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Séminaristes
2025
Merci, merci à tous!
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La paix soit avec vous!
Eminences, Excellences, formateurs et surtout vous tous, séminaristes, bonjour à tous!
Je suis très heureux de vous rencontrer et je vous remercie tous, séminaristes et formateurs, pour votre présence chaleureuse. Merci avant tout pour votre joie et pour votre enthousiasme. Merci, car avec votre énergie, vous alimentez la flamme de l’espérance dans la vie de l’Eglise!
Aujourd’hui, vous n’êtes pas seulement pèlerins, mais aussi témoins d’espérance: vous me le témoignez, ainsi qu’à tous, parce que vous vous êtes laissés entraîner dans l’aventure fascinante de la vocation sacerdotale à une époque qui n’est pas facile. Vous avez accueilli l’appel à devenir des annonciateurs doux et forts de la Parole qui sauve, des serviteurs d’une Eglise ouverte et d’une Eglise en sortie missionnaire.
Y digo una palabra también en español, gracias por haber aceptado con valentía la invitación del Señor a seguir, a ser discípulo, a entrar en el seminario. Hay que ser valientes y no tengan miedo.
[Et je dis aussi quelques mots en espagnol: merci d’avoir accepté avec courage l’invitation du Seigneur à le suivre, à devenir ses disciples, à entrer au séminaire. Il faut être courageux et n’ayez pas peur!]
Au Christ qui vous appelle, vous dites «oui» avec humilité et courage; et ce «me voici», que vous lui adressez, germe dans la vie de l’Eglise, et se laisse accompagner par le nécessaire chemin de discernement et de formation.
Jésus, vous le savez, vous appelle avant tout à vivre une expérience d’amitié avec Lui et avec vos compagnons de route (cf. Mc 3, 13); une expérience appelée à croître de manière permanente, même après l’ordination, et qui touche tous les aspects de la vie. Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des «ponts» et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient. Oui, Il doit croître et nous diminuer, pour pouvoir devenir des pasteurs selon son Cœur [1].
A propos du Cœur de Jésus Christ, comment ne pas rappeler l’Encyclique Dilexit nos, que nous a donnée le bien-aimé Pape François? [2] Précisément en ce temps que vous vivez, c’est-à-dire celui de la formation et du discernement, il est important de porter votre attention vers le centre, vers le «moteur» de tout votre chemin: le cœur! Le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections. Aujourd’hui plus que jamais, dans un contexte social et culturel marqué par le conflit et le narcissisme, nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus [3].
Comme le Christ a aimé avec un cœur d’homme [4], vous êtes appelés à aimer avec le Cœur du Christ! Amar con el corazón de Jesús. Mais pour apprendre cet art, il faut travailler sur son intériorité, là où Dieu fait entendre sa voix et d’où partent les décisions les plus profondes; lieu également de tensions et de luttes (cf. Mc 7, 14-23), à convertir pour que toute votre humanité respire l’Evangile. Le premier travail doit donc se faire sur l’intériorité. Souvenez-vous bien de l’invitation de saint Augustin à revenir au cœur, car c’est là que nous retrouvons les traces de Dieu. Descendre dans son cœur peut parfois faire peur, car on y trouve aussi des blessures. N’ayez pas peur de les soigner, laissez-vous aider: car c’est de ces blessures que naîtra votre capacité à être proches de ceux qui souffrent. Sans vie intérieure, la vie spirituelle n’est pas possible, car c’est dans le cœur que Dieu nous parle. Dios nos habla en el corazón, tenemos que saber escucharlo. [Dieu nous parle dans le cœur, il faut savoir l’écouter]. Ce travail intérieur inclut aussi l’apprentissage à reconnaître les mouvements du cœur: pas seulement les émotions rapides et immédiates, caractéristiques de l’âme des jeunes, mais surtout vos sentiments profonds, qui vous aident à découvrir la direction de votre vie. Si vous apprenez à connaître votre cœur, vous deviendrez toujours plus authentiques et vous n’aurez pas besoin de porter de masques. Et le chemin privilégié qui nous conduit à l’intériorité est la prière: à une époque d’hyperconnexion, il devient toujours plus difficile de faire l’expérience du silence et de la solitude. Sans la rencontre avec Lui, nous ne pouvons pas non plus véritablement nous connaître nous-mêmes.
Je vous invite à invoquer fréquemment l’Esprit Saint, pour qu’il façonne en vous un cœur docile, capable de percevoir la présence de Dieu, également en écoutant les voix de la nature, de l’art, de la poésie, de la littérature [5], de la musique, mais aussi des sciences humaines [6]. Dans le travail rigoureux des études théologiques, sachez aussi écouter avec un esprit et un cœur ouverts les voix de la culture, comme les défis récents de l’intelligence artificielle et celles des médias sociaux [7]. Surtout, à l’exemple de Jésus, sachez entendre le cri souvent silencieux des petits, des pauvres et des opprimés, et de tant de personnes, surtout des jeunes, qui cherchent un sens à leur vie.
Si vous prenez soin de votre cœur, avec des moments quotidiens de silence, de méditation et de prière, vous apprendrez l’art du discernement. Cela aussi est un travail important: apprendre à discerner. Quand on est jeune, on porte en soi beaucoup de désirs, de rêves et d’ambitions. Le cœur est souvent encombré et il arrive de se sentir confus. Au contraire, à l’image de la Vierge Marie, notre intériorité doit devenir capable de conserver et de méditer. Capable de synballein — comme l’écrit l’évangéliste Luc (2, 19.51): rassembler les fragments [8]. Fuyez la superficialité, et assemblez les morceaux de votre vie dans la prière et la méditation, en vous demandant: qu’est-ce que m’apprend ce que je vis? Qu’est-ce que cela dit à mon chemin ? Où le Seigneur me conduit-il ?
Très chers amis, ayez un cœur doux et humble comme celui de Jésus (cf. Mt 11, 29). A l’exemple de l’apôtre Paul (cf. Ph 2, 5sq), puissiez-vous avoir les sentiments du Christ, pour grandir en maturité humaine, surtout affective et relationnelle. Il est important, même nécessaire, dès le temps du séminaire, de miser beaucoup sur la maturation humaine, en rejetant tout faux-semblant ou hypocrisie. En gardant le regard fixé sur Jésus, il faut apprendre à nommer et à exprimer aussi la tristesse, la peur, l’angoisse, l’indignation, en apportant tout dans la relation à Dieu. Les crises, les limites, les fragilités ne doivent pas être occultées: elles sont au contraire des occasions de grâce et d’expérience pascale.
Dans un monde souvent marqué par l’ingratitude et la soif de pouvoir, où semble parfois prévaloir la logique du rejet, vous êtes appelés à témoigner de la gratitude et de la gratuité du Christ, de l’exultation et de la joie, de la tendresse et de la miséricorde de son Cœur. A pratiquer le style de l’accueil et de la proximité, du service généreux et désintéressé, en laissant l’Esprit Saint «oindre» votre humanité avant l’ordination.
Le Cœur du Christ est animé d’une immense compassion: Il est le Bon Samaritain de l’humanité, et Il nous dit: «Va, et toi aussi fais de même» (Lc 10, 37). Cette compassion le pousse à rompre pour les foules le pain de la Parole et du partage (cf. Mc 6, 30-44), en préfigurant le geste du Cénacle et de la Croix, quand Il se donnera Lui-même en nourriture, et Il nous dit: «Donnez-leur vous-mêmes à manger» (Mc 6, 37), c’est-à-dire: faites de votre vie un don d’amour.
Chers séminaristes, la sagesse de la Mère Eglise, assistée par l’Esprit Saint, cherche au fil du temps les formes les plus appropriées de former les ministres ordonnés, selon les exigences des lieux. Quelle est votre tâche dans cet effort? Celle de ne jamais jouer au rabais, de ne pas vous contenter, de ne pas être de simples récepteurs passifs, mais de vous passionner pour la vie sacerdotale, en vivant le présent et en regardant vers l’avenir avec un cœur prophétique. J’espère que notre rencontre aidera chacun de vous à approfondir votre dialogue personnel avec le Seigneur, dans lequel lui demander d’assimiler toujours davantage les sentiments du Christ, les sentiments de son Cœur. Ce Cœur qui bat d’amour pour vous et pour toute l’humanité.
Bon cheminement! Je vous accompagne de ma bénédiction.
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[1] Cf. S. Jean Paul II, Exhort. ap. Pastores dabo vobis (25 mars 1992), n. 43.
[2] Lett. enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ (24 octobre 2024).
[4] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.
[5] Cf. François, Lettre sur le rôle de la littérature dans la formation, 17 juillet 2024.
[6] Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 62.
[7] Congrégation pour le clergé, Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, Le don de la vocation presbytérale (8 décembre 2016), n. 97.
[8] Cf. François, Lettre enc. Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ (24 octobre 2024), n. 19.
25 juin 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux séminaristes des diocèses du Triventino
Je suis heureux de vous rencontrer à l’occasion de votre pèlerinage jubilaire. Je pense que vous étiez tous présents hier, donc voici pour vous une seconde opportunité de nous rencontrer. Votre terre se vante de profondes racines chrétiennes, qui remontent à l’antique Église d’Aquileia. Dans cette mémoire de la foi, resplendit le témoignage de nombreux martyrs et de saints pasteurs. Rappelons l’Évêque Cromazio, souvenons-nous de Jérôme et Rufin, exemplaires dans l’étude et dans la vie ascétique ; comme aussi les Bienheureux Tullio Maruzzo et Jean Schiavo, missionnaires qui irradièrent l’Évangile en divers peuples, langues et cultures.
Aujourd’hui, il nous revient de continuer cette œuvre passionnante. En particulier, vous chers séminaristes, qui êtes appelés à vous insérer dans cette riche histoire de grâce, pour en prendre soin et la renouveler à la suite du Seigneur. Ne vous découragez pas si parfois le chemin qui est devant vous est dur. Comme aimait à le dire aux prêtres de Rome le Bienheureux Jean-Paul Ier, « entraînez-vous à la discipline d’un effort continu, long, pas facile. Les anges mêmes, vus en songe par Jacob, ne volaient pas, mais montaient une marche à la fois. Imaginons-nous un instant nous-mêmes, qui sommes de pauvres hommes privés d’ailes ! ». (Discours au clergé romain le 7 septembre 1978). C’est ainsi que parlait un Pasteur en qui ont brillé les meilleures vertus de votre peuple : en lui, vous avez un modèle de vie sacerdotale.
Je voudrais aussi vous rappeler un passage de la conversion de saint Augustin, comme il le nous le donne lui-même dans ses Confessions. D’un côté, il était désireux de se décider pour le Christ. De l’autre côté, il était tiraillé de scrupules et de tentations. Profondément déboussolé, un jour il se retira pour réfléchir dans le jardin de la maison ; et là, la vertu de Continence lui apparut personnifiée et lui dit : « En toi-même pourquoi te tiens-tu et ne tiens-tu pas ? Jette-toi en Dieu, sans aucune crainte. Il ne va pas se dérober pour que tu tombes. Jette-toi, rassuré : il t’accueillera et te guérira » (Conf. VIII, 27).
Comme un père, je vous répète ces mêmes paroles qui firent tant de bien au cœur inquiet de saint Augustin : elles ne valent pas seulement en référence au célibat, qui est un charisme à reconnaître, soigner et éduquer, mais peuvent orienter tout votre parcours de discernement et de formation vers le ministère ordonné. En particulier, ces paroles vous invitent à avoir une confiance démesurée dans le Seigneur, le Seigneur qui vous a appelés, renonçant à la prétention de vous suffire à vous-mêmes ou de pouvoir y arriver tout seuls. Ceci vaut non seulement pour les années de Séminaire mais pour toute la vie : à chaque instant, et combien plus dans la désolation ou bien même le péché, redites-vous les paroles du Psalmiste : « Je m’abandonne à la fidélité de Dieu maintenant et pour toujours » (Ps 51,10). La Parole de Dieu et les Sacrements sont des sources permanentes auxquelles vous pouvez toujours puiser une nouvelle sève pour la vie spirituelle et aussi pour l’engagement pastoral.
Ne pensez donc pas que vous êtes seuls, et encore moins ne pensez pas tout seuls. Sans aucun doute, comme l’affirme la Ratio fundamentalis, chaque de vous « est l’acteur de sa propre formation et est appelé à un chemin de constante croissance dans l’aspect humain, spirituel, intellectuel et pastoral » (Congr. per il Clero, Il dono della vocazione presbiterale, 130). Acteur ne veut pas dire soliste ! Pour autant, je vous invite à cultiver toujours la communion, en premier lieu avec vos compagnons de Séminaire. Ayez pleine confiance dans vos formateurs, sans réserve ou duplicité. Et vous, formateurs, soyez de bons compagnons de route des séminaristes qui vous sont confiés : offrez-leur l’humble témoignage de votre vie et de votre foi ; accompagnez-les avec une affection vraie. Sachez-vous, vous tous, soutenus par l’Église, en premier lieu par la personne de l’Évêque.
Pour terminer, la chose la plus importante : tenez le regard fixé sur Jésus (Cf He 12,2), cultivant la relation d’amitié avec Lui. A ce sujet, Robert Hugh Benson (1871-1914), prêtre anglais, écrit après sa conversion au catholicisme : « S’il y a une chose qui ne laisse aucun doute dans l’Évangile, c’est justement celle-ci : la conscience vive de l’amitié de Jésus-Christ. (L’amicizia di Cristo, Milano 2024, 17). Il demande, comme l’écrivait le Pape François dans son Encyclique Dilexit nos, « de ne pas avoir honte de reconnaître ton amitié pour Lui. Il te demande d’oser dire aux autres qu’il est bon pour toi de L’avoir rencontré » (DN, 211). Rencontrer Jésus, de fait, sauve notre vie et nous donne la force et la joie de communiquer l’Évangile à tous.
Chers amis, merci pour votre visite. Bonne route ! Que la Sainte Vierge vous accompagne toujours, ainsi que ma bénédiction.
25 août 2025 – Discours du Pape Léon XIV aux 360 Servants d’autel français venus à Rome
C’est un grand cadeau du Ciel que vous soyez ici cette année ! Je vous invite à le saisir en vivant intensément les activités qui vous sont proposées, mais surtout en prenant le temps de parler à Jésus dans le secret du cœur et de l’aimer de plus en plus. Il n’a pour seul désir que de faire partie de votre vie pour l’illuminer de l’intérieur, devenir votre meilleur ami, le plus fidèle. La vie devient belle et heureuse avec Jésus. Mais Il attend votre réponse. Il frappe à la porte et Il attend pour entrer : « Je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). Être “près” de Jésus, Lui le Fils de Dieu, entrer dans son amitié ! : quel destin inespéré ! Quel bonheur ! Quelle consolation ! Quelle espérance pour l’avenir !
L’espérance est justement le thème de cette Année Sainte. Peut-être percevez-vous à quel point nous avons besoin d’espérer. Vous entendez certainement que le monde va mal, confronté à des défis de plus en plus graves et inquiétants. Il se peut que vous soyez touchés, vous-mêmes ou dans votre entourage, par la souffrance, la maladie ou le handicap, l’échec, la perte d’un être cher ; et, face à l’épreuve, votre cœur est dans la tristesse et dans l’angoisse. Qui viendra à notre secours ? Qui aura pitié de nous ? Qui viendra nous sauver ?... Non seulement de nos peines, de nos limites et de nos fautes, mais aussi de la mort elle-même ?
La réponse est parfaitement claire et retentit dans l’Histoire depuis 2000 ans : Jésus seul vient nous sauver, et personne d’autre : parce que seul Il en a le pouvoir – Il est Dieu-tout-puissant en personne –, et parce qu’Il nous aime. Saint Pierre l’a dit avec force : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12). N’oubliez jamais cette parole, chers amis, gravez-la dans votre cœur ; et mettez Jésus au centre de votre vie. Je vous souhaite de repartir de Rome plus proches de Lui, plus que jamais décidés à L’aimer et à Le suivre, et ainsi mieux armés d’espérance pour parcourir la vie qui s’ouvre devant vous. Cette espérance sera toujours dans les moments difficiles de doute, de découragement et de tempête, comme une ancre solide, jetée vers le ciel (cf. He 6, 19), qui vous permettra de continuer la route.
Il y a une preuve certaine que Jésus nous aime et nous sauve : Il a donné sa vie pour nous en l’offrant sur la croix. En effet, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (cf. Jn 15, 13). Et voilà la chose la plus merveilleuse de notre foi catholique, une chose que personne n’aurait pu imaginer ni espérer : Dieu, le créateur du ciel et de la terre, a voulu souffrir et mourir pour les créatures que nous sommes. Dieu nous a aimés à en mourir ! Pour le réaliser, Il est descendu du ciel, Il s’est abaissé jusqu’à nous en se faisant homme, et Il s’est offert sur la croix en sacrifice, l’évènement le plus important de l’histoire du monde. Qu’avons-nous à craindre d’un tel Dieu qui nous a aimés à ce point ? Que pouvions-nous espérer de plus ? Qu’attendons-nous pour l’aimer en retour comme il le mérite ? Glorieusement ressuscité, Jésus est vivant auprès du Père, il prend désormais soin de nous et nous communique sa vie impérissable.
Et l’Église, de génération en génération, garde soigneusement mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur dont elle est témoin, comme son trésor le plus précieux. Elle la garde et la transmet en célébrant l’Eucharistie que vous avez la joie et l’honneur de servir. L’Eucharistie est le Trésor de l’Église, le Trésor des Trésors. Dès le premier jour de son existence, et ensuite pendant des siècles, l’Église a célébré la Messe, de dimanche en dimanche, pour se souvenir de ce que son Seigneur a fait pour elle. Entre les mains du prêtre et à ses paroles, “ceci est mon Corps, ceci est mon Sang”, Jésus donne encore sa vie sur l’Autel, Il verse encore son Sang pour nous aujourd’hui. Chers Servants d’Autel, la célébration de la Messe, nous sauve aujourd’hui ! Elle sauve le monde aujourd’hui ! Elle est l’événement le plus important de la vie du chrétien et de la vie de l’Église, car elle est le rendez-vous où Dieu se donne à nous par amour, encore et encore. Le chrétien ne va pas à la Messe par devoir, mais parce qu’il en a besoin, absolument ! ; le besoin de la vie de Dieu qui se donne sans retour !
Chers amis, je vous remercie de votre engagement : il est un très grand et généreux service que vous rendez à votre paroisse, et je vous encourage à persévérer fidèlement. Lorsque vous approchez de l’Autel, ayez toujours à l’esprit la grandeur et la sainteté de ce qui est célébré. La Messe est un moment de fête et de joie. Comment, en effet, ne pas avoir le cœur dans la joie en présence de Jésus ? Mais la Messe est, en même temps, un moment sérieux, solennel, empreint de gravité. Puissent votre attitude, votre silence, la dignité de votre service, la beauté liturgique, l’ordre et la majesté des gestes, faire entrer les fidèles dans la grandeur sacrée du Mystère.
Je forme aussi le vœu que vous soyez attentifs à l’appel que Jésus pourrait vous adresser à le suivre de plus près dans le sacerdoce. Je m’adresse à vos consciences de jeunes, enthousiastes et généreux, et je vais vous dire une chose que vous devez entendre, même si elle doit vous inquiéter un peu : le manque de prêtres en France, dans le monde, est un grand malheur ! Un malheur pour l’Église. Puissiez-vous, peu à peu, de dimanche en dimanche, découvrir la beauté, le bonheur et la nécessité d’une telle vocation. Quelle vie merveilleuse que celle du prêtre qui, au cœur de chacune de ses journées, rencontre Jésus d’une manière tellement exceptionnelle et le donne au monde !
J’aime rappeler cette exhortation de saint Augustin : « Aimez ce que vous devez être » (Sermon 216, 8). Je trouve que c’est une indication précieuse, surtout pour ne pas tomber dans l’erreur d’imaginer la formation religieuse comme un ensemble de règles à observer ou de choses à faire ou, encore, comme un vêtement déjà confectionné à revêtir passivement. Au centre de tout, au contraire, il y a l’amour. La vocation chrétienne, et celle religieuse en particulier, naît seulement quand on ressent l’attraction de quelque chose de grand, d’un amour qui peut nourrir et rassasier le cœur. C’est pourquoi notre première préoccupation devrait être celle d’aider, spécialement les jeunes, à entrevoir la beauté de l’appel et à aimer ce que, en embrassant la vocation, ils pourront devenir. La vocation et la formation sont des réalités préétablies : elles sont une aventure spirituelle qui engage toute l’histoire d’une personne, et il s’agit avant tout d’une aventure d’amour avec Dieu.
L’amour, que, comme nous le savons, saint Augustin a mis au centre de sa recherche spirituelle, est un critère fondamental aussi pour la dimension de l’étude théologique et de la formation intellectuelle. Dans la connaissance de Dieu, il n’est jamais possible d’arriver à Lui par notre seule raison et par une série d’informations théoriques, mais il s’agit avant tout de se laisser étonner par sa grandeur, de s’interroger et d’interroger le sens des choses qui se produisent pour y retrouver les traces du Créateur, et surtout de l’aimer et de le faire aimer. A ceux qui étudient, Augustin suggère la générosité et l’humilité, qui naissent précisément de l’amour : la générosité de communiquer aux autres ses propres recherches, afin que cela profite à leur foi ; l’humilité pour ne pas tomber dans la vanité de ceux qui recherchent la science pour elle-même, en se sentant supérieurs aux autres parce qu’ils la possèdent.
17 septembre 2025 - Lettre du Pape Léon XIV aux séminaristes du grand Séminaire de Trujillo
Cette année, nous rendons grâce au Seigneur pour les quatre siècles d’histoire du grand séminaire archidiocésain « San Carlos y San Marcelo » de Trujillo, et nous faisons mémoire des innombrables jeunes issus de l’archidiocèse, de diverses juridictions du Pérou et de communautés religieuses qui, dans ces salles de cours et ces chapelles, ont cherché à répondre à la voix du Christ les appelant « à être avec Lui et à être envoyés pour prêcher » (Mc 3, 14). Mes propres pas ont aussi marqué cette maison, où j’ai servi comme professeur et directeur des études.
Votre première tâche demeure la même : être avec le Seigneur, vous laisser former par Lui, Le connaître et L’aimer pour devenir semblables à Lui. C’est pourquoi l’Église a toujours voulu que les séminaires existent : des lieux où l’on garde cette expérience et où se préparent ceux qui seront envoyés pour servir le peuple saint de Dieu. De là jaillissent aussi les attitudes que je souhaite partager avec vous, car elles ont toujours constitué le fondement solide du ministère sacerdotal.
Avant toute chose, il est nécessaire de laisser le Seigneur éclairer nos motivations et purifier nos intentions (cf. Rm 12, 2). Le sacerdoce ne peut se réduire à « obtenir l’ordination » comme s’il s’agissait d’un but extérieur ou d’une solution facile à ses problèmes personnels. Ce n’est pas une fuite devant ce qu’on ne veut pas affronter, ni un refuge contre les difficultés affectives, familiales ou sociales ; ce n’est ni une promotion ni un abri, mais le don total de soi. Seul celui qui est libre peut se donner : lié par l’intérêt ou la peur, nul ne se donne vraiment, car « la volonté n’est vraiment libre que lorsqu’elle n’est pas esclave » (saint Augustin, Cité de Dieu, XIV, 11, 1). L’essentiel n’est pas d’être « ordonné », mais de devenir véritablement prêtre.
Vu selon les critères du monde, le ministère se confond avec un droit personnel, une position à distribuer ; il devient une simple prérogative ou une fonction bureaucratique. En réalité, il naît du choix du Seigneur (cf. Mc 3, 13), qui appelle avec une prédilection particulière certains hommes à partager Son ministère de salut, afin qu’ils reproduisent en eux Son image et témoignent sans cesse de Sa fidélité et de Son amour. Ceux qui recherchent le sacerdoce pour des raisons superficielles se trompent de fondement et bâtissent sur le sable (cf. Mt 7, 26-27).
La vie au séminaire est un chemin de rectification intérieure. Il faut laisser le Seigneur examiner nos cœurs et manifester clairement ce qui motive nos décisions. La droiture d’intention consiste à pouvoir dire chaque jour, avec simplicité et vérité : « Seigneur, je veux être ton prêtre, non pour moi-même, mais pour ton peuple. » Cette transparence se cultive par la confession fréquente, la direction spirituelle sincère et l’obéissance confiante envers ceux qui accompagnent notre discernement. L’Église demande des séminaristes au cœur pur, qui cherchent le Christ sans duplicité et ne se laissent pas emprisonner par l’égoïsme ou la vanité.
Cela exige un discernement continu. La sincérité devant Dieu et devant les formateurs protège de l’autojustification et aide à corriger en temps voulu ce qui n’est pas conforme à l’Évangile. Le séminariste qui apprend à vivre dans cette clarté devient un homme mûr, libéré de l’ambition et du calcul humain, libre de se donner sans réserve. Ainsi, l’ordination sera la confirmation joyeuse d’une vie façonnée par le Christ dès le séminaire, et le commencement d’un chemin authentique.
Le cœur du séminariste se forme dans la relation personnelle avec Jésus. La prière n’est pas un exercice secondaire : c’est en elle que l’on apprend à reconnaître Sa voix et à se laisser conduire par Lui. Celui qui ne prie pas ne connaît pas le Maître ; et celui qui ne Le connaît pas ne peut ni L’aimer vraiment ni se configurer à Lui. Le temps passé en prière est l’investissement le plus fécond de la vie : c’est là que le Seigneur façonne nos sentiments, purifie nos désirs et fortifie notre vocation. Ceux qui ne parlent pas assez avec Dieu ne peuvent pas parler de Dieu ! Le Christ se laisse rencontrer de manière privilégiée dans l’Écriture sainte, qu’il faut aborder avec révérence et foi, en cherchant l’Ami qui s’y révèle.
Là, ceux qui se préparent au sacerdoce découvrent comment le Christ pense, comment Il voit le monde, comment Il se laisse toucher par les pauvres ; peu à peu, ils adoptent Ses critères et Ses attitudes. « Nous devons regarder Jésus, la compassion avec laquelle Il voit notre humanité blessée, la gratuité avec laquelle Il a offert Sa vie pour nous sur la croix » (François, Lettre aux prêtres du diocèse de Rome, 5 août 2023).
L’Église a toujours reconnu que la rencontre avec le Seigneur devait s’enraciner dans l’intelligence et devenir doctrine. C’est pourquoi l’étude est un chemin indispensable pour que la foi devienne solide, raisonnée et capable d’éclairer les autres. Celui qui se forme pour le sacerdoce ne se livre pas à l’étude pour une érudition vaine, mais par fidélité à sa vocation. Le travail intellectuel, surtout théologique, est une forme d’amour et de service nécessaire à la mission, toujours en pleine communion avec le Magistère. Sans étude sérieuse, il n’y a pas de véritable ministère pastoral, car celui-ci consiste à conduire les personnes à connaître et aimer le Christ et, en Lui, à trouver le salut. On rapporte qu’un séminariste demanda à saint Alberto Hurtado en quelle matière il devait se spécialiser ; le saint répondit : « Spécialise-toi en Jésus-Christ ! » Voilà la voie la plus sûre : faire de l’étude un moyen de s’unir plus intimement au Seigneur et de Le proclamer avec clarté.
Prière et recherche de la vérité ne sont pas deux chemins parallèles, mais une seule route qui conduit au Maître. Une piété sans doctrine devient une sentimentalité fragile ; une doctrine sans prière devient stérile et froide. Nourrissez-les toutes deux avec équilibre et passion : c’est seulement ainsi que vous pourrez proclamer authentiquement ce que vous vivez et vivre avec cohérence ce que vous proclamez. Lorsque l’esprit s’ouvre à la vérité révélée et que le cœur s’enflamme dans la prière, la formation porte du fruit et prépare à un sacerdoce solide et lumineux.
La vie spirituelle et la vie intellectuelle sont indispensables, mais elles convergent vers l’autel, lieu où l’identité sacerdotale se construit et se manifeste dans sa plénitude (cf. saint Jean XXIII, Sacerdotii Nostri Primordia, II). Là, dans le Saint Sacrifice, le prêtre apprend à offrir sa vie, à l’exemple du Christ sur la croix. En se nourrissant de l’Eucharistie, il découvre l’unité entre ministère et sacrifice et comprend que sa vocation consiste à être un sacrifice uni au Christ (cf. Rm 12, 1). Ainsi, lorsque la croix est assumée comme une part inséparable de la vie, l’Eucharistie cesse d’être seulement un rite : elle devient le véritable centre de l’existence.
L’union avec le Christ dans le sacrifice eucharistique se prolonge dans la paternité sacerdotale, qui engendre non selon la chair, mais selon l’Esprit (cf. 1 Co 4, 14-15). Être père n’est pas une fonction que l’on exerce, c’est un être que l’on devient. Un vrai père ne vit pas pour lui-même, mais pour sa famille : il se réjouit quand ses enfants grandissent, souffre quand ils se perdent, attend quand ils s’égarent (cf. 1 Th 2, 11-12). De même, le prêtre porte dans son cœur tout le peuple, il intercède pour lui, l’accompagne dans ses luttes et le soutient dans la foi. La paternité sacerdotale consiste à rendre visible le visage du Père, afin que ceux qui rencontrent le prêtre perçoivent intuitivement l’amour de Dieu.
Cette paternité s’exprime dans des attitudes de don : le célibat comme amour indivis pour le Christ et pour Son Église ; l’obéissance comme confiance en la volonté de Dieu ; la pauvreté évangélique comme disponibilité pour tous ; la miséricorde et la force qui accompagnent les blessures et soutiennent dans la souffrance. C’est à ces signes qu’on reconnaît un vrai père, capable de guider ses enfants spirituels vers le Christ avec fermeté et amour. Il n’existe pas de paternité à moitié, pas plus qu’il n’existe de sacerdoce à moitié.
Vous, candidats au sacerdoce, êtes appelés à fuir la médiocrité, au milieu de dangers bien réels : la mondanité qui brouille la vision surnaturelle de la réalité, l’activisme qui épuise, la distraction numérique qui vole l’intériorité, les idéologies qui détournent de l’Évangile et, non moins grave, la solitude de ceux qui cherchent à vivre sans le presbytérat et sans leur évêque. Un prêtre isolé est vulnérable. La fraternité et la communion sacerdotale font partie intégrante de la vocation. L’Église a besoin de pasteurs saints qui se donnent ensemble, non de fonctionnaires solitaires ; c’est seulement ainsi qu’ils seront des témoins crédibles de la communion qu’ils annoncent.
Chers fils, pour conclure, je veux vous assurer que vous avez une place dans le cœur du Successeur de Pierre. Le séminaire est un don immense et exigeant, mais vous n’êtes jamais seuls sur ce chemin. Dieu, les saints et toute l’Église marchent avec vous ; en particulier votre évêque et vos formateurs, qui vous aident à croître « jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga 4, 19). Accueillez leurs conseils et leurs corrections comme des gestes d’amour. Souvenez-vous aussi de la sagesse de saint Toribio de Mogrovejo, si cher à Trujillo, qui aimait à dire : « Le temps ne nous appartient pas, il est très bref, et Dieu nous demandera compte rigoureux de l’usage que nous en aurons fait. » Profitez donc de chaque jour comme d’un trésor unique.
Que la Vierge Marie et saint Joseph, premiers éducateurs du Grand Prêtre éternel, vous soutiennent tous dans la joie de savoir que vous êtes aimés et appelés. Avec ces sentiments, en signe de proximité, j’accorde cordialement la bénédiction apostolique implorée à toute la communauté de ce cher séminaire et à vos familles.
Vatican, le 17 septembre 2025, Mémoire de saint Robert Bellarmin, évêque et docteur de l’Église.
20 octobre 2025 – Discours du Pape à la communauté du Collège pontifical portugais de Rome
Je suis heureux de vous accueillir en ce jour qui, il y a 125 ans, a vu naître le Collège pontifical portugais. En effet, le pape Léon XIII, poussé par le bien spirituel que les évêques portugais entrevoyaient pour leurs diocèses à travers la formation à Rome de leur clergé, l’a fondé au terme d’un chemin où les vicomtes de São João da Pesqueira ont joué un rôle important. En regardant en arrière, vers la fondation de votre Collège, nous trouvons ensemble des clercs et des laïcs, unis dans une même marche, engagés pour les mêmes objectifs, afin de mieux favoriser l’annonce de l’Évangile.
Tournée toujours vers la mission, l’Église, appelée aujourd’hui à renforcer son style synodal, garde avec joie le trésor de ces expériences ecclésiales et, en les conservant comme héritage spirituel, y trouve un élan pour faire grandir la communion. Lorsque, pour la promotion humaine et pour la gloire de Dieu, nous nous mettons à l’écoute les uns des autres et respectons ce que l’Esprit Saint suscite en chaque fidèle, nous discernons avec une plus grande clarté et confiance les signes des temps, travaillant unis à la construction du Royaume du Christ. Et le fait d’être à Rome pour approfondir l’étude de la théologie ou des sciences humaines et sociales implique de s’exercer toujours davantage à l’art de l’écoute, si important pour l’unité entre nous, disciples du Seigneur.
La fondation du Collège, précisément lors du Jubilé de 1900, me permet de réfléchir avec vous à deux dimensions de votre séjour à Rome, auxquelles les années saintes appellent de façon particulière : la dimension de l’universalité de l’Église et celle de la miséricorde divine.
Les jubilés permettent de voir arriver de nombreux pèlerins, intensifiant ainsi la compréhension de l’universalité de l’Église, que vous expérimentez dans cette ville de diverses manières, soit en partageant la beauté de vos cultures, soit en témoignant de la richesse de vos Églises locales et de l’expérience pastorale que vous apportez avec vous. Vivre tout cela est un don du Seigneur, et la meilleure manière de le remercier est d’entrer, sans crainte, dans la vitalité de cet échange, en contribuant à la polychromie de l’unité et à la polyphonie de la communion.
De plus, nous le savons, les années jubilaires sont une possibilité d’acquérir une conscience plus intense du don de la miséricorde qui jaillit du Cœur du Christ. Et c’est précisément le Sacré-Cœur qui marque dès le début l’histoire du Collège Portugais, apparaissant même dans ses armoiries. Les premiers étudiants s’y sont en effet consacrés. Continuez à le faire ! Continuez à confier votre vie au Cœur du Seigneur ; approchez-vous toujours plus de Lui et apprenez de Lui la miséricorde ! Un Collège consacré au Cœur du Christ est une école de la miséricorde divine, dans laquelle les étudiants, imitant le disciple bien-aimé (cf. Jn 13, 25), écoutent le battement de l’amour de Dieu et deviennent ainsi de véritables théologiens. En vérité, un prêtre, quelle que soit la mission qui lui est confiée, y trouve toujours une occasion de se configurer au Bon Pasteur : il n’a pas seulement besoin d’un cœur de chair, d’un cœur humain et sage, mais il ressent la nécessité d’un cœur comme celui de Jésus, toujours uni au Père, passionné de l’Église et plein de compassion
En demeurant en présence du Seigneur, après des journées de travail exigeant, vous pouvez trouver en Lui repos et « recoudre » l’unité de la vie. Demandez-Lui toujours un cœur capable d’aimer l’Église comme Lui, qui « s’est livré pour elle » (Ep 5, 25) ; présentez-Lui vos évêques et vos communautés diocésaines et, dès maintenant, priez pour les fidèles que vous servirez demain dans vos pays. Restez proches du Seigneur Jésus dans l’écoute de sa Parole, dans la célébration des sacrements, en particulier de l’Eucharistie, dans l’Adoration, dans le discernement spirituel et dans la fraternelle bienveillance entre vous.
Chers frères et chères sœurs, pendant que vous êtes à Rome, construisez-vous aussi une “maison”, c’est-à-dire un environnement familial où, rentrant de vos engagements académiques, vous puissiez vous sentir en famille. Je voudrais rappeler ici ce que disait saint Paul VI aux élèves du Collège Saint-Pierre : « Qu’est-ce que cette maison ? – demandait-il – Comment définir ce Collège ? Peut-être n’est-il pas facile de le dire. Ce n’est pas un hôtel, où l’on entre étrangers et d’où l’on sort étrangers ; ce n’est pas une simple pension, où l’on trouve un logement pour d’autres fins qu’elle ne peut poursuivre. […] C’est quelque chose de plus intime et de plus personnel. C’est un Collège, qui veut produire une collégialité, c’est-à-dire une communion, une amitié, une fusion des esprits, commencée ici et goûtée dans l’unité ; et ensuite à rappeler et à revivre, dans les années futures, quand vous serez dispersés dans le monde, dans la catholicité » (Discours au Collège Saint-Pierre Apôtre sur le Janicule, 6 janvier 1970). Ainsi, édifiez une maison collégiale, qui soit aussi accueillante, comme doit l’être l’Église. Cela se trouve inscrit dans l’histoire du Collège, qui a reçu le titre de “Maison de Vie”, en raison de l’accueil des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce titre est à la fois un héritage et une responsabilité dans votre construction quotidienne de la fraternité.
Pour y parvenir, travaillez ensemble avec le soutien du Recteur et des Pères spirituels, ainsi qu’avec la précieuse présence des Sœurs Franciscaines de Notre-Dame des Victoires. Merci, chères sœurs, pour votre dévouement envers les prêtres, pour la prière que vous élevez au Ciel pour eux et pour votre attitude maternelle ! La proximité de la maternité spirituelle ne peut être remplacée par personne, et vous la donnez et l’affinez depuis cinquante ans : bien qu’elle soit discrète, elle n’est pas cachée à Dieu. Merci ! Avec vous, je salue et remercie aussi les collaborateurs qui complètent la famille du Collège.
Je conclus en demandant la prière de tous. Pendant ce mois, en priant le chapelet, demandez l’intercession de Notre-Dame de Fatima aussi pour moi, pour l’Église et pour la paix. Que Dieu vous bénisse !
1er décembre 2025 – Discours du Pape Léon XIV lors de la rencontre avec les jeunes du Liban, sur la place devant le Patriarcat d'Antioche des Maronites (Bkerké)
Vous m’avez demandé où trouver le point d’ancrage pour persévérer dans l’engagement en faveur de la paix. Très chers amis, ce point d’ancrage ne peut être une idée, un contrat ou un principe moral. Le véritable principe d’une vie nouvelle c’est l’espérance qui vient d’en haut : c’est le Christ Lui-même ! Jésus est mort et ressuscité pour le salut de tous. Lui, le Vivant, est le fondement de notre confiance ; Il est le témoin de la miséricorde qui rachète le monde de tout mal. Comme le rappelle saint Augustin en faisant écho à l’apôtre Paul, « c’est toujours en Lui, par Lui que nous avons la paix » (Commentaire sur l’Évangile de Jean, LXXVII, 3). La paix n’est pas authentique si elle n’est que le fruit d’intérêts partisans, mais elle est vraiment sincère lorsque moi, je fais à l’autre ce que je voudrais qu’il me fasse (cf. Mt 7, 12). Bien inspiré, saint Jean-Paul II disait qu’il n’y a « pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon » (Message pour la 35e Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2002). Il en est ainsi : du pardon naît la justice qui est le fondement de la paix.
Votre deuxième question peut alors trouver sa réponse précisément dans cette dynamique. C’est vrai, nous vivons à une époque où les relations personnelles semblent fragiles et sont utilisées comme s’il s’agissait d’objets. Même chez les plus jeunes, quelques fois l’intérêt individuel s’oppose à la confiance dans le prochain, le profit personnel est préféré au dévouement envers l’autre. Ces attitudes rendent superficielles même les paroles aussi belles que celles de l’amitié et de l’amour qui, souvent, sont confondues avec un sentiment de satisfaction égoïste. Si au centre d’une relation d’amitié ou d’amour se trouve le moi, cette relation ne peut être féconde. De même, on n’aime pas vraiment si l’on aime à terme, tant que dure un sentiment. Un amour à durée déterminée est un amour de piètre qualité. Au contraire, l’amitié est véritable lorsqu’elle dit “toi” avant “moi”. Ce regard respectueux et accueillant envers l’autre nous permet de construire un “nous” plus grand, ouvert à la société tout entière, à toute l’humanité. Et l’amour n’est authentique et ne peut durer pour toujours que lorsqu’il reflète la splendeur éternelle de Dieu, Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8). Des relations solides et fécondes se construisent ensemble sur la confiance réciproque, sur ce “pour toujours” qui palpite en toute vocation à la vie familiale et à la consécration religieuse.
8 décembre 2025 – Lettre Apostolique du Pape Léon XIV : Fidélité qui génère l’avenir. A l’occasion du 60ème anniversaire des Décrets du Concile Vatican II Optatam Totius et Presbyterorum Ordinis
1. Une fidélité qui génère l’avenir, voilà ce à quoi les prêtres sont appelés aujourd’hui encore, conscients que persévérer dans la mission apostolique nous offre la possibilité de nous interroger sur l’avenir du ministère et d’aider les autres à ressentir la joie de la vocation sacerdotale. Le 60 e anniversaire du Concile Vatican II, en cette année jubilaire, nous donne l’occasion de contempler à nouveau le don de cette fidélité féconde, en rappelant les enseignements des Décrets Optatam totius et Presbyterorum Ordinis promulgués respectivement le 28 octobre et le 7 décembre 1965. Il s’agit de deux textes nés d’un unique élan de l’Église qui se sent appelée à être signe et instrument d’unité pour tous les peuples, et interpellée à se renouveler, consciente que « le renouveau de l’Église entière, souhaité par tous, dépend pour une grande part du ministère des prêtres animé par l’Esprit du Christ ». [1]
2. Nous ne célébrons pas un anniversaire de papier ! En effet, ces deux documents sont solidement fondés sur la compréhension de l’Église comme Peuple de Dieu en pèlerinage dans l’histoire et ils constituent une pierre milliaire de la réflexion sur la nature et la mission du ministère pastoral, et sur la préparation à celui-ci, et ils conservent au fil du temps une grande fraîcheur et une grande actualité. J’invite donc à en poursuivre la lecture au sein des communautés chrétiennes, et leur étude, dans les séminaires en particulier et dans tous les lieux de préparation et de formation au ministère ordonné.
3. Dans les Décrets Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, bien insérés dans la Tradition doctrinale de l’Église sur le sacrement de l’Ordre, le Concile a attiré l’attention sur le sacerdoce ministériel et a fait émerger le souci des prêtres. L’intention était d’élaborer les conditions nécessaires à la formation des futures générations de prêtres selon le renouveau promu par le Concile, en conservant fermement l’identité ministérielle et en mettant en évidence de nouvelles perspectives qui intègrent la réflexion précédente, dans une optique de sain développement doctrinal. [2] Il faut donc en faire la mémoire vivante, en répondant à l’appel à saisir le mandat que ces décrets ont confié à toute l’Église : redynamiser sans cesse et chaque jour le ministère des prêtres, en puisant des forces de sa racine qui est le lien entre le Christ et l’Église, pour qu’ils soient, avec tous les fidèles et à leur service, des disciples missionnaires selon son Cœur.
4. Dans le même temps, au cours des six décennies qui se sont écoulées depuis le Concile, l’humanité a vécu et continue de vivre des changements qui exigent une vérification constante du chemin parcouru et une actualisation cohérente des enseignements conciliaires. Parallèlement, au cours de ces années, l’Église a été conduite par l’Esprit Saint à développer la doctrine du Concile sur sa nature communautaire selon la forme synodale et missionnaire. [3] C’est dans cette intention que j’adresse la présente Lettre apostolique à tout le Peuple de Dieu, afin de reconsidérer ensemble l’identité et la fonction du ministère ordonné à la lumière de ce que le Seigneur demande aujourd’hui à l’Église, en poursuivant la grande œuvre d’actualisation du Concile Vatican II. Je propose de le faire à travers le prisme de la fidélité, qui est à la fois grâce de Dieu et chemin constant de conversion pour satisfaire avec joie à l’appel du Seigneur Jésus. Je tiens tout d’abord à exprimer ma gratitude pour le témoignage et le dévouement des prêtres qui, partout dans le monde, offrent leur vie, célèbrent le sacrifice du Christ dans l’Eucharistie, annoncent la Parole, absolvent les péchés et se consacrent généreusement, jour après jour, à leurs frères et sœurs en servant la communion et l’unité et en prenant soin, en particulier, de ceux qui souffrent le plus et vivent dans le besoin.
Fidélité et service
5. Toute vocation dans l’Église naît d’une rencontre personnelle avec le Christ, « qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ». [4] Avant tout engagement, avant toute bonne aspiration personnelle, avant tout service, il y a la voix du Maître qui appelle : « Viens et suis-moi » ( Mc 1, 17). Le Seigneur de la vie nous connaît et éclaire notre cœur de son regard d’amour (cf. Mc 10, 21). Il ne s’agit pas seulement d’une voix intérieure, mais d’une impulsion spirituelle qui nous parvient souvent à travers l’exemple d’autres disciples du Seigneur et qui prend forme dans un choix de vie courageux. La fidélité à la vocation, surtout dans les moments d’épreuve et de tentation, se renforce lorsque nous n’oublions pas cette voix, lorsque nous sommes capables de nous souvenir avec passion du son de la voix du Seigneur qui nous aime, nous choisit et nous appelle, en nous confiant également à l’accompagnement indispensable de ceux qui sont experts dans la vie de l’Esprit. L’écho de cette Parole est, au fil du temps, le principe de l’unité intérieure avec le Christ qui est fondamentale et incontournable dans la vie apostolique.
6. L’appel au ministère ordonné est un don libre et gratuit de Dieu. La vocation, en effet, n’est pas une contrainte de la part du Seigneur, mais une proposition aimante d’un projet de salut et de liberté pour notre existence que nous recevons lorsque, avec la grâce de Dieu, nous reconnaissons que Jésus, le Seigneur, est au centre de notre vie. Alors, la vocation au ministère ordonné grandit comme un don de soi à Dieu et, par conséquent, à son Peuple saint. Toute l’Église prie et se réjouit de ce don avec un cœur rempli d’espérance et de gratitude, comme l’exprimait le Pape Benoît XVI à la fin de l’Année sacerdotale : « Nous voulions réveiller la joie que Dieu soit si proche de nous, et la gratitude pour le fait qu’Il se confie à notre faiblesse ; qu’Il nous guide et nous soutienne jour après jour. Nous voulions ainsi montrer à nouveau aux jeunes que cette vocation, cette communion de service pour Dieu et avec Dieu, existe – mieux encore, que Dieu attend notre “oui” ». [5]
7. Toute vocation est un don du Père qui demande à être gardé fidèlement dans une dynamique de conversion permanente. L’obéissance à l’appel se construit chaque jour à travers l’écoute de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements – en particulier dans le Sacrifice eucharistique –, l’évangélisation, la proximité aux derniers et la fraternité presbytérale, en puisant dans la prière le lieu privilégié où rencontrer le Seigneur. Chaque jour, le prêtre est comme ramené au lac de Galilée – là où Jésus a demandé à Pierre « M’aimes-tu ? » ( Jn 21, 15) – pour renouveler son “oui”. [6] En ce sens, on comprend ce qu’ Optatam totius indique concernant la formation sacerdotale, en souhaitant qu’elle ne s’arrête pas au temps du séminaire (cf. n. 22), ouvrant la voie à une formation continue et permanente, de manière à constituer un dynamisme de renouveau humain, spirituel, intellectuel et pastoral constant.
8. C’est pourquoi tous les prêtres sont appelés à prendre soin en permanence de leur formation, afin de maintenir vivant le don de Dieu reçu par le sacrement de l’Ordre (cf. 2 Tm 1, 6). La fidélité à l’appel n’est donc pas une immobilité ou une fermeture, mais un chemin de conversion quotidienne qui confirme et fait mûrir la vocation reçue. Dans cette perspective, il convient de promouvoir des initiatives telles que le Congrès pour la formation permanente des prêtres, qui s’est tenu au Vatican du 6 au 10 février 2024 et a réuni plus de huit cents responsables de la formation permanente provenant de quatre-vingts pays. Avant d’être un effort intellectuel ou une mise à jour pastorale, la formation permanente reste une mémoire vivante et une actualisation constante de la vocation de chacun dans un cheminement partagé.
9. Dès l’appel et la première formation, la beauté et la constance du cheminement sont préservées par la sequela Christi. En effet, avant même de se consacrer à la conduite du troupeau, tout pasteur doit constamment se rappeler qu’il est lui-même disciple du Maître, avec ses frères et sœurs, car « tout au long de la vie, on est toujours “disciple”, avec le désir constant de se conformer au Christ ». [7] Seule cette relation de sequela obéissante et de disciple fidèle peut maintenir l’esprit et le cœur dans la bonne direction, malgré les bouleversements que la vie peut réserver.
10. Au cours des dernières décennies, la crise de confiance dans l’Église provoquée par les abus commis par des membres du clergé, qui nous remplissent de honte et nous appellent à l’humilité, nous a rendus davantage conscients de l’urgence d’une formation intégrale qui assure la croissance et la maturité humaine des candidats au presbytérat, ainsi qu’une vie spirituelle riche et solide.
11. Le thème de la formation s’avère également central pour faire face au phénomène de ceux qui, après quelques années, voire après des décennies, abandonnent le ministère. Cette douloureuse réalité ne doit en effet pas être interprétée uniquement sous l’angle juridique, mais exige de regarder avec attention et compassion l’histoire de ces frères et les multiples raisons qui ont pu les conduire à une telle décision. Et la réponse à apporter est avant tout un engagement renouvelé en faveur de la formation, dont l’objectif est « un cheminement de familiarité avec le Seigneur qui engage toute la personne, le cœur, l’intelligence, la liberté, et la façonne à l’image du Bon Pasteur ». [8]
12. Par conséquent, « le séminaire, quelle que soit la manière dont on l’envisage, devrait être une école des affections […], nous avons besoin d’apprendre à aimer et à le faire comme Jésus ». J’invite donc les séminaristes à un travail intérieur sur les motivations qui impliquent tous les aspects de la vie : « Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des “ponts” et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient ». [9] Seuls les prêtres et les personnes consacrées humainement mûres et spirituellement solides, c’est-à-dire des personnes chez lesquelles les dimensions humaine et spirituelle sont bien intégrées et qui sont donc capables d’entretenir des relations authentiques avec tout le monde, peuvent assumer l’engagement du célibat et annoncer de manière crédible l’Évangile du Ressuscité.
13. Il s’agit donc de préserver et de faire grandir la vocation dans un cheminement constant de conversion et de fidélité renouvelée, qui n’est jamais seulement un parcours individuel mais qui nous engage à prendre soin les uns des autres. Cette dynamique est toujours une œuvre de la grâce qui embrasse notre fragile humanité, la guérissant du narcissisme et de l’égocentrisme. Avec foi, espérance et charité, nous sommes appelés à entreprendre chaque jour la sequela du Seigneur en mettant toute notre confiance en Lui. La communion, la synodalité et la mission ne peuvent en effet se réaliser si, dans le cœur des prêtres, la tentation de l’autoréférentialité ne cède pas la place à la logique de l’écoute et du service. Comme l’a souligné Benoît XVI : « Le prêtre est le serviteur du Christ, au sens que son existence, configurée à Lui de manière ontologique, assume un caractère essentiellement relationnel: il est dans le Christ, pour le Christ et avec le Christ au service des hommes. Précisément parce qu’il appartient au Christ, le prêtre est radicalement au service des hommes: il est ministre de leur salut, de leur bonheur, de leur libération authentique, mûrissant, dans cette assomption progressive de la volonté du Christ, dans la prière, dans le "cœur à cœur" avec Lui ». [10]
Fidélité et fraternité
14. Le Concile Vatican II a placé le service spécifique des prêtres dans le cadre de l’égale dignité et de la fraternité entre tous les baptisés, comme en témoigne clairement le décret Presbyterorum Ordinis : « Le sacrement de l’Ordre confère aux prêtres de la Nouvelle Alliance une fonction éminente et indispensable dans et pour le Peuple de Dieu, celle de pères et de docteurs. Cependant, avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur que la grâce de l’appel de Dieu a fait participer à son Royaume. Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont l’édification a été confiée à tous ». [11] Au sein de cette fraternité fondamentale qui trouve sa racine dans le baptême et unit tout le Peuple de Dieu, le Concile met en lumière le lien fraternel particulier qui unit les ministres ordonnés, fondé sur le sacrement même de l’Ordre : « Du fait de leur ordination qui les a fait entrer dans l’ordre du presbytérat, les prêtres sont tous intimement liés entre eux par la fraternité sacramentelle ; mais, du fait de leur affectation au service d’un diocèse en dépendance de l’évêque local, ils forment tout spécialement à ce niveau un presbyterium unique. […] Chaque membre de ce presbyterium noue avec les autres des liens spéciaux de charité apostolique, de ministère et de fraternité ». [12] La fraternité presbytérale, donc, avant même d’être une tâche à accomplir, est un don inhérent à la grâce de l’ordination. Il faut reconnaître que ce don nous précède : il ne se construit pas seulement avec la bonne volonté et grâce à un effort collectif, mais il est un don de la Grâce qui nous rend participants du ministère de l’évêque et se réalise dans la communion avec lui et avec les confrères.
15. C’est précisément pour cette raison que les prêtres sont appelés à correspondre à la grâce de la fraternité, en manifestant et en ratifiant par leur vie ce qui est stipulé entre eux non seulement par la grâce baptismale, mais aussi par le sacrement de l’Ordre. Être fidèle à la communion c’est avant tout surmonter la tentation de l’individualisme qui s’accorde mal avec l’action missionnaire et évangélisatrice qui concerne toujours l’Église dans son ensemble. Ce n’est pas un hasard si le Concile Vatican II a presque toujours parlé des prêtres au pluriel : aucun pasteur n’existe seul ! Le Seigneur lui-même « en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » ( Mc 3, 14) : cela signifie qu’il ne peut y avoir de ministère détaché de la communion avec Jésus-Christ et avec son corps qui est l’Église. Rendre toujours plus visible cette dimension relationnelle et de communion du ministère ordonné, dans la conscience que l’unité de l’Église « tire son unité de l’unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit », [13] est l’un des principaux défis pour l’avenir, surtout dans un monde marqué par les guerres, les divisions et les discordes.
16. La fraternité presbytérale doit donc être considérée comme un élément constitutif de l’identité des ministres, [14] non seulement comme un idéal ou un slogan, mais comme un aspect sur lequel il faut s’engager avec une vigueur renouvelée. À cet égard, beaucoup a été fait en appliquant les indications de Presbyterorum Ordinis (cf. n. 8), mais il reste encore beaucoup à faire, à commencer, par exemple, par la péréquation économique entre ceux qui servent des paroisses pauvres et ceux qui exercent le ministère dans des communautés aisées. Il faut également noter que, dans plusieurs pays et diocèses, la prévoyance nécessaire en matière de maladie et de vieillesse n’est pas encore assurée. La sollicitude réciproque, en particulier l’attention portée aux confrères les plus seuls et les plus isolés, ainsi qu’aux malades et aux anciens, ne peut être considérée comme moins importante que celle envers le peuple qui nous est confié. C’est l’une des exigences fondamentales que j’ai recommandée aux prêtres à l’occasion de leur récent jubilé. « En effet, comment pourrions-nous, ministres, être des bâtisseurs de communautés vivantes, si une fraternité effective et sincère ne régnait pas d’abord entre nous ? » [15]
17. Dans de nombreux contextes, notamment occidentaux, de nouveaux défis se posent dans la vie des prêtres, liés à la mobilité actuelle et à la fragmentation du tissu social. Cela signifie que les prêtres ne sont plus intégrés dans un contexte cohérent et croyant qui soutenait leur ministère dans le passé. En conséquence, ils sont plus exposés aux dérives de la solitude qui éteint l’élan apostolique et peut provoquer un triste repli sur soi. C’est aussi pour cette raison que, suivant les indications de mes Prédécesseurs [16], je souhaite que dans toutes les Églises locales puisse naître un engagement renouvelé à investir et à promouvoir des formes possibles de vie commune, afin que les prêtres puissent « s’entraider pour le développement de leur vie spirituelle et intellectuelle, améliorer leur coopération dans le ministère, éviter les dangers que peut entraîner la solitude ». [17]
18. D’autre part, il faut rappeler que la communion presbytérale ne peut jamais se déterminer comme un nivellement des individus, des charismes ou des talents que le Seigneur a répandus dans la vie de chacun. Il est important que, grâce au discernement de l’évêque, les prêtres diocésains parviennent à trouver un équilibre entre la valorisation de ces dons et la sauvegarde de la communion. Dans cette perspective, l’école de la synodalité peut aider chacun à mûrir intérieurement l’accueil des différents charismes dans une synthèse qui consolide la communion du presbyterium, en fidélité à l’Évangile et aux enseignements de l’Église. En cette période de grande fragilité, tous les ministres ordonnés sont appelés à vivre la communion en revenant à l’essentiel et en se rapprochant des personnes, afin de préserver l’espérance qui prend forme dans un service humble et concret. Dans cette perspective, le ministère du diacre permanent, configuré au Christ Serviteur, est surtout signe vivant d’un amour qui ne reste pas à la surface, mais qui se penche, écoute et se donne. La beauté d’une Église faite de prêtres et de diacres qui collaborent, unis par la même passion pour l’Évangile et attentifs aux plus pauvres, devient un témoignage lumineux de communion. Selon la parole de Jésus (cf. Jn 13, 34-35), c’est de cette unit enracinée dans l’amour réciproque que l’annonce chrétienne tire sa crédibilité et sa force. C’est pourquoi le ministère diaconal, surtout lorsqu’il est vécu en communion avec sa propre famille, est un don à connaître, à valoriser et à soutenir. Le service discret mais essentiel d’hommes voués à la charité nous rappelle que la mission ne s’accomplit pas par de grands gestes, mais en étant unis par la passion pour le Royaume et par la fidélité quotidienne à l’Évangile.
19. Une icône heureuse et éloquente de la fidélité à la communion est sans aucun doute celle que présente saint Ignace d’Antioche dans sa Lettre aux Éphésiens : « Il convient de marcher d’accord avec la pensée de votre évêque, ce que d’ailleurs vous faites. Votre presbyterium justement réputé, digne de Dieu, est accordé à l’évêque, comme les cordes à la cithare. Ainsi, dans l’accord de vos sentiments et l’harmonie de votre charité, vous chantez Jésus-Christ. [...] Il est donc utile pour vous d’être dans une inséparable unité, afin de participer toujours à Dieu ». [18]
Fidélité et synodalité
20. J’en arrive à un point qui me tient particulièrement à cœur. En parlant de l’identité des prêtres, le Décret Presbyterorum Ordinis met tout d’abord en évidence le lien avec le sacerdoce et la mission de Jésus-Christ (cf. n. 2) et il indique ensuite trois coordonnées fondamentales : la relation avec l’évêque qui trouve dans les prêtres « des auxiliaires et des conseillers indispensables », avec lesquels il entretient une relation fraternelle et amicale (cf. n. 7) ; la communion sacramentelle et la fraternité avec les autres prêtres, afin qu’ensemble ils contribuent « à la même œuvre » et exercent un «ministère unique », travaillant tous « pour la même cause » même s’ils s’occupent de tâches différentes (n. 8) ; la relation avec les fidèles laïcs au milieu desquels les prêtres, avec leur tâche spécifique, sont des frères parmi les frères, partageant la même dignité baptismale, unissant « leurs efforts à ceux des fidèles laïcs » et tirant parti « de leur expérience et de leur compétence dans les différents domaines de l’activité humaine, pour pouvoir avec eux discerner les signes des temps ». Au lieu de dominer ou de concentrer toutes les tâches sur eux-mêmes, « ils découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus éminents » (n. 9).
21. Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. L’élan donné par le processus synodal est une invitation forte du Saint-Esprit à faire des pas décisifs dans cette direction. Je réitère donc mon souhait « d’inviter les prêtres [...] à ouvrir en quelque sorte leur cœur et à prendre part à ces processus » [19] que nous vivons. En ce sens, la deuxième session de la 16 Assemblée synodale a proposé dans son Document final une conversion des relations et des processus. [20] Il semble fondamental que des initiatives appropriées soient prises dans toutes les Églises particulières afin que les prêtres puissent se familiariser avec les lignes directrices de ce document et faire l’expérience de la fécondité d’un style synodal d’Église.
22. Tout cela exige un engagement de formation à tous les niveaux, en particulier dans le domaine de la formation initiale et permanente des prêtres. Dans une Église toujours plus synodale et missionnaire, le ministère sacerdotal ne perd rien de son importance et de son actualité ; au contraire, il pourra se concentrer davantage sur ses tâches particulières et spécifiques. Le défi de la synodalité – qui n’élimine pas les différences, mais les valorise – reste l’une des principales opportunités pour les prêtres de demain. Comme le rappelle le Document final cité, « les prêtres sont appelés à vivre leur service dans une attitude de proximité, d’accueil et d’écoute de tous, en s’ouvrant à un style synodal » (n° 72). Pour mettre en œuvre toujours mieux une ecclésiologie de communion, il convient que le ministère du prêtre dépasse le modèle d’un leadership exclusif qui détermine la centralisation de la vie pastorale et la charge de toutes les responsabilités confiées à lui seul, en tendant vers une conduite toujours plus collégiale dans la coopération entre les prêtres, les diacres et tout le Peuple de Dieu, dans cet enrichissement mutuel qui est le fruit de la diversité des charismes suscités par l’Esprit Saint. Comme nous le rappelle Evangelii gaudium, le sacerdoce ministériel et la configuration au Christ Époux ne doivent pas nous conduire à identifier la potestas sacramentelle avec le pouvoir, car « la configuration du prêtre au Christ Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place au-dessus de tout le reste ». [21]
Fidélité et mision
23. L’identité des prêtres se construit autour de leur être pour et est indissociable de leur mission. En effet, celui qui « prétend trouver l’identité sacerdotale en la recherchant introspectivement dans sa propre intériorité ne trouve peut-être rien d’autre que des panneaux qui disent “sortie” : sors de toi-même, sors à la recherche de Dieu dans l’adoration, sors et donne à ton peuple ce qui t’a été confié, et ton peuple aura soin de te faire sentir et goûter qui tu es, comment tu t’appelles, quelle est ton identité et il te fera te réjouir avec le cent pour un que le Seigneur a promis à ses serviteurs. Si tu ne sors pas de toi-même, l’huile devient rance, et l’onction ne peut être féconde ». [22] Comme l’enseignait Saint Jean-Paul II, « dans l’Église et pour l’Église, les prêtres représentent sacramentellement Jésus-Christ Tête et Pasteur, ils proclament authentiquement la Parole, ils répètent ses gestes de pardon et d’offrande du salut, surtout par le Baptême, la Pénitence et l’Eucharistie, ils exercent sa sollicitude pleine d’amour, jusqu’au don total de soi-même, pour le troupeau qu’ils rassemblent dans l’unité et conduisent au Père par le Christ dans l’Esprit ». [23] Ainsi, la vocation sacerdotale se déploie entre les joies et les peines d’un service humble des frères, que le monde ignore souvent mais dont il a profondément soif. Rencontrer des témoins croyants et crédibles de l’Amour de Dieu, fidèle et miséricordieux, constitue une voie primordiale d’évangélisation.
24. Dans notre monde contemporain, caractérisé par des rythmes effrénés et l’angoisse d’être hyper connectés qui nous rend souvent frénétiques et nous pousse à l’activisme, au moins deux tentations s’insinuent contre la fidélité à cette mission. La première consiste en une mentalité axée sur l’efficacité selon laquelle la valeur de chacun se mesure à ses performances, c’est-à-dire à la quantité d’activités et de projets réalisés. Selon cette façon de penser, ce que l’on fait passe avant ce que l’on est, inversant la véritable hiérarchie de l’identité spirituelle. La deuxième tentation, à l’opposé, se qualifie comme une sorte de quiétisme : effrayé par le contexte, on se replie sur soi-même en refusant le défi de l’évangélisation et en adoptant une approche paresseuse et défaitiste. Au contraire, un ministère joyeux et passionné – malgré toutes les faiblesses humaines – peut et doit assumer avec ardeur la tâche d’évangéliser toutes les dimensions de notre société, en particulier la culture, l’économie et la politique, afin que tout soit récapitulé dans le Christ (cf. Ep 1, 10). Pour vaincre ces deux tentations et vivre un ministère joyeux et fécond, chaque prêtre doit rester fidèle à la mission qu’il a reçue, c’est-à-dire au don de grâce transmis par l’évêque lors de l’ordination sacerdotale. Être fidèle à la mission c’est adopter le paradigme que nous a transmis saint Jean-Paul II lorsqu’il a rappelé à tous que la charité pastorale est le principe qui unifie la vie du prêtre. [24] C’est précisément en maintenant vivant le feu de la charité pastorale, c’est-à-dire l’amour du Bon Pasteur, que chaque prêtre peut trouver un équilibre dans sa vie quotidienne et savoir discerner ce qui est bon et ce qui est le proprium du ministère, selon les indications de l’Église.
25. L’harmonie entre contemplation et action ne doit pas être recherchée à travers l’adoption précipitée de schémas de fonctionnement ou par un simple équilibre des activités, mais en plaçant la dimension pascale au centre du ministère. Se donner sans réserve, en tout cas, ne peut et ne doit pas impliquer le renoncement à la prière, à l’étude, à la fraternité sacerdotale, mais au contraire devenir l’horizon dans lequel tout est orienté vers le Seigneur Jésus, mort et ressuscité pour le salut du monde. C’est ainsi que s’actualise également les promesses faites à l’ordination qui, avec le détachement des biens matériels, réalisent dans le cœur du prêtre une recherche et une adhésion persévérantes à la volonté de Dieu, faisant ainsi transparaître le Christ dans chacune de ses actions. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on fuit tout personnalisme et toute célébration de soi malgré l’exposition publique à laquelle le rôle peut parfois contraindre. Éduqué par le mystère qu’il célèbre dans la sainte liturgie, le prêtre doit « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié (cf. Jn 3, 30), se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer ». [25] C’est pourquoi l’exposition médiatique, l’utilisation des réseaux sociaux et de tous les outils disponibles aujourd’hui doivent toujours être évalués avec sagesse, en prenant comme paradigme de discernement celui du service de l’évangélisation. Tout m’est permis mais tout n’est pas bon (cf. 1 Co 6, 12).
26. En toute situation, les prêtres sont appelés, par le témoignage d’une vie sobre et chaste, à apporter une réponse efficace à la grande soif de relations authentiques et sincères qui se manifeste dans la société contemporaine, en témoignant d’une Église qui soit « le levain qui agit dans les liens, les relations et la fraternité de la famille humaine », « capable de nourrir les relations avec le Seigneur, entre hommes et femmes, dans les familles, dans les communautés, entre tous les chrétiens, entre les groupes sociaux et les religions ». [26] À cette fin, il est nécessaire que les prêtres et les laïcs – tous ensemble – opèrent une véritable conversion missionnaire qui oriente les communautés chrétiennes, sous la conduite de leurs pasteurs, « au service de la mission que les fidèles accomplissent dans la société, dans la vie familiale et professionnelle ». Comme l’a observé le Synode, « il apparaîtra ainsi plus clairement que la paroisse n’est pas centrée sur elle-même, mais qu’elle est orientée vers la mission et appelée à soutenir l’engagement de tant de personnes qui, de différentes manières, vivent et témoignent de leur foi dans leur profession et dans l’activité sociale, culturelle et politique ». [27]
Fidélité et avenir
27. Je souhaite que la célébration de l’anniversaire des deux décrets conciliaires, ainsi que le chemin que nous sommes appelés à partager pour les concrétiser et les actualiser, puissent se traduire par une Pentecôte vocationnelle renouvelée dans l’Église, suscitant des vocations saintes, nombreuses et persévérantes au sacerdoce ministériel, afin que les ouvriers ne manquent jamais pour la moisson du Seigneur. Et puisse se réveiller en chacun de nous la volonté de nous engager pleinement dans la promotion des vocations et dans la prière constante au Maître de la moisson (cf. Mt 9, 37-38).
28. Cependant, outre la prière, le manque de vocations sacerdotales – surtout dans certaines régions du monde – exige de chacun une vérification de la fécondité des pratiques pastorales de l’Église. Il est vrai que les raisons de cette crise peuvent être diverses et multiples, et dépendre en particulier du contexte socioculturel, mais nous devons en même temps avoir le courage de faire aux jeunes des propositions fortes et libératrices et de faire en sorte que, dans les Églises particulières, se développent « des environnements et des formes de pastorale des jeunes imprégnés de l’Évangile, où les vocations au don total de soi puissent se manifester et mûrir ». [28] Dans la certitude que le Seigneur ne cesse jamais d’appeler (cf. Jn 11, 28), il est nécessaire de toujours garder à l’esprit la perspective vocationnelle dans tous les domaines pastoraux, en particulier ceux de la jeunesse et de la famille. Rappelons-le : il n’y a pas d’avenir sans le souci de toutes les vocations !
29. En conclusion, je rends grâce au Seigneur qui est toujours proche de son Peuple et qui marche avec nous, remplissant nos cœurs d’espérance et de paix, à porter à tous. « Cela frères et sœurs, je voudrais que ce soit notre premier grand désir : une Église unie, signe d’unité et de communion, qui devienne ferment pour un monde réconcilié ». [29] Et je vous remercie tous, pasteurs et fidèles laïcs, qui ouvrez l’esprit et le cœur au message prophétique des Décrets conciliaires Presbyterorum Ordiniset Optatam totius et qui vous disposez, ensemble, à en tirer nourriture et stimulation pour le cheminement de l’Église. Je confie tous les séminaristes, les diacres et les prêtres à l’intercession de la Vierge Immaculée, Mère du Bon Conseil, et à saint Jean-Marie Vianney, patron des curés et modèle de tous les prêtres.
Comme le disait le Curé d’Ars : « Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus ». [30] Un amour si fort qu’il dissipe les nuages de l’habitude, du découragement et de la solitude, un amour total qui nous est donné en plénitude dans l’Eucharistie. Amour eucharistique, amour sacerdotal.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 8 décembre, solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, de l’année jubilaire 2025, première de mon pontificat.
LEON PP. XIV
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[1] Conc. œcum. Vat. II, Décret Optatam totius sur la formation sacerdotale, Préambule.
[2] Cf. S. J.H. Newman, An Essay on the Development of Christian Doctrine, Notre Dame 2024. En ce sens, je rappelle l’appel d’ Optatam totius, 16, au renouveau et à la promotion des études ecclésiastiques, toujours en cours.
[3] Cf. Synode des évêques, Pour une Église synodale : communion, participation, mission, Document préparatoire (2021), 1 ; François, Discours pour la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du Synode des évêques(17 octobre 2015).
[4] Benoît XVI, Lett. enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 1.
[5] Benoît XVI, Homélie lors de la messe de clôture de l’Année sacerdotale (11 juin 2010).
[6] « En demandant à Pierre s’il l’aimait, il posait la question non parce qu’il avait besoin de connaître l’attachement de son disciple, mais pour montrer l’excès de son propre amour » (Saint Jean Chrysostome, De Sacerdotio II : SCh 272, Paris 1980, 104, 48-51).
[7] Congrégation pour le clergé, Le don de la vocation presbytérale. Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis(8 décembre 2016), 57.
[8]Discours aux participants à la rencontre internationale « Prêtres heureux - « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) »organisée par le Dicastère pour le Clergé à l’occasion du Jubilé des Prêtres et des Séminaristes (26 juin 2025).
[9]Méditation à l’occasion du Jubilé des séminaristes (24 juin 2025).
[10] Benoît XVI, Catéchèse (24 juin 2009).
[11] Conc. œcum. Vat. II, Décret Presbyterorum Ordinissur le ministère et la vie des prêtres, 9.
[13] S. Cyprien, De oratione Domini, 23 : CCSL 3A, Turnhout 1976, 105. Le texte dit littéralement : Le plus grand sacrifice à Dieu est notre paix et notre concorde fraternelle, ainsi qu’un peuple rassemblé dans l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
[14] Cf. Congrégation pour le clergé, Le don de la vocation presbytérale. Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis (8 décembre 2016), nn. 87-88.
[15]Discours aux participants à la rencontre internationale « Prêtres heureux - « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) » organisée par le Dicastère pour le Clergé à l’occasion du Jubilé des prêtres et des séminaristes (26 juin 2025).
[16] Cf. Saint Jean-Paul II, Exhort. ap. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), 61 ; Benoît XVI, Lett. ap. sous forme de motu proprio Ministrorum institutio (16 janvier 2013).
[17] Conc. œcum. Vatican II, Décr. Presbyterorum Ordinis (7 décembre 1965), 8.
[18] Saint Ignace d’Antioche, Ad Ephesios, 4, 1-2: SCh 10, Paris 1969 4, 72.
[19]Aux participants au Jubilé des équipes synodales et des organismes de participation(24 octobre 2025).
[20] Synode des évêques, Document final de la deuxième session de la 16e Assemblée générale ordinaire « Pour une Église synodale : communion, participation, mission » (26 octobre 2024).
[21] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 104.
[22] Id., Homélie lors de la messe chrismale (17 avril 2014).
[23] Saint Jean-Paul II, Exhort. ap. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), 15.
[25]Homélie lors de la messe pro Ecclesia (9 mai 2025).
[26] Synode des évêques, Document final de la deuxième session de la 16e Assemblée générale ordinaire « Pour une Église synodale : communion, participation, mission » (26 octobre 2024), 20 ; 50.
[28]Discours aux participants à la rencontre internationale « Prêtres heureux - « Je vous ai appelés amis » (Jn 15, 15) » organisée par le Dicastère pour le Clergé à l’occasion du Jubilé des prêtres et des séminaristes (26 juin 2025).
[29]Homélie pour le début du ministère pétrinien de l’évêque de Rome (18 mai 2025).
[30] « Le Sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus», dans Bernard Nodet, Le curé d’Ars. Sa pensée, son cœur, Paris 1995, 98.
12 décembre 2025 - Message du Saint-Père aux participants à la rencontre de prêtres, religieuses, religieux et séminaristes latino-américains qui étudient à Rome
Lorsque Jésus-Christ appela ses disciples, il utilisa presque invariablement le mot « Suis-moi ». Dans ce mot bref, nous pouvons trouver le sens le plus profond de notre vie, que nous soyons séminaristes, prêtres ou membres de la vie consacrée.
Si nous relisons les récits évangéliques de vocation, la première chose que nous constatons est l’initiative absolue du Seigneur. Il appelle sans aucun mérite préalable de la part de ceux à qui il s’adresse (cf. Mt 9,9 ; Jn 1,43), en considérant plutôt que la vocation à laquelle il les convoque est une occasion de porter le message évangélique aux pécheurs et aux faibles (cf. Mt 9,12-13). Ainsi, ses disciples deviennent des instruments du dessein de salut que Dieu a pour tous les hommes (cf. Jn 1,48).
En même temps, l’Évangile nous exhorte à prendre conscience de l’engagement qu’implique la réponse à cette vocation. Il nous parle d’exigences que l’on peut discerner dans l’appel resté sans réponse du jeune homme riche (Mt 19,21) : l’exigence de la primauté absolue de Dieu, le seul Bon (v. 17) ; l’exigence de la nécessité impérieuse de la connaissance théorique et pratique de la loi divine (v. 18-19) ; et l’exigence du détachement de toute sécurité humaine, avec l’offrande conséquente de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons (v. 21).
Saint Ambroise, dans son exégèse du passage surprenant du jeune homme à qui Jésus ne permet pas d’ensevelir son père (Lc 9,59), affirme que, dans cette exigence de tout quitter — y compris des choses justes en elles-mêmes —, le Seigneur ne cherche pas à éluder les devoirs naturels sanctionnés par la loi de Dieu, mais à ouvrir nos yeux à une vie nouvelle. Dans cette vie, rien ne peut être préféré à Dieu, pas même ce que nous avions jusqu’alors considéré comme bon ; elle suppose la mort au péché et au vieil homme mondain. Tout cela « afin que nous soyons un auprès de Dieu tout-puissant et que nous puissions voir son Fils unique » (Traité sur l’Évangile de saint Luc, 40).
Pour Ambroise, cette union indispensable avec Jésus, loin de nous éloigner du frère, débouche sur la communion avec les autres. Nous ne marchons pas seuls : nous faisons partie d’une communauté. Ce ne sont pas des liens de sympathie, d’intérêts partagés ou de convenance mutuelle qui nous unissent, mais l’appartenance au peuple que le Seigneur a acquis au prix de son Sang (cf. 1 P 1,18-19). Notre union tend vers une valeur eschatologique qui se réalisera lorsque nous imiterons « l’unité de la paix éternelle dans une concorde indissoluble des âmes et dans une alliance sans fin » et lorsque s’accomplira « ce que nous a promis le Fils de Dieu lorsqu’il adressa à son Père cette prière : “Que tous soient un, comme nous sommes un” (Jn 17,21) » (Traité sur l’Évangile de saint Luc, 40).
Enfin, dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus répète deux fois à l’apôtre Pierre le mot « Suis-moi ». Il le fait dans un contexte très différent, celui de la Résurrection, juste après la triple confession d’amour que Pierre prononce en réparation de son péché. Même en confessant son amour, l’Apôtre ne comprenait pas encore pleinement le mystère de la croix ; mais le Seigneur avait déjà en vue le sacrifice par lequel Pierre rendrait gloire à Dieu, et il lui répète : « Suis-moi » (Jn 21,19). Lorsque, au long de la vie, notre regard s’obscurcit, comme ce fut le cas pour Pierre au milieu de la nuit ou à travers les tempêtes (Mt 14,25.31), c’est la voix de Jésus qui, avec une patience aimante, nous soutiendra.
La seconde fois que Jésus dit à Pierre : « Suis-moi », il nous assure que le Seigneur connaît notre fragilité et que, bien souvent, ce n’est pas la croix qui nous est imposée, mais notre propre égoïsme, qui devient une pierre d’achoppement dans notre désir de le suivre. Le dialogue avec l’Apôtre nous montre combien il nous est facile de juger le frère, et même Dieu, sans accueillir avec docilité sa volonté dans nos vies. Ici encore, le Seigneur nous répète avec constance : « Que t’importe ? Toi, suis-moi » (Jn 21,22).
Frères et sœurs, puisque nous vivons dans une société du bruit qui brouille les repères, plus que jamais sont nécessaires des serviteurs et des disciples qui annoncent la primauté absolue du Christ et qui aient l’accent de sa voix bien clair dans les oreilles et dans le cœur. Cette connaissance théorique et pratique de la Loi divine s’acquiert avant tout par la lecture des Saintes Écritures, méditée dans le silence de la prière profonde, par l’accueil respectueux de la voix des pasteurs légitimes et par l’étude attentive des nombreux trésors de sagesse que l’Église nous offre.
Au milieu des joies comme au milieu des difficultés, notre mot d’ordre doit être : si le Christ est passé par là, il nous revient aussi de vivre ce qu’il a vécu. Nous ne devons pas nous attacher aux applaudissements, car leur écho dure peu ; il n’est pas non plus sain de demeurer uniquement dans le souvenir du jour de la crise ou des temps d’amère déception. Regardons plutôt que tout cela fait partie de notre formation et disons : si Dieu l’a voulu pour moi, moi aussi je le veux (cf. Ps 40,8 ). Le lien profond qui nous unit au Christ, que nous soyons prêtres, consacrés ou séminaristes, ressemble à ce qui est dit aux époux chrétiens le jour même de leur mariage : « dans la santé et dans la maladie ; dans la pauvreté et dans la richesse » (Rituel du mariage, 66).
Que la Bienheureuse Vierge Marie de Guadalupe, Mère du vrai Dieu par qui l’on vit, nous apprenne à répondre avec courage, en gardant dans notre cœur les merveilles que le Christ a accomplies en nous, afin d’aller sans tarder annoncer la joie de l’avoir rencontré, d’être un dans l’Unique et des pierres vivantes d’un temple pour sa gloire. Que la Très Sainte Marie protège votre séjour à Rome et intercède pour vous, afin que tout ce que vous y assimilerez porte du fruit dans votre mission. Que Dieu vous bénisse.
2026
19 février 2026 – Questions-réponses du Pape Léon XIV au Clergé du diocèse de Rome
Troisième question
Je commence par quelque chose de vraiment douloureux – voire même de négatif – qui ressemble parfois à une « pandémie » qui touche le clergé à l’échelle universelle. On appelle cela « l’envie cléricale ». Cela se produit lorsqu’un prêtre, voyant qu’un autre a été appelé à devenir curé d’une paroisse plus grande et plus prestigieuse, ou vicaire, ou… eh bien, les relations se brisent ; et pas seulement cela, mais aussi à cause des commérages, des critiques et des commentaires… Au lieu de chercher à tisser des liens, des ponts d’amitié, de fraternité sacerdotale, les relations sont détruites.
Par conséquent, je tiens à le préciser d’emblée pour clore le débat, mais il est essentiel de prendre en compte cette réalité. Nous sommes tous humains ; nous éprouvons des sentiments, des émotions, et bien d’autres choses encore. Mais en tant que prêtres – et j’espère que cela commencera dès le séminaire – nous pouvons offrir des modèles où les prêtres sont véritablement amis, frères, et non ennemis ou indifférents les uns aux autres. Et je ne sais pas ce qui est pire : être ennemi ou être indifférent à l’autre ; nous devons considérer les deux.
J’ai été témoin de magnifiques exemples de fraternité sacerdotale, et je vais en mentionner quelques-uns car ils peuvent être utiles à tous, des plus jeunes aux plus âgés. Un prêtre de Chicago avait des camarades de séminaire qui, dès leur ordination, avaient conclu un pacte : se réunir une fois par mois – je ne sais plus exactement, ils avaient choisi le quatrième jeudi –. C’était un groupe assez important de prêtres, et je les ai rencontrés lorsque l’un d’eux, déjà évêque auxiliaire à Chicago, avait 93 ans. Ceux qui avaient atteint cet âge continuaient de se réunir. Ils souhaitaient entretenir toute leur vie cette belle amitié née au séminaire. Mais il ne s’agissait pas simplement d’une réunion ; c’était un temps de prière, où ils consacraient un moment de la journée à la prière puis à l’étude.
Et là, je voudrais dire autre chose à chacun : l’étude doit être permanente, continue dans nos vies. Quand j’entends quelqu’un me dire – et c’est un fait historique, un prêtre me l’a confié – : « Je n’ai pas ouvert un livre depuis que j’ai quitté le séminaire », mon Dieu ! – me suis-je dit –, quelle tristesse ! Et quelle tristesse pour ses paroissiens, qui doivent écouter Dieu sait quoi. Nous aussi, nous devons nous tenir au courant, et ce groupe de prêtres, lors de leur réunion mensuelle, disait à chacun son tour : « À vous de choisir un article. » L’auteur l’envoyait à tous à l’avance, chacun le lisait, puis, lors du temps de partage, ils discutaient de théologie, de pastorale, des nouvelles initiatives, de la réalité de l’Église, etc. C’était vraiment formidable. Et tout cela venait de leur propre initiative.
Et puis, il y a un autre point très important : si je suis assis ici à dire : « Personne ne vient me rendre visite » — ce qui pourrait arriver à certains d’entre vous —, n’ayons pas peur de frapper à la porte de quelqu’un d’autre, de prendre l’initiative, c’est-à-dire de dire à des collègues ou à un groupe d’amis, à certains d’entre eux : « Pourquoi ne pas nous réunir de temps en temps pour étudier ensemble, réfléchir ensemble, avoir un moment de prière et ensuite un bon déjeuner ? » Le curé, avec le meilleur cuisinier, peut inviter les autres, et ainsi un bon déjeuner peut être pris ensemble.
Ceux dont j’ai parlé, les prêtres de Chicago, tous les prêtres diocésains là-bas jouent au golf. L’été, ils allaient donc aussi faire du sport ensemble. L’important, c’est que quelqu’un prenne l’initiative. Ce n’est peut-être pas possible avec tout le monde – j’en suis bien conscient – Dieu nous a tous créés différents, et c’est tant mieux ! Il n’y a pas deux personnes identiques, mais je me sens plus à l’aise avec l’une qu’avec l’autre. L’autre est une bonne personne, mais je n’aurais pas assez confiance – comme vous le disiez dans votre question –, on ne peut pas raconter toute sa vie au premier venu. Il faut trouver des personnes avec qui partager des expériences, pour peut-être nouer une amitié, une relation fraternelle plus profonde, et partager sa vie, pour ne pas se sentir seul. Comme ce jeune prêtre qui vous a dit : « Tant que je serai là, vous ne serez jamais seul. » Nous devrions essayer de construire des relations fraternelles entre prêtres, dans ce même esprit. Ce ne sera pas toujours le curé et ses vicaires ; un groupe de curés serait peut-être plus approprié, je ne sais pas, il faut voir ce que l’avenir nous réserve. Mais nous devons créer des occasions de rompre cette tendance à la solitude, à l’isolement. Et vraiment essayer de consacrer du temps – évidemment pas tous les jours – mais régulièrement, pour se rencontrer, et non pas à travers un écran. C’est important ; cela a aussi sa valeur, mais en personne, être ensemble, se rencontrer, partager les joies et les difficultés de la vie, partager ses expériences. Il peut arriver que l’on traverse une crise, qu’elle soit due à des problèmes de santé ou à une autre difficulté ; si l’on est seul, la crise nous éloigne souvent de ce qui constitue véritablement notre vie. Si j’ai un groupe de confiance avec qui j’ai partagé une expérience, je peux continuer à cheminer à leurs côtés, si j’ai quelqu’un avec qui partager les difficultés, les épreuves, etc. Ce serait donc, de manière très concrète, le type d’expérience dont on peut encore rêver aujourd’hui : ce type de vie sacerdotale, pour promouvoir une authentique fraternité sacerdotale .
28 février 2026 - Aux séminaristes de différents diocèses d'Espagne, avec leurs familles
Le séminaire est toujours un signe d’espérance pour l’Église ; c’est pourquoi me réunir avec vous — tant avec ceux qui parcourent cette étape qu’avec ceux qui ont la responsabilité de l’accompagner — est pour moi un motif de véritable joie.
Je pourrais parler de nombreux aspects importants pour votre formation, sur lesquels j’ai déjà eu l’occasion d’écrire dans la lettre que j’ai envoyée au Séminaire de San Carlos et San Marcelo à Trujillo, au Pérou — institution dont j’ai fait partie pendant plusieurs années — et que je vous encourage à lire lorsque vous en aurez l’occasion. Mais aujourd’hui, je voudrais me concentrer sur une chose qui soutient silencieusement tout le reste et qui, précisément pour cette raison, court le risque d’être considérée comme acquise sans être cultivée : avoir un regard surnaturel sur la réalité.
Il y a une phrase de l’auteur Chesterton qui peut servir de clé de lecture de tout ce que je voudrais partager avec vous : « Enlevez le surnaturel et vous ne trouverez pas le naturel, mais l’antinaturel » (cf. Heretics, VI). L’homme n’est pas fait pour vivre enfermé en lui-même, mais dans une relation vivante avec Dieu. Lorsque cette relation s’obscurcit ou s’affaiblit, la vie commence à se désordonner de l’intérieur. L’antinaturel n’est pas seulement ce qui est scandaleux ; il suffit de vivre en faisant abstraction de Dieu dans le quotidien, en le laissant à la marge des critères et des décisions avec lesquels on affronte l’existence.
Et si cela est vrai pour tout chrétien, cela l’est de manière particulièrement sérieuse dans le chemin de formation vers le sacerdoce. Qu’y aurait-il de plus antinaturel qu’un séminariste ou un prêtre qui parle de Dieu avec familiarité, mais qui vit intérieurement comme si sa présence n’existait que dans les mots, et non dans l’épaisseur de la vie ? Rien ne serait plus dangereux que de s’habituer aux choses de Dieu sans vivre de Dieu. En définitive, tout commence — et revient toujours — à la relation vivante et concrète avec Celui qui nous a choisis sans aucun mérite de notre part.
Avoir une vision surnaturelle ne signifie pas fuir la réalité, mais apprendre à reconnaître l’action de Dieu dans les événements concrets de chaque jour ; un regard qui ne s’improvise ni ne se délègue, mais qui s’apprend et s’exerce dans les circonstances ordinaires de la vie. C’est pourquoi, si la vision surnaturelle est si décisive pour la vie chrétienne, elle l’est à plus forte raison pour celui qui agira in persona Christi, et elle mérite d’être gardée avec une attention particulière dès la phase formative, car elle est le principe qui donne unité à tout le reste.
Ce regard croyant sur la réalité doit se traduire chaque jour en choix concrets de vie ; autrement, même des pratiques intrinsèquement bonnes — comme l’étude, la prière, la vie communautaire — peuvent se vider intérieurement et se dénaturer, devenant un simple accomplissement formel. Une manière simple et éprouvée de garder ce regard est de s’exercer à la pratique de la présence de Dieu, qui maintient le cœur éveillé et la vie constamment référée à Lui.
L’Écriture Sainte exprime cette vérité par une image simple dans le Psaume 1, lorsqu’elle décrit le juste comme un « arbre planté près des cours d’eau, qui donne du fruit en son temps et dont le feuillage ne se flétrit pas » (v. 3). Il n’est pas fécond par absence de difficultés, mais par le lieu où il a enraciné. Le vent, l’hiver, la sécheresse ou la taille font partie de sa croissance, mais ni la tempête ni l’aridité ne le détruisent lorsque ses racines sont profondes et proches de la source. L’Écriture connaît cependant aussi le paradoxe du figuier qui ne donne pas de fruit malgré les soins reçus (cf. Lc 13, 6-9).
On dit que les arbres « meurent debout » : ils restent dressés, conservent l’apparence, mais à l’intérieur ils sont déjà secs. Quelque chose de semblable peut se produire dans la vie du séminaire ou d’un séminariste — et plus tard dans la vie d’un prêtre — lorsqu’on confond la fécondité avec l’intensité des activités ou avec le simple soin extérieur des formes. La vie spirituelle ne porte pas du fruit à cause de ce qui se voit, mais à cause de ce qui est profondément enraciné en Dieu. Lorsque cette racine est négligée, tout finit par se dessécher intérieurement, jusqu’à ce que, silencieusement, on « meure debout ».
En définitive, le regard surnaturel naît de l’aspect le plus simple et le plus décisif de la vocation : demeurer avec le Maître. Jésus a appelé ceux qu’il a choisis afin qu’« ils soient avec lui » (Mc 3, 14). Tel est le fondement de toute formation sacerdotale : rester avec Lui et se laisser former de l’intérieur ; voir Dieu agir et reconnaître comment il œuvre dans sa propre vie et dans celle de son peuple. Ainsi, bien que les moyens humains, la psychologie et les instruments formatifs soient précieux et nécessaires, ils ne peuvent remplacer cette relation. Le véritable protagoniste de ce chemin est l’Esprit Saint, qui configure le cœur, enseigne à correspondre à la grâce et prépare une vie féconde au service de l’Église. Tout commence maintenant, dans les choses ordinaires de chaque jour, où chacun décide s’il demeure avec le Seigneur ou s’il cherche à se soutenir seul par ses propres forces.
Chers fils, je vous remercie, au nom de l’Église, pour la générosité d’avoir décidé de suivre le Seigneur. Faites-le toujours avec la certitude que vous ne marchez pas seuls : le Christ vous précède, la Très Sainte Vierge Marie vous accompagne et toute l’Église vous soutient par sa prière.
Je souhaite enfin remercier de manière particulière toutes les familles ici présentes.
Confiants dans cette certitude, avancez avec paix et fidélité. Que le Seigneur vous bénisse. Merci beaucoup.
2 mars 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux membres de la Faculté de théologie des Pouilles ; aux membres de l'Institut de théologie de Calabre
Je suis heureux de vous rencontrer ce matin et de partager avec vous quelques réflexions concernant le chemin de formation offert par vos Institutions respectives, la faculté de théologie des Pouilles et l’Institut de théologie de Calabre.
En pensant aux deux régions dont vous provenez, baignées par la beauté et la vaste étendue de la mer, me reviennent à l’esprit les paroles que le Pape François a adressées à la communauté des rédacteurs de La Civiltà Cattolica, qui peuvent être utiles également pour vous: «Restez en pleine mer! Le catholique ne doit pas avoir peur de la pleine mer, il ne doit pas chercher le refuge de ports sûrs» (Rencontre avec la communauté de «La Civiltà cattolica», 9 février 2017).
Il y a tant besoin de cette attitude, en particulier dans les contextes dans lesquels la foi doit être annoncée et inculturée aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’acquérir des notions pour remplir des obligations académiques, mais d’entamer une navigation courageuse, une traversée en haute mer. Ce voyage se déroule dans une double direction : d’un côté, il s’agit d’un parcours pour descendre en profondeur, en scrutant les abîmes du mystère de Dieu et les diverses dimensions de la foi chrétienne ; de l’autre, il s’agit d’avancer en eau profonde pour aller au-delà, pour scruter d’autres horizons et trouver ainsi d’autres formes et de nouveaux langages dans lesquels annoncer l’Évangile dans les diverses situations de l’histoire.
C’est un point important que je tiens à répéter : la théologie sert pour l’annonce de l’Évangile, c’est pourquoi c’est une partie intégrante et fondamentale de la mission de l’Église. La formation théologique n’est pas un destin pour quelques spécialistes, mais un appel adressé à tous, afin que chacun puisse approfondir le mystère de la foi et recevoir les instruments utiles pour accomplir avec passion le «persévérant engagement à la médiation culturelle et sociale de l’Évangile» (Const. ap. Veritatis gaudium, Préambule, n. 3).
Dans cette perspective, je désire rappeler le précieux chemin d’unité que vous avez entamé dans vos régions, notamment en unifiant les réalités, les instituts et les parcours de formation qui se déroulaient auparavant de façon autonomie. Il s’agit d’une synergie véritablement importante : un véritable passage historique dont vous êtes les protagonistes, qui promeut la communion entre les diocèses, aide à surmonter les anciens chauvinismes et surtout, encourage un chemin ecclésial sous le signe de l’unité et de la fraternité. Sur ce chemin, il est possible de construire un horizon commun de pensée et une convergence sur les défis pastoraux et sur les exigences de l’évangélisation.
Voici alors l’invitation : faire de la théologie ensemble ! Une formation qui sert à l’annonce de l’Évangile n’est possible qu’ensemble, en navigant «en eau profonde», mais non pas comme des navigateurs solitaires. Et le faire, comme nous le disions, en quittant notre port sûr, en allant au-delà de nos propres frontières territoriales et ecclésiales, dans la rencontre et dans la confrontation, dans l’écoute réciproque et dans le dialogue, dans la communion entre les Églises qui met en relation les ressources, les compétences et les charismes.
En faisant de la théologie ensemble, les horizons intellectuels, spirituels et pastoraux s’étendent et se mêlent, en engendrant des perspectives communes et un engagement ecclésial plus incarné dans le territoire, en vous offrant la possibilité de renouveler les styles et les langages de la foi dans le contexte réel dans lequel vous vous trouvez.
En faisant de la théologie ensemble, vous découvrirez que vous êtes un laboratoire qui prépare les futurs prêtres et agents de la pastorale à vivre des relations ecclésiales dans le style synodal, dans lequel les divers sujets, ministères et charismes se complètent réciproquement, en dépassant toute fermeture.
En faisant de la théologie ensemble, enfin, vous serez davantage capables de répondre aux questions et aux défis du contexte social et culturel. En effet, la richesse de l’histoire dont vous provenez et la vaste religiosité de votre peuple n’éliminent pas les nombreuses problématiques sociales, la crise du travail, le phénomène de l’émigration et toutes les formes d’oppression, d’esclavage et d’injustice qui exigent une conscience nouvelle et un engagement audacieux de la part de tous. La formation théologique contribue à engendrer une pensée critique et prophétique, en représentant un investissement culturel pour l’avenir en mesure de désamorcer les logiques de la résignation et de l’indifférence.
Je vous encourage à mener ce projet avec enthousiasme, avec détermination et sans vous laisser séduire par la tentation de faire marche arrière. Je vous invite à rêver d’une communauté académique dans laquelle les candidats au ministère ordonné, les hommes et les femmes consacrés, les laïcs et laïques se forment ensemble et aident les communautés chrétiennes à devenir des signes de l’Évangile et des chantiers d’espérance.
Merci, chers amis, pour votre engagement, pour votre service généreux, pour la patience et le zèle avec lesquels vous construisez cette mosaïque d’unité et de communion: cela nous aide à habiter le monde entre fidélité et créativité, tradition et nouveauté, unité et diversité, toujours à l’écoute de ce que, aujourd’hui encore, l’Esprit veut dire à l’Église.
Que saint François de Paule et la Très Sainte Vierge Marie Regina Apuliae vous protègent et intercèdent pour vous
20 avril 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de la Rencontre avec les évêques, les prêtres, les personnes consacrées et les agents pastoraux, à la paroisse Notre-Dame de Fatima, à Luanda, en Angola
S’il m’appartient, au nom de l’Église universelle, de reconnaître en ce moment la vitalité chrétienne qui anime vos communautés, c’est au Seigneur qu’il revient de vous en récompenser. Il ne manque pas à ses promesses ! À vous aussi, un jour, il a adressé ces paroles que, avec foi, vous avez accueillies et fait fructifier : « Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple […], avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Mc 10, 29-30).
Très chers amis, le Seigneur connaît la générosité avec laquelle vous avez embrassé votre vocation et il n’est pas indifférent à tout ce que vous faites, par amour pour lui, afin de nourrir votre peuple de la vérité de l’Évangile. Il vaut donc la peine d’ouvrir tout votre cœur au Christ ! La tentation pourrait peut-être surgir de penser qu’Il vient vous ôter quelque chose, la tentation d’hésiter à lui laisser prendre les rênes de votre vie. Dans ces moments-là, souvenez-vous que « Il n’enlève rien et Il donne tout. Celui qui se donne à Lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ et vous trouverez la vraie vie » (Benoît XVI, Homélie au début du ministère pétrinien, 24 avril 2005). Ces paroles, je souhaite les adresser tout particulièrement aux nombreux jeunes de vos séminaires et de vos maisons de formation. N’ayez pas peur de dire « oui » au Christ, de modeler entièrement votre vie sur la sienne ! N’ayez pas peur du lendemain : vous appartenez totalement au Seigneur. Il vaut la peine de le suivre dans l’obéissance, la pauvreté, la chasteté. Lui, il n’enlève rien ! La seule chose qu’il nous enlève et prend sur lui, c’est le péché. Oui, de Lui vous recevez tout : cette terre et la famille dans laquelle vous êtes nés ; le baptême, qui vous a introduits dans la grande famille de l’Église ; et votre vocation. « À lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen » (Ap 1, 6).
Chers frères et sœurs, le Seigneur vous offre la joie d’être ses disciples-missionnaires, la force de vaincre les ruses du malin, l’espérance de la vie éternelle. Tout cela vous appartient, tout cela est don. Un don qui ennoblit et rend grands, qui engage et responsabilise. Et le don le plus grand est l’Esprit Saint qui, répandu dans vos cœurs lors du baptême, vous a, en vue de la mission, conformés d’une manière particulière au Christ, lequel vous a envoyés afin que, à partir de l’Évangile, vous édifiiez une société angolaise libre, réconciliée, belle et grande. Dans cette mission, combien est important le ministère des catéchistes ! En Afrique justement, c’est une expression fondamentale de la vie de l’Église qui peut être une source d’inspiration pour les communautés catholiques partout dans le monde.
« Tout est à vous ! Mais vous, vous êtes au Christ » (1 Co 3, 23), enseigne saint Paul. Cinquante ans après l’indépendance de votre pays, ces paroles de l’Apôtre nous disent que le présent et l’avenir de l’Angola vous appartiennent, mais que vous appartenez au Christ. Tous les Angolais, sans exception, ont le droit de construire ce pays et d’en bénéficier équitablement ; cependant, les disciples du Seigneur ont le devoir de le faire selon la loi de la charité. Être disciples de Jésus est au fondement de votre action. Il vous incombe à tous d’être son image et, dans cette tâche, personne ne peut vous remplacer. C’est là que réside votre unicité ! Vous êtes le sel et la lumière de cette terre parce que vous êtes membres du Corps du Christ et, pour cette raison, vos gestes, vos paroles et vos actions, reflétant sa charité, construisent les communautés de l’intérieur et édifient pour l’éternité.
Ce qu’on demande aux disciples du Christ, c’est de rester étroitement unis à Lui (cf. Jn 15, 1-8). Le reste viendra naturellement. Je sais que vous êtes en plein milieu d’un triennat pastoral dont la devise est « Disciples fidèles, disciples joyeux (cf. Ac 11, 23-26) », consacré à la prière et à la réflexion sur le ministère ordonné et sur la vie consacrée. Quelles voies le Seigneur ouvre-t-il à l’Église en Angola ? Elles seront certainement nombreuses ! Essayez de les suivre toutes ! Mais la première voie est celle de la fidélité au Christ. À cette fin, continuez à valoriser la formation permanente, veillez à la cohérence de votre vie et, surtout en ces temps qui courent, persévérez dans l’annonce de la Bonne Nouvelle de la paix.
À l’école du Christ, qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), il y a toujours beaucoup à apprendre. Souvenez-vous du dialogue entre Jésus et Philippe, lorsque celui-ci lui demanda : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ! ». La réponse du Maître est surprenante : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 8-9). Cela nous rappelle la dimension contemplative de la formation permanente. Connaître le Christ passe, sans aucun doute, par une bonne formation initiale, avec l’accompagnement personnel des formateurs ; cela passe par l’adhésion aux programmes de vos diocèses, congrégations et instituts ; cela passe par une étude personnelle sérieuse, afin d’éclairer les fidèles qui vous sont confiés en les sauvant surtout de la dangereuse illusion de la superstition. Cependant, la formation est bien plus vaste : elle concerne l’unité de la vie intérieure, le soin de nous-mêmes et du don de Dieu que nous avons reçu (cf. 2 Tm 1, 6), en recourant à la littérature, à la musique, au sport, aux arts en général, mais surtout à la prière d’adoration et de contemplation. En particulier dans les moments de découragement et d’épreuve, « Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint-Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! » (François, Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 264). Sans cette dimension contemplative, nous cessons d’être en accord avec l’Évangile et de refléter la puissance de la Résurrection.
« L’homme contemporain, saint Paul VI, écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (Exhort. apost. Evangelii nuntiandi n. 41 ; cf. Audience générale, 2 octobre 1974). La fidélité du Christ, qui nous a aimés jusqu’au bout, est le véritable moteur de notre fidélité. Une fidélité facilitée par l’unité des prêtres avec leur évêque et avec leurs confrères du presbyterium, des consacrés et des consacrées avec leur supérieur et entre eux. Chers frères et sœurs, nourrissez la fraternité entre vous avec franchise et transparence, ne cédez pas à l’arrogance et à l’égocentrisme, ne vous détachez pas du peuple, en particulier des pauvres, fuyez la recherche des privilèges. Pour votre fidélité et, par conséquent, pour votre mission, la famille sacerdotale ou religieuse est indispensable, mais la famille dans laquelle nous sommes nés et avons grandi l’est tout autant. L’Église a une grande estime pour l’institution familiale, en enseignant que le foyer est le lieu de sanctification de tous ses membres. Pour beaucoup d’entre vous, certainement, le berceau de la vocation a précisément été la famille qui a apprécié et pris soin de la semence de l’appel spécial reçu. À vos proches, donc, va ma vive reconnaissance pour avoir soigné, soutenu et protégé votre vocation. En même temps, je les exhorte à vous aider toujours à rester fidèles à l’Évangile, à ne pas chercher à tirer profit de votre service ecclésial. Qu’ils vous soutiennent par leur prière et vous insufflent de l’enthousiasme à travers les bons conseils d’un père et d’une mère, afin que vous soyez saints et que vous n’oubliiez jamais que, à l’image de Jésus, vous êtes les serviteurs de tous.
Enfin, votre fidélité en Angola, comme elle doit l’être partout dans le monde, est aujourd’hui spécialement liée à l’annonce de la paix. Par le passé, vous avez fait preuve de courage pour dénoncer le fléau de la guerre, pour soutenir les populations tourmentées en restant à leurs côtés, pour construire et reconstruire, pour indiquer des voies et des solutions afin de mettre fin au conflit armé. Votre contribution est unanimement reconnue et appréciée. Mais cet engagement n’est pas terminé ! Favorisez donc une mémoire réconciliée, en éduquant chacun à la concorde et en valorisant parmi vous le témoignage serein de ces frères et sœurs qui, après avoir traversé de douloureuses épreuves, ont tout pardonné. Réjouissez-vous avec eux, célébrez la paix !
De plus, n’oubliez pas que, selon les paroles de saint Paul VI, « le développement est le nouveau nom de la paix » (Lett. encycl. Populorum progressio, n. 87). Il est donc essentiel qu’en interprétant la réalité avec sagesse, vous ne cessiez de dénoncer les injustices, tout en proposant des solutions inspirées par la charité chrétienne. Continuez à être une Église généreuse, qui contribue au développement intégral de votre pays. C’est pourquoi tout ce que vous accomplissez dans les domaines de l’éducation et de la santé a été et reste décisif.
En ce sens, lorsque les difficultés surviendront, souvenez-vous du témoignage héroïque de foi des Angolais et des Angolaises, des missionnaires nés ici ou venus de l’étranger, qui ont eu le courage de donner leur vie pour ce peuple et pour l’Évangile, préférant la mort à la trahison de la justice, de la vérité, de la miséricorde, de la charité et de la paix du Christ. Vous aussi, très chers amis, à travers chaque Eucharistie, vous êtes un corps offert et un sang versé pour la vie et le salut de vos frères. À vos côtés se trouve toujours la Vierge Marie, Mama Muxima.
Que Dieu bénisse et fasse fructifier votre dévouement et votre mission !
8 juin 2026 – Discours du Pape Léon XIV lors de sa rencontre avec les Évêques d'Espagne
J’ai eu l’idée de vous proposer l’image d’un voyage dont la destination est Dieu, vers qui nous levons les yeux. C’est un voyage sui generis, car nous ne nous déplaçons pas réellement physiquement, mais c’est un voyage dans lequel nous voulons laisser notre cœur s’envoler.
Une tentation lors des voyages est de nous focaliser sur ce que nous laissons derrière nous, les lieux, les choses, les formes, sans nous ouvrir, dans la docilité à l’Esprit, à la nouveauté de ce que nous rencontrons. À cette tentation s’ajoute celle des bagages que, pour des raisons similaires, nous remplissons d’objets inutiles qui finissent par devenir un fardeau. D’autre part, il ne faut pas non plus oublier ce que nous apprennent les vicissitudes de tant d’émigrants : une personne seule, sans racines et sans ressources, est quelqu’un qui souffre terriblement et qui a beaucoup de mal à établir des liens solides là où elle arrive.
Ainsi, dans cette première phase de notre périple, notre réponse à la question de savoir comment relever ce défi que nous nous sommes fixé doit allier avec prudence liberté et courage, afin d’abandonner les structures qui ne nous aident pas, qui ne répondent pas à nos attentes, voire qui nous éloignent de notre but, tout en conservant comme un trésor ce qui nous aide à l’atteindre. Comment ne pas évoquer ici l’immense patrimoine chrétien de votre terre, l’immense capacité de rassemblement que cette richesse nous procure : par sa beauté qui touche même le non-croyant, ou par les liens d’appartenance qu’elle a su tisser dans l’identité spirituelle de chaque recoin de ce peuple bien-aimé, et qui demeurent présents même dans les moments où sa foi vacille. Un immense défi, certes, auquel nous sommes appelés à répondre avec courage, afin que ce patrimoine produise les fruits dont il est capable.
Un autre trésor que nous ne pouvons oublier dans notre sac est le viatique du pèlerin. Le Pain de la Parole et de l’Eucharistie nous est encore plus nécessaire que la nourriture matérielle, car il nous ouvre le chemin du salut. Il ne s’agit pas de savoir comment rendre la célébration plus ou moins attrayante, mais de sentir que, si nous faisons partie de Lui, son absence nous cause un malaise que l’on peut comparer à la faim physique. La vie sacramentelle rythme notre existence comme celle d’un enfant qui reçoit la nourriture de sa mère, comme celle d’un sportif qui dose ses forces pour atteindre la ligne d’arrivée.
Par ailleurs, lorsqu’on voyage, nous avons souvent beaucoup de mal à communiquer avec les autres. Que ce soit en raison des différences de langue et de culture, de la méfiance face à l’inconnu, ou encore des querelles et des malentendus qui peuvent survenir même entre des personnes proches, nous nous sentons limités lorsqu’il s’agit de nous exprimer ou de comprendre notre interlocuteur. C’est une expérience que nous pouvons transposer à l’annonce de l’Évangile, à l’accueil de l’autre, à la capacité de répondre aux interrogations du monde qui nous entoure ou à la nécessité de susciter la coresponsabilité des membres de la communauté dans nos actions pastorales. Si nous avons dit précédemment que nous devons abandonner tout ce qui nous freine et nous éloigne, le mot d’ordre doit désormais être que notre patrimoine soit toujours un instrument et une occasion de dialogue avec ceux que nous rencontrons sur notre chemin.
Comme c’est le cas pour les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques, notre voyage peut nous faire traverser ces immenses plaines castillanes, vides à nos yeux. Les rares rencontres de ces pèlerins avec quelques personnes âgées ou des travailleurs étrangers peuvent être une métaphore de nombreuses situations sociales que l’on perçoit malheureusement dans certaines de vos réalités ecclésiales. Ce n’est pas la première fois que l’Espagne est confrontée à une situation analogue : dans le passé, par exemple, lorsque l’Église a dû reconstruire sa présence sur les franges de terre brûlée, des modèles d’évangélisation ont vu le jour qui ont ensuite été exportés vers l’Amérique et qui peuvent nous aider ici dans notre mission.
Comme à l’époque, nous sommes appelés à construire une nouvelle réalité, à travers un dialogue respectueux et l’utilisation de nouveaux langages, comme l’a fait le célèbre saint alfaqui de Grenade, frère Hernando de Talavera, et comme l’a répété plus tard en Amérique saint Toribio de Mogrovejo, dont nous célébrons le troisième centenaire de la canonisation, en le présentant précisément comme un modèle d’évêque en sortie en cette période de mission et de réorganisation ecclésiale. Même si les langages de cette ère numérique sont différents et que les cultures qui composent aujourd’hui la mosaïque de nos réalités, avec des migrants venus des quatre coins du monde, ont également changé, l’esprit doit rester le même.
Quels sont les points essentiels de cet esprit ? Le premier concerne la capacité à communiquer, à dialoguer avec chaque réalité présente sur notre territoire, à s’abaisser non seulement pour comprendre, mais aussi pour partager. Ce n’est qu’en mettant en commun tout ce qu’il y a de bon dans notre propre patrimoine, chacun apportant sa pierre à l’édifice, que nous pourrons construire une réalité nouvelle dans laquelle la foi pourra s’enraciner profondément. Pour cela, il faut logiquement commencer par apprendre le langage de l’autre, initier des processus et tisser des liens où semer la graine du Royaume. Le deuxième est l’appel à créer des réalités capables elles-mêmes de communiquer leur propre expérience de foi. Capables de porter — comme l’a fait Toribio — l’expérience de Grenade en Amérique, c’est-à-dire de mettre dans nos bagages les ressources qui nous permettront d’affronter avec franchise les défis toujours nouveaux de l’évangélisation en toute circonstance.
Après les plaines désertes, nous trouverons aussi de grandes villes, où le silence et l’éloignement ne sont pas spatiaux mais intimes. Les réponses seront différentes, mais les processus pour y parvenir, analogues : écoute, compréhension, respect, générosité et franchise.
Les pèlerins partent souvent de nuit et, bien souvent, cette obscurité initiale du chemin peut les effrayer. Nous pourrions évoquer l’hymne des vêpres, La noche es tiempo de salvación (La nuit est temps de salut), pour dire que, si nous sommes en bonne compagnie, les difficultés du chemin et le risque de s’égarer s’amenuisent. C’est le Seigneur qui nous guide, c’est Lui le maître de l’histoire et de chacune de nos histoires, c’est Lui qui détermine les temps. Nous marchons à sa suite, mieux encore, nous marchons avec Lui comme les membres d’un seul corps. Ce lien profond exige de l’Église, en cette période de polarisations et d’oppositions de plus en plus dures, un témoignage d’unité dans la pluralité : une communion capable d’accueillir la richesse des dons, des charismes, des sensibilités que l’Esprit Saint suscite au sein du Peuple de Dieu. L’image du Christ se reconnaît dans la mosaïque vivante de l’Église, où de nombreuses tesselles, sans se confondre, convergent pour manifester la beauté de l’unique Seigneur.
Dans cette tâche, le ministère de l’évêque assume une responsabilité particulière. Nous sommes appelés à être un principe visible de communion, en premier lieu de la communion avec le Christ, en gardant avec amour la foi reçue, dans la docilité à la Parole de Dieu et à la Tradition vivante de l’Église ; ensuite, dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église universelle, avec le presbyterium et avec la communauté diocésaine elle-même, avec la vie consacrée, avec les mouvements, avec les associations et avec chaque charisme authentique que l’Esprit donne pour l’édification commune. Votre mission vous demande de garder l’unité, de favoriser le dialogue, de guérir les fractures et d’accompagner le chemin du peuple confié à vos soins.
La communion ainsi vécue possède également une force missionnaire. Une Église réconciliée en son sein peut s’adresser avec plus de liberté à ses frères d’autres confessions chrétiennes et d’autres religions, à ceux qui ne croient pas, aux autorités civiles et à tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent pour le bien commun.
Cet appel à être signe de communion dans le Christ, en marchant dans l’unité et en tendant la main au frère que nous rencontrons, nous place face à un autre défi qui touche aujourd’hui le cœur de beaucoup : la difficulté d’assumer des engagements définitifs et de prendre des décisions vitales profondes. Chez tant de jeunes, et pas seulement chez eux, la question : “À qui suis-je destiné ?” résonne comme une recherche sincère de sens, d’appartenance et de don. Le cœur humain ne se comble pas en accumulant des expériences, des possibilités ou des certitudes provisoires. Il se comble lorsqu’il découvre un appel, lorsqu’il comprend que la vie n’atteint sa plénitude que si elle est donnée.
C’est pourquoi la pastorale vocationnelle ne peut se réduire à une simple recherche de chiffres. Elle naît de communautés vivantes, de prêtres heureux, de familles capables de témoigner de la beauté de la fidélité, d’une Église qui sait montrer avec simplicité que suivre le Christ n’appauvrit pas l’existence, mais l’enrichit. Là où l’Évangile est vécu dans la joie, le service et la communion, l’appel du Seigneur peut lui aussi être à nouveau entendu comme une promesse de vie.
Nous avons déjà évoqué les bagages trop chargés, et les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques savent bien qu’il ne faut emporter dans son sac à dos que l’essentiel. Comme l’a proposé à maintes reprises le Pape François, dans le contexte vocationnel actuel, il faut affirmer que la préservation des structures ne peut prévaloir sur le bien de la vocation. Les séminaristes ont droit à la meilleure formation possible et l’Église, quant à elle, a droit à des prêtres bien formés. Pour que les séminaires soient de véritables maisons de formation, il faut qu’ils garantissent une expérience adéquate de la vie communautaire ; qu’ils disposent de formateurs entièrement consacrés à l’étude et à l’enseignement, ayant une expérience de l’accompagnement spirituel ; et qu’ils soient dotés de centres supérieurs de théologie équipés des moyens nécessaires pour remplir leur mission. Pour cela, il est indispensable, outre d’unir nos forces, d’apprendre à travailler ensemble pour relever ces défis.
Dans ce domaine, les difficultés peuvent être vécues comme des opportunités. Il nous est parfois difficile de présenter la vocation des laïcs et leur intégration dans ce cheminement de vie que nous accomplissons en tant qu’Église. D’autre part, nous constatons que dans de nombreuses œuvres, traditionnellement gérées par des religieux, on fait appel à des collaborateurs laïcs pour pouvoir mener à bien la mission. C’est une difficulté que nous pouvons transformer en occasion de rencontre, de dialogue et de communication. Il dépend de nous que ces laïcs perçoivent leur participation à ce service ecclésial comme un appel que Dieu leur adresse pour qu’ils assument leur responsabilité de chrétiens, en s’imprégnant de l’esprit, en se sentant partie prenante de la mission que le Seigneur a confiée aux religieux qui l’ont mise en place.
Comme vous le voyez, notre chemin est fait de rencontres, parmi lesquelles ne manqueront pas les personnes qui traversent des moments d’obscurité et qui nous demandent de devenir pour elles des samaritains. L’une des situations les plus douloureuses concerne ceux qui ont été blessés précisément par qui devaient prendre soin d’eux, y compris par des membres du clergé. Face à ce fléau, la communauté ecclésiale est appelée à répondre par l’écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus déterminé en faveur de la prévention et d’une culture de la bienveillance. Chaque personne blessée doit pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables chemins de guérison.
Cette même logique s’applique également aux défis d’un monde sécularisé. Beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps ne rejettent pas simplement Dieu ; souvent, ils portent dans leur cœur une soif profonde de sens, de vérité, d’appartenance et d’espoir, même s’ils ne savent pas comment la nommer. L’Église est appelée à reconnaître ces aspirations, à les écouter avec respect et à offrir, comme Pierre et Jean l’ont fait au paralytique près de la porte du temple, le trésor qui lui a été confié : Jésus-Christ, au nom duquel l’homme peut se lever et marcher (cf. Ac 3, 1-10). Même lorsqu’elle collabore avec d’autres institutions, religieuses ou civiles, même lorsqu’elle offre une aide matérielle, une éducation, une assistance ou une promotion humaine, l’Église ne cesse jamais d’offrir ce qui lui est propre : l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ. Ce message touche la société, qui n’hésite pas à manifester son appréciation pour nombre de ces œuvres. Ainsi, chaque geste de charité chrétienne qui naît de l’Évangile porte en lui une promesse plus grande encore : redonner à la personne la conviction d’être aimée.
Au cours de notre voyage, nous parcourons ce que saint Jean-Paul II a voulu appeler la « Terre de Marie ». [1] En la Très Sainte Vierge, vous avez votre première compagne de route et votre principal trésor, car elle nous montre par sa vie comment accueillir la Parole et la garder dans le cœur, comment accompagner les disciples sur ce chemin et rester présente sur la route de l’Église en tant que mère de communion et d’espérance. À elle, je confie votre ministère, afin qu’elle vous aide à être, au milieu du peuple qui vous est confié, ce levain caché dont parle l’Évangile. Petit aux yeux du monde, mais capable, lorsqu’il reste uni au Christ, de faire fermenter la pâte (cf. Mt 13, 33). La force de l’Église ne naît pas de la grandeur des moyens, mais de la sainteté de ses enfants, de la communion de ses pasteurs, de la fidélité humble et persévérante de ceux qui se laissent guider par l’Esprit.
Sur ce chemin vous accompagne aussi saint Jean d’Avila, patron du clergé espagnol, en cette année où nous commémorons le cinquième centenaire de son ordination sacerdotale. Saint Paul VI l’a défini comme « un maître de vie spirituelle bienveillant et sage, un rénovateur exemplaire de la vie ecclésiale et des mœurs chrétiennes » et, en même temps, « un simple prêtre ». [2] En ce saint docteur, l’Église reconnaît la vie sacerdotale que chaque évêque est appelé à préserver et à faire grandir au sein de son propre presbyterium.
En le regardant, je pense à ceux qui sont les plus proches compagnons des évêques dans ce cheminement, à ces “simples prêtres” au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Notre cheminement avec eux devrait transmettre la valeur de cette essence : être des prêtres épris du Christ, enracinés dans la prière, fidèles à l’Église, proches du peuple et capables d’allier une doctrine solide, un zèle apostolique et une charité pastorale. Des prêtres qui trouvent dans l’évêque non seulement une autorité reconnue, mais un père qui les accompagne ; et dans les autres prêtres, des frères avec lesquels partager les fatigues et les joies de ce pèlerinage riche en rencontres, au cours duquel nous cherchons tous le Christ.
Concluons ce pèlerinage spirituel par une prière du saint docteur qui nous rappelle que tout renouveau ecclésial naît d’un cœur configuré au Christ : « Si tu me commandes, Seigneur, de faire ce que tu as fait, donne-moi ton cœur » (Sermon 57, 20). Que telle soit aussi notre supplication : Seigneur, donne-nous ton cœur, un cœur capable de lever les yeux vers toi, de se mettre en route, d’écouter, de discerner, de servir, de corriger avec charité, d’écouter avec patience et d’annoncer avec joie. Car l’Église qui reçoit le cœur du Christ porte en elle la colonne de feu qui la guide, la soutient, la défend et la réconforte, le bagage nécessaire pour affronter n’importe quel défi.
Que Dieu vous bénisse. Merci beaucoup.
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[1]Homélie lors de la célébration de la Parole et de l’Acte marial national, Saragosse, 6 novembre 1982, 1.
[2]Homélie lors de la canonisation du bienheureux Jean d’Avila, 31 mai 1970.
3 septembre 2026 – Discours du Pape Léon XIV aux Séminaristes du Séminaire pontifical régional des Pouilles « Pie XI » de Molfetta et du Séminaire épiscopal d’Aversa
Vous venez de deux chemins différents et de deux terres différentes, mais cette année, vos maisons célèbrent ensemble un anniversaire. À Molfetta, vous commémorez le premier centenaire du nouveau siège, voulu par le pape Pie XI, dont votre séminaire porte le nom, tandis qu’à Aversa vous célébrez le tricentenaire de l’ouverture du siège actuel.
En vous rencontrant, je tiens à souligner une dimension de votre parcours de formation : celle de la relation avec Celui qui vous a appelés. L’étude, la discipline, les différentes étapes du chemin sont des éléments importants qu’il faut toujours garder présents à l’esprit, mais ils n’ont de valeur que s’ils sont fondés sur la relation avec Dieu.
Saint Marc, dans son Évangile, raconte que Jésus « gravit la montagne, puis il appela ceux qu’il voulait, et ils vinrent auprès de lui. Il en institua Douze – qu’il appela Apôtres – pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer » (Mc 3, 13-14).
Dans ces quelques paroles, tout est déjà là. En nous arrêtant sur ce bref passage, nous pouvons y discerner une admirable synthèse de l’expérience valable pour tout appelé, pour tous ceux qui désirent approfondir la vérité de leur vocation.
Il y a la montagne qu’il faut gravir, là où rejoindre le Christ et, surtout, là où demeurer avec Lui. Le cœur de l’expérience du séminaire est tout entier ici : apprendre à demeurer avec le Maître, le Seigneur Jésus.
L’évangéliste rapporte que le Seigneur « appela ceux qu’il voulait », et il met immédiatement en évidence la liberté de Dieu, d’où jaillit toute vocation.
Il n’y a pas de concours, il n’y a pas de classement, et il n’est pas écrit qu’il choisit les meilleurs : il choisit ceux qu’il voulait.
Dans un monde qui s’agite tant pour célébrer l’accomplissement personnel, il est vraiment important de réaffirmer qu’aucun d’entre vous, et aucun de nous, n’est ici parce qu’il l’a mérité, mais uniquement en vertu d’un libre choix de Dieu le Père, signe et gage d’un amour gratuit qui nous précède toujours et qui ne déçoit jamais.
Très chers séminaristes, votre présence même au séminaire est un signe d’espérance pour toute l’Église. Non pas d’un optimisme vague, mais de la certitude que le Seigneur appelle toujours, à chaque époque de l’histoire et en tout lieu.
En regardant chacun de vous, je contemple la merveille de Dieu qui ne se lasse jamais de murmurer au cœur des jeunes la beauté de donner sa vie pour Lui et pour l’Église.
Toute vocation naît d’un dialogue intime avec Dieu, cultivé dans le silence et dans la prière, qui se déroule souvent « malgré le bruit parfois assourdissant du monde » (Léon XIV, Message pour la LXIIIe Journée mondiale de prière pour les vocations, 16 mars 2026).
C’est là que tout se décide, et pour que ce dialogue puisse avoir lieu, il faut apprendre à demeurer avec Lui.
Vous avez de nombreux exemples, mais je crois que, pour vous tous, le vénérable évêque Don Tonino Bello montre avec une particulière clarté ce que signifie être prêtre et être évêque : non pas seulement par des paroles, mais par chacun de ses gestes et chacune de ses décisions, en en témoignant jusqu’au bout.
C’est pourquoi le temps du séminaire demeure nécessaire, aujourd’hui pas moins qu’hier.
Dans un monde pressé, qui regarde avec suspicion toute halte prolongée, on pourrait penser que le séminaire est un luxe ou une institution dépassée, mais il n’en est rien.
Précisément parce que notre époque est rapide et bruyante, il faut un lieu et une période de la vie où l’on apprenne à demeurer, à discerner, à se laisser former sans prendre de raccourcis.
Le séminaire n’est pas un report de la mission, mais il en est la condition. Qu’on ne le sous-estime pas.
Après avoir entendu la voix du Seigneur, il faut en effet le rejoindre et gravir la montagne. Cela peut parfois être éprouvant, car on monte à pied, parfois le souffle court, sans encore apercevoir le sommet.
La fatigue de la vie spirituelle est cependant soutenue par la beauté de la fraternité et du partage de la mission.
En effet, sur la montagne, Jésus n’appelle pas un seul homme, mais il en appelle douze, aux personnalités les plus diverses et parfois même improbables à nos yeux.
Le Seigneur les rassemble, les garde les uns près des autres, afin qu’ils apprennent que l’Église se vit ensemble : elle n’est la propriété d’aucun d’entre nous, et nous sommes tous appelés à l’aimer et à la servir comme un seul corps.
Vous qui venez de Molfetta, vous en faites particulièrement l’expérience, puisque, dans le séminaire régional, la communion entre les Églises des Pouilles n’est pas un idéal abstrait, mais une amitié concrète qui naît au cours de ces années et qui vous accompagnera durant toute votre vie de prêtres.
Car, de même que « nul pasteur n’existe seul » (Léon XIV, Lettre apostolique Une fidélité qui engendre l’avenir, 8 décembre 2025, n° 15), de même aucun séminariste ne peut concevoir un chemin privé avec le Seigneur : il doit toujours percevoir et expérimenter la beauté de la médiation ecclésiale.
Le séminaire, donc, avant même d’être un lieu où l’on acquiert des connaissances, « devrait être une école des affections » (ibid., n° 12).
Et à vous, chers formateurs, je demande d’être les premiers maîtres de cette attention et de cette fraternité qui se manifestent dans des relations authentiques, personnelles et communautaires, faites de vérité et de charité.
On ne s’improvise pas formateur : le vôtre est un ministère extrêmement délicat, auquel on se prépare avec compétence, patience et amour.
Il reste ensuite la dernière étape : celle où l’on redescend de la montagne, car la montagne n’est pas un refuge.
Jésus ne conduit pas les Douze en hauteur pour les mettre à l’abri, mais afin qu’après avoir fait l’expérience de Dieu, ils puissent être envoyés communiquer au monde cette nouveauté de vie.
Vous serez donc appelés à redescendre de la montagne, pour être envoyés vers les habitants de vos terres : vers ces familles qui peinent à avancer, vers ces jeunes qui, à vingt ans, font leurs valises pour chercher du travail, vers les personnes âgées seules, vers les exclus, vers ceux qui ont perdu le sens de l’existence.
Le prêtre est envoyé vers tous afin d’annoncer à tous la beauté de la foi en Jésus-Christ, la Bonne Nouvelle de notre salut.
C’est le salut qui nous a été donné par l’intermédiaire de Marie.
Confiez-vous à Elle, comme à Celle qui, la première, a accompli ce qui vous est aujourd’hui demandé.
Demandez à Marie la grâce d’apprendre à dire chaque jour votre « oui » au Seigneur Jésus.
Très chers séminaristes, avant de nous quitter, je veux vous dire merci.
Merci, au nom de l’Église, pour le « oui » que vous avez prononcé et que, chaque jour, vous prononcez de nouveau : ce n’est ni facile ni évident dans le monde d’aujourd’hui, et l’Église le sait bien.
Je désire également adresser un remerciement particulier aux familles présentes ici.
Une vocation ne naît jamais sans un contexte favorable, et elle a souvent besoin d’une maison, de parents qui prient et qui savent laisser partir.
À vous, chères familles, ma reconnaissance et celle de toute l’Église.
Je salue et je bénis les diacres qui seront ordonnés prêtres dans quelques jours : je vous porte dans ma prière personnelle, afin que vous soyez toujours des disciples fidèles, joyeux et courageux du Seigneur.
Nous prierons tous pour vous.
Je vous bénis tous de tout cœur, avec vos Évêques, vos formateurs, vos familles et les communautés qui vous attendent et qui prient déjà pour vous.