Paul, je voudrais souligner un second mot. Il le prononce d’ailleurs en premier: «Vous savez vous-mêmes de quelle façon je n’ai cessé de me comporter avec vous» (Ac 20, 18). Gravons cette expression dans nos cœurs et nos esprits! «Vous savez vous-mêmes de quelle façon je n’ai cessé de me comporter avec vous»: la transparence de la vie. Des vies connues, des vies lisibles, des vies crédibles! Vivons au cœur du Peuple de Dieu pour pouvoir, un jour, nous tenir devant lui avec un témoignage crédible.
Ensemble, alors, nous reconstruirons la crédibilité d’une Eglise blessée, envoyée à une humanité blessée, au sein d’une création blessée. Nous ne sommes pas encore parfaits, mais il nous faut être crédibles.
Le Christ ressuscité nous montre ses plaies; bien qu’elles soient le signe du rejet de l’humanité, il nous pardonne et nous envoie. Ne l’oublions pas! Il souffle encore aujourd’hui sur nous (cf. Jn 20, 22) et fait de nous des ministres de l’espérance. «Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair» (2 Co 5, 16): ce qui, à nos yeux, semble brisé et perdu apparaît désormais sous le signe de la réconciliation.
«Car l’amour du Christ nous possède», chers frères et sœurs! C’est une possession qui libère et qui nous permet de ne posséder personne. Libérer, ne pas posséder. Nous appartenons à Dieu: il n’est pas de plus grande richesse à estimer et à partager. C’est la seule richesse qui, partagée, se multiplie. Et nous voulons la porter ensemble dans ce monde que Dieu a tant aimé qu’il a donné son Fils unique (cf. Jn 3, 16).
Ainsi, la vie offerte par ces frères qui vont être ordonnés prêtres prend tout son sens. Nous les remercions et nous rendons grâce à Dieu qui les a appelés au service d’un peuple entièrement sacerdotal. Ensemble, en effet, nous unissons le ciel et la terre. En Marie, Mère de l’Eglise, resplendit ce sacerdoce commun qui élève les humbles, relie les générations et nous fait appeler bienheureux (cf. Lc 1, 48.52). Que la Vierge de la Confiance et Mère de l’Espérance intercède pour nous.
18 juin 2025 – Paroles du Pape Léon aux francophones, au terme de l’Audience Générale.
A l’approche de la Fête-Dieu, ravivons notre foi en ce grand mystère de l’Eucharistie et unissons nos voix aux chants d’action de grâces de l’Église.
18 juin 2025 – Paroles du Pape Léon aux germanophones, au terme de l’Audience Générale.
La toute proche solennité du Corpus Domini renouvelle notre foi dans Jésus-Eucharistie, Réellement présent au milieu de nous, sous les Espèces du Pain et du Vin. Qu’il nous donne la force de vaincre le découragement pour pouvoir réaliser toujours sa volonté.
18 juin 2025 – Paroles du Pape Léon aux jeunes, malades et nouveaux époux, au terme de l’Audience Générale.
Que la fête du Corps Domini que nous célébrons nous offre l’occasion d’approfondir notre foi et notre amour envers l’Eucharistie.
Chers frères et sœurs, qu’il est beau d’être avec Jésus ! L’Évangile qui vient d’être proclamé en témoigne lorsqu’il raconte que les foules restaient des heures et des heures avec lui à l’écouter parler du Royaume de Dieu et guérir les malades (cf. Lc 9, 11). La compassion de Jésus pour ceux qui souffrent manifeste la proximité aimante de Dieu, qui vient dans le monde pour nous sauver. Quand Dieu règne, l’homme est libéré de tout mal. Cependant, même pour ceux qui reçoivent la bonne nouvelle de Jésus, l’heure de l’épreuve vient. Dans ce lieu désert, où les foules ont écouté le Maître, le soir tombe et il n’y a rien à manger (cf. v. 12). La faim du peuple et le coucher du soleil sont des signes de la finitude qui pèse sur le monde, sur chaque créature : le jour s’achève, tout comme la vie des hommes. C’est à cette heure, dans l’indigence, la misère et des ténèbres, que Jésus reste parmi nous.
Au moment même où le soleil décline et où la faim grandit, alors que les apôtres eux-mêmes demandent de renvoyer la foule, le Christ nous surprend par sa miséricorde. Il a de la compassion pour le peuple affamé et invite ses disciples à prendre soin de lui : la faim n’est pas un besoin qui n’a rien à voir avec l’annonce du Royaume et le témoignage du salut. Au contraire, cette faim concerne notre relation avec Dieu. Cinq pains et deux poissons ne semblent toutefois pas suffisants pour nourrir le peuple : apparemment raisonnables, les calculs des disciples révèlent au contraire leur faible foi. Car, en réalité, avec Jésus, nous avons tout ce qu’il faut pour donner force et sens à notre vie.
À cet appel de la faim, en effet, il répond par le signe du partage : il lève les yeux, dit la bénédiction, rompt le pain et donne à manger à tous ceux qui sont présents (cf. v. 16). Les gestes du Seigneur n’inaugurent pas un rituel magique complexe, mais témoignent avec simplicité de la reconnaissance envers le Père, de la prière filiale du Christ et de la communion fraternelle que soutient l’Esprit Saint. Pour multiplier les pains et les poissons, Jésus divise ceux qui sont là : ainsi, ils suffisent pour tous, voire ils débordent. Après avoir mangé – et mangé à satiété –, ils emportèrent douze paniers (cf. v. 17).
Telle est la logique qui sauve le peuple affamé : Jésus agit selon le style de Dieu, en enseignant à faire de même. Aujourd’hui, en lieu et place des foules mentionnées dans l’Évangile, il y a des peuples entiers, humiliés par la cupidité des autres plus encore que par leur propre faim. Face à la misère de beaucoup, le cumul des richesses par quelques-uns est signe d’une arrogance indifférente, qui engendre la souffrance et l’injustice. Au lieu de partager, l’opulence gaspille les fruits de la terre et du travail de l’homme. Particulièrement, en cette année jubilaire, l’exemple du Seigneur reste pour nous un critère urgent d’action et de service : partager le pain, pour multiplier l’espérance, c’est proclamer l’avènement du Royaume de Dieu.
En nourrissant les foules, Jésus annonce en effet, qu’il sauvera tout le monde de la mort. Tel est le mystère de la foi que nous célébrons dans le sacrement de l’Eucharistie. De même que la faim est un signe de notre pauvreté extrême, ainsi rompre le pain est un signe du don divin du salut.
Mes très chers amis, le Christ est la réponse de Dieu à la faim de l’homme, car son corps est le pain de la vie éternelle : prenez et mangez-en tous ! L’invitation de Jésus embrasse notre expérience quotidienne : pour vivre, nous avons besoin de nous nourrir de la vie, en la prenant aux plantes et aux animaux. Pourtant, manger quelque chose de mort nous rappelle que nous aussi, malgré ce que nous mangeons, nous mourrons. En revanche, lorsque nous nous nourrissons de Jésus, pain vivant et vrai, nous vivons pour Lui. En s’offrant tout entier, le Crucifié Ressuscité se donne à nous qui découvrons ainsi que nous sommes faits pour nous nourrir de Dieu. Notre nature affamée porte la marque d’une indigence qui est comblée par la grâce de l’Eucharistie. Comme l’écrit saint Augustin, le Christ est vraiment « panis qui reficit, et non deficit ; panis qui sumi potest, consumi non potest » (Sermo 130, 2) : un pain qui nourrit et ne manque pas ; un pain que l’on peut manger mais qui ne s’épuise pas. L’Eucharistie, en effet, est la présence véritable, réelle et substantielle du Sauveur (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1413), qui transforme le pain en Lui-même, pour nous transformer en Lui. Vivant et vivifiant, le Corpus Domini fait de nous, c’est-à-dire de l’Église elle-même, le corps du Seigneur.
C’est pourquoi, suivant les paroles de l’apôtre Paul (cf. 1 Co 10, 17), le Concile Vatican II enseigne que « par le sacrement du pain eucharistique, est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul corps. À cette union avec le Christ, lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés » (Const. dogm. Lumen gentium, n. 3). La procession que nous allons bientôt commencer est le signe de ce cheminement. Ensemble, pasteurs et troupeau, nous nous nourrissons du Très Saint Sacrement, nous l’adorons et nous le portons dans les rues. Ce faisant, nous le présentons au regard, à la conscience, au cœur des personnes. Au cœur de ceux qui croient, pour qu’ils croient plus fermement ; au cœur de ceux qui ne croient pas, pour qu’ils s’interrogent sur la faim que nous avons dans l’âme et sur le pain qui peut la rassasier.
Restaurés par la nourriture que Dieu nous donne, nous portons Jésus dans le cœur de tous, lui qui implique tout le monde dans l’œuvre du salut, invitant chacun à participer à sa table. Heureux les invités qui deviennent témoins de cet amour !
22 juin 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière mariale de l’Angelus
Aujourd’hui, dans de nombreux pays, on célèbre la Solennité du Corps et du Sang du Christ, le Corpus Domini, et l’Évangile raconte le miracle des pains et des poissons (cf. Lc 9, 11-17).
Pour nourrir les milliers de personnes venues l’écouter et demander la guérison, Jésus invite les Apôtres à lui présenter le peu qu’ils ont, bénit les pains et les poissons et leur ordonne de les distribuer à tous. Le résultat est surprenant : non seulement chacun reçoit suffisamment à manger, mais il en reste en abondance (cf. Lc 9, 17).
Au-delà du prodige, le miracle est un “signe” qui nous rappelle que les dons de Dieu, même les plus petits, augmentent d’autant plus qu’ils sont partagés.
Mais nous qui lisons tout cela le jour du Corpus Domini, nous réfléchissons à une réalité encore plus profonde. Nous savons en effet qu’à la racine de tout partage humain, il y en a un plus grand qui le précède : celui de Dieu à notre égard. Lui, le Créateur qui nous a donné la vie pour nous sauver, a demandé à l’une de ses créatures d’être sa mère, de lui donner un corps fragile, limité, mortel, comme le nôtre, en se confiant à elle comme un enfant. Il a ainsi partagé jusqu’au bout notre pauvreté, choisissant de se servir, pour nous racheter, du peu que nous pouvions lui offrir (cf. Nicola Cabasilas, La vita in Cristo, IV, 3).
Pensons à quel point il est beau, lorsque nous faisons un cadeau – même petit, proportionné à nos moyens – de voir qu’il est apprécié par celui qui le reçoit ; à quel point nous sommes heureux lorsque nous sentons que, malgré sa simplicité, ce cadeau nous unit encore plus à ceux que nous aimons. Eh bien, dans l’Eucharistie, entre nous et Dieu, c’est précisément ce qui se passe : le Seigneur accueille, sanctifie et bénit le pain et le vin que nous déposons sur l’autel, avec l’offrande de notre vie, et les transforme en Corps et en Sang du Christ, Sacrifice d’amour pour le salut du monde. Dieu s’unit à nous en accueillant avec joie ce que nous apportons et nous invite à nous unir à Lui en recevant et en partageant avec autant de joie son don d’amour. Ainsi, dit saint Augustin, comme « les grains de blé, rassemblés ensemble […] forment un seul pain, de même, dans la concorde de la charité, nous formons un seul corps du Christ » (Sermo 229/A, 2).
Chers amis, ce soir, nous ferons la Procession Eucharistique. Nous célébrerons ensemble la Sainte Messe, puis nous nous mettrons en marche, en portant le Saint-Sacrement à travers les rues de notre ville. Nous chanterons, nous prierons et enfin, nous nous rassemblerons devant la basilique Sainte-Marie-Majeure pour implorer la bénédiction du Seigneur sur nos maisons, nos familles et toute l’humanité. Que cette Célébration soit un signe lumineux de notre engagement à être chaque jour, à partir de l’Autel et du Tabernacle, porteurs de communion et de paix les uns pour les autres, dans le partage et la charité.
20 juillet 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
La liturgie nous rappelle aujourd’hui l’hospitalité d’Abraham et de sa femme Sarah, ainsi que celle des sœurs Marthe et Marie, les amies de Jésus (cf. Gn 18, 1-10 ; Lc 10, 38-42). Chaque fois que nous acceptons l’invitation au repas du Seigneur et que nous participons à la table eucharistique, c’est Dieu lui-même qui “vient nous servir” (cf. Lc 12, 37). Pourtant, notre Dieu a d’abord su se faire hôte, et aujourd’hui encore, il se tient à notre porte et frappe (cf. Ap 3, 20). Il est significatif que dans la langue italienne, le mot ospite (hôte) désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. Ainsi, en ce dimanche d’été, nous pouvons contempler le jeu de l’accueil réciproque, sans lequel notre vie s’appauvrit.
Le baptême fait de nous les témoins du Christ. Dans le rite du Baptême, il y a un signe très fort, très fort, c’est lorsque nous recevons la bougie allumée au cierge pascal. C’est la lumière du Christ mort et ressuscité que nous nous engageons à maintenir allumée en l’alimentant par l’écoute de la Parole de Dieu et la communion assidue à Jésus Eucharistie.
2 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Veillée de Prière pour le Jubilé des Jeunes. – 3ème partie
Dans la Bible, le mot “cœur” désigne généralement l’être profond d’une personne, qui inclut notre conscience. Notre conception du bien reflète donc la manière dont notre conscience a été façonnée par les personnes qui ont fait partie de notre vie : celles qui ont été gentilles avec nous, celles qui nous ont écoutés avec amour, celles qui nous ont aidés. Ces personnes ont contribué à vous élever dans la bonté et, par conséquent, à former votre conscience afin que vous recherchiez le bien dans vos choix quotidiens.
Chers jeunes, Jésus est l’ami qui nous accompagne toujours dans la formation de notre conscience. Si vous voulez vraiment rencontrer le Seigneur ressuscité, écoutez sa parole qui est l’Évangile du salut. Réfléchissez à votre façon de vivre et recherchez la justice afin de construire un monde plus humain. Servez les pauvres et témoignez ainsi du bien que nous aimerions toujours recevoir de nos prochains. Soyez unis à Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Adorez le Christ dans le Saint-Sacrement, source de la vie éternelle. Étudiez, travaillez et aimez à l’exemple de Jésus, le bon Maître qui marche toujours à nos côtés.
À chaque étape, alors que nous recherchons ce qui est bon, demandons-Lui : reste avec nous, Seigneur (cf. Lc 24, 29). Reste avec nous, Seigneur. Reste avec nous, Seigneur.
Reste avec nous, car sans toi, nous ne pouvons pas faire le bien que nous désirons. Tu veux notre bien ; en effet Seigneur, Tu es notre bien. Ceux qui te rencontrent veulent aussi que les autres te rencontrent, car ta parole est une lumière plus brillante que toutes les étoiles, qui éclaire même la nuit la plus sombre. Le Pape Benoît XVI aimait dire que ceux qui croient ne sont jamais seuls. En d’autres termes, nous rencontrons le Christ dans l’Église, c’est-à-dire dans la communion de ceux qui le cherchent sincèrement. Le Seigneur lui-même nous rassemble pour former une communauté, pas n’importe quelle communauté, mais une communauté de croyants qui se soutiennent mutuellement. Combien le monde a besoin de missionnaires de l’Évangile, témoins de justice et de paix ! Combien l’avenir a besoin d’hommes et de femmes témoins de l’espérance ! Chers jeunes, telle est la tâche que le Seigneur ressuscité confie à chacun de nous !
Saint Augustin a écrit : « C’est toi qui le pousses à prendre plaisir à te louer parce que tu nous as faits orientés vers toi et que notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi... Je veux, Seigneur, te chercher... et t’invoquer en croyant en toi » (Confessions, I, 1). À la suite de ces paroles d’Augustin, et en réponse à vos questions, j’aimerais inviter chacun de vous, chers jeunes, à dire au Seigneur : “Merci, Jésus, de m’avoir appelé. Mon désir est de rester l’un de tes amis, afin qu’en t’embrassant, je sois aussi un compagnon de route pour tous ceux que je rencontre. Fais, Seigneur, que ceux qui me rencontrent puissent te rencontrer, même à travers mes limites et mes fragilités”. En priant ces paroles, notre dialogue se poursuivra chaque fois que nous regarderons le Seigneur crucifié, car nos cœurs seront unis en Lui. Chaque fois que nous adorons le Christ dans l’Eucharistie, nos cœurs seront unis en lui. Enfin, je prie pour que vous persévériez dans la foi, avec joie et courage !
Et nous pouvons dire “Merci Jésus de nous aimer”. Merci Jésus de nous avoir aimé. Merci Jésus de nous avoir appelés. Reste avec nous, Seigneur. Reste avec nous. Reste avec nous Seigneur.
Très chers jeunes,
après la Veillée vécue ensemble hier soir, nous nous retrouvons aujourd’hui pour célébrer l’Eucharistie, sacrement du don total de Soi que le Seigneur a fait pour nous. Nous pouvons imaginer revivre, dans cette expérience, le chemin parcouru le soir de Pâques par les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35) : d’abord, ils s’éloignaient de Jérusalem, effrayés et déçus ; ils partaient convaincus qu’après la mort de Jésus, il n’y avait plus rien à attendre, plus rien à espérer. Et pourtant, ils l’ont précisément rencontré, ils l’ont accueilli comme compagnon de voyage, ils l’ont écouté pendant qu’il leur expliquait les Écritures, et enfin ils l’ont reconnu à la fraction du pain. Alors leurs yeux se sont ouverts et l’annonce joyeuse de Pâques a trouvé place dans leur cœur.
La liturgie d’aujourd’hui ne nous parle pas directement de cet épisode, mais elle nous aide à réfléchir sur ce qu’il raconte : la rencontre avec le Ressuscité qui change notre existence, qui éclaire nos affections, nos désirs, nos pensées.
La première lecture, tirée du Livre de Qohelet, nous invite à faire, comme les deux disciples dont nous avons parlé, l’expérience de notre limite, de la finitude des choses qui passent (cf. Qo 1, 2 ; 2, 21-23) ; et le psaume responsorial, qui lui fait écho, nous propose l’image d’une « herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change ; le soir, elle est fanée, desséchée » (Ps 90, 5-6). Ce sont deux rappels forts, peut-être un peu choquants, mais qui ne doivent pas nous effrayer, comme s’il s’agissait de sujets “tabous” à éviter. La fragilité dont ils nous parlent fait en effet partie de la merveille que nous sommes. Pensons au symbole de l’herbe : n’est-ce pas magnifique, un pré en fleurs ? Certes, elles sont délicates, faites de tiges fines, vulnérables, susceptibles de se dessécher, de se plier, de se briser, mais en même temps, elles sont immédiatement remplacées par d’autres qui poussent après elles, et dont les premières deviennent généreusement nutriments et servent d’engrais, en se consumant sur le sol. C’est ainsi que vit le champ, se renouvelant continuellement, et même pendant les mois froids d’hiver, quand tout semble silencieux, son énergie frémit sous terre et se prépare à exploser, au printemps, en mille couleurs.
Nous aussi, chers amis, nous sommes ainsi faits : nous sommes faits pour cela. Non pour une vie où tout est acquis et immobile, mais pour une existence qui se régénère constamment dans le don, dans l’amour. Et ainsi, nous aspirons continuellement à un “plus” qu’aucune réalité créée ne peut nous donner ; nous ressentons une soif si grande et si brûlante qu’aucune boisson de ce monde ne peut l’étancher. Face à cette soif, ne trompons pas notre cœur en essayant de l’apaiser avec des substituts inefficaces ! Écoutons-la plutôt ! Faisons-en un tabouret sur lequel nous pouvons monter pour nous pencher, comme des enfants, sur la pointe des pieds, à la fenêtre de la rencontre avec Dieu. Nous nous trouverons face à Lui, qui nous attend, qui frappe même gentiment à la vitre de notre âme (cf. Ap 3, 20). Et il est beau, même à vingt ans, de Lui ouvrir grandement notre cœur, de le laisser y entrer, pour ensuite nous aventurer avec Lui vers les espaces éternels de l’infini.
Saint Augustin, parlant de sa recherche intense de Dieu, se demandait : « Quel est donc l’objet de notre espérance […] ? Est-ce la terre ? Non. Est-ce quelque chose qui vient de la terre, comme l’or, l’argent, l’arbre, la moisson, l’eau […] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes » (Sermon 313/F, 3).Et il concluait :« Cherche celui qui les a faites, c’est Lui ton espérance » (ibid.).Puis, repensant au chemin qu’il avait parcouru, il priait en disant : « Tu [Seigneur] étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais [...]. Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi j’ai goûté [cf. Ps 33, 9 ; 1 P 2, 3] et j’ai faim et j’ai soif [cf. Mt 5, 6 ; 1 Co 4, 11] ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix » (Confessions, 10, 27).
Frères et sœurs, ce sont de très belles paroles, qui rappellent ce que le Pape François disait à Lisbonne, lors de la Journée Mondiale de la Jeunesse, à d’autres jeunes comme vous : « Chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas […] une réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin […], à un décollage sans lequel il n’y a pas de vol. Ne nous alarmons pas alors si nous nous trouvons assoiffés de l’intérieur, inquiets, inachevés, avides de sens et d’avenir […]. Ne soyons pas malades, soyons vivants ! » (Discours pour la rencontre avec les jeunes universitaires, 3 août 2023).
Il y a une question importante dans notre cœur, un besoin de vérité que nous ne pouvons ignorer, qui nous amène à nous demander : qu’est-ce vraiment que le bonheur ? Quel est le véritable goût de la vie ? Qu’est-ce qui nous libère des marécages de l’absurdité, de l’ennui, de la médiocrité ?
Ces derniers jours, vous avez vécu de nombreuses expériences enrichissantes. Vous avez rencontré des jeunes de votre âge, venus de différentes parties du monde et appartenant à différentes cultures. Vous avez échangé vos connaissances, partagé vos attentes, dialogué avec la ville à travers l’art, la musique, l’informatique, le sport. Au Circo Massimo, vous vous êtes approchés du sacrement de la pénitence, vous avez reçu le pardon de Dieu et vous avez demandé son aide pour mener une vie bonne.
Dans tout cela, vous pouvez trouver une réponse importante : la plénitude de notre existence ne dépend pas de ce que nous accumulons ni, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, de ce que nous possédons (cf. Lc 12, 13-21). Elle est plutôt liée à ce que nous savons accueillir et partager avec joie (cf. Mt 10, 8-10 ; Jn 6, 1-13). Acheter, accumuler, consommer ne suffit pas. Nous avons besoin de lever les yeux, de regarder vers le haut, vers « les réalités d’en haut » (Col 3, 2), pour nous rendre compte que tout a un sens, parmi les réalités du monde, dans la mesure où cela sert à nous unir à Dieu et à nos frères dans la charité, en faisant grandir en nous « des sentiments de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur » (Col 3, 12), de pardon (cf. ibid., v. 13), de paix (cf. Jn 14, 27), comme ceux du Christ (cf. Ph 2, 5). Et dans cette perspective, nous comprendrons toujours mieux ce que signifie « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).
Très chers jeunes, notre espérance, c’est Jésus. C’est Lui, comme le disait saint Jean-Paul II, « qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, […] pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle » (XVe Journée mondiale de la Jeunesse, Veillée de prière, 19 août 2000). Restons unis à Lui, restons dans son amitié, toujours, en la cultivant par la prière, l’adoration, la communion eucharistique, la confession fréquente, la charité généreuse, comme nous l’ont enseigné les bienheureux Piergiorgio Frassati et Carlo Acutis, qui seront bientôt proclamés saints. Aspirez à de grandes choses, à la sainteté, où que vous soyez. Ne vous contentez pas de moins. Vous verrez alors grandir chaque jour, en vous et autour de vous, la lumière de l’Évangile.
Je vous confie à Marie, la Vierge de l’espérance. Avec son aide, en retournant dans les prochains jours dans vos pays, dans toutes les parties du monde, continuez à marcher avec joie sur les traces du Sauveur, et contaminez tous ceux que vous rencontrez avec votre enthousiasme et le témoignage de votre foi ! Bonne route !
3 août 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Le Seigneur Jésus est présent au milieu de nous et en nous : tout en tous dans l’Eucharistie.
6 août 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
(Mc 14, 15)
Nous poursuivons notre chemin jubilaire à la découverte du visage du Christ, en qui notre espérance prend forme et consistance. Aujourd'hui, nous commençons à réfléchir sur le mystère de la passion, mort et résurrection de Jésus. Nous commençons par méditer une parole qui semble simple, mais qui recèle un secret précieux de la vie chrétienne : préparer.
Dans l'Évangile de Marc, il est dit que « le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » (Mc 14, 12). C'est une question pratique, mais aussi chargée d'attente. Les disciples pressentent qu'il va se passer quelque chose d'important, mais ils n'en connaissent pas les détails. La réponse de Jésus semble presque énigmatique : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. » (v. 13). Les détails deviennent symboliques : un homme qui porte une cruche – geste habituellement féminin à cette époque –, une salle à l'étage déjà prête, un maître de maison inconnu. C'est comme si tout avait été préparé à l'avance. En fait, c'est exactement le cas. Dans cet épisode, l'Évangile révèle que l'amour n'est pas le fruit du hasard, mais d'un choix conscient. Il ne s'agit pas d'une simple réaction, mais d'une décision qui demande préparation. Jésus n'affronte pas sa passion par fatalité, mais par fidélité à un chemin accepté et parcouru avec liberté et soin. C'est ce qui nous console : savoir que le don de sa vie naît d'une intention profonde, et non d'une impulsion soudaine.
Cette “salle à l'étage déjà prête” nous dit que Dieu nous précède toujours. Avant même que nous ne réalisions que nous avons besoin d'accueil, le Seigneur a déjà préparé pour nous un espace où nous pouvons nous reconnaître et nous sentir ses amis. Ce lieu est, au fond, notre cœur : une “salle” qui peut sembler vide, mais qui n'attend qu'à être reconnue, remplie et entretenue. La Pâque, que les disciples doivent préparer, est en réalité déjà prête dans le cœur de Jésus. C'est Lui qui a tout pensé, tout disposé, tout décidé. Cependant, il demande à ses amis de faire leur part. Cela nous enseigne quelque chose d'essentiel pour notre vie spirituelle : la grâce n'élimine pas notre liberté, mais la réveille. Le don de Dieu n'annule pas notre responsabilité, mais la rend féconde.
Aujourd'hui encore, comme alors, il y a une cène à préparer. Il ne s'agit pas seulement de la liturgie, mais de notre disponibilité à entrer dans un geste qui nous dépasse. L'Eucharistie ne se célèbre pas seulement sur l'autel, mais aussi dans le quotidien, où il est possible de vivre chaque chose comme offrande et action de grâce. Se préparer à célébrer cette action de grâce ne signifie pas en faire plus, mais laisser de la place. Cela signifie enlever ce qui encombre, réduire ses prétentions, cesser de cultiver des attentes irréalistes. Trop souvent, en effet, nous confondons les préparatifs avec les illusions. Les illusions nous distraient, les préparatifs nous orientent. Les illusions recherchent un résultat, les préparatifs rendent possible une rencontre. Le véritable amour, nous rappelle l'Évangile, se donne avant même d'être réciproque. C'est un don anticipé. Il ne se fonde pas sur ce qu'il reçoit, mais sur ce qu'il désire offrir. C'est ce que Jésus a vécu avec les siens : alors qu'ils ne comprenaient pas encore, alors que l'un était sur le point de le trahir et un autre de le renier, Lui préparait pour tous une cène de communion.
Chers frères et sœurs, nous sommes nous aussi invités à “préparer la Pâque” du Seigneur. Pas seulement la Pâque liturgique, mais aussi celle de notre vie. Chaque geste de disponibilité, chaque acte gratuit, chaque pardon offert à l'avance, chaque effort accepté patiemment est une manière de préparer un lieu où Dieu peut habiter. Nous pouvons alors nous demander : quels espaces de ma vie dois-je réorganiser pour qu'ils soient prêts à accueillir le Seigneur ? Que signifie pour moi aujourd'hui “préparer” ? Peut-être renoncer à une prétention, cesser d'attendre que l'autre change, faire le premier pas. Peut-être écouter davantage, agir moins, ou apprendre à faire confiance à ce qui a déjà été organisé.
Si nous acceptons l'invitation à préparer le lieu de la communion avec Dieu et entre nous, nous découvrons que nous sommes entourés de signes, de rencontres, de paroles qui nous orientent vers cette salle, spacieuse et déjà prête, où l'on célèbre sans cesse le mystère d'un amour infini, qui nous soutient et qui nous précède toujours. Que le Seigneur nous accorde d'être d'humbles préparateurs de sa présence. Et, dans cette disponibilité quotidienne, que grandisse en nous cette confiance sereine qui nous permet d'affronter tout avec un cœur libre. Car là où l'amour a été préparé, la vie peut vraiment s'épanouir.
17 août 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée dans le sanctuaire marial Santa Maria della Rotonda (Albano) – extraits
Si être aujourd'hui proches les uns des autres et vaincre la distance en nous regardant dans les yeux, comme de vrais frères et sœurs, est déjà un don, un don encore plus grand encore consiste à vaincre la mort dans le Seigneur. Jésus a vaincu la mort – le dimanche est son jour, le jour de la Résurrection – et nous commençons déjà à la vaincre avec Lui. Il en est ainsi : nous venons à l'église avec des fatigues et des craintes – parfois petites, parfois plus grandes – et aussitôt nous sommes moins seuls, nous sommes ensemble et nous trouvons la Parole et le Corps du Christ. Notre cœur reçoit une vie qui va au-delà de la mort. C'est le Saint-Esprit, l'Esprit du Ressuscité, qui fait cela parmi nous et en nous, silencieusement, dimanche après dimanche, jour après jour.
À l'extérieur, l'Église, comme toute réalité humaine, peut nous sembler anguleuse. Mais sa réalité divine se manifeste lorsque nous franchissons le seuil et que nous y trouvons un accueil. Alors, notre pauvreté, notre vulnérabilité et surtout nos échecs pour lesquels nous pouvons être méprisés et jugés – et parfois nous nous méprisons et nous jugeons nous-mêmes –, sont enfin accueillis dans la douce force de Dieu, un amour sans aspérités, un amour inconditionnel. Marie, la mère de Jésus, est pour nous le signe et l'anticipation de la maternité de Dieu. En elle, nous devenons une Église mère, qui engendre et régénère non pas en vertu d'une puissance mondaine, mais par la vertu de la charité.
Nous recherchons la paix mais nous avons entendu : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 51). Et nous lui répondrions presque : “Comment cela, Seigneur ? Toi aussi ? Nous avons déjà trop de divisions. N'est-ce pas toi qui as dit lors de la dernière Cène : “Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ? ” “Oui - pourrait nous répondre le Seigneur - c'est moi. Mais souvenez-vous que ce soir-là, mon dernier soir, j'ai immédiatement ajouté au sujet de la paix : « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (cf. Jn 14, 27)”.
Chers amis, le monde nous habitue à confondre la paix avec le confort, le bien avec la tranquillité. C'est pourquoi, afin que sa paix, le shalom de Dieu, vienne parmi nous, Jésus doit nous dire : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49). Peut-être que nos propres familles, comme l'annonce l'Évangile, et même nos amis, seront divisés à ce sujet. Et certains nous recommanderont de ne pas prendre de risques, de nous ménager, car il est important d'être tranquilles, et les autres ne méritent pas d'être aimés. Jésus, au contraire, s'est plongé courageusement dans notre humanité. C'est le “baptême” dont il parle (v. 50) : le baptême de la croix, une immersion totale aux risques que comporte l'amour. Et lorsque, selon l'expression, “ nous communions”, nous nous nourrissons de son don audacieux. La Messe nourrit cette décision. C'est la décision de ne plus vivre pour nous-mêmes, d'apporter le feu dans le monde. Non pas le feu des armes, ni celui des paroles qui réduisent les autres en cendres. Cela non. Mais le feu de l'amour, qui s'abaisse et sert, qui oppose à l'indifférence le soin et à l'arrogance la douceur ; le feu de la bonté, qui ne coûte pas comme les armes, mais qui renouvelle gratuitement le monde. Cela peut coûter l'incompréhension, la moquerie, voire la persécution, mais il n'y a pas de plus grande paix que d'avoir en soi sa flamme.
Ne laissons pas le Seigneur hors de nos églises, de nos maisons et de notre vie. Dans les pauvres, au contraire, laissons-le entrer et alors nous ferons aussi la paix avec notre pauvreté, celle que nous craignons et que nous refusons lorsque nous recherchons à tout prix la tranquillité et la sécurité.
25 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux 300 Servants d’autel français venus à Rome
Je vous invite à le saisir en vivant intensément les activités qui vous sont proposées, mais surtout en prenant le temps de parler à Jésus dans le secret du cœur et de l’aimer de plus en plus. Il n’a pour seul désir que de faire partie de votre vie pour l’illuminer de l’intérieur, devenir votre meilleur ami, le plus fidèle. La vie devient belle et heureuse avec Jésus. Mais Il attend votre réponse. Il frappe à la porte et Il attend pour entrer : « Je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). Être “près” de Jésus, Lui le Fils de Dieu, entrer dans son amitié ! : quel destin inespéré ! Quel bonheur ! Quelle consolation ! Quelle espérance pour l’avenir !
L’espérance est justement le thème de cette Année Sainte. Peut-être percevez-vous à quel point nous avons besoin d’espérer. Vous entendez certainement que le monde va mal, confronté à des défis de plus en plus graves et inquiétants. Il se peut que vous soyez touchés, vous-mêmes ou dans votre entourage, par la souffrance, la maladie ou le handicap, l’échec, la perte d’un être cher ; et, face à l’épreuve, votre cœur est dans la tristesse et dans l’angoisse. Qui viendra à notre secours ? Qui aura pitié de nous ? Qui viendra nous sauver ?... Non seulement de nos peines, de nos limites et de nos fautes, mais aussi de la mort elle-même ?
La réponse est parfaitement claire et retentit dans l’Histoire depuis 2000 ans : Jésus seul vient nous sauver, et personne d’autre : parce que seul Il en a le pouvoir – Il est Dieu-tout-puissant en personne –, et parce qu’Il nous aime. Saint Pierre l’a dit avec force : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12). N’oubliez jamais cette parole, chers amis, gravez-la dans votre cœur ; et mettez Jésus au centre de votre vie. Je vous souhaite de repartir de Rome plus proches de Lui, plus que jamais décidés à L’aimer et à Le suivre, et ainsi mieux armés d’espérance pour parcourir la vie qui s’ouvre devant vous. Cette espérance sera toujours dans les moments difficiles de doute, de découragement et de tempête, comme une ancre solide, jetée vers le ciel (cf. He 6, 19), qui vous permettra de continuer la route.
Il y a une preuve certaine que Jésus nous aime et nous sauve : Il a donné sa vie pour nous en l’offrant sur la croix. En effet, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (cf. Jn 15, 13). Et voilà la chose la plus merveilleuse de notre foi catholique, une chose que personne n’aurait pu imaginer ni espérer : Dieu, le créateur du ciel et de la terre, a voulu souffrir et mourir pour les créatures que nous sommes. Dieu nous a aimés à en mourir ! Pour le réaliser, Il est descendu du ciel, Il s’est abaissé jusqu’à nous en se faisant homme, et Il s’est offert sur la croix en sacrifice, l’évènement le plus important de l’histoire du monde. Qu’avons-nous à craindre d’un tel Dieu qui nous a aimés à ce point ? Que pouvions-nous espérer de plus ? Qu’attendons-nous pour l’aimer en retour comme il le mérite ? Glorieusement ressuscité, Jésus est vivant auprès du Père, il prend désormais soin de nous et nous communique sa vie impérissable.
Et l’Église, de génération en génération, garde soigneusement mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur dont elle est témoin, comme son trésor le plus précieux. Elle la garde et la transmet en célébrant l’Eucharistie que vous avez la joie et l’honneur de servir. L’Eucharistie est le Trésor de l’Église, le Trésor des Trésors. Dès le premier jour de son existence, et ensuite pendant des siècles, l’Église a célébré la Messe, de dimanche en dimanche, pour se souvenir de ce que son Seigneur a fait pour elle. Entre les mains du prêtre et à ses paroles, “ceci est mon Corps, ceci est mon Sang”, Jésus donne encore sa vie sur l’Autel, Il verse encore son Sang pour nous aujourd’hui. Chers Servants d’Autel, la célébration de la Messe, nous sauve aujourd’hui ! Elle sauve le monde aujourd’hui ! Elle est l’événement le plus important de la vie du chrétien et de la vie de l’Église, car elle est le rendez-vous où Dieu se donne à nous par amour, encore et encore. Le chrétien ne va pas à la Messe par devoir, mais parce qu’il en a besoin, absolument ! ; le besoin de la vie de Dieu qui se donne sans retour !
Chers amis, je vous remercie de votre engagement : il est un très grand et généreux service que vous rendez à votre paroisse, et je vous encourage à persévérer fidèlement. Lorsque vous approchez de l’Autel, ayez toujours à l’esprit la grandeur et la sainteté de ce qui est célébré. La Messe est un moment de fête et de joie. Comment, en effet, ne pas avoir le cœur dans la joie en présence de Jésus ? Mais la Messe est, en même temps, un moment sérieux, solennel, empreint de gravité. Puissent votre attitude, votre silence, la dignité de votre service, la beauté liturgique, l’ordre et la majesté des gestes, faire entrer les fidèles dans la grandeur sacrée du Mystère.
Je forme aussi le vœu que vous soyez attentifs à l’appel que Jésus pourrait vous adresser à le suivre de plus près dans le sacerdoce. Je m’adresse à vos consciences de jeunes, enthousiastes et généreux, et je vais vous dire une chose que vous devez entendre, même si elle doit vous inquiéter un peu : le manque de prêtres en France, dans le monde, est un grand malheur ! Un malheur pour l’Église. Puissiez-vous, peu à peu, de dimanche en dimanche, découvrir la beauté, le bonheur et la nécessité d’une telle vocation. Quelle vie merveilleuse que celle du prêtre qui, au cœur de chacune de ses journées, rencontre Jésus d’une manière tellement exceptionnelle et le donne au monde !
Chers Servants d’Autel, je vous remercie encore de votre visite. Votre nombre et la foi qui vous habite sont un grand réconfort, un signe d’espérance. Persévérez courageusement, et témoignez autour de vous de la fierté et de la joie que vous donne de servir la Messe.
Je vous donne de grand cœur, ainsi qu’à vos accompagnateurs, vos prêtres et vos familles, la Bénédiction Apostolique.
31 août 2025 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière de l’Angelus
Se retrouver ensemble à table, surtout les jours de repos et de fête, est un signe de paix et de communion, dans toutes les cultures. Dans l'Évangile (Lc 14, 1.7-14), Jésus est invité à déjeuner par l'un des chefs des pharisiens. Recevoir des invités élargit l'espace du cœur, être invité demande l'humilité d'entrer dans le monde de l'autre. Une culture de la rencontre se nourrit de ces gestes qui rapprochent.
Il n'est pas toujours facile de se rencontrer. L'évangéliste remarque que les convives « observaient » Jésus qui était généralement regardé avec une certaine méfiance par les interprètes les plus rigoureux de la tradition. Néanmoins, la rencontre a lieu car Jésus se rend vraiment proche, il ne reste pas en dehors de la situation. Il se fait hôte véritable, avec respect et authenticité. Il renonce aux bonnes manières qui ne sont que formalités pour éviter de s'impliquer réciproquement. C’est ainsi que, dans son style propre, il décrit ce qu'il voit à l'aide d'une parabole et invite ceux qui l'observent à réfléchir. Il a en effet remarqué qu'il y a une course pour prendre les premières places. Cela se produit encore aujourd'hui, non pas en famille mais lorsqu’il est important de “se faire remarquer” ; alors, le fait d'être ensemble se transforme en compétition.
Nous asseoir ensemble à la table eucharistique le jour du Seigneur c’est aussi laisser la parole à Jésus. Il se fait volontiers notre hôte et peut nous décrire tel qu'il nous voit. Il est très important de nous voir à travers son regard : repenser à la façon dont nous réduisons souvent la vie à une compétition, à la façon dont nous nous dégradons pour obtenir une certaine reconnaissance, à la façon dont nous nous comparons inutilement aux autres. S'arrêter pour réfléchir, se laisser ébranler par une parole qui remet en question les priorités qui occupent notre cœur : voilà une expérience de liberté. Jésus nous appelle à la liberté.
Dans l'Évangile, Il utilise le mot “humilité” pour décrire la forme accomplie de la liberté (cf. Lc 14, 11). L'humilité, en effet, c’est la liberté par rapport à soi-même. Elle naît lorsque le Royaume de Dieu et sa justice ont vraiment suscité notre intérêt et que nous pouvons nous permettre de regarder au loin : pas le bout de nos pieds, mais au loin ! Ceux qui s'exaltent, en général, semblent n'avoir rien trouvé de plus intéressant qu'eux-mêmes et, mais au fond, ils sont très peu sûrs d'eux-mêmes. Ceux en revanche qui ont compris qu'ils sont précieux aux yeux de Dieu, ceux qui sentent profondément qu'ils sont fils ou filles de Dieu, possèdent de plus grandes choses dont ils peuvent se glorifier et une dignité qui brille d'elle-même. Celle-ci passe au premier plan, occupe la première place sans effort et sans stratégies, lorsque, au lieu de se servir des situations, ils apprennent à servir.
Demandons que l'Église soit pour chacun un lieu d'apprentissage de l'humilité, cette maison où l'on est toujours les bienvenus, où les places ne sont pas à conquérir, où Jésus peut encore prendre la parole et nous éduquer à son humilité, à sa liberté.
7 septembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Canonisation de Carlo Acutis0 et Pier Giorgio Frassati
Nous venons d’entendre cette question : « Seigneur, qui aurait connu ta volonté, si tu ne lui avais pas donné la sagesse et si tu ne lui avais pas envoyé ton Esprit Saint d’en haut ? » (Sag 9,17). Nous l’avons entendue après que deux jeunes bienheureux, Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis, ont été proclamés saints, et cela est providentiel. En effet, dans le Livre de la Sagesse, cette question est attribuée précisément à un jeune homme comme eux : le roi Salomon. À la mort de David, son père, il s’était rendu compte qu’il disposait de beaucoup de choses : le pouvoir, la richesse, la santé, la jeunesse, la beauté, le royaume. Mais c’est précisément cette grande abondance de moyens qui avait fait naître en lui une question : « Que dois-je faire pour que rien ne soit perdu ? ». Et il avait compris que la seule façon de trouver une réponse était de demander à Dieu un don encore plus grand : sa Sagesse, afin de connaître ses projets et d’y adhérer fidèlement. Il s’était en effet rendu compte que c’était le seul moyen pour que chaque chose trouve sa place dans le grand dessein du Seigneur. Oui, car le plus grand risque de la vie est de la gaspiller en dehors du projet de Dieu.
Dans l’Évangile, Jésus nous parle lui aussi d’un projet auquel il faut adhérer pleinement. Il dit : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 27) ; et encore : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (v. 33). Il nous appelle, en effet, à nous lancer sans hésitation dans l’aventure qu’il nous propose, avec l’intelligence et la force qui viennent de son Esprit et que nous pouvons accueillir dans la mesure où nous nous dépouillons de nous-mêmes, des choses et des idées auxquelles nous sommes attachés, pour nous mettre à l’écoute de sa parole.
Au cours des siècles, de nombreux jeunes ont dû faire face à ce choix décisif dans leur vie. Pensons à saint François d’Assise : comme Salomon, lui aussi était jeune et riche, assoiffé de gloire et de renommée. C’est pourquoi il était parti à la guerre, dans l’espoir d’être fait ‘‘chevalier’’ et d’être couvert d’honneurs. Mais Jésus lui était apparu en chemin et l’avait amené à réfléchir à ce qu'il était en train de faire. Rentré en lui-même, il avait posé à Dieu une question simple : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » [1]. Et à partir de là, revenant sur ses pas, il avait commencé à écrire une histoire différente : la merveilleuse histoire de sainteté que nous connaissons tous, se dépouillant de tout pour suivre le Seigneur (cf. Lc 14, 33), vivant dans la pauvreté et préférant à l’or, à l’argent et aux tissus précieux de son père l’amour pour ses frères, en particulier les plus faibles et les plus petits.
Et combien d’autres saints et saintes pourrions-nous rappeler ! Parfois, nous les représentons comme de grands personnages, oubliant que tout a commencé pour eux lorsqu’ils ont répondu ‘‘oui’’ à Dieu alors qu’ils étaient encore jeunes, et se sont donnés pleinement à Lui, sans rien garder pour soi. Saint Augustin raconte à ce propos que, dans le « nœud tortueux et enchevêtré » de sa vie, une voix, au plus profond de lui, lui disait : « Je te veux » [2]. Et ainsi Dieu lui a donné une nouvelle direction, une nouvelle voie, une nouvelle logique, dans laquelle rien de son existence n’a été perdu.
Dans ce contexte, nous regardons aujourd’hui saint Pier Giorgio Frassati et saint Carlo Acutis : un jeune homme du début du XXe siècle et un adolescent de notre époque, tous deux amoureux de Jésus et prêts à tout donner pour Lui.
Pier Giorgio a rencontré le Seigneur à travers l’école et les groupes ecclésiaux – l’Action catholique, les Conférences de Saint Vincent, la FUCI, le Tiers-Ordre dominicain – et en a témoigné par sa joie de vivre et d’être chrétien dans la prière, l’amitié et la charité. À tel point que, le voyant parcourir les rues de Turin avec des charrettes remplies d’aides pour les pauvres, ses amis l’avaient rebaptisé “Entreprise Transport Frassati ” ! Aujourd’hui encore, la vie de Pier Giorgio est une lumière pour la spiritualité laïque. Pour lui, la foi n’a pas été une dévotion privée : poussé par la force de l’Évangile et son appartenance à des associations ecclésiales, il s’est engagé généreusement dans la société, a apporté sa contribution à la vie politique et s’est dépensé avec ardeur au service des pauvres.
Carlo, quant à lui, a rencontré Jésus en famille, grâce à ses parents, Andrea et Antonia – présents ici aujourd’hui avec ses deux frères, Francesca et Michele – puis à l’école, lui aussi, et surtout dans les sacrements, célébrés dans la communauté paroissiale. Il a ainsi grandi, intégrant naturellement dans ses journées d’enfant et d’adolescent la prière, le sport, les études et la charité.
Pier Giorgio et Carlo ont tous deux cultivé l’amour pour Dieu et pour leurs frères à travers de simples moyens, à la portée de tous : la messe quotidienne, la prière, en particulier l’adoration eucharistique. Carlo disait : « Devant le soleil, on se bronze. Devant l’Eucharistie, on devient saint ! », et encore : « La tristesse, c’est le regard tourné vers soi-même, le bonheur, c’est le regard tourné vers Dieu. La conversion n’est rien d’autre que le déplacement du regard du bas vers le haut, un simple mouvement des yeux suffit ». Une autre chose essentielle pour eux était la confession fréquente. Carlo a écrit : « La seule chose que nous devons vraiment craindre, c’est le péché » ; et il s’étonnait parce que – ce sont toujours ses propos – « les hommes se soucient tant de la beauté de leur corps et ne se soucient pas de la beauté de leur âme ». Enfin, tous deux avaient une grande dévotion pour les saints et pour la Vierge Marie, et pratiquaient généreusement la charité. Pier Giorgio disait : « Autour des pauvres et des malades, moi je vois une lumière que nous n’avons pas » [3]. Il appelait la charité « le fondement de notre religion » et, comme Carlo, il l’exerçait surtout à travers de petits gestes concrets, souvent cachés, vivant ce que le pape François a appelé « la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’ » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 7).
Même lorsque la maladie les a frappés et a fauché leurs jeunes vies, cela ne les a pas arrêtés et ne les a pas empêchés d’aimer, de s’offrir à Dieu, de le bénir et de le prier pour eux-mêmes et pour tous. Un jour, Pier Giorgio a dit : « Le jour de ma mort sera le plus beau de ma vie » [4] ; et sur la dernière photo, qui le montre en train d’escalader une montagne du Val di Lanzo, le visage tourné vers son objectif, il avait écrit : « Vers le haut » [5]. Du reste, encore plus jeune, Carlo aimait dire que le Ciel nous attend depuis toujours, et qu’aimer demain, c’est donner aujourd’hui le meilleur de nous-mêmes.
Très chers amis, les saints Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis sont une invitation adressée à nous tous, surtout aux jeunes, à ne pas gâcher la vie, mais à l’orienter vers le haut et à en faire un chef-d’œuvre. Ils nous encouragent par leurs paroles : « Non pas moi, mais Dieu », disait Carlo. Et Pier Giorgio : « Si tu places Dieu au centre de chacune de tes actions, alors tu iras jusqu’au bout ». Telle est la formule simple, mais gagnante, de leur sainteté. C’est aussi le témoignage que nous sommes appelés à suivre, pour goûter pleinement la vie et aller à la rencontre du Seigneur dans la fête du Ciel.
14 septembre 2025 – Méditation du Pape Léon lors de la prière de l’Angelus
Dieu nous a sauvés en se manifestant à nous, en s’offrant comme notre compagnon, notre maître, notre médecin, notre ami, jusqu’à devenir pour nous le Pain rompu dans l’Eucharistie. Et pour accomplir cette œuvre, il s’est servi de l’un des instruments de mort les plus cruels que l’homme ait jamais inventé : la Croix.
17 septembre 2025 - Lettre du Pape Léon XIV aux séminaristes du grand Séminaire de Trujillo
Dans le Saint Sacrifice, le prêtre apprend à offrir sa vie, à l’exemple du Christ sur la croix. En se nourrissant de l’Eucharistie, il découvre l’unité entre ministère et sacrifice et comprend que sa vocation consiste à être un sacrifice uni au Christ (cf. Rm 12, 1). Ainsi, lorsque la croix est assumée comme une part inséparable de la vie, l’Eucharistie cesse d’être seulement un rite : elle devient le véritable centre de l’existence.
L’union avec le Christ dans le sacrifice eucharistique se prolonge dans la paternité sacerdotale, qui engendre non selon la chair, mais selon l’Esprit (cf. 1 Co 4, 14-15). Être père n’est pas une fonction que l’on exerce, c’est un être que l’on devient. Un vrai père ne vit pas pour lui-même, mais pour sa famille : il se réjouit quand ses enfants grandissent, souffre quand ils se perdent, attend quand ils s’égarent (cf. 1 Th 2, 11-12). De même, le prêtre porte dans son cœur tout le peuple, il intercède pour lui, l’accompagne dans ses luttes et le soutient dans la foi. La paternité sacerdotale consiste à rendre visible le visage du Père, afin que ceux qui rencontrent le prêtre perçoivent intuitivement l’amour de Dieu.
19 septembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux participants à la rencontre promue par le Conseil Episcopal Latino-Américin (CELAM) l’Académie Pontificale pour la Vie et l’Institut Jean Paul II
Jubilé, dans l’Ancien Testament, évoque le retour: le retour à la terre, à la condition originaire d’hommes libres, aux origines de la justice et de la miséricorde de Dieu (cf. Lv 25). Aujourd’hui, nous devons lire ce retour comme un appel à retourner au centre de notre vie, à Dieu même, au Dieu de Jésus Christ. Le Jubilé nous invite aussi à penser à nos racines: à la foi reçue par nos parents, à la prière persévérante de nos grands-mères qui égrainaient le chapelet, à leur vie simple, humble et honnête qui, comme le levain, a soutenu de nombreuses familles et de communautés. En elles, nous avons appris que Jésus est la Vie, la Vérité et la Vie (cf. Jn 14, 6). En lui, nous trouvons notre joie: le jubilé de nous savoir à la maison, là où nous devons être.
Nous sommes conscients du fait que, de nos jours, il existe de véritables menaces à la dignité de la famille.
Il est fondamental de promouvoir la co-responsabilité et le caractère central des familles dans la vie sociale, politique et culturelle, en promouvant leur précieuse contribution à la communauté. Dans chaque fils, dans chaque épouse ou époux, Dieu nous confie à son Fils, à sa Mère, comme il le fit avec saint Joseph, pour être, à leurs côtés, base, levain et témoignage de l’amour de Dieu parmi les hommes. Pour être Eglise domestique et foyer où brûle le feu de l’Esprit Saint, il diffuse à tous sa chaleur et les invite à cette espérance.
Saint Paul VI, dans sa célèbre homélie à Nazareth, a exhorté à suivre l’exemple de la Saint Famille, accompagnant, soutenant l’autre dans le silence, dans le travail et dans la prière, afin que Dieu réalise en lui le projet d’amour qui lui est réservé. Tel est l’amour qui s’incarne dans chaque vie née à la foi du baptême et ointe «pour proclamer l’année de grâce» à tous, qui rencontrera Jésus dans l’Eucharistie et dans le sacrement du pardon, qui le suivra dans la mission en tant que prêtre chrétien et comme consacré, jusqu’à la rencontre définitive, jusqu’au but de notre espérance.
Que nos familles soient ce chant silencieux d’espérance, capable de diffuser avec leur vie la lumière du Christ, pour que la joie de parvienne jusqu’aux confins de la terre
8 octobre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Je voudrais vous inviter à réfléchir sur un aspect surprenant de la Résurrection du Christ : son humilité. Si nous réexaminons les récits évangéliques, nous réalisons que le Seigneur ressuscité ne fait rien de spectaculaire pour s'imposer à la foi de ses disciples. Il ne se présente pas avec une armée d'anges, il ne fait pas de gestes d’éclat, il ne prononce pas de discours solennels pour révéler les secrets de l'univers. Au contraire, il s'approche avec discrétion, comme un simple passant, comme un homme affamé qui demande à partager un peu de pain (cf. Lc 24, 15.41).
Marie de Magdala le prend pour un jardinier (cf. Jn 20, 15). Les disciples d'Emmaüs le prennent pour un étranger (cf. Lc 24, 18). Pierre et les autres pêcheurs le prennent pour un simple passant (cf. Jn 21, 4). Nous aurions attendu des effets spéciaux, des signes de puissance, des preuves flagrantes. Mais le Seigneur ne cherche pas cela : il préfère le langage de la proximité, de la normalité, de la table partagée.
Il y a là un message précieux : la Résurrection n'est pas un coup de théâtre, c'est une transformation silencieuse qui remplit de sens chaque geste humain. Jésus ressuscité mange une portion de poisson devant ses disciples : ce n'est pas un détail marginal, c'est la confirmation que notre corps, notre histoire, nos relations ne sont pas un emballage à jeter. Ils sont destinés à la plénitude de la vie. Ressusciter ne signifie pas devenir des esprits évanescents, mais entrer dans une communion plus profonde avec Dieu et avec nos frères, dans une humanité transfigurée par l'amour.
Dans la Pâque du Christ, tout peut devenir grâce. Même les choses les plus ordinaires : manger, travailler, attendre, s'occuper de la maison, soutenir un ami. La Résurrection ne soustrait pas la vie au temps et à l'effort, mais elle en change le sens, la "saveur". Chaque geste accompli dans la gratitude et dans la communion anticipe le Règne de Dieu.
Un obstacle nous empêche souvent de reconnaître cette présence du Christ au quotidien : l'allégation que la joie devrait être sans blessures. Les disciples d'Emmaüs marchent tristement parce qu'ils espéraient une autre fin, un Messie qui ne connaitrait pas la croix. Bien qu'ils aient appris que le tombeau est vide, ils ne parviennent pas à sourire. Mais Jésus se tient à côté d'eux et les aide patiemment à comprendre que la douleur n'est pas la négation de la promesse, mais le chemin à travers lequel Dieu a manifesté la mesure de son amour (cf. Lc 24, 13-27).
Lorsqu'ils s'assoient enfin à table avec Lui et rompent le pain, les yeux s'ouvrent. Et ils se rendent compte que leur cœur était déjà brûlant, même s'ils ne le savaient pas (cf. Lc 24, 28-32). C'est la plus grande surprise : découvrir que sous la cendre du désenchantement et de la lassitude, il y a toujours une braise vivante, qui attend seulement d’être ravivée.
La résurrection du Christ nous enseigne qu'il n'y a pas d'histoire si marquée par la déception ou le péché qu'elle ne puisse être visitée par l'espérance. Aucune chute n'est définitive, aucune nuit n'est éternelle, aucune blessure n'est destinée à rester ouverte pour toujours. Aussi éloignés, perdus ou indignes que nous puissions nous sentir, aucune distance ne peut éteindre la force indéfectible de l'amour de Dieu.
Nous pensons parfois que le Seigneur ne vient nous visiter que dans les moments de recueillement ou de ferveur spirituelle, quand nous nous sentons à la hauteur, quand notre vie semble ordonnée et lumineuse. Au contraire, le Ressuscité se fait proche précisément dans les endroits les plus obscurs : dans nos échecs, dans les relations détériorées, dans les labeurs quotidiens qui pèsent sur nos épaules, dans les doutes qui nous découragent. Rien de ce que nous sommes, aucun fragment de notre existence ne lui est étranger.
Aujourd'hui, le Seigneur ressuscité vient à côté de chacun de nous, exactement sur nos chemins - ceux du travail et de l'engagement, mais aussi ceux de la souffrance et de la solitude - et, avec une infinie délicatesse, il nous demande de nous laisser réchauffer le cœur. Il ne s'impose pas avec clameur, il n’a pas la prétention d’être reconnu immédiatement. Avec patience, il attend le moment où nos yeux s'ouvriront pour voir son visage amical, capable de transformer la déception en attente confiante, la tristesse en gratitude, la résignation en espérance.
Le Ressuscité veut seulement manifester sa présence, se faire notre compagnon de route et allumer en nous la certitude que sa vie est plus forte que toute mort. Demandons donc la grâce de reconnaître sa présence humble et discrète, de ne pas prétendre à une vie sans épreuves, de découvrir que toute douleur, si elle est habitée par l'amour, peut devenir un lieu de communion.
Ainsi, comme les disciples d'Emmaüs, nous retournions nous aussi dans nos maisons, le cœur brûlant de joie. Une joie simple, qui n'efface pas les blessures mais les illumine. Une joie qui nait de la certitude que le Seigneur est vivant, marche avec nous et nous donne à chaque instant la possibilité de recommencer.
25 octobre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV aux participants du Jubilé des services du protocole institutionnel ; salle des bénédictions du Palais apostolique
Au début de cette sainte Messe, nous avons renouvelé la plus belle salutation que nous puissions nous adresser les uns aux autres : la paix soit avec vous !
2 novembre 2025 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe au cimetière du Verano, à Rome
Nous sommes réunis en ce lieu pour célébrer la commémoration de tous les fidèles défunts, en particulier de ceux qui sont enterrés ici et, avec une affection particulière, de nos proches. Le jour de leur mort, ils nous ont quittés, mais nous les portons toujours dans notre cœur. Et chaque jour, dans tout ce que nous vivons, ce souvenir est vivant. Souvent, quelque chose nous renvoie à eux, des images qui nous ramènent à ce que nous avons vécu avec eux. De nombreux lieux, même les parfums de nos maisons, nous parlent de ceux que nous avons aimés et qui nous ont quittés, et gardent leur souvenir vivant en nous.
Aujourd’hui, cependant, nous ne sommes pas seulement ici pour commémorer ceux qui ont quitté ce monde. La foi chrétienne, fondée sur la Pâque du Christ, nous aide en effet à vivre la mémoire non seulement comme un souvenir du passé, mais aussi et surtout comme une espérance future. Il ne s’agit pas tant de se tourner vers le passé que de regarder vers l’avenir, vers le but de notre cheminement, vers le port sûr que Dieu nous a promis, vers la fête sans fin qui nous attend. Là, autour du Seigneur Ressuscité et de nos proches, nous goûterons la joie du banquet éternel : « En ce jour-là - a-t-on entendu dans la lecture du prophète Isaïe - le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses […] Il fera disparaître la mort pour toujours. » (Is 25, 6.8).
Cette “espérance future” anime notre souvenir et notre prière en ce jour. Ce n’est pas une illusion qui sert à apaiser la douleur de la séparation d’avec les personnes aimées, ni un simple optimisme humain. C’est l’espérance fondée sur la résurrection de Jésus, qui a vaincu la mort et nous a ouvert le passage vers la plénitude de la vie. Il est, comme je l’ai rappelé dans une récente catéchèse, « le point d’arrivée de notre marche. Sans son amour, le voyage de la vie deviendrait une errance sans but, une erreur tragique sans destination. [...] Le Ressuscité nous garantit un abri sûr, il nous ramène à la maison, où nous sommes attendus, aimés, sauvés » (Audience générale, 15 octobre 2025).
Et cette destination finale, le banquet autour duquel le Seigneur nous réunira, sera une rencontre d’amour. Dieu nous a créés par amour, dans l’amour de son Fils, il nous sauve de la mort, dans la joie de l’amour avec Lui et avec nos proches, il veut nous faire vivre pour toujours. C’est précisément pour cette raison que nous marchons vers le but et que nous l’anticipons, dans un lien invincible avec ceux qui nous ont précédés, uniquement lorsque nous vivons dans l’amour et que nous pratiquons l’amour les uns envers les autres, en particulier envers les plus fragiles et les plus pauvres. Jésus nous y invite en effet par ces mots : « j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! » (Mt 25, 35-36).
La charité triomphe de la mort. Dans la charité, Dieu nous réunira avec nos proches. Et si nous cheminons dans la charité, notre vie devient une prière qui s’élève et nous unit aux défunts, nous rapproche d’eux, dans l’attente de les retrouver dans la joie de l’éternité.
Chers frères et sœurs, alors que la douleur de l’absence de ceux qui ne sont plus parmi nous reste gravée dans nos cœurs, confions-nous à l’espérance qui ne déçoit pas (Cf. Rm 5, 5) ; regardons le Christ ressuscité et pensons à nos chers défunts comme enveloppés de sa lumière ; laissons résonner en nous la promesse de la vie éternelle que le Seigneur nous adresse. Il éliminera la mort pour toujours. Il l’a vaincue à jamais en ouvrant un passage vers la vie éternelle – c’est-à-dire en célébrant Pâques – dans le tunnel de la mort, afin que, unis à Lui, nous puissions y entrer et le traverser.
Il nous attend et, lorsque nous le rencontrerons, à la fin de cette vie terrestre, nous nous réjouirons avec Lui et avec nos proches qui nous ont précédés. Que cette promesse nous soutienne, sèche nos larmes, tourne notre regard vers l’avenir, vers cette espérance future qui ne faillit pas.
3 novembre 2025 - Homélie du Pape Léon XIV lors Messe de suffrage pour le Pape François et les cardinaux et évêques défunts au cours de l’année
Aujourd’hui, nous renouvelons la belle tradition, à l’occasion de la commémoration de tous les fidèles défunts, de célébrer l’Eucharistie en suffrage des cardinaux et des évêques qui nous ont quittés au cours de l’année écoulée, et nous l’offrons avec une grande affection pour l’âme choisie du pape François, décédé après avoir ouvert la Porte Sainte et donné à Rome et au monde la bénédiction pascale. Grâce au Jubilé, cette célébration – pour moi la première – prend un goût particulier : celui de l’espérance chrétienne.
La Parole de Dieu que nous avons entendue nous éclaire. Tout d’abord, elle le fait avec une grande icône biblique qui, pourrions-nous dire, résume le sens de toute cette Année Sainte : le récit de saint Luc sur les disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35). Il y est représenté, de manière saisissante, le pèlerinage de l’espérance, qui passe par la rencontre avec le Christ ressuscité. Le point de départ est l’expérience de la mort, et dans sa forme la plus terrible : la mort violente qui tue l’innocent et laisse ainsi désabusés, découragés, désespérés. Combien de personnes – combien de « petits » – subissent encore aujourd’hui le traumatisme de cette mort effrayante, défigurée par le péché. Pour cette mort, nous ne pouvons ni ne devons dire « loué sois-tu », car Dieu le Père ne la veut pas ; il a envoyé son Fils dans le monde pour nous en délivrer. Il est écrit que le Christ devait souffrir ces épreuves pour entrer dans sa gloire (cf. Lc 24,26) et nous donner la vie éternelle. Lui seul peut porter en lui cette mort corrompue sans en être corrompu. Lui seul a les paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6,68) – nous le confessons avec émotion ici, près du tombeau de saint Pierre – et ces paroles ont le pouvoir de rallumer la foi et l’espérance dans nos cœurs (cf. v. 32).
Quand Jésus prend le pain dans ses mains percées par les clous, prononce la bénédiction, le rompt et le donne, les yeux des disciples s’ouvrent ; dans leurs cœurs renaît la foi, et avec elle, une espérance nouvelle. Oui ! Ce n’est plus l’espérance qu’ils avaient auparavant et qu’ils avaient perdue. C’est une réalité nouvelle, un don, une grâce du Ressuscité : c’est l’espérance pascale.
De même que la vie de Jésus ressuscité n’est plus celle d’avant, mais une vie absolument nouvelle, créée par le Père dans la puissance de l’Esprit, ainsi l’espérance du chrétien n’est pas une espérance humaine, ni celle des Grecs ni celle des Juifs ; elle ne repose ni sur la sagesse des philosophes ni sur la justice issue de la loi, mais uniquement sur le fait que le Crucifié est ressuscité et est apparu à Simon (cf. Lc 24,34), aux femmes et aux autres disciples. C’est une espérance qui ne se limite pas à l’horizon terrestre, mais regarde plus haut, vers Dieu, vers cette hauteur et cette profondeur d’où s’est levé le Soleil venu illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort (cf. Lc 1,78-79).
Alors oui, nous pouvons chanter : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle. » L’amour du Christ crucifié et ressuscité a transfiguré la mort : d’ennemie, il en a fait une sœur, il l’a apprivoisée. Et face à elle, nous « ne sommes pas tristes comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Th 4,13). Nous sommes attristés, bien sûr, quand une personne aimée nous quitte. Nous sommes bouleversés lorsqu’un être humain, surtout un enfant, un petit, un fragile, est arraché à la vie par la maladie ou, pire, par la violence des hommes. Comme chrétiens, nous sommes appelés à porter avec le Christ le poids de ces croix. Mais nous ne sommes pas tristes comme ceux qui sont sans espérance, car même la mort la plus tragique ne peut empêcher notre Seigneur d’accueillir notre âme dans ses bras et de transformer notre corps mortel, fût-il le plus défiguré, à l’image de son corps glorieux (cf. Ph 3,21).
C’est pourquoi les lieux de sépulture ne sont pas appelés par les chrétiens « nécropoles », c’est-à-dire « villes des morts », mais « cimetières », ce qui signifie littéralement « dortoirs », des lieux de repos dans l’attente de la résurrection. Comme le prophétise le psalmiste : « Dans la paix, je me couche et aussitôt je m’endors, car toi seul, Seigneur, tu m’établis dans la confiance » (Ps 4,9).
Très chers, le bien-aimé pape François et les frères cardinaux et évêques pour lesquels nous offrons aujourd’hui le Sacrifice eucharistique ont vécu, témoigné et enseigné cette espérance nouvelle, pascale. Le Seigneur les a appelés et établis comme pasteurs dans son Église, et par leur ministère, ils ont – pour reprendre le langage du livre de Daniel – « conduit beaucoup à la justice » (cf. Dn 12,3), c’est-à-dire qu’ils ont guidé sur le chemin de l’Évangile avec la sagesse qui vient du Christ, devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption (cf. 1 Co 1,30). Que leurs âmes soient purifiées de toute tache, et qu’ils resplendissent comme des étoiles au ciel (cf. Dn 12,3). Et que parvienne jusqu’à nous, pèlerins sur cette terre, dans le silence de la prière, leur encouragement spirituel : « Espère en Dieu : je le louerai encore, lui, mon Sauveur et mon Dieu » (Ps 42,6.12)
5 novembre 2025 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
La Pâque de Jésus n'est pas un événement appartenant à un passé lointain, désormais ancré dans la tradition comme tant d'autres épisodes de l'histoire humaine. L'Église nous enseigne à actualiser la mémoire de la Résurrection chaque année, le dimanche de Pâques, et chaque jour, lors de la célébration eucharistique, au cours de laquelle s'accomplit pleinement la promesse du Seigneur ressuscité : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).
C'est pourquoi le mystère pascal constitue le pivot de la vie chrétienne, autour duquel gravitent tous les autres événements.
17 novembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV, aux Collaborateurs diplomatiques dans les nonciatures apostoliques
Très chers amis, montez chaque jour sur votre Horeb intérieur, c’est-à-dire dans le lieu où l’Esprit de Dieu parle au cœur. Dans chaque représentation pontificale, il y a une chapelle, véritable centre de votre maison, où chaque jour, avec le nonce apostolique, les religieuses et les collaborateurs, vous célébrez l’Eucharistie, élevant au Seigneur la prière de la louange et de la supplique. Que la lumière du Tabernacle dissipe les ombres et les inquiétudes, éclairant le chemin que vous parcourez. La parole du Seigneur Jésus se réalise ainsi: vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-14). En protégeant ce miracle de la grâce, soyez des pèlerins d’espérance surtout là où la justice et la paix manquent aux peuples.
28 novembre 2025 – Discours du Pape avec les Evêques, prêtres, diacres, consacrés, à la cathédrale Saint Esprit, d’Istanbul.
La médiation de la foi et le développement de la doctrine. Dans un contexte culturel complexe, le Symbole de Nicée a réussi à transmettre l’essence de la foi à travers les catégories culturelles et philosophiques de son époque. Cependant, quelques décennies plus tard, lors du premier Concile de Constantinople, nous voyons que celui-ci est approfondi et étoffé et, c’est précisément grâce à l’approfondissement de la doctrine, qu’une nouvelle formulation est élaborée : le Symbole de Nicée-Constantinople, celui qui est couramment professé dans nos célébrations dominicales. Là encore, nous en retirons une grande leçon : il est toujours nécessaire de transmettre la foi chrétienne à travers des langages et des catégories du contexte dans lequel nous vivons, comme l’ont fait les Pères à Nicée et lors des autres Conciles. En même temps, nous devons distinguer le cœur de la foi des formules et des formes historiques qui l’expriment, lesquelles restent toujours partielles et provisoires et peuvent changer au fur et à mesure que nous approfondissons la doctrine.
Rappelons que le nouveau docteur de l’Église, saint John Henry Newman, insiste sur le développement de la doctrine chrétienne, car celle-ci n’est pas une idée abstraite et statique, mais elle reflète le mystère même du Christ : il s’agit donc du développement interne d’un organisme vivant, qui met en lumière et explicite mieux le noyau fondamental de la foi.
30 Novembre 2025 - Message vidéo du Pape Léon XIV, aux participants de l'Australian Catholic Youth Festival (ACYF) [Melbourne (Victoria), 30 novembre - 2 décembre 2025
Sainte Catherine de Sienne a dit un jour : « Deviens ce que Dieu veut que tu sois, et tu mettras le feu au monde. » [2] Nous voyons cette vérité dans l’exemple lumineux de tous les saints, qui montrent ce que signifie suivre la volonté de Dieu dans leur vie, chacun à sa manière unique. Nous pouvons penser à nos deux nouveaux jeunes saints, Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati, que j’ai récemment canonisés. Pier Giorgio est connu pour son dynamisme physique, son humour avec ses amis et son aide envers les pauvres. Carlo, quant à lui, apparaît plus réservé et recueilli, cherchant à utiliser ses compétences en informatique pour faire connaître les miracles eucharistiques en ligne. Pourtant, tous deux avaient une relation profonde avec Dieu et cherchaient à accomplir sa volonté ; et l’on voit sur leurs photos qu’ils rayonnaient d’une grande joie dans le regard.
Saint Carlo Acutis a dit cette phrase célèbre : « Tous naissent comme des originaux, mais beaucoup meurent comme des photocopies. » Ne laissez pas cela vous arriver ! Chacun de vous a été créé avec une personnalité unique, dotée de forces, de fragilités, de talents et de compétences variées, et vous avez un chemin de vie particulier pour vivre ces dons dans la joie.
Enfin, lorsque vous rentrerez chez vous à la fin du Festival de la Jeunesse, souvenez-vous que ce que vous aurez appris et vécu doit s’intégrer dans votre vie quotidienne de disciples. À cet égard, je vous encourage à tisser des réseaux et des amitiés les uns avec les autres, et à collaborer pour construire le Royaume de Dieu dans vos lieux de vie. Comme saint Paul nous l’enseigne, le Corps du Christ est uni même avec une grande diversité de membres ; il y a donc une place et un besoin pour chacun de vous, ainsi que pour la contribution unique que vous seul pouvez apporter (cf. 1 Co 12,14-20). En même temps, ne soyez jamais découragés lorsque vous tombez dans votre chemin de disciple, car avec la grâce de Dieu – et en le rencontrant dans le sacrement de la confession – ces chutes peuvent devenir des occasions de renouveau et de croissance dans la sainteté.
Mes chers amis, avec ces quelques mots, et en vous confiant à l’intercession de Marie, Mère de l’Église, et de sainte Mary Mackillop, je vous donne de tout cœur ma bénédiction.
Et que la bénédiction de Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, descende sur vous et demeure toujours avec vous. Amen.
[1] Homélie, Messe pour le début du ministère pétrinien de l’Évêque de Rome, 24 avril 2005.
[2] Lettre à Stefano Maconi [1376], dans St Catherine of Siena as seen in her letters, trad. Vida D. Scudder (1905).
2026
8 janvier 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe pour le Consistoire Extraordinaire, dans la Basilique Saint Pierre
« Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu » (1 Jn 4, 7). La liturgie nous propose cette exhortation alors que nous célébrons le Consistoire extraordinaire : un moment de grâce où s’exprime notre unité au service de l’Église.
Comme nous le savons, le mot Consistoire, Consistorium, “assemblée”, peut être lu à la lumière de la racine du verbe consistere, c’est-à-dire “s’arrêter”. Et en effet, nous nous sommes tous “arrêtés” pour être ici : nous avons suspendu pour un certain temps nos activités et renoncé à des engagements même importants, pour nous retrouver afin de discerner ce que le Seigneur nous demande pour le bien de son Peuple. C’est déjà en soi un geste très significatif, prophétique, en particulier dans le contexte de la société frénétique dans laquelle nous vivons. Il rappelle en effet l’importance, dans tout parcours de vie, de s’arrêter pour prier, écouter, réfléchir et ainsi recentrer de mieux en mieux notre regard sur le but, en y dirigeant tous nos efforts et toutes nos ressources, afin de ne pas risquer de courir à l’aveuglette ou de faire du vent inutilement, comme le met en garde l’apôtre Paul (cf. 1 Co 9, 26). Nous ne sommes pas ici pour promouvoir des “agendas” – personnels ou collectifs –, mais pour confier nos projets et nos inspirations au discernement qui nous dépasse « autant le ciel est élevé au-dessus de la terre » (Is 55, 9) et qui ne peut venir que du Seigneur.
C’est pourquoi il est important que maintenant, dans l’Eucharistie, nous déposions nos désirs et nos pensées sur l’autel, ainsi que le don de notre vie, en les offrant au Père en union au Sacrifice du Christ, pour les retrouver purifiés, illuminés, fondus et transformés, par la grâce, en un seul Pain. Ce n’est qu’ainsi, en effet, que nous saurons vraiment écouter sa voix, en l’accueillant dans le don que nous sommes les uns pour les autres : raison pour laquelle nous sommes réunis.
Notre Collège, bien que riche de nombreuses compétences et talents remarquables, n’est pas appelé à être, en premier lieu, une équipe d’experts, mais une communauté de foi, dans laquelle les dons que chacun apporte, offerts au Seigneur et rendus par Lui, produisent, selon sa Providence, le plus grand fruit.
D’ailleurs, l’Amour de Dieu, dont nous sommes les disciples et les apôtres, est un Amour “trinitaire”, “relationnel”, source de cette spiritualité de communion dont l’Épouse du Christ vit et veut être la maison et l’école (cf. Lett. ap. Novo millennio ineunte, 6 janvier 2001, 43). Saint Jean-Paul II, souhaitant sa croissance au début du troisième millénaire, la définissait comme un « regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés » (ibid.).
Notre “arrêt” est alors avant tout un grand acte d’amour – envers Dieu, envers l’Église, envers les hommes et les femmes du monde entier –, par lequel nous nous laissons modeler par l’Esprit : avant tout dans la prière et le silence, mais ensuite aussi en nous regardant dans les yeux, en nous écoutant les uns les autres et en nous faisant la voix, à travers le partage, de tous ceux que le Seigneur a confiés à notre sollicitude de pasteurs, dans les parties les plus diverses du monde. Un acte à vivre le cœur humble et généreux, en sachant que c’est par grâce que nous sommes ici, et qu’il n’y a rien, de ce que nous apportons, que nous n’ayons reçu comme un don et un talent à ne pas laisser se perdre, mais à investir avec prudence et courage (cf. Mt 25, 14-30).
Saint Léon le Grand enseignait que « c’est une chose grande et très précieuse aux yeux du Seigneur lorsque tout le peuple du Christ s’applique ensemble aux mêmes devoirs, et que tous les grades et tous les ordres [...] collaborent dans un même esprit [...]. Alors, disait-il, on nourrit les affamés, on habille ceux qui sont nus, on visite les malades, et personne ne cherche son propre intérêt, mais celui des autres » (Sermons, 88,4). C’est dans cet esprit que nous voulons travailler ensemble : l’esprit de ceux qui souhaitent que, dans le Corps mystique du Christ, chaque membre coopère de manière ordonnée au bien de tous (cf. Ep 4, 11-13), en exerçant avec dignité et plénitude son ministère sous la conduite de l’Esprit, heureux d’offrir et de voir mûrir les fruits de son travail, comme de recevoir et de voir croître ceux du travail des autres (cf. Saint Léon le Grand, Sermons, 88, 5).
Depuis deux millénaires, l’Église incarne ce mystère dans sa beauté polyédrique (cf. François, Lett. enc. Fratelli tutti, 280). Cette assemblée en témoigne par la diversité des origines et des âges et par l’unité de la grâce et de la foi qui nous rassemble et nous fraternise.
Certes, nous aussi, face à la “grande foule” d’une humanité affamée de bien et de paix, dans un monde où la satiété et la faim, l’abondance et la misère, la lutte pour la survie et le vide existentiel désespéré continuent de diviser et de blesser les personnes, les nations et les communautés, aux paroles du Maître, « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37), nous pouvons nous sentir comme les disciples : inadéquats et dépourvus de moyens. Mais Jésus nous répète : « Combien de pains avez-vous ? Allez voir » (Mc 6, 38), et cela, nous pouvons le faire ensemble. Nous ne parviendrons pas toujours à trouver des solutions immédiates aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Mais toujours, en tout lieu et en toute circonstance, nous pourrons nous aider mutuellement – et en particulier aider le Pape – à trouver les “cinq pains et deux poissons” que la Providence ne manque jamais de fournir là où ses enfants demandent de l’aide ; et à les accueillir, les remettre, les recevoir et les distribuer, enrichis de la bénédiction de Dieu et de la foi et de l’amour de tous, afin que personne ne manque du nécessaire (cf. Mc 6, 42).
Chers amis, ce que vous offrez à l’Église dans votre service, à tous les niveaux, est une grande chose, très personnelle et profonde, unique pour chacun et précieuse pour tous ; et la responsabilité que vous partagez avec le Successeur de Pierre est grave et lourde.
C’est pourquoi je vous remercie de tout cœur, et je voudrais conclure en confiant nos travaux et notre mission au Seigneur avec les paroles de saint Augustin : « Merci beaucoup d’avoir exaucé nos prières ; même celles que nous avons reçues avant de prier sont un don de toi, et de même, les reconnaître après les avoir reçues est un don de toi [...]. Souviens-toi, Seigneur, que nous sommes poussière, et que c’est avec la poussière que tu as créé l’homme » (Confessions, 10, 31, 45). C’est pourquoi nous te disons : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux » (ibid.).
28 janvier 2026 - Lettre du Pape Léon XIV au presbyterium de l’archidiocèse de Madrid à l’occasion de l’Assemblée presbytérale « Convivium ». Publiée sur le site du Vatican le 9 février 2026
Le temps que vit l’Église nous invite à nous arrêter ensemble pour une réflexion sereine et honnête. Non pas tant pour nous en tenir à des diagnostics immédiats ou à la gestion des urgences, mais pour apprendre à lire en profondeur le moment que nous vivons, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et aussi les possibilités que le Seigneur ouvre devant nous. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire d’éduquer notre regard et de nous exercer au discernement, afin de pouvoir percevoir plus clairement ce que Dieu est déjà en train d’accomplir, souvent de manière silencieuse et discrète, au milieu de nous et de nos communautés.
Cette lecture du présent ne peut faire abstraction du cadre culturel et social dans lequel la foi est aujourd’hui vécue et exprimée. Dans de nombreux milieux, nous constatons des processus avancés de sécularisation, une polarisation croissante du discours public et une tendance à réduire la complexité de la personne humaine, en l’interprétant à partir d’idéologies ou de catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d’être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang de l’insignifiant, tandis que s’affirment des formes de coexistence qui font abstraction de toute référence transcendante.
À cela s’ajoute un changement culturel profond qui ne peut être ignoré : la disparition progressive des références communes. Pendant longtemps, la graine chrétienne a trouvé un terrain largement préparé, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd’hui, ce substrat commun s’est considérablement affaibli. Bon nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien, ne sont plus évidents et, dans bien des cas, ne sont même plus compréhensibles. L’Évangile ne se heurte pas seulement à l’indifférence, mais aussi à un horizon culturel différent, où les mots n’ont plus le même sens et où la première annonce ne peut être considérée comme acquise.
Cependant, cette description n’épuise pas ce qui se passe réellement. Je suis convaincu – et je sais que beaucoup d’entre vous le perçoivent dans l’exercice quotidien de votre ministère – qu’au cœur de nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’ouvre aujourd’hui une nouvelle inquiétude. L’absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté ; une liberté détachée de la vérité n’a pas généré la plénitude promise ; et le progrès matériel, à lui seul, n’a pas réussi à combler le désir profond du cœur humain.
En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines lectures herméneutiques et philosophiques qui ont voulu interpréter la destinée de l’homme, loin d’offrir une réponse suffisante, ont souvent laissé un sentiment accru de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que nous constatons que de nombreuses personnes commencent à s’ouvrir à une recherche plus honnête et plus authentique, une recherche qui, accompagnée de patience et de respect, les conduit à nouveau à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que pour le prêtre, ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même ou de se résigner, mais d’être fidèle et généreusement disponible. Tout cela naît de la reconnaissance que l’initiative vient toujours du Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.
Se dessine le type de prêtres dont l’Église tout entière a besoin en ce moment. Certainement pas des hommes définis par la multiplication des tâches ou par la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie et exprimée dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi. Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue, mais de proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique — être alter Christus —, en laissant Dieu façonner notre vie, unifier notre cœur et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, le dévouement fidèle à l’Église et le service concret aux personnes qui nous ont été confiées.
Chers fils, permettez-moi aujourd’hui de vous parler du sacerdoce en utilisant une image que vous connaissez bien : votre cathédrale. Non pas pour décrire un édifice, mais pour en tirer une leçon. Car les cathédrales, comme tout lieu sacré, existent, tout comme le sacerdoce, pour conduire à la rencontre avec Dieu et à la réconciliation avec nos frères, et leurs éléments recèlent une leçon pour notre vie et notre ministère.
En contemplant sa façade, nous apprenons déjà quelque chose d’essentiel. C’est la première chose que l’on voit, et pourtant elle ne dit pas tout : elle indique, suggère, invite. De même, le prêtre ne vit pas pour s’exhiber, mais pas non plus pour se cacher. Sa vie est appelée à être visible, cohérente et reconnaissable, même si elle n’est pas toujours comprise. La façade n’existe pas pour elle-même : elle conduit à l’intérieur. De la même manière, le prêtre n’est jamais une fin en soi. Toute sa vie est appelée à renvoyer à Dieu et à accompagner le passage vers le Mystère, sans usurper sa place.
En arrivant au seuil, nous comprenons qu’il ne convient pas que tout entre à l’intérieur, car c’est un espace sacré. Le seuil marque un passage, une séparation nécessaire. Avant d’entrer, quelque chose reste à l’extérieur. Le sacerdoce se vit également ainsi : être dans le monde, mais sans être du monde (cf. Jn 17, 14). C’est à ce carrefour que se situent le célibat, la pauvreté et l’obéissance ; non pas comme un renoncement à la vie, mais comme la forme concrète qui permet au prêtre d’appartenir entièrement à Dieu sans cesser de marcher parmi les hommes.
La cathédrale est aussi une maison commune, où chacun a sa place. C’est ainsi que l’Église est appelée à être, en particulier envers ses prêtres : une maison qui accueille, qui protège et qui n’abandonne pas. Et c’est ainsi que doit être vécue la fraternité presbytérale : comme l’expérience concrète de se sentir chez soi, responsables les uns des autres, attentifs à la vie du frère et disposés à se soutenir mutuellement. Chers fils, personne ne devrait se sentir exposé ou seul dans l’exercice de son ministère : résistez ensemble à l’individualisme qui appauvrit le cœur et affaiblit la mission !
En parcourant le sanctuaire, nous remarquons que tout repose sur les colonnes qui soutiennent l’ensemble. L’Église y a vu l’image des Apôtres (cf. Ep 2, 20). La vie sacerdotale ne se soutient pas non plus d’elle-même, mais dans le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Église, et gardé par le Magistère (cf. 1 Co 11, 2 ; 2 Tm 1, 13-14). Lorsque le prêtre reste ancré dans ce fondement, il évite de construire sur le sable des interprétations partielles ou des accents circonstanciels, et s’appuie sur le roc solide qui le précède et le dépasse (cf. Mt 7, 24-27).
Avant d’arriver au presbytère, la cathédrale nous montre des lieux discrets mais fondamentaux : dans les fonts baptismaux naît le Peuple de Dieu ; dans le confessionnal, il est continuellement régénéré. Dans les sacrements, la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal. C’est pourquoi, chers fils, célébrez les sacrements avec dignité et foi, en étant conscients que ce qui s’y produit est la véritable force qui édifie l’Église et qu’ils sont la fin ultime à laquelle tout notre ministère est ordonné. Mais n’oubliez pas que vous n’êtes pas la source, mais le canal, et que vous avez aussi besoin de boire de cette eau. C’est pourquoi, ne cessez pas de vous confesser, de toujours revenir à la miséricorde que vous annoncez.
À côté de l’espace central s’ouvrent différentes chapelles. Chacune a son histoire, sa dédicace. Bien que différentes dans leur art et leur composition, elles partagent toutes la même orientation ; aucune n’est tournée vers elle-même, aucune ne rompt l’harmonie de l’ensemble. Il en va de même dans l’Église avec les différents charismes et spiritualités par lesquels le Seigneur enrichit et soutient votre vocation. Chacun reçoit une façon particulière d’exprimer sa foi et de nourrir son intériorité, mais tous restent orientés vers le même centre
Regardons le centre de tout, mes chers fils: c’est là que se révèle ce qui donne un sens à ce que vous faites chaque jour et d’où jaillit votre ministère. Sur l’autel, par vos mains, le sacrifice du Christ s’actualise dans la plus haute action confiée à des mains humaines ; dans le tabernacle, demeure Celui que vous avez offert, confié à nouveau à vos soins. Soyez des adorateurs, des hommes de prière profonde, et enseignez à votre peuple à faire de même.
18 février 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le Concile Vatican II, dont nous étudions actuellement les documents dans nos catéchèses, a tout d'abord cherché à expliquer l'origine de l'Église lorsqu'il a voulu la décrire. Pour ce faire, dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium, approuvée le 21 novembre 1964, il a puisé dans les Lettres de saint Paul le terme « mystère ». En choisissant ce mot, il ne voulait pas dire que l'Église est quelque chose d'obscur ou d'incompréhensible, comme cela arrive couramment lorsqu'on entend prononcer le mot « mystère ». C'est exactement le contraire : en effet, lorsque saint Paul utilise ce mot, surtout dans la Lettre aux Éphésiens, il veut désigner une réalité qui était auparavant cachée et qui a maintenant été révélée.
Il s'agit du dessein de Dieu qui a un but : unifier toutes les créatures grâce à l'action réconciliatrice de Jésus-Christ, action qui s'est accomplie dans sa mort sur la croix. Cela s'expérimente tout d'abord dans l'assemblée réunie pour la célébration liturgique : là, les différences sont relativisées, ce qui compte, c'est d'être ensemble, parce qu’attirés par l'amour du Christ, qui a abattu le mur de séparation entre les personnes et les groupes sociaux (cf. Ep 2, 14). Pour saint Paul, le mystère est la manifestation de ce que Dieu a voulu réaliser pour l'humanité tout entière et se fait connaître dans des expériences locales, qui s'étendent progressivement jusqu'à inclure tous les êtres humains et même le cosmos.
La condition humaine est une fragmentation que les êtres humains ne sont pas en mesure de réparer, bien que le désir d'unité habite leur cœur. C'est dans cette condition que s'inscrit l'action de Jésus-Christ qui, par l'Esprit Saint, vainc les forces de la division et le Diviseur lui-même. Se retrouver ensemble pour célébrer, après avoir cru à l'annonce de l'Évangile, est vécu comme une attraction exercée par la croix du Christ, qui est la manifestation suprême de l'amour de Dieu ; c'est se sentir convoqués ensemble par Dieu : c'est pourquoi on utilise le terme ekklesía, c'est-à-dire l'assemblée des personnes qui reconnaissent être convoquées. Il y a donc une certaine coïncidence entre ce mystère et l'Église : l'Église est le mystère rendu perceptible.
Cette convocation, précisément parce qu'elle est mise en œuvre par Dieu, ne peut toutefois se limiter à un groupe de personnes, mais est destinée à devenir l'expérience de tous les êtres humains. C'est pourquoi le Concile Vatican II, au début de la Constitution Lumen Gentium, affirme ainsi : « L'Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » (n° 1). L'utilisation du terme “sacrement” et l'explication qui en découle visent à indiquer que l'Église est, dans l'histoire de l'humanité, l'expression de ce que Dieu veut réaliser ; ainsi, en la regardant, on saisit dans une certaine mesure le dessein de Dieu, le mystère : en ce sens, l'Église est un signe. En outre, au terme “sacrement” s'ajoute celui d'“instrument”, précisément pour indiquer que l'Église est un signe actif. En effet, lorsque Dieu agit dans l'histoire, il implique dans son activité les personnes qui sont les destinataires de son action. C'est par l'Église que Dieu atteint son objectif d'unir les personnes à lui et de les réunir entre elles.
L'union avec Dieu trouve son reflet dans l'union des personnes humaines. Telle est l'expérience du salut. Ce n'est pas un hasard si, dans la Constitution Lumen Gentium, au chapitre VII consacré à la nature eschatologique de l'Église en pèlerinage, au n° 48, on utilise à nouveau la description de l'Église comme sacrement, avec la précision “de salut”: « En effet, dit le Concile, le Christ, élevé de terre a tiré à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32 grec) ; ressuscité des morts (cf. Rm 6, 9), il a envoyé sur ses Apôtres son Esprit de vie et par lui a constitué son Corps, qui est l’Église, comme le sacrement universel du salut ; assis à la droite du Père, il exerce continuellement son action dans le monde pour conduire les hommes vers l’Église, se les unir par elle plus étroitement et leur faire part de sa vie glorieuse en leur donnant pour nourriture son propre Corps et son Sang».
Ce texte permet de comprendre le rapport entre l'action unificatrice de la Pâque de Jésus, qui est mystère de passion, mort et résurrection, et l'identité de l'Église. En même temps, il nous rend reconnaissants d'appartenir à l'Église, corps du Christ ressuscité et unique peuple de Dieu en pèlerinage dans l'histoire, qui vit comme une présence sanctifiante au milieu d'une humanité encore fragmentée, signe efficace d'unité et de réconciliation entre les peuples.
1er mars 2026 – Paroles du Pape L éon XIV au Conseil paroissial lors de sa Visite pastorale à la paroisse Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Rome
Merci pour ces paroles, comment s’appelle le secrétaire ? Ah, Daniele Daniele ! C’est ça ! On croirait voir double. Bien ! Merci d’avoir expliqué un peu la réalité que vous vivez et ce que vous faites en tant que conseil. L’une des choses que vous avez dites, en espérant que je me sente comme chez moi, est tout à fait vraie : je me sens chez moi et je vous en remercie, pour votre accueil.
Je vois que vous avez mis la Madone du Bon Conseil, je ne sais pas si elle est toujours là ou si c’est pour moi ! Mais merci, car notre mère nous accompagne toujours, cette dévotion nous est très chère.
Nous avons déjà échangé quelques mots, tant dans l’homélie que quelques mots avant la messe, puis maintenant en écoutant : j’ai l’impression qu’il y a ici une communauté de foi vraiment forte, « coriace » – j’aime cette expression ! – qui tire sa force avant tout de la foi et de la conviction que, malgré toutes les difficultés, elle vit dans un quartier qui a manifestement de sérieux problèmes et en même temps, il y a cette communauté qui est un témoignage vivant, un témoignage qu’il est possible de trouver la vie, l’amour, la charité et cette fraternité.
Cette expression, que je trouve moi aussi très belle : « faisons communauté », vous la vivez. Et c’est vraiment formidable, c’est formidable.
Parfois, dans l’Église, nous trouvons de petits groupes, disons, ou des tendances qui favorisent un peu une spiritualité très individualiste : « Dieu et moi… les autres personnes, les autres situations n’ont pas d’importance… ». Un climat très fermé, en ce sens. Et ce n’est pas ce que Jésus a voulu nous laisser lorsqu’il a appelé un groupe d’amis et leur a dit : « Faites ceci en mémoire de moi », en commençant par l’Eucharistie et en arrivant à sa plénitude qui est la communion. La communion précisément dans ce sens, de l’amour fraternel, de notre être ensemble, de notre rencontre.
Personne ne devrait donc se sentir seul. En rendant visite aux personnes âgées, aux malades, malgré toutes les difficultés, nous vivons vraiment ce que Jésus a voulu. Je suis nouveau dans ce diocèse de Rome en tant qu’évêque : je suis vraiment heureux de vous trouver, vous, cette communauté, et de sentir aussi cet esprit vivant dans la célébration eucharistique, qui est l’expression de la vie que vous avez et que vous partagez, et que j’espère que vous pourrez toujours offrir aujourd’hui, demain et à l’avenir. Merci beaucoup pour ce témoignage ! Bon, alors levons-nous, demandons la bénédiction du Seigneur. Le jour du Seigneur, c’est vivre ainsi, de cette manière si spéciale, c’est un don pour nous tous. [bénédiction]
Merci à tous, j’espère vous revoir à la prochaine occasion, toujours en avant ! Merci.
1er mars 2026 – Homélie du Pape L éon XIV lors de la Messe à l’occasion de sa Visite pastorale à la paroisse Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Rome
Ce dimanche nous confronte au voyage d’Abraham (cf. Gn 12, 1-4) et à l’événement de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-9).
Avec Abraham, chacun de nous peut se reconnaître en voyage. La vie est un voyage qui demande de la confiance, qui demande de s’en remettre à la Parole de Dieu qui nous appelle et qui nous demande parfois de tout quitter. On peut alors être tenté de fuir la précarité comme un vertige qui bouleverse, alors que c’est précisément en son sein que l’on peut apprécier une promesse de grandeur inattendue. Il arrive chaque jour – parce que le monde raisonne ainsi – que nous prenions la mesure de tout, que nous nous efforcions de tout contrôler. Mais de cette manière, nous perdons l’occasion de découvrir le véritable trésor, la perle précieuse, comme nous l’enseigne l’Évangile, que Dieu a cachée de manière surprenante dans notre champ (cf. Mt 13, 44).
Le voyage d’Abraham commence par une perte : la terre et la maison qui gardent les souvenirs de son passé. Mais il s’accomplira dans une nouvelle terre et dans une immense descendance, où tout devient bénédiction. Nous aussi, si nous nous laissons appeler par la foi à cheminer, à prendre de nouvelles décisions de vie et d’amour, nous cesserons de craindre de perdre quelque chose, car nous sentirons que nous grandissons dans une richesse que personne ne peut nous voler.
Les disciples de Jésus ont eux aussi dû faire face à un voyage, celui qui les mènerait à Jérusalem (cf. Lc 9, 51). Là, dans la Ville sainte, le Maître accomplirait sa mission, donnant sa vie sur la croix et devenant pour tous et pour toujours une bénédiction. Nous savons combien Pierre et tous les autres ont résisté à l’idée de le suivre. Mais ils devaient comprendre qu’on ne peut être une bénédiction qu’en surmontant l’instinct de se défendre et en accueillant ce que Jésus confie au geste eucharistique : la volonté d’offrir son corps comme pain à manger, de vivre et de mourir pour donner la vie. Voici le dimanche, chers frères et sœurs : c’est la pause sur le chemin qui nous rassemble autour de Jésus. Jésus nous encourage à ne pas nous arrêter et à ne pas changer de direction. Il n’y a pas de plus grande promesse, il n’y a pas de trésor plus précieux que de vivre pour donner la vie !
Peu avant le jour de la Transfiguration, Jésus avait confié à ses disciples quel serait le point d’arrivée du voyage qu’ils faisaient, à savoir sa passion, sa mort et sa résurrection. Vous vous souvenez de l’opposition de Pierre et de la réaction de Jésus qui lui dit : « Tu m’es un scandale, car tu ne penses pas selon Dieu, mais selon les hommes » (Mt 16, 23). Et voilà que, six jours plus tard, Jésus demande à Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner sur la montagne. Ils ont encore dans les oreilles ces paroles difficiles à entendre ; ils ont encore dans l’esprit l’image pour eux inacceptable du Messie condamné à mort.
C’est cette obscurité intérieure des disciples que Jésus brise lorsqu’il se montre à eux, au sommet de la montagne, transfiguré dans une lumière éblouissante, inimaginable. Et dans cette vision glorieuse apparaissent à ses côtés Moïse et Élie, témoins du fait que toutes les Écritures s’accomplissent en Jésus (cf. Mt 17, 2-3).
Une fois de plus, Pierre devient le porte-parole de notre ancien monde et de son besoin désespéré d’arrêter les choses, de les contrôler. Un peu comme lorsque nous ne voulons pas qu’un rêve dans lequel nous nous réfugions se termine. Mais ici, il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un monde nouveau dans lequel entrer : la destination de notre voyage, une destination pleine de lumière et qui a les contours humains et divins de Jésus. En plantant des tentes, Pierre voudrait arrêter ce voyage, qui doit pourtant se poursuivre jusqu’à Jérusalem (cf. v. 4).
La voix qui sort de la nuée est celle du Père et ressemble à une supplication : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (v. 5). Cette voix résonne aujourd’hui pour nous : « Écoutez Jésus ! ». Et moi, très chers, parmi vous, je veux me faire l’écho de cet appel et vous dire : Je vous en prie, mes sœurs et mes frères, écoutons-le ! Il voyage avec nous, encore aujourd’hui, pour nous enseigner dans cette ville la logique de l’amour inconditionnel, de l’abandon de toute défense qui devient offense. Écoutons-le, entrons dans sa lumière pour devenir lumière du monde, à commencer par le quartier où nous vivons. Toute la vie de la paroisse et de ses groupes existe pour cela : c’est un service à la lumière, un service à la joie.
Lorsque nous constatons que tant de choses autour de nous ne vont pas, nous nous demandons parfois : mais ce que nous faisons a-t-il un sens ? La tentation du découragement s’insinue, avec la perte de motivation et d’élan. Au contraire, c’est précisément face au mystère du mal que nous devons témoigner de notre identité de chrétiens, de personnes qui veulent rendre perceptible le Royaume de Dieu dans les lieux et les temps où elles vivent.
Face à tout ce qui défigure l’homme et la vie, nous continuons à annoncer et à témoigner de l’Évangile, qui transfigure et donne la vie. Que la Très Sainte Vierge, Mère de l’Église, nous accompagne toujours et intercède pour nous.
8 mars 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux jeunes, lors de sa Visite dans la paroisse romaine Sainte Marie de la Présentation
Comment trouver Dieu, Jésus, parmi nous, concerne quelque chose que nous devons tous vivre, mais en sachant chercher. Un peu par hasard, peu avant de quitter la maison cet après-midi, j’ai pris un livre intitulé « Quelqu’un frappe à ton cœur » : ton cœur est une porte, et Jésus te cherche.
Parfois, ce n’est pas tant nous qui devons le chercher : c’est lui qui nous cherche déjà. Je dis aux enfants : vous avez parlé de la première communion, n’est-ce pas ? Combien d’entre vous ont fait leur première communion ? Voyons voir… Voilà, quel beau groupe ! Très bien ! Ce sera Jésus qui viendra chez vous, dans votre cœur, dans votre vie. Nous devons tous être prêts à ouvrir la porte pour trouver Jésus qui nous attend. Aujourd’hui encore, dans la messe, dans l’Évangile, nous entendrons parler de cette belle rencontre entre Jésus et la femme. Jésus est là, au puits, elle vient chercher de l’eau, mais Jésus lui offre l’eau de la vie. C’est le même don qu’il nous offre à tous, en particulier dans la communion, dans l’Eucharistie, mais aussi dans la communauté.
Et comme nous sommes réunis ici cet après-midi, Jésus veut venir à nous, dans notre maison, dans notre famille, parmi nos amis, même lorsque nous sommes ensemble à la paroisse, dans des groupes, dans différentes activités – des activités caritatives – et surtout dans la prière. Et combien il est important que nous apprenions tous à prier. À écouter Dieu, mais aussi à parler avec Dieu, avec les prières que nous avons mémorisées et que nous récitons toujours, mais aussi avec nos propres mots : parler avec Jésus, apporter à Jésus nos préoccupations, nos difficultés, les souffrances que nous vivons chaque jour. Jésus est près de nous. Ouvrons les yeux. Reconnaissons que même dans la personne à côté de nous, ou dans la personne qui souffre, la personne qui n’a pas où vivre, où dormir, qui se trouve dans la rue, la personne malade… Jésus se trouve aussi dans ces circonstances, et il nous demande d’apporter ce que nous avons reçu à ces personnes qui sont dans le besoin, qui ont des besoins.
8 mars 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à la paroisse Sainte Marie de la Présentation (Rome)
À partir de l’Eucharistie, cœur battant de toute communauté chrétienne, je vous encourage à faire en sorte que les activités paroissiales soient le signe d’une Église qui, comme une mère, prend soin de ses enfants, sans les condamner, mais en les accueillant, en les écoutant et en les soutenant face au danger.
15 mars 2026 – Paroles du Pape Léon XIV saluant la paroisse au terme de sa visite. Paroisse romaine du Sacré-Cœur de Jésus à Ponte Mammolo
C’est une joie de célébrer avec vous l’Eucharistie, notre foi et notre communion.
18 mars 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Aujourd’hui, je voudrais m’attarder à nouveau sur le second chapitre de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG), consacré à l’Église comme peuple de Dieu.
Le peuple messianique (LG, 9) reçoit du Christ la participation à l’œuvre sacerdotale, prophétique et royale où s’accomplit sa mission salvifique. Les Pères conciliaires enseignent que le Seigneur Jésus a institué, par la nouvelle et éternelle Alliance, un royaume de prêtres, en constituant ses disciples en un « sacerdoce royal » (1 P 2, 9 ; cf. 1 P 2, 5 ; Ap 1, 6). Ce sacerdoce commun des fidèles est donné par le Baptême, qui nous rend capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité et de « professer devant les hommes la foi que par l’Église ils ont reçue de Dieu » (LG, 11). De plus, par le sacrement de la Confirmation, tous les baptisés « sont liés plus parfaitement à l’Église, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et ainsi plus strictement obligés tout à la fois à répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (ibid.). Cette consécration est à la base de la mission commune qui unit les ministres ordonnés et les fidèles laïcs.
À ce sujet, le pape François faisait remarquer : « Regarder le peuple de Dieu signifie rappeler que nous faisons tous notre entrée dans l’Église en tant que laïcs. Le premier Sacrement, celui qui scelle pour toujours notre identité et dont nous devrions toujours être fiers, est le Baptême. À travers lui et avec l’onction de l’Esprit Saint, (les fidèles) « sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint » (Lumen gentium, n. 10). Notre consécration première et fondamentale prend ses racines dans notre baptême» (Lettre au Président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, 19 mars 2016).
L’exercice du sacerdoce royal se réalise de multiples façons, toutes orientées vers notre sanctification, avant tout par la participation à l’offrande de l’Eucharistie. Par la prière, l’ascèse et la charité agissante, nous témoignons ainsi d’une vie renouvelée par la grâce de Dieu (cf. LG, 10). Comme le résume le Concile, « le caractère sacré et la structure organique de la communauté sacerdotale se réalisent par les sacrements et les vertus » (LG, 11).
Les Pères conciliaires enseignent ensuite que le peuple saint de Dieu participe également à la mission prophétique du Christ (cf. LG, 12). C’est dans ce contexte qu’ils introduisent le thème important du sens de la foi et du consensus des fidèles. La Commission Doctrinale du Concile précisait que ce sensus fidei « est comme une faculté de toute l’Église, grâce à laquelle elle reconnaît dans sa foi la révélation transmise, en distinguant le vrai du faux dans les questions de foi, et en même temps, elle y pénètre plus profondément et l’applique plus pleinement dans la vie » (cf. Acta Synodalia, III/1, 199). Le sens de la foi appartient donc aux fidèles non pas à titre individuel, mais en tant que membres du peuple de Dieu dans son ensemble.
Lumen gentium met l’accent sur ce dernier aspect et le relie à l’infaillibilité de l’Église, à laquelle est liée, en la servant, celle du Souverain Pontife. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint-Esprit (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel (cf. LG, 12). L’Église, donc, en tant que communion des fidèles qui inclut évidemment les pasteurs, ne peut se tromper dans la foi : l’organe de cette propriété, fondé sur l’onction du Saint-Esprit, est le sens surnaturel de la foi de tout le peuple de Dieu, qui se manifeste dans le consentement des fidèles. De cette unité, que le Magistère ecclésial préserve, il découle que chaque baptisé est un sujet actif de l’évangélisation, appelé à rendre un témoignage cohérent du Christ selon le don prophétique que le Seigneur insuffle à toute son Église.
L'Esprit Saint, qui nous vient du Christ Ressuscité, dispense en effet « parmi les fidèles de tous ordres les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église » (LG, 12). La vie consacrée, qui ne cesse de germer et de fleurir sous l’action de la grâce, offre une manifestation particulière de cette vitalité charismatique. Les formes d’association ecclésiales sont elles aussi un exemple lumineux de la variété et de la fécondité des fruits spirituels pour l’édification du Peuple de Dieu.
Très chers, réveillons en nous la conscience et la gratitude d’avoir reçu le don de faire partie du Peuple de Dieu ; ainsi que la responsabilité que cela implique.
2 avril 2026 – Homélie de Léon XIV lors de la Messe In Cena Domini, célébrée à Saint Jean de Latran
La liturgie solennelle de ce soir nous fait entrer dans le Triduum de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Nous franchissons ce seuil, non comme spectateurs ou par inertie, mais parce que Jésus lui-même nous y implique spécialement : en qualité d’invités à la Cène où le pain et le vin deviennent pour nous Sacrement du salut. Nous participons à un banquet au cours duquel le Christ, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Son amour se fait geste et nourriture pour tous, en révélant la justice de Dieu. Là même où le mal fait rage dans le monde, Jésus aime définitivement, pour toujours, de tout son être.
Au cours de cette dernière Cène, Il lave les pieds de ses apôtres, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15). Le geste du Seigneur ne fait qu’un avec la table à laquelle Il nous invite. C’est un exemple du sacrement : tout en en confirmant le sens, Il nous confie une tâche que nous voulons assumer comme nourriture pour notre vie. L’évangéliste Jean choisit le mot grec hupódeigma pour raconter l’événement auquel il a assisté. Il signifie “ce qui est présenté juste sous les yeux”. Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral. Il nous confie sa propre forme de vie. Laver les pieds est un geste qui résume la révélation de Dieu, signe exemplaire du Verbe fait chair, sa mémoire incomparable. En s’appropriant la condition du serviteur, le Fils révèle la gloire du Père, bouleversant les critères mondains qui ternissent notre conscience.
Au même titre que la surprise muette de ses disciples, l’orgueil humain nous ouvre les yeux sur ce qui se passe : à l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi « réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion » (Homélie de la Messe in coena Domini, 20 mars 2008). Ces paroles du Pape Benoît XVI reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir. Nous ne comprenons pas, en revanche, que Dieu nous sert vraiment, certes, mais par le geste gratuit et humble du lavement des pieds : voilà la toute-puissance de Dieu. C’est ainsi que s’accomplit la volonté de consacrer sa vie à celui qui, sans ce don, ne peut exister. Le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui. Et le don divin nous transforme.
Par son geste, en effet, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint. Vrai Dieu et vrai homme, le Christ nous donne au contraire un exemple de dévouement, de service et d’amour. Nous avons besoin de son exemple pour apprendre à aimer, non pas parce que nous en sommes incapables mais pour nous éduquer nous-mêmes, les uns les autres, à l’amour véritable. Apprendre à agir comme Jésus, Signe que Dieu inscrit dans l’histoire du monde, est la tâche de toute une vie.
Il est le critère authentique, le « Maître et Seigneur » (Jn 13, 13) qui fait tomber tous les masques du divin et de l’humain. Il ne donne pas cet exemple quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence, afin qu’il soit bien clair que le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs. Il nous aime, et c’est pourquoi Il nous pardonne et nous purifie. Le Seigneur nous aime pas à condition de nous faire laver par sa miséricorde : il nous aime, et c’est pourquoi il nous lave, afin que nous puissions répondre à son amour.
Apprenons de Jésus ce service réciproque. Il ne nous demande pas en effet de le lui rendre, mais de le partager entre nous : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Pape François commentait ainsi : « C’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi » (Homélie de la messe in coena Domini, 28 mars 2013). Il ne parlait pas d’un impératif abstrait, d’un commandement formel et vide, mais il exprimait sa ferveur obéissante pour la charité du Christ, source et modèle de notre charité. L’exemple donné par Jésus, en effet, ne peut être imité par convenance, à contrecœur ou par hypocrisie, mais uniquement par amour.
Se laisser servir par le Seigneur est donc une condition pour servir comme Il l’a fait, Lui. « Si tu ne te laisses pas laver - dit Jésus à Pierre - tu n’auras pas part avec moi » (Jn 13, 8). Si tu ne m’accueilles pas comme serviteur, tu ne peux pas croire en moi et me suivre comme Seigneur. En lavant notre chair, Jésus purifie notre âme. En Lui, Dieu a donné un exemple non de la manière dont on domine, mais de celle dont on libère ; de la manière de donner sa vie, non celle de la détruire.
Alors, face à une humanité à genoux, face à de nombreux exemples de brutalité, agenouillons-nous nous aussi en tant que frères et sœurs des opprimés. C’est ainsi que nous voulons suivre l’exemple du Seigneur, en accomplissant ce que nous avons entendu dans le livre de l’Exode : « Ce jour sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14). Oui, toute l’histoire biblique converge vers Jésus, véritable agneau pascal. À travers Lui, les figures anciennes trouvent leur pleine signification, car le Christ sauveur célèbre la Pâque de l’humanité, ouvrant à chacun le passage du péché au pardon, de la mort à la vie éternelle : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24).
En renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur, précisément ce soir, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré. Le lien intrinsèque entre ces deux sacrements représente le don parfait de Jésus, Grand Prêtre et Eucharistie vivante pour l’éternité : dans le pain et le vin consacrés se trouve en effet le « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal, dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné » (Const. dogm. Sacrosanctum Concilium, 47). Dans les évêques et les prêtres, constitués « prêtres de la nouvelle Alliance » selon le commandement du Seigneur (Concile de Trente, De Missae Sacrificio, 1), réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être.
Le Jeudi-Saint est donc un jour de profonde gratitude et de fraternité authentique. Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour.
8 avril 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté.
17 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe à Douala, au Cameroun
l’Évangile que nous venons d’entendre (Jn 6, 1-15) est Parole de salut pour toute l’humanité. Cette Bonne Nouvelle est aujourd’hui proclamée partout. Pour l’Église du Cameroun, elle résonne comme une annonce providentielle de l’amour de Dieu et de notre communion.
Le témoignage de l’apôtre Jean nous parle d’une grande foule (cf. vv. 2-5) ; comme nous le sommes ici maintenant. Pour toutes ces personnes, cependant, il y a très peu de nourriture : seulement « cinq pains d’orge et deux poissons » (v. 9). En observant cette disproportion, Jésus nous demande aujourd’hui, comme il demanda à ses disciples : comment allez-vous résoudre ce problème ? Voyez cette foule affamée, accablée par la fatigue. Qu’allez-vous faire ?
Cette question est adressée à chacun d’entre nous. Elle est adressée aux pères et aux mères qui veillent sur leur famille. Elle est adressée aux pasteurs de l’Église qui veillent sur le troupeau du Seigneur. Elle est adressée à tous ceux qui ont la responsabilité sociale et politique de veiller sur le peuple et sur son bien. Le Christ pose cette question aux puissants et aux faibles, aux riches et aux pauvres, aux jeunes et aux personnes âgées, car nous avons tous faim de la même manière. Cette indigence nous rappelle que nous sommes des créatures. Nous avons besoin de manger pour vivre. Nous ne sommes pas Dieu : mais, justement, où Dieu est-il face à la faim des peuples ?
En attendant nos réponses, Jésus donne la sienne : « Il prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient » (v. 11). Un grave problème est résolu par la bénédiction du peu de nourriture disponible, et son partage avec ceux qui ont faim. La multiplication des pains et des poissons s’opère dans le partage : voilà le miracle ! Il y a du pain pour tous s’il est donné à tous. Il y a du pain pour tous s’il est pris, non par une main qui s’empare, mais par une main qui donne. Observons bien le geste de Jésus : quand le Fils de Dieu prend le pain et les poissons, avant tout il rend grâce. Il est reconnaissant envers le Père pour un bien qui devient don et bénédiction pour tout le peuple.
Ce faisant, la nourriture abonde : elle n’est pas rationnée pour cause d’urgence, elle n’est pas volée par ceux qui se disputent, elle n’est pas gaspillée par ceux qui mangent à leur faim alors que d’autres n’ont rien à manger. En passant des mains du Christ à celles de ses disciples, la nourriture se multiplie pour tous, et même surabonde (cf. v. 12-13). Émerveillée par ce que Jésus a fait, la foule s’exclame : « C’est vraiment lui le Prophète » (v. 14), c’est-à-dire celui qui parle au nom de Dieu, le Verbe du Tout-Puissant. Et c’est vrai. Cependant Jésus n’utilise pas ces termes en vue d’un succès personnel. Il ne veut pas devenir roi (cf. v. 15) car il est venu pour servir par amour, et non pour dominer.
Le miracle qu’il accomplit est un signe de cet amour : il nous montre non seulement comment Dieu nourrit l’humanité du pain de la vie, mais aussi comment nous pouvons porter cette nourriture à tous les hommes et toutes les femmes qui, comme nous, ont faim de paix, de liberté et de justice. Tout geste de solidarité et de pardon, toute initiative pour le bien est une bouchée de pain pour l’humanité qui a besoin d’attention. Et pourtant, cela ne suffit pas. À la nourriture qui nourrit le corps, il faut joindre en effet, avec la même charité, la nourriture de l’âme qui nourrit notre conscience, nous soutient dans les heures sombres de la peur, dans les ténèbres de la souffrance. Cette nourriture, c’est le Christ qui sans cesse nourrit son Église en abondance et nous fortifie en chemin par son Corps.
Sœurs et frères, l’Eucharistie que nous célébrons est la source d’une foi renouvelée, parce que Jésus est présent au milieu de nous. Le Sacrement ne ravive pas un souvenir lointain dans le temps, mais réalise une “compagnie” qui nous transforme, parce qu’il nous sanctifie. Heureux les invités au repas du Seigneur ! Autour de l’Eucharistie, cette même table devient une annonce d’espérance face aux épreuves de l’histoire et aux injustices que nous voyons autour de nous. Elle devient le signe de la charité de Dieu qui, dans le Christ, nous invite à partager ce que nous avons, pour être multiplié dans la fraternité ecclésiale.
Le Seigneur embrasse le ciel et la terre, Il connaît notre cœur et toutes les situations, joyeuses ou tristes, que nous vivons. En se faisant homme pour nous sauver, Il a voulu partager les besoins de l’humanité, à commencer par les plus simples et les plus quotidiens. La faim révèle alors non seulement notre indigence, mais surtout son amour : nous devons nous le rappeler chaque fois que nos regards croisent ceux de nos frères et sœurs qui manquent du nécessaire. Leurs yeux nous répètent la question posée par Jésus à ses disciples : que faites-vous pour toute ces personnes ? Certes, être témoins du Christ, en imitant ses gestes d’amour, comporte souvent des difficultés et des obstacles, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nous-mêmes où l’orgueil peut corrompre le cœur. C’est alors qu’il nous faut répéter avec le psalmiste : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? » (Ps 27, 1). Même si parfois nous hésitons, Dieu nous encourage toujours : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur » (v. 14).
Chers jeunes, c’est surtout à vous que j’adresse cette invitation, car vous êtes les enfants bien-aimés de la terre d’Afrique ! Comme frères et sœurs de Jésus, multipliez vos talents par la foi, par la ténacité et par l’amitié qui vous habitent. Soyez les premiers à incarner les visages et les mains qui portent au prochain le pain de la vie : un aliment de sagesse qui libère de tout ce qui ne nourrit pas, détourne nos bons désirs et vole notre dignité.
Beaucoup connaissent la pauvreté, tant matérielle que spirituelle, dans votre pays pourtant si fertile, le Cameroun. Ne cédez pas à la méfiance et au découragement. Refusez toutes formes d’abus et de violences, qui illusionnent en promettant des gains faciles et endurcissent le cœur le rendant insensible. N’oubliez pas que votre peuple est plus riche encore que cette terre, car son trésor, ce sont ses valeurs : la foi, la famille, l’hospitalité, le travail. Soyez donc les acteurs de l’avenir, en suivant la vocation que Dieu donne à chacun, sans vous laisser acheter par des tentations qui gaspillent les énergies et ne servent pas au progrès de la société.
Pour faire de votre noble esprit une prophétie du monde nouveau, prenez pour exemple ce que nous avons entendu dans les Actes des Apôtres. Les premiers chrétiens témoignaient courageusement du Seigneur Jésus face aux difficultés et aux menaces, et ils persévéraient au milieu des outrages (cf. Ac 5, 40-41). Ces disciples « tous les jours, au Temple et dans leurs maisons, enseignaient sans cesse et annonçaient la Bonne Nouvelle : le Christ, c’est Jésus » (v. 42), c’est-à-dire le Messie, le Libérateur du monde. Oui, le Seigneur libère du péché et de la mort. Annoncer sans relâche cet Évangile est la mission de tout chrétien : c’est la mission que je confie tout particulièrement, à vous les jeunes, et à toute l’Église qui vit au Cameroun. Devenez la bonne nouvelle pour votre pays, comme le fut, par exemple, le Bienheureux Floribert Bwana Chui pour le peuple congolais.
Frères et sœurs, enseigner c’est laisser une trace, comme le fait le laboureur avec sa charrue dans les champs, afin que la semence porte du fruit. C’est ainsi que l’annonce chrétienne change notre histoire, en transformant les esprits et les cœurs. Annoncer Jésus ressuscité, c’est tracer des sillons de justice dans une terre souffrante et opprimée, des sillons de paix au milieu des rivalités et de la corruption, des sillons de foi qui nous libèrent de la superstition et de l’indifférence. Nous allons maintenant, avec cet Évangile dans le cœur, partager le Pain eucharistique qui nous rassasie pour la vie éternelle. Dans une foi joyeuse, demandons au Seigneur de multiplier entre nous ses bienfaits, pour le bien de tous.
19 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à Kilamba, en Angola.
l’Évangile des disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Laissons-nous éclairer par cette Parole de vie.
Deux disciples du Seigneur, le cœur meurtri et triste, partent de Jérusalem pour retourner dans leur village d’Emmaüs. Ils ont vu mourir ce Jésus en qui ils avaient mis leur confiance et qu’ils avaient suivi, et maintenant, déçus et vaincus, ils rentrent chez eux. En chemin, « ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé » (v. 14). Ils ont besoin d’en parler, de se raconter encore ce qu’ils ont vu, de partager ce qu’ils ont vécu, au risque toutefois de rester prisonniers de la douleur, fermés à l’espérance.
Quand on est plongé depuis longtemps dans une histoire ainsi marquée par la douleur, on court le risque des deux disciples d’Emmaüs : perdre l’espoir et rester paralysé par le découragement. En effet, ils marchent, mais ils sont encore figés sur les événements survenus trois jours plus tôt, lorsqu’ils ont vu Jésus mourir ; ils conversent entre eux, mais sans espérer une voie de sortie ; ils parlent encore de ce qui s’est passé, avec la peine de ceux qui ne savent pas comment recommencer, ni même si c’est possible.
Très chers amis, la Bonne Nouvelle du Seigneur, aujourd’hui encore pour nous, est précisément celle-ci : Il est vivant, Il est ressuscité et Il marche à nos côtés tandis que nous parcourons le chemin de la souffrance et de l’amertume, ouvrant nos yeux pour que nous puissions reconnaître son œuvre et nous accordant la grâce de repartir et de reconstruire l’avenir.
Le Seigneur se joint aux deux disciples déçus et à court d’espoir et, en devenant leur compagnon de route, il les aide à rassembler les morceaux de cette histoire, à regarder au-delà de la douleur, à découvrir qu’ils ne sont pas seuls sur le chemin et qu’un avenir, où habite encore le Dieu de l’amour, les attend. Et lorsqu’Il s’arrête pour dîner avec eux, qu’Il s’assoit à table et rompt le pain, alors « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent » (v. 31).
Nous faisons l’expérience de la compagnie du Seigneur surtout dans notre relation avec Lui, dans la prière, dans l’écoute de sa Parole qui fait brûler nos cœurs comme celui des deux disciples, et surtout dans la célébration de l’Eucharistie. C’est ici que nous rencontrons Dieu.
Restez fidèles à ce que l’Église enseigne, ayez confiance en vos pasteurs et gardez le regard fixé sur Jésus qui se révèle en particulier dans la Parole et dans l’Eucharistie. Dans les deux, nous faisons l’expérience que le Seigneur ressuscité marche à nos côtés et, unis à lui, nous aussi, nous vainquons les morts qui nous assiègent et nous vivons comme des ressuscités.
À cette certitude de ne pas être seuls sur le chemin s’ajoute également un engagement généreux, capable d’apaiser les blessures et de raviver l’espoir. En effet, si les deux disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus lorsqu’il rompt le pain pour eux, cela signifie que nous devons nous aussi le reconnaître ainsi : non seulement dans l’Eucharistie, mais partout où une vie se fait pain rompu, partout où quelqu’un se fait don de compassion à l’instar de Lui.
Par la grâce du Christ Ressuscité, nous pouvons devenir ce pain rompu qui transforme la réalité. Et tout comme l’Eucharistie nous rappelle que nous formons un seul corps et un seul esprit, unis à l’unique Seigneur, nous aussi, nous pouvons et nous voulons construire un pays où les vieilles divisions seront définitivement surmontées, où la haine et la violence disparaîtront, où le fléau de la corruption sera guéri par une nouvelle culture de justice et de partage. Ce n’est qu’ainsi qu’un avenir d’espoir sera possible, surtout pour les nombreux jeunes qui l’ont perdu.
Il faut regarder vers l’avenir avec espérance et construire l’espérance de l’avenir. N’ayez pas peur de le faire ! Jésus Ressuscité, qui chemine avec vous et qui, pour vous, se donne comme le pain, vous encourage à être les témoins de sa résurrection et les acteurs d’une nouvelle humanité et d’une nouvelle société.
20 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée à l’esplanade de Saurimo, en Angola
Partout dans le monde, l’Église vit comme un peuple qui marche à la suite du Christ, notre frère et Rédempteur : Lui, le Ressuscité, nous éclaire la route vers le Père et, par la force de l’Esprit, il nous sanctifie afin que nous transformions notre mode de vie selon son amour. Telle est la Bonne Nouvelle, l’Évangile qui coule comme le sang dans nos veines, en nous soutenant tout au long de la route.
Dans la joie et la beauté de notre assemblée réunie au nom de Jésus, écoutons avec un cœur ouvert sa Parole de salut, car elle nous fait réfléchir sur la raison et sur la fin pour lesquelles nous suivons le Seigneur.
En effet, lorsque le Fils de Dieu s’incarne, il pose des gestes éloquents pour manifester la volonté du Père : il éclaire les ténèbres en rendant la vue aux aveugles, il donne la parole aux opprimés en déliant la langue des muets, il rassasie notre faim de justice en multipliant le pain pour les pauvres et les faibles. Quiconque entend parler de ces œuvres se met à la recherche de Jésus. En même temps, le Seigneur voit dans notre cœur et nous demande si nous le cherchons par gratitude ou par intérêt, par calcul ou par amour. Il dit en effet à ceux qui le suivaient : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6, 26). Ses paroles révèlent les intentions de ceux qui ne souhaitent pas rencontrer une personne, mais seulement consommer des objets. La foule voit Jésus comme un instrument au service d’autre chose, un prestataire de services. S’il ne leur donnait pas à manger, ses gestes et ses enseignements ne les intéresseraient pas.
Cela se produit lorsque la foi authentique est remplacée par un échange superstitieux, dans lequel Dieu devient une idole que l’on recherche seulement lorsque l’on en a besoin, et tant que l’on en a besoin. Même les plus beaux dons du Seigneur, qui prend toujours soin de son peuple, deviennent dès lors une exigence, une récompense ou un moyen de chantage, et sont mal interprétés par ceux-là mêmes qui les reçoivent. Le récit évangélique nous fait donc comprendre qu’il existe de mauvaises raisons de rechercher le Christ, surtout lorsqu’il est considéré comme un gourou ou un porte-bonheur. Même la fin que cette foule se propose est inadéquate : en effet, elle ne cherche pas un maître à aimer, mais un chef à vénérer pour son propre intérêt.
L’attitude de Jésus à notre égard est bien différente : en effet, il ne rejette pas cette recherche peu sincère, mais l’encourage à se convertir. Il ne chasse pas la foule, mais invite chacun à examiner ce qui bat dans son cœur. Le Christ nous appelle à la liberté : il ne veut ni serviteurs ni clients, mais il cherche des frères et sœurs auxquels se dévouer de tout son être. Pour répondre avec foi à cet amour, il ne suffit pas d’entendre parler de Jésus : il faut accueillir le sens de ses paroles. Il ne suffit pas non plus de voir ce que Jésus fait : il faut suivre et imiter son initiative. Lorsque, dans le signe du pain partagé, nous voyons la volonté du Sauveur qui se donne lui-même pour nous, alors nous nous approchons de la véritable rencontre avec Jésus qui devient sequela, mission et vie.
L’avertissement que le Seigneur adresse à la foule se transforme ainsi en une invitation : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Par ces mots, le Christ nous révèle son véritable don : il ne nous appelle pas à nous désintéresser du pain quotidien, qu’il multiplie au contraire en abondance et nous enseigne à demander dans la prière. Il nous enseigne la bonne manière de rechercher le pain de vie, cette nourriture qui nous soutient pour toujours. Le désir de la foule trouve ainsi une réponse encore plus grande et surprenante : Jésus ne nous donne pas une nourriture qui s’épuise, mais un pain qui ne nous fait pas périr, parce qu’il est aliment de vie éternelle.
Son don éclaire notre présent : aujourd’hui, en effet, nous voyons que de nombreux désirs des gens sont frustrés par les violents, exploités par les tyrans et trompés par la richesse. Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns. Face à ces maux, le Christ écoute le cri des peuples et renouvelle notre histoire : de chaque chute, il nous relève ; dans chaque souffrance, il nous réconforte ; dans la mission, il nous encourage. À l'image du pain vivant qu'il nous donne sans cesse, l'Eucharistie, ainsi son histoire ne connaît pas de fin, et c'est pourquoi elle enlève la fin de notre histoire, à savoir la mort, que le Ressuscité ouvre par la force de son Esprit. Le Christ vit ! Il est notre Rédempteur. Tel est l’Évangile que nous partageons, faisant de tous les peuples de la terre des frères. Telle est l’annonce qui transforme le péché en pardon. Telle est la foi qui sauve la vie !
Le témoignage pascal concerne donc certes le Christ, le Crucifié qui est ressuscité, mais c’est précisément pour cette raison qu’il nous concerne aussi : c’est en Lui que s’exprime l’annonce de notre résurrection. Nous ne sommes pas venus au monde pour mourir. Nous ne sommes pas nés pour devenir esclaves de la corruption de la chair, ni de celle de l’âme : toute forme d’oppression, de violence, d’exploitation et de mensonge nie la résurrection du Christ, don suprême de notre liberté. Cette libération du mal et de la mort, en effet, ne se produit pas seulement à la fin des temps, mais dans l’histoire de chaque jour. Que devons-nous faire pour accueillir ce don ? L’Évangile lui-même nous l’enseigne : « L’œuvre de Dieu : c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). Oui, nous croyons ! Aujourd’hui, ensemble, nous le disons avec force et avec gratitude envers Toi, Seigneur Jésus. Nous voulons Te suivre et Te servir en notre prochain : ta parole est pour nous règle de vie, critère de vérité.
En partageant l’Eucharistie, pain de vie éternelle, nous sommes appelés à servir notre peuple avec un dévouement qui relève de toute chute, qui reconstruit ce que la violence détruit et qui partage avec joie les liens fraternels. À travers nous, l’initiative de la grâce divine porte de bons fruits surtout dans l’adversité, comme le montre l’exemple du protomartyr Étienne (cf. Ac 6, 8-15).
Très chers amis, le témoignage des martyrs et des saints nous encourage et nous incite à suivre un chemin d’espérance, de réconciliation et de paix, sur lequel le don de Dieu devient l’engagement de l’homme au sein de la famille, de la communauté chrétienne et de la société civile. En le parcourant ensemble, à la lumière de l’Évangile, l’Église en Angola grandit à la mesure de cette fécondité spirituelle qui commence par l’Eucharistie et se poursuit dans la prise en charge complète de chaque personne et de tout le peuple. En particulier, la vitalité des vocations que vous vivez est signe de la réponse au don du Seigneur, toujours abondant pour celui qui l’accueille avec un cœur pur. Grâce au Pain de vie nouvelle que nous partageons aujourd’hui nous pouvons poursuivre le chemin de l’Église tout entière, ayant pour but le Royaume de Dieu, pour lumière la foi et pour âme la charité.
22 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en la Basilique de l’Immaculée Conception, à Mongomo, en Guinée Equatoriale
L’Eucharistie renferme véritablement tout le bien spirituel de l’Église : c’est le Christ, notre Pâque, qui se donne à nous, c’est le Pain vivant qui nous rassasie, c’est la présence qui nous révèle l’amour infini de Dieu pour toute la famille humaine et sa volonté de venir à la rencontre de chaque femme et de chaque homme, aujourd'hui encore.
23 avril 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au stade de Malabo, en Guinée Equatoriale
Les Écritures d’entendre nous interpellent, demandant à chacun de nous si et comment nous savons lire les pages bibliques que nous partageons aujourd’hui. Il s’agit d’une invitation aussi sérieuse que providentielle, car elle nous prépare à lire ensemble le livre de l’histoire, c’est-à-dire les pages de notre vie, que Dieu continue d’inspirer par sa sagesse.
En accompagnant un voyageur qui, de Jérusalem, retourne précisément en Afrique, le diacre Philippe lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30). Ce pèlerin, un eunuque de la reine d’Éthiopie, lui répond aussitôt avec une humble sagesse : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » (v. 31). Sa question devient ainsi non seulement un appel à la vérité, mais aussi l’expression d’une curiosité. Regardons attentivement celui qui parle : c’est un homme riche, comme sa terre, mais esclave. Tous les trésors qu’il administre ne lui appartiennent pas : ce qui lui appartient, ce sont les efforts qui profitent à d’autres. Cet homme possède intelligence et culture, et il le démontre tant dans le travail que dans la prière, mais il n’est pas pleinement libre. Cet état est douloureusement imprimé sur son corps : il s’agit en effet d’un eunuque. Il ne peut pas engendrer la vie : ses énergies sont toutes au service d’un pouvoir qui le contrôle et le domine.
Au moment même où il retourne dans sa patrie, l’Afrique, devenue pour lui un lieu d’esclavage, l’annonce de l’Évangile le libère. La parole de Dieu, qu’il tient entre ses mains, porte un fruit surprenant dans sa vie : lorsqu’il rencontre Philippe, témoin du Christ crucifié et ressuscité, l’eunuque devient non seulement un lecteur de la Bible, c’est-à-dire un spectateur, mais aussi le protagoniste d’un récit qui l’implique, car il le concerne directement. Le texte sacré lui parle et suscite en lui une quête de vérité. C’est ainsi que cet Africain entre dans l’Écriture, accueillante à tout lecteur désireux de comprendre la parole de Dieu. Il entre dans l’histoire du salut, accueillante à chaque homme et chaque femme, particulièrement les opprimés, les marginalisés et aux plus démunis. Au texte écrit correspond désormais le geste vécu : en recevant le baptême, il n’est plus un étranger, mais il devient fils de Dieu, notre frère dans la foi. Esclave et sans descendance, cet homme renaît à une vie nouvelle et libre au nom du Seigneur Jésus : c’est de sa rédemption que nous parlons encore aujourd’hui, au moment même où nous lisons les Écritures !
Tout comme lui, nous sommes nous aussi devenus chrétiens par le baptême, héritant de la même lumière, c’est-à-dire de la même foi, pour lire la Parole de Dieu. Pour réfléchir sur les prophéties, pour prier les psaumes, pour étudier la Loi et proclamer l’Évangile par notre vie. En effet, tous les textes bibliques révèlent leur véritable sens dans la foi, car c’est dans la foi qu’ils ont été écrits et transmis jusqu’à nous : c’est pourquoi leur lecture est un acte toujours personnel et toujours ecclésial, et non un exercice solitaire ou purement technique.
Ensemble, nous lisons l’Écriture comme un bien commun de l’Église, ayant pour guide le Saint-Esprit qui a inspiré sa rédaction et par la Tradition apostolique qui l’a préservée et diffusée sur toute la terre. Comme le demande l’eunuque, nous pouvons nous aussi comprendre la parole de Dieu grâce à un guide qui nous accompagne sur le chemin de la foi, à l’instar du diacre Philippe, qui « prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus » (v. 35). Le voyageur africain lisait une prophétie qui s’est accomplie pour lui à l’époque comme elle s’accomplit pour nous aujourd’hui : le serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe (cf. Is 53, 7-8 ) est Jésus, celui qui, par sa passion, sa mort et sa résurrection, nous rachète du péché et de la mort. Il est le Verbe fait homme, en qui s’accomplit toute parole de Dieu : il en révèle l’intention originelle, le sens plein et la fin ultime.
En effet, comme le Christ le dit, “seul celui qui vient de Dieu a vu le Père” (cf. Jn 6, 46). Dans le Fils, le Père lui-même manifeste sa gloire : Dieu se fait voir, entendre, toucher. À travers les gestes de Jésus, le Rédempteur, il donne toute sa plénitude à ce qu’il fait depuis toujours : donner la vie. Il crée le monde, il le sauve, il l’aime à jamais. À ceux qui l’écoutent, Jésus rappelle un signe de cette providence constante : « Au désert, vos pères ont mangé la manne » (v. 49). Il fait ainsi référence à l’expérience de l’exode : un chemin de libération de l’esclavage, qui est pourtant devenu une errance épuisante, longue de quarante ans, parce que le peuple n’a pas cru à la promesse du Seigneur, allant jusqu’à regretter l’Égypte (cf. Ex 16, 3). Sous le joug du pharaon, en effet, le peuple mangeait les fruits de la terre ; Dieu, en revanche, le conduit dans le désert, où le pain ne peut venir que de sa providence. La manne est donc une épreuve, une bénédiction et une promesse, que Jésus vient accomplir. À ce signe ancien succède désormais le sacrement de la nouvelle et éternelle Alliance : l’Eucharistie, pain consacré par celui qui est descendu du ciel pour devenir notre nourriture. Si ceux qui ont mangé la manne « sont morts » (Jn 6, 49), celui qui mange ce pain vit éternellement (cf. v. 51) car le Christ est vivant ! Il est le Ressuscité, et il continue à donner sa vie pour tous.
Par l’exode définitif qu’est la Pâque de Jésus, chaque peuple est libéré de l’esclavage du mal. Alors que nous célébrons cet événement de salut, le Seigneur nous appelle à un choix décisif : « Il a la vie éternelle, celui qui croit » (v. 47). En Jésus, une possibilité surprenante nous est donnée : Dieu se donne lui-même pour nous. Ai-je confiance que son amour est plus fort que ma mort ? En décidant de croire en lui, chacun de nous choisit entre un désespoir certain et une espérance que Dieu rend possible. Alors, notre soif de vie et de justice trouve son apaisement dans la parole de Jésus : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (v. 51).
Merci, Seigneur ! Nous te louons et te bénissons, car tu as voulu devenir pour nous l’Eucharistie, le pain de vie éternelle, afin que nous puissions vivre pour toujours. En ce moment même, chers amis, alors que nous célébrons ce sacrement de salut, nous pouvons nous exclamer avec joie : « Le Christ est tout pour nous ! » En Lui, nous trouvons la plénitude de la vie et du sens : « Si tu es opprimé par l’iniquité, Il est la justice ; si tu as besoin d’aide, Il est la force ; si tu crains la mort, Il est la vie ; si tu désires le Ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière ; (Saint Ambroise, De Virginitate, 16, 99). En la compagnie du Seigneur, nos problèmes ne disparaissent pas, mais ils sont éclairés : comme chaque croix trouve sa rédemption en Jésus, de même, dans l’Évangile, l’histoire de notre vie trouve un sens. C’est pourquoi aujourd’hui, chacun de nous peut dire : « Béni soit Dieu qui n'a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour » (Ps 65, 20). Il nous aime le premier, toujours : sa parole est pour nous l’Évangile, et nous n’avons rien de mieux à annoncer au monde. Cette évangélisation nous engage tous, à partir du baptême, qui est sacrement de fraternité, bain de pardon et source d’espérance. À travers notre témoignage, l’annonce du salut devient geste, devient service, devient pardon : en un mot, devient Église !
6 mai 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
En nous attardant aujourd’hui sur une partie du chapitre VII de la Constitution du Concile Vatican II sur l’Église, méditons sur l’une de ses caractéristiques fondamentales : la dimension eschatologique. En effet, l’Église chemine dans cette histoire terrestre en restant toujours tournée vers son but ultime, qui est la patrie céleste. Il s’agit d’une dimension essentielle que pourtant nous négligeons ou minimisons souvent, car nous sommes trop concentrés sur ce qui est immédiatement visible et sur les dynamiques plus concrètes de la vie de la communauté chrétienne.
L’Église est le peuple de Dieu en marche dans l’histoire, qui a pour but de toute son action le Royaume de Dieu (cf. LG, 9). Jésus a fondé l’Église précisément en annonçant ce Royaume d’amour, de justice et de paix (cf. LG 5). Nous sommes donc appelés à considérer la dimension communautaire et cosmique du salut en Christ et à tourner notre regard vers cet horizon final, afin de mesurer et d’évaluer tout dans cette perspective.
L’Église vit dans l’histoire au service de l’avènement du Royaume de Dieu dans le monde. Elle annonce à tous et en tout temps les paroles de cette promesse, en reçoit un gage dans la célébration des sacrements, en particulier de l’Eucharistie, et les met en œuvre et en expérimente la logique dans les relations d’amour et de service. Elle sait en outre qu’elle est le lieu et le moyen où l’union avec le Christ se réalise « plus étroitement » (LG, 48), tout en reconnaissant que le salut peut être donné par Dieu dans l’Esprit Saint même en dehors de ses limites visibles.
À cet égard, la Constitution Lumen Gentium fait une affirmation importante : l’Église est « sacrement universel de salut » (LG, 48), c’est-à-dire signe et instrument de cette plénitude de vie et de paix promise par Dieu. Cela signifie qu’elle ne s’identifie pas parfaitement au Royaume de Dieu, mais qu’elle en est le germe et le commencement, car l’accomplissement ne sera donné à l’humanité et au cosmos qu’à la fin des temps. Les croyants en Christ cheminent donc dans cette histoire terrestre, marquée par la maturation du bien mais aussi par les injustices et les souffrances, sans être ni illusionnés ni désespérés ; ils vivent guidés par la promesse reçue de « Celui qui fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). C’est pourquoi l’Église accomplit sa mission entre le “déjà” du commencement du Royaume de Dieu en Jésus et le “pas encore” de l’accomplissement promis et attendu. Gardienne d’une espérance qui éclaire le chemin, elle est également investie de la mission de prononcer des paroles claires pour rejeter tout ce qui mortifie la vie et en empêche le développement, et de prendre position en faveur des pauvres, des exploités, des victimes de la violence et de la guerre, ainsi que de tous ceux qui souffrent, dans leur corps et dans leur esprit (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 159).
Signe et sacrement du Royaume, l’Église est le peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre qui, à partir précisément de la promesse finale, lit et interprète à la lumière de l’Évangile les dynamiques de l’histoire, dénonçant le mal sous toutes ses formes et annonçant, par la parole et par les œuvres, le salut que le Christ veut réaliser pour toute l’humanité et son Royaume de justice, d’amour et de paix. L’Église, donc, ne s’annonce pas elle-même ; au contraire, en elle, tout doit renvoyer au salut en Christ.
Dans cette perspective, l’Église est appelée à reconnaître humblement la fragilité humaine et le caractère éphémère de ses propres institutions qui, bien qu’étant au service du Royaume de Dieu, portent l’empreinte fugace de ce monde (cf. LG, 48). Aucune institution ecclésiale ne peut être absolutisée ; au contraire, puisqu’elles vivent dans l’histoire et dans le temps, elles sont appelées à une conversion continuelle, au renouvellement des formes et à la réforme des structures, à la régénération constante des relations, afin qu’elles puissent véritablement correspondre à leur mission.
Dans la perspective du Royaume de Dieu, il faut également prendre en compte la relation entre les chrétiens qui accomplissent aujourd’hui leur mission et ceux qui ont déjà achevé leur existence terrestre et se trouvent dans un état de purification ou de béatitude. Lumen gentium affirme en effet que tous les chrétiens forment une seule Église, qu’il existe une communion et une participation aux biens spirituels fondée sur l’union avec le Christ de tous les croyants, une sollicitude fraternelle entre l’Église terrestre et l’Église céleste : cette communion des saints qui se vit en particulier dans la liturgie (cf. LG, 49-51). En priant pour les défunts et en suivant les traces de ceux qui ont déjà vécu en tant que disciples de Jésus, nous sommes nous aussi soutenus dans notre cheminement et nous renforçons l’adoration de Dieu : marqués par l’unique Esprit et unis dans l’unique liturgie, avec ceux qui nous ont précédés dans la foi, nous louons et rendons gloire à la Très Sainte Trinité.
Soyons reconnaissants aux Pères conciliaires de nous avoir rappelé cette dimension si importante et si belle de l’être chrétien, et efforçons-nous de la cultiver dans notre vie.
8 mai 2026 – Salutation du Pape Léon XIV à la population de Pompéi, à son arrivée.
Merci, merci ! Bonjour à tous ! Bonjour Pompéi !
Merci pour votre présence. Nous nous préparons à célébrer la Sainte Messe, cette très belle rencontre avec Jésus dans l’Eucharistie. Jésus marche toujours avec nous, près de nous. Et en ce sanctuaire nous savons combien notre Mère est toujours avec nous, notre Mère, Marie, nous accompagne par son intercession, son amour. Elle est toujours avec ses enfants. Avec cette confiance nous prierons ensemble et célébrerons la joie d’être des baptisés disciples de Jésus-Christ, tous appelés à être la présence du Christ dans le monde.
8 mai 2026 – Salutation du Pape Léon XIV aux personnes malades et handicapées, à Pompéi.
Quelle belle journée !
Combien de bénédictions le Seigneur a voulu donner à nous tous aujourd’hui. Je me sens le premier béni de pouvoir venir au Sanctuaire de la Sainte Vierge , en ce jour de la Supplique, en cet anniversaire. Merci à vous tous d’être ici !
Maintenant nous nous préparons à célébrer la Sainte Messe. Vous pourrez suivre sur les écrans. Nous sommes tous unis en Jésus-Christ, avec notre Mère, Marie, en cette très belle bénédiction, en cette très belle journée. Jésus aujourd’hui aussi se fait proche de nous. Jésus è toujours avec nous, qui chemine avec nous. Dieu vous bénisse tous. … Père, Fils et Saint Esprit descende sur vous et y demeure à jamais
8 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de Messe et supplication à Notre-Dame du Rosaire de Pompéi
« Mon âme exalte le Seigneur ». Ces paroles, par lesquelles nous avons répondu à la première Lecture, jaillissent du cœur de la Vierge Marie lorsqu’elle présente à Élisabeth le fruit de son sein, Jésus, le Sauveur. Après elle, Zacharie, le père de Jean-Baptiste, et le vieillard Siméon chanteront pour le Christ. Ces trois cantiques rythment chaque jour la louange de l’Église dans la Liturgie des Heures. Ils sont le regard de l’ancien Israël, qui voit s’accomplir ses promesses ; ils sont le regard de l’Église Épouse, tournée vers son Époux divin ; ils sont implicitement le regard de l’humanité entière, qui trouve une réponse à son désir ardent de salut.
Il y a cent cinquante ans, en posant la première pierre de ce Sanctuaire, dans le lieu où l’éruption du Vésuve de l’an 79 après Jésus-Christ avait enseveli sous la cendre les signes d’une grande civilisation, les protégeant pendant des siècles, saint Bartolo Longo, avec son épouse la comtesse Marianna Farnararo De Fusco, jetait les bases non seulement d’un temple, mais d’une véritable cité mariale. Il exprimait ainsi la conscience d’un dessein de Dieu que saint Jean-Paul II, parlant en ce lieu de grâce le 7 octobre 2003, à la conclusion de l’Année du Rosaire, relançait pour le Troisième Millénaire, dans la perspective de la nouvelle évangélisation : « Aujourd’hui, disait-il, comme au temps de l’antique Pompéi, il est nécessaire d’annoncer le Christ à une société qui s’éloigne des valeurs chrétiennes et en perd même la mémoire ».
Il y a exactement un an, lorsque le ministère de Successeur de Pierre m’a été confié, c’était précisément le jour de la Supplique à la Vierge, cette très belle journée de la Supplique à la Vierge du Saint Rosaire de Pompéi ! Je devais donc venir ici, placer mon service sous la protection de la Vierge Sainte. Le fait d’avoir ensuite choisi le nom de Léon me place sur les traces de Léon XIII, qui eut, entre autres mérites, celui d’avoir développé un vaste Magistère sur le Saint Rosaire. À tout cela s’ajoute la récente canonisation de saint Bartolo Longo, apôtre du Rosaire. Ce contexte nous donne une clé pour réfléchir à la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.
L’Évangile de l’Annonciation nous introduit au moment où le Verbe de Dieu se fait chair dans le sein de Marie. De ce sein rayonne la Lumière qui donne son plein sens à l’histoire et au monde. La salutation que l’ange Gabriel adresse à la Vierge est une invitation à la joie : « Réjouis-toi, comblée de grâce » (Lc 1, 28 ; cf. So 3, 14). Oui, l’Ave Maria est une invitation à la joie : il dit à Marie, et en elle à nous tous, que sur les ruines de notre humanité éprouvée par le péché, et donc toujours inclinée aux abus, aux oppressions et aux guerres, est venue la caresse de Dieu, la caresse de la miséricorde, qui prend en Jésus un visage humain.
Marie devient ainsi Mère de la miséricorde. Disciple de la Parole et instrument de son incarnation, elle se révèle vraiment la « pleine de grâce ». Tout en elle est grâce ! En offrant au Verbe sa propre chair, elle devient aussi, comme l’enseigne le Concile Vatican II à la suite de saint Augustin, « mère des membres du Christ […] parce qu’elle a coopéré par la charité à la naissance des fidèles dans l’Église, qui sont les membres de ce Chef » (Constitution dogmatique Lumen gentium, 53 ; cf. saint Augustin, De sancta virginitate, 6). Dans le « Me voici » de Marie naît non seulement Jésus, mais aussi l’Église, et Marie devient à la fois Mère de Dieu — Theotokos — et Mère de l’Église.
Grand mystère ! Tout se réalise dans la puissance de l’Esprit Saint, qui couvre Marie de son ombre et rend fécond son sein virginal. Ce moment de l’histoire possède une douceur et une puissance qui attirent le cœur et le portent à cette hauteur contemplative où germe la prière du Saint Rosaire. Cette prière, née et développée progressivement au cours du deuxième millénaire, plonge ses racines dans l’histoire du salut, et trouve comme son prélude dans la Salutation de l’Ange à la Vierge. « Je vous salue, Marie ! » La répétition de cette prière dans le Rosaire est comme l’écho de la salutation de Gabriel, un écho qui traverse les siècles et guide le regard du croyant vers Jésus, vu avec les yeux et le cœur de sa Mère. Jésus adoré, contemplé, assimilé dans chacun de ses mystères, afin que nous puissions dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 19).
Précédé par la proclamation de la Parole de Dieu, enchâssé entre le Notre Père et le Gloria, l’Ave Maria qui se répète dans le Saint Rosaire est un acte d’amour. N’est-il pas propre à l’amour de répéter sans se lasser : « Je t’aime » ? C’est un acte d’amour qui, sur les grains du chapelet, comme on le voit bien dans le tableau marial de ce Sanctuaire, nous fait remonter vers Jésus et nous conduit à l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (Lumen gentium, 11). Saint Bartolo Longo en était convaincu lorsqu’il écrivait : « L’Eucharistie est le Rosaire vivant, et tous les mystères se retrouvent dans le saint Sacrement sous une forme active et vitale » (Il Rosario e la Nuova Pompei, 1914, p. 86).
Il avait raison. Dans l’Eucharistie, tous les mystères de la vie du Christ se retrouvent, pour ainsi dire, concentrés dans le mémorial de son sacrifice et dans sa présence réelle. Le Rosaire a une physionomie mariale, mais un cœur christologique et eucharistique (cf. Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, 1). Si la Liturgie des Heures rythme les temps de la louange de l’Église, le Rosaire rythme le mouvement de notre vie en la ramenant sans cesse à Jésus et à l’Eucharistie.
Des générations de croyants ont été formées et gardées par cette prière simple et populaire, et en même temps capable d’élévations mystiques et dépositaire de la théologie chrétienne la plus essentielle. Qu’y a-t-il en effet de plus essentiel que les mystères du Christ, que son saint Nom, prononcé avec la tendresse de la Vierge Marie ? C’est en ce Nom, et en aucun autre, que nous pouvons être sauvés (cf. Ac 4, 12). En le répétant dans chaque Ave Maria, nous faisons en quelque sorte l’expérience de la maison de Nazareth, comme si nous entendions à nouveau la voix de Marie et de Joseph durant les longues années où Jésus vécut avec eux.
Nous faisons aussi l’expérience du Cénacle, où les Apôtres, avec Marie, attendirent l’effusion de l’Esprit Saint. C’est ce que nous a montré la première Lecture. Comment ne pas penser que, durant ce temps entre l’Ascension et la Pentecôte, Marie et les Apôtres rivalisaient pour se souvenir des différents moments de la vie de Jésus ? Aucun détail ne devait leur échapper ! Tout devait être rappelé, assimilé, imité. Ainsi naît le chemin contemplatif de l’Église, dont le Rosaire, à la manière de l’Année liturgique, offre la synthèse dans la méditation quotidienne des saints Mystères. C’est à juste titre que le Rosaire a été considéré comme un résumé de l’Évangile, que saint Jean-Paul II a voulu compléter par les Mystères lumineux. Cette dimension fut également très vive chez saint Bartolo Longo, qui offrit aux pèlerins de profondes méditations afin de soustraire le Saint Rosaire à la tentation d’une récitation mécanique et de lui assurer le souffle biblique, christologique et contemplatif qui doit le caractériser.
Sœurs et frères, si le Rosaire est « prié » et, j’oserais dire, « célébré » de cette manière, il devient aussi, par conséquence naturelle, source de charité. Charité envers Dieu, charité envers le prochain : deux faces d’une même médaille, comme nous le rappelait la deuxième Lecture, tirée de la première Lettre de saint Jean, qui se concluait par cette exhortation : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). C’est pourquoi saint Bartolo Longo a été apôtre du Rosaire et, en même temps, apôtre de la charité. Dans cette Cité mariale, il accueillit des orphelins et des enfants de prisonniers, manifestant la force régénératrice de l’amour. Ici encore aujourd’hui, les plus petits et les plus faibles sont accueillis et pris en charge dans les Œuvres du Sanctuaire.
Le Rosaire tourne le regard vers les besoins du monde, comme le soulignait la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, en proposant particulièrement deux intentions qui demeurent d’une actualité pressante : la famille, qui souffre de l’affaiblissement du lien conjugal, et la paix, mise en danger par les tensions internationales et par une économie qui préfère le commerce des armes au respect de la vie humaine.
Lorsque saint Jean-Paul II proclama l’Année du Rosaire — l’année prochaine en marquera le vingt-cinquième anniversaire —, il voulut la placer d’une manière spéciale sous le regard de la Vierge de Pompéi. Depuis lors, les temps ne se sont pas améliorés. Les guerres qui se poursuivent encore dans tant de régions du monde exigent un engagement renouvelé, non seulement économique et politique, mais aussi spirituel et religieux. La paix naît au-dedans du cœur. Ce même Pontife, en octobre 1986, avait rassemblé à Assise les responsables des principales religions, invitant tous à prier pour la paix. À plusieurs reprises, y compris récemment, le pape François et moi-même avons demandé aux fidèles du monde entier de prier à cette intention.
Nous ne pouvons pas nous résigner aux images de mort que l’actualité nous présente chaque jour. Depuis ce Sanctuaire, dont la façade fut conçue par saint Bartolo Longo comme un monument à la paix, nous élevons aujourd’hui avec foi notre Supplique. Jésus nous a dit que la prière faite avec foi peut tout obtenir (cf. Mt 21, 22). Et saint Bartolo Longo, pensant à la foi de Marie, la définit comme « toute-puissante par grâce ». Par son intercession, que vienne du Dieu de la paix une effusion surabondante de miséricorde, qui touche les cœurs, apaise les rancœurs et les haines fratricides, et éclaire ceux qui ont des responsabilités particulières de gouvernement.
Frères et sœurs, aucune puissance terrestre ne sauvera le monde, mais seulement la puissance divine de l’amour, cette puissance divine de l’amour que Jésus, le Seigneur, nous a révélée et donnée. Croyons en Lui, espérons en Lui, suivons-Le !
18 mai 2026 – Discours du Pape Léon XIV à une délégation de la « Catholic Extension Society »
Ce n’est qu’après avoir reçu la promesse de l’Esprit Saint que les apôtres commencèrent à proclamer Jésus de Nazareth aux hommes et aux femmes « de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Ac 2, 5), annonçant la Bonne Nouvelle du salut et de la vie nouvelle dans le Christ. Ce qui suit dans le livre des Actes est l’histoire de l’Église primitive et de la diffusion de l’Évangile, d’abord à Jérusalem, puis dans les régions voisines. À mesure que le Seigneur augmentait leur nombre, ils commencèrent à former des communautés fondées sur l’unité fraternelle et sur l’enseignement des apôtres, nourries et fortifiées par l’Eucharistie et par une vie de prière (cf. vv. 42-47).
L’Église primitive témoigne du fait que, partout où existe une véritable communauté de foi, la charité chrétienne inspire ses membres à soulager les souffrances des autres et à prendre soin de ceux qui sont dans le besoin, spécialement des pauvres (cf. Ac 2, 45 ; 6, 1-6). L’amour des pauvres peut donc être compris comme « la garantie évangélique d’une Église fidèle au cœur de Dieu » (Dilexi te, n. 103), et il ouvre aussi la porte pour que ceux que nous servons puissent connaître plus profondément le Seigneur, tandis que nous rendons témoignage à son amour.
20 mai 2026 - Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).
En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).
Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.
Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).
Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».
Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).
Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).
Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.
24 mai 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe de la Pentecôte
Chers frères et sœurs,
aujourd’hui le temps pascal trouve en cette solennité de la Pentecôte, son accomplissement. Pour mettre en lumière l’unité de cet événement du salut, l’Évangile nous ramène au “premier jour de la semaine” (cf. Jn 20, 19), c’est-à-dire à ce jour nouveau où Jésus ressuscité apparaît aux disciples en leur montrant « ses mains et son côté » (v. 20). Le Seigneur révèle son corps glorieux, précisément ses plaies, les blessures de la crucifixion. Ces signes de la Passion, plus éloquents que tout discours, sont transfigurés : Celui qui était mort vit à jamais.
En voyant le Seigneur, les disciples, eux aussi, reprennent vie : ils s’étaient enfermés dans le Cénacle, remplis de peur, mais Jésus y entre malgré les portes fermées et les comble de joie. Il passe à travers notre mort, ouvre le tombeau et l’ouvre en grand là où, pour nous, il n’y avait plus d’issue. À son geste, le Christ joint la parole : « La paix soit avec vous » (v. 19) ; et aussitôt après, il souffle sur les disciples le Saint-Esprit. Le Ressuscité est plein de vie : après avoir manifesté la vie du corps, en tant que vrai homme, il donne celle de Dieu, comme Fils aimé du Père, devenu pour nous frère et Rédempteur. Dans ce même cénacle où il a institué l’alliance nouvelle et éternelle, Jésus répand l’Esprit : le lieu du repas et de la trahison se transforme et, de tombeau des Apôtres, devient pour toute l’Église la motrice de résurrection. C’est pourquoi la Pentecôte est une fête pascale et la fête du corps du Christ, que nous sommes par grâce.
En célébrant ce mystère, je voudrais m’arrêter sur quelques aspects.
Tout d’abord, l’Esprit du Ressuscité est l’Esprit de la paix. En effet, dans sa Pâque, le Christ fait la paix entre Dieu et l’humanité, et le Saint-Esprit l’insuffle dans les cœurs et la répand dans le monde. Cette paix vient du pardon et nous conduit au pardon : elle commence par le pardon donné par Jésus lui-même qui a été trahi, condamné et crucifié par nous. En nous surprenant par son amour, c’est Lui-même, le Ressuscité, qui dit : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 23). Par ces paroles, Jésus nous confie une œuvre divine, car seul Dieu peut pardonner les péchés (cf. Mc 2, 7). Cette autorité est donnée en signe d’une réconciliation universelle : le Seigneur répand l’Esprit de paix d’un bout à l’autre de l’histoire, car Celui qui a racheté tous les hommes de la mort n’exclut personne. Le Saint-Esprit, en effet, est Seigneur et donne la vie depuis le commencement de la création lorsqu’Il planait sur les eaux (cf. Gn 1, 2), et maintenant, par sa rédemption, Il change l’histoire du monde : vraiment, la Pentecôte s’accomplit comme la fête de la Nouvelle Alliance, c’est-à-dire de l’alliance entre Dieu et tous les peuples de la terre. Tandis que le fracas venu du ciel, le vent et les langues de feu dans le Cénacle rappellent les signes anciens du Sinaï (cf. Ac 2, 2-3 ; Ex 19, 16-19), la loi sainte de Dieu s’écrit dans les cœurs, gravée par l’Esprit avec des lettres d’amour dans la chair du Christ et dans son corps, qui est l’Église.
Cette loi est le code de la paix : c’est le double commandement de l’amour que l’Esprit nous rappelle à chaque battement de cœur. Avec notre cœur, nous pouvons donc implorer : “Veni Sancte Spiritus”, car Il nous a déjà été donné. Nous pouvons le désirer, car il nous a déjà été promis. Nous pouvons l’accueillir, car Lui-même est le doux hôte de nos âmes.
Un deuxième aspect : l’Esprit du Ressuscité est l’Esprit de la mission : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21). Nous sommes ainsi associés à la mission de Jésus : celle de Celui qui sort de Dieu et retourne à Dieu par la puissance de l’Esprit qui procède du Père et du Fils, avec eux est adoré et glorifié, Dieu unique. Le Saint-Esprit est la charité vivante du Christ qui nous imprègne, nous stimule et nous soutient dans la mission (cf. 2 Co 5, 14). Tout en donnant aux Apôtres le pouvoir de s’exprimer dans la diversité des langues (cf. Ac 2, 4), ce même Esprit enseigne à l’humanité la parole du salut.
Maintenant que les Apôtres ont reçu en eux le Souffle du Ressuscité, cette annonce sort de leur bouche, elle a la voix de Pierre et de tous ceux qui sont avec lui. C’est précisément le jour de la Pentecôte que les Apôtres commencent à annoncer Jésus, crucifié et ressuscité : les « merveilles de Dieu » (Ac 2, 11) récapitulent la rédemption qui commence par la foi. En effet, la première œuvre du Saint-Esprit en nous est la foi par laquelle nous professons : « Jésus est Seigneur ! » (1 Co 12, 3). Cette foi vit et s’exprime dans chaque bonne action, dans chaque acte de miséricorde et de vertu. Ainsi nous sommes l’œuvre de Dieu : nous qui sommes venus ici aujourd’hui des quatre coins du monde, invités à la table du Seigneur, rassemblés pour écouter sa parole et envoyés pour en témoigner partout.
Bien-aimés, nous sommes véritablement participants de l’Évangile : toute l’Église en est la protagoniste, et non seulement la gardienne. Avec la force de l’Esprit, notre annonce devient pleine de joie et d’espérance, car nous sommes précisément la nouveauté du monde, la lumière et le sel de la terre (cf. Mt 5, 13-14). Ce n’est certainement ni par notre mérite ni par privilège, mais par la parole du Seigneur qui sanctifie le pécheur, guérit le lépreux, et fait de celui qui l’a renié un apôtre. D’un côté – nous le voyons bien –, il y a des changements qui ne renouvellent pas le monde, mais le font vieillir au milieu des erreurs et des violences. Par ailleurs, le Saint-Esprit illumine les esprits et suscite dans les cœurs de nouvelles énergies de vie. C’est ainsi qu’Il transfigure l’histoire en l’ouvrant au salut, c’est-à-dire au don que l’unique Seigneur partage avec tous. La mission de l’Église atteste ce partage, transformant la confusion du monde en communion avec Dieu et entre nous.
Cette mission commence en proclamant la vérité sur Dieu et sur l’homme, car l’Esprit du Ressuscité est l’« Esprit de vérité » (Jn 14, 17). Le Seigneur lui-même nous l’a promis, en demandant l’unité pour son Église, une unité fondée sur l’amour de Dieu, source de notre amour. L’Esprit, qui a parlé par la bouche des prophètes, favorise toujours l’unité dans la vérité, car Il suscite en nous la compréhension, la concorde et la cohérence de vie. Comme l’enseigne saint Augustin, “le Saint-Esprit a voulu que ce fût là le signe de sa présence” (cf. Discours 269, 1) : le don des langues qui se comprennent dans la foi unique. Le Paraclet nous défend alors contre tout ce qui fait obstacle à cette entente : contre les sectarismes, les hypocrisies, les modes qui obscurcissent la lumière de l’Évangile. La vérité que Dieu nous donne reste ainsi une parole libératrice pour tous les peuples, un message qui transforme de l’intérieur chaque culture.
En effet, L’Esprit du Ressuscité ne se répand pas une fois pour toutes, mais constamment. Tout comme l’Eucharistie est la présence vivante du Christ qui nous nourrit sans cesse, de même le Saint-Esprit imprime en nous son caractère dans le Baptême qui fait de nous des chrétiens ; dans la Confirmation qui fait de nous des témoins ; dans l’Ordre qui constitue des ministres et des pasteurs pour le peuple de Dieu. Dans chaque sacrement, Il est le dator munerum, la source de sainteté qui accroît les dons et les charismes dans la prière, dans les œuvres de miséricorde, dans l’étude de la parole de Dieu. Comme l’enseigne l’Apôtre : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien » (1 Co 12, 7). C’est précisément pour cela que nous sommes l’Église, le corps unique qui vit de Dieu et sert le monde. Grâce à l’Esprit, nous pouvons apporter à tous la paix véritable, la vérité qui sauve, c’est-à-dire le Christ Seigneur lui-même.
Bien-aimés, avec un cœur ardent, prions aujourd’hui pour que l’Esprit du Ressuscité nous sauve du mal de la guerre qui n’est pas vaincue par une superpuissance, mais par la Toute-puissance de l’amour. Prions pour qu’Il libère l’humanité de la misère qui n’est pas rachetée par une richesse incalculable, mais par un don inépuisable. Prions-le de nous guérir du fléau du péché, par la rédemption annoncée à tous les peuples au nom de Jésus. Telle est la grâce qui infuse le courage aux Apôtres : qu’elle nous l’insuffle aussi, aujourd’hui et toujours, par l’intercession de Marie, Mère de l’Église.
7 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe du Corpus Domini. Plaza de Cibeles (Madrid) en présence de plus d’un 1,2 million de fidèles
Éminences et Excellences,
chers prêtres, religieux, religieuses,
Majestés,
frères et sœurs,
le cœur débordant de joie, en ce début de voyage en Espagne, je préside cette célébration en ce jour de la solennité du Corpus Christi.
Nous sommes réunis autour de l’Eucharistie, don de la présence vivante du Christ parmi nous. C’est lui qui a voulu nous offrir sa vie pour nous faire entrer dans la communion du Père et faire de nous ses enfants. Il est ici, comme le Pain vivant descendu du ciel, qui nous nourrit de la vie même de Dieu, d’un amour plus fort que la mort.
Ce mémorial du Seigneur présent dans le Pain eucharistique est au cœur de votre foi et de l’histoire de votre peuple. Ici à Madrid, mais aussi dans tant d’autres lieux d’Espagne, le Corpus Christi n’est pas une fête de plus dans le calendrier liturgique, mais un retour aux racines de la foi pour renouveler l’amour et la fidélité à Dieu. Les processions solennelles de ce jour ont façonné pendant des siècles la piété, l’art, la musique, l’architecture et la vie du peuple espagnol. Encore aujourd’hui, elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays à travers la beauté et l’élégance des tapis de fleurs, des autels dans les rues, du soin apporté aux ostensoirs et à leur exposition, ainsi que des chants et des ornements. Il ne s’agit pas d'une manifestation extérieure, d’une survivance folklorique ou d’une simple parure esthétique : il s'agit ici de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et continue de passer au milieu de nous, qui se fait pain pour notre faim de vie et visite les recoins de notre cœur et de notre histoire, même les plus sombres.
Ainsi, si le Christ se donne en nourriture lors de la célébration eucharistique, la procession dit qu’Il ne reste pas enfermé dans le temple, mais qu’Il sort à notre rencontre. Jésus marche dans les rues, traverse les places, visite nos quartiers, habite les lieux de notre vie quotidienne. Il est le Dieu proche qui marche avec son peuple, le Seigneur de l’histoire, la consolation des faibles, la lumière pour les familles, l’espérance pour les malades, la paix pour ceux qui souffrent. Le Christ qui passe dans les rues dans l’ostensoir est le même qui s’identifie aux pauvres, aux opprimés, à ceux qui sont seuls et sans défense. Ce n’est pas un hasard si ici, en Espagne, l’Église a uni pendant des années la solennité du Corpus Christi à la Journée de la Charité.
Il ne s’agit pas seulement de sortir l’ostensoir, mais de sortir nous-mêmes de l’égoïsme, de l’indifférence, d’une foi confortable et privée, pour répondre à son invitation à la conversion, changer notre regard, accueillir sa présence qui nous transforme et fait de nous des bâtisseurs d’un monde nouveau.
C’est pourquoi la mémoire historique des processions du Corps et du Sang du Christ ne se laisse pas emprisonner dans la nostalgie ; elle devient, au contraire, une invitation aujourd’hui, pour notre vie personnelle, pour nos relations, pour la société, pour la construction de l’avenir. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’invitation à “se souvenir” que nous avons entendue dans la première lecture : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur, ton Dieu, t’a fait parcourir ces quarante années dans le désert » ; souviens-toi de comment, quand tu avais faim, il t’a nourri de la manne. Il s’agit de “se souvenir” précisément pour ne pas oublier qui est le Seigneur et pour ne pas succomber à la tentation de se fier à d’autres idoles et de se nourrir d’un pain qui ne rassasie pas.
Voici donc une exhortation pour l’Espagne d’aujourd’hui et de demain : que la religiosité qui anime ce pays depuis des siècles ne soit pas un musée du passé, mais une école de foi où on peut encore s’abreuver. Une école qui nous enseigne à nous agenouiller devant Dieu et devant notre prochain, car personne ne peut s’agenouiller devant le Seigneur et mépriser son prochain ; une école qui nous enseigne la gratuité de l’amour qui se fait don, afin qu’il circule parmi nous et brise les chaînes de tout égoïsme ; une école où nous apprenons que Dieu est une présence réelle et que nous sommes nous aussi appelés à être présents dans les situations et les défis de la société, à ne pas fuir et à nous engager personnellement dans la construction du bien commun.
Frères et sœurs, je souhaite rappeler ici saint Manuel González, l’évêque des tabernacles abandonnés. Sa vie nous rappelle que l’Eucharistie ne doit pas être honorée uniquement lors des grandes célébrations ou de manière occasionnelle, mais aussi dans la fidélité silencieuse de celui qui accompagne le Seigneur par une amitié humble et discrète qui se nourrit jour après jour. Je voudrais également rappeler les vers poétiques de saint Jean de la Croix : « Je connais bien moi la source qui jaillit et coule, bien que de nuit » (Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi). Dans la prison conventuelle de Tolède, où il était incarcéré dans des conditions extrêmement dures, précisément aux alentours de la fête du Corps et du Sang du Christ en 1578, il reconnaît, depuis la nuit de cette prison, la présence cachée du Seigneur d'où jaillit une lumière qui ne connaît pas de crépuscule et d’où coule une vie qui ne s’épuise pas. Jésus Eucharistie est « cette source éternelle qui est cachée », source qui coule et étanche la soif sans éblouir, sans s'imposer par une puissance extérieure, sans se présenter de manière spectaculaire (cf. ibid.).
Revenons à Lui par un amour vrai. Ouvrons-nous à la rencontre avec Lui, laissons-Le désaltérer les aridités de notre cœur, pour ensuite sortir sur les chemins de la vie et de l’histoire et porter parmi les gens ce courant d’eau fraîche, ce courant d’amour, de paix, de justice et de joie. Buvons à nouveau à cette source eucharistique, qui ne nous enferme pas dans une dévotion privée, mais nous envoie arroser nos frères, les familles, les pauvres, ceux qui souffrent, ceux qui ont perdu espoir. La grâce eucharistique nous transforme, et fait aussi de nous des acteurs de la transformation de l’histoire et un signe d’espérance pour ceux que nous rencontrons.
Que le Seigneur Jésus présent dans l’Eucharistie fasse de vous le pain rompu, donné et offert, afin qu’une vie pleine jaillisse pour vous, pour vos familles et pour votre pays.
8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les Évêques d'Espagne
J’ai eu l’idée de vous proposer l’image d’un voyage dont la destination est Dieu, vers qui nous levons les yeux. C’est un voyage sui generis, car nous ne nous déplaçons pas réellement physiquement, mais c’est un voyage dans lequel nous voulons laisser notre cœur s’envoler.
Une tentation lors des voyages est de nous focaliser sur ce que nous laissons derrière nous, les lieux, les choses, les formes, sans nous ouvrir, dans la docilité à l’Esprit, à la nouveauté de ce que nous rencontrons. À cette tentation s’ajoute celle des bagages que, pour des raisons similaires, nous remplissons d’objets inutiles qui finissent par devenir un fardeau. D’autre part, il ne faut pas non plus oublier ce que nous apprennent les vicissitudes de tant d’émigrants : une personne seule, sans racines et sans ressources, est quelqu’un qui souffre terriblement et qui a beaucoup de mal à établir des liens solides là où elle arrive.
Ainsi, dans cette première phase de notre périple, notre réponse à la question de savoir comment relever ce défi que nous nous sommes fixé doit allier avec prudence liberté et courage, afin d’abandonner les structures qui ne nous aident pas, qui ne répondent pas à nos attentes, voire qui nous éloignent de notre but, tout en conservant comme un trésor ce qui nous aide à l’atteindre. Comment ne pas évoquer ici l’immense patrimoine chrétien de votre terre, l’immense capacité de rassemblement que cette richesse nous procure : par sa beauté qui touche même le non-croyant, ou par les liens d’appartenance qu’elle a su tisser dans l’identité spirituelle de chaque recoin de ce peuple bien-aimé, et qui demeurent présents même dans les moments où sa foi vacille. Un immense défi, certes, auquel nous sommes appelés à répondre avec courage, afin que ce patrimoine produise les fruits dont il est capable.
Un autre trésor que nous ne pouvons oublier dans notre sac est le viatique du pèlerin. Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie nous est encore plus nécessaire que la nourriture matérielle, car il nous ouvre le chemin du salut. Il ne s’agit pas de savoir comment rendre la célébration plus ou moins attrayante, mais de sentir que, si nous faisons partie de Lui, son absence nous cause un malaise que l’on peut comparer à la faim physique. La vie sacramentelle rythme notre existence comme celle d’un enfant qui reçoit la nourriture de sa mère, comme celle d’un sportif qui dose ses forces pour atteindre la ligne d’arrivée.
Par ailleurs, lorsqu’on voyage, nous avons souvent beaucoup de mal à communiquer avec les autres. Que ce soit en raison des différences de langue et de culture, de la méfiance face à l’inconnu, ou encore des querelles et des malentendus qui peuvent survenir même entre des personnes proches, nous nous sentons limités lorsqu’il s’agit de nous exprimer ou de comprendre notre interlocuteur. C’est une expérience que nous pouvons transposer à l’annonce de l’Évangile, à l’accueil de l’autre, à la capacité de répondre aux interrogations du monde qui nous entoure ou à la nécessité de susciter la coresponsabilité des membres de la communauté dans nos actions pastorales. Si nous avons dit précédemment que nous devons abandonner tout ce qui nous freine et nous éloigne, le mot d’ordre doit désormais être que notre patrimoine soit toujours un instrument et une occasion de dialogue avec ceux que nous rencontrons sur notre chemin.
Comme c’est le cas pour les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques, notre voyage peut nous faire traverser ces immenses plaines castillanes, vides à nos yeux. Les rares rencontres de ces pèlerins avec quelques personnes âgées ou des travailleurs étrangers peuvent être une métaphore de nombreuses situations sociales que l’on perçoit malheureusement dans certaines de vos réalités ecclésiales. Ce n’est pas la première fois que l’Espagne est confrontée à une situation analogue : dans le passé, par exemple, lorsque l’Église a dû reconstruire sa présence sur les franges de terre brûlée, des modèles d’évangélisation ont vu le jour qui ont ensuite été exportés vers l’Amérique et qui peuvent nous aider ici dans notre mission.
Comme à l’époque, nous sommes appelés à construire une nouvelle réalité, à travers un dialogue respectueux et l’utilisation de nouveaux langages, comme l’a fait le célèbre saint alfaqui de Grenade, frère Hernando de Talavera, et comme l’a répété plus tard en Amérique saint Toribio de Mogrovejo, dont nous célébrons le troisième centenaire de la canonisation, en le présentant précisément comme un modèle d’évêque en sortie en cette période de mission et de réorganisation ecclésiale. Même si les langages de cette ère numérique sont différents et que les cultures qui composent aujourd’hui la mosaïque de nos réalités, avec des migrants venus des quatre coins du monde, ont également changé, l’esprit doit rester le même.
Quels sont les points essentiels de cet esprit ? Le premier concerne la capacité à communiquer, à dialoguer avec chaque réalité présente sur notre territoire, à s’abaisser non seulement pour comprendre, mais aussi pour partager. Ce n’est qu’en mettant en commun tout ce qu’il y a de bon dans notre propre patrimoine, chacun apportant sa pierre à l’édifice, que nous pourrons construire une réalité nouvelle dans laquelle la foi pourra s’enraciner profondément. Pour cela, il faut logiquement commencer par apprendre le langage de l’autre, initier des processus et tisser des liens où semer la graine du Royaume. Le deuxième est l’appel à créer des réalités capables elles-mêmes de communiquer leur propre expérience de foi. Capables de porter — comme l’a fait Toribio — l’expérience de Grenade en Amérique, c’est-à-dire de mettre dans nos bagages les ressources qui nous permettront d’affronter avec franchise les défis toujours nouveaux de l’évangélisation en toute circonstance.
Après les plaines désertes, nous trouverons aussi de grandes villes, où le silence et l’éloignement ne sont pas spatiaux mais intimes. Les réponses seront différentes, mais les processus pour y parvenir, analogues : écoute, compréhension, respect, générosité et franchise.
Les pèlerins partent souvent de nuit et, bien souvent, cette obscurité initiale du chemin peut les effrayer. Nous pourrions évoquer l’hymne des vêpres, La noche es tiempo de salvación (La nuit est temps de salut), pour dire que, si nous sommes en bonne compagnie, les difficultés du chemin et le risque de s’égarer s’amenuisent. C’est le Seigneur qui nous guide, c’est Lui le maître de l’histoire et de chacune de nos histoires, c’est Lui qui détermine les temps. Nous marchons à sa suite, mieux encore, nous marchons avec Lui comme les membres d’un seul corps. Ce lien profond exige de l’Église, en cette période de polarisations et d’oppositions de plus en plus dures, un témoignage d’unité dans la pluralité : une communion capable d’accueillir la richesse des dons, des charismes, des sensibilités que l’Esprit Saint suscite au sein du Peuple de Dieu. L’image du Christ se reconnaît dans la mosaïque vivante de l’Église, où de nombreuses tesselles, sans se confondre, convergent pour manifester la beauté de l’unique Seigneur.
Dans cette tâche, le ministère de l’évêque assume une responsabilité particulière. Nous sommes appelés à être un principe visible de communion, en premier lieu de la communion avec le Christ, en gardant avec amour la foi reçue, dans la docilité à la Parole de Dieu et à la Tradition vivante de l’Église ; ensuite, dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle, avec le presbyterium et avec la communauté diocésaine elle-même, avec la vie consacrée, avec les mouvements, avec les associations et avec chaque charisme authentique que l’Esprit donne pour l’édification commune. Votre mission vous demande de garder l’unité, de favoriser le dialogue, de guérir les fractures et d’accompagner le chemin du peuple confié à vos soins.
La communion ainsi vécue possède également une force missionnaire. Une Église réconciliée en son sein peut s’adresser avec plus de liberté à ses frères d’autres confessions chrétiennes et d’autres religions, à ceux qui ne croient pas, aux autorités civiles et à tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent pour le bien commun.
Cet appel à être signe de communion dans le Christ, en marchant dans l’unité et en tendant la main au frère que nous rencontrons, nous place face à un autre défi qui touche aujourd’hui le cœur de beaucoup : la difficulté d’assumer des engagements définitifs et de prendre des décisions vitales profondes. Chez tant de jeunes, et pas seulement chez eux, la question : “À qui suis-je destiné ?” résonne comme une recherche sincère de sens, d’appartenance et de don. Le cœur humain ne se comble pas en accumulant des expériences, des possibilités ou des certitudes provisoires. Il se comble lorsqu’il découvre un appel, lorsqu’il comprend que la vie n’atteint sa plénitude que si elle est donnée.
C’est pourquoi la pastorale vocationnelle ne peut se réduire à une simple recherche de chiffres. Elle naît de communautés vivantes, de prêtres heureux, de familles capables de témoigner de la beauté de la fidélité, d’une Église qui sait montrer avec simplicité que suivre le Christ n’appauvrit pas l’existence, mais l’enrichit. Là où l’Évangile est vécu dans la joie, le service et la communion, l’appel du Seigneur peut lui aussi être à nouveau entendu comme une promesse de vie.
Nous avons déjà évoqué les bagages trop chargés, et les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques savent bien qu’il ne faut emporter dans son sac à dos que l’essentiel. Comme l’a proposé à maintes reprises le Pape François, dans le contexte vocationnel actuel, il faut affirmer que la préservation des structures ne peut prévaloir sur le bien de la vocation. Les séminaristes ont droit à la meilleure formation possible et l’Église, quant à elle, a droit à des prêtres bien formés. Pour que les séminaires soient de véritables maisons de formation, il faut qu’ils garantissent une expérience adéquate de la vie communautaire ; qu’ils disposent de formateurs entièrement consacrés à l’étude et à l’enseignement, ayant une expérience de l’accompagnement spirituel ; et qu’ils soient dotés de centres supérieurs de théologie équipés des moyens nécessaires pour remplir leur mission. Pour cela, il est indispensable, outre d’unir nos forces, d’apprendre à travailler ensemble pour relever ces défis.
Dans ce domaine, les difficultés peuvent être vécues comme des opportunités. Il nous est parfois difficile de présenter la vocation des laïcs et leur intégration dans ce cheminement de vie que nous accomplissons en tant qu’Église. D’autre part, nous constatons que dans de nombreuses œuvres, traditionnellement gérées par des religieux, on fait appel à des collaborateurs laïcs pour pouvoir mener à bien la mission. C’est une difficulté que nous pouvons transformer en occasion de rencontre, de dialogue et de communication. Il dépend de nous que ces laïcs perçoivent leur participation à ce service ecclésial comme un appel que Dieu leur adresse pour qu’ils assument leur responsabilité de chrétiens, en s’imprégnant de l’esprit, en se sentant partie prenante de la mission que le Seigneur a confiée aux religieux qui l’ont mise en place.
Comme vous le voyez, notre chemin est fait de rencontres, parmi lesquelles ne manqueront pas les personnes qui traversent des moments d’obscurité et qui nous demandent de devenir pour elles des samaritains. L’une des situations les plus douloureuses concerne ceux qui ont été blessés précisément par qui devaient prendre soin d’eux, y compris par des membres du clergé. Face à ce fléau, la communauté ecclésiale est appelée à répondre par l’écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé en faveur de la prévention et d’une culture de la bienveillance. Chaque personne blessée doit pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables chemins de guérison.
Cette même logique s’applique également aux défis d’un monde sécularisé. Beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps ne rejettent pas simplement Dieu ; souvent, ils portent dans leur cœur une soif profonde de sens, de vérité, d’appartenance et d’espoir, même s’ils ne savent pas comment la nommer. L’Église est appelée à reconnaître ces aspirations, à les écouter avec respect et à offrir, comme Pierre et Jean l’ont fait au paralytique près de la porte du temple, le trésor qui lui a été confié : Jésus-Christ, au nom duquel l’homme peut se lever et marcher (cf. Ac 3, 1-10). Même lorsqu’elle collabore avec d’autres institutions, religieuses ou civiles, même lorsqu’elle offre une aide matérielle, une éducation, une assistance ou une promotion humaine, l’Église ne cesse jamais d’offrir ce qui lui est propre : l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Ce message touche la société, qui n’hésite pas à manifester son appréciation pour nombre de ces œuvres. Ainsi, chaque geste de charité chrétienne qui naît de l’Évangile porte en lui une promesse plus grande encore : redonner à la personne la conviction d’être aimée.
Au cours de notre voyage, nous parcourons ce que saint Jean-Paul II a voulu appeler la « Terre de Marie ». [1] En la Très Sainte Vierge, vous avez votre première compagne de route et votre principal trésor, car elle nous montre par sa vie comment accueillir la Parole et la garder dans le cœur, comment accompagner les disciples sur ce chemin et rester présente sur la route de l’Église en tant que mère de communion et d’espérance. À elle, je confie votre ministère, afin qu’elle vous aide à être, au milieu du peuple qui vous est confié, ce levain caché dont parle l’Évangile. Petit aux yeux du monde, mais capable, lorsqu’il reste uni au Christ, de faire fermenter la pâte (cf. Mt 13, 33). La force de l’Église ne naît pas de la grandeur des moyens, mais de la sainteté de ses enfants, de la communion de ses pasteurs, de la fidélité humble et persévérante de ceux qui se laissent guider par l’Esprit.
Sur ce chemin vous accompagne aussi saint Jean d’Avila, patron du clergé espagnol, en cette année où nous commémorons le cinquième centenaire de son ordination sacerdotale. Saint Paul VI l’a défini comme « un maître de vie spirituelle bienveillant et sage, un rénovateur exemplaire de la vie ecclésiale et des mœurs chrétiennes » et, en même temps, « un simple prêtre ». [2] En ce saint docteur, l’Église reconnaît la vie sacerdotale que chaque évêque est appelé à préserver et à faire grandir au sein de son propre presbyterium.
En le regardant, je pense à ceux qui sont les plus proches compagnons des évêques dans ce cheminement, à ces “simples prêtres” au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Notre cheminement avec eux devrait transmettre la valeur de cette essence : être des prêtres épris du Christ, enracinés dans la prière, fidèles à l’Église, proches du peuple et capables d’allier une doctrine solide, un zèle apostolique et une charité pastorale. Des prêtres qui trouvent dans l’évêque non seulement une autorité reconnue, mais un père qui les accompagne ; et dans les autres prêtres, des frères avec lesquels partager les fatigues et les joies de ce pèlerinage riche en rencontres, au cours duquel nous cherchons tous le Christ.
Concluons ce pèlerinage spirituel par une prière du saint docteur qui nous rappelle que tout renouveau ecclésial naît d’un cœur configuré au Christ : « Si tu me commandes, Seigneur, de faire ce que tu as fait, donne-moi ton cœur » (Sermon 57, 20). Que telle soit aussi notre supplication : Seigneur, donne-nous ton cœur, un cœur capable de lever les yeux vers toi, de se mettre en route, d’écouter, de discerner, de servir, de corriger avec charité, d’écouter avec patience et d’annoncer avec joie. Car l’Église qui reçoit le cœur du Christ porte en elle la colonne de feu qui la guide, la soutient, la défend et la réconforte, le bagage nécessaire pour affronter n’importe quel défi.
Que Dieu vous bénisse. Merci beaucoup.
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[1]Homélie lors de la célébration de la Parole et de l’Acte marial national, Saragosse, 6 novembre 1982, 1.
[2]Homélie lors de la canonisation du bienheureux Jean d’Avila, 31 mai 1970.
11 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au Stade de Gran Canaria, Espagne
Après une journée riche de rencontres et de partage, en célébrant maintenant avec vous cette Eucharistie, je veux avant tout rendre grâce au Seigneur pour tout le bien qui s’accomplit ici chaque jour, en lui confiant l’engagement de chacun ainsi que les souffrances dont cette terre est témoin. Je vous invite aussi à prier ensemble, au cours de cette Sainte Messe, pour les âmes de nos frères et sœurs qui ont perdu la vie en mer.
Tout cela, nous le déposerons sur l’Autel avec le pain et le vin, tandis que nous entrons, avec la célébration vespérale de la Vigile, dans la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, à laquelle toute l’Espagne est consacrée. Demandons au Seigneur qu’en cet instant vivent en nous les mêmes sentiments d’humanité, de miséricorde et de compassion qui habitent le Cœur du Sauveur.
Laissons-nous guider dans notre méditation par les lectures que nous avons entendues.
Dans la première lecture, Dieu rappelle aux Israélites la gratuité avec laquelle il les a aimés. Il les a choisis non parce qu’ils possédaient des privilèges, des qualités ou des mérites particuliers, mais par pur amour (cf. Dt 7, 7-9), et il continuera toujours à les aimer, même lorsque, à cause de la dureté de leur cœur, ils ne répondront pas à ses sentiments.
Telle est la charité de Dieu, dans laquelle notre vocation à aimer trouve ses racines : elle n’est fondée ni sur le calcul, ni sur le seul sentiment, ni réductible à une simple philanthropie. Elle pénètre tout notre être : feu pour l’âme, lumière pour l’intelligence, impulsion irrésistible pour la liberté, paix mais aussi tourment pour le cœur qui bat à l’unisson d’autres cœurs, engageant toute la personne. Car aimer est inscrit dans la nature même de l’homme ; c’est même la condition de son plein accomplissement.
Ainsi nous apparaît l’amour dans l’humanité du Sauveur et dans les mouvements de son Très Saint Cœur : immuable et fidèle même face à l’incompréhension et au rejet, à la peur, à la tristesse et aux résistances humaines (cf. Lc 22, 39-46).
C’est dans ce visage de Dieu toujours « amoureux », entièrement et constamment désireux de notre bien et de notre bonheur plénier, que nous reconnaissons le chemin de la vie. Nous y apprenons une manière nouvelle d’exister et d’entrer en relation avec les autres, un autre critère pour évaluer nos choix, un style renouvelé et régénérateur de communion.
À ce sujet, le pape François, parlant de la charité du Christ, disait que « la meilleure réponse à l’amour de son Cœur est l’amour pour les frères » (Dilexit nos, 24 octobre 2024, n° 167), et il ajoutait : « il n’existe pas de geste plus grand que nous puissions lui offrir pour rendre amour pour amour ». « Rendre amour pour amour » : voilà le merveilleux échange, l’admirable commercium auquel l’Évangile nous invite à participer, en traduisant l’infinie mesure de l’amour de Dieu dans la générosité avec laquelle nous le servons chaque jour dans les frères et les sœurs qu’il place sur notre route, spécialement les plus pauvres, les plus vulnérables et ceux qui ne peuvent rien nous rendre en retour (cf. Lc 6, 32-36). C’est précisément ce qui se vit sur cette île dans l’accueil, le partage et le don désintéressé.
La gratuité du Cœur du Christ ne s’arrête pourtant pas là. Elle va plus loin : elle s’engage à aider chacun non seulement à survivre, mais aussi à retrouver confiance et à reprendre sa route, afin de grandir et de s’épanouir pleinement dans son unicité, pour le bien de tous.
À ce propos, le pape Benoît XVI écrivait que la charité, « dont Jésus-Christ s’est fait le témoin par sa vie terrestre [...], est la principale force motrice du véritable développement de toute personne et de l’humanité entière » (Caritas in veritate, 29 juin 2009, n° 1).
Dans la deuxième lecture, saint Jean nous a rappelé que « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous ayons la vie par lui » (1 Jn 4, 9). Ses paroles rappellent celles de Jésus, qui a déclaré être venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10, 10), et qui a ordonné au paralytique guéri : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » (Mc 2, 9).
Dans ces expressions, nous reconnaissons l’invitation à accueillir avec tendresse ceux qui souffrent, mais aussi à préparer et encourager ceux qui ont été blessés à se relever et à reprendre leur chemin vers une vie libre et digne.
En effet, notre charité ne doit pas être un simple assistanat. Elle vise à intégrer les personnes, pour leur plein épanouissement – spirituel, intellectuel et physique – ainsi que pour leur insertion digne et constructive dans la communauté (cf. Fratelli tutti, 3 octobre 2020, n° 129). C’est seulement ainsi que nos rencontres, même marquées par des situations difficiles et douloureuses, deviennent des occasions de semer l’espérance sur le chemin de l’humanité vers un avenir meilleur.
Je voudrais cependant m’arrêter encore, à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons entendue, sur une dernière caractéristique du Cœur du Christ : l’humilité (cf. Mt 11, 29).
Le Cœur de Jésus est humble. C’est pourquoi les « sages » et les « savants », c’est-à-dire ceux qui ont la prétention de se suffire à eux-mêmes, de tout savoir et de n’avoir besoin ni de Dieu ni des autres, n’en perçoivent pas les battements. Assourdis par le vacarme d’un « moi » envahissant, omniprésent et agité, ils manquent du silence nécessaire pour écouter, en eux-mêmes et chez leurs frères, le battement caché de l’amour.
« Il n’est pas rare que le bien-être nous rende aveugles, au point de nous faire croire que notre bonheur ne pourra se réaliser qu’en nous passant des autres » (Dilexi te, 4 octobre 2025, n° 108).
Jésus nous enseigne au contraire que, pour goûter la véritable joie de vivre, qui réside dans l’amour, il est nécessaire de descendre des piédestaux de l’orgueil qui divise, afin de se rencontrer dans l’humilité qui fait de nous des frères.
Saint Augustin disait : « Là où est la charité, là est la paix ; et là où est l’humilité, là est la charité » (In Epistolam Joannis ad Parthos, prologue).
C’est bien ainsi. Là où existe une authentique humilité, il y a l’amour ; et là où il y a l’amour, il y a la paix. Car c’est seulement dans l’humilité que nous découvrons réellement qui nous sommes et que nous pouvons nous aimer, nous rencontrer, nous donner et nous pardonner dans la vérité.
Très chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, nous adorons le Sacré-Cœur de Jésus, que nous représentons souvent couronné d’épines et embrasé d’une flamme, selon les visions reçues par Sainte Marguerite-Marie Alacoque.
Souvenons-nous que nous sommes la présence vivante du Seigneur dans le monde (cf. Lumen gentium, n° 8 ). Regardons-nous donc les uns les autres, non seulement aujourd’hui mais toujours, avec respect et confiance. Renouvelons aussi, dans cette conscience, notre engagement à accomplir en nous, par la charité, ce qui manque aux souffrances du Christ pour le bien de l’Église (cf. Col 1, 24).
Enflammés par la charité de son Cœur, devenons porteurs de sa miséricorde et de sa paix, afin que cessent les guerres dans le monde et qu’autour de nous grandisse une humanité nouvelle, réconciliée dans l’amour. Amen.
12 juin 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée au Port de Santa Cruz de Tenerife, Espagne
Chers frères et sœurs,
c’est une grâce de nous retrouver en ce jour où le Cœur de Jésus se laisse contempler par nous comme le cœur de l’histoire. Je me réjouis de célébrer l’Eucharistie avec vous, en rendant grâce pour la foi et la charité dont j’ai reçu tant de témoignages au cours de ce Voyage apostolique et qui font également de cet archipel, si réputé pour sa beauté et son accueil, un lieu où le Seigneur ressuscité nous précède et se manifeste. Devant nous, la mer évoque l’infini, tout comme le ciel, mais l’infini, c’est avant tout le désir qui unit le cœur de Dieu à tant de cœurs humains, dont les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses trouvent un écho dans le cœur de l’Église (cf. Gaudium et spes, n. 1). Aucun être humain n’est une île ; la situation géographique de ce diocèse et les défis pastoraux qui l’engagent témoignent que nous sommes nés pour la rencontre et qu’il n’y a pas d’obstacle, de distance, de danger ou de menace qui puisse empêcher chacun de poursuivre son voyage. Que ce soit en restant toute une vie au même endroit, ou en choisissant, voire en étant contraint de partir, personne ne reste jamais immobile. Tel est le secret du cœur : l’appel intime à l’exode et à la rencontre.
Ainsi, le Cœur de Jésus nous révèle comment ne pas nous perdre dans un dynamisme stérile : « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (1 Jn 4, 9). Il y a vie quand on donne la vie. Sinon, on tourne en rond dans le vide. En effet, « comme le rappelle le Concile, la personne humaine est invitée à la communion avec Dieu et ne peut “pleinement se trouver que par un don désintéressé d’elle-même” : sa vocation la plus profonde est d’entrer dans le mouvement trinitaire de l’amour reçu et partagé » (Magnifica humanitas, n. 48). Le pape François observait : « Beaucoup de personnes font l’expérience d’un profond déséquilibre qui les pousse à faire les choses à toute vitesse pour se sentir occupées, dans une hâte constante qui, à son tour, les amène à renverser tout ce qu’il y a autour d’eux. Cela a un impact sur la manière dont on traite l’environnement » (Laudato si’, n. 225). Ce sont là des paroles qui interpellent également la vocation touristique de Tenerife, tant pour celui qui choisit d’y passer ses vacances que pour celui qui vit et travaille sur l’île, au contact de visiteurs venus de tant de pays du monde. Que recherche le cœur humain ? Comment répondre à sa soif sans le tromper ? Combien il est important, surtout pour celui qui se laisse guider par l’Évangile, de ne pas tout réduire au commerce et au profit. « Ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés » (ibid., n. 223). Interprétez ainsi, chers frères et sœurs, votre vocation à l’accueil.
L’Évangile d’aujourd’hui semble radicaliser ce défi et nous rappelle la richesse des pauvres : un paradoxe qui renvoie directement à la vie de Jésus, à sa vérité, au chemin sur lequel il continue de nous demander de le suivre. Dans le passage que nous venons d’entendre, il bénit le Père pour cela : c’est aux petits — ce qui, dans ce contexte, signifie les plus humbles, ceux que personne ne juge capables de penser et de s’exprimer — que Dieu s’est révélé. Il les a enrichis de ce qui reste caché à ceux qui sont entourés d’admiration et de succès. Avec l’Exhortation apostolique Dilexi te, j’ai voulu attirer l’attention sur cette place privilégiée des pauvres dans la Révélation divine et dans la mission de l’Église.
C’est un mystère qui résonne d’une manière tout à fait particulière sur ces îles, situées au cœur des routes migratoires, ce qui en fait un lieu d’accueil de premier choix pour nos frères et sœurs dont le voyage est généralement exposé à des dangers et à des violences indescriptibles. Face à ceux qui spéculent sur le désespoir, en tant que chrétiens, nous pouvons non seulement offrir un reflet du Seigneur qui dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28). La plus grande grâce est que nous nous laissions évangéliser par ceux que nous secourons, que nous reconnaissions la sagesse mystérieuse de Dieu inscrite dans leur chair même : « Ayant grandi dans une extrême précarité, apprenant à survivre dans les conditions les plus défavorables, faisant confiance à Dieu avec la certitude que personne d’autre ne les prend au sérieux, s’aidant mutuellement dans les moments les plus sombres, les pauvres ont appris beaucoup de choses qu’ils gardent dans le mystère de leur cœur. Ceux d’entre nous qui n’ont pas connu les expériences similaires d’une vie vécue à la limite ont certainement beaucoup à recevoir de cette source de sagesse qu’est l’expérience des pauvres. Ce n’est qu’en mettant en relation nos plaintes avec leurs souffrances et leurs privations que nous pouvons recevoir une réprimande qui nous invite à simplifier notre vie » (Dilexi te, n. 102). Le Seigneur, qui réprimande et corrige ceux qu’il aime (cf. Ap 3, 19), désire rendre notre vie simple et joyeuse.
Chers frères et sœurs, merci pour ce que vous êtes, merci pour ce que vous faites, en faisant de cette île un lieu où l’on peut rencontrer le cœur du Christ dans le visage amical et hospitalier de personnes et de communautés fraternelles. « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16) : que cette confession de foi transmise par la Première lettre de l’apôtre Jean brille toujours en vous et vous incite à la prière et à l’action. Soyez attentifs aux adolescents et aux jeunes, aux riches et aux pauvres, aux résidents et aux hôtes : tous ont besoin d’être considérés par un regard qui voit au-delà des apparences et reconnaît la profondeur de leurs cœurs inquiets, qui souvent sontdéjà orientés, peut-être inconsciemment, vers le Royaume de Dieu et sa justice. Que l’on sente parmi vous que « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16). Tel est le cœur de l’Évangile, le cœur du Christ. Celui qui s’y plonge ne vit plus pour lui-même. Ouvrez à tous cet océan d’amour ! Tel est mon souhait et ma prière pour vous et pour tous ceux qui vous connaîtront.
24 juin 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Immédiatement après avoir évoqué la Cène de Jésus, la Constitution sur la Liturgie parle de l’Eucharistie en ces termes d’inspiration augustinienne. Pour les chrétiens, prendre part à la table du Seigneur signifie en effet « être formés par la Parole de Dieu, se restaurer à la table du Corps du Seigneur, rendre grâce à Dieu » (SC, 48). C’est en le recevant dans sa Parole et dans l’Eucharistie que nous devenons ce que nous recevons. Nous devenons le Corps dont le Chef est le Christ ressuscité, assis à la droite du Père (cf. Col 1, 18), qui nous prépare une place dans les cieux (cf. Jn 14, 3) : l’Eucharistie est ainsi le sacrement du Royaume à venir. C’est le Pain de la route, qui nous conduit vers la Patrie céleste, jusqu’au jour béni où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15, 28).
L’assemblée liturgique offre le Sacrifice « non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui » (SC, 48). Dans cette perspective, l’Eucharistie est la forme du sacrifice spirituel des chrétiens (cf. He 13, 16 ; Rm 12, 1), en tant que voie d’union avec Dieu et d’union réciproque. En y participant, ils apprennent « à s’offrir eux-mêmes et, jour après jour, à être consumés, par le Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux » (ibid.). Ainsi, en nous unissant au Christ, l’Eucharistie nous enseigne à adopter le mode de vie du Seigneur Jésus lui-même, marqué par le don gratuit de soi. Ce don nous fait donc entrer dans la dynamique de l’unité, qui offre un puissant antidote aux germes de division qui minent notre monde, nos communautés, nos familles, notre cœur (cf. SC, 47).
Très chers, lorsque nous participons à l’Eucharistie, nous sommes invités à écouter la Parole de Dieu et à nous nourrir à la table du Seigneur, où Lui-même s’offre au Père. Ces deux parties de la Messe, la Liturgie de la Parole et la Liturgie eucharistique, « sont si étroitement unies entre elles qu’elles constituent un seul acte de culte » (SC, 56).
« L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique. » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 55).
Le début du chapitre II de la Constitution sur la Liturgie est tissé de références au grand fleuve de la Tradition, qui s’étend des Pères de l’Église jusqu’à nous. Je cite : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et pour confier ainsi à l’Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection : sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné » (SC, 47).
Chers frères et sœurs, puisons avec foi à cette source de vie divine et laissons-nous transformer par le mystère que nous célébrons.
24 juin 2026 – Paroles du Pape Léon XIV aux pèlerins de langue française au terme de l’Audience Générale
Puissions-nous trouver dans l’Eucharistie, source de l’unité du peuple chrétien, les forces nécessaires pour susciter la concorde et la charité dans nos familles et nos communautés souvent marquées par des conflits et des divisions.
5 juillet 2026 - Message vidéo du Saint-Père à l'occasion de la conclusion du Pèlerinage eucharistique national (États-Unis d'Amérique)
Je suis heureux de vous saluer à l’occasion de la clôture du pèlerinage eucharistique national. Comme vous le savez, les pèlerinages sont profondément enracinés dans la tradition judéo-chrétienne et sont souvent organisés pour marquer des anniversaires importants, lorsque la communauté se rassemble dans la prière. Dans cette optique, il était particulièrement approprié de commémorer le 250e anniversaire des États-Unis d’Amérique par un pèlerinage centré sur notre Seigneur. En parcourant bon nombre des treize colonies d’origine, vous avez prié pour l’unité, le renouveau et la guérison du pays, sous la devise « Une nation sous Dieu ». Ces intentions me tiennent également très à cœur. C’est pourquoi j’exprime ma sincère gratitude à la Conférence des évêques catholiques des États-Unis et à tous ceux qui ont contribué à l’organisation de cet événement, ainsi qu’à tous ceux qui y ont participé en personne ou virtuellement.
Cette nation, unie « sous Dieu », a été imprégnée d’un sens de la foi qui reconnaît la souveraineté de Dieu avant même sa fondation officielle. Votre pèlerinage a débuté à Saint Augustine, en Floride, où, le 8 septembre 1565, en la fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie, une messe d’action de grâce a été célébrée par les explorateurs et colons espagnols à leur arrivée, suivie d’un festin partagé avec la tribu locale des Seloy. Cet événement historique, accompagné de nombreux autres, témoigne du solide héritage eucharistique des États-Unis d’Amérique, bien que largement méconnu. Cet héritage, loin d’être tombé dans l’oubli, doit continuer à servir de source à la fois de renouveau et d’unité.
Avec la bénédiction de Dieu Tout-Puissant, cet héritage a continué à porter ses fruits en conduisant de nouvelles générations de catholiques américains vers Jésus-Christ. Le Seigneur a également inspiré certains hommes et certaines femmes à témoigner de l’Évangile de manière radicale. Je pense par exemple aux martyrs de New York et de Géorgie, à sainte Kateri Tekakwitha, à sainte Elizabeth Ann Seton, à sainte Katharine Drexel, à saint John Neumann et au vénérable Fulton Sheen, qui sera bientôt béatifié. L’itinéraire que vous avez suivi porte le nom d’une autre sainte, Françoise-Xavière Cabrini, fondatrice d’une congrégation religieuse dont la mission était de pourvoir aux besoins spirituels et matériels des immigrants pauvres. L’intense activité apostolique de ces saints hommes et femmes, et d’autres comme eux, n’aurait pas été possible sans la force qu’ils puisaient quotidiennement dans des moments de prière silencieuse devant le tabernacle
Frères et sœurs, en participant à ce pèlerinage eucharistique, vous perpétuez ce grand héritage de foi. Tout au long de votre parcours, la célébration de la messe, les processions eucharistiques et l’adoration du Saint-Sacrement n’ont pas manqué, vous apportant la force et la nourriture nécessaires pour poursuivre votre chemin. Peut-être avez-vous même éprouvé vous-mêmes une soif du « pain vivant descendu du ciel » (Jn 6, 51). En effet, le vrai corps et le vrai sang de Notre Seigneur Jésus-Christ sont la vie de l’Église pèlerine sur terre. Saint Jean-Paul II l’a magnifiquement exprimé dans sa lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia : « L’Eucharistie, en tant que présence salvifique du Christ au sein de la communauté des fidèles et sa nourriture spirituelle, est le bien le plus précieux dont l’Église puisse disposer au cours de son cheminement à travers l’histoire » (n° 9). Alors que le pays célèbre l’anniversaire de la fondation de sa patrie terrestre, j’espère que cette expérience de pèlerins vous aidera également à fixer vos regards sur la patrie céleste (cf. Hb11, 16), et qu’elle vous rappellera que l’Eucharistie est un don inestimable, notre nourriture indispensable. C’est précisément en reconnaissant et en accueillant ce don que l’Église aux États-Unis trouvera la force de poursuivre son service caritatif envers la société dans son ensemble, en particulier dans les domaines de l’éducation, des soins de santé et des services sociaux de base, tout en poursuivant sa mission d’évangélisation
Alors que ce pèlerinage touche à sa fin, je vous encourage à placer vos vies sous la providence aimante de Dieu en rentrant chez vous, ainsi qu’à cultiver une vie eucharistique solide au sein de vos familles, de vos cercles d’amis et de vos communautés. Confiant que ce pèlerinage eucharistique portera des fruits abondants aux États-Unis d’Amérique, je vous confie tous à l’intercession maternelle de la Vierge Marie Immaculée.
Et que Dieu Tout-Puissant vous bénisse tous, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen
8 juillet 2026 - Videomessaggio del Santo Padre in occasione dell'“Ankawa Youth Meeting” [Iraq, 8-11 luglio 2026]
Il n’est pas toujours facile d’être une lumière dans le monde (cf. Mt 5, 13). En effet, en ce moment présent, vous êtes appelés à faire rayonner cette lumière dans une situation souvent marquée par la guerre et l’instabilité. Le Seigneur a placé une grande confiance en vous, en vous confiant cette mission, et moi aussi, j’ai une grande confiance en vous tous. Vous devez être la lumière du Christ au milieu d’une obscurité qui peut parfois sembler accablante. N’ayez pas peur! Et ne pensez pas que vous êtes seuls dans cette tâche. Je suis avec vous; l’Église est avec vous. Placez votre confiance en Jésus, écoutez-Le dans la prière et à travers la direction d’autres personnes, et laissez-le vous guider.
La lumière est essentielle à la vie de plusieurs manières, et j’aimerais en mentionner trois qui peuvent vous guider dans cette mission. Tout d’abord, la lumière est nécessaire pour voir, ce qui nous rappelle le don de la foi. La foi en Dieu n’est pas un mécanisme pour affronter les difficultés de la vie. C’est plutôt la reconnaissance de la réalité et le fait de vivre dans la vérité, en apprenant à voir le monde, les autres et nous-mêmes comme Dieu le fait. Cela exige de parcourir la vie avec nos cœurs et nos yeux fixés sur notre véritable patrie (cf. He 11, 14) tout en sachant que Dieu est avec nous même si nous ne pouvons pas le voir. La façon dont vous vivez doit également témoigner de votre foi, afin que les autres puissent voir en vous la vérité et le sens qu’eux aussi désirent, et ainsi en venir à partager la même lumière.
La deuxième caractéristique de la lumière est d’apporter de la chaleur, qui symbolise l’amour.
Pour être lumière pour le monde, nous devons d’abord partager la lumière et la vie mêmes du Christ. Pour participer à la mission, nous devons d’abord découvrir une relation vivante avec Dieu. Nous devons apprendre à le connaître. En nous ouvrant à son amour transformateur, nous recevons la grâce nécessaire pour suivre Jésus et pour embrasser la vie qu’il nous appelle à mener. C’est pourquoi il est si important de passer chaque jour du temps en prière et de s’approcher de Dieu à travers les sacrements, en particulier la confession et l’Eucharistie. Enracinez vos cœurs dans le fondement solide de l’amour de Dieu pour vous; découvrez le cœur du Christ, et n’ayez pas peur de bâtir votre vie sur lui (cf. 1 Jn 4, 16). Ce faisant, non seulement vous vous réaliserez comme vous le désirez, mais vous serez également capables de partager la chaleur de l’amour de Dieu et le pouvoir réconciliateur de sa grâce avec les personnes qui vous entourent.
Enfin, la lumière est nécessaire à la croissance et à une vie nouvelle, et elle est une image d’espérance. Enracinés dans la charité, vous êtes appelés de façon particulière à être des artisans de paix, à unir les personnes qui vous entourent et à insuffler aux autres l’espérance d’un avenir caractérisé par une paix durable. Vous ne pourrez peut-être pas contrôler votre situation ou les défis que vous serez appelés à affronter, mais vous pourrez toujours choisir de laisser la paix du Christ régner dans vos cœurs (cf. Co 3, 15). La vertu de l’espérance nous inspire à regarder vers le ciel. Cela ne signifie pas oublier le monde, mais avoir la confiance de partager avec lui la paix et la vie qui viennent du Christ, dont la lumière illumine la Nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 23).
25 juillet 2026 - Message vidéo du Saint-Père à la XIIe Assemblée plénière de la Fédération des Conférences épiscopales d'Asie (FABC) [Jakarta, 20-26 juillet 2026]
Tout comme ses disciples, aujourd’hui, nous savons que Jésus n’est pas seulement la source de notre communion avec Dieu, mais aussi de notre communion entre nous. En effet, dans la lettre encyclique Magnifica humanitas, publiée récemment, j’ai écrit que la solidarité chrétienne trouve sa source dans le mystère du Christ et naît de notre communion dans les sacrements, en particulier dans l’Eucharistie (cf. n° 88). C’est pourquoi je tiens à vous encourager à continuer de promouvoir une spiritualité eucharistique au sein de vos Églises locales, c’est-à-dire une spiritualité d’unité ecclésiale fondée sur la charité qui jaillit du don du Seigneur dans l’Eucharistie. J’espère donc que les liens de communion au sein des Églises locales et entre elles se renforceront et deviendront un signe toujours plus grand de la présence de Dieu dans vos différents pays, vous aidant ainsi à être ensemble des bâtisseurs de ponts dans toute l’Asie
2 août 2026 – Méditation du Pape Léon XIV lors de la prière Mariale de l’Angelus
Lorsque nous écoutons l’Évangile, nous entendons souvent parler des signes accomplis par Jésus : ce sont des gestes qui manifestent son attention particulière à notre égard, à savoir le salut qu’Il apporte au monde. On se souvient du Seigneur comme de Celui qui donne sens à la vie, en la libérant du mal et du péché.
En rendant la vue aux aveugles et l’ouïe aux sourds, le Christ n’accomplit pas seulement des actions spectaculaires, mais il annonce à tous que le Royaume de Dieu est proche. C’est pourquoi l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 14, 13-21) témoigne que Jésus ne se contente pas de redonner leurs sens à ceux qui en sont privés, mais qu’il donne du goût à nos sens. Au sourd qui retrouve l’ouïe, le Seigneur adresse la Bonne Nouvelle qu’il faut écouter ; à l’aveugle qui retrouve la vue, il montre la splendide œuvre de la rédemption qui s’accomplit pour lui. De même, Jésus donne à ceux qui ont faim de quoi se nourrir : l’épisode de la multiplication des pains signifie que la rencontre avec le Seigneur est une expérience nourrissante. Dans le désert, c’est-à-dire là où l’on se trouve dans le besoin, le Christ est le pain de vie. Avec Lui, l’essentiel est surabondant : « Tous mangèrent à leur faim » et il en resta « douze paniers pleins » (v. 20). Ce chiffre souligne que le don du Seigneur est universel, et que sa providence à notre égard ne manque jamais.
Chers amis, le Christ comble véritablement la faim de l’humanité, notre faim de vérité et de vie. En même temps, son geste nous enseigne que rien ne se perd lorsqu’on le partage. L’accumulation et le gaspillage, en revanche, sont les deux faces d’un même mal : la cupidité. Cette maladie de l’âme nous fait perdre la raison, car elle nous enivre de richesses, au point d’oublier ceux qui pleurent de faim et crient de soif. Et ainsi, face à l’opulence des choses qui pourrissent, se dressent les mains tendues de ceux qui n’ont pas de quoi manger, les maisons incendiées de ceux qui n’ont pas la paix.
Dans le désert de la guerre et de l’arrogance, nous voyons avec quelle bienveillance le Seigneur « leva les yeux vers le ciel », « prononça la bénédiction », « rompit les pains et les donna » à ses disciples, afin qu’ils les distribuent à la foule (cf. v. 19). Dans ce miracle de la charité, nous reconnaissons les gestes caractéristiques de Jésus, qui trouvent leur point culminant dans la Cène. C’est alors, en effet, que le Fils de Dieu nous donne sa propre vie en tant qu’Il est notre frère en humanité. Tandis que nous savourons la grâce de l’Eucharistie, engageons-nous à témoigner de sa beauté dans nos gestes quotidiens, à commencer par la bénédiction de la table lorsque nous partageons le pain en famille et entre amis. En compagnie de Jésus, même les vacances peuvent devenir un temps de sérénité fraternelle, en incluant ceux qui, à nos côtés, sont dans le besoin.
Demandons donc à la Vierge Marie, mère attentionnée, de nous faire grandir dans la charité, afin que personne ne manque de pain quotidien.
5 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.
Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).
À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.
La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).
Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).
C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).
Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.
Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.
Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXV: PL 37, 1081).
Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.
12 août 2026 – Enseignement du Pape Léon XIV lors de l’Audience Générale
Le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.
Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).
Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple [...] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a lui-même commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.
C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !
Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini(31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.
Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-à-dire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).
À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).
L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.
12 août 2026 – Salutation du Pape Léon XIV en langue française, au terme de l’Audience Générale
Rassasiés à la table de l’Eucharistie, soyez pour le monde des témoins lumineux de l’amour du Christ.
12 août 2026 – Résumé en langue française de l’Enseignement du Pape Léon XIV, lors de l’Audience Générale
Le Concile présente le dimanche comme le fondement et le cœur de l’année liturgique. C’est la Pâques hebdomadaire où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité. Jaillissant de la Résurrection, le dimanche traverse les temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui oriente vers la seconde venue du Christ. En ce sens l’année liturgique est l’actualisation de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire, comblant tous les fidèles de sa grâce (cf. SC, 102c). Il est donc indispensable de sanctifier le dimanche par la célébration de l’Eucharistie et de rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe ceux qui n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future.
5 septembre 2026 - Adoratrices perpétuelles du Saint-Sacrement - Fédération du Saint-Esprit
Votre présence est un témoignage lumineux de la gratuité de Dieu, qui sème dans le cœur humain l’aspiration à chercher et à contempler son visage. C’est la réponse à un désir profond, magnifiquement exprimé par le psalmiste : « Mon cœur sait que tu as dit : “Cherchez ma face !” C’est ta face, Seigneur, que je cherche. Ne me cache pas ta face. » (Ps 27, 8-9).
Cette recherche constante du visage de Dieu, qui caractérise tout particulièrement la vie monastique, revêt, dans la vocation que vous avez reçue, une nuance particulière : elle se traduit par une vie entièrement consacrée à l’adoration continue et silencieuse d’un Dieu qui s’est fait pain, et qui invite à s’unir à Lui dans le sacrifice de l’autel, pour former un seul corps. « Comme l’explique saint Augustin aux nouveaux chrétiens de son Église, le pain et le vin sur l’autel sont le sacrement de l’unité des fidèles en Christ » (Lettre encyclique Magnifica humanitas, n° 234). C’est pourquoi il faut « une spiritualité eucharistique, c’est-à-dire une spiritualité de l’unité ecclésiale dans l’amour » (Ibidem).
Chères sœurs, en manifestant au sein de l’Église le charisme spécifique que vous avez reçu de votre fondatrice, vous êtes appelées à être les tisserandes de la communion avec les fils de la prière et du travail, de l’adoration eucharistique et du partage fraternel au sein du monastère. Que ce temps de grâce, que vous vivez en pèlerines dans la Ville éternelle et dans les lieux où l’Ordre est né, vous renouvelle et vous fortifie afin que vous puissiez continuer à rayonner dans le monde la beauté du visage du Christ sacramentel.
29 août 2026 – Homélie du Pape Léon XIV lors de la Messe célébrée en l’église Santa Santissima del lago (Castel Gandolfo)
Le prophète Jérémie nous parle de son besoin irrésistible de répondre à l’appel qu’il a reçu : « Tu m’as séduit, Yahvé — dit-il —, et je me suis laissé séduire […]. C’était en mon cœur comme un feu dévorant […]. Je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu » (Jr 20, 7.9). Dieu lui a révélé qu’il l’avait connu et choisi dès le sein maternel (cf. ibid., 1, 5), et qu’il aimait son peuple d’un amour éternel (cf. ibid., 31, 3) ; il lui a parlé de son dessein de salut, et Jérémie ne peut plus se taire. Il ressent un élan irrépressible qui le pousse à porter à tous son message, même s’il sait que cela l’obligera à dire et à faire des choses qui déplairont à beaucoup, à se heurter à des souffrances et des incompréhensions, jusqu’à devenir « prétexte continuel à la moquerie » (v. 7). Mais l’amour le pousse à agir pour le bien de son peuple, sans compromis, jusqu’au bout.
C’est également ce que Jésus nous enseigne dans l’Évangile. Peu auparavant, il a nourri cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons (cf. Mt 14, 15-21), puis quatre mille autres avec sept pains et quelques petits poissons (cf. Mt 15, 32-38). Maintenant, au-delà du succès rencontré par ces gestes, il explique à ses disciples le sens messianique de ce qu’il a accompli : il leur révèle qu’il devra « aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Mt 16, 21).
Jésus explique comment, après les nombreux miracles accomplis, il manifestera définitivement sa gloire : en donnant librement sa vie (cf. Jn 10, 17-18) et en s’offrant lui-même sur la croix comme pain rompu. Et il précise que quiconque voudra poursuivre sa mission devra faire de même : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » (v. 24).
Jésus révèle ainsi que seul l’amour sauve. L’amour que Dieu nous a manifesté en se faisant homme, en mourant et en ressuscitant pour nous et, en réponse, celui par lequel nous nous offrons nous aussi humblement à Lui et à nos frères : aussi bien dans la constance fidèle de la charité quotidienne que dans les gestes les plus extraordinaires, jusqu’au martyre parfois, comme cela arrive malheureusement encore aujourd’hui à de nombreux chrétiens dans différentes régions du monde.
Saint Augustin disait que «la joie du moissonneur […] fait connaître le motif qui l’excitait à semer » (Sermon 330, 2), et nous désirons faire nôtres ses sentiments : avec l’aide de Dieu, nous voulons répandre partout dans le monde les semences de son infinie charité, sans nous lasser, sans mesure, afin qu’aujourd’hui et toujours, quelqu’un puisse se réjouir d’en récolter les fruits.
Malheureusement, tous ne comprennent pas la beauté, la bonté et le caractère concret de ce rêve du Créateur ; beaucoup pensent même qu’il s’agit d’une utopie. Tendre l’autre joue (cf. Mt 5, 39), disent-ils, c’est agir en perdant ; donner face au refus, c’est être naïf ; pardonner sans limites (cf. Mt 18, 21-22), c’est être faible. Il n’y a pas lieu de s’en étonner.
Même Pierre a eu du mal à accepter cette manière nouvelle et différente de raisonner (cf. Mt 16, 22). Mais Jésus reste catégorique : seul le chemin de l’amour est le chemin de la vie.
Ne nous faisons pas d’illusions. La haine et la violence n’apportent rien de bon, seulement la destruction et la mort, toujours, même lorsqu’elles sont une réponse à des injustices subies. Nous le voyons chaque jour, depuis les petites réalités de notre vie familiale jusqu’à la grande scène du monde. Tout confirme ce que Jésus nous a enseigné : « Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 16, 25).
Chers frères et sœurs, nous avons tant besoin de vie, d’espérance, de sérénité, de paix, en nous-mêmes, dans nos villes, entre les peuples et les nations. C’est pourquoi, quelle que soit la blessure, quelle que soit l’offense, ne permettons pas au mal de défigurer notre humanité et de corrompre notre cœur ! Ne nous conformons pas à la mentalité du monde (cf. Rm 12, 2). Continuons à aimer, à donner, à pardonner, en nous offrant « en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (v. 1), afin de préserver et de faire grandir, en nous et chez les autres, la dignité infinie de l’image divine que nous portons dans notre âme. Et ne nous décourageons pas si cela est difficile : notre force est dans le Seigneur et, avec son aide, tout est possible (cf. Ph 4, 13).
Le rite de la procession sur le lac, que nous accomplirons dans quelques instants, nous le rappelle également. Il évoque un autre miracle de Jésus, survenu peu avant les événements que nous avons entendus, lorsque le Maître, sur le lac de Tibériade, rejoignit les disciples effrayés en marchant sur les eaux et les conduisit jusqu’au rivage en apaisant la tempête (cf. Mt 8, 23-27). C’est précisément au moment où ils étaient le plus apeurés, à la merci des vents contraires, qu’il les exhorta à avoir foi, à prier, afin de retrouver la paix et, avec Lui, de continuer à naviguer vers le but désiré.
C’est avec cette foi que, ce soir, nous participons à l’Eucharistie. Sur l’autel, nous nous offrons nous-mêmes, avec le pain et le vin. Et le Seigneur unit nos offrandes à la sienne, les consacre et nous les redonne, transformées dans son Corps et dans son Sang, afin que nous les partagions comme nourriture pour le chemin. Puis, comme les disciples, nous quitterons ensemble le rivage, en portant avec nous l’image de Marie, notre modèle et notre guide, afin d’apporter, le long des bords du lac, la bénédiction que nous avons reçue.
Ce sont des gestes simples par lesquels nous renouvelons notre confiance en Dieu et notre dévotion filiale envers sa Très Sainte Mère. Et ils sont d’autant plus évocateurs qu’ils sont rendus possibles — comme saint Paul VI aimait le rappeler — grâce au soin avec lequel la petite communauté qui vit ici garde tout au long de l’année ce lieu de paix, afin que, lors des moments solennels, tout le peuple de Dieu puisse s’y rassembler, tout comme Marie, qui a accueilli dans son sein et dans la maison de Nazareth le Fils de Dieu fait homme, afin que son salut puisse parvenir à tous.
Ainsi, ce lieu de dévotion mariale devient également un signe de la manière dont l’Église fait tout son possible, jour après jour, pour faire de nous tous un seul corps, dans la prière, dans les sentiments, dans les intentions, dans le développement ordonné et unanime de notre coexistence, et ce lieu devient aussi un symbole de l’amour avec lequel le Seigneur, par l’intermédiaire de sa Très Sainte Mère, a voulu s’approcher de nous comme l’un d’entre nous, jusqu’à se confondre avec la grande foule de notre humanité (cf. Homélie pour la solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, 15 août 1977).